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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Lisbonne tremble encore</title>
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		<dc:creator>Ferdinand Cazalis, Mickael Correia</dc:creator>


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&lt;p&gt;En cinq ans, Lisbonne est devenue une des destinations les plus pris&#233;es d'Europe, avec chaque ann&#233;e de nouveaux records dans le secteur du tourisme. La fr&#233;n&#233;sie immobili&#232;re et la gentrification encourag&#233;es par le gouvernement et le FMI entra&#238;nent la mort des derniers quartiers populaires du centre-ville. Reportage le long des rues inclin&#233;es d'Alfama. &#171; Stow your cash and conquer Lisbon . &#187; Inscription sur un coffre s&#233;curis&#233; d'une chambre d'h&#244;tel, Lisbonne, 2016. &#171; Et, tandis qu'on (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no147-octobre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;147 (octobre 2016)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En cinq ans, Lisbonne est devenue une des destinations les plus pris&#233;es d'Europe,
avec chaque ann&#233;e de nouveaux records dans le secteur du tourisme. La fr&#233;n&#233;sie immobili&#232;re et la gentrification encourag&#233;es par le gouvernement et le FMI entra&#238;nent la mort des derniers quartiers populaires du centre-ville. Reportage le long des rues inclin&#233;es d'Alfama.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Stow your cash and conquer Lisbon&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; D&#233;posez votre liquide et partez &#224; la conqu&#234;te de Lisbonne. &#187;&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Inscription sur un coffre s&#233;curis&#233; d'une chambre d'h&#244;tel, Lisbonne, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Et, tandis qu'on raisonne, Des foudres souterrains engloutissent Lisbonne&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Po&#232;me sur le d&#233;sastre de Lisbonne&lt;br class='manualbr' /&gt;ou Examen de cet axiome : &#171; Tout est bien &#187;. Voltaire, 1756.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 000 morts et 85% des habitations d&#233;truites. Le tremblement de terre, l'incendie et le tsunami de Lisbonne dans la nuit du 1er novembre 1755 chang&#232;rent la face de la chr&#233;tient&#233; et de la ville. On ne louerait plus la bont&#233; divine avec la m&#234;me abn&#233;gation, on commencerait m&#234;me &#224; douter d'un Seigneur capable de tels d&#233;cha&#238;nements de col&#232;re envers ses fid&#232;les. Alors que le roi Joseph 1er s'installait sur les hauteurs des collines d'Ajuda dans un palais de tentes, le marquis de Pombal prit les r&#234;nes du royaume et se donna pour charge de ramener l'ordre dans la ville. Il cr&#233;a une police sp&#233;ciale dans une ambiance d'&#233;tat d'urgence et fit revenir de force les habitants tent&#233;s par l'exil. Lisbonne rena&#238;trait de ses cendres. Pombal repensa l'urbanisme de la ville basse (Baixa) en confiant les nouveaux plans &#224; des architectes militaires. Adieu les ruelles &#233;triqu&#233;es et les escaliers sombres abritant le peuple lisbo&#232;te : on dessina une ville rationnelle en grille, o&#249; la chauss&#233;e et les trottoirs des rues furent fix&#233;s &#224; douze m&#232;tres de large. On donna &#224; chaque rue une attribution selon son activit&#233; &#233;conomique, et on limita la taille des immeubles &#224; trois &#233;tages. Une technique antisismique, dite &#171; &lt;i&gt;a gaiola&lt;/i&gt; &#187;, fa&#231;onnerait la future Lisbonne, avec des structures en bois pour s&#233;parer les appartements. On favoriserait, tout en les standardisant en formes g&#233;om&#233;triques, les