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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Sur le rond-point</title>
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		<dc:creator>Laurent Perez</dc:creator>


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&lt;p&gt;Pendant plusieurs mois de 2018 et 2019, Emmanuel Gras a promen&#233; sa cam&#233;ra aux c&#244;t&#233;s des Gilets jaunes d'un rond-point de Chartres. Sorti le 23 f&#233;vrier dernier, son film Un peuple en fait une chronique &#224; la fois intime et politique, pleine d'empathie et de subtilit&#233;. Une pand&#233;mie plus tard, ils paraissent loin, les Gilets jaunes. Le bon moment, en somme, pour la sortie d'Un peuple, documentaire d'Emmanuel Gras . Contrairement &#224; J'veux du soleil (2019) de Fran&#231;ois Ruffin, tourn&#233; dans (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no207-mars-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;207 (mars 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Gilets-jaunes" rel="tag"&gt;Gilets jaunes&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Violence-sociale" rel="tag"&gt;Violence sociale&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pendant plusieurs mois de 2018 et 2019, Emmanuel Gras a promen&#233; sa cam&#233;ra aux c&#244;t&#233;s des Gilets jaunes d'un rond-point de Chartres. Sorti le 23 f&#233;vrier dernier, son film &lt;i&gt;Un peuple&lt;/i&gt; en fait une chronique &#224; la fois intime et politique, pleine d'empathie et de subtilit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4427 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200unpeuple_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH281/1200unpeuple_resultat-20200.jpg?1783001841' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Photo Emmanuel Gras
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;U&lt;/span&gt;ne pand&#233;mie plus tard, ils paraissent loin, les Gilets jaunes. Le bon moment, en somme, pour la sortie d'&lt;i&gt;Un peuple&lt;/i&gt;, documentaire d'Emmanuel Gras&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il a notamment r&#233;alis&#233; les documentaires Bovines (2011) et Makala (2017), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Contrairement &#224; &lt;i&gt;J'veux du soleil &lt;/i&gt;(2019) de Fran&#231;ois Ruffin, tourn&#233; dans l'urgence de l'&#233;v&#233;nement, un &lt;i&gt;peuple&lt;/i&gt; s'inscrit dans la longue dur&#233;e de son tournage, et t&#233;moigne, sur un mode discret, de l'histoire avec un grand H : celle que, parfois, les Gilets jaunes ont eu conscience de faire. Pour la distance historique, on est servis : dans le caf&#233; kabyle o&#249; le r&#233;alisateur nous a donn&#233; rendez-vous, &#201;ric Zemmour d&#233;bagoule &#224; la t&#233;l&#233; pendant une heure de rang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le film s'ouvre sur de longs travellings dans les zones r&#233;sidentielles, les grands magasins et les entrep&#244;ts de la p&#233;riph&#233;rie de Chartres (Eure-et-Loir), pour atterrir sur le rond-point o&#249; Emmanuel Gras s'est camp&#233; tous les samedis de la fin 2018 au printemps 2019. Presque au hasard : apr&#232;s avoir particip&#233; aux premi&#232;res manifs sur les Champs-&#201;lys&#233;es, il cherche &#224; rejoindre un groupe sur son terrain. une copine lui parle de Chartres, il va &#224; Chartres. Il ne sait pas sur qui il va tomber et de fait, par rapport aux Gilets jaunes de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) film&#233;s par Fran&#231;ois Langlais et Arthur Thouvenin dans &lt;i&gt;Imagine, demain on gagne&lt;/i&gt; (2020), ceux de Chartres sont peu politis&#233;s. Emmanuel filme, &#233;coute, discute, assiste aux d&#233;bats et aux d&#233;placements sur Paris, pose partout un regard curieux et parfois perplexe, clairement sympathisant, mais pas militant. &lt;i&gt;Un peuple&lt;/i&gt; pose autant de questions qu'il fournit de r&#233;ponses.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Sur la base de presque rien &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce sont d'abord beaucoup de r&#233;unions o&#249; les Gilets jaunes organisent leurs actions, &#233;laborent leurs revendications et r&#233;fl&#233;chissent aux strat&#233;gies &#224; adopter. Avec son bagage associatif et militant (&#224; Lutte ouvri&#232;re), le r&#233;alisateur se passionne de voir ces n&#233;o-manifestants &#171; &lt;i&gt;r&#233;inventer la lutte collective&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;Ils ne se connaissaient pas, ils n'&#233;taient pas militants, ils n'avaient pas les m&#234;mes id&#233;es, et ils devaient s'organiser sur la base de presque rien.&lt;/i&gt; &#187; D'abord marginale, la revendication du RIC, le &#171; r&#233;f&#233;rendum d'initiative citoyenne &#187; qui donnerait enfin voix au chapitre &#224; la population, s'impose peu &#224; peu dans les d&#233;bats. &#171; &lt;i&gt;Au d&#233;but, quand ils ont commenc&#233; &#224; lister leurs revendications, ils en avaient soixante, entre lesquelles la logique n'&#233;tait pas &#233;vidente, &lt;/i&gt;se rem&#233;more Emmanuel. &lt;i&gt;C'est compliqu&#233; de faire syst&#232;me&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Le RIC occupait cette fonction. L'id&#233;e, c'&#233;tait : si on obtient le RIC, le reste suivra.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le groupe est soud&#233; par l'&#233;vidence d'un constat commun et un &#171; &lt;i&gt;sentiment d'appartenance&lt;/i&gt; &#187; collective, li&#233; au partage d'une m&#234;me condition sociale. De ce v&#233;cu, le film rend compte en s'attardant sur quelques figures. Beno&#238;t, qui s'impose comme une sorte de leader &#8211; au risque de d&#233;cevoir &#8211; et inscrit explicitement le combat des Gilets jaunes dans la lutte anticapitaliste. Agn&#232;s, dans la panade apr&#232;s un divorce, m&#232;re isol&#233;e avec deux enfants dont un handicap&#233;, qui se lance &#224; corps perdu dans le mouvement. Allan, qui affronte avec une sorte de candeur l'explosion de violence en manif, et la nouveaut&#233; des id&#233;es qui fusent. Les liens qu'a tiss&#233;s le r&#233;alisateur s'enroulent peu &#224; peu en une pelote qui forme une histoire, au double sens du terme : &#224; la fois une r&#233;volte sociale d'une ampleur in&#233;dite, qui marque un avant et un apr&#232;s ; et un r&#233;cit. Peu &#224; peu, il observe la r&#233;pression et la propagande s'abattre, l'enthousiasme retomber, la lassitude voire le d&#233;sespoir s'emparer des corps et des esprits.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Violence sociale et bon sens bourgeois&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au fur et &#224; mesure du film, les sc&#232;nes de violences se font de plus en plus nombreuses. Les keufs apparaissent pour ce qu'ils sont. Quant &#224; la casse, Emmanuel r&#233;serve son jugement. &#171; &lt;i&gt;La question de la violence se posait r&#233;guli&#232;rement par le seul fait d'aller manifester. Tout &#231;a a quand m&#234;me &#233;t&#233; &#233;touff&#233; dans une grande violence r&#233;pressive&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Il poursuit : &#171; &lt;i&gt;Pour parler comme les autonomes, la manifestation est un endroit o&#249; les rapports de pouvoir se r&#233;v&#232;lent dans leur nudit&#233;. En ce sens, oui, on a vu&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! &#192; un moment donn&#233;, il y a une r&#233;pression polici&#232;re qui est nue. D'un autre c&#244;t&#233;, les affrontements violents font aussi peur &#224; beaucoup de monde.&lt;/i&gt; &#187; Entre ceux qui misent sur la violence pour m&#233;diatiser le mouvement, et ceux qui craignent son effet d&#233;moralisateur, le film se contente d'enregistrer fid&#232;lement les tensions.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &lt;i&gt;Tout &#231;a a quand m&#234;me &#233;t&#233; &#233;touff&#233; dans une grande violence r&#233;pressive&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un peuple&lt;/i&gt; illustre avec insistance une autre violence : celle des bourgeois anti-Gilets jaunes, face auxquels ces derniers ne craignent pas de monter au filet. &#171; &lt;i&gt;Il y avait une violence sociale visuelle,&lt;/i&gt; se souvient Emmanuel. &lt;i&gt;Ils ne portent pas les m&#234;mes v&#234;tements, n'ont pas les m&#234;mes physiques, pas les m&#234;mes v&#233;cus&#8230; &#199;a se voit imm&#233;diatement.&lt;/i&gt; &#187; Dans un grand magasin o&#249; ils font des courses pour une r&#233;union, ou apr&#232;s une s&#233;ance du &#171; grand d&#233;bat &#187; macronien, les militants se font chapitrer comme des m&#244;mes. Quand Agn&#232;s explique qu'elle n'arrive pas &#224; boucler son mois, un macroniste lui r&#233;pond : &#171; &lt;i&gt;Faut pas que vous preniez les choses comme &#231;a&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Emmanuel : &#171; &lt;i&gt;On leur expliquait que leur probl&#232;me, c'&#233;tait qu'ils ne pouvaient pas &#233;voluer socialement. Alors qu'eux, ils font face au ch&#244;mage de masse, aux salaires merdiques. On parle tout le temps du bon sens populaire, mais il y a surtout ce bon sens bourgeois, plein de discours pr&#233;m&#226;ch&#233;s, qu'on entend partout dans les m&#233;dias.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre-temps, sur la t&#233;l&#233; du bistrot, Marine Le Pen a remplac&#233; Zemmour. On demande en partant au patron s'il n'en a pas marre d'entendre ces saloperies toute la journ&#233;e. Il ironise sur Zemmour : &#171; &lt;i&gt;C'est un Kabyle, comme moi, et il d&#233;teste les &#233;trangers, c'est quand m&#234;me fou&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Et ajoute que Val&#233;rie P&#233;cresse n'est pas mieux. On lui rappelle que la gauche existe encore. Tout le monde &#233;clate de rire.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Laurent Perez&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Il a notamment r&#233;alis&#233; les documentaires &lt;i&gt;Bovines&lt;/i&gt; (2011) et&lt;i&gt; Makala &lt;/i&gt;(2017), grand prix de la Semaine de la critique au Festival de Cannes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Gilets jaunes : bilan avant reprise ?</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Gilets-jaunes-bilan-avant-reprise</link>
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		<dc:date>2020-11-25T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Avec La R&#233;volte des Gilets jaunes, le collectif Ahou ahou ahou livre une analyse claire et r&#233;solument engag&#233;e d'une r&#233;volte surgie il y a moins de deux ans, si explosive et inattendue qu'elle a fait vaciller le pouvoir et remis en cause beaucoup de certitudes en mati&#232;re de luttes sociales. De quoi s'armer pour la prochaine ? &#171; Est-ce que les Gilets jaunes vont r&#233;ussir &#224; changer la vie ? Une infirmi&#232;re, songeuse : &#8220;En tout cas ils ont chang&#233; ma vie.&#8221; &#187; (Le Monde, d&#233;cembre 2018) *** &#192; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no191-octobre-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;191 (octobre 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mouvement-jaune" rel="tag"&gt;mouvement jaune&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Ahou" rel="tag"&gt;Ahou&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/jaunes" rel="tag"&gt;jaunes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avec &lt;i&gt;La R&#233;volte des Gilets jaunes&lt;/i&gt;, le collectif Ahou ahou ahou livre une analyse claire et r&#233;solument engag&#233;e d'une r&#233;volte surgie il y a moins de deux ans, si explosive et inattendue qu'elle a fait vaciller le pouvoir et remis en cause beaucoup de certitudes en mati&#232;re de luttes sociales. De quoi s'armer pour la prochaine ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3494 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH311/-1650-69334.jpg?1782692414' width='500' height='311' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Serge D'Ignazio
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;
&#171; &lt;i&gt;Est-ce que les Gilets jaunes vont r&#233;ussir &#224; changer la vie ? Une infirmi&#232;re, songeuse : &#8220;En tout cas ils ont chang&#233; ma vie.&#8221;&lt;/i&gt; &#187;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, d&#233;cembre 2018)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la lecture des premiers chapitres, cette &#233;trange sensation : la distance. Comme si les faits expos&#233;s remontaient &#224; une bonne d&#233;cennie. Comme s'ils &#233;taient inimaginables dans la France &lt;i&gt;masqu&#233;e&lt;/i&gt; de cette fin septembre 2020, r&#233;solument rembarqu&#233;e dans les d&#233;bats de fond de poubelle sur le voile et &#171; &lt;i&gt;l'ensau&lt;/i&gt;&#8202;&lt;i&gt;vagement&lt;/i&gt; &#187; de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus que la distance, m&#234;me, l'in&#8202;cr&#233;dulit&#233;. &lt;i&gt;Cela s'est-il vraiment pass&#233;&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; Y a-t-il bien eu quelques mois, apr&#232;s le 17 novembre 2018, o&#249; la France enti&#232;re s'est embras&#233;e, des villes aux ronds-points, des rues de Toulouse et de Paris aux bleds comme Pouzin, 2 800 habitants et des brouettes, secou&#233;s d'une fi&#232;vre &#233;meuti&#232;re ? Et &#171; &lt;i&gt;l'humiliation de la police&lt;/i&gt; &#187; le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre, les Champs en flammes, la neutralisation de 75 % du parc de radars, la mise &#224; sac de la gendarmerie du p&#233;age de Narbonne par des fiers-&#224;-bras gueulant &#171; &lt;i&gt;C'est qui le patron&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;, les blocages monstres, les ronds-points partout insurg&#233;s, Macron revenant d'Argentine blafard pour apprendre que c'&#233;tait moins une ? Tout &#231;a semble relever du beau r&#234;ve, de la divine surprise fantasm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est l&#224; le premier m&#233;rite du bouquin r&#233;cemment sorti par les &#233;ditions Niet, &#339;uvre du bien nomm&#233; collectif Ahou ahou ahou&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cri de guerre tr&#232;s r&#233;pandu dans les cort&#232;ges Gilets jaunes, forme de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;La r&#233;volte des Gilets jaunes &#8211; histoire d'une lutte des classes&lt;/i&gt; : il remet en t&#234;te des &#233;pisodes &#224; la port&#233;e politique essentielle, occult&#233;s depuis par une crise sanitaire qui semble avoir &#233;teint les derni&#232;res braises de l'incendie en mode Canadair-Covid. Vivant, bien &#233;crit, bas&#233; &#224; la fois sur du v&#233;cu et de la documentation, entre chroniques de lutte et analyses en surplomb, l'ouvrage rappelle simplement ce qui a &#233;t&#233;, ce qui s'est construit et ce qui a durablement impr&#233;gn&#233; l'esprit de tant de gilets r&#233;volt&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Vertiges de la meute&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les quatre loups du collectif, tous militants de longue date, tous impliqu&#233;s dans le mouvement jaune, n'ont pas attendu qu'il s'&#233;vapore pour envisager d'en conter l'histoire. Dispers&#233;s g&#233;ographiquement &#8211; l'un en r&#233;gion parisienne, l'autre dans une grande ville du Sud-Est, etc. &#8211;, ils ont vite compris qu'un boulever&#8202;sement &#233;tait en cours et qu'il fallait l'analyser. Pas simple :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Bient&#244;t, une sorte de vertige nous saisissait : quelle id&#233;e &#233;trange en effet que de vouloir d&#233;crire un mouvement qui d&#233;fiait la description, de vouloir analyser des pratiques, des actes, des formes politiques qui bien souvent s'y refusaient formellement, de vouloir m&#234;me faire l'histoire d'&#233;v&#233;nements qui se d&#233;ro&lt;/i&gt;&#8202;&lt;i&gt;baient &#224; toute chronologie, qui sans cesse semblaient s'achever et sans cesse renaissaient de leurs cendres, quoique toujours avec une dynamique autre, une direction nouvelle, un sens diff&#233;rent.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu en effet bien des strates, des &#233;tapes, des retournements : du surgissement du 17 novembre, que beaucoup regardaient en se pin&#231;ant le nez, aux massifs d&#233;bordements des 1&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;r&lt;/sup&gt; et 8 d&#233;cembre, en passant par la &#171; &lt;i&gt;gueule de bois&lt;/i&gt; &#187; de la r&#233;pression et des cort&#232;ges toujours plus maigres. Mais le lent effilochement d&#233;crit ne doit pas faire oublier qu'il fut un temps o&#249; la masse des Gilets jaunes a secou&#233; les certitudes militantes de ce c&#244;t&#233; de la barricade : &#171; &lt;i&gt;Bien vite il nous fallut admettre que ce mouvement semblait abattre (et, souvent, avait d&#233;j&#224; abattu) bien des murs que nous aspirions &#224; d&#233;molir en vain depuis longtemps.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Des lignes bris&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Des villes aux ronds-points en passant par les piquets de blocage, il y a d'abord ce refus acharn&#233; de la verticalit&#233;, le rejet des r&#233;cup&#233;rations et des porte-drapeaux : &#171; &lt;i&gt;Il appara&#238;t tr&#232;s vite que le mouvement porte en lui une aspiration fondamentale &#224; l'horizontalit&#233;. Le peuple qui est sorti sur les ronds-points s'oppose avec virulence au fait que quiconque l'encadre.&lt;/i&gt; &#187; Exit les vautours, donc, et place &#224; l'autogestion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a &#233;galement la bienveillance globale envers les d&#233;gradations, les bris de vitre, le saccage des bagnoles de luxe et les vell&#233;it&#233;s de confrontation avec les porteurs de matraque, ceci malgr&#233; les tentatives m&#233;diatiques d'opposer gentils pacifistes et m&#233;chants black blocks : &#171; &lt;i&gt;Ces pratiques sont bel et bien rejet&#233;es d&#232;s lors qu'elles sont isol&#233;es dans des discours g&#233;n&#233;ralisants, mais comprises et soutenues dans des contextes pr&#233;cis, o&#249; la violence du pouvoir se manifeste de mani&#232;re trop criante.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre le&#231;on des s&#233;ismes de d&#233;cembre, notamment li&#233;e &#224; l'entr&#233;e des coll&#232;ges et lyc&#233;es dans la danse, la possibilit&#233; d'une alliance entre des populations ayant rarement r&#233;ussi &#224; unir leurs int&#233;r&#234;ts d'exploit&#233;s : &#171; &lt;i&gt;Il s'op&#232;re comme une jonction momentan&#233;e, in&#233;dite, terrifiante menace pour l'ordre des choses, entre les Gilets jaunes, typiquement (mais pas exclusivement) des prol&#233;taires p&#233;riurbains, et de jeunes sous-prol&#233;taires des cit&#233;s HLM.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, toujours pr&#233;sente en ligne de fond, il y a cette &#233;vidence qui ne l'&#233;tait pas tant que &#231;a avant le mouvement jaune : la lutte des classes n'est pas morte, r&#244;de encore, peut-&#234;tre plus que jamais, ciment ind&#233;passable des explosions collectives populaires.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Traces et horizons&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;De page en page, les angles d'attaque se multiplient, entre exploration des impasses et volont&#233; de s'en s'extraire. La violence inou&#239;e de la r&#233;pression et la massive diffusion de l'hostilit&#233; envers la gente polici&#232;re qu'elle a provoqu&#233;e (&#171; &lt;i&gt;tout un chacun int&#233;riorise d&#233;sormais que l'acte m&#234;me de manifester induit de s'opposer aux forces de l'ordre&lt;/i&gt; &#187;). Le recours &#224; des blocages durs et efficaces, suivi ensuite d'une forme de pacification de la pratique, notamment via les barrages filtrants. Ou bien le d&#233;placement progressif de la conflictualit&#233; &#171; &lt;i&gt;des ronds-points aux centres-villes gentrifi&#233;s&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la m&#232;che semble avoir fait &lt;i&gt;pschitt&lt;/i&gt;, les membres de la meute Ahou ahou ahou ne sombrent pas dans le pessi&#8202;misme moribond. Ni ne proclament de vaines proph&#233;ties (rarement autor&#233;alisatrices). Ils rappellent simplement cette &#233;vidence : un mouvement d'une telle ampleur ne dispara&#238;t pas sans laisser de traces dans les esprits et pratiques politiques des innombrables insurg&#233;s du quotidien qui y ont particip&#233;. Et si le pr&#233;sent navigue de toute &#233;vidence dans une moro&#8202;sit&#233; politique des plus flippantes, les retours de flamme surgissent souvent quand on ne les attend pas, avec ou sans gilets : &#171; &lt;i&gt;En France, &#224; l'automne 2018, un gauchiste plus ou moins farfelu qui aurait annonc&#233; le &#8220;retour de la lutte des classes&#8221; et le surgissement prochain d'un mouvement social fort secouant l'&#233;tat de bas en haut et g&#233;n&#233;ralisant pour des mois le d&#233;sordre en ville comme &#224; la campagne, aurait &#233;t&#233; l'objet des railleries g&#233;n&#233;rales.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;milien Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cri de guerre tr&#232;s r&#233;pandu dans les cort&#232;ges Gilets jaunes, forme de question- r&#233;ponse &#233;nergisante bas&#233;e sur le cri du loup : &#171; &lt;i&gt;Gilets jaunes, quel est votre m&#233;tier&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? &#8211; &lt;/i&gt; &lt;i&gt;Ahou, ahou, ahou&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>&#171; Sentir avec son c&#339;ur, son nez, ses yeux, sa trouille, ses doutes... &#187; </title>
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		<dc:creator> Momo Br&#252;cke</dc:creator>


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&lt;p&gt;Ce 13 novembre, l'ami S&#233;bastien Navarro publie P&#233;age Sud aux &#233;ditions du Chien Rouge, extension de CQFD dans le monde du livre. Un beau roman en gilet jaune. Apr&#232;s Panchot publi&#233; en 2019 chez Alter Ego , notre vieux compagnon de route livre un r&#233;cit intense, bas&#233; sur son v&#233;cu des ronds-points. Petit entretien entre amis &#224; deux pas du p&#233;age. Vroum... Apr&#232;s des ann&#233;es de reportages, d'enqu&#234;tes et de recensions &#224; CQFD, mais aussi chez les ami&#183;es de Jef Klak et du regrett&#233; Article 11, tu te (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no192-novembre-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;192 (novembre 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Bouquin" rel="tag"&gt;Bouquin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Cecile-K" rel="tag"&gt;C&#233;cile K.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/j-ai" rel="tag"&gt;j'ai&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Pigasse" rel="tag"&gt;Pigasse&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce 13 novembre, l'ami S&#233;bastien Navarro publie &lt;i&gt;P&#233;age Sud&lt;/i&gt; aux &#233;ditions du Chien Rouge, extension de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; dans le monde du livre. Un beau roman en gilet jaune. Apr&#232;s &lt;i&gt;Panchot&lt;/i&gt; publi&#233; en 2019 chez Alter Ego&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#171; &#8220;Panchot&#8221; : la somme des mensonges sur lesquels personne n'est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, notre vieux compagnon de route livre un r&#233;cit intense, bas&#233; sur son v&#233;cu des ronds-points. Petit entretien entre amis &#224; deux pas du p&#233;age. Vroum...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3482 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH362/-1641-a957c.jpg?1782662509' width='500' height='362' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Par C&#233;cile K.
