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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#192; Barb&#232;s, un r&#234;ve part en fum&#233;e</title>
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		<dc:creator>Mickael Correia</dc:creator>


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&lt;p&gt;Ahmed et Medhi, clandestins tunisiens, racontent leur histoire de vendeurs de clopes &#224; la sauvette. Entre envie de &#171; faire son trou &#224; Paris &#187; et r&#234;ves br&#251;l&#233;s se dessine l'impasse d'une vie faite de gal&#232;res quotidiennes, sur fond de chasse aux pauvres&#8230; Bienvenue &#224; Barb&#232;s ! &#171; Marlboro, Legend ! Marlboro, Legend ! &#187;, scandent sur un bout de trottoir Ahmed et Medhi. Sous la carcasse &#233;ventr&#233;e du magasin cheap Vano, ils sont quelques dizaines &#224; s'agglutiner &#224; l'angle des boulevards Barb&#232;s et de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ahmed et Medhi, clandestins tunisiens, racontent leur histoire de vendeurs de clopes &#224; la sauvette. Entre envie de &lt;i&gt;&#171; faire son trou &#224; Paris &#187;&lt;/i&gt; et r&#234;ves br&#251;l&#233;s se dessine l'impasse d'une vie faite de gal&#232;res quotidiennes, sur fond de chasse aux pauvres&#8230; Bienvenue &#224; Barb&#232;s !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Marlboro, Legend ! Marlboro, Legend ! &#187;&lt;/i&gt;, scandent sur un bout de trottoir Ahmed et Medhi. Sous la carcasse &#233;ventr&#233;e du magasin cheap Vano, ils sont quelques dizaines &#224; s'agglutiner &#224; l'angle des boulevards Barb&#232;s et de La Chapelle. Tous ont vingt, trente ans et viennent depuis peu qui de Tunisie, qui d'Alg&#233;rie. Tous entonnent les marques de cigarettes de contrebande &#8211; au taux de goudron &#224; te bitumer direct les &#233;ponges &#8211; lorsque la bouche du m&#233;tro Barb&#232;s recrache ses passagers. Aucun d'eux n'a de papiers. Ahmed, lui, a toujours une vanne au coin des l&#232;vres : &lt;i&gt;&#171; Tu vois, lui, avec ses dents grises, on l'appelle &#8220;El teffaya&#8221; [le cendrier], il fume tout le temps ! L'autre l&#224;-bas, c'est &#8220;El moulchi&#8221; [le proprio], il fait comme si la rue lui appartenait, mais d&#232;s qu'il voit une belle fille, il devient fou ! &#187;&lt;/i&gt; Et d'encha&#238;ner : &lt;i&gt;&#171; Ici, vous dites : &#8220;Une hirondelle ne fait pas le printemps&#8221;. Chez nous, m&#234;me une r&#233;volution ne fait pas le printemps ! &#187;&lt;/i&gt; Medhi se bidonne et reprend d'un ton plus s&#233;rieux : &lt;i&gt;&#171; On vient de l'ouest de la Tunisie, il n'y a rien &#224; faire l&#224;-bas. On a profit&#233;, comme tout le monde, des &#233;v&#232;nements de l'an dernier pour venir. &#199;a fait un an qu'on gal&#232;re ici, &#224; tenir les murs. On dort chez un ami de mon oncle, &#224; Saint-Denis. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re le kiosque &#224; journaux de Barb&#232;s se gare un gros break bleu pandore. Le man&#232;ge perp&#233;tuel des mains qui se croisent et s'&#233;changent petite monnaie contre paquet de clopes continue malgr&#233; tout. Ahmed reprend : &lt;i&gt;&#171; Ce sont toujours les m&#234;mes. La semaine derni&#232;re, il y en a eu des nouveaux, mais sans leur habit de police. Ils ont arr&#234;t&#233; plein de gens dans la rue, m&#234;me au caf&#233; ! Ils les ont mis au commissariat de la Goutte d'Or. Personne n'a rien dit, c'est comme &#231;a. &#187;&lt;/i&gt; Le ballet incessant de la flicaille qui vient pour tenter de juguler le trafic transforme la vente &#224; la&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_364 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH464/99lldemars-c7e2d.png?1779605536' width='400' height='464' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par L.L. de Mars
