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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Perpignan, ville en morceaux</title>
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		<dc:creator>Mathilde Offroy</dc:creator>


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&lt;p&gt;Aux derni&#232;res municipales, Perpignan est devenue, vingt-cinq ans apr&#232;s Toulon, la premi&#232;re ville de plus de 100 000 habitant.es &#224; basculer dans l'escarcelle du Rassemblement national. Sit&#244;t &#233;lu, le nouveau maire a commenc&#233; &#224; imprimer sa marque s&#233;curitaire. Comment le candidat frontiste est-il parvenu &#224; s'imposer dans la cit&#233; catalane, territoire de passages et d'&#233;changes, qui en font une ville cosmopolite ? Quels espoirs de r&#233;sistance aujourd'hui ? Tentative de r&#233;ponses, &#224; l'issue de cinq (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Aux derni&#232;res municipales, Perpignan est devenue, vingt-cinq ans apr&#232;s Toulon, la premi&#232;re ville de plus de 100 000 habitant.es &#224; basculer dans l'escarcelle du Rassemblement national. Sit&#244;t &#233;lu, le nouveau maire a commenc&#233; &#224; imprimer sa marque s&#233;curitaire. Comment le candidat frontiste est-il parvenu &#224; s'imposer dans la cit&#233; catalane, territoire de passages et d'&#233;changes, qui en font une ville cosmopolite ? Quels espoirs de r&#233;sistance aujourd'hui ? Tentative de r&#233;ponses, &#224; l'issue de cinq jours sur place &#224; parcourir la ville et rencontrer des militant.es associatifs et anticapitalistes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3499 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;64&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH334/-1655-74c5d.jpg?1782775444' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Quartier Saint-Jacques, Perpignan, &#233;t&#233; 2016.
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Photo Denis Meyer
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 28 juin dernier, Louis Aliot a remport&#233; le second tour des municipales avec 59,03 % des suffrages face au maire sortant Les R&#233;publicains (LR) Jean-Marc Pujol. Cette victoire n'est pas une surprise : en 2014 d&#233;j&#224;, le frontiste &#233;tait arriv&#233; en t&#234;te au premier tour, et Pujol n'avait d&#251; sa r&#233;&#233;lection qu'au ralliement des autres listes et &#224; la mobilisation d'une partie des abstentionnistes. Cette fois, le &#171; barrage r&#233;publicain &#187; n'a pas suffi.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Entre cloisonnement et effritement&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le centre de Perpignan a toujours &#233;t&#233; un myst&#232;re pour moi. Impossible, pour la visiteuse que je suis, d'en dessiner une carte mentale claire. Hors des axes familiers, je t&#226;tonne dans les rues &#233;troites et m'&#233;tonne de mes trajectoires. Au premier abord, on peut &#234;tre frapp&#233;&#183;e par l'image d'un centre-ville en d&#233;sh&#233;rence, dans lequel s'&#233;tirent d'anciennes rues commerciales d&#233;sertes, jalonn&#233;es de devantures ferm&#233;es. Sur certaines, la m&#233;tropole a coll&#233; des photos d'int&#233;rieurs marchands t&#233;moins, mais cette tentative de redynamisation par le papier peint ne fait qu'ajouter &#224; une impression de tristesse fig&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, le centre n'est pas le lieu de la bourgeoisie. En dehors de quelques rues cossues et de la place de la R&#233;publique r&#233;nov&#233;e sur laquelle s'&#233;talent des terrasses proprettes autour d'un march&#233; de producteurs, elle demeure invisible. Les classes ais&#233;es se concentrent dans les quartiers p&#233;riph&#233;riques, se repliant dans des r&#233;sidences ferm&#233;es ou se d&#233;pliant dans un confortable p&#233;riurbain choisi. Elles laissent les pauvres entre eux, dans les quartiers populaires centraux ou rel&#233;gu&#233;s en proche bordure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Perpignan est, aussi, une ville qui s'effondre. En 2006, 2009 et 2014, plusieurs immeubles se sont &#233;croul&#233;s dans les quartiers de Saint-Jacques et Saint-Mathieu. Un d&#233;faut d'entretien du b&#226;ti par des proprios prompts &#224; empocher des loyers, conjugu&#233; &#224; une inaction de la Ville, font du mal-logement une probl&#233;matique pr&#233;gnante &#8211; on estime &#224; 4 000 le nombre de logements insalubres dans le centre. Les rues portent les stigmates de l'effritement : &#233;tais de sout&#232;nement, d&#233;moli&#8202;tions en cours, immeubles dont ne subsistent que les fa&#231;ades, &#238;lots parsem&#233;s de dents creuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le centre, certains quartiers ne se traversent pas ; ils se contournent le long de fronti&#232;res, invisibles pour des yeux non initi&#233;s. Toutes les personnes rencontr&#233;es durant mon s&#233;jour affirment que ce cloisonnement s'est renforc&#233; ces derni&#232;res ann&#233;es : &#171; &lt;i&gt;Les quartiers se ferment.&lt;/i&gt; &#187; Perpignan est une ville marqu&#233;e par une forte s&#233;gr&#233;gation spatiale et les habitant.es s'y fr&#244;lent sans toujours se rencontrer. Cette image de populations fragment&#233;es, captives de territoires communautaris&#233;s, est omnipr&#233;sente dans les discours politiques et m&#233;diatiques : les Gitan.es de Saint-Jacques face aux Arabes de Saint-Mathieu, comme durant les &#233;meutes du printemps 2005 &lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 29 mai 2005, &#224; la suite du meurtre d'un habitant de Saint-Mathieu, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un livre-dialogue&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Perpignan, laboratoire social et urbain, &#233;ditions de l'Aube, 2018.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; avec Jean-Paul Alduy, qui fut maire UMP de la ville de 1993 &#224; 2009, le sociologue Alain Tarrius nuance ces repr&#233;sentations. Il explique que, pour que le syst&#232;me client&#233;liste local fonctionne, les politiques ont besoin d'induire une immobilisation et un fractionnement des populations, celles-ci devenant alors le jouet de la concurrence entre la Ville et le conseil d&#233;partemental, historiquement &#224; gauche. Or, les habitant.es d&#233;veloppent des strat&#233;gies de contournement et de retournement de ces assignations. D'apr&#232;s Tarrius, si les &#233;changes entre populations semblent diminuer, cela ne dit pas grand-chose de leurs mobilit&#233;s r&#233;elles. Perpignan est une ville-&#233;tape, &#224; la fronti&#232;re de nombreux flux d'&#233;changes plus ou moins informels, une m&#233;tropole de la mondialisation entre pauvres, centrale dans les &#233;conomies souterraines.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une mairie bleu marine&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Territoire extr&#234;mement in&#233;galitaire, Perpignan se hisse au cinqui&#232;me rang des villes les plus pauvres de France. 32 % de ses habitant.es vivent sous le seuil de pauvret&#233; et le taux de ch&#244;mage atteint 85 % dans certains quartiers. Les associations, bien que nombreuses, sont d&#233;bord&#233;es, et font le constat d'une paup&#233;risation grandissante. Ornella, membre du Secours populaire, me confie que les demandes d'aide alimentaire ont augment&#233; de 30 % en 2019 et de 45 % cette ann&#233;e : &#171; &lt;i&gt;Maintenant on voit m&#234;me des artisans venir chercher &#224; manger.&lt;/i&gt; &#187; Un appauvrissement d&#233;j&#224; visible avant la pand&#233;mie, et qui n'a fait qu'augmenter depuis le confinement. Les militantes associatives que je rencontre font le m&#234;me r&#233;cit d'une mis&#232;re sociale omnipr&#233;sente, et encha&#238;nent les histoires sordides dessinant la guerre entre pauvres qui fait rage. La situation &#233;tait d&#233;j&#224; au bord de l'implosion, et l'&#233;lection de Louis Aliot &#224; la mairie ne laisse rien pr&#233;sager de bon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le vote Front national est historiquement fort &#224; Perpignan et dans la r&#233;gion, son candidat a d&#251;, pour se faire &#233;lire, nouer des alliances et conqu&#233;rir de nouveaux &#233;lectorats. Se pr&#233;sentant sans &#233;tiquette pour se distancier du RN, Louis Aliot s'est construit une image de notable du coin, figure respectable et pond&#233;r&#233;e. Tout en soignant son implantation locale, Aliot est parvenu &#224; se pr&#233;senter comme ext&#233;rieur aux pratiques vernaculaires de n&#233;potisme et de client&#233;lisme&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est une des raisons qui pourraient expliquer qu'il a r&#233;ussi &#224; capter une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Son programme, tr&#232;s ax&#233; sur la s&#233;cu&#8202;rit&#233;, diff&#233;rait peu de celui de Jean-Marc Pujol, le maire LR sortant. Son discours lib&#233;ral et rassembleur a su rassurer la bourgeoisie locale, de droite plut&#244;t r&#233;publicaine, lui permettant de rafler le vote des classes ais&#233;es p&#233;riph&#233;riques. Affichant volontiers sa proximit&#233; avec Robert M&#233;nard, le maire d'extr&#234;me droite de B&#233;ziers dont il prend l'action comme mod&#232;le, Aliot a n&#233;anmoins pris garde &#224; ne pas tomber dans la suren&#8202;ch&#232;re. Raciste, oui, mais pas outrancier. &#171; &lt;i&gt;Il n'a pas int&#233;r&#234;t &#224; ce que &#231;a se passe mal, pour ne pas ternir l'image de la ville&lt;/i&gt; &#187;, conjecture Sarah, membre du lieu associatif La Locale. &#171; &lt;i&gt;Mais il y a les effets d'annonce, et puis ce qui ne se voit pas dans les m&#233;dias. On a peur que l'&#233;lection d'Aliot empire ce qui se faisait d&#233;j&#224; ; c'est sur les populations fragiles qu'il va taper.