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apr&#232;s des ann&#233;es de reportages, d'enqu&#234;tes et de recensions &#224;&lt;i&gt; CQFD&lt;/i&gt;, mais aussi chez les ami&#183;es de &lt;i&gt;Jef Klak&lt;/i&gt; et du regrett&#233;&lt;i&gt; Article 11&lt;/i&gt;, tu te lances dans la fiction. &#192; lire tes deux premiers livres, on est marqu&#233; par la mani&#232;re dont l'enqu&#234;te et le reportage continuent de te hanter. Enqu&#234;te historique pour &lt;i&gt;Panchot&lt;/i&gt; et reportage partisan pour&lt;i&gt; P&#233;age Sud&lt;/i&gt;... on se demande comment toi, tu qualifierais ton travail ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si j'ai propos&#233; au Chien Rouge d'&#233;diter ce texte, c'est parce que j'ai consid&#233;r&#233; qu'il s'inscrivait dans une continuit&#233; avec le travail journalistique effectu&#233; &#224; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;. Je n'aurais jamais &#233;crit &lt;i&gt;Panchot&lt;/i&gt; ni &lt;i&gt;P&#233;age Sud&lt;/i&gt; sans les outils pratiques et th&#233;oriques acquis par ma participation aux publications de critique sociale que tu cites. J'y ai appris &#8211; sur le tas ! &#8211; non seulement &#224; mener un entretien ou &#224; constituer une bibliographie, mais aussi l'art de d&#233;barquer avec discr&#233;tion et humilit&#233; en pleine &lt;i&gt;terra incognita&lt;/i&gt; pour un reportage. La r&#233;sistance dans le pi&#233;mont du Canigou en 1944 ou le rond-point d'un p&#233;age ont &#233;t&#233; des espaces o&#249; je me suis invit&#233; en ayant tr&#232;s peu de rep&#232;res. D'un c&#244;t&#233; j'ai d&#251; frayer, moi l'anarchiste plut&#244;t planeur, avec une m&#233;moire historique sous mainmise communiste, et de l'autre avec une communaut&#233; fluo en train d'exploser le cadre aseptis&#233; des mouvements sociaux habituels. La premi&#232;re chose &#224; faire dans ce genre de configuration o&#249; rien n'est familier est de fermer son clapet et d'ouvrir grand mirettes et esgourdes. Observer et &#233;couter. Ce travail d'enqu&#234;te dont tu parles commence ici : dans cet effacement personnel et cet effort d'intelligibilit&#233; auquel se confronte tout individu immerg&#233; dans une situation dont il ne ma&#238;trise ni l'alpha ni l'om&#233;ga.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ces deux bouquins, j'aurais pu me contenter d'une restitution purement factuelle et opter pour la forme classique du r&#233;cit. Apr&#232;s tout, ce dernier permet aussi des embard&#233;es subjectives. Mais non, il a fallu que se calque sur la trame narrative une enveloppe fictionnelle. Plusieurs raisons &#224; cela : mon go&#251;t pour l'esth&#233;tique du polar (y compris quand le h&#233;ros est un vrai pied nickel&#233;), la volont&#233; de rompre avec l'&#226;pret&#233; du sujet en le pimentant de fantaisies imaginaires, l'indispensable bande-son destin&#233;e &#224; ambiancer la prose. Enfin, la libert&#233; romanesque offre un luxe inestimable : celui de donner du champ. Elle permet d'incarner une multiplicit&#233; de voix, souvent contradictoires, de dessiner une dialectique au cours d'un dialogue grotesque, d'exacerber les humeurs en les poussant vers des points d'incandescence. Il y a l&#224; une multitude d'explorations qui font qu'au final &lt;i&gt;P&#233;age Sud&lt;/i&gt; n'est ni un roman ni un r&#233;cit mais un texte hybride qui r&#233;siste &#224; tout &#233;tiquetage. &#192; l'instar du mouvement des Gilets jaunes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans &lt;i&gt;P&#233;age Sud&lt;/i&gt;, le narrateur &#233;voque sa rencontre avec les Gilets jaunes. Tu la d&#233;plies en diff&#233;rentes phases : le rejet (&#171; &lt;i&gt;Je n'y vois qu'une urticaire poujadiste, une col&#232;re de petits bras facho-compatibles, la beauferie en marche&lt;/i&gt; &#187;), la circonspection (&#171; &lt;i&gt;Mon fantasme de jeune militant libertaire &#8211; un boycott massif des grandes surfaces &#8211; r&#233;alis&#233; sous mes yeux par&#8230; par quoi au juste&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Ou bien par qui&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Par eux, l&#224;.&lt;/i&gt; &#187;), l'adh&#233;sion (&#171; &lt;i&gt;Il se passe vraiment quelque chose dans ce putain de pays. Quelque chose que je suis en train de rater. Cette id&#233;e me devient soudain insupportable.&lt;/i&gt; &#187;) et, enfin, la fusion (&#171; &lt;i&gt;La foule comme un corps autonome. Sans discours, ni leader, ni parcours d&#233;clar&#233;. Les gens au diapason. Une manif homog&#232;ne, nerveuse et tactique. C'est stup&#233;fiant. Ce c&#244;t&#233; animal. Je ne pensais pas ce type d'agencement humain possible.&lt;/i&gt; &#187;). Ce que tu d&#233;cris l&#224; est tr&#232;s int&#233;ressant car le rejet du mouvement a &#233;t&#233; commun &#224; une large partie de la gauche radicale, qui y voyait &#224; ses d&#233;buts un fascisme en puissance. Qu'est-ce qui s'est jou&#233; pour toi ? Comment as-tu, finalement, bascul&#233; en jaune ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tr&#232;s honn&#234;tement, je pense qu'il me faudra des ann&#233;es pour faire le bilan de ce que ces mois de fi&#232;vre fluo ont chamboul&#233; dans ma perception du champ politique. Il y a ce pi&#232;ge paradoxal de la pens&#233;e militante &#8211; dans lequel je suis tomb&#233; tout jeune &#8211; qui, tout en favorisant l'esprit critique, peut amener le cerveau &#224; fonctionner en &#226;nonnant des slogans. Dans ce genre de sch&#233;ma simpliste, celui qui n'a pas tes id&#233;es est soit un ignorant &#224; conscientiser soit un ennemi &#224; combattre. Je me pensais immunis&#233; contre ce type de r&#233;flexes. Or force est de constater que j'ai gob&#233; en vrac la daube d&#233;vers&#233;e &#224; grands seaux m&#233;diatiques sur les Gilets jaunes. Beaufs, fachos, poujadistes, pendant les quinze premiers jours du mouvement, les fluos sont pour moi un vrai repoussoir. Quand je me fais violence et d&#233;cide d'aller fureter du c&#244;t&#233; du rond-point, j'y vais &#224; reculons, en curieux &#224; la fois r&#233;tif et inquiet. Et c'est lors d'une AG tenue sous un r&#233;verb&#232;re &#224; quelques m&#232;tres du p&#233;age que je tombe sur le cul. La foule mass&#233;e cause... d&#233;mocratie directe. Il y a l&#224; des femmes, des hommes, des Blancs, des Maghr&#233;bins, des jeunes, des vieux, des handicap&#233;s. Un monde de &#8220;gens ordinaires&#8221; qui exige non seulement d'avoir une vie meilleure mais aussi voix au chapitre d&#233;mocratique. Un monde qui trouve sa coh&#233;rence en reconvoquant la sans-culotterie non pas pour exalter un quelconque patriotisme frelat&#233; mais parce qu'il a pig&#233; que 1789 &#233;tait ce plus grand d&#233;nominateur commun capable de mettre une foule au diapason. Cerise sur le g&#226;teau : les Gilets absorbent avec une fluidit&#233; inou&#239;e les concepts de la doxa libertaire. Refus des hi&#233;rarchies, rotations des mandats, AG d&#233;cisionnaires, jusqu'aux reven&#8202;dications politiques qui vont rapidement gagner en radicalit&#233;. Comment ne pas basculer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi qui croyais que c'&#233;tait au prix de lectures politiques sans cesse renouvel&#233;es, en p&#233;n&#233;trant de plus en plus profond&#233;ment les plis et replis du capitalisme, que se formait une conscience r&#233;volutionnaire, je me rends compte qu'un frigo vide peut suffire &#224; provoquer l'&#233;tincelle. Je me souviens &#234;tre rentr&#233; chez moi, avoir regard&#233; ma biblioth&#232;que et m'&#234;tre dit que pour la premi&#232;re fois de ma vie les bouquins m'avaient emp&#234;ch&#233;. &#192; force de tout vouloir intellectualiser, de vouloir concep&#8202;tualiser le r&#233;el de mani&#232;re quasiment obsessionnelle, je m'&#233;tais amput&#233; de ces instincts essentiels pour comprendre les situations. Sentir avec son c&#339;ur, son nez, ses yeux, sa trouille, ses doutes, ses &#233;bahissements, ses fatigues, ses accolades, sa parano&#239;a. Tout ce fatras organique qui fait que des humains entrent en connivence d'un simple regard. C'est ce d&#233;pouillement-l&#224; dont je fais d'abord l'exp&#233;rience au rond-point. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'action se d&#233;roule dans une ville sans nom. Pourquoi as-tu choisi d'anonymiser ce lieu qui apparemment a un rond-point et un p&#233;age au Sud ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La premi&#232;re version du manuscrit citait la ville et les lieux. La d&#233;territorialisation s'est impos&#233;e au fur et &#224; mesure d'&#233;changes avec le collectif &#233;ditorial. L'id&#233;e premi&#232;re &#233;tait d'universaliser le r&#233;cit. Si &lt;i&gt;P&#233;age Sud&lt;/i&gt; ne se situe nulle part, alors il se situe partout. Je pense que pas mal de situations &#233;voqu&#233;es dans le livre peuvent entrer en r&#233;sonance avec des r&#233;alit&#233;s qui ont pu &#234;tre observ&#233;es dans diff&#233;rents coins de l'Hexagone. La seconde raison est li&#233;e &#224; une volont&#233; de floutage pour des raisons de &#8220;s&#233;curit&#233;&#8221;. Les personnages ont beau avoir &#233;t&#233; &#8220;fictionnaris&#233;s&#8221; &#224; des degr&#233;s plus ou moins divers, il m'a paru important de d&#233;gager le r&#233;cit de toute assise territoriale afin de ne pas mettre dans l'embarras certaines personnes pouvant se reconna&#238;tre, m&#234;me de loin, m&#234;me maquill&#233;es, dans tel th&#233;&#226;tre op&#233;rationnel. M&#234;me si je ne suis pas dupe : tout le monde sait d'o&#249; j'&#233;cris. Car j'insiste sur ce fait : les quelque trois mois de lutte que je narre sont aussi un travail de documentation. Dans cette affaire, je ne fais pas qu'une mise en r&#233;cit, je transmets une s&#233;quence de notre histoire sociale que je juge d&#233;cisive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dernier point sur la &#8220;ville sans nom&#8221; : G&#233;rard Delteil, grand auteur de polar, a fait la m&#234;me chose dans son tr&#232;s beau et sobre bouquin&lt;i&gt; Les &#201;c&#339;ur&#233;s&lt;/i&gt;, paru au Seuil en mai 2019. Sauf que lui est plus au Nord... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment &#233;crit-on sur un mouvement comme celui-l&#224; tout en le vivant de l'int&#233;rieur ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Question essentielle et terriblement d&#233;licate. D&#232;s que je comprends ce qui est en train de se jouer &#224; quelques kilom&#232;tres de la cit&#233;-dortoir o&#249; je cr&#232;che, une &#233;vidence s'impose : tout &#231;a est incroyable et tout &#231;a va se perdre. Se perdre comme des paroles emport&#233;es par le vent, comme des fluos anonymes embarqu&#233;s par les flics, comme des manifs sauvages dissoutes &#224; l'or&#233;e de la nuit. Le &#8220;militant/journaliste&#8221; qui sommeille en moi ne peut accepter pareille situation. Alors je note. Tout ce que je peux. Des morceaux de vie, des prises de paroles, des col&#232;res fondamentales. Je fais gaffe &#224; respecter les anonymats. Je d&#233;cris des manifs. Je recopie des tags. Je note la temp&#233;rature, l'&#233;tat du ciel, le dispositif policier. Personne ne sait que j'&#233;cris. Je me sens voyeur et intrus. Mais je le fais, m&#251; par la certitude que ce mouvement ne pourra se raconter v&#233;ritablement que de l'int&#233;rieur. Je prends garde &#224; rester discret car si je me fais choper, mon compte est bon. J'aurai beau essayer de bredouiller ma d&#233;marche, &#224; l'&#233;tat de mouchard ou de veule journaliste je serai r&#233;duit. Quand je rentre chez moi, rebelote. Je d&#233;goupille une bi&#232;re et recopie mes notes dans de beaux cahiers. Jaunes. L&#224; je prends soin de recons&#8202;tituer les ambiances et de revenir sur mes sensations. J'analyse et &#8220;m'autoanalyse&#8221;. Parall&#232;lement, je tiens &#224; jour une revue de presse locale. Les articles cit&#233;s dans &lt;i&gt;P&#233;age Sud&lt;/i&gt; sont de vrais morceaux de bravoure de la PQR &lt;i&gt;[presse quotidienne r&#233;gionale]&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concomitamment &#224; ce travail dans l'ombre, je suis un Gilet parmi les autres. Compl&#232;tement happ&#233; par le mouvement. Je chante, je d&#233;file, je lacrymog&#232;ne. Je discute, je m'engueule, j'&#233;tale vainement ma science. Je cr&#233;e mon premier compte Facebook, j'applaudis Dettinger &lt;i&gt;[le&lt;/i&gt; &lt;i&gt;boxeur de gendarmes du pont parisien]&lt;/i&gt;, manque de d&#233;faillir quand Rodrigues se fait &#233;borgner. Je suis donc totalement dedans et avec. Avec cette r&#233;serve pr&#232;s que du fait de ma condition sociale &#8220;privil&#233;gi&#233;e&#8221; (je suis salari&#233;) et d'une grande timidit&#233; pour tout ce qui concerne le chahut muscl&#233; avec les casqu&#233;s, je d&#233;serte souvent le champ de bataille quand &#231;a sent le roussi. Si j'accepte de courir certains risques dans des moments de fi&#232;vre collective, moi seul d&#233;cide du moment de mon retrait. La tr&#232;s grande plasticit&#233; du mouvement permet ce genre d'ajus&#8202;tements o&#249; chacun est libre de d&#233;terminer son degr&#233; d'engagement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le narrateur livre une chronique hebdomadaire du mouvement pour un blog nomm&#233; &lt;i&gt;Ramball&lt;/i&gt;. C'est quoi ce blog ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce blog n'existe pas. Ou alors pas encore. C'est une invention circonstanci&#233;e, m&#234;me si j'ai puis&#233; dans mon environnement pour en tracer les contours. Les chroniques fourbies par le narrateur de &lt;i&gt;P&#233;age Sud&lt;/i&gt; ont toutes &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;es au fil de l'&#233;criture du manuscrit. Elles sont donc toutes in&#233;dites &#224; part une, pour laquelle j'avoue avoir repris les grandes lignes d'un article que j'avais publi&#233; dans &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;. Il faudra donc rajouter, au titre de mes arrangements douteux avec la v&#233;rit&#233;, le p&#233;ch&#233; d'autoplagiat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces chroniques sont des textes au calibrage purement journalistique. Elles permettent un r&#233;gime de discours bien sp&#233;cifique avec des approches tant&#244;t th&#233;oriques tant&#244;t personnelles. On rejoint l&#224; un des fils rouges du livre : &#231;a veut dire quoi restituer le r&#233;el ? Quelle responsabilit&#233; endosse-t-on quand on s'arroge le droit de transformer des vies en trois dimensions en une s&#233;rie de signes abstraits qui seront librement interpr&#233;t&#233;s par une masse indiff&#233;renci&#233;e de lecteurs ? C'est pas rien comme b&#233;ance philosophique et morale. Entre le commentateur planqu&#233; et le sermonneur exalt&#233;, j'esp&#232;re avoir trouv&#233; la juste distance. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Momo Br&#252;cke&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;i&gt;&#171; P&#233;age Sud &#187; est distribu&#233; en librairie ; mais vous pouvez aussi le commander en ligne et tout de suite &lt;a href=&#034;https://www.helloasso.com/associations/cqfd/evenements/abonnements-et-micro-boutique-de-cqfd&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur notre page HelloAsso&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Extrait&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le rond-point s'anime. Un n&#339;ud d'agitation, des cris, des bruits de perceuse. Des costauds trimbalent des chevrons de bois. Les placent ensemble et les fixent au sol. Les jaunes construisent quelque chose. Les autres font un cercle autour. C'est quoi ce bordel ? &#192; quoi ils jouent maintenant ? L'armature est debout. On dirait les montants d'une balan&#231;oire. Ou bien une esp&#232;ce de portique. Les gestes des bricoleurs sont pr&#233;cis. On voit que c'est des manuels. Pas des planqu&#233;s d'intello aux mains d&#233;licates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je regarde mes mains avec circonspection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour il faudra abolir la division du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est quand j'avise le couperet en bois tout en haut de la potence que je comprends.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont construit une guillotine. Ils ont ressuscit&#233; la veuve d'entre les morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#234;te &#224; &lt;i&gt;Macaron 1&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;r&lt;/sup&gt;&lt;/i&gt; sur le billot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mon for int&#233;rieur se dessine un sourire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah les cons, ils sont marrants quand m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai envie de m'approcher pour voir cette veuve jaune de plus pr&#232;s. Je r&#233;siste &#224; la tentation. Ne pas se laisser avoir par les sentiments. Je me raisonne et m'arraisonne. M'interdis de flancher. Ils sont marrants peut-&#234;tre mais d'un bord diff&#233;rent du mien. Ne pas baisser sa garde. Un pied foutu dans la populace et c'est tout le corps qui suit.