azulejos (carreaux de fa&#239;ence d&#233;cor&#233;s) sur les fa&#231;ades des maisons pour ralentir les incendies&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour aller plus loin, voir &#171; Espaces et commodit&#233;s dans la Lisbonne de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1758 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH562/-72-4307d.jpg?1782644278' width='400' height='562' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Splendeurs et mis&#232;res d'Alfama&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Parmi les quartiers miracul&#233;s de la ville, celui d'Alfama, sur les rives du Tage. Ce petit &#238;lot populaire de p&#234;cheurs et d'ouvriers &#224; l'abri de la modernit&#233; continuera &#224; caresser la vie dans le mauvais sens du temps, et devra attendre les ann&#233;es 2010 pour &#234;tre &#224; son tour ras&#233; par un autre s&#233;isme, celui de la crise &#233;conomique &#8211; et de l'invasion de touristes pour tenter d'y rem&#233;dier. Le collectif Left Hand Rotation a fait sienne cette image du tremblement de terre des touristes (voir affiche ci-dessus) pour documenter le sort du quartier : &#171; &lt;i&gt;Avec la d&#233;sindustrialisation, les ouvriers ont quitt&#233; la ville pour la campagne ou l'&#233;tranger&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lisbonne comptait 800 000 &#226;mes en 1960 contre 500 000 aujourd'hui.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Les entrepreneurs ont alors d&#233;cid&#233; de r&#233;accumuler du capital autour de l'industrie de la culture. Comme en 1755, la ville est en train vivre un changement de paradigme urbain&lt;/i&gt; &#187;, nous expliquent-ils sur les marches de l'&#233;glise S&#227;o Miguel, apr&#232;s qu'une &#233;quipe de cin&#233;ma nous ait d&#233;log&#233;s de la placette adjacente. Sp&#233;cialis&#233;s dans la critique de la gentrification, ph&#233;nom&#232;ne international qui transforme les quartiers populaires des centres-ville en bastions de la classe cr&#233;ative et petite-bourgeoise, le collectif explique qu'&#224; Lisbonne, un peu comme &#224; Barcelone, c'est le tourisme qui sert de cheval de Troie &#224; l'expulsion des Lisbo&#232;tes vers la p&#233;riph&#233;rie de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Ils nous ont vol&#233; nos docks !&lt;/i&gt;, confirme Vasco Duarte, cordonnier et vendeur de chaussures dans l'Alfama depuis plus de 60 ans. &lt;i&gt;Les rives du Tage ont &#233;t&#233; b&#233;tonn&#233;es alors que le fleuve coulait au pied du quartier. Depuis ces quais, tous les gamins du coin ont appris &#224; nager et on y d&#233;chargeait &#224; dos d'homme le charbon et autres marchandises des fr&#233;gates n&#233;cessaires au quartier.&lt;/i&gt; &#187; En ce matin de septembre, il n'y a pas seulement les 54 000 passagers quotidiens de l'a&#233;roport qui vont inonder la ville. Depuis un an, les anciens docks de l'Alfama ont &#233;t&#233; r&#233;habilit&#233;s en un ensemble ultra-s&#233;curis&#233;, le Lisbon Cruise Terminal. Derri&#232;re des murs de grillages et de barbel&#233;s impeccablement align&#233;es, les fr&#233;gates marchandes ont &#233;t&#233; remplac&#233;es par les paquebots de luxe. Deux monstres marins de plus de 300 m&#232;tres de long, le &lt;i&gt;Celebrity Equinox&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;Celebrity Eclipse&lt;/i&gt; sont arrim&#233;s, encombrant la vue sur l'estuaire et laissant une am&#232;re sensation de si&#232;ge militaire. Chacune de ces villes flottantes d&#233;chargent 3 000 touristes au pied d'un des quartiers les plus populaires de la capitale, le temps d'une journ&#233;e, sous les yeux m&#233;dus&#233;s des habitants. Comme si les marchandises d&#233;charg&#233;es d'antan avaient &#233;t&#233; remplac&#233;es par des humains en qu&#234;te de souvenirs payants.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1757 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH314/-71-a6e8d.jpg?1783046310' width='500' height='314' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Ferdinand Cazalis