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Effectivement, les arr&#234;t&#233;s pleuvent d&#232;s les premi&#232;res semaines, interdisant p&#234;le-&#8202;m&#234;le : mendicit&#233;, occupation abusive de l'espace public, regroupement d'individus perturbateurs, tenue ind&#233;cente, divagation de chien ou m&#234;me jeux de boules sur le domaine public. Aliot ordonne &#233;galement la fermeture &#224; 22 heures des alimentations g&#233;n&#233;rales, arguant lors d'une conf&#233;rence de presse que &#171; &lt;i&gt;l'origine &lt;/i&gt;[de l'ins&#233;curit&#233;] &lt;i&gt;vient de l'ouverture de commerces illicites, d'&#233;piceries de nuit, qui occasionnent tapages nocturnes, ivresses publiques et des faits plus graves comme les trafics de cigarettes ou de stup&#233;fiants&lt;/i&gt; &#187;. Pour faire appliquer ces mesures, il augmente les effectifs de la police municipale (PM). Une &#233;volution qui se double, constatent les militant. es, d'une collaboration marqu&#233;e entre la mairie et la pr&#233;fecture. Si les populations fragiles &#233;taient loin d'&#234;tre m&#233;nag&#233;es sous l'an&#8202;cienne &#233;quipe municipale, le tour de vis annonc&#233; commence &#224; se faire sentir.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le maire et sa flicaille&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Samedi midi, place Cassanyes. Sur cette place entour&#233;e de petits commerces et de terrasses de caf&#233;, se tient un march&#233; quotidien o&#249; l'on trouve de tout. Tandis que les forains replient leurs stands &#224; la vitesse de l'&#233;clair, les cantonniers entrent en action et leurs machines prennent possession des lieux dans un bruit d'enfer. Malgr&#233; cette routine apparente, le quartier n'est pas tranquille : dans la matin&#233;e, la Bac (Brigade anti-criminalit&#233;) a fait une descente dans le four&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Point de deal.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; tout proche. Soudain, les &lt;i&gt;arah&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cri utilis&#233; par les guetteurs pour pr&#233;venir de l'arriv&#233;e des flics.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; retentissent : une voiture de police fait son entr&#233;e sur la place, avant de s'enfoncer &#224; faible allure dans une ruelle. Depuis les &#233;lections, la PM et son maire ne m&#233;nagent pas leurs efforts. &#171; &lt;i&gt;On a senti le changement d&#232;s le premier jour&lt;/i&gt; &#187;, me raconte Emma, une amie com&#233;dienne. &#171; &lt;i&gt;Le lendemain des &#233;lections, les flics paradaient, gyrophares allum&#233;s, et jouaient les cow-boys quand on les approchait de trop pr&#232;s. Ils avaient l'air de f&#234;ter quelque chose et &#233;taient clairement en confiance.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;galement dans le viseur d'Aliot, les squats d'exil&#233;&#183;es, qui subissaient d&#233;j&#224; une pression importante sous la mandature de Pujol. Roger Hillel, militant commu&#8202;niste, conserve la m&#233;moire de la longue campagne de r&#233;quisitions, port&#233;e par le collectif Bouge Toit. Si la premi&#232;re occupation, en 2011, s'&#233;tait plut&#244;t bien pass&#233;e &#8211; Pujol &#233;tant m&#234;me venu visiter l'ancienne &#233;cole occup&#233;e en promet&#8202;tant qu'il n'y aurait pas expulsion &#8211;, l'atti&#8202;tude de la municipalit&#233; s'&#233;tait rapidement durcie. Ces derni&#232;res ann&#233;es, les &#233;vacuations se sont succ&#233;d&#233;, et l'arriv&#233;e d'Aliot empire encore les choses. La derni&#232;re expulsion date du 12 ao&#251;t dernier &#8211; un ancien h&#244;tel appartenant &#224; la mairie et occup&#233; depuis d&#233;cembre 2018. La proc&#233;dure arrivant &#224; son terme au moment du confinement, un recours avait &#233;t&#233; d&#233;pos&#233; afin de repousser l'&#233;ch&#233;ance. Mais la mairie, contrairement &#224; la pratique en vigueur, a demand&#233; &#224; la pr&#233;fecture d'ordonner l'expulsion avant l'audience. Pour Roger, &#171; &lt;i&gt;cette intervention est une provocation et une tentative d'intimidation&lt;/i&gt; &#187;. Autre d&#233;cision &#233;loquente selon lui : l'affaire de l'h&#244;tel de la Cigale, un b&#226;timent pr&#233;empt&#233; par le conseil d&#233;partemental des Pyr&#233;n&#233;es-Orientales pour en faire une plate-forme d'accueil pour les mineur.es non accompagn&#233;. es. L'ancienne municipalit&#233; s'&#233;tait d&#233;j&#224; oppos&#233;e au projet, r&#233;pliquant vouloir y installer un commissariat de quartier. Louis Aliot, alors conseiller municipal, s'&#233;tait fendu d'une lettre ouverte dans laquelle il associait les migrant.&#8202;es &#224; &#171; [la] &lt;i&gt;toxicomanie,&lt;/i&gt; [les] &lt;i&gt;agressions de&lt;/i&gt; femmes, [l']&lt;i&gt;insalubrit&#233;&lt;/i&gt; &#187;. D&#233;sormais au pouvoir, et bien qu'une d&#233;cision du tribunal administratif ait donn&#233; raison au D&#233;partement, il passe en force et vient de lancer les travaux du futur commissariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le nouveau maire et ses forces de l'ordre ne se donnent pas toujours la peine d'&#234;tre aussi proc&#233;duriers. Sous une pluie battante, je rejoins Fatouma, mili&#8202;tante associative tr&#232;s impliqu&#233;e aupr&#232;s des personnes &#224; la rue, et Mohammed, sans-&#8202;abri, dont le campement a &#233;t&#233; bruta&#8202;lement expuls&#233; quelques jours auparavant. Avec deux autres personnes, il &#233;tait install&#233; sous un pont depuis presque un an, pr&#232;s de la Croix-Rouge et des Restos du c&#339;ur. Le matin du 30 septembre, ces derniers leur ont refus&#233; un caf&#233;, le ton est mont&#233; et la directrice a appel&#233; le 17. Les policiers municipaux sont arriv&#233;s en un clin d'&#339;il et ont &#233;vacu&#233; sans m&#233;nagement les occu&#8202;pant.es et leurs affaires. &#171; &lt;i&gt;Les pauvres, on ne veut plus vous voir &#224; Perpignan&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;, ont-ils dit &#224; Mohammed, tout en mena&#8202;&#231;ant Fatouma qui tentait de filmer la sc&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;La Locale&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le soir des &#233;lections, pendant qu'Aliot f&#234;tait sa victoire dans un immeuble cossu du centre historique, seules quelques dizaines de personnes se sont rassembl&#233;es spontan&#233;ment pour protester. Roger me d&#233;crit &#171; &lt;i&gt;un v&#233;ritable coup de bambou. Les camarades sont sonn&#233;s. On est dans l'expectative, il va nous falloir un peu de temps pour sortir de la sid&#233;ration et r&#233;agir.&lt;/i&gt; &#187; Pourtant, entre fatigue de l'urgence sociale et incertitude des temps &#224; venir, malgr&#233; le tableau noir qu'ils dressent de la situation, les militant.es rencontr&#233;s ne l&#226;chent rien. Si certaines structures subissent des pressions et craignent pour leurs subventions, le tissu associatif local reste solide. Surtout, tous et toutes le disent, la solidarit&#233; tient bon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce brouillard profond, une petite &#233;claircie : La Locale, lieu associatif, s'appr&#234;te &#224; ouvrir ses portes dans le centre, &#224; deux pas de la place Rigaud. L'id&#233;e a germ&#233; peu apr&#232;s l'&#233;lection. Face au constat d'une ambiance cloisonn&#233;e et de l'absence d'un r&#233;seau d'organisation efficace pour faire face aux situations d'urgence &#8211; en-dehors de celui des associations satur&#233;es &#8211;, la n&#233;cessit&#233; d'un lieu pour s'organiser s'est impos&#233;e. Est alors n&#233; le projet d'un local de luttes et d'activit&#233;s. Une base arri&#232;re, pour permettre &#224; celles et ceux qui agissent de se rencontrer, et aux solidarit&#233;s de se renforcer. Le tout sur des bases politiques claires : antiautoritaires et autogestionnaires. Cr&#233;&#233; &#224; l'origine par quelques-uns, le collectif s'est depuis &#233;largi, agr&#233;geant des personnes mues par une m&#234;me volont&#233; de recoller les morceaux. Une premi&#232;re r&#233;union publique a eu lieu en septembre, afin de pr&#233;senter le projet et lancer une souscription. Celle-ci a port&#233; ses fruits et l'ouverture est proche. Au programme : une cantine r&#233;guli&#232;re, des cycles de conf&#233;rences et de projections, des permanences juridiques pour les saisonnier.es, un atelier couture. Les r&#233;p&#233;titions de deux chorales f&#233;ministes et des r&#233;unions de Gilets jaunes devraient &#233;galement s'y tenir. Perpignan, ville morcel&#233;e ? Ne reste qu'&#224; tisser des ponts.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mathilde Offroy&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le 29 mai 2005, &#224; la suite du meurtre d'un habitant de Saint-Mathieu, Perpignan connaissait une nuit d'&#233;meutes, suivie d'une semaine de tensions entre les deux quartiers.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Perpignan, laboratoire social et urbain&lt;/i&gt;, &#233;ditions de l'Aube, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;C'est une des raisons qui pourraient expliquer qu'il a r&#233;ussi &#224; capter une part importante du &#171; vote gitan &#187; dans le quartier Saint-Jacques : entre porte-&#224;-porte et rencontres avec les grandes familles du quartier, il a su se pr&#233;senter comme &#233;tant hors du syst&#232;me client&#233;liste et des magouilles d'instrumentalisation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Point de deal.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cri utilis&#233; par les guetteurs pour pr&#233;venir de l'arriv&#233;e des flics.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Rubrique en gr&#232;ve</title>
