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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Daniel dans la fosse aux lions</title>
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		<dc:date>2012-09-26T06:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Claude Leyraud</dc:creator>


		<dc:subject>Du c&#244;t&#233; de chez les rustiques</dc:subject>
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		<dc:subject>d'un seul</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Frapp&#233; par une contamination de ses cultures, un gros producteur proven&#231;al d&#233;couvre le vrai visage du monde agro-industriel. Mais, comme beaucoup, au lieu de s'en prendre au syst&#232;me qui a caus&#233; sa perte, il va chercher des boucs &#233;missaires ailleurs&#8230; Les quelque 150 000 plants de poivrons cultiv&#233;s sur sept hectares d'un seul tenant faisaient de Daniel un des plus gros producteurs de la r&#233;gion Provence-Alpes C&#244;te-d'Azur. Et, pendant vingt ans, il s'en est fait, du fric ! Mais, en 2001, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no102-juillet-aout-2012" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;102 (juillet-ao&#251;t 2012)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Nardo-59" rel="tag"&gt;Nardo&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/faire" rel="tag"&gt;faire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Daniel" rel="tag"&gt;Daniel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Provence-Alpes-Cote-d-Azur" rel="tag"&gt;Provence-Alpes C&#244;te-d'Azur&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/hectares-d-un" rel="tag"&gt;hectares d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/region-Provence-Alpes" rel="tag"&gt;r&#233;gion Provence-Alpes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/plants" rel="tag"&gt;plants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Fusarium" rel="tag"&gt;Fusarium&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/poivrons-cultives" rel="tag"&gt;poivrons cultiv&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un-seul" rel="tag"&gt;d'un seul&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Frapp&#233; par une contamination de ses cultures, un gros producteur proven&#231;al d&#233;couvre le vrai visage du monde agro-industriel. Mais, comme beaucoup, au lieu de s'en prendre au syst&#232;me qui a caus&#233; sa perte, il va chercher des boucs &#233;missaires ailleurs&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les quelque 150 000 plants de poivrons cultiv&#233;s sur sept hectares d'un seul tenant faisaient de Daniel un des plus gros producteurs de la r&#233;gion Provence-Alpes C&#244;te-d'Azur. Et, pendant vingt ans, il s'en est fait, du fric !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, en 2001, c'est la catastrophe : sa culture est enti&#232;rement fusill&#233;e par le Fusarium solani, un champignon pr&#233;sent dans le sol, pouvant devenir terriblement pathog&#232;ne. Juste retour des choses apr&#232;s une monoculture aussi insens&#233;e ! Sauf que l'&#233;pid&#233;mie ne s'est pas propag&#233;e par taches qui se rejoignent, elle a affect&#233; la totalit&#233; des plants simultan&#233;ment, et, &#231;a, c'est suspect. Toujours est-il que l'exploitation de Daniel ne s'en remettra pas : redressement judiciaire et liquidation s'encha&#238;nent, jusqu'&#224; la vente forc&#233;e de la maison d'habitation. Imaginez le jour de la vente aux ench&#232;res publiques : le prix de d&#233;part est fix&#233; &#224; la moiti&#233; de la valeur du bien, les agents immobiliers rappliquent, soup&#232;sent vos objets, votre vie. Heureusement, le liquidateur judiciaire expose la