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Territoire recul&#233; de la p&#233;ninsule ib&#233;rique, auparavant &#224; l'&#233;cart des affres du tourisme de masse, Lisbonne a d&#233;sormais le vent en poupe. Charme surann&#233; des ruelles pav&#233;es, fa&#231;ades d&#233;cr&#233;pites et faible co&#251;t de la vie, le &lt;i&gt;lifestyle&lt;/i&gt; lisbo&#232;te attire un nombre croissant &#8211; 10% de plus en moyenne par an &#8211; de touristes. L'an dernier, le Portugal a encore battu son record, avec 19 millions de visiteurs, soit deux fois plus que le nombre d'habitants du pays. Selon la Banque du Portugal, les touristes &#233;trangers auraient d&#233;pens&#233; pr&#232;s de 12 milliards d'euros en 2015, et l'&#201;tat portugais s'accroche avec avidit&#233; &#224; cette bou&#233;e de sauvetage, dans un pays noy&#233; par la crise &#233;conomique depuis 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la devanture du vendeur de chaussures &lt;i&gt;made in Portugal&lt;/i&gt;, Vasco Duarte, une affichette &#171; EMEL tue le quartier &#187;, incrimine l'agence publique en charge du r&#233;am&#233;nagement urbain. &#171; &lt;i&gt;Ils ont refait toute la voirie de la rue Dos Rem&#233;dios, avec des poteaux, des lampadaires, et en aplanissant la voie, explique l'opini&#226;tre cordonnier. C'est plus propret pour les touristes, et il y a moins de voitures qui circulent. Mais la cal&#231;ada, la fa&#231;on locale d'organiser les rues, avec de gros pav&#233;s de basalte, une rigole pour &#233;vacuer les eaux sales, etc., a disparu. Ils pr&#233;f&#232;rent massacrer un quartier vieux de 2 000 ans que risquer de voir les touristes se casser la gueule.&lt;/i&gt; &#187; Dans la m&#234;me rue, l'ancien Palacio Dona Rosa, palais du XVIIIe qui logeait une dizaine de familles en difficult&#233; sociale, est en plein chantier de r&#233;novation. Apr&#232;s que ses habitants ont &#233;t&#233; expuls&#233;s avec une indemnisation de 20 000 euros &lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P&#250;blico, 14 avril 2012.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, une partie de l'&#233;difice a &#233;t&#233; transform&#233;e en une maison de fado hupp&#233;e, tandis que le reste abritera prochainement des locations de luxe avec piscine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mouvements immobiliers&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Comme dans nombre d'autres quartiers (Mouraria ou le Barrio Alto par exemple), la r&#233;novation urbaine et patrimoniale s'ench&#226;sse avec la r&#233;habilitation des logements. De nombreuses petites habitations sombres avec leurs salles de bains collectives d'Alfama ont mut&#233; en grands appartements et lofts que seuls les classes moyennes et les r&#233;sidents &#233;trangers peuvent dor&#233;navant s'offrir. De m&#234;me, depuis quatre ans, la loi sur les locations de logements &#8211; &lt;i&gt;Lei das rendas&lt;/i&gt; &#8211; a &#233;t&#233; modifi&#233;e en profondeur par le gouvernement portugais en faveur des propri&#233;taires. En 1948, sous la dictature Salazar, les prix de location avaient &#233;t&#233; gel&#233;s, avec des baux &#233;ternels et h&#233;r&#233;ditaires, ce qui avait permis des loyers populaires &#224; moins de 100 euros pour 100 m2 jusqu'en 1990. Puis l'&#201;tat a fini par autoriser les propri&#233;taires &#224; signer des baux &#224; &#233;ch&#233;ance fixe, &#224; leur faciliter l'expulsion des