Mais quand m&#234;me. Redonner vie &#224; l'&#339;uvre funeste du D&lt;sup&gt;r&lt;/sup&gt; Guillotin. Fallait oser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai beau me cabrer, quelque chose est en train de mollir &#224; l'int&#233;rieur de ma tripe d'ind&#233;crottable anar. Le ver &#8211; luisant &#8211; fraie dans ma pomme. Dans quelques semaines, quand s'amorcera ce travail introspectif visant &#224; isoler le point de bascule o&#249; mon empathie pour les jaunes a pris le dessus, la guillotine imposera sa silhouette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gilets font masse concentrique autour de l'effigie. Le couperet est hiss&#233; jusqu'en haut de son butoir. Une main maintient la corde. Quelques cris impatients fusent. Un immense drapeau fran&#231;ais claque au vent. La main l&#226;che la corde. Le couperet s'effondre. Tranche le vide. Tranche le corps absent du taulier de l'&#201;lys&#233;e. La foule, un cri cacophonique. Exultation en z&#233;brures. Myriades de joies qui se d&#233;bordent et se transvasent. Un rugissement se hisse au-dessus du capharna&#252;m et envoie la pur&#233;e du &lt;i&gt;Allons zenfants de la patrie&lt;/i&gt;. Un ch&#339;ur &#224; l'unisson entonne l'hymne national. Moi qui me roidis une &#233;ni&#232;me fois, pr&#234;t &#224; creuser ma tombe et &#224; y fossoyer mon cadavre de honte. Les esgourdes agress&#233;es par ce chant cocardier. M&#234;me si je sais dans mon tr&#233;fonds que &lt;i&gt;La Marseillaise&lt;/i&gt;, avant d'&#234;tre une beuglante de stade, fut un chant r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ah ben tiens, t'es l&#224; toi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je sursaute. La t&#234;te &#224; Pigasse. Qui d&#233;passe d'un anorak rouge &#224; capuche fourr&#233;e. Pigasse avec ses bacchantes &lt;i&gt;Brigades du Tigre&lt;/i&gt;, ses traits fatigu&#233;s de noceur insomniaque, sa pond&#233;ration autor&#233;gul&#233;e. Pigasse &#224; qui je demande, parce que c'est &#224; moi de parler et que m&#234;me si sa pr&#233;sence me d&#233;pla&#238;t je me dois de donner le change :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tu pr&#233;pares un article sur l'acte III ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Non. C'est pas moi qui couvre la mobilisation des gilets jaunes. Je prends juste des notes. Je voulais les voir de mes yeux. Ils sont ridicules avec leur guillotine. Ils veulent r&#233;tablir la peine de mort, tu crois ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; T'as qu'&#224; leur demander.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Si je dis que je suis journaliste, je me fais lyncher. J'ai eu des &#233;chos de la manif parisienne, &#231;a chauffe autour de l'Arc de Triomphe. Des types lancent des pav&#233;s sur les flics. D'autres les shootent &#224; coup de fronde et de boulons. L'ultra-droite est aux manettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Mais que fait &lt;i&gt;Macaron 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt;&lt;/i&gt; !?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Il est &#224; un G20 en Argentine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; G20 en Argentine, j'ai faim en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pigasse ne rel&#232;ve pas mon trait d'esprit. Je ne lui en veux pas, il est relativement m&#233;diocre. Mon trait d'esprit, pas Pigasse. Quoi que. Il ferme bri&#232;vement les yeux comme pour retourner en lui-m&#234;me. Il me demande ce que je fais l&#224;. Je r&#233;ponds que je regarde et cultive ma perplexit&#233;. Pigasse fait ce truc avec sa bouche dont je ne sais jamais si c'est un sourire r&#233;flexe ou une grimace m&#233;prisante. Il se roule une clope. Me donne envie de fumer. Mais j'ai ma fiert&#233; et pas de tabac sur moi. Les fois o&#249; on casse la graine ensemble, je ne lui demande m&#234;me pas de me passer le sel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; En plus ils chantent comme des ch&#232;vres, maugr&#233;e-t-il en l&#226;chant un nuage de fum&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pas faux.&lt;i&gt; La Marseillaise&lt;/i&gt; se d&#233;lite en une s&#233;rie de cris de jungle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pronostique &#224; Pigasse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Si &#231;a se trouve, dans un mois ils chanteront &lt;i&gt;L'Internationale&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Dans un mois No&#235;l sera pass&#233; et tous ces blaireaux seront de retour dans leur foyer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cf. &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Panchot-la-somme-des-mensonges-sur' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#8220;Panchot&#8221; : la somme des mensonges sur lesquels personne n'est d'accord&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD &lt;/i&gt;n&#176;184 (f&#233;vrier 2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Gilets jaunes de Valence : la justice baisse (un peu) le ton</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Gilets-jaunes-de-Valence-la</link>
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		<dc:date>2020-07-10T17:07:48Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;tienne Savoye</dc:subject>
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		<dc:subject>policiers</dc:subject>
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		<dc:subject>Tom</dc:subject>
		<dc:subject>St&#233;phane</dc:subject>
		<dc:subject>Gilet jaune</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Pour trois coups de pied ass&#233;n&#233;s &#224; un flic, le tribunal de Valence avait condamn&#233; un Gilet jaune &#224; douze mois de prison ferme. Devant la cour d'appel de Grenoble, le manifestant s'en est sorti avec huit mois de bracelet &#233;lectronique et trois ans d'interdiction de manifester dans sa r&#233;gion et &#224; Paris. Son camarade, auteur d'un seul coup, a &#233;cop&#233; de six mois de bracelet. &#171; Dans cette affaire, l&#226;chera l'avocate des policiers pendant l'audience d'appel, tout est question d'angle de vue. &#187; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Les-echos-du-Chien-rouge" rel="directory"&gt;Les &#233;chos du Chien rouge&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Etienne-Savoye" rel="tag"&gt;&#201;tienne Savoye&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pour trois coups de pied ass&#233;n&#233;s &#224; un flic, le tribunal de Valence avait condamn&#233; un Gilet jaune &#224; douze mois de prison ferme. Devant la cour d'appel de Grenoble, le manifestant s'en est sorti avec huit mois de bracelet &#233;lectronique et trois ans d'interdiction de manifester dans sa r&#233;gion et &#224; Paris. Son camarade, auteur d'un seul coup, a &#233;cop&#233; de six mois de bracelet.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2731 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH461/-989-b3532.jpg?1782639950' width='400' height='461' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Etienne Savoye
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Dans cette affaire&lt;/i&gt;, l&#226;chera l'avocate des policiers pendant l'audience d'appel, &lt;i&gt;tout est question d'angle de vue. &#187;&lt;/i&gt; C'est assez vrai. Il n'y a qu'&#224; voir, par exemple, le titre de l'article que le site de C-News consacre &#224; l'affaire : &#171; Agression de policiers : condamnation confirm&#233;e en appel pour deux Gilets jaunes &#187;. Des policiers agress&#233;s ? Les deux manifestants assurent qu'ils ne savaient pas qu'ils s'en prenaient &#224; des flics. Ils expliquent qu'&#224; l'instant des faits, ils voulaient seulement d&#233;fendre un Gilet jaune agress&#233; par des hommes en civil.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Acte IV&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D'abord, le contexte. Ce 8 d&#233;cembre 2018, les Gilets jaunes en sont &#224; leur quatri&#232;me acte. Apr&#232;s un temps d'expectative, de nombreux militants de gauche ont rejoint le mouvement. Des revendications sociales plus larges commencent &#224; supplanter les initiales dol&#233;ances d'automobilistes. D&#233;bord&#233;es par l'&#233;nergie &#233;meuti&#232;re qui s'est manifest&#233;e &#231;&#224; et l&#224;, les autorit&#233;s ont fait le pari de la r&#233;pression f&#233;roce ; six jours plus t&#244;t &#224; Marseille, Zineb Redouane d&#233;c&#233;dait apr&#232;s avoir re&#231;u en pleine figure une grenade lacrymog&#232;ne &#224; la fen&#234;tre de son appartement&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En ce d&#233;but juillet 2020, le policier tireur n'a toujours pas &#233;t&#233; identifi&#233;.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce 8 d&#233;cembre 2018 donc, des Gilets jaunes bloquent un rond-point de la zone commerciale du plateau des Couleures, &#224; Valence (Dr&#244;me). Vers midi, la police estime que la blague a assez dur&#233;. Les agents chargent. Les fluos ripostent : des projectiles volent. Quelques minutes plus tard, sur un parking proche, deux policiers &#8211; dont le directeur d&#233;partemental de s&#233;curit&#233; publique &#8211; reconnaissent un des lanceurs de projectiles. Habill&#233;s en civil, ils tentent de l'interpeller. Mais le manifestant ne se laisse pas faire et les trois hommes se retrouvent au sol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; ce moment-l&#224; qu'une quinzaine de Gilets jaunes, apercevant l'un des leurs se faire malmener par deux gugusses lambda, interviennent. Tout va tr&#232;s vite &#8211; 25 secondes &#224; peine. Des coups de pied et de poing sont &#233;chang&#233;s ; les flics d&#233;gainent leur arme ; d'autres bleus arrivent en renfort et les fluos prennent la fuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'apr&#232;s-midi, quatre personnes ayant particip&#233; &#224; l'algarade sont arr&#234;t&#233;es &#8211; violemment &#8211; dans les rues du centre-ville, o&#249; se d&#233;roule une marche pour le climat. Elles se retrouvent en garde &#224; vue, puis en d&#233;tention provisoire. Au bout de dix jours, elles ressortent. Juste le temps de se requinquer un peu, avant leur proc&#232;s de premi&#232;re instance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mercredi 26 d&#233;cembre 2018, Maria, Dylan, Tom et St&#233;phane font face &#224; leurs juges, au tribunal correctionnel de Valence&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire notre compte-rendu : &#171; Au tribunal de Valence, apaisement rime avec (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Aucun des pr&#233;venus n'a de casier judiciaire. Motif des poursuites ? &#171; Violences en r&#233;union sur personnes d&#233;positaires de l'autorit&#233; publique &#187;. Les deux policiers se sont vu d&#233;livrer deux et trois jours d'ITT (interruption totale de travail). St&#233;phane a port&#233; trois coups, Tom et Dylan un chacun. Impossible de nier : une cam&#233;ra de vid&#233;osurveillance a immortalis&#233; la sc&#232;ne. Les images, cependant, ne permettent pas de savoir ce qui s'est pass&#233; dans la t&#234;te des pr&#233;venus. Qu'importe, le procureur a ses certitudes au sujet de St&#233;phane : &#171; &lt;i&gt;Monsieur Trouille, c'est le plus violent, avec un vrai projet : foutre en l'air du flic&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;Il vient pour en d&#233;coudre...&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;Il tabasse...&lt;/i&gt; &#187; Maria, elle, n'a frapp&#233; personne. Simplement, elle s'est empar&#233;e du bonnet d'un des deux pandores et l'a jet&#233; plus loin. Aux yeux du procureur, voil&#224; une faute impardonnable : &#171; &lt;i&gt;Le fait de prendre un bonnet &#224; un policier au sol constitue d&#233;j&#224; des violences.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au terme du d&#233;lib&#233;r&#233;, les quatre pr&#233;venus r&#233;coltent trois ans d'interdiction de manifester. Maria &#233;cope de neuf mois de prison, dont trois ferme. Dylan en prend dix, dont quatre ferme. Aucun des deux ne fera appel. Les deux autres, les plus lourdement condamn&#233;s, contesteront la peine : douze mois dont six ferme pour Tom, dix-huit mois dont douze ferme pour St&#233;phane.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Grenoble, un an et demi plus tard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce jeudi 4 juin 2020, St&#233;phane et Tom ont donc rendez-vous &#224; la cour d'appel de Grenoble. Le Covid-19 se faisant discret, les bars et les restaurants ont rouvert depuis deux jours, mais la justice n'est visiblement pas press&#233;e de renouer avec un de ses principes essentiels : la publicit&#233; des audiences. Le tribunal demeure ferm&#233; au public et les quelques dizaines de personnes venues soutenir les pr&#233;venus resteront dehors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi avoir fait appel ? &#171; &lt;i&gt;Je ne savais pas que c'&#233;taient des policiers&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;pond Tom. Toute l'audience tournera autour de cette question : au d&#233;but de la bagarre, les deux Gilets jaunes avaient-ils conscience qu'ils s'en prenaient &#224; des pandores ? D&#232;s lors, la circonstance aggravante de violences &#171; sur personnes d&#233;positaires de l'autorit&#233; publique &#187; tient-elle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la mani&#232;re qu'ils ont de mener leurs interrogatoires, on devine bien que les juges pr&#233;supposent que les pr&#233;venus savaient tr&#232;s bien &#224; qui ils avaient affaire. Curieusement, ce sont les policiers eux-m&#234;mes qui vont donner des &#233;l&#233;ments &#224; d&#233;charge. D'abord, le patron des flics de la Dr&#244;me rappelle qu'il &#233;tait en civil : &lt;i&gt;&#171; Pour &#233;viter d'&#234;tre identifi&#233; comme policier, j'[avais] mis un pull gris. &#187; &lt;/i&gt;Puis il admet sans mal que dans la confusion, son brassard &#171; police &#187; a probablement gliss&#233; &#8211; devenant ainsi beaucoup moins visible. Il reconna&#238;t &#233;galement qu'il n'a &#171; &lt;i&gt;pas eu le r&#233;flexe&lt;/i&gt; &#187; de crier &#171; &lt;i&gt;Police !&lt;/i&gt; &#187;. Autre &#233;l&#233;ment probant : &#171; &lt;i&gt;Rapidement, on s'est fait insulter, mais pas en tant que policiers.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme en premi&#232;re instance, les magistrats surinterpr&#232;tent la vid&#233;o, pourtant confuse, zoom&#233;e et lointaine, ne permettant absolument pas de distinguer l'expression d'un visage : &#171; &lt;i&gt;On a l'impression que vous faites votre jogging, vous &#234;tes tr&#232;s d&#233;tendu&lt;/i&gt; &#187;, s'entend ainsi dire St&#233;phane. Lequel donne sa version des faits : &#171; &lt;i&gt;J'observe une personne qui donne des coups &#224; d'autres [&#8230;]. Donc ma r&#233;action pour d&#233;samorcer cette bagarre, c'est de lui donner un coup pour qu'elle recule. C'&#233;tait chaotique, spontan&#233;. &#187;&lt;/i&gt; Tom, lui, indique qu'il a d&#233;cid&#233; d'intervenir quand il a vu un manifestant avec &#171; &lt;i&gt;le visage en sang&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;fense, M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Rapha&#235;l Kempf montre au deuxi&#232;me agent de police un extrait de la vid&#233;o o&#249; on ne voit pas son brassard. Et il lui demande : &#171; &lt;i&gt;Est-ce que c'est possible qu'il ne soit pas visible ?&lt;/i&gt; &#187; La pr&#233;sidente du tribunal intervient : &#171; &lt;i&gt;&#199;a n'est pas une question. Comment voulez-vous qu'il r&#233;ponde &#224; ce type de question ?&lt;/i&gt; &#187; M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Kempf : &#171; &lt;i&gt;On leur demande si les manifestants savaient qu'ils &#233;taient policiers, je pose la question inverse&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Le flic : &#171; &lt;i&gt;Oui c'est possible [que mon brassard ne soit pas visible], je suis en mouvement.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'avocate des policiers dramatise : &#171; &lt;i&gt;Ces faits ont &#233;t&#233; une d&#233;ferlante de violences.&lt;/i&gt; &#187; S&#251;r que face &#224; quinze Gilets jaunes, les deux flics ont d&#251; flipper (et il est heureux qu'ils aient fait preuve de sang-froid en n'utilisant pas leurs armes), mais peut-on honn&#234;tement dire comme la bavarde que &#171; &lt;i&gt;cette d&#233;ferlante de coups est &#224; la limite du supportable&lt;/i&gt; &#187; ? Si elle appr&#233;cie les excuses faites &#224; ses clients par les pr&#233;venus, l'avocate n'en d&#233;mord pas : &#171; &lt;i&gt;Je suis certaine qu'ils savaient &#224; qui ils avaient affaire.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La parole est au minist&#232;re public, qui commence par un discours d'apaisement, rappelant qu'&#224; l'occasion du mouvement des Gilets jaunes, on a pu voir &#171; &lt;i&gt;des d&#233;rapages des deux c&#244;t&#233;s ; il y a des enqu&#234;tes visant des fonctionnaires ayant abus&#233; de leur autorit&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Mais l&#224;, il s'agit de juger les manifestants : &#171; &lt;i&gt;Sur la vid&#233;o, on voit [le directeur d&#233;partemental de la s&#233;curit&#233; publique], il est au sol [&#8230;] ; &#224; cet instant-l&#224;, on a l'impression que c'est la cur&#233;e, l'hallali.&lt;/i&gt; &#187; Pour que les agents &#171; &lt;i&gt;aient &#233;t&#233; reconnus comme policiers, aurait-il fallu qu'ils portent un gyrophare ?&lt;/i&gt; &#187; Il demande la confirmation des peines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'avocate de Tom, M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Alice Becker, rappelle que le premier proc&#232;s avait eu lieu dans un contexte politique tr&#232;s tendu. Ne pouvant r&#233;clamer la relaxe, elle plaide une forte r&#233;duction de peine : &#171; &lt;i&gt;Je vous demanderai juste de revenir &#224; la raison, &#224; la mat&#233;rialit&#233; des faits, &#224; savoir un coup de pied, dont il s'est excus&#233;. La peine il l'a d&#233;j&#224; eue, il a pass&#233; dix jours en d&#233;tention provisoire.