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		<dc:date>2020-10-02T00:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L'&#233;quipe de CQFD</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;dito</dc:subject>
		<dc:subject>Darmanin</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Darmanin qui interdit aux associations humanitaires de distribuer de la nourriture aux migrants dans le centre de Calais. Pompili qui r&#233;autorise les n&#233;onicotino&#239;des tueurs d'abeille dans les champs de betteraves. Zemmour qui continue de cracher sa bile sur tous les &#233;crans. Cette journaliste du Figaro qui assimile aux terroristes du 11-Septembre une &#233;tudiante donnant en ligne des conseils de cuisine pas ch&#232;re, juste parce qu'elle a le tort de porter le voile. Ces d&#233;put&#233;s qui quittent (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no191-octobre-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;191 (octobre 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Edito" rel="tag"&gt;&#201;dito&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Darmanin" rel="tag"&gt;Darmanin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/migrants" rel="tag"&gt;migrants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/associations" rel="tag"&gt;associations&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/centre" rel="tag"&gt;centre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/associations-humanitaires" rel="tag"&gt;associations humanitaires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Calais" rel="tag"&gt;Calais&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/interdit" rel="tag"&gt;interdit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/humanitaires" rel="tag"&gt;humanitaires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/distribuer" rel="tag"&gt;distribuer&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/nourriture" rel="tag"&gt;nourriture&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Darmanin qui interdit aux associations humanitaires de distribuer de la nourriture aux migrants dans le centre de Calais. Pompili qui r&#233;autorise les n&#233;onicotino&#239;des tueurs d'abeille dans les champs de betteraves. Zemmour qui continue de cracher sa bile sur tous les &#233;crans. Cette journaliste du &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt; qui assimile aux terroristes du 11-Septembre une &#233;tudiante donnant en ligne des conseils de cuisine pas ch&#232;re, juste parce qu'elle a le tort de porter le voile. Ces d&#233;put&#233;s qui quittent l'Assembl&#233;e parce que la repr&#233;sentante d'un syndicat &#233;tudiant invit&#233;e sur place porte elle aussi un voile (en toute l&#233;galit&#233;). Trump qui annonce de plus en plus clairement qu'en cas de d&#233;faite aux &#233;lections du 3 novembre, il n'acceptera pas de quitter le pouvoir...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a s'accumule un chou&#239;a, non ? En tout cas, nous on s'interroge : ces malfaisants branquignols m&#233;ritent-ils qu'on leur consacre un &#233;dito argument&#233;, une analyse fouill&#233;e d&#233;cortiquant les bas ressorts de leur vil&#233;nie ? Notre r&#233;ponse ce mois-ci : non. Basta, &#231;a suffit. Qu'ils aillent tous se faire cuire les miches dans un bain de sauce piquante. Et qu'on se le tienne pour dit : jusqu'&#224; nouvel ordre, cette rubrique est en gr&#232;ve.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Cofor moderne</title>
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		<dc:date>2020-06-23T18:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>H. K.</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;En mati&#232;re d'accompagnement des personnes souffrant de troubles psychiques, l'heure est au changement de paradigme. Au Centre de formation au r&#233;tablissement (Cofor), &#224; Marseille, ce sont les primo-concern&#233;&#183;es qui &#233;changent autour de nouvelles pratiques r&#233;pondant &#224; leurs besoins, chacun&#183;e apprenant des connaissances des autres. Tour d'horizon. &#192; l'&#233;poque de mes hospitalisations, au d&#233;but des ann&#233;es 2000, la psychiatrie publique ne d&#233;bordait pas d'imagination. Les interlocuteurs potentiels (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no184-fevrier-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;184 (f&#233;vrier 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/H-K-362" rel="tag"&gt;H. K.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Sante" rel="tag"&gt;Sant&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/centre" rel="tag"&gt;centre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Cofor" rel="tag"&gt;Cofor&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/retablissement" rel="tag"&gt;r&#233;tablissement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/module" rel="tag"&gt;module&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/formation" rel="tag"&gt;formation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/formations" rel="tag"&gt;formations&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Anne" rel="tag"&gt;Anne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/facilitatrice" rel="tag"&gt;facilitatrice&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/etudiant-es" rel="tag"&gt;&#233;tudiant.es&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En mati&#232;re d'accompagnement des personnes souffrant de troubles psychiques, l'heure est au changement de paradigme. Au Centre de formation au r&#233;tablissement (Cofor), &#224; Marseille, ce sont les primo-concern&#233;&#183;es qui &#233;changent autour de nouvelles pratiques r&#233;pondant &#224; leurs besoins, chacun&#183;e apprenant des connaissances des autres. Tour d'horizon.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3329 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;10&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L407xH400/-1522-d4f5b.jpg?1782645511' width='407' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par H.K.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;poque de mes hospitalisations, au d&#233;but des ann&#233;es 2000, la psychiatrie publique ne d&#233;bordait pas d'imagination. Les interlocuteurs potentiels &#233;taient facilement identifiables mais jamais disponibles, le m&#233;dicament se chargeait de vous rendre g&#233;rable par l'institution, les ateliers propos&#233;s devaient mollement vous occuper la semaine, le circuit de soins &#224; la sortie &#233;tait bien balis&#233;. De l'atelier anim&#233; par le pharmacien du Centre m&#233;dico-psychologique (CMP) aux s&#233;ances de visionnage de VHS avec les mamies &#224; l'h&#244;pital de jour, l'ennui pr&#233;dominait. &#199;a ne d&#233;bordait pas d'enjeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les temps ont bien chang&#233;, &#224; commencer par le vocabulaire. Tout d'abord, on ne parle plus de &#171; malade psychiatrique &#187; et plus trop de &#171; personne en situation de handicap psychique &#187;, puisque maintenant vous pouvez &#234;tre &#171; usager en sant&#233; mentale &#187;. M&#234;me si ce terme ne dit rien du foisonnement et du chaos int&#233;rieur, m&#234;me s'il ne vous fait plus exister qu'au vu de votre relation avec les institutions, il a l'avantage de faire de vous quelqu'un de respectable, qui a des droits &#8211; un client, presque...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On vous dit de moins en moins que &#171; la gu&#233;rison, c'est pas pour vous &#187; &#8211; le &lt;i&gt;r&#233;tablissement&lt;/i&gt; semble plus accessible, voire plus souhaitable. Occupant une place centrale dans ce processus, la personne concern&#233;e va &#234;tre accompagn&#233;e pour retrouver l'estime d'elle-m&#234;me, pour conforter ses capacit&#233;s &#224; agir et &#224; prendre des d&#233;cisions, pour am&#233;liorer son bien-&#234;tre et &#233;toffer ses relations affectives, pour exercer des r&#244;les sociaux gratifiants, d&#233;fendre sa peau.