habitants dans le cadre de la restauration des lieux, et &#224; augmenter librement le loyer &#224; la fin d'un bail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la minuscule terrasse du caf&#233;-restaurant Alfacinha en plein c&#339;ur du quartier, un jeune enseignant de litt&#233;rature, en train de pr&#233;parer son cours sur &lt;i&gt;Orgueil et pr&#233;jug&#233;s&lt;/i&gt; de Jane Austen, ajoute : &#171; &lt;i&gt;Le quartier s'est transform&#233; &#224; une vitesse folle. Trois ou quatre ans &#224; peine. Quand j'ai emm&#233;nag&#233; ici, il y a sept ans, il y avait une dame de 80 ans au deuxi&#232;me et un artisan au rez-de-chauss&#233;e. Aujourd'hui, je suis le seul habitant permanent de l'immeuble. Les vieux propri&#233;taires meurent, et les h&#233;ritiers louent pour une ou deux semaines &#224; des touristes.&lt;/i&gt; &#187; &#192; travers le statut particulier d'&lt;i&gt;Alojamento local&lt;/i&gt; (AL), l'&#201;tat portugais incite en effet les propri&#233;taires &#224; louer leurs biens pour des p&#233;riodes temporaires, ces derniers &#233;tant alors tax&#233;s &#224; 15% contre 28% pour un bail &#224; long terme. R&#233;sultat : 200 nouveaux AL par mois surgissent &#224; Lisbonne. Et les prix de l'immobilier &#224; la vente ne cessent d'augmenter (+33% en trois ans), ainsi que celui des locations permanentes (+8% en moyenne par an, contre 0,8 dans le reste du pays). Pour Miguel Coelho, maire d'arrondissement d'Alfama, &#171; &lt;i&gt;L'AL acc&#233;l&#232;re l'expulsion des gens qui vivent ici depuis des dizaines d'ann&#233;es et leur descendants. Ce ph&#233;nom&#232;ne de gentrification, conjugu&#233; &#224; la Lei das rendas&lt;/i&gt; [&#8230;], &lt;i&gt;est une mani&#232;re immorale de se d&#233;barrasser de gens qui devraient avoir le droit de continuer &#224; vivre l&#224; o&#249; ils ont toujours habit&#233;&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P&#250;blico, 13 septembre 2016.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux pressions de l'AL, il faut bien entendu ajouter celles des nouvelles plateformes du tourisme via Internet. Cet &#233;t&#233;, la demande Airbnb au Portugal a augment&#233; de 76% : 700 000 locataires &#233;ph&#233;m&#232;res, avec les Fran&#231;ais au premier rang et une dur&#233;e moyenne de s&#233;jour de 4,6 nuits. Sur le site, la capitale portugaise est la quatri&#232;me ville la plus demand&#233;e en Europe apr&#232;s Barcelone, Paris et Londres &lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; L'invasion des terrasses volantes : Airbnb contre Barcelone &#187;, CQFD (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;. Au-del&#224; des cons&#233;quences sur les prix du logement, c'est toute la vie quotidienne de ces quartiers qui se trouve boulevers&#233;e. Les policiers saturent l'espace pour assurer la s&#233;curit&#233; des portefeuilles de passage. Pendant ce temps, le tourisme a bon dos pour limiter, voire retirer, les services publics inutiles aux r&#233;sidents &#233;ph&#233;m&#232;res (&#233;cole, sant&#233;, antennes municipales, etc.) de ces quartiers, comblant d'aise les exigences d'aust&#233;rit&#233; europ&#233;ennes. Cons&#233;quence : les gens les plus pauvres sont contraints de s'exiler &#224; Barreiro ou Cacilhas, de l'autre c&#244;t&#233; du fleuve, voire &#224; Chelas, en banlieue lointaine...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; Comme les maisons &#233;taient petites &#224; Alfama, les gens vivaient dans la rue. Aujourd'hui, il n'est plus possible de s'y asseoir sans &#234;tre photographi&#233; comme un animal au zoo. Alors les gens restent confin&#233;s chez eux et ne pensent qu'&#224; d&#233;m&#233;nager&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;plore Lana, qui habite au pied de la cath&#233;drale de l'Alfama. &#171; &lt;i&gt;Je me sens de plus en plus seule dans mon quartier et la semaine prochaine, mon dernier voisin s'en va. Son loyer &#233;tait de 700 euros, mais comme son bail prenait fin, le propri&#233;taire l'a remont&#233; &#224; 1600 euros mensuels.