&lt;/i&gt; &#187; Elle estime ensuite que la peine compl&#233;mentaire d'interdiction de trois ans de manifester n'est pas l&#233;gale, car elle devrait &#234;tre limit&#233;e dans l'espace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour d&#233;fendre St&#233;phane, M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Kempf rappelle que la manifestation des Gilets jaunes se passait tr&#232;s bien, sans d&#233;bordement, &#171; &lt;i&gt;jusqu'&#224; ce que la police d&#233;cide de la disperser&lt;/i&gt; &#187;. En ce qui concerne la circonstance aggravante de violences &#171; sur personnes d&#233;positaires de l'autorit&#233; publique &#187;, il demande la relaxe &#8211; &#171; &lt;i&gt;ne serait-ce qu'au b&#233;n&#233;fice du doute&lt;/i&gt; &#187;. Sur le reste, il sugg&#232;re une peine de sursis, mais pas de ferme.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Et finalement&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 2 juillet, la cour d'appel de Grenoble a rendu sa d&#233;cision. Tom, 24 ans, ramasse douze mois de bracelet &#233;lectronique, dont six avec sursis &#8211; sans inscription au casier judiciaire (B2), ce qui l'arrange bien puisque dans le cadre de son travail d'ouvrier du BTP, il lui arrive de devoir travailler sur des ouvrages sensibles, comme des barrages, o&#249; un casier vierge est exig&#233;. Pour St&#233;phane, vid&#233;aste et reporter de 42 ans, ce sera dix-huit mois de bracelet, dont dix avec sursis. Les deux hommes &#233;copent &#233;galement de trois ans d'interdiction de manifester dans la r&#233;gion Auvergne-Rh&#244;ne-Alpes et &#224; Paris. Les verra-t-on bient&#244;t sur les pav&#233;s de Marseille, Lille, Nantes ou Montpellier ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Clair Rivi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En ce d&#233;but juillet 2020, le policier tireur n'a toujours pas &#233;t&#233; identifi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire notre compte-rendu : &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Gilets-jaunes-au-tribunal-de' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Au tribunal de Valence, apaisement rime avec ch&#226;timent&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 172 (janvier 2019). Lire aussi &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Communique-de-Stephane-Trouille' class=&#034;spip_in&#034;&gt;le communiqu&#233;&lt;/a&gt; o&#249; St&#233;phane raconte sa version des faits.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Je te dirai les mots jaunes</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Je-te-dirai-les-mots-jaunes</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Je-te-dirai-les-mots-jaunes</guid>
		<dc:date>2020-04-09T06:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno Le Dantec</dc:creator>


		<dc:subject>Plein le dos</dc:subject>
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		<dc:subject>feuilles jaunes</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;C'est l'histoire d'une id&#233;e qui na&#238;t et grandit avec le mouvement social le plus inesp&#233;r&#233; et le plus subversif depuis Mai 68. Collecter et diffuser l'&#233;loquence des &#171; dos cr&#233;atifs &#187;, des sans-visage en col&#232;re, voil&#224; ce que s'est propos&#233; le collectif publiant Plein le dos. D'abord dazibao vendu en manif &#224; prix libre, ce cri polyphonique des Gilets jaunes vient de transmuter en beau livre. On n'en est pas encore revenu : &#224; l'automne 2018, une mar&#233;e humaine-trop-humaine a submerg&#233; le pays, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no184-fevrier-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;184 (f&#233;vrier 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Plein-le-dos" rel="tag"&gt;Plein le dos&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Gilets-jaunes" rel="tag"&gt;Gilets jaunes&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/feuilles-jaunes" rel="tag"&gt;feuilles jaunes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est l'histoire d'une id&#233;e qui na&#238;t et grandit avec le mouvement social le plus inesp&#233;r&#233; et le plus subversif depuis Mai 68. Collecter et diffuser l'&#233;loquence des &#171; &lt;i&gt;dos cr&#233;atifs &#187;&lt;/i&gt;, des sans-visage en col&#232;re, voil&#224; ce que s'est propos&#233; le collectif publiant &lt;i&gt;Plein le dos.&lt;/i&gt; D'abord dazibao vendu en manif &#224; prix libre, ce cri polyphonique des Gilets jaunes vient de transmuter en beau livre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3280 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;54&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH424/-1486-8ae91.jpg?1782638753' width='400' height='424' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Plein le dos / Acte 13, Paris (9 f&#233;vrier 2019)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;O&lt;/span&gt;n n'en est pas encore revenu : &#224; l'automne 2018, une mar&#233;e humaine-trop-humaine a submerg&#233; le pays, mouillant tout le monde, m&#234;me celles et ceux qui se croyaient &#224; l'aise, les pieds au sec. Partie des ronds-points (non-lieux embl&#233;matiques de la non-vie moderne) pour aller fracasser ses vagues successives sur les vitrines &lt;i&gt;bling-bling prout-prout &lt;/i&gt;des &#171; Champs &#187; et du bon chic parisien, elle a marqu&#233; les consciences pour longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au c&#339;ur d'un mouvement qui peu &#224; peu s'inscrivait dans la dur&#233;e, &lt;i&gt;Plein le dos&lt;/i&gt; appara&#238;t en janvier 2019. L'id&#233;e est d'imprimer des photos de dossards bavards sur des feuilles jaunes, A3 recto verso pli&#233;es en quatre, et de les vendre &#224; la cri&#233;e. Il s'agit, acte apr&#232;s acte, de contribuer &#224; faire le lien entre les milliers de &#171; p&#233;riph&#233;ries &#187; convergeant sur la capitale, mais aussi avec celles qui, pour x raisons, restent sur leurs terres d'origine. Titre et sous-titre : &#171; &lt;i&gt;PLEIN LE DOS &#8211; Pour une m&#233;moire populaire. La rue contre le m&#233;pris.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3281 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;53&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH347/-1487-a41be.jpg?1782961010' width='500' height='347' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Plein le dos / Acte 30 &#224; Drancy (8 juin 2019)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Il fallait contrer les mensonges de la presse,&lt;/i&gt; explique Anouk, membre du collectif et crieuse de rue. &lt;i&gt;Tax&#233;s de pollueurs, fachos, racistes, homophobes, antis&#233;mites, complotistes..., les Gilets jaunes ont bon dos. Pourtant, sur leurs &#233;paules, le message est tout autre. On voulait montrer &#231;a.&lt;/i&gt; &#187; Ce n'est pas un hasard si le projet se cuisine d'abord &#224; Paris. Les foules qui y d&#233;boulent le samedi, avec leurs d&#233;gaines de prol&#233;taires, leurs chants de stade, leurs drapeaux tricolores ou r&#233;gionaux, leurs jurons anti-Macron, h&#233;rissent bien des &#171; progressistes &#187; confits de citoyennet&#233;, universalisme abstrait ou autre id&#233;ologie ferm&#233;e. La galerie de portraits sans visage des &lt;i&gt;Plein le dos&lt;/i&gt; met les points sur les i : &#171; &lt;i&gt;Tarlouze violente&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Gitan en gal&#232;re&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Mamie gigi Dunkerque&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Matgoulish gili jone&lt;/i&gt; &#187; [&#171; &lt;i&gt;Ne m'appelez pas &#8220;gilet jaune&#8221;, en arabe dialectal&lt;/i&gt;], &#171; &lt;i&gt;Je suis Zineb&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Paysanne v&#233;n&#232;re&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Cheminote d&#233;ter&lt;/i&gt; &#187;&#8230; Autant d'armoiries perso' sur des gilets customis&#233;s, fi&#232;rement arbor&#233;s, en r&#233;ponse &#224; l'intox.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin 2018, beaucoup ont craint (ou souhait&#233;) assister &#224; l'insurrection d'un populo de droite &#8211; souvent les m&#234;mes qui faisaient supporter aux &#171; jojos en fluo &#187; les stigmates du m&#233;pris de classe. Le ministre de l'Int&#233;rieur Christophe Castaner donnait le signal de la cur&#233;e polici&#232;re en les accusant de monter &#224; la capitale &#171; &lt;i&gt;pour casser et tuer&lt;/i&gt; &#187;. La France des assis refusait d'admettre que, dans ce Paris assassin&#233; de longue date par les Versaillais, c'est au tour des ruraux, banlieusards et autres p&#233;riurbains de porter haut l'esprit des communards et des sans-culottes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3283 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;52&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH617/-1489-cb788.jpg?1782723317' width='400' height='617' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Plein le dos / Acte 41, Paris (24 ao&#251;t 2019)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Plein le dos&lt;/i&gt; a ensuite essaim&#233; &#171; en province &#187;. &#171; &lt;i&gt;Apr&#232;s chaque samedi, de nouvelles photos nous arrivent d'un peu partout&lt;/i&gt;, raconte Anouk, qui navigue entre Toulouse et Marseille. &lt;i&gt;Du coup, c'est compliqu&#233; d'arr&#234;ter le compteur pour faire un bouquin. Mais comme il n'est pas question d'oraison fun&#232;bre, on a accept&#233; l'id&#233;e de fabriquer un objet non d&#233;finitif, qui t&#233;moigne d'un ph&#233;nom&#232;ne loin d'&#234;tre mort.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P&#233;riurbaines au point de cr&#233;cher en Ari&#232;ge, Les &#233;ditions du Bout de la ville ont bien boss&#233;. Si le livre balance sans commentaire autant de gilets &#233;nerv&#233;s que de jours dans l'ann&#233;e, des annexes en fran&#231;ais et en anglais d&#233;cryptent et contextualisent les jeux de mots, les coups de gueule, les chansons et les slogans d&#233;tourn&#233;s qui, avec le temps ou la distance, pourraient virer abscons. Plus que des notules techniques, elles font sens et nourrissent la r&#233;flexion. Parce qu'&#224; l'heure o&#249; la population h&#233;site encore &#224; se soulever vraiment contre un gouvernement qui travaille contre elle, ce bouquin et ces feuilles montrent des &#233;clats de sauvagerie salutaires (comme la br&#232;ve mais jubilatoire gratuit&#233; des p&#233;ages), la socialisation d'espaces st&#233;rilis&#233;s par l'am&#233;nagement du territoire et, surtout, une critique radicale de la repr&#233;sentation politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin d'un d&#233;fil&#233; marseillais contre la r&#233;forme des retraites, alors que la sono canalise les troupes vers les cars de ramassage en saturant l'air d'une &lt;i&gt;Internationale&lt;/i&gt; enregistr&#233;e, un contingent inattendu avance. &#171; &lt;i&gt;Gilet jaune, quel est ton m&#233;tier&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;, scande une femme au m&#233;gaphone. &#171; &lt;i&gt;Ahouou ! Ahouou&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;pondent une centaine de trognes marqu&#233;es par la vie, dont pas mal de &#171; sans-dents &#187; condamn&#233;s au minimum vieillesse. Ce sont eux, autant que la jeunesse et une base syndicale d&#233;passant la strat&#233;gie conf&#233;d&#233;rale par des modes d'action plus d&#233;cisifs, qui am&#232;neront la victoire.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Bruno Le Dantec&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;
&lt;strong&gt;Plein le dos, 365 gilets jaunes, novembre 2018-octobre 2019&lt;/strong&gt;
&lt;/i&gt; (Les &#201;ditions du Bout de la ville)&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;O&#249; va le fric ? &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Sur son site, &lt;i&gt;Plein le dos&lt;/i&gt; affiche les d&#233;tails de sa comptabilit&#233; et l'usage de l'argent collect&#233;. La vente des feuilles jaunes a permis de donner plus de 14 000 &#8364; &#224; l'Assembl&#233;e des bless&#233;.es, D&#233;sarmons-les et les Mutil&#233;s pour l'exemple (collectifs d&#233;non&#231;ant les violences polici&#232;res). Les b&#233;n&#233;fices du livre seront revers&#233;s aux victimes de la r&#233;pression judiciaire. Pour en savoir plus : &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://pleinledos.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pleinledos.org&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3282 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;58&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH482/-1488-c85f5.jpg?1782723317' width='400' height='482' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Plein le dos / Acte 49, Toulouse (19 octobre 2019)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#192; la marche des &#171; Mutil&#233;s pour l'exemple &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/A-la-marche-des-Mutiles-pour-l</link>
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		<dc:date>2019-11-25T09:18:20Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sophie Divry</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Victimes de violences polici&#232;res, particuli&#232;rement graves et nombreuses pendant le mouvement des Gilets jaunes, les &#171; Mutil&#233;s pour l'exemple &#187; ont form&#233; un collectif au printemps dernier. &#201;borgn&#233;s, amput&#233;s, traumatis&#233;s, ils doivent s'adapter &#224; la nouvelle vie qu'on leur a impos&#233;e. Le 22 septembre, ils manifestaient &#224; Bordeaux, demandant la fin de l'impunit&#233; et du carnage policier. Reportage et t&#233;moignages. Pour ceux qui ne connaissent pas Bordeaux, la visite guid&#233;e est d'un effet terrible. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no181-novembre-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;181 (novembre 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/une3_cabrule" rel="tag"&gt;une3_cabrule&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Elzazimut" rel="tag"&gt;Elzazimut&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/faire" rel="tag"&gt;faire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/j-ai" rel="tag"&gt;j'ai&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Gilets-jaunes" rel="tag"&gt;Gilets jaunes&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/J-ai-pris" rel="tag"&gt;J'ai pris&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Victimes de violences polici&#232;res, particuli&#232;rement graves et nombreuses pendant le mouvement des Gilets jaunes, les &#171; Mutil&#233;s pour l'exemple &#187; ont form&#233; un collectif au printemps dernier. &#201;borgn&#233;s, amput&#233;s, traumatis&#233;s, ils doivent s'adapter &#224; la nouvelle vie qu'on leur a impos&#233;e. Le 22 septembre, ils manifestaient &#224; Bordeaux, demandant la fin de l'impunit&#233; et du carnage policier. Reportage et t&#233;moignages.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3133 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH449/-1360-0c6c5.jpg?1782641452' width='400' height='449' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Elzazimut