situation : il y a plusieurs enfants, dont un gravement diab&#233;tique, qui risquent de se retrouver &#224; la rue. Quant aux maisons voisines, elles sont habit&#233;es par les parents, le fr&#232;re, les amis de Daniel. C'est sans doute ce second &#233;l&#233;ment, rendant le bien invendable, qui &#171; humanise &#187; les agents immobiliers et les fait renoncer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a un gros rat, tapi dans l'ombre, qui surench&#233;rit de 1 000 euros et laisse br&#251;ler la bougie jusqu'au bout : un agriculteur du Nord qui s'offre maison et retraite au soleil du Midi. Daniel, r&#233;volt&#233;, n'entend pas se laisser faire, refuse de quitter les lieux, et assigne en justice le p&#233;pini&#233;riste qu'il soup&#231;onne de lui avoir livr&#233; des plants contamin&#233;s. Ce dernier, un poids lourd dans la profession, fait marcher ses relations&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_442 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;11&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH546/102nardo-e314c.png?1782641210' width='400' height='546' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par Nardo
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;pour se d&#233;fendre. C'est d'abord un technicien de la chambre d'agriculture qui fait valoir que les visites du contr&#244;le sanitaire n'ont rien r&#233;v&#233;l&#233; d'anormal. En r&#233;alit&#233;, ces visites ont eu lieu avant que les plants existent, et apr&#232;s leur d&#233;part des serres. Puis, comme Daniel s'obstine, la chambre demande une caution scientifique &#224; l'Institut national de recherche agronomique (Inra), qui pr&#233;tend que, de toute fa&#231;on, on ne peut d&#233;tecter la maladie du Fusarium sur les jeunes plants. Le p&#233;pini&#233;riste n'h&#233;site pas non plus &#224; faire signer, par des producteurs de poivrons qui sont ses clients, des attestations de non-contamination des plants ! Bien s&#251;r, le tribunal est impressionn&#233; et Daniel condamn&#233; en premi&#232;re instance puis en cour d'appel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2008, surprise ! Para&#238;t dans un grand quotidien r&#233;gional une interview du m&#234;me p&#233;pini&#233;riste se vantant de mettre sur le march&#233; un basilic r&#233;sistant au Fusarium, dont il d&#233;tient le brevet : &lt;i&gt;&#171; J'avais en main plusieurs plants d'esp&#232;ces diff&#233;rentes sur lesquels j'ai inocul&#233; le Fusarium. Seul l'Ocimum kilimandsharium a montr&#233; sa r&#233;sistance face au champignon. Apr&#232;s des ann&#233;es de recherche, c'est un r&#234;ve de jeunesse qui se r&#233;alise. &#187;&lt;/i&gt; Quand on veut se faire mousser, il arrive qu'on parle trop. Daniel ne sera pas long &#224; prouver que, pendant la p&#233;riode o&#249; il lui a vendu les plants, l'apprenti sorcier a d&#251; faire face &#224; une contamination g&#233;n&#233;ralis&#233;e des serres par le Fusarium : il fait saisir les factures montrant un achat massif de pesticides destin&#233;s &#224; le combattre. Voil&#224; des &#233;l&#233;ments nouveaux, cach&#233;s &#224; la justice, qui d&#233;cident la Cour de cassation &#224; relancer la proc&#233;dure : l'affaire sera rejug&#233;e &#224; l'automne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant, Daniel, pour survivre, n'h&#233;site pas &#224; faire les sales boulots, comme nettoyer les fosses &#224; merde. Des broutilles quand on est amen&#233; &#224; descendre dans la fosse aux lions du capitalisme moderne. Il constate et d&#233;plore l'absence totale de solidarit&#233; entre paysans esclaves de l'agro-industrie. Il est devenu rebelle face &#224; l'ordre &#233;tabli, mais l'exprime de mani&#232;re irrationnelle : tous ceux qui se sont ligu&#233;s contre lui sont &#224; mettre dans le m&#234;me sac : &lt;i&gt;&#171; Tous des francs-ma&#231;ons, des juifs ! &#187;&lt;/i&gt;. Seul le Front national ne ferait pas partie du syst&#232;me ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Du martini dans le molotov</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Du-martini-dans-le-molotov</link>