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;sauvette en jeu dangereux. Parfois, certains se font prendre, passent quelques heures au commissariat de Clignancourt ou &#224; celui de la Goutte d'Or : le harc&#232;lement policier se dissout alors dans l'impuissance du quotidien. &lt;i&gt;&#171; Amal, il s'est fait prendre, on ne sait m&#234;me pas comment. Il a &#233;t&#233; emmen&#233; au Centre&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le centre de r&#233;tention administratif de Vincennes.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;i&gt;, d'autres ont &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;s juste apr&#232;s. L'an dernier, quand on venait d'arriver, on nous a racont&#233; que certains s'&#233;taient jet&#233;s sur un flic&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En mai 2011, un agent de la Brigade anticriminalit&#233; (BAC) a re&#231;u des coups (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;i&gt;et avaient donn&#233; des coups de couteau. Mais c'est des histoires qu'on raconte ici, entre nous, tu vois. &#187;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#244;t&#233; thunes, c'est loin d'&#234;tre la joie. De quoi bricoler un peu, &#224; peine pour mettre de c&#244;t&#233; car, comme dit Mehdi : &lt;i&gt;&#171; On se fait cent, cent cinquante euros la semaine, &#231;a d&#233;pend des jours et de la police, si elle est l&#224; ou pas. &#192; c&#244;t&#233;, il y a &#8220;la banque&#8221;, celui qui ramasse l'argent. Comme &#231;a, si la police nous prend, pfuiit, on n'a que trente, cinquante euros sur nous ! &#187;&lt;/i&gt; Le march&#233; de Barb&#232;s et les biffins, le march&#233; &#171; libre &#187;, se d&#233;ploient le long de l'asphalte. Ahmed, les biffins, &#231;a le met un peu mal &#224; l'aise : &lt;i&gt;&#171; Il y a toutes les femmes et les vieux, ils vendent du lait en poudre ou des sacs plastiques, m&#234;me chez nous on ne voit pas &#231;a ! &#199;a me fait mal au c&#339;ur. Des fois, on leur avance dix ou vingt euros, et souvent, on cache pour eux leurs affaires dans nos planques. Il y en a qui gal&#232;rent, ici, ce sont ceux qui vendent des cacahu&#232;tes ou du ma&#239;s sur leur bidon, ils sont l&#224; de huit heures &#224; minuit, ils sont debout toute la journ&#233;e et repartent tous ensemble de l'autre cot&#233; du p&#233;riph' on ne sait pas o&#249; ! &#187;&lt;/i&gt; Et Mehdi de rajouter : &lt;i&gt;&#171; La police, quand il y a le march&#233;, ils font vraiment n'importe quoi, ils sont mauvais&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Copwatcheurs chroniquent r&#233;guli&#232;rement les abus des lardus sur les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;i&gt;. &#187;&lt;/i&gt; Apr&#232;s quelques clopes fum&#233;es au caf&#233; Royal, un chibani raconte : &lt;i&gt;&#171; La cigarette, elle permettait de bricoler un peu quand on arrivait &#224; Barb&#232;s. Tu d&#233;barquais du bled, tu faisais &#231;a un mois, quand tu n'avais vraiment rien. Maintenant, les jeunes, ils sont l&#224; tout le temps. Il n'y a pas de travail pour eux, ils tra&#238;nent et du coup, des fois, ils se battent entre eux. Et avec la police par-dessus tout &#231;a, c'est pas bon, c'est pas bon... &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vues d'ici, la Tunisie et les r&#233;voltes arabes ont une autre saveur, et Ahmed et Mehdi en parlent avec un sourire amer. &#192; peine quelques bribes de phrases sur la volont&#233; de ne pas d&#233;cevoir ses proches et la d&#233;sillusion de l'arriv&#233;e en France. Sous le squelette m&#233;tallique du m&#233;tro a&#233;rien, Ahmed blague : &lt;i&gt;&#171; Un jour je rentrerai, je ram&#232;nerai une jolie Fran&#231;aise, mon cousin serait trop jaloux ! &#187; &lt;/i&gt; Avant de retourner &#224; &lt;i&gt;&#171; ses affaires &#187;&lt;/i&gt;, il lance d'un ton roublard : &lt;i&gt;&#171; Franchement, nous, on fume m&#234;me pas les clopes qu'on vend : elles sont trop pourries ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le centre de r&#233;tention administratif de Vincennes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En mai 2011, un agent de la Brigade anticriminalit&#233; (BAC) a re&#231;u des coups de couteau &#224; Barb&#232;s suite &#224; l'interpellation d'un voleur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les Copwatcheurs chroniquent r&#233;guli&#232;rement les abus des lardus sur les biffins de Barb&#232;s : coups, arrestations abusives, insultes ou encore vol de marchandises.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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