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;P&lt;/span&gt;our ceux qui ne connaissent pas Bordeaux, la visite guid&#233;e est d'un effet terrible. La troisi&#232;me marche du collectif des &#171; Mutil&#233;s pour l'exemple &#187;&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La plupart des membres du collectif ont &#233;t&#233; bless&#233;s pendant le mouvement des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; trace &#224; l'int&#233;rieur de la ville un chemin de croix de la r&#233;pression subie par les Gilets jaunes. Ce 22 septembre, le cort&#232;ge de 500 personnes s'arr&#234;te et &#233;coute &#224; chaque station comment un bless&#233; a perdu, qui son &#339;il, qui sa main, sa joue, sa vision, et dans le lot souvent son m&#233;tier et sa tranquillit&#233;, ainsi que beaucoup d'illusions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a commence place de la Bourse, face au miroir d'eau de la m&#233;tropole girondine airbnbis&#233;e. Les manifestants brandissent des croix en polystyr&#232;ne jaune avec le nom des bless&#233;s. Le bilan global de la r&#233;pression des Gilets jaunes a atteint des hauteurs historiques. Officiellement, il fait &#233;tat de 2 500 bless&#233;s, mais est certainement sous-&#233;valu&#233;. En cause notamment, la grenade assourdissante Gli-F4, les grenades de d&#233;sencerclement et les tirs de flashballs&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On utilisera ici ce terme g&#233;n&#233;rique pour d&#233;signer les &#171; lanceurs de balles (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Les victimes sont lyc&#233;ens, secr&#233;taires m&#233;dicales, intermittents du spectacle, chauffeurs routiers, marins, ouvriers, &#233;tudiants, sans emploi. C'est la France des Gilets jaunes.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les mains arrach&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce dimanche, Antoine Boudinet montre sans complexe le moignon qui lui reste &#224; la place de la main droite. Le jeune homme reste combatif et souriant &#8211; cette main manquante est pourtant tellement choquante par sa possibilit&#233; m&#234;me, vu sa jeunesse et son sourire. Il a 26 ans quand le 8 d&#233;cembre 2018, il se fait arracher la main par une grenade Gli-F4. &#171; &lt;i&gt;Moi j'&#233;tais na&#239;f, je pensais pas que je pouvais &#234;tre bless&#233; si gravement&lt;/i&gt; &#187;, raconte-t-il. Cette grenade est compos&#233;e de 26 grammes de TNT. Antoine, par r&#233;flexe, a voulu la repousser, sa main a explos&#233;. &#187; &lt;i&gt;Il restait les os, mais plus aucune chair.&lt;/i&gt; &#187; Animateur en p&#233;riscolaire, il a d&#251; passer trois mois en r&#233;&#233;ducation. Il est aujourd'hui d&#233;clar&#233; handicap&#233; &#224; 80 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, Antoine n'est pas le seul &#224; avoir v&#233;cu cette horreur de se faire arracher la main par cette grenade dite &#171; &#224; l&#233;talit&#233; r&#233;duite &#187; et dont les autorit&#233;s connaissaient la dangerosit&#233;. Il y a Gabriel, apprenti chaudronnier de 21 ans ; Ayhan, ouvrier de 52 ans ; S&#233;bastien, 29 ans, plombier. Et Fr&#233;d&#233;ric, ouvrier lamaneur de 35 ans, qui a perdu une main une semaine avant Antoine, comme lui &#224; Bordeaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes place de la Com&#233;die et Floriane prend la parole. Elle a re&#231;u un tir de flashball dans le mollet et dans le m&#233;gaphone raconte une longue histoire de douleurs. Sa voix vibre de col&#232;re : &#171; &lt;i&gt;Je fais encore des cauchemars, et je suis encore suivie psychologiquement huit mois plus tard, mais je veux t&#233;moigner. Je veux l'interdiction des flashballs. Ce n'est pas une arme &#224; utiliser contre une foule. Le gouvernement n'a pas &#224; mutiler les gens.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B&#233;reng&#232;re ne prendra pas le micro ; contrairement &#224; Floriane, elle n'a pas d&#233;pos&#233; plainte, mais elle est marqu&#233;e par diverses blessures, de grenades et de matraque. &#171; &lt;i&gt;Le collectif, &#231;a me permet d'en parler, &#231;a soulage, c'est hyper important de partager.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; La police fait son travail, &#231;a cr&#232;ve les yeux &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les slogans s'encha&#238;nent : &#171; &lt;i&gt;Castaner en prison&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;La police fait son travail, &#231;a cr&#232;ve les yeux&lt;/i&gt; &#187;. Des militantes du Clap33 &lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Collectif bordelais contre les abus policiers. Sur Internet : Clap33.com.&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#233;gr&#232;nent les noms de personnes tu&#233;es par la police, notamment dans les banlieues. L'&#233;num&#233;ration fait froid dans le dos. Myriam a r&#233;ussi &#224; faire condamner l'&#201;tat pour un coup de tonfa qu'elle a subi. Elle aide aujourd'hui le collectif par son exp&#233;rience, mais regrette que beaucoup de Gilets jaunes ne portent pas plainte. &#171; &lt;i&gt;On en arrive &#224; un point o&#249; on est content si on rentre chez soi sans &#234;tre mutil&#233;. Pourtant, il n'y a pas de petits bless&#233;s.&lt;/i&gt; &#187; Tous prennent pour mod&#232;le le collectif Adama&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bas&#233; en banlieue parisienne, il demande v&#233;rit&#233; et justice pour Adama Traor&#233;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, dont Antoine arbore le tee-shirt noir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cort&#232;ge arrive cours Victor-Hugo. Sous cet abribus, Jean-Marc a pris un flashball en pleine t&#234;te, et comme 23 autres personnes, a &#233;t&#233; &#233;borgn&#233;. L'&#233;motion le submerge. Les mutil&#233;s se tombent dans les bras. C'est cela qui est frappant, de s'apercevoir que les blessures ne sont pas juste une affaire physique. C'est une atteinte &#224; l'intimit&#233;, au visage, au rapport au monde, &#224; la confiance en soi et aux autres. Gravement, le cort&#232;ge repart vers la Garonne. Je discute avec Alexandre, puis avec Franck, bless&#233;s &#224; la t&#234;te &#8211; comme plus de 300 autres. Ces deux-l&#224; ont perdu leur travail &#224; cause d'un tir de flashball, une balle en caoutchouc rigide tir&#233;e &#224; 300 km/h.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Interdire la Gli-F4 et les flashballs&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le combat des &#171; Mutil&#233;s pour l'exemple &#187; ne fait que commencer. &#171; &lt;i&gt;On veut montrer &#224; tous ceux qui n'ont pas encore vu ou ne veulent pas le voir qu'il y a vraiment des bless&#233;s graves et des mutil&#233;s &#224; vie&lt;/i&gt; &#187;, dit Franck. En justice, la bataille n'est pas gagn&#233;e : &#224; notre connaissance, pr&#232;s d'un an apr&#232;s le d&#233;but du mouvement des Gilets jaunes, aucun policier n'a &#233;t&#233; mis en examen. &#192; Bordeaux, les plaintes d'Antoine Boudinet et de Fr&#233;d&#233;ric ont &#233;t&#233; class&#233;es sans suite. Mais les bless&#233;s sont pr&#234;ts &#224; aller jusqu'&#224; la Cour europ&#233;enne des droits de l'homme &#8211; &#171; &lt;i&gt;m&#234;me si &#231;a doit prendre dix ans, on l&#226;chera rien&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La visite est termin&#233;e. De retour au point de d&#233;part, le collectif insiste sur ses revendications : l'interdiction de la grenade Gli-F4 et des flashballs. Le but est de faire baisser le niveau de violence. Mais le gouvernement souhaite-t-il cette d&#233;sescalade ? Didier Lallement, le pr&#233;fet de Gironde qui dirigeait les forces de l'ordre &#224; Bordeaux l'hiver dernier, a &#233;t&#233; promu depuis pr&#233;fet de police de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Sophie Divry&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; On m'a amput&#233; tout de suite &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fr&#233;d&#233;ric, ouvrier, 36 ans, a eu la main droite arrach&#233;e par une grenade Gli-F4 &#224; Bordeaux, le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre 2018&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je suis ouvrier lamaneur. Mon travail consistait &#224; tirer sur des cordes pour amarrer les bateaux dans le port de Bordeaux et autour sur la Garonne. Ce 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre, c'&#233;tait ma premi&#232;re manifestation avec les Gilets jaunes. Je venais parce qu'avec mon salaire, je ne pouvais pas faire autre chose que payer des factures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on arrive place Pey-Berland, il y a un mur de CRS derri&#232;re des grilles. Je tombe &#224; terre dans un mouvement de foule. Une grenade roule &#224; c&#244;t&#233; de moi, elle fume. Par r&#233;flexe, je cherche &#224; l'&#233;loigner de ma t&#234;te, mais je n'ai pas le temps de la toucher. Elle explose et emporte ma main. Quand j'ai vu cette horreur, c'&#233;tait tr&#232;s dur. Pendant longtemps, m&#234;me apr&#232;s l'op&#233;ration, je n'arrivais pas &#224; porter le regard sur mon moignon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis rest&#233; une heure assis par terre, prot&#233;g&#233; par d'autres Gilets jaunes, &#224; souffrir, en attendant qu'on puisse faire venir les pompiers. Je me sentais mourir. On m'a dit plus tard que j'&#233;tais alors en &#8220;urgence absolue&#8221;. &#192; l'h&#244;pital, on m'a amput&#233; tout de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais encore alit&#233; que deux jours apr&#232;s les flics sont venus dans ma chambre m'apprendre qu'ils avaient d&#233;pos&#233; plainte contre moi, pour anticiper et faire croire que c'&#233;tait moi le probl&#232;me ! &#192; l'&#233;poque je ne savais rien de ces grenades et des flashballs. J'ai eu plusieurs mois de r&#233;&#233;ducation et de suivi psychologique. Il faut faire travailler les muscles du bras, pour que la proth&#232;se fonctionne. Au d&#233;but, ma mutuelle ne voulait pas me rembourser les frais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vivre avec une seule main, &#231;a change tout. Tout prend plus de temps. Je ne peux plus faire la vaisselle, &#233;tendre le linge, j'ai d&#251; m'&#233;quiper d'un lave-vaisselle et d'un s&#232;che-linge. C'est des frais en plus. La proth&#232;se, ce n'est pas parfait, c'est fragile. Je vis seul alors tout est compliqu&#233;. Avant je bricolais beaucoup. J'ai toujours &#233;t&#233; quelqu'un qui aimait se d&#233;brouiller tout seul. Certains gestes, je peux m'adapter, d'autres je ne peux plus les faire et &#231;a m'&#233;nerve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement, j'ai mon fr&#232;re et ma s&#339;ur, des amis. Mais je n'aime pas certains regards pos&#233;s sur mon bras. Malgr&#233; tout, j'essaie de continuer &#224; regarder l'avenir. J'ai l'espoir de pouvoir reprendre mon travail dans la marine avec une proth&#232;se sp&#233;ciale. J'ai pu apprendre &#224; conduire avec mon moignon, mais pour la p&#234;che, la chasse, le jardinage, c'est plus compliqu&#233;. Je suis en col&#232;re. Je suis encore plus en col&#232;re qu'avant. On est des victimes de l'&#201;tat et pour l'instant on n'est pas reconnus. Pour eux, on est des dommages collat&#233;raux, c'est r&#233;voltant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Je ne suis jamais ressortie manifester &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Floriane, secr&#233;taire m&#233;dicale, touch&#233;e par un tir de flashball au mollet &#224; Bordeaux le 12 janvier 2019.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On &#233;tait venus manifester avec mon mari. On &#233;tait l&#224; pour nos droits, nos salaires, nos anciens, nos handicap&#233;s, notre avenir, pour des salaires d&#233;cents. Au d&#233;but, la manif &#233;tait super sympa. Mais la tension a mont&#233; et place Pey-Berland, les forces de l'ordre ont charg&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi j'&#233;tais accroupie en train d'aider un bless&#233;. Je re&#231;ois un tir de LBD dans le mollet gauche. Je ressens une &#233;norme d&#233;charge &#233;lectrique. &#199;a fait tr&#232;s mal. J'ai fui le cort&#232;ge le plus vite possible. Je me rappelle qu'on entendait les flashballs rebondir partout sur les r&#233;verb&#232;res. Je ne comprenais pas ce qui m'arrivait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je rentre chez moi. &#199;a fait un gros bleu, je mets de la glace et le lendemain je vais consulter SOS M&#233;decins. On me dit que l'h&#233;matome va passer. Mais &#231;a ne passe pas. La plaie devient toute noire. Je me rends aux urgences de Bordeaux. &#199;a avait n&#233;cros&#233;. C'est une complication grave et il faut op&#233;rer. Je suis op&#233;r&#233;e deux fois. D'abord pour enlever la n&#233;crose. &#199;a fait un trou de 8 cm. Puis j'ai eu une greffe de peau. J'ai &#233;t&#233; immobilis&#233;e pendant dix jours, sans pouvoir mettre le pied par terre. On m'a mise sur un fauteuil roulant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut voir les cons&#233;quences sur votre vie : ce sont des allers-retours &#224; l'h&#244;pital, des soins infirmiers quotidiens, des longues douleurs, des piq&#251;res contre les phl&#233;bites, un arr&#234;t de travail de trois semaines, de longues journ&#233;es de pleurs&#8230; Et encore, j'ai de la chance, la greffe a pris du premier coup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis jamais ressortie manifester. Malgr&#233; les bonnes convictions, la peur prend le dessus. On se dit que le danger vient de ceux qui sont cens&#233;s nous prot&#233;ger. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Quand vous &#234;tes borgne,vous devez tout r&#233;apprendre &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alexandre, 38 ans, intermittent du spectacle, a perdu son &#339;il droit suite &#224; un tir de flashball &#224; Paris le 8 d&#233;cembre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'&#233;tais sur les Champs-&#201;lys&#233;es. J'ai pris une balle de LBD-40 dans l'&#339;il droit. L'orbite a explos&#233;. Le truc choquant, c'est que mon &#339;il m'a coul&#233; dans ma main. Et que personne n'est venu pour m'aider.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis r&#233;fugi&#233; dans un sas d'immeuble. Je n'ai pas pu trouver un camion de pompiers avant trois ou quatre heures. Du coup, j'ai d&#251; me faire un bandage avec mon gilet jaune. &#199;a m'a valu 70 points de suture et une op&#233;ration de six heures. J'ai eu 90 jours d'ITT [interruption totale de travail]. J'ai perdu mon travail, qui consistait &#224; faire de la d&#233;coration sur les plateaux t&#233;l&#233;. Esth&#233;tiquement, mon visage est atteint, et dans ce milieu il y a tout un travail relationnel qui m'est devenu impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand vous &#234;tes borgne, vous devez tout r&#233;apprendre, &#224; marcher, &#224; parler, &#224; regarder, tout ! Vous vivez avec une partie de vous qui est morte. Quatre heures de travail pour vous, c'est huit heures pour moi. Je ne peux plus conduire, lire, c'est &#233;puisant. J'ai encore des douleurs, des cauchemars, des insomnies. Jamais je n'aurais pens&#233; perdre un &#339;il sur les Champs-&#201;lys&#233;es. Au Darfour je peux comprendre, mais pas sur les Champs-&#201;lys&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Je me r&#233;veille la nuit, j'y pense tout le temps &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Franck, 45 ans, ancien salari&#233; dans la logistique, touch&#233; par un flashball au visage le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre &#224; Paris.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'&#233;tait &#224; l'acte III &#224; Paris, j'ai pris un tir de LBD en plein visage. J'ai eu le nez compl&#232;tement &#233;cras&#233;. Je ne suis pas borgne, mais je ne vois presque plus rien de l'&#339;il droit. J'ai de graves probl&#232;mes de m&#233;moire et de concentration. Je me retrouve en voiture et soudain je ne sais plus d'o&#249; je viens, ni o&#249; je vais. J'oublie des pr&#233;noms.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#231;a le plus dur, c'est le c&#244;t&#233; psychologique. Ce nez, ce n'est pas mon nez, je ne me reconnais pas. J'ai chang&#233;. Et j'y pense tout le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains me disent de rebondir, que c'est pas si grave. Mais on est quelques-uns &#224; avoir un syndrome post-traumatique qui ne se voit pas aussi clairement qu'un &#339;il en moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais dans la logistique, je devais lire des codes tr&#232;s petits sur des pi&#232;ces. C'est impossible maintenant, je suis au ch&#244;mage et je vais &#234;tre oblig&#233; de faire une reconversion. Je ne travaille plus depuis l'accident. Je n'ai pas encore de pension d'handicap&#233; car les d&#233;marches prennent du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes proches n'ont pas tous compris. J'ai fini par me s&#233;parer. Tout est fragilis&#233; par ce genre d'accident. Je me r&#233;veille la nuit, j'y pense tout le temps. J'ai maigri de huit kilos. Je n'ai plus mon ancien travail, plus la m&#234;me famille, plus le m&#234;me visage. C'est une autre vie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; J'&#233;tais venu pour dire que le pain &#233;tait trop cher &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Marc, 42 ans, ex-horticulteur, &#233;borgn&#233; le 8 d&#233;cembre 2018 &#224; Bordeaux par un flashball au visage.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'&#233;tais venu d'Ol&#233;ron pour dire en somme que le pain &#233;tait trop cher. On en avait marre de payer trop cher l'essence. J'&#233;tais pas politis&#233;. C'&#233;tait ma premi&#232;re vraie manif, avant on faisait des ronds-points dans une ambiance cool avec des retrait&#233;s. On a &#233;t&#233; surpris par l'&#233;tat de guerre de la manif. Les flashballs sifflaient autour de nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce moment-l&#224; on &#233;tait pr&#232;s d'un abribus, je voulais prot&#233;ger ma femme. J'ai fait un doigt d'honneur au flic car &#231;a faisait des heures qu'on nous gazait. Et j'ai pris une balle de flashball en pleine t&#234;te. &#199;a m'a &#233;clat&#233; l'&#339;il, la pommette, l'arcade, tout le tour de l'&#339;il. J'ai subi d&#233;j&#224; trois op&#233;rations, et je dois en avoir une quatri&#232;me. Les chirurgiens ont d&#251; mettre 16 plaques, 40 vis dans ma t&#234;te. J'ai perdu une grande partie de la vision &#224; l'&#339;il gauche. C'est quoi, ce pays, si pour un doigt d'honneur on prend un flashball dans la t&#234;te et on nous baise la vie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, on &#233;tait heureux avant. Je cr&#233;ais des fleurs. Je ne peux plus le faire car je n'ai plus la vision en trois dimensions. J'ai des difficult&#233;s pour monter des marches, on doit tout r&#233;apprendre. Je n'ai plus mon entreprise. Je suis clo&#238;tr&#233; chez moi, je suis devenu agoraphobe. Je ne sors que les samedis avec les Gilets jaunes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne dors presque plus. &#199;a tourne tout le temps dans ma t&#234;te. J'ai beaucoup de violence en moi. Je suis suivi encore par un psy. Ma vie d'avant, elle est rest&#233;e en suspension sous l'abribus. &#192; partir du 8 d&#233;cembre 2018, je recommence une nouvelle vie. Cette vie-l&#224;, on me l'a impos&#233;e, c'est pas la mienne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; J'ai &#233;t&#233; vis&#233;e &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lola, 20 ans, &#233;tudiante en arts, touch&#233;e &#224; la joue par un flashball le 18 d&#233;cembre 2018 &#224; Biarritz.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'&#233;tais en train de filmer, la manifestation &#233;tait calme. Personne ne portait de masque ou de casque. C'&#233;tait pacifique. Quand soudain, j'ai pris un flashball dans la t&#234;te. J'ai &#233;t&#233; vis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a a fait une triple fracture de la m&#226;choire. Mon visage a gonfl&#233;. On m'a op&#233;r&#233;e une premi&#232;re fois le lendemain pour mettre des plaques en m&#233;tal que j'ai gard&#233;es six mois. Puis j'ai eu une seconde op&#233;ration cet &#233;t&#233; pour les enlever. J'ai d&#251; manger mou plusieurs semaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement mon &#233;cole d'art m'a soutenue. Je suis quand m&#234;me retourn&#233;e manifester, mais je suis moins sereine qu'avant. On se sent en ins&#233;curit&#233;. Au d&#233;but, quand je voyais des oiseaux passer au-dessus du cort&#232;ge, &#231;a me faisait peur, je les prenais pour des grenades. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; D&#232;s que j'entends une sir&#232;ne de police, &#231;a me crispe &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B&#233;reng&#232;re, sans emploi, touch&#233;e au bras par une grenade Gli-F4 &#224; Toulouse.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'&#233;tait au mois de mai &#224; Toulouse, on &#233;tait nass&#233;s. J'&#233;tais cach&#233;e derri&#232;re une voiture. J'ai senti d'un coup une &#233;norme douleur dans le bras. &#199;a saignait &#233;norm&#233;ment. Quand j'ai pu enfin trouver un coin tranquille pour relever ma manche, j'ai vu que j'avais six bouts de plastique plant&#233;s dans mon bras. Les street medics ont pu me les enlever et me faire les premiers soins. &#192; l'h&#244;pital, ils ont encore d&#233;sinfect&#233;. J'ai eu des douleurs pendant six semaines. Maintenant &#231;a fait six mois et j'ai encore des cicatrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si je n'ai pas port&#233; plainte, je suis choqu&#233;e. Maintenant quand je suis chez moi, d&#232;s que j'entends une sir&#232;ne de police, &#231;a me crispe. J'ai eu une grosse p&#233;riode de cauchemars. Je revivais la sc&#232;ne, avec des r&#233;veils en panique. J'ai aussi re&#231;u un coup de matraque qui m'a d&#233;coll&#233; le m&#233;nisque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec ces blessures, ma vie n'est plus pareille, je vis seule avec trois enfants, &#231;a chamboule tout, faut s'organiser, c'est compliqu&#233;. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La plupart des membres du collectif ont &#233;t&#233; bless&#233;s pendant le mouvement des Gilets jaunes. Certains l'ont toutefois &#233;t&#233; dans d'autres circonstances.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;On utilisera ici ce terme g&#233;n&#233;rique pour d&#233;signer les &#171; lanceurs de balles de d&#233;fense &#187;. Le mod&#232;le qui a fait le plus de mal ces derniers mois est le LBD-40.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Collectif bordelais contre les abus policiers. Sur Internet : &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://clap33.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Clap33.com&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Bas&#233; en banlieue parisienne, il demande v&#233;rit&#233; et justice pour Adama Traor&#233;, d&#233;c&#233;d&#233; en 2016 &#224; la gendarmerie de Persan (Val-d'Oise), peu apr&#232;s son interpellation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les Gilettes au charbon</title>
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		<dc:date>2019-10-17T03:13:16Z</dc:date>
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		<dc:creator>Serge Andr&#233;</dc:creator>


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		<dc:subject>femmes Gilets</dc:subject>

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&lt;p&gt;D&#232;s novembre 2018, les femmes ont &#233;t&#233; nombreuses &#224; investir le soul&#232;vement fluo. Expos&#233;es &#224; une plus grande pr&#233;carit&#233;, elles ont trouv&#233; l&#224; le moyen d'exprimer leur col&#232;re et leur volont&#233; de changer l'ordre social. Rencontre avec une poign&#233;e de r&#233;volt&#233;es en gilet jaune. Pour un symbole phallique, c'en &#233;tait un. Imaginez l'engin : une &#233;rection titanesque de 22 m&#232;tres de long pesant 35 tonnes. En d&#233;boulant de l'autoroute par le p&#233;age nord de Perpignan, on ne voyait que lui : le cadran solaire (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;D&#232;s novembre 2018, les femmes ont &#233;t&#233; nombreuses &#224; investir le soul&#232;vement fluo. Expos&#233;es &#224; une plus grande pr&#233;carit&#233;, elles ont trouv&#233; l&#224; le moyen d'exprimer leur col&#232;re et leur volont&#233; de changer l'ordre social. Rencontre avec une poign&#233;e de r&#233;volt&#233;es en gilet jaune.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3055 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;37&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH400/-1289-8f567.jpg?1782641228' width='400' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Paris, acte IV (Photo Julien Brygo)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;P&lt;/span&gt;our un symbole phallique, c'en &#233;tait un. Imaginez l'engin : une &#233;rection titanesque de 22 m&#232;tres de long pesant 35 tonnes. En d&#233;boulant de l'autoroute par le p&#233;age nord de Perpignan, on ne voyait que lui : le cadran solaire pondu par l'artiste MA2F. Un braquemart d'acier plant&#233; au c&#339;ur d'un rond-point qui, depuis le 17 novembre, sert de QG aux Gilets jaunes. Que s'est-il pass&#233; dans la nuit du 18 janvier ? Des faits, nous ne savons que cela : un obscur commando a fait une pyramide de pneus au pied de la tringle &#224; 300 000 &#8364; et allum&#233; le brasero. Mena&#231;ant de s'effondrer, le cadran a d&#251; &#234;tre d&#233;mont&#233; pour &#234;tre expertis&#233; et r&#233;par&#233;. La Commune a eu sa colonne Vend&#244;me d&#233;boulonn&#233;e&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Monument comm&#233;morant les victoires napol&#233;oniennes, la colonne Vend&#244;me fut (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, les Gilets leur cadran carbonis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; quelques m&#232;tres du fameux rond-point d&#233;membr&#233; que nous avons rendez-vous avec un quarteron de Gilettes. &#192; part le ciel, pas l'ombre d'un bleu. Les bagnoles klaxonnent et le poste pos&#233; sur la grande tabl&#233;e diffuse un morceau de Dire Straits. Ce n'&#233;tait la guerre sociale, on pourrait croire &#224; un repas de famille. &#192; celles et ceux qui se demandent pourquoi le soul&#232;vement des Gilets jaunes a &#233;t&#233; autant investi par les femmes, l'affaire a &#233;t&#233; rondement expliqu&#233;e par une de ses actrices d&#233;nomm&#233;e Francie : &#171; &lt;i&gt;80 % des travailleurs pauvres sont des femmes. 82 % des familles monoparentales sont constitu&#233;es d'une m&#232;re avec ses enfants. Les femmes touchent en salaire 25 % de moins que les hommes, donc forc&#233;ment les retraites sont aussi bien moindres. 82 % des temps partiels sont occup&#233;s par des femmes.&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Francie, femme Gilet jaune : &#8220;80% des travailleurs pauvres sont des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les poubelles de Marie Blach&#232;re&lt;/strong&gt; &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On demande aux copines ce qui les a fait entrer dans la fronde. Yeux clairs et verbe tranchant, Alison explique pourquoi elle pr&#233;f&#232;re les mois impairs : &#187; &lt;i&gt;Je suis aide &#224; domicile et j'aimerais me reconvertir, mais c'est tr&#232;s compliqu&#233;. Je touche le ch&#244;mage, l'ARE&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Allocation d'aide au retour &#224; l'emploi.&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;&lt;i&gt;, &#224; un taux de 17,35 &#8364; par jour. Soit 537 &#8364; les mois en 31 jours. Ce qui ne me permet ni de vivre, ni de payer un loyer.&lt;/i&gt; &#187; Quand ses finances sont &#224; sec, Alison va faire bombance aux Restos du c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec sa voix m&#233;lancolique, Nadine raconte comment elle a atterri au ch&#244;mage apr&#232;s vingt-huit ans de bons et loyaux services dans une entreprise familiale : &#187; &lt;i&gt;On m'a licenci&#233;e pour le chiffre d'affaires. Je faisais trop dans l'humain.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regard per&#231;ant et nez aquilin, Isabelle est secr&#233;taire. Le gilet, elle l'a d'abord enfil&#233; pour ses deux gamins. L'un souffre d'un trouble r&#233;pertori&#233; en &#171; dys&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Troubles des apprentissages : dyslexie, dyspraxie, dysphasie, etc.&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &#187;, l'autre d'une leuc&#233;mie. &#201;coutons-la : &#171; &lt;i&gt;J'ai &#233;t&#233; confront&#233;e au probl&#232;me du handicap qui est tr&#232;s peu pris en compte par les politiques alors que la pr&#233;valence des handicap&#233;s est en augmentation. Dans la classe de mon dernier, la moiti&#233; des enfants va chez l'orthophoniste ou a un suivi m&#233;dical. Tous ces suivis ne sont pas forc&#233;ment reconnus ou rembours&#233;s. Le handicap co&#251;te tr&#232;s cher en France. Je connais des familles oblig&#233;es de se monter en association pour soigner leurs enfants. Certaines vont en Espagne. 8 000 &#8364; les deux semaines.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pass&#233; l'expression de ces gal&#232;res personnelles, les dol&#233;ances s'&#233;largissent rapidement &#224; une critique virulente de la soci&#233;t&#233; actuelle. Ce monde de merde avec ses in&#233;galit&#233;s criantes et ses rapports humains en jach&#232;re, ce monde qu'on supportait &#224; peine et qu'on commentait auparavant avec fatalisme et r&#233;signation, ce monde il fallait soudain le virer et en construire un meilleur. Aussi simple que de virer l'obsc&#232;ne cadran d'&#224; c&#244;t&#233;. Maryse porte une casquette jaune et tient &#224; causer sous pseudo, elle balance : &#171; &lt;i&gt;C'est inadmissible tous les privil&#232;ges qu'il y a en haut et tellement de mis&#232;re et de pr&#233;carit&#233; en bas. Je veux un monde meilleur, un autre syst&#232;me pour mes enfants, mes petits-enfants, les travailleurs, les retrait&#233;s, les enfants handicap&#233;s. Y en a marre de tous ces privil&#232;ges.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot est l&#226;ch&#233;, ainsi que la r&#233;f&#233;rence &#224; 1789. Deux cent trente ans apr&#232;s, on est l&#224; pour finir le boulot des culott&#233;es sans-culottes. Maryse pointe les anciens pr&#233;sidents qui continuent &#224; toucher leurs &#171; &lt;i&gt;royalties&lt;/i&gt; &#187; &#8211; r&#233;surgence monarchique jusque dans l'&#233;tymologie &#8211; pendant que des vieux se cantonnent &#224; un repas par jour. Elle finit tout &#233;mue, col&#232;re rentr&#233;e et sanglots contenus. Isabelle rench&#233;rit : &#171; &lt;i&gt;Je ne con&#231;ois pas qu'apr&#232;s avoir travaill&#233; toute leur vie, ils doivent choisir entre se chauffer ou manger.&lt;/i&gt; &#187; &#192; sept heures du matin, Nadine les voit, ces papis et ces mamies, faire les poubelles de la boulangerie Marie Blach&#232;re. Alors qu'avant elles assistaient impuissantes &#224; ces clich&#233;s de mis&#232;re, elles exigent maintenant une vie d&#233;cente pour les retrait&#233;s. Et pour tout le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais du coup, &#234;tre femme dans un mouvement accus&#233; de tous les maux dont celui de sexisme, ce n'est pas trop duraille ? Maryse, ferme : &#171; &lt;i&gt;Il y a eu quelques clashs. Mais on a &#233;t&#233; assez fortes pour se faire entendre. On a des choses &#224; dire et c'est pas les hommes qui vont nous dire de la fermer. Je me consid&#232;re l'&#233;gale de l'homme.&lt;/i&gt; &#187; Alison est plus perplexe : &#187; &lt;i&gt;Je ne me souviens pas de la moindre altercation avec un macho sur un quelconque point de blocage. D'ailleurs je n'ai jamais entendu de propos misogynes.&lt;/i&gt; &#187; Isabelle temp&#232;re : on lui a rapport&#233; des tensions entre hommes et femmes, notamment lors des assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales. M&#234;me si elle n'y a jamais assist&#233;. Alison d&#233;crypte : l'embrouille venait des manifs f&#233;ministes organis&#233;es le dimanche par les femmes Gilets jaunes. Leurs initiatrices ont &#233;t&#233; accus&#233;es de diviser et donc d'affaiblir le mouvement. Isabelle : &#171; &lt;i&gt;Nous sommes des Gilets jaunes, pas &#8220;les femmes de&#8221;. Le but de ces manifs &#233;tait de nous montrer, de faire du bruit autour de nos revendications sp&#233;cifiques. On a dans&#233; aussi.&lt;/i&gt; &#187; Elle rit. &#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait bon enfant m&#234;me si on n'&#233;tait pas nombreuses. Des hommes venaient faire le service d'ordre au cas o&#249;. Certains se pointaient en jupe, d&#233;guis&#233;s en nana.&lt;/i&gt; &#187; Qui l'e&#251;t cru : des Gilets jaunes qui d&#233;construisent le genre. Et pourquoi pas un rond-point carr&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;La femme au rond-point, l'homme &#224; la maison&lt;/strong&gt; &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Des souvenirs affluent. Il fait nuit, il caille, il fait peur. C'est l'&#233;poque des blocages. Durs. Des meufs surgissent de l'ombre et imposent leur corps menu face &#224; des 38 tonnes. Les routiers obtemp&#232;rent. M&#233;dus&#233;s ou blas&#233;s. Une gamine de 15 ans v&#234;tue d'un pyjama en peluche immobilise sa ribambelle de poids lourds. On lui demande ce qu'elle fiche dehors &#224; une heure pareille, si sa m&#232;re sait qu'elle est l&#224;. &#171; &lt;i&gt;Ma m&#232;re, elle est plus haut dans la file, elle gare les camions.&lt;/i&gt; &#187; Faisons ce constat sommaire : les Gilets en action se foutent du genre. Ils et elles sont une force collective. Tout pareillement que le m&#226;le, la femme monte au charbon. Occupe. R&#233;siste. Caillasse. Alison explique l'extraordinaire pugnacit&#233; f&#233;minine par le fait que les nanas, dans la vie de tous les jours, doivent s'acquitter autant de leurs obligations professionnelles que familiales. Tenir sur tous les fronts, ici sont peut-&#234;tre &#224; chercher les racines de la d&#233;termination des guerri&#232;res des ronds-points. &#171; &lt;i&gt;Du coup, on y va, on fonce. On ne n&#233;gocie pas. L'histoire des luttes sociales nous enseigne que quand les femmes sont au premier plan, c'est que l'urgence sociale est grave. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les flics l'ont bien compris, qui n'ont pas fait de distinguo genr&#233; quand il s'est agi de tabasser, gazer et embastiller du fluo. Nadine r&#233;sume : &#171; &lt;i&gt;Quand les forces de l'ordre attrapaient des femmes, ils les tapaient comme si c'&#233;taient des hommes.&lt;/i&gt; &#187; Et au fait, comment se g&#232;rent les mobilisations du samedi pour les familles ? La femme enr&#233;giment&#233;e au rond-point, l'homme est-il de corv&#233;e au foyer ? Isabelle : &#171; &lt;i&gt;Je suis mari&#233;e avec deux enfants donc oui, le samedi mon mari garde les enfants. Il le sait, il conna&#238;t mon c&#244;t&#233; revendicatrice.&lt;/i&gt; &#187; Tremble-t-il pour sa moiti&#233;, l'assign&#233; au domicile conjugal ? Isabelle h&#233;site, avant de r&#233;pondre : &#187; &lt;i&gt;Au d&#233;but non. Mais maintenant oui.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Serge Andr&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Monument comm&#233;morant les victoires napol&#233;oniennes, la colonne Vend&#244;me fut d&#233;truite par la Commune de Paris en 1871, puis reconstruite sous la III&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.revolutionpermanente.fr/Francie-femme-gilet-jaune-80-des-travailleurs-pauvres-sont-des-femmes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Francie, femme Gilet jaune : &#8220;80% des travailleurs pauvres sont des femmes&#8221;&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;R&#233;volution permanente&lt;/i&gt; (25/02/2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Allocation d'aide au retour &#224; l'emploi.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Troubles des apprentissages : dyslexie, dyspraxie, dysphasie, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Il n'y aura pas de coagulation rouge et or</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Il-n-y-aura-pas-de-coagulation</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Il-n-y-aura-pas-de-coagulation</guid>
		<dc:date>2019-08-17T06:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Serge Andr&#233;</dc:creator>


		<dc:subject>Ma&#239;lys Vallade</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>lutte</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes</dc:subject>
		<dc:subject>gr&#232;ve</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets</dc:subject>
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		<dc:subject>Gilet jaune</dc:subject>
		<dc:subject>gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale</dc:subject>
		<dc:subject>Gilet</dc:subject>
		<dc:subject>jaune</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Autonomes et ing&#233;rables, les Gilets jaunes ont toujours tenu &#224; distance partis politiques et syndicats. Jusqu'au d&#233;but f&#233;vrier o&#249;, &#224; la faveur d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, leurs troupes ont fray&#233; avec des syndicalistes. D&#233;tails du moment &#224; Perpignan. Il y a des mots qui font la mode. Le 5 f&#233;vrier, jour de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, Gilets jaunes et drapeaux rouges devaient &#171; coaguler &#187;. Pass&#233; le temps de la d&#233;fiance anti-syndicale, les fluos acceptaient de rompre leurs digues isolationnistes. Bien (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/jaune" rel="tag"&gt;jaune&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Autonomes et ing&#233;rables, les Gilets jaunes ont toujours tenu &#224; distance partis politiques et syndicats. Jusqu'au d&#233;but f&#233;vrier o&#249;, &#224; la faveur d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, leurs troupes ont fray&#233; avec des syndicalistes. D&#233;tails du moment &#224; Perpignan.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2975 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH295/-1214-1b3e4.jpg?1782962233' width='500' height='295' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Ma&#239;lys Vallade