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le quartier, autrefois connu pour sa vie de village, ses habitants hauts en couleur et ses caf&#233;s populaires, aligne d&#233;sormais des &#233;choppes de souvenir, des boutiques vintage et autres restaurants boh&#232;mes-chics. &#171; &lt;i&gt;Chaque semaine, il y a un nouveau caf&#233;&lt;/i&gt; lounge &lt;i&gt;ou une boutique de magnets imitant les&lt;/i&gt; azulejos &lt;i&gt;qui ouvre dans ma rue&lt;/i&gt; &#187;, continue Lana. En se penchant par la fen&#234;tre de son appartement, rang&#233;s derri&#232;re leurs fanions, on voit errer les bancs de touristes dans les rues en ruisseaux d'Alfama.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'arri&#232;re-salle du Alfacinha, trois octog&#233;naires du coin devisent autour de photographies de famille en sirotant un caf&#233;. La cheffe du trio d&#233;gaine : &#171; &lt;i&gt;Toutes les &#233;piceries, les boucheries et autres petits commerces ont disparu. Quant &#224; l'emploi cr&#233;&#233;, ce ne sont que des boulots de petits employ&#233;s de maison pour nettoyer les appartements lou&#233;s &#224; la journ&#233;e aux touristes...&lt;/i&gt; &#187; Une deuxi&#232;me appuie : &#171; &lt;i&gt;Le quartier est devenu beaucoup moins agr&#233;able, on vivait tous ensemble dehors, les femmes se peignaient m&#234;me les cheveux entre elles, dans la rue. Aujourd'hui, on ne peut plus prendre notre tramway, car il est plein de touristes : la municipalit&#233; a d&#251; nous mettre &#224; disposition un minibus qui fait du porte-&#224;-porte.&lt;/i&gt; &#187; L'antique tramway n&#176;28 s'&#233;chinait en effet &#224; grimper les rudes pentes de l'Alfama, d&#233;posant ses habitants au gr&#233; des altitudes. D&#233;peints dans tous les guides comme &#171; &lt;i&gt;une v&#233;ritable machine &#224; remonter le temps&lt;/i&gt; &#187;, l'&lt;i&gt;El&#233;ctrico&lt;/i&gt; est d&#233;sormais pris d'assaut par les touristes qui attendent par centaines plus d'une heure leur &#171; authentique &#187; petit tour de train. Une d&#233;possession &lt;i&gt;de facto&lt;/i&gt; d'un transport public d&#233;di&#233; aux habitants du quartier. Et une absurdit&#233; soulign&#233;e avec malice par le cordonnier de la rue Dos Rem&#233;dios : &#171; &lt;i&gt;M&#234;me les touristes se plaignent qu'il y a trop de touristes ! &#199;a ne parle pas assez portugais dans les rues selon eux !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G&#233;rer la catastrophe&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais la croissance du secteur du tourisme ne tient pas tant aux sir&#232;nes du fado et aux charmes des trams d'avant-guerre qu'&#224; une strat&#233;gie de gestion de la crise. Le ch&#244;mage est revenu autour des 10-11% (moyenne europ&#233;enne) apr&#232;s des pics &#224; 17% au d&#233;but des ann&#233;es 2010, mais la dette publique a culmin&#233; en 2014 &#224; 130,2% du PIB. Et de nouvelles aides publiques aux banques approfondissent encore le trou sans fin qu'elles ont elles-m&#234;mes creus&#233; &lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'&#201;tat a inject&#233; cette ann&#233;e 2,2 milliards d'euros dans la banque Banif et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;. D&#232;s 2011, en plus d'un plan d'aust&#233;rit&#233; frappant le secteur public, le FMI avait pos&#233; le d&#233;veloppement de l'offre touristique et la r&#233;novation des lois sur l'immobilier comme conditions &#224; l'octroi de son aide de 78 milliards. Message re&#231;u, comme s'en f&#233;licitait Adolfo Mesquita, secr&#233;taire d'&#201;tat au tourisme en 2014 : &#171; &lt;i&gt;La contribution du tourisme au PIB pour les exportations, l'investissement et la cr&#233;ation d'emploi est si importante que je n'h&#233;site pas &#224; dire que c'est un des principaux &#8211; voire le principal &#8211; secteurs de notre &#233;conomie&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P&#250;blico, 23 mars 2014, cit&#233; par Le Courrier international, 20 juin 2014.