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Des formations par et pour les concern&#233;.es&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour creuser et transmettre cette nouvelle approche, un lieu fantastique a vu le jour &#224; Marseille, dans le quartier de la Pointe-Rouge : le Cofor (Centre de formation au r&#233;tablissement), h&#233;berg&#233; dans les locaux d'un institut de formation pour travailleurs sociaux. Le principe : permettre &#224; des personnes ayant des troubles psy d'acqu&#233;rir outils et connaissances pour &#233;tayer leur r&#233;tablissement et &#233;viter les rechutes. Contrairement &#224; ce qui peut se passer dans les structures de soin, au Cofor, ce ne sont pas des soignant.&#8202;es qui vous ass&#232;nent leur vision des choses mais, pour 90 %, des personnes ayant elles-m&#234;mes connu un parcours en psychiatrie (des pairs, donc). L'id&#233;e &#233;tant que les formations soient co-construites par les &#233;tudiant.es, leurs animateurs et animatrices ne sont pas appel&#233;.es &#171; enseignant.es &#187;, mais &#171; facilitateurs &#187; et &#171; facilitatrices &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire commence en 2016. Une trentaine de personnes impliqu&#233;es dans des structures alternatives du m&#233;dico-social, travailleur.euses comme b&#233;n&#233;ficiaires, cherchent &#224; ouvrir un espace dans lequel penser le changement. Elles d&#233;crochent un appel d'offres de l'Agence r&#233;gionale de sant&#233; (ARS) concernant l'autonomie en sant&#233;, et prennent un an pour monter le projet et d&#233;finir le cadre th&#233;orique du futur Cofor.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; certains &lt;i&gt;Recovery Colleges&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le concept de Recovery College a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233; en Angleterre. Le Cofor (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; de l'&#233;tranger, ici, il n'y aura donc pas de place pour les soignants dans l'&#233;quipe, et seules les personnes concern&#233;es par les troubles pourront &#234;tre &#233;tudiantes (des interventions du Cofor aupr&#232;s de professionnel.les du m&#233;dico-social se chargeant tout de m&#234;me par ailleurs de les sensibiliser au &lt;i&gt;r&#233;tablissement&lt;/i&gt;). L'organisation est voulue horizontale et participative &#224; tous les niveaux : les &#233;tudiant.es prennent part aux r&#233;unions hebdomadaires, au comit&#233; p&#233;dagogique, au comit&#233; de pilotage, co-construisent les modules... L'&#233;galit&#233; salariale est la r&#232;gle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois les r&#233;unions sont &#171; &lt;i&gt;rock &amp; roll&lt;/i&gt; &#187;, t&#233;moigne Anne, une des cofondatrices du Cofor. Mais au moins, on s'assure que le contenu des formations &#233;mane des besoins des primo-concern&#233;.es. Et en septembre 2017, quatre modules sont propos&#233;s : Droits (acc&#233;der &#224; son dossier m&#233;dical, d&#233;signer une personne de confiance, r&#233;diger des directives anticip&#233;es en cas d'hospitalisation...) ; Plan d'action individualis&#233; vers le r&#233;tablissement ; Vivre avec (identifier les signes pr&#233;curseurs d'une crise, s'affirmer face au psychiatre, apprendre &#224; t&#233;moigner sans craindre le jugement...) ; et Bien-&#234;tre (m&#233;ditation, yoga, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque module se compose d'une douzaine de s&#233;ances de deux heures environ, et accueille jusqu'&#224; douze &#233;tudiant.es (en janvier 2019, la moyenne d'&#226;ge &#233;tait de 43 ans, 50 % ayant un niveau bac). &#192; chaque fin de trimestre, on ajuste le contenu en fonction des retours. En tenant compte aussi des personnes qui animent le module : untel est juriste de formation, unetelle convaincue par la pertinence de la psychanalyse, unetelle esp&#233;rait voir &#233;merger un lobby de d&#233;fense des psychiatris&#233;.&#8202;es...&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Former &#224; la &#171; pair-aidance &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mathieu et A&#239;cha, ancien.es &#233;tudiant.es devenu.es facilitateur et facilitatrice de module, insistent sur la mani&#232;re dont le Cofor les a aid&#233;.&#8202;es &#224; mieux &#233;couter et comprendre les gens, comment les &#233;changes permanents leur ont permis d'&#233;voluer. Anne, elle, a fait le choix de quitter le centre apr&#232;s avoir &#233;t&#233; facilitatrice pendant deux trimestres : &#171; &lt;i&gt;Ce que j'avais &#224; dire est pass&#233;, il faut que &#231;a tourne&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelque temps, l'envie se fait sentir de monter un cinqui&#232;me module professionnalisant d'initiation &#224; la pair-aidance&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La pair-aidance repose sur l'entraide entre personnes souffrant ou ayant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. L'id&#233;e est de compl&#233;ter l'offre de formation existante (licence professionnelle &#171; M&#233;diateur de sant&#233;-pair &#187; &#224; Lyon et Paris), en donnant sa chance &#224; tout le monde, sans niveau de dipl&#244;me requis. Pour Anne, le risque engendr&#233; par ce cinqui&#232;me module est d' &#187; &lt;i&gt;envoyer au front de la chair fra&#238;che&lt;/i&gt; &#187; &#8211; autrement dit, de placer toujours plus de personnes pay&#233;es au rabais dans des &#233;quipes soignantes encore tr&#232;s stigmatisantes, qui les enverront en premi&#232;re ligne en cas d'urgence, sans accompagnement pour amortir la charge mentale, sans organisme pour les d&#233;fendre en cas de conflit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce module cherche avant tout &#224; structurer et approfondir une pair-aidance qui existe d&#233;j&#224; de mani&#232;re spontan&#233;e, quand quelqu'un d&#233;barque &#224; une session avec son dossier juridique sous le bras, quand tel.le autre a besoin de soutien pendant son hospitalisation...&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Que cent Cofor s'&#233;panouissent... &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au Cofor, les avis concernant l'orientation &#224; donner au projet par la suite divergent : participer davantage &#224; la formation des internes en m&#233;decine et des travailleurs sociaux, offrir des cursus r&#233;ellement dipl&#244;mants, faciliter l'acc&#232;s &#224; des formations classiques, contribuer &#224; l'&#233;mergence d'un r&#233;seau de r&#233;tablissement alternatif &#224; l'hospitalisation, faire en sorte que les personnes les plus pr&#233;caires aient davantage recours au Cofor ? Par ailleurs, au vu de ses bons r&#233;sultats attest&#233;s par le travail conjoint d'une psychiatre et d'un anthropologue, le Cofor est &#224; peu pr&#232;s s&#251;r d'&#234;tre p&#233;rennis&#233; apr&#232;s 2021... Des projets similaires se montent m&#234;me &#224; Paris et Lille !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; tout, plusieurs questions importantes restent en suspens : risque-t-on de jouer le jeu du lib&#233;ralisme et de ses coupes budg&#233;taires en mettant en avant les capacit&#233;s individuelles de r&#233;tablissement &#8211; comme si chacun devait autog&#233;rer ses crises existentielles &#8211; rendant obsol&#232;te toute politique publique en la mati&#232;re ? Le Cofor pourra-t-il se passer un jour de Solidarit&#233; R&#233;habilitation, structure porteuse et gestionnaire, &#233;troitement li&#233;e &#224; l'AP-HM (Assistance publique-H&#244;pitaux de Marseille), qui sur son site internet met en avant les &#233;tudes de Fondamental, &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; fondation de sant&#233; mentale qui siphonne les budgets &#233;tatiques pour ses recherches en neurosciences ? Parano, moi ? Confuse, sans doute...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste que, en comparaison &#224; ce qu'on pouvait faire de mani&#232;re informelle &#224; Toulouse&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire l'histoire du collectif Crazy Horde &#224; la fin de l'article &#171; Messies de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, le Cofor touche plus de monde, garantit un cadre p&#233;renne sur la dur&#233;e et donc un approfondissement des questionnements et une accumulation de connaissances et d'outils. Et surtout, il permet &#224; beaucoup de gens de ne pas avoir le m&#233;dicament pour seul horizon.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;H. K.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;
Merci &#224; C&#233;line Engel (coordinatrice du projet), Mathieu (ancien &#233;tudiant, facilitateur, co-coordinateur), Anne (cofondatrice et ancienne facilitatrice), A&#239;cha (ancienne &#233;tudiante, facilitatrice) d'avoir r&#233;pondu &#224; mes questions avec autant d'enthousiasme et de disponibilit&#233;. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; Pour en savoir plus :&lt;i&gt; &lt;a href=&#034;http://www.coforetablissement.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.coforetablissement.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le concept de &lt;i&gt;Recovery College&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233; en Angleterre. Le Cofor s'inspire de la d&#233;marche de ces centres de formation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La pair-aidance repose sur l'entraide entre personnes souffrant ou ayant souffert d'un trouble. Les m&#233;diateurs de sant&#233; pairs peuvent exercer en milieu hospitalier, dans des structures m&#233;dico-sociales, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire l'histoire du collectif Crazy Horde &#224; la fin de l'article &#171; Messies de tous les pays, unissez-vous &#187;, en p. II.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Alger, ses bars et ses caf&#233;s</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Alger-ses-bars-et-ses-cafes</link>