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;I&lt;/span&gt;l y a des mots qui font la mode. Le 5 f&#233;vrier, jour de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, Gilets jaunes et drapeaux rouges devaient &#171; coaguler &#187;. Pass&#233; le temps de la d&#233;fiance anti-syndicale, les fluos acceptaient de rompre leurs digues isolationnistes. Bien conscients que, si l'&#233;nergie &#233;tait toujours l&#224;, il fallait stopper la lente &#233;rosion des mobilisations. Apr&#232;s plus de deux mois de lutte, l'usure et la peur d'&#234;tre bastonn&#233; ou embastill&#233; avaient coup&#233; le jarret de bon nombre de manifestants. &#171; &lt;i&gt;Il faut que les gens descendent avec nous ! &#187;&lt;/i&gt;, r&#233;p&#233;tait-on comme un mantra dans les assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales. Le spectre de la r&#233;cup&#233;ration politicienne ayant reflu&#233;, une jonction temporaire avec quelques centrales syndicales (CGT, Solidaires et la FSU principalement) ne provoquait plus de cris d'orfraie. Apr&#232;s tout, on partageait certains mots d'ordre, dont l'exigence de plus de justice sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Perpignan (Pyr&#233;n&#233;es-Orientales), le point de confluence eut lieu place de Catalogne. L'occasion de retrouver l'insupportable sono de la CGT avec son immarcescible playlist &#224; broyer les tympans. Affubl&#233; d'un grand manteau rouge, le secr&#233;taire d&#233;partemental c&#233;g&#233;tiste prit le micro : &#171; &lt;i&gt;Chers amis, chers camarades, nous vivons un moment unique, celui de la convergence des luttes. &#187;&lt;/i&gt; Et l'orateur d'&#233;num&#233;rer les dol&#233;ances &lt;i&gt;ad hoc &lt;/i&gt; : non &#224; la casse du service public, aux privatisations, au ch&#244;mage. Avant de pr&#233;venir : &#171; &lt;i&gt;Si on bloque l'&#233;conomie, le grand patronat va d&#233;crocher le t&#233;l&#233;phone pour dire &#224; Macron qu'il arr&#234;te ses conneries. Et l&#224;, &#231;a va &#233;voluer. &#187;&lt;/i&gt; On crut r&#234;ver en entendant &#231;a : comme si le patronat ne l'avait pas d&#233;j&#224; eue, sa grande frousse, dans la foul&#233;e d'un 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre insurrectionnel. Aux pr&#234;ts &#224; en d&#233;coudre, le syndicaliste adressa cependant un message tout en retenue : la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale est un horizon d&#233;licat, pas vraiment raccord avec le spontan&#233;isme fluo. Le rapport de force se construit petit &#224; petit. Aussi, apr&#232;s une manif plan-plan par les grands boulevards, l'homme appelait &#224; une &#233;ni&#232;me r&#233;union intersyndicale &#224; 15 h. Coaguler, OK. Mais pas trop vite.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Vider la maison poulaga&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans l'assistance, ce fut la douche. Froide. Un camarade de chez Solidaires prit alors le micro. Des Gilets jaunes avaient pass&#233; la nuit &#224; bloquer le march&#233; international Saint-Charles. On se devait de les rejoindre. Mouvement d'humeur dans la foule. Action ou r&#233;union, il fallait choisir. Apr&#232;s quelques palabres, une courte manifestation eut lieu en ville &#171; &lt;i&gt;pour qu'on se montre en nombre &#187;&lt;/i&gt;. Et puis on rejoignit les Gilets jaunes &#224; Saint-Charles &#8211; soit une bonne heure de marche vers la p&#233;riph&#233;rie de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;but d'apr&#232;s-midi, drapeaux rouges et dossards fluos m&#234;l&#232;rent leur chromatique col&#232;re. Sifflets, cornes de brume, vivats ! Ne cachons pas notre joie : ce moment de &#171; fraternit&#233; &#187; fut assez &#233;mouvant &#224; vivre. L'espace de quelques heures, la soudure permit toutes les prospectives. Tandis que les &#233;lites s'acharnent &#224; cultiver les divisions, syndicalistes et rond-pointistes refondaient quelques bases communes. Dans la presse locale, une photo montra un d&#233;l&#233;gu&#233; c&#233;g&#233;tiste hilare serrer la pogne de son homologue Gilet jaune. Tout autour, des centaines de poids-lourds de fruits et l&#233;gumes &#233;taient &#224; l'arr&#234;t. Les chauffeurs, pour l'essentiel marocains ou polonais, d&#233;gain&#232;rent leur smartphones pour filmer cette &#233;trange sc&#232;ne de liesse. Retranch&#233;s derri&#232;re les grilles de leur hangar, une poign&#233;e de patrons et de salari&#233;s z&#233;l&#233;s exprim&#232;rent leur col&#232;re : &#171; &lt;i&gt;Vous emp&#234;chez les gens de travailler ! &#187;&lt;/i&gt; &#171; &lt;i&gt;Vous avez qu'&#224; vous mettre en gr&#232;ve et venir avec nous ! &#187;&lt;/i&gt;, r&#233;torqu&#232;rent les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La foule se massa autour de Sofiane&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le pr&#233;nom a &#233;t&#233; chang&#233;.&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, increvable Gilet jaune : &#171; &lt;i&gt;On a pass&#233; la nuit ici &#224; bloquer les camions. On n'a pas dormi. C'est bien beau de d&#233;clarer la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale le 5 f&#233;vrier, mais nous on est en lutte depuis le 17 novembre. Ce qu'on vous propose, c'est de faire votre r&#233;union syndicale ici sur le rond-point ! &#187;&lt;/i&gt; Le porte-parole c&#233;g&#233;tiste esquissa une grimace. Et r&#233;p&#233;ta la substance de ses pr&#233;c&#233;dents discours. Ne pas se presser, convaincre pas &#224; pas, parce que personne n'a de &#171; &lt;i&gt;baguette magique pour que les gens se mettent en gr&#232;ve &#187;&lt;/i&gt;. L'&#233;change s'embourba quelque peu. Les Gilets jaunes avaient r&#233;ussi le tour de force d'attirer les syndicats sur leur terrain de lutte. Mais on comprit rapidement que l'exploit s'arr&#234;terait l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois ces derniers repli&#233;s en intersyndicale, les flics commenc&#232;rent &#224; se harnacher. La f&#234;te prit fin. Des renforts de bleus arriv&#232;rent, en petits groupes pas toujours synchrones. On aurait dit que le pr&#233;fet avait vid&#233; toute la maison poulaga : on vit affluer des ma&#238;tres-chiens, des bacqueux, des secr&#233;taires &#224; talons. Tout ce personnel de l'ordre d&#233;boulait par vagues successives, de mani&#232;re un peu pr&#233;cipit&#233;e. Les civils se munissaient de casques et tonfas ; d'autres sortaient leurs cam&#233;ras pour filmer la canaille. Toisant ses anciens coll&#232;gues, un flic retrait&#233; pass&#233; du c&#244;t&#233; jaune s'exclama : &#171; &lt;i&gt;C'est du grand n'importe quoi ! Ces gens ne sont pas du tout form&#233;s pour le maintien de l'ordre. Ce ne sont ni des CRS, ni des gendarmes-mobiles. &#187;&lt;/i&gt; D&#233;sireux de tenir la position, d'intr&#233;pides Gilets tra&#238;n&#232;rent une cohorte de Caddie chip&#233;s au Lidl du coin pour en faire une barricade symbolique. La suite se confondit en s&#233;quences coutumi&#232;res : sommations, gazages, charges. Des gens cours&#233;s sur plus de deux kilom&#232;tres. Des bacqueux d&#233;sinhib&#233;s multipliant de crasses menaces. Une Gilette atteinte par un tir de LBD &#224; la jambe dut passer sur le billard. Faire peur, faire mal. La schlague castan&#233;rienne n'entendait pas mollir.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;D&#233;masquer les bluffeurs&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La br&#232;ve convergence syndicale n'a rebattu aucune carte. N&#233; hors les clous de la contestation sociale, le soul&#232;vement des Gilets jaunes ne peut compter que sur lui-m&#234;me et sa propre capacit&#233; &#224; se r&#233;g&#233;n&#233;rer. Ce qui n'est pas plus mal. Son essence ne peut que le pousser &#224; multiplier les d&#233;bordements et innover dans sa recherche de nouveaux terrains de lutte. &#201;viter toute &#171; normalisation &#187; ; tout enfermement dans une quelconque doctrine proche du faisand&#233; dialogue social. &#192; ce jeu l&#224;, il nous est permis d'&#234;tre optimiste. Les Gilets jaunes n'ont pas eu besoin de lire le Comit&#233; invisible pour piger qu'un blocage des flux &#233;conomiques constituait un des principaux rapports de force avec le pouvoir. Pas eu besoin de lire Bakounine pour comprendre qu'adopter une structure verticale avec ses cercles hi&#233;rarchiques ne pourrait que les d&#233;poss&#233;der de toute capacit&#233; &#224; agir. En obligeant la Macronie &#224; se d&#233;voiler, les dossards jaunes ont mis &#224; jour l'ossature polici&#232;re d'un &#201;tat pr&#234;t &#224; toutes les surench&#232;res s&#233;curitaires pour &#233;touffer la fronde. Le lendemain de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, quelques dizaines de Jaunes retourn&#232;rent comme d'habitude au rond-point strat&#233;gique du p&#233;age sud-perpignanais. Plusieurs fourgons de police vinrent les d&#233;loger. Ce qui &#233;tait tol&#233;r&#233; la veille ne l'&#233;tait plus &#224; pr&#233;sent. Un flic r&#233;suma : &#171; &lt;i&gt;Le pr&#233;fet nous a donn&#233; l'ordre de nettoyer les ronds-points. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Samedi 16 f&#233;vrier. Cinq cents fluos d&#233;filent dans les rues de Perpignan pour l'acte XIV. On se compte, on s'&#233;value, on se rassure. Trois mois de lutte et on est toujours l&#224;. Une rumeur indique que le directeur d'un Leclerc a menac&#233; ses employ&#233;s : &#171; &lt;i&gt;Si je vois l'un d'entre vous avec un gilet jaune, c'est la porte ! &#187;&lt;/i&gt; Sur le parking du supermarch&#233;, les stores m&#233;talliques sont baiss&#233;s et les entr&#233;es barr&#233;es de flics en tenue anti&#233;meute. Le temple de la consommation sous bonne garde de la police r&#233;publicaine... Plus tard, alors que nous sommes mass&#233;s face au commissariat, on tchatche avec un ex-bidasse ayant fait du maintien de l'ordre en Afrique. Il montre un flic en faction : &#171; &lt;i&gt;Tu sais pourquoi il porte une cagoule ? &#187;&lt;/i&gt; &#8211; &#171; &lt;i&gt;Pour pas qu'on le reconnaisse ? &#187;&lt;/i&gt; lui r&#233;pond-on. &#8211; &#171; &lt;i&gt;Non. C'est pour faire peur. Et lui, l&#224;-bas, avec son LBD plaqu&#233; contre sa poitrine : il n'est pas du tout pr&#234;t &#224; tirer. Il exhibe juste son arme. En Afrique, j'ai fait face &#224; des manifestants autrement plus hostiles et nombreux. On ne portait ni casque ni bouclier. Sinon, &#231;'aurait &#233;t&#233; per&#231;u comme une provocation. Ce qu'on voit l&#224;, c'est une mise en sc&#232;ne. Une grossi&#232;re intimidation. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les coups de menton de l'&#201;lys&#233;e. Du bluff.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Serge Andr&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le pr&#233;nom a &#233;t&#233; chang&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Cindy, je t'&#233;cris de Commercy</title>
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&lt;p&gt;Les 26 et 27 janvier derniers, plus de 300 Gilets jaunes venus de toute la France se sont r&#233;unis &#224; Commercy (Meuse) pour une &#171; assembl&#233;e des assembl&#233;es &#187;. De nombreux groupes locaux avaient envoy&#233; des d&#233;l&#233;gu&#233;s participer &#224; cette tentative de coordonner le mouvement de mani&#232;re d&#233;mocratique, &#224; la mode communaliste, depuis la base. L'aminche Pierre Souchon y &#233;tait. Mais contrairement &#224; pas mal de camarades, il n'en est pas revenu convaincu. Paroles, paroles, paroles ? &#171; All&#244; Pierre ? Oui, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no174-mars-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;174 (mars 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Olivier-Saint-Hilaire-269" rel="tag"&gt;Olivier Saint-Hilaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/qu-on" rel="tag"&gt;qu'on&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Parce" rel="tag"&gt;Parce&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Commercy" rel="tag"&gt;Commercy&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les 26 et 27 janvier derniers, plus de 300 Gilets jaunes venus de toute la France se sont r&#233;unis &#224; Commercy (Meuse) pour une &#171; assembl&#233;e des assembl&#233;es &#187;. De nombreux groupes locaux avaient envoy&#233; des d&#233;l&#233;gu&#233;s participer &#224; cette tentative de coordonner le mouvement de mani&#232;re d&#233;mocratique, &#224; la mode communaliste, &lt;i&gt;depuis la base&lt;/i&gt;. L'aminche Pierre Souchon y &#233;tait. Mais contrairement &#224; pas mal de camarades, il n'en est pas revenu convaincu. Paroles, paroles, paroles ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2974 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH300/-1213-08152.jpg?1782962233' width='500' height='300' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Olivier Saint-Hilaire
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; A&lt;/span&gt;&lt;i&gt;ll&#244; Pierre ? Oui, c'est juste pour te dire qu'on est en train de bloquer un entrep&#244;t, on commencera la manif en d&#233;but d'apr&#232;m&#8230; T'en es o&#249;, toi ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8211; Je suis dans la bagnole pour Commercy, je vais &#224; l'AG des AG des Gilets jaunes.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8211; Jamais entendu parler. Ils font quoi ? une grosse manif ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8211; Ah non, c'est un rendez-vous pour parler de l'organisation du mouvement.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8211; Hein ? un samedi ? En plein acte XI, ils font une r&#233;union ? T'es s&#251;r que c'est des Gilets jaunes ? Bon, tu nous raconteras ! Bisous ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cindy raccroche. Pilier du mouvement en Ard&#232;che depuis le 17 novembre, ses ardoises colossales &#224; la sup&#233;rette et ses gamins qu'elle ne voit presque plus, toute sa vie en jaune, elle n'a jamais entendu parler de Commercy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, que je te raconte, ma Cindy : je suis arriv&#233; t&#244;t. Il y avait plusieurs centaines de personnes. J'ai v&#233;rifi&#233;, c'&#233;taient bien des Gilets jaunes : ils en portaient. &#171; &lt;i&gt;On ne peut pas pr&#233;tendre repr&#233;senter tous les Gilets jaunes de France, on n'est pas assez nombreux, donc on ne peut pas prendre de d&#233;cisions. On repr&#233;sente plut&#244;t une id&#233;e, un mode de fonctionnement. C'est un processus. &#187;&lt;/i&gt; C'est par ces mots que l'assembl&#233;e a &#233;t&#233; ouverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour toi, parce que je fais toujours ce que tu me demandes, j'ai relev&#233; des prises de parole chronom&#233;tr&#233;es illustrant ce &#171; &lt;i&gt;processus &#187;&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Il faut qu'on s'adresse aux gens norm&#233;s, ceux qui vont bosser, qui rentrent chez eux dormir le soir, et qui ne r&#233;fl&#233;chissent pas. Il faut qu'on leur explique ce que c'est les Gilets jaunes. &#187;&lt;/i&gt; ; &#171; &lt;i&gt;Nous, on est de r&#233;gion parisienne, comme plus de dix groupes ici sur soixante-dix. On fait des AG, mais pas d'occupations. &#187;&lt;/i&gt; ; &#171; &lt;i&gt;Nous sommes antiracistes, antisexistes, antihomophobes et solidaires, et on refuse que la capitale soit r&#233;serv&#233;e aux bobos. &#187;&lt;/i&gt; ; &#171; &lt;i&gt;Je suis hyper content d'&#234;tre ici, parce que j'entends parler d'antiracisme, d'antihomophobie, et &#231;a sort enfin du confusionnisme des Gilets jaunes. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je t'envoyais tout &#231;a par texto en direct. Tu ne r&#233;pondais pas. Je pensais donc solitairement aux simples d'esprit qui mangent et qui dorment, aux Gilets jaunes qui ne font rien d'autre que des AG, aux appels &#224; d&#233;gager les bobos en rappelant les valeurs que les bobos partagent, et au confusionnisme des Gilets jaunes d&#233;nonc&#233; par des Gilets jaunes. C'est exactement ce moment que David, ton copain, a choisi pour enfin me r&#233;pondre : &#171; &lt;i&gt;Bombard&#233;s gaz&#233;s truc de malade ils tapent comme des FFFOUS &#187;&lt;/i&gt;, et puis plus rien. Cela dit, vous l'aviez bien cherch&#233;. Moi j'&#233;tais peinard, dans ma salle polyvalente, et elle &#233;tait chauff&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis un jardinier d'Orl&#233;ans a parl&#233; du RIC et d'&#201;tienne Chouard. On lui a arrach&#233; le micro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis &#224; c&#244;t&#233; de moi, celles et ceux qui s'occupaient de la sono ont vu sur leurs t&#233;l&#233;phones s'afficher en direct le visage de J&#233;r&#244;me Rodrigues, d&#233;figur&#233; place de la Bastille. Ils ont pens&#233; annoncer la nouvelle. Puis ils ont tranch&#233; : &#171; &lt;i&gt;Non, c'est un mec de la bande &#224; Drouet, on va pas leur faire de la pub. &#187;&lt;/i&gt;