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		<dc:date>2006-05-22T11:51:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jann-Marc Rouillan</dc:creator>


		<dc:subject>Chronique carc&#233;rale</dc:subject>
		<dc:subject>d'un</dc:subject>
		<dc:subject>d'une</dc:subject>
		<dc:subject>voix</dc:subject>
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		<dc:subject>CPE</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Chez les taulards &#224; perpette de Lannemezan, la d&#233;ferlante anti-CPE a &#233;t&#233; suivie d'un oeil plus rigolard que passionn&#233;. La pr&#233;carit&#233; ? En zonzon, elle a depuis toujours quelques longueurs d'avance. Le plus beau, c'est que pour b&#233;n&#233;ficier d'une lib&#233;ration conditionnelle, le d&#233;tenu doit n&#233;cessairement avoir un CDI en b&#233;ton. Mais pour notre correspondant, les images de la lutte &#233;voquent aussi quelques bons souvenirs&#8230; LA VOIX AU BOUT DU FIL me questionne : &#171; Comment en zonzon voyez-vous la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no33-avril-2006" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;33 (avril 2006)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-une" rel="tag"&gt;d'une&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/batiment" rel="tag"&gt;b&#226;timent&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/zonzon-voyez-vous" rel="tag"&gt;zonzon voyez-vous&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chez les taulards &#224; perpette de Lannemezan, la d&#233;ferlante anti-CPE a &#233;t&#233; suivie d'un oeil plus rigolard que passionn&#233;. La pr&#233;carit&#233; ? En zonzon, elle a depuis toujours quelques longueurs d'avance. Le plus beau, c'est que pour b&#233;n&#233;ficier d'une lib&#233;ration conditionnelle, le d&#233;tenu doit n&#233;cessairement avoir un CDI en b&#233;ton. Mais pour notre correspondant, les images de la lutte &#233;voquent aussi quelques bons souvenirs&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;LA VOIX AU BOUT DU FIL me questionne : &lt;i&gt;&#171; Comment en zonzon voyez-vous la mobilisation contre le CPE ? &#187;&lt;/i&gt; Je suis surpris et je n'ai pas grand-chose &#224; dire. Bien s&#251;r je regarde la t&#233;l&#233; et je lis les journaux, mais je ne vis pas la situation. Je me sens d'ailleurs d'un autre temps, d'un autre pays. &#201;videmment, en suivant la cha&#238;ne info am&#233;ricaine en direct, je fr&#233;mis aux cavalcades des jeunes traqu&#233;s par les hordes de scarab&#233;es noirs. Quelques souvenirs soixante-huitards remontent &#224; ma m&#233;moire. L'&#233;clairage public se refl&#232;te sur les casques et les boucliers comme sur une carapace d'insecte&#8230; Le silence se prolonge. Mon interlocuteur l'interrompt brusquement, comme s'il se rendait compte. &lt;i&gt;&#171; Je comprends, je comprends&#8230; &#187;&lt;/i&gt; Le camarade est un ancien prisonnier politique marseillais. Pour mieux visualiser sa t&#234;te, je me raccroche &#224; un reportage de FR3-Provence, l'instant o&#249; il entre dans le box des accus&#233;s en roulant des &#233;paules dans son blouson de teddy-boy. &lt;i&gt;&#171; Apr&#232;s l'hommage &#224; Jo&#235;lle devant le mur des F&#233;d&#233;r&#233;s, nous sommes all&#233;s