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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>La guerri&#232;re et la mort</title>
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		<dc:creator>Bruno Le Dantec</dc:creator>


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&lt;p&gt;&#171; Perdre ma vie est un risque plus grand que celui de mourir. &#187; Cette phrase d'Andr&#233;a Doria, en exergue du livre intitul&#233; N'Dr&#233;a que r&#233;&#233;ditent Les &#233;ditions du bout de la ville , en dit long sur l'amie disparue. Sa rupture avec l'agonie m&#233;dicalis&#233;e a &#233;t&#233; une embellie pour son entourage autant que pour elle-m&#234;me. &#171; Qu'est-ce que le destin, sinon cette ligne de vie, cette perspective d&#233;termin&#233;e par les refus successifs de ma jeunesse ? &#187; N'Dr&#233;a est un texte qui pose une exp&#233;rience, un cas (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Perdre ma vie est un risque plus grand que celui de mourir&lt;/i&gt;. &#187; Cette phrase d'Andr&#233;a Doria, en exergue du livre intitul&#233; N'Dr&#233;a que r&#233;&#233;ditent Les &#233;ditions du bout de la ville &lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La premi&#232;re &#233;dition de N'Dr&#233;a &#233;tait pirate, une auto-production du groupe Os (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, en dit long sur l'amie disparue. Sa rupture avec l'agonie m&#233;dicalis&#233;e a &#233;t&#233; une embellie pour son entourage autant que pour elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1754 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH634/-70-25acd.jpg?1768653524' width='400' height='634' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Qu'est-ce que le destin, sinon cette ligne de vie, cette perspective d&#233;termin&#233;e par les refus successifs de ma jeunesse ?&lt;/i&gt; &#187; N'Dr&#233;a est un texte qui pose une exp&#233;rience, un cas loin d'&#234;tre unique ou h&#233;ro&#239;que : une femme malade fait le choix de rompre avec le syst&#232;me m&#233;dical et ses bidouillages &#224; forte plus-value. Seulement voil&#224;, Andr&#233;a prend non seulement la fuite, mais aussi la parole. Elle parle d'elle, non pas pour s'engoncer dans la douleur, se recroqueviller dans un moi &#233;troit devenu le si&#232;ge de sa d&#233;faite, mais pour avoir prise sur sa vie, vivre avec ses amis les derniers instants d'une libert&#233; ch&#232;rement acquise. Elle s'adresse &#224; eux sans pathos, en choisissant &#171; &lt;i&gt;le chemin qui a du c&#339;ur&lt;/i&gt; &#187;, afin de conclure en beaut&#233; une existence &#171; &lt;i&gt;fond&#233;e sur le refus de la d&#233;possession&lt;/i&gt; &#187;. Choisir comment et avec qui on m&#232;ne sa vie, mais aussi choisir quand et comment on part : une intuition, un coup de t&#234;te aura parfois une influence d&#233;cisive sur toute une existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andr&#233;a avait une conscience aigu&#235; de l'injustice, de ce monde &#233;trange qui nous rend &#233;trangers m&#234;me l&#224; o&#249; nous sommes n&#233;s. Elle en tirait les cons&#233;quences. Elle et sa bande avaient pris au mot Rimbaud et les situs : nous ne travaillerons jamais. Ce choix-l&#224; a un prix. &lt;i&gt;Gimme danger little stranger&lt;/i&gt;. &#171; &lt;i&gt;Reprendre le temps, voler l'argent, inventer des d&#233;penses sociales &#224; ma guise, d&#233;sirer la richesse, conna&#238;tre l'ali&#233;nation&#8230; avec mes amis. C'&#233;tait &#231;a, ma vie !