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour acc&#233;l&#233;rer la valorisation du patrimoine culturel, l'&#201;tat a mis les bouch&#233;es doubles. Cr&#233;&#233;s en 2012, les &#171; golden visas &#187; sont aujourd'hui en pleine expansion. Entra&#238;nant la d&#233;mission du ministre de l'Int&#233;rieur Miguel Macedo en 2014 pour corruption, ces titres de s&#233;jour sont accord&#233;s &#224; des &#233;trangers qui investissent au moins un million d'euros dans le pays, cr&#233;ent au moins dix postes de travail ou ach&#232;tent des biens immobiliers d'une valeur minimale de 500 000 euros&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur les 3 609 visas d&#233;livr&#233;s depuis 2012, 3 405 l'ont &#233;t&#233; pour des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;. L'investissement d'une dur&#233;e de 5 ans minimum permet d'obtenir un permis de s&#233;jour, pris&#233; par de nombreux investisseurs chinois ou russes pour faire ensuite librement des affaires dans l'espace Schengen &#8211; &#224; la seule condition de r&#233;sider sept jours au Portugal par an. &#192; cela s'ajoute l'appel du pied lanc&#233; aux retrait&#233;s &#233;trangers nantis : depuis 2013, ils b&#233;n&#233;ficient ainsi de dix ans d'exon&#233;ration fiscale s'ils habitent la moiti&#233; de l'ann&#233;e au Portugal, cr&#233;ant de toutes pi&#232;ces un eldorado immobilier. &#192; Lisbonne, le prix au m&#232;tre carr&#233; est presque quatre fois inf&#233;rieur &#224; celui de Paris et le co&#251;t de la vie inf&#233;rieur de 35%. Le Salon de l'immobilier et du tourisme portugais en France est devenu un des plus grands salons europ&#233;ens du genre et des stars, tels Monica Bellucci ou &#201;ric Cantona, poss&#232;dent depuis cette ann&#233;e une r&#233;sidence secondaire sur les hauteurs de l'Alfama.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;sister &#224; la d&#233;possession&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour beaucoup d'habitants, leurs quartiers se transforment en parcs &#224; th&#232;mes via des partenariats public-priv&#233;. &#171; &lt;i&gt;En fait, cela revient &#224; conc&#233;der &#224; terme la ville aux entrepreneurs priv&#233;s en puisant au d&#233;part dans l'argent public, analysent les membres du collectif&lt;/i&gt; Left Hand Rotation. &lt;i&gt;C'est vrai que cela permet &#224; certains de trouver des petits jobs et de sortir la t&#234;te de l'eau. Mais c'est une bombe &#233;conomique &#224; retardement, car &#224; force de virer les gens qui habitent ici, la ville aura bient&#244;t moins d'attrait. Elle ressemblera &#224; toutes les autres, et cette &#233;conomie va chuter en fl&#232;che.