aux bastons de Nation. &#187;&lt;/i&gt; &#192; son enthousiasme, je crois entendre exploser les grenades offensives. Il suffirait de si peu pour que les lacrymog&#232;nes me br&#251;lent les yeux. Je me dis que j'irais bien faire l'apr&#232;s-dissolution d'une manif. &lt;i&gt;&#171; Mais le JAP [juge d'application des peines] ne voudra pas&#8230; c'est certain ! &#187;&lt;/i&gt; Pourtant j'aimerais tant leur balancer un pav&#233; sur la gueule ou, mieux, un Molotov, bien alcoolis&#233; ! &lt;i&gt;&#171; Dans ton cocktail Molotov, il faut mettre du Martini mon petit&#8230; &#187;&lt;/i&gt; De notre temps, les rengaines du p&#232;re Ferr&#233; rythmaient l'anarchique d&#233;sinvolture des rues en p&#233;tard. Jusqu'au dernier moment, j'aurais serr&#233; la bouteille brune contre moi. Puis mon regard aurait suivi son voyage dans le ciel orang&#233; des r&#233;verb&#232;res. Avant qu'un geyser de flammes rousses illumine les godillots du mille-pattes&#8230; Sur l'&#233;cran de t&#233;l&#233; d&#233;filent les images d'une assembl&#233;e dans une fac occup&#233;e. Un jeune arbore sur la poitrine le visage du Che, il prend la parole : &lt;i&gt;&#171; Je demande le vote d'une motion condamnant la violence. &#187;&lt;/i&gt; Les os du pauvre Guevara doivent faire des loopings dans sa tombe de Santa Clara. Originaire de Limoux, Mahmoud porte lui aussi un T-shirt du Che, il s'&#233;nerve : &lt;i&gt;&#171; Regarde-le ce couillon ! &#187;&lt;/i&gt; Il est le seul &#233;tudiant encart&#233; du b&#226;timent, finalement il est l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale &#224; lui tout seul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En croisant un groupe de matons dans l'escalier, nous avons entendu : &lt;i&gt;&#171; Il ne faut pas que le gouvernement c&#232;de&#8230; &#187;&lt;/i&gt; Ils croient si fort au parti de l'ordre. Une v&#233;ritable religion. Mais dans la centrale, aucun prisonnier n'a &#233;voqu&#233; publiquement le CPE. Seul Max s'est adress&#233; aux coll&#232;gues de l'atelier &#224; la veille de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale : &lt;i&gt;&#171; Oh les mecs, comment fait-on demain pour aller au boulot, para&#238;t qu'il y a pas de m&#233;tro ! &lt;/i&gt; &#187; Regroup&#233;s autour de la table de b&#233;ton, les gros costauds ont rigol&#233; dans leur barbe. CPE ou pas, ici la vie sans vie suit son cours. Hier, Ren&#233;, dit &#171; Canette &#187; (parce qu'il peut d&#233;vorer six parts de canard aux olives, du moins c'est ce que pr&#233;tend l'Albanais) et St&#233;phane le jardinier se sont trait&#233;s d'encul&#233;s &#224; la suite d'une histoire balourde de ramassage de pissenlits. Depuis plusieurs week-ends, ils bataillaient ferme pour nous d&#233;montrer qui des deux &#233;tait le meilleur p&#226;tissier. &#192; l'&#233;tage, nous ne demandions pas mieux qu'&#224; d&#233;jouer les go&#251;teurs de ce concours enrag&#233;. &lt;i&gt;&#171; Le con, il met pas assez de beurre dans les beignets ! &#187;&lt;/i&gt; Avec le retour d'un beau soleil, les boulistes ont r&#233;apparu dans la seconde cour. Lundi en fin d'apr&#232;s-midi, le pr&#233;fet nous a rendu visite. Quant aux deux aum&#244;niers, d&#233;sormais ils &#233;vitent un &#233;tage. Ils ont appris que plusieurs adeptes d'une secte sataniste s'y &#233;taient regroup&#233;s. Plus g&#233;n&#233;ralement, la d&#233;tention grogne &#224; propos du prix du t&#233;l&#233;phone. Au moins un tiers d'augmentation d'un seul coup, alors que, selon les infos de la t&#233;l&#233;con, les appels &#224; partir d'un fixe ont baiss&#233; d'autant. &lt;i&gt;&#171; Encore une affaire de racket ! &#187;&lt;/i&gt;, conclut la vox populi des