&lt;/i&gt; &#187; On s'&#233;tait connus gr&#226;ce &#224; Rock against the police, un concert contre les violences polici&#232;res organis&#233; dans les quartiers Nord de Marseille. Ann&#233;es 80. Le port p&#233;riclitait, les usines fermaient, la vie nocturne se r&#233;duisait &#224; quatre ou cinq bouges o&#249; frayait tout ce que les rues comptaient de mala vita et de nerfs &#224; vif. &#171; &lt;i&gt;J'avais fui bien des enfermements ; d'abord le travail salari&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Avec les copains, on jonglait entre missions d'int&#233;rim et p&#233;riodes de ch&#244;mage, durant lesquelles on se coltinait, &lt;i&gt;meskine&lt;/i&gt;, l'ennui et le manque d'argent, mais aussi quelques aventures. Andr&#233;a avait fait un pas de plus dans l'intransigeance, c'&#233;tait un peu notre grande s&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre vie &#233;tait nue. Certains ont quitt&#233; la ville, d'autres sont rest&#233;s, beaucoup ont attrap&#233; la mort. &#171; &lt;i&gt;La mort, un jour, a pos&#233; sa griffe &#224; la pointe de mon sein&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crira Andr&#233;a. Au moment o&#249; on lui annonce son cancer, le sida, agissant en silence et &#224; l'aveugle, s'appr&#234;te &#224; emporter nombre d'entre nous. On crevait jeune, &#224; l'&#233;poque. Les derniers mots sur un lit de mort, on en a recueilli quelques-uns. Frenzy, chien fou accouru de Sidi-bel-Abb&#232;s &#224; la Belle de Mai : &#171; &lt;i&gt;Il para&#238;t qu'ils ont trouv&#233; un traitement, mais il est trop cher, c'est pas pour nous.&lt;/i&gt; &#187; Najat, dite Nathalie-Barbi, l'effeuilleuse de Lux Interior : &#171; &lt;i&gt;Fais-toi une petite branlette en pensant &#224; moi.&lt;/i&gt; &#187; Les derniers mots d'Andr&#233;a ont &#233;t&#233; tout aussi forts. Elle a su les &#233;crire et ciseler son style. Elle voulait qu'il en reste quelque chose. Elle voulait que son baroud rassemble autour d'elle tous ses amis, amants et complices que la pression polici&#232;re et l'usure du temps mena&#231;aient de disperser. Elle voulait go&#251;ter encore une fois le plaisir d'&#234;tre ensemble. Pour elle, pour nous. Elle a joliment r&#233;ussi son coup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne pas avoir peur de dire &#171; je &#187;. Ne pas non plus en devenir prisonnier. En l'articulant clairement comme un jeu se jouant &#224; plusieurs. Nous. Voil&#224; l'une des le&#231;ons de ce petit livre. Combien il est ais&#233; de s'oublier, de se perdre dans les boursouflures du moi, dans le triste nombril de l'ali&#233;nation moderne. &#171; &lt;i&gt;L&#224; &#233;tait ma vie, dans cette reconnaissance de ma mort. Je suis devenue guerri&#232;re. Je ne me d&#233;battais plus, je me battais.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;La menace pr&#233;cise, concr&#232;te, des flics m'avait permis de me ressaisir face &#224; une menace diffuse, incompr&#233;hensible, en redonnant une dimension sociale &#224; ma maladie.&lt;/i&gt; &#187; Au-del&#224; de son combat contre (puis avec) le cancer, Andr&#233;a nous parle de &#231;a : du sens r&#233;el de la communication, du partage des plaisirs et de la r&#233;volte contre un monde devenu invivable &#8211; mais portant toujours en lui la possibilit&#233; d'autres mondes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Il y a presque autant de gens qui vivent du cancer que de gens qui en meurent.&lt;/i&gt; &#187; Une maison isol&#233;e dans la campagne, une nuit &#224; jouer au poker et &#224; boire du champagne, les bouteilles tanqu&#233;es sur le rebord des fen&#234;tres pour les maintenir au frais. Dehors, il fait froid. &#171; &lt;i&gt;La chimie nous rend malades &#224; travers la pollution de l'air et de l'eau, l'appauvrissement des aliments, mais c'est par la chimie qu'on nous soigne. Le nucl&#233;aire provoque des cancers, qui seront trait&#233;s par le nucl&#233;aire. Nous &#233;touffons de la perte de tout contr&#244;le, de toute initiative sur nos vies, et le syst&#232;me m&#233;dico-hospitalier enjoint les malades &#224; ob&#233;ir aveugl&#233;ment &#224; ses diktats.