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		<dc:date>2020-04-02T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nedjib Sidi Moussa</dc:creator>


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		<dc:subject>centre d'Alger</dc:subject>
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		<dc:subject>caf&#233;</dc:subject>
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		<dc:subject>trouve</dc:subject>
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		<dc:subject>l'on sert</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans le centre d'Alger, on trouve un grand nombre de bars et de caf&#233;s. Mais n'allez surtout pas confondre les premiers avec les derniers... Dans le centre d'Alger, on trouve un grand nombre de bars et de caf&#233;s. Mais n'allez pas confondre les premiers avec les derniers. Car cela vous exposerait &#224; quelques d&#233;convenues. Surtout si vous cherchez &#224; entretenir l'image d'un fils ou d'une fille de bonne famille. Consid&#233;rations de base pour &#233;ternels exil&#233;s et &#171; touristes r&#233;volutionnaires &#187;, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no180-octobre-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;180 (octobre 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/centre" rel="tag"&gt;centre&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-on-sert" rel="tag"&gt;l'on sert&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans le centre d'Alger, on trouve un grand nombre de bars et de caf&#233;s. Mais n'allez surtout pas confondre les premiers avec les derniers...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;D&lt;/span&gt;ans le centre d'Alger, on trouve un grand nombre de bars et de caf&#233;s. Mais n'allez pas confondre les premiers avec les derniers. Car cela vous exposerait &#224; quelques d&#233;convenues. Surtout si vous cherchez &#224; entretenir l'image d'un fils ou d'une fille de bonne famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Consid&#233;rations de base&lt;/strong&gt; pour &#233;ternels exil&#233;s et &#171; &lt;i&gt;touristes r&#233;volutionnaires&lt;/i&gt; &#187;, comme on nomme par ici les manifestants arriv&#233;s par voie a&#233;rienne : le bar est un endroit clos, toujours enfum&#233;, essentiellement masculin, o&#249; l'on sert de la bi&#232;re froide en bouteille ; le caf&#233; est un lieu ouvert, souvent enfum&#233;, parfois mixte, o&#249; l'on verse du lait chaud dans un verre. Mais l'int&#233;r&#234;t r&#233;side moins dans ce que l'on peut consommer dans ces espaces de sociabilit&#233; que dans ce que l'on y exp&#233;rimente en soci&#233;t&#233;. Les cinq sens toujours en &#233;veil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ceux qui, le doigt sur la sonnette&lt;/strong&gt;, franchissent la porte m&#233;tallique d'un &#233;tablissement sombre, partagent le sentiment de transgresser une norme, en p&#233;n&#233;trant dans une zone r&#233;serv&#233;e, &#224; l'abri du regard des badauds. &#192; l'int&#233;rieur, les murs exposent ici ou l&#224; des affiches publicitaires des produits mis en vente. Les slogans, tels que &#171; &lt;i&gt;la bi&#232;re de l'homme fort&lt;/i&gt; &#187;, ont de quoi faire bl&#234;mir les f&#233;ministes de toute ob&#233;dience qui s'aventureraient dans ces places fortes de la virilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ceux qui, les mains dans les poches&lt;/strong&gt;, s'approchent d'un comptoir illumin&#233; pour avaler un caf&#233; bien serr&#233; ou du th&#233; maison, ont de grandes chances d'appr&#233;cier au passage un mot d'esprit ou un trait d'humour propres aux vieux citadins. Tandis que les jeunes employ&#233;s s'acharnent sur des percolateurs hors d'&#226;ge, les simples citoyens engloutissent croissants et croquets, en s'abreuvant de Vichy ou de Martinazzi, termes g&#233;n&#233;riques d&#233;signant de l'eau gazeuse et une boisson am&#232;re de couleur rouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On observe r&#233;guli&#232;rement un jeu&lt;/strong&gt; qui consiste &#224; feinter son groupe pour payer l'addition, en grand seigneur, m&#234;me quand les moyens viennent &#224; manquer. On apprend aussi &#224; esquiver la climatisation trop forte, &#224; reconna&#238;tre les amis, &#224; distinguer les flics en civil, &#224; &#233;viter de parler de n'importe quoi &#224; n'importe qui, &#224; s'&#233;pargner rumeurs ou th&#233;ories fumeuses, cons&#233;quences de l'endogamie et de la confusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'apr&#232;s les textes en vigueur&lt;/strong&gt;, les d&#233;bits de boissons ne peuvent &#234;tre ouverts que par les titulaires d'une licence de moudjahidine, litt&#233;ralement &#171; combattants de la foi &#187;, &#224; savoir les combattants ou militants ind&#233;pendantistes du Front de lib&#233;ration nationale (FLN), ainsi que leurs ayants droit. Une client&#232;le du r&#233;gime. Une ordonnance de 1975 interdit &#224; ces lieux d'employer des femmes, &#171; &lt;i&gt;&#224; l'exception de l'&#233;pouse du d&#233;bitant&lt;/i&gt; &#187;. Un d&#233;cret de 1975 fixe la limite d'un d&#233;bit pour mille habitants. Tel est le legs de feu le pr&#233;sident Houari Boum&#233;di&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Depuis f&#233;vrier&lt;/strong&gt;, les professionnels de la politique, sans oublier les permanents de la contestation, y compris de gauche, obs&#233;d&#233;s par le prisme &#233;lectoral et (l'impasse de) la repr&#233;sentation, s'&#233;puisent &#224; &#233;chafauder des sc&#233;narios destin&#233;s &#224; maintenir leur tutelle sur le peuple. L'essentiel &#233;tant d'&#233;viter les questions s&#233;rieuses comme la pr&#233;sence de dangereux conservateurs dans les breuvages, l'incorporation excessive de sucre dans le caf&#233; par les torr&#233;facteurs eux-m&#234;mes ou l'impossibilit&#233; de boire un jaune sur une terrasse de la ville, &#224; l'air libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Se sont-ils inqui&#233;t&#233;s&lt;/strong&gt; de la prolif&#233;ration des capsules de caf&#233; qui multiplient le prix de la consommation par trois ou quatre, acc&#233;l&#233;rant davantage la s&#233;paration entre les d&#233;bits accessibles majoritairement fr&#233;quent&#233;s par les prol&#233;taires et les lieux pris&#233;s par les familles petites bourgeoises ? Quiconque pr&#233;tend chasser le syst&#232;me, son FLN et son personnel, sans toutefois vouloir remettre en cause l'ordre existant, ne m&#233;rite pas que l'on trinque en sa compagnie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quant aux autres&lt;/strong&gt;, marcheurs du mardi (comme les &#233;tudiants) ou du vendredi, r&#233;fractaires du dimanche au samedi, ils sauront pr&#233;server ce qui doit encore l'&#234;tre et transformer tout le reste, en refaisant le monde &#224; l'image de leurs d&#233;sirs lib&#233;r&#233;s. Une boisson chaude ou fra&#238;che entre les doigts.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Nedjib Sidi Moussa&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Paris dans sa bulle</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Paris-dans-sa-bulle</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Paris-dans-sa-bulle</guid>
		<dc:date>2019-11-13T12:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Margo Chou</dc:creator>


		<dc:subject>Benoit Guillaume</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>hommes</dc:subject>
		<dc:subject>migrants</dc:subject>
		<dc:subject>centre</dc:subject>
		<dc:subject>puis</dc:subject>
		<dc:subject>jours</dc:subject>
		<dc:subject>Chapelle</dc:subject>
		<dc:subject>matin</dc:subject>
		<dc:subject>porte</dc:subject>
		<dc:subject>dorment</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;C'&#233;tait en novembre 2016, porte de La Chapelle : la municipalit&#233; parisienne ouvrait un Centre d'accueil pour migrants de 400 lits. Las, cette vaste structure gonflable jaune et blanche est bien trop petite. Et les migrants n'ont d'autre choix que d'attendre encore et encore une &#233;ventuelle place. Partout, des hommes qui dorment au sol. Depuis que les tentes Quechua ont &#233;t&#233; interdites, il n'y a plus d'intimit&#233; possible. Les gestes du quotidien sont expos&#233;s &#224; tous, au soleil. Sur deux (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no156-juillet-aout-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;156 (juillet-ao&#251;t 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Benoit-Guillaume" rel="tag"&gt;Benoit Guillaume&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/hommes" rel="tag"&gt;hommes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/migrants" rel="tag"&gt;migrants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/centre" rel="tag"&gt;centre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/puis" rel="tag"&gt;puis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/jours" rel="tag"&gt;jours&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Chapelle" rel="tag"&gt;Chapelle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/matin" rel="tag"&gt;matin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/porte" rel="tag"&gt;porte&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/dorment" rel="tag"&gt;dorment&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'&#233;tait en novembre 2016, porte de La Chapelle : la municipalit&#233; parisienne ouvrait un Centre d'accueil pour migrants de 400 lits. Las, cette vaste structure gonflable jaune et blanche est bien trop petite. Et les migrants n'ont d'autre choix que d'attendre encore et encore une &#233;ventuelle place.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3101 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH613/-1332-15b3d.jpg?1782641584' width='400' height='613' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Beno&#238;t Guillaume