&lt;/i&gt; &#187; Il est vrai que l'industrie du tourisme &#224; Lisbonne semble vouloir &#171; privatiser &#187; jusqu'&#224; l'&#226;me de la ville. Plus que l'architecture ou les mus&#233;es, les visiteurs paraissent attir&#233;s par la red&#233;couverte d'une authenticit&#233; et d'une forme de communaut&#233; urbaine qu'ils auraient perdues chez eux. Et Lana d'ajouter dans une triste ironie : &#171; &lt;i&gt;Au bout d'un moment, les touristes ne prendront plus en photo que des touristes. Que fera le gouvernement ? Payer les Portugais pour qu'ils restent vivre dans le quartier et pr&#233;server ainsi un quota de pittoresque ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;sister &#224; l'invasion, les rencontres entre habitants sur le sujet se multiplient, quasiment chaque semaine. Il y a deux mois, un d&#233;bat organis&#233; par l'association &lt;i&gt;Trienal de Arquitectura de Lisboa&lt;/i&gt;, intitul&#233; &#171; Qui pourra habiter &#224; Lisbonne ? &#187;, a r&#233;uni plus de 500 habitants. Dans le compte rendu, personne ne souhaite tirer &#224; boulets rouges sur les touristes en tant qu'individus ; certaines prises de parole valorisant m&#234;me la d&#233;mocratisation du voyage. C'est bien la gestion du ph&#233;nom&#232;ne, de concert entre gouvernants et entreprises, qui enrage les Lisbo&#232;tes. Il s'agirait plus selon eux de d&#233;centraliser le tourisme, de ne pas concentrer toute l'offre dans de si petits quartiers. D'accompagner les aides fournies au secteur touristique par des aides aux habitants locaux. Enfin, de trouver d'autres mani&#232;res de vivre collectivement, de d&#233;passer la crise au-del&#224; des logiques de l'&#233;conomie lib&#233;rale et du tourisme. Et Lana de conclure : &#171; &lt;i&gt;Ma fa&#231;on de r&#233;sister en tant qu'habitante, c'est d'abord de parler au quotidien avec les gens du quartier, d'essayer de sortir de cette vision &#224; court terme qui fait qu'on part de son appartement avec un gros ch&#232;que offert par le propri&#233;taire. Cela peut permettre de survivre un temps, d'autant plus que c'est la crise, mais &#224; quel prix ? Quelles solidarit&#233;s de quartier, quelle vie sociale perd-on dans le m&#234;me geste ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;D&#233;posez votre liquide et partez &#224; la conqu&#234;te de Lisbonne.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pour aller plus loin, voir &#171; Espaces et commodit&#233;s dans la Lisbonne de Pombal &#187;, Jos&#233;-Augusto Fran&#231;a, &lt;i&gt;Dix-huiti&#232;me Si&#232;cle&lt;/i&gt;, Vol. 9, No1, 1977. Et &#171; Catastrophe et police : Le tremblement de terre de Lisbonne, vers une r&#233;forme polici&#232;re ? &#187;, Fl&#225;vio Borda D'&#225;gua, Agence nationale de la Recherche, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt; Lisbonne comptait 800 000 &#226;mes en 1960 contre 500 000 aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;P&#250;blico&lt;/i&gt;, 14 avril 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;P&#250;blico&lt;/i&gt;, 13 septembre 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir &#171; &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/L-invasion-des-terrasses-volentes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt; L'invasion des terrasses volantes : Airbnb contre Barcelone&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;137.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L'&#201;tat a inject&#233; cette ann&#233;e 2,2 milliards d'euros dans la banque Banif et 4,9 milliards dans Novo Banco, en vain : la premi&#232;re a &#233;t&#233; rachet&#233;e par l'espagnole Santander et la seconde est toujours menac&#233;e de faillite.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;P&#250;blico&lt;/i&gt;, 23 mars 2014, cit&#233; par &lt;i&gt;Le Courrier international&lt;/i&gt;, 20 juin 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sur les 3 609 visas d&#233;livr&#233;s depuis 2012, 3 405 l'ont &#233;t&#233; pour des transactions immobili&#232;res, 199 pour des transferts de capitaux, et seulement 5 pour la cr&#233;ation d'emplois. En tout, cela repr&#233;sente 2,2 milliards d'investissements &#233;trangers, dont 86% dans l'immobilier.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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