coursives. Mais ce n'est pas tout car les discussions tournent en boucle sur la nouvelle application des peines. La centrale de s&#233;curit&#233; est au r&#233;gime sec. Plus de condi. Plus de perm. Plus de gr&#226;ce. Ou alors au comptes gouttes&#8230; Inutile de vous en dire davantage, nous avons d'autres sujets de conversation que les questions de l'heure pour les p&#233;kins du dehors. Et puis, CNE, CPE, CDD ou int&#233;rim, qu'importe si &#224; l'ext&#233;rieur les contrats de pr&#233;carit&#233; se multiplient : notre JAP est tr&#232;s conservateur, il r&#233;clame dans chaque dossier de lib&#233;ration un CDI en b&#233;ton, m&#234;me pour les gars ayant d&#233;pass&#233; l'&#226;ge de la retraite. Il se fout que la loi ait &#233;t&#233; vot&#233;e au temps b&#233;ni du plein emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais n'allez pas croire que dans les zonzons nous ne r&#233;agissons pas aux probl&#232;mes politiques. Bien au contraire, mais instinctivement nous nous sentons plus proches de nos cong&#233;n&#232;res taulards du monde entier. L'opprim&#233; est solidaire de l'opprim&#233; o&#249; qu'il se trouve. Et la d&#233;tention enti&#232;re a &#233;t&#233; particuli&#232;rement sensible aux images d'Abou Ghra&#239;b et de Guantanamo. Comme elle ronchonne au silence orchestr&#233; dans les affaires de torture et des prisons clandestines de la CIA. Ces probl&#232;mes font partie de notre probl&#232;me. Et nous nous en pr&#233;occupons sans doute beaucoup plus que les &#233;tudiants gr&#233;vistes et incommensurablement plus que les b&#233;ni-oui-oui m&#226;chouillant le mot de d&#233;mocratie &#224; longueur de journ&#233;e. L'apr&#232;s-midi o&#249; l'arm&#233;e isra&#233;lienne a attaqu&#233; la prison de J&#233;richo, d'un coup la tension dans la taule a grimp&#233; d'un cran. Chaque coup de pelleteuse contre le b&#226;timent o&#249; s'&#233;taient r&#233;fugi&#233;s les membres du FPLP &#233;tait ponctu&#233; d'un &lt;i&gt;&#171; fils de pute ! &#187;&lt;/i&gt; ou d'un &lt;i&gt;&#171; b&#226;tard ! &#187;&lt;/i&gt; Les taulards, quelles que soient leurs opinions, ont pris parti. Au rez-de-chauss&#233;e, un camarade a lanc&#233; un mot d'ordre de gr&#232;ve de plateau si les prisonniers &#233;taient assassin&#233;s. Il faut rappeler que le seul bombage du b&#226;timent a &#233;t&#233; longtemps : &lt;i&gt;&#171; Gaza = Varsovie, Tsahal = Waffen SS. &#187;&lt;/i&gt; &#192; l'&#233;poque du si&#232;ge de J&#233;nine, un gars, &#224; l'abri des cam&#233;ras, l'a &#233;crit en lettres b&#226;tons sur le mur en face de la buanderie. Le slogan a tenu plus d'un an avant d'&#234;tre effac&#233; la semaine pass&#233;e. Globalement, la Palestine est le centre de la politisation en prison. En cela les taules sont plus proches de l'&#233;tat d'esprit des quartiers. Pourquoi en serait-il autrement, la composition cosmopolite de classe y est la m&#234;me, comme l'&#233;tat d'oppression&#8230; Pour en revenir au CPE, le 28 mars dernier, &#224; l'heure de la manif g&#233;n&#233;rale &#224; Paris, un bricard fait irruption dans ma cellote : &lt;i&gt;&#171; Fouille sp&#233;ciale ! &#187;&lt;/i&gt; Apr&#232;s la fouille &#224; corps, je me rhabille et me glisse en promenade. &#192; peine arriv&#233; sur le terrain de sport, le talkie-walkie du surveillant crachote un ordre : &lt;i&gt;&#171; Tous les agents du b&#226;timent A doivent se rendre dans la cellule de Rouillan. &#187;&lt;/i&gt; &#192; mes c&#244;t&#233;s, Georges rigole : &lt;i&gt;&#171; Au moins, maintenant, on sait o&#249; va se d&#233;rouler la contre-manif pro-CPE ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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