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;P&lt;/span&gt;artout, des hommes qui dorment au sol. Depuis que les tentes Quechua ont &#233;t&#233; interdites, il n'y a plus d'intimit&#233; possible. Les gestes du quotidien sont expos&#233;s &#224; tous, au soleil. Sur deux kilom&#232;tres carr&#233;s, tout autour de la porte de La Chapelle, des corps humains sont &#233;grain&#233;s &#224; m&#234;me le sol, l&#224; o&#249; l'ombre subsiste.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'attente p&#232;se&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; chacun son histoire. Ahmed et Humaira sont assis au pied des premi&#232;res barri&#232;res m&#233;talliques, adoss&#233;s &#224; leurs deux valises neuves bomb&#233;es. Ils ont quitt&#233; le Kurdistan iranien il y a cinq mois. La famille kurde de la demoiselle voulait tuer l'amoureux afghan. Ils sont l&#224; depuis sept jours et dorment sur des cartons, emmitoufl&#233;s l'un contre l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, Mohammed a dormi deux mois dehors, puis cinq jours dans le centre. Mais depuis une semaine, il est h&#233;berg&#233; dans une auberge de Jeunesse &#224; Villiers-le-Bel. Il esp&#232;re ne pas &#234;tre dublin&#233;&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'expression renvoie &#224; l'accord de Dublin, accord europ&#233;en qui pr&#233;voit que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, comme la plupart de ceux qui ont entam&#233; une proc&#233;dure dans un autre pays avant d'arriver en France. Pris en &#233;tau entre son Pakistan natal et sa famille &#8211; son cousin dans le collimateur du gouvernement essayait de l'embrigader dans des &#171; actes terroristes &#187; &#8211;, il a d&#251; se r&#233;soudre &#224; partir. Lui voulait seulement continuer ses &#233;tudes de m&#233;decine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis voil&#224; Sa&#239;d, arriv&#233; porte de La Chapelle il y a dix jours. Il dort avec d'autres hommes sous le pont, &#224; c&#244;t&#233; de l'arr&#234;t de tramway. C'est la police qui le r&#233;veille le matin : il est install&#233; sur la piste cyclable et d&#233;range ceux qui vont bosser en v&#233;lo. Si bien qu'il se l&#232;ve et fait comme les autres. Se rapproche de l'entr&#233;e &#8211; ce n'est pas mieux. Puis part en qu&#234;te d'un endroit o&#249; se laver. L'attente lui p&#232;se et tout le questionne. Il ne se sent pas d'attendre ici, sans rien faire. Il a besoin de bouger. Il veut aller &#224; Amiens, pensant que ce sera moins difficile d'y trouver un h&#233;bergement. Il s'est rencard&#233; avec un gars pour s'y rendre demain. Il a 24 ans et &#233;tudiait l'&#233;lectronique en Guin&#233;e, mais a &#233;t&#233; oblig&#233; de fuir, pour raisons politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non loin, Bouba attend aussi. Il a les yeux tout rouges. Et r&#233;p&#232;te, sur un ton d&#233;sesp&#233;r&#233; : &#171; &lt;i&gt;C'est le seul pays europ&#233;en o&#249; on dort dehors.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;V&#233;ritable loterie&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelques mois, la parisienne porte de La Chapelle est devenue un carrefour o&#249; s'entrecroisent les contradictions de la politique municipale. Elle s'est affirm&#233;e point de rendez-vous en novembre 2016, quand la maire Anne Hidalgo a fait b&#226;tir en urgence un centre d'h&#233;bergement. Soit une &#233;trange masse gonfl&#233;e g&#233;ante, dessinant une coquille d'escargot blanche et jaune, gard&#233;e en permanence et g&#233;r&#233;e par Emma&#252;s Solidarit&#233;. Sa construction faisait suite au d&#233;mant&#232;lement de la &#171; jungle &#187; de Calais et &#224; l'installation de nombreux squats dans la capitale. Le lieu est d&#233;limit&#233; par une grille et une rang&#233;e de plots en b&#233;ton, marquant aussi les limites d'un &#233;norme chantier qui fait face au centre d'h&#233;bergement. Ici sera bient&#244;t construit un h&#244;tel de luxe. &#171; Un nouveau quartier urbain et logistique pour un 18&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; plus durable &#187;, vante un panneau, renommant le quartier &#171; La Chapelle internationale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les rails de la petite ceinture, en contrebas, un bidonville rom s'&#233;tend sur une bande de cinq m&#232;tres de large et des centaines en longueur. Pour y rentrer, un unique passage : un trou dans le grillage, sous un pont de l'autoroute. Les Roms sont les seuls &#224; l'emprunter : ils ont fait savoir qu'ils ne voulaient pas accueillir de migrants dans le bidonville. Porte close, la mis&#232;re ne se partage pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la route non loin, des bagnoles en continu, qui vont et viennent, klaxonnent, partent pour le nord et le terminus de la ligne 3 du tramway. Aux alentours, &#233;parpill&#233;s sur toute cette zone, des hommes allong&#233;s, assis, couch&#233;s, debout, plant&#233;s sur toutes les langues de terre possibles. Ils attendent de pouvoir entrer dans la structure d'h&#233;bergement. Mais il n'y a que quatre cents places. Chaque matin d&#233;marre donc une v&#233;ritable loterie, avec son lot de bousculades, attente, esp&#233;rances et violences polici&#232;res. Mohammed, par un coup de pot et gr&#226;ce &#224; une rencontre, a r&#233;ussi &#224; rentrer. Mais pas Sa&#239;d, qui n'y croit plus.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Moments de tension&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'endroit ouvre &#224; huit heures pile. Il y a des rang&#233;es de barri&#232;res m&#233;talliques et des flics en permanence. Mais c'est bien avant, vers quatre heures du matin, qu'arrivent les premiers migrants, d&#233;termin&#233;s &#224; acc&#233;der au mirage de l'&#201;tat. Rentrer permet de rester cinq &#224; dix nuits &#224; l'int&#233;rieur, avant d'&#234;tre pris en charge ailleurs. Ces moments d'attente sont donc charg&#233;s de tension et de fatigue. Au moindre remous, les flics gazent &#8211; cela arrive quasiment tous les jours. En pr&#233;vention, chacun a du s&#233;rum physiologique dans la poche, pour se nettoyer les yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce matin, le centre n'a pas ouvert. Certains sont d&#233;j&#224; au courant. Eux savent que si aucune annonce n'a &#233;t&#233; faite &#224; 8h15, cela signifie que le centre restera clos. Depuis quelques jours, Emma&#252;s ne fait plus rentrer que par maraude. Des salari&#233;s de l'association partent r&#233;cup&#233;rer des migrants qui dorment dans Paris, en dehors du p&#233;rim&#232;tre de La Chapelle. Les deux cents qui attendent ce matin en sont pour leurs frais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; qu'un homme pr&#233;vient que personne ne pourra passer. Du silence, on passe aux cris sourds. Puis, rapidement, la masse d'hommes se d&#233;lite. Trois jeunes Afghans s'en vont au parc avec leur poign&#233;e d'affaires. Certains commencent &#224; balayer le sol &#224; l'endroit o&#249; ils dorment, d'autres retournent s'allonger &#224; l'ombre du pont, se coupent les cheveux, discutent. Petit &#224; petit, le quotidien se met en place, dans des gestes infimes et une attente poignante.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Distribution de nourriture&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'int&#233;rieur comme &#224; l'ext&#233;rieur, l'association Utopia 56 est l'unique interm&#233;diaire entre l'&#201;tat et les &#171; migrants &#187;. En d&#233;saccord avec les violences du matin, certains des b&#233;n&#233;voles ont d&#233;cid&#233; de ne plus participer &#224; la gestion des files. Leurs missions : informer &#224; l'ext&#233;rieur, accompagner &#224; l'h&#244;pital, distribuer des couvertures et des produits d'hygi&#232;ne, r&#233;pondre aux questions juridiques, donner des adresses, enseigner le fran&#231;ais, nettoyer la zone laiss&#233;e &#224; l'abandon par la municipalit&#233; apr&#232;s une intox des m&#233;dias sur une &#233;pid&#233;mie de gale. &#171; &lt;i&gt;Chaque matin, nous gardions entre deux et cinq places pour des personnes tr&#232;s vuln&#233;rables : d&#233;pression, scoliose, coup de couteau, br&#251;lure, membre cass&#233;,&lt;/i&gt; explique Julie&lt;i&gt;, un cahier &#224; la main. Nous notions leurs noms, num&#233;ros de t&#233;l&#233;phone, types de probl&#232;mes, avant de revenir vers eux au plus vite. Mais depuis plusieurs jours, ce n'est plus possible : Emma&#252;s ne nous laisse plus aucune place &#224; distribuer. Je me sens inutile.