L'AG antipublicitaire poursuivait son cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis barr&#233; pour la cabane des Gilets jaunes de Commercy.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;La cabane au fond du rond-point&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L&#224;, il faisait beaucoup moins chaud que dans la salle polyvalente. Cela dit, il y avait un brasero, des gens autour, des trucs &#224; boire et &#224; bouffer, comme en Ard&#232;che, et comme partout. En plus, quand on &#233;tait contents, on applaudissait en gueulant comme des &#226;nes, alors que dans la salle polyvalente les gens secouaient les mains au-dessus de la t&#234;te. Le truc bizarre, aussi, c'est que les gens venus de toute la France s'arr&#234;taient seulement pour demander o&#249; se tenait &#171; &lt;i&gt;l'AG &#187;&lt;/i&gt;. Et que les piliers de la cabane ne s'y trouvaient pas, pr&#233;f&#233;-rant la jouer carte Michelin : &#171; &lt;i&gt;Alors au bout de la rue vous prenez &#224; gauche, puis &#224; deux kilom&#232;tres l&#233;g&#232;rement sur votre droite &#187;&lt;/i&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Axel a d&#233;barqu&#233;. Lui bosse dans une usine de salades. Sacr&#233; taf, qu'il a d&#233;taill&#233;. Il nous a ensuite racont&#233; qu'il avait &#233;t&#233; &#171; &lt;i&gt;sond&#233; &#187;&lt;/i&gt; par des &#171; &lt;i&gt;&#233;tudiants sociologues &#187;&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Ils sont &#224; fond avec les Gilets jaunes, ils me l'ont dit, &#224; fond ! Mais ils ne le portent pas, ils m'ont expliqu&#233;, parce qu'ils sont l&#224; pour la science. &#187;&lt;/i&gt; Je t'ai envoy&#233; cette information par texto, aussi, Cindy. Tu n'as pas r&#233;pondu non plus. Je t'ai soup&#231;onn&#233;e d'&#234;tre en garde &#224; vue, car tu aimes bien te faire remarquer. &#192; 19 heures, on a &#233;teint le feu, on a bouff&#233; plein de madeleines de Commercy parce qu'on avait la dalle, et on est mont&#233;s &#224; la salle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai continu&#233; &#224; t'&#233;crire, ma Cindy, ce que me disaient tout bas les gens de la cabane face au &#171; processus &#187;, car celui-ci &#233;tait encore fortement en cours :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8211; &#171; Mais on est 300, l&#224;, pourquoi on n'en profite pas pour aller faire une action ? Y a plein d'usines &#224; bloquer dans le coin ! Oh ! Action-r&#233;action, non ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8211; &#171; C'est quoi ces gens ? Ils sont pas comme nous. Ils parlent, ils parlent, et ils font rien. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis un jeune de la cabane, qui avait picol&#233;, s'est mis &#224; chanter bien fort &#171; &lt;i&gt;Macron, la sens-tu, la quenelle, dans ton cul&#8230; &#187;&lt;/i&gt; Sept ou huit personnes se sont jet&#233;es sur lui, au sens propre, et un barbu lui a plaqu&#233; la main sur la bouche pour le faire taire. Il ne comprenait pas du tout pourquoi. Du coup, le m&#234;me barbu s'est fait p&#233;dagogue : &#171; &lt;i&gt;C'est un chant fasciste. Tu chantes pas &#231;a. &#187;&lt;/i&gt; Stup&#233;fait, le m&#244;me est sorti fumer une clope avec ses potes cabaneux. Il valait mieux aller en bo&#238;te, &#224; leur sens. J'ai pas pu les emmener parce que j'avais pas assez de places dans ma bagnole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ils sortent le canon &#224; eau putain ! &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait pas toi, ce texto, ma Cindy, mais une copine Gilet jaune en direct de Paris, qui &#233;tait sous les Flash-Balls et les grenades place de la R&#233;publique. Le &#171; &lt;i&gt;processus &#187;&lt;/i&gt; de la &#171; &lt;i&gt;Nuit jaune &#187;&lt;/i&gt;, annonc&#233;e ce soir-l&#224;, avait tenu une heure et demie avant l'invasion bleue : son &#171; &lt;i&gt;mode de fonctionnement &#187;&lt;/i&gt; aurait peut-&#234;tre gagn&#233; &#224; &#234;tre renforc&#233; par quelques centaines de personnes. &#171; &lt;i&gt;On fonce &#224; Paris, faut aller &#224; R&#233;pu ! &#187;&lt;/i&gt;, gueulait un de mes potes. Je pr&#233;f&#233;rais assister &#224; la repr&#233;sentation des id&#233;es, parce que c'&#233;tait tr&#232;s beau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu ne r&#233;pondais toujours pas, ma Cindy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni toi, mon David.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;R&#233;unionnite partout&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sur le chemin du retour, dans la nuit, je t'ai &#233;crit que beaucoup de gens, &#224; l'AG, partageaient mon sentiment. M&#234;me ceux qui prenaient la parole longuement se plaignaient en marmonnant de la lenteur, de l'impression de tourner en rond, temp&#234;taient qu'ils en avaient marre. Mais aucun ne le disait au micro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je t'ai dit aussi, et mon clavier fatiguait, que cette manie du groupe de paroles &#233;tait d&#233;sormais une maladie r&#233;pandue. Nuit Debout, certes. Occupy Wall Street, sans doute. &#192; la CGT, aussi : je ne compte plus les r&#233;unions auxquelles j'ai assist&#233;, des dizaines, des centaines, &#224; lister les malheurs, &#224; palabrer, sans r&#233;sultats concrets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voulais aussi qu'on discute du municipalisme libertaire, mis en avant &#224; Commercy, mais j'&#233;tais claqu&#233;. Te raconter mes camarades du PKK, qui m'expliquent comment il s'agit d'une adaptation tactique &#224; un contexte particulier, et non d'une utopie qui leur aurait plu et qu'ils appliqueraient b&#233;atement au Rojava. J'aurais voulu qu'on parle du conseillisme, des soviets et de la Commune, de toutes les formes de d&#233;mocratie ouvri&#232;re qui se sont toujours adapt&#233;es au contexte, changeant de mode de fonctionnement jour apr&#232;s jour, quelquefois d'une heure &#224; l'autre &#8211; toujours au service de l'action, jamais fig&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toi et David, vous aviez paum&#233; vos t&#233;l&#233;phones, tu me l'as dit, toi sur un pont quand les flics t'ont ramen&#233;e dans la nasse en hurlant &#171; &lt;i&gt;Va te faire gazer, salope &#187;&lt;/i&gt;, et David en te rejoignant sous une pluie de matraques. Deux jours plus tard, vous avez fait une AG, vous aussi. Rapide, hebdomadaire, avec des mandat&#233;s. R&#233;partissant les t&#226;ches, d&#233;cidant des actions &#224; mener.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous m'avez demand&#233; r&#233;cemment de rendre visite aux Gilets jaunes de la r&#233;gion parisienne qui pour l'acte XIII, le samedi 9 f&#233;vrier, avaient pr&#233;vu dans leur tract &#171; &lt;i&gt;d'organiser une premi&#232;re prise de rond-point symbolique place Paul-L&#233;autaud &#187;&lt;/i&gt;. En pr&#233;cisant : &#171; &lt;i&gt;Leur premier rond-point trois mois apr&#232;s le d&#233;but ? Et symbolique, en plus ? Vas-y, tu nous diras si c'est des Gilets jaunes. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour tout vous dire, je vous ai trouv&#233;s un peu confusionnistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pas mal complotistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ressaisissez-vous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bisous !&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Pierre Souchon&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;[&lt;i&gt;Note du webmaster : Une deuxi&#232;me &#171; assembl&#233;e des assembl&#233;es &#187; s'est tenue &#224; Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) du 5 au 7 avril. Nous avons publi&#233; en mai &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Saint-Nazaire-l-assemblee-en-herbe' class=&#034;spip_in&#034;&gt;un r&#233;cit&lt;/a&gt; bien plus enthousiaste.&lt;/i&gt;]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mathieu Rigouste : &#171; La r&#233;pression conditionne la vie quotidienne des gens dans les quartiers s&#233;gr&#233;gu&#233;s &#187;</title>
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		<dc:date>2019-06-26T05:30:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;C'est peu de dire que le maintien de l'ordre &#224; la fran&#231;aise a &#233;t&#233; bouscul&#233; ces derniers mois : r&#233;pression accrue, blessures en rafales, discours guerrier voire martial... Si cela ne comble pas le foss&#233; avec les banlieues en mati&#232;re de terreur polici&#232;re, un glissement s'est ind&#233;niablement op&#233;r&#233;. On le d&#233;crypte avec Mathieu Rigouste, auteur notamment de La domination polici&#232;re : une violence industrielle et d'&#201;tat d'urgence et business de la s&#233;curit&#233; . Une digue semble avoir saut&#233; en (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no175-avril-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;175 (avril 2019)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Actualites" rel="tag"&gt;Actualit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Etienne-Savoye" rel="tag"&gt;&#201;tienne Savoye&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/qu-il" rel="tag"&gt;qu'il&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mouvement" rel="tag"&gt;mouvement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Gilets-jaunes" rel="tag"&gt;Gilets jaunes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/quartiers" rel="tag"&gt;quartiers&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Comite-Adama" rel="tag"&gt;Comit&#233; Adama&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/populaires" rel="tag"&gt;populaires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Adama-Traore" rel="tag"&gt;Adama Traor&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est peu de dire que le maintien de l'ordre &#224; la fran&#231;aise a &#233;t&#233; bouscul&#233; ces derniers mois : r&#233;pression accrue, blessures en rafales, discours guerrier voire martial... Si cela ne comble pas le foss&#233; avec les banlieues en mati&#232;re de terreur polici&#232;re, un glissement s'est ind&#233;niablement op&#233;r&#233;. On le d&#233;crypte avec Mathieu Rigouste, auteur notamment de &lt;i&gt;La domination polici&#232;re : une violence industrielle&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(2012, La Fabrique)&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; et d'&lt;i&gt;&#201;tat d'urgence et business de la s&#233;curit&#233;&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(2016, Niet)&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2966 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1206.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH205/-1206-f1e94.jpg?1782930902' width='500' height='205' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Etienne Savoye
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une digue semble avoir saut&#233; en mati&#232;re de r&#233;pression. Comme si l'on appliquait aux centres-villes ce qu'on r&#233;servait jusqu'ici aux banlieues...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce n'est pas pareil, ce ne sont pas les m&#234;mes situations. Dans les quartiers populaires, les violences polici&#232;res assurent un syst&#232;me de s&#233;gr&#233;gation en m&#234;me temps qu'un r&#233;gime d'&#233;crasement quotidien et permanent. Ce sont des quartiers entiers qui sont occup&#233;s jour et nuit. Toutes les g&#233;n&#233;rations subissent ces violences qui constituent un v&#233;ritable mode de gouvernement. Dans le mouvement des Gilets jaunes, il y a des importations de dispositifs (chasses &#224; l'homme, grenades de d&#233;sencerclement en mode offensif, en tir tendu, ciblages de la t&#234;te avec les LBD, corps-&#224;-corps, &#233;tranglements et passages &#224; tabac, notamment au sol...) qui viennent effectivement du r&#233;pertoire de la police des cit&#233;s mais qui sont alors r&#233;agenc&#233;s. Et il y a des techniques qui ne passent pas de l'une &#224; l'autre (tirs &#224; balle r&#233;elle, pare-chocages, dynamiques de pers&#233;cution quotidienne&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si on se demande chaque samedi comment la r&#233;pression n'a pas fait plus de morts, l'usage des techniques mortelles est contenu par la police dans le mouvement des Gilets jaunes, alors qu'il conditionne la vie quotidienne dans les quartiers s&#233;gr&#233;gu&#233;s, dans les prisons et au travers des fronti&#232;res. M&#234;me si le gouvernement pr&#233;pare le terrain pour r&#233;duire le co&#251;t m&#233;diatico-politique d'un mort lors d'une manifestation &#8220;Gilets jaunes&#8221;, &#231;a n'a rien &#224; voir avec la quinzaine de personnes tu&#233;es par la police chaque ann&#233;e dans les quartiers populaires, dont les corps semblent sans valeur pour les institutions et pour une partie de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le mouvement des Gilets jaunes subit des formes de f&#233;rocit&#233; polici&#232;re, c'est parce qu'il s'est rendu incontr&#244;lable. Et il exp&#233;rimente aussi des choses jamais vues, des amoncellements de dispositifs souvent incoh&#233;rents et mis en &#233;chec par la cr&#233;ativit&#233; collective. L&#224; o&#249; ces situations se ressemblent, c'est qu'il s'agit dans les deux cas pour la police d'interdire la rue en ab&#238;mant les corps et de briser des formes d'autonomie collective. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le gouvernement a &#171; mobilis&#233; &#187; l'arm&#233;e samedi 23 mars (acte XIX) pour compl&#233;ter le dispositif de maintien de l'ordre. Une r&#233;gression consid&#233;rable en mati&#232;re de maintien de l'ordre, non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&#171; Ce n'est pas tellement une r&#233;gression. Comme disait Marx, les appareils militaires restent, &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt;, toujours disponibles pour &#234;tre envoy&#233;s &#224; l'int&#233;rieur contre le peuple. Leur emploi n'a &#233;t&#233; restreint au XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle qu'&#224; l'int&#233;rieur des m&#233;tropoles imp&#233;riales et dans certaines situations o&#249; l'&#201;tat est capable de maintenir l'ordre social sans y avoir recours, comme lorsque le mouvement ouvrier est encadr&#233; par des structures syndicales et politiques qui font le travail de &#8220;pacification&#8221; en amont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais des r&#233;gimes de guerre polici&#232;re ont &#233;t&#233; employ&#233;s contre des luttes ouvri&#232;res qui s'&#233;taient rendues incontr&#244;lables dans les ann&#233;es 1950, 1960, 1970 et 1980. Des unit&#233;s militaro-polici&#232;res comme la gendarmerie ont &#233;t&#233; employ&#233;es et ont tu&#233; en Guadeloupe en 1967, en Kanaky au milieu des ann&#233;es 1980, mais aussi dans les quartiers populaires o&#249; ce sont des gendarmes qui ont &#233;touff&#233; Adama Traor&#233;. L'infanterie n'a pas &#233;t&#233; envoy&#233;e pour r&#233;primer dans les quartiers populaires mais des d&#233;tachements de Sentinelle y patrouillent et sont parfois m&#234;me employ&#233;s &#224; titre de d&#233;monstration de force symbolique, comme lorsqu'une patrouille militaire est venue contr&#244;ler un rassemblement du Comit&#233; Adama Traor&#233; &lt;a href=&#034;#nb8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mont&#233; pour obtenir justice et v&#233;rit&#233; &#224; la suite de la mort d'Adama Traor&#233; &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; en 2018. La gendarmerie est en pointe dans le transfert et l'adaptation de dispositifs de contre-insurrection entre les guerres n&#233;ocoloniales, la r&#233;pression des r&#233;voltes dans les quartiers populaires et en dehors. L'&#232;re s&#233;curitaire se caract&#233;rise par une sorte de &lt;i&gt;continuum&lt;/i&gt; entre le contr&#244;le et la guerre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si la r&#233;pression des Gilets jaunes fait couler plus d'encre que celle des banlieues, il semble que les choses commencent a changer, notamment sous l'impulsion du comite Adama Traor&#233;. Tu vois un tournant&lt;/strong&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le Comit&#233; Adama m&#232;ne un travail intense de construction de solidarit&#233;s avec une grande diversit&#233; de secteurs du mouvement social. La lutte paie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a sans doute de nouvelles prises de conscience parce qu'il y a aussi de nouvelles formes d'alliances entre diff&#233;rentes luttes. &#199;a s'inscrit dans la continuit&#233; de d&#233;cennies de r&#233;sistances et de tentatives pour s'organiser et construire des ponts, de la part des luttes des quartiers et des immigrations. D'un autre c&#244;t&#233;, il y a des prises de conscience parce qu'il y a un partage d'exp&#233;rience de la f&#233;rocit&#233; polici&#232;re. Mais je ne vois pas vraiment de tournant &#224; ce niveau-l&#224;. La s&#233;gr&#233;gation socio-raciste continue de structurer la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise dans chacun de ces recoins et &#224; la moindre occasion, les r&#233;alit&#233;s et les enjeux des luttes des quartiers populaires passent &#224; la trappe. On l'a vu avec le S&#233;nat o&#249; certains ont argu&#233; qu'il fallait interdire les lanceurs de balles de d&#233;fense uniquement dans le cadre des manifestations publiques et en conserver l'emploi dans les quartiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but, le mouvement des Gilets jaunes voit se croiser, se rencontrer et s'organiser diff&#233;rentes franges des classes populaires urbaines et rurales, ainsi que de la petite bourgeoisie pr&#233;caris&#233;e. Et c'est directement l&#224;, sur le champ de bataille, que des intelligences collectives se forment &#224; l'intersection des gal&#232;res et des oppressions. Il en &#233;merge de nouveaux imaginaires, des pratiques d'autod&#233;fense et de contre-attaque. Des forces s'associent et trouvent les moyens de se rendre incontr&#244;lables. C'est un long processus historique qui est all&#233; boire des coups au Fouquet's. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par &#201;milien Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;(2012, La Fabrique)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;(2016, Niet)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Mont&#233; pour obtenir justice et v&#233;rit&#233; &#224; la suite de la mort d'Adama Traor&#233; &#224; la gendarmerie de Persan apr&#232;s son interpellation &#224; Beaumont-sur-Oise (Val d'Oise) en 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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