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s sa fuite de l'h&#244;pital, nous avons voyag&#233; ensemble. Plein Sud, Barcelone, Valence&#8230; Malgr&#233; la fatigue et son souffle court, Andr&#233;a a march&#233; dans les rues, a &#233;cum&#233; les bars. Nous avons bavard&#233;, ri, dans&#233;, dormi dans les bras les uns des autres. &#171; &lt;i&gt;Si vous avez comme moi la malchance d'une deuxi&#232;me s&#233;rie de rayons dans la r&#233;gion pelvienne, la moindre p&#233;n&#233;tration sera impossible, l'&#233;quivalent d'un viol, tous les muscles t&#233;tanis&#233;s &#224; jamais. Crime impardonnable contre nos amours. Mutilation invisible de nos sens, de nos d&#233;sirs. M&#233;decine maudite et assassine.&lt;/i&gt; &#187; Et puis, plus tard, la villa lou&#233;e face &#224; la M&#233;diterran&#233;e, le soleil, les amis qui d&#233;filent, les bons repas, la stridence des cigales, le silence des &#233;toiles, la ligne de basse d'un rock steady pour doucement danser, le dessin (Andr&#233;a &#233;tait tr&#232;s habile de ses mains, savait croquer le visage d'un copain aussi bien que falsifier un permis de conduire). On a su plus tard qu'&#224; deux pas de l&#224;, sur cette m&#234;me c&#244;te proven&#231;ale, vivait une autre belle et grande col&#232;re : Nina Simone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andr&#233;a rend hommage &#224; Georges Courtois et Karim Khalki dans leur combat contre la mort sociale que la prison inflige. &#171; &lt;i&gt;J'ai &#233;chapp&#233; &#224; la prison, pas &#224; la maladie.&lt;/i&gt; &#187; Sa d&#233;fiance face au corps m&#233;dical ressemble comme deux gouttes d'eau &#224; celle qu'expriment les luttes anti-carc&#233;rales du dedans comme de l'en-dehors. &#171; &lt;i&gt;Flicastases&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;m&#233;tastaflics&lt;/i&gt; &#187;&#8230; Andr&#233;a compare l'action du capital dans le monde avec celle d'une cellule canc&#233;reuse dans le corps humain : &#171; &lt;i&gt;Esquive de la vigilance immunitaire, sabotage de l'intercommunication, d&#233;tournement unilat&#233;ral de l'information, organisation pour son propre compte au d&#233;triment de l'ensemble, r&#233;gression &#224; l'indiff&#233;renciation, prolif&#233;ration&#8230; jusqu'&#224; la mort de l'h&#244;te.&lt;/i&gt; &#187; Vingt-cinq ans plus tard, au vu de l'&#233;tat de la plan&#232;te, ce diagnostic s'av&#232;re plus tranchant que jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;pure de ce texte, c'&#233;tait aussi faire la nique &#224; la mort. Lui voler encore un peu de temps afin de laisser une trace pour l'apr&#232;s, le devenir des amiti&#233;s, des id&#233;es. &#171; &lt;i&gt;&#8220;L'infini n'est pas l'au-del&#224; du fini, c'est le mouvement du fini.&#8221; (Hegel) ; c'est la phrase la plus r&#233;volutionnaire qu'il m'ait &#233;t&#233; donn&#233; de lire.&lt;/i&gt; &#187; Au moment des adieux, Andr&#233;a est assise dans un fauteuil, face &#224; la mer. Je m'accroupis, je pose ma main sur son genou, l'&#339;il sans doute trop humide &#224; son go&#251;t : elle me dit d'arr&#234;ter mes conneries et me pousse, je tombe sur le cul, on s'esclaffe. M&#234;me esprit dans la lettre adress&#233;e &#224; Bella, une fois la date de son d&#233;part choisie : &#171; &lt;i&gt;Je souris que tu puisses voir ma fin prochaine comme un &#233;chec.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;Ma d&#233;fense a &#233;t&#233; de nier la maladie, puis de faire en sorte qu'un principe sup&#233;rieur aux al&#233;as qu'elle m'impose d&#233;cide : j'ai voulu vivre &#224; fond, &#231;a oui !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La premi&#232;re &#233;dition de N'Dr&#233;a &#233;tait pirate, une auto-production du groupe Os Cangaceiros (1992).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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