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des associations de quartiers viennent &#233;galement donner de quoi manger et se r&#233;chauffer &#8211; c'est le cas du collectif Solidarit&#233; migrants Wilson, dont les distributions de nourriture ont un temps &#233;t&#233; interdites. Et puis, il y a aussi des habitants qui apportent leur aide spontan&#233;ment. Pendant toute la dur&#233;e du ramadan, Nora et quatre autres femmes du Pr&#233;-Saint-Gervais sont ainsi venues &#224; la tomb&#233;e de la nuit, avec leurs enfants, pour donner &#224; manger.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;*&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Des hommes avaient repris le droit de vivre dans des interstices urbains. Sans demander la permission. Mais voil&#224; qu'ils en ont &#233;t&#233; emp&#234;ch&#233;s. On leur a construit une bulle, mais ils ne peuvent pas tous y entrer. Ils n'ont d&#233;sormais d'autre choix que d'attendre pr&#232;s de cette bulle, doublement rejet&#233;s par un nid faussement attrayant. &#192; la porte de la porte, l'espace agenc&#233; ne permet pas de recr&#233;er des lieux de vie, seulement les sas d'attente ali&#233;nants. De menues entraides &#233;ph&#233;m&#232;res se glissent entre les corps, qui deviennent paysage sur un bitume fixe.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Margo Chou&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L'expression renvoie &#224; l'accord de Dublin, accord europ&#233;en qui pr&#233;voit que les demandeurs d'asile doivent finaliser toutes leurs d&#233;marches dans le premier pays europ&#233;en o&#249; leur passage a &#233;t&#233; enregistr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Naissance et vie d'un ghetto</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Naissance-et-vie-d-un-ghetto</link>
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		<dc:date>2019-10-24T05:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Philippe Wannesson</dc:creator>


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&lt;p&gt;&#201;ni&#232;me &#233;pisode de la grande chasse aux migrants qui tient lieu de sport national en Europe, l'op&#233;ration de d&#233;mant&#232;lement de la dite &#171; Jungle &#187; de Calais est d&#233;sormais quasiment termin&#233;e. Un nouveau coup dur pour les milliers de migrants qui y (sur)vivaient dans des conditions terribles. Philippe Wannesson, habitant de la ville et tenancier de l'excellent blog Passeurs d'hospitalit&#233; , revient ici sur l'histoire complexe de ce bidonville. *** (C'&#233;tait il y a trois ans dans &#8220;CQFD&#8221;...) (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no148-novembre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;148 (novembre 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Baptiste-Alchourroun" rel="tag"&gt;Baptiste Alchourroun&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-etat" rel="tag"&gt;l'&#233;tat&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/centre-Jules" rel="tag"&gt;centre Jules&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#201;ni&#232;me &#233;pisode de la grande chasse aux migrants qui tient lieu de sport national en Europe, l'op&#233;ration de d&#233;mant&#232;lement de la dite &#171; Jungle &#187; de Calais est d&#233;sormais quasiment termin&#233;e. Un nouveau coup dur pour les milliers de migrants qui y (sur)vivaient dans des conditions terribles. Philippe Wannesson, habitant de la ville et tenancier de l'excellent blog Passeurs d'hospitalit&#233;&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Passeursdhospitalites.wordpress.com&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, revient ici sur l'histoire complexe de ce bidonville.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;(C'&#233;tait il y a trois ans dans &#8220;CQFD&#8221;...)&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_2914 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH435/-1158-904b2.jpg?1782683560' width='400' height='435' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Baptiste Alchourroun
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L&lt;/span&gt;a destruction du plus grand bidonville de France vient de se terminer. Plus de 10 000 personnes habitaient en septembre 2016 ce site complexe, comprenant &#224; la fois le bidonville et des structures mises en place par l'&#201;tat. C'est le r&#233;sultat de la volont&#233; des autorit&#233;s de concentrer les exil&#233;-e-s pr&#233;sent-e-s dans le Calaisis dans un seul lieu, pour les &#233;loigner de la ville et mieux les contr&#244;ler. Une partie des associations humanitaires ont particip&#233; au transfert des personnes sur le site et &#224; une forme de cogestion parfois conflictuelle de celui-ci avec l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un infl&#233;chissement de la politique de l'&#201;tat&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Depuis&lt;/strong&gt; la fermeture en 2002 du Centre d'h&#233;bergement de Sangatte, mis en place en 1999 par l'&#201;tat, les exil&#233;-e-s n'ont plus eu de lieu o&#249; rester, et ils et elles ont &#233;t&#233; chass&#233;-e-s d'endroit en endroit dans une politique sans fin de d&#233;guerpissement. Le changement de majorit&#233; en 2012 n'a rien modifi&#233; de la situation sur le terrain. Mais &#224; la mi-2013, Manuel Valls, alors ministre de l'Int&#233;rieur, vient &#224; Calais et semble vouloir imprimer sa marque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De fait, &lt;/strong&gt;au tournant de 2013 et 2014 des r&#233;unions ont lieu entre les services de l'&#201;tat et les associations de soutien aux exil&#233;-e-s, qui semblent pr&#233;sager des am&#233;liorations des conditions de vie. La pr&#233;fecture choisit de ne pas expulser un squat ouvert par des militant- e-s du mouvement No Border, mais de confier la gestion du lieu &#224; une association d'insertion. C'est ce qui deviendra le lieu de mise &#224; l'abri des femmes et enfants du centre Jules Ferry.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais les expulsions &lt;/strong&gt;reprennent brutalement le 28 mai 2014. Les exil&#233;-e-s r&#233;pliquent en occupant le lieu am&#233;nag&#233; pour la distribution des repas, &#233;vacu&#233; le 2 juillet. L&#224;, ce sont les associations qui se mobilisent et ouvrent &#224; la fin d'une manifestation un grand squat en centre-ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il est probable &lt;/strong&gt;que c'est &#224; partir de ce moment que l'&#201;tat s'est pos&#233; la question de comment obtenir le consentement des associations. Il devait aussi trouver une r&#233;ponse &#224; l'augmentation d&#233;j&#224; sensible du nombre d'exil&#233;-e-s pr&#233;sent-e-s &#224; Calais. Une demande des associations &#233;tait d'obtenir un terrain d'o&#249; les exil&#233;-e-s ne serait plus expuls&#233;-e-s, base pour une am&#233;lioration des conditions de vie. La mairie de Calais voulait par ailleurs leur disparition du centre-ville. Un compromis est donc trouv&#233; pour regrouper les exil&#233;-e-s &#224; proximit&#233; d'un ancien centre de loisir, o&#249; seraient regroup&#233;s et financ&#233;s diff&#233;rents services (douches, repas, acc&#232;s aux soins et &#224; l'information) et le lieu de mise &#224; l'abri des femmes et des enfants. Si la police suffit pour expulser, les associations sont n&#233;cessaires pour regrouper les exil&#233;-e-s au m&#234;me endroit. Leur consentement est obtenu en leur disant que les exil&#233;-e-s seront &#171; tol&#233;r&#233;-e-s &#187; sur ce terrain, ce qu'elles interpr&#232;tent comme &#171; ne seront pas expuls&#233;-e-s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une politique de mise &#224; l'&#233;cart&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;loignement&lt;/strong&gt; des exil&#233;-e-s du centre-ville de Calais est une volont&#233; de la maire de Calais, qui menait d&#233;j&#224; une politique active de mise &#224; l'&#233;cart dans l'espace urbain. Cela s'est traduit par une impossibilit&#233; de disposer de salles municipales pour des activit&#233;s de solidarit&#233; avec les exil&#233;-e-s, un appel &#224; la d&#233;lation des squats, un arr&#234;t&#233; interdisant la tenue d'un festival interculturel, une interdiction d'acc&#232;s aux terrains de football municipaux (automne 2013), le changement du r&#232;glement int&#233;rieur de la m&#233;diath&#232;que (automne 2014) puis d'une piscine (printemps 2015), pour interdire de fait l'acc&#232;s aux exil&#233;-e-s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En amont &lt;/strong&gt;de leur mise &#224; l'&#233;cart sur le site du bidonville au printemps 2015, alors que se multiplient les groupes d'extr&#234;me droite se revendiquant &#171; anti-migrants &#187;, une manifestation &#224; l'initiative du syndicat Unit&#233; SGP Police Force ouvri&#232;re rassemble diff&#233;rents acteurs sociaux et &#233;conomiques (commer&#231;ants, chasseurs, agriculteurs&#8230;) Le tract d'appel pr&#233;sente les &#171; migrants &#187; comme un danger pour l'&#233;conomie calaisienne, et appelle la population &#224; se mobiliser. Le &#171; ras-le-bol &#187; des Calaisien-ne-s devient un sujet m&#233;diatique, et pr&#233;pare les esprits &#224; la mise &#224; l'&#233;cart &#8211; qui devient comme une &#233;vidence.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Du bidonville au camp-bidonville&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le terrain&lt;/strong&gt; vers lequel les exil&#233;-e-s sont emmen&#233;- e-s par les associations est pour moiti&#233; une ancienne d&#233;charge de gravas, pour l'autre une &#233;tendue sableuse, buisonneuse et mar&#233;cageuse. Le seul point d'eau se trouve &#224; l'entr&#233;e du centre Jules Ferry, &#224; plusieurs centaines de m&#232;tres de l&#224;. Le magasin le plus proche se trouve &#224; 3/4 d'heure de marche. Ce sont quelque mille cinq cents personnes qui s'installent l&#224; entre la fin du mois de mars et le d&#233;but du mois d'avril 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tr&#232;s rapidement, &lt;/strong&gt;la municipalit&#233; &#233;rige une butte de terre &#224; l'est du bidonville en construction, pour rassurer les riverains. Quelques semaines plus tard, l'&#201;tat &#233;rige une double barri&#232;re coiff&#233;e de barbel&#233;s &#224; l'ouest, le long de la rocade qui conduit au port &#8211; les exil&#233;-e-s ont en effet &#233;t&#233; install&#233;- e-s &#224; proximit&#233; d'un des principaux lieux de passage vers le Royaume-Uni.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'installation &lt;/strong&gt;des exil&#233;-e-s se fait avec une importante implication associative, jamais connue dans les lieux qui avaient exist&#233; auparavant. Construction de cabanes, mais aussi d'une &#233;glise et de mosqu&#233;es, d'&#233;coles et d'autres lieux collectifs. Tr&#232;s vite se cr&#233;ent aussi des magasins, puis des restaurants. Il en existait d&#233;j&#224; dans certains des campements pr&#233;c&#233;dents, les plus &#233;loign&#233;s de la ville, mais l&#224; l'isolement et la croissance de la population entra&#238;nent leur multiplication rapide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais la croissance &lt;/strong&gt;de la population du bidonville d&#233;passe vite les capacit&#233;s de r&#233;ponse des associations locales, les services propos&#233;s au centre Jules Ferry &#233;tant de leur c&#244;t&#233; sous-dimensionn&#233;s. Des ONG internationales interviennent d&#232;s l'&#233;t&#233; 2015. Puis vient la m&#233;diatisation de la situation, &#233;galement pendant l'&#233;t&#233;, qui entra&#238;ne l'arriv&#233;e en nombre de volontaires principalement britanniques, mais aussi d'autres pays europ&#233;ens. Peu &#224; peu leur activit&#233; s'organise. &#192; l'aide humanitaire s'ajoute la cr&#233;ation de nouveaux lieux collectifs dans le bidonville (&#233;coles, biblioth&#232;que, th&#233;&#226;tre, centres pour les femmes et les enfants, pour les jeunes, radio&#8230;) Le bidonville devient aussi &#171; &lt;i&gt;the place to be &#187;&lt;/i&gt;, que l'on vient d&#233;couvrir et o&#249; l'on se montre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avec l'&#233;vacuation &lt;/strong&gt;des derniers campements qui subsistaient au centre de Calais fin septembre 2015, les autorit&#233;s mettent en place une pr&#233;sence polici&#232;re de plus en plus importante et visible autour du bidonville. On passe d'une politique d'expulsion d'un lieu &#224; un autre &#8211; instaur&#233;e depuis la fermeture de Sangatte &#8211; &#224; une politique d'expulsion sur place par la destruction de plusieurs zones du bidonville. Ces destructions r&#233;pondent &#224; une logique de contr&#244;le et de pression pour contenir le nombre d'habitant-e-s. Depuis fin septembre 2015, elles affectent une partie du bidonville qui s'&#233;tend sous la rocade portuaire. Un camp de containers financ&#233; par l'&#201;tat est construit d&#232;s novembre sur une nouvelle surface. En janvier 2016, c'est au tour d'une bande de 100 m&#232;tres le long de la rocade portuaire et d'une rue adjacente d'&#234;tre accapar&#233;e. En mars, enfin, c'est toute la moiti&#233; sud du bidonville qui est concern&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En novembre 2015, &lt;/strong&gt;l'&#201;tat est condamn&#233; &#224; r&#233;aliser un minimum d'am&#233;nagements pour rendre les conditions de vie moins indignes. Il missionne une ONG internationale, Acted, pour r&#233;aliser les travaux. Mais Acted assure aussi le r&#244;le de coordination des diff&#233;rents acteurs associatifs et d'animation d'un conseil de repr&#233;sentants communautaires en interface avec la pr&#233;fecture et la police. &#192; partir de mai 2016, la pr&#233;fecture interdit l'entr&#233;e de mat&#233;riaux de construction sur le site dont les acc&#232;s sont contr&#244;l&#233;s par la police, ce qui oblige les associations &#224; n&#233;gocier &#224; chaque fois qu'elles veulent r&#233;aliser une nouvelle construction. On est pass&#233; en quelques mois d'un bidonville autoconstruit par les habitant-e-s et les associatifs &#224; un site composite : d'un c&#244;t&#233; le centre Jules Ferry (400 places), et le camp de containers (1 500 places), tous deux financ&#233;s par l'&#201;tat et g&#233;r&#233;s par une association missionn&#233;e par celui-ci, et de l'autre c&#244;t&#233;, un bidonville cog&#233;r&#233; par l'&#201;tat et une autre association &#233;galement missionn&#233;e par lui.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Philippe Wannesson&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://passeursdhospitalites.wordpress.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Passeursdhospitalites.wordpress.com&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#199;a craint dans les CRA</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Abbas El Kra, Dominique Lapaffe</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;tienne Savoye</dc:subject>
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&lt;p&gt;C'est la derni&#232;re prison avant l'expulsion. Chaque ann&#233;e, des dizaines de milliers d'&#233;trangers en situation irr&#233;guli&#232;re sont embastill&#233;s dans un centre de r&#233;tention (CRA). Un univers anxiog&#232;ne et violent, o&#249; tentatives de suicide et gr&#232;ves de la faim sont devenues courantes. Ne cherchez pas le centre de r&#233;tention administrative (CRA) de Lyon en plein centre-ville. Pour s'y rendre, il faut conduire 30 minutes en voiture ou acheter un ticket de tramway &#224; 16,30 &#8364;. Dans un renfoncement, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no177-juin-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;177 (juin 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Etienne-Savoye" rel="tag"&gt;&#201;tienne Savoye&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est la derni&#232;re prison avant l'expulsion. Chaque ann&#233;e, des dizaines de milliers d'&#233;trangers en situation irr&#233;guli&#232;re sont embastill&#233;s dans un centre de r&#233;tention (CRA). Un univers anxiog&#232;ne et violent, o&#249; tentatives de suicide et gr&#232;ves de la faim sont devenues courantes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3039 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH414/-1274-04bbd.jpg?1782655446' width='400' height='414' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Etienne Savoye
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;N&lt;/span&gt;e cherchez pas le centre de r&#233;tention administrative (CRA) de Lyon en plein centre-ville. Pour s'y rendre, il faut conduire 30 minutes en voiture ou acheter un ticket de tramway &#224; 16,30 &#8364;. Dans un renfoncement, entour&#233;e par deux h&#244;tels, la taule est constamment hant&#233;e par le vacarme du trafic a&#233;rien de l'a&#233;roport Saint-Exup&#233;ry, situ&#233; &#224; quelques pas. Pour les &#233;trangers enferm&#233;s, chaque avion qui atterrit est une &#233;p&#233;e de Damocl&#232;s : red&#233;collera-t-il avec moi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'ext&#233;rieur de l'enceinte, on ne voit personne, sauf les policiers qui entrent et qui sortent. Les barbel&#233;s qui surmontent la haute grille, eux, semblent plastronner. Le 15 avril dernier, c'est en s'y accrochant qu'un d&#233;tenu a tent&#233; de se suicider. D'apr&#232;s un t&#233;moignage publi&#233; par plusieurs sites militants, ce sont ses camarades qui l'ont d&#233;croch&#233;. La pr&#233;fecture du Rh&#244;ne, elle, a pr&#233;f&#233;r&#233; parler d'une tentative d'&#233;vasion &lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; En attente d'expulsion &#224; Lyon Saint-Exup&#233;ry :&#8239;&#8220;On nous traite comme des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Avec une lame de rasoir, tu comprends ? &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;cembre 2017, au centre de r&#233;tention de Marseille, un jeune Albanais s'est pendu. En septembre 2018, au sein du CRA de Cornebarrieu, pr&#232;s de Toulouse, c'est un trentenaire alg&#233;rien qui a mis fin &#224; ses jours. Dans les faits-divers des journaux, au fil des rapports administratifs, dans les t&#233;moignages des associatifs et des &#171; retenus &#187; eux-m&#234;mes, les r&#233;cits de tentatives de suicide abondent. Les cas d'automutilation aussi : &#171; &lt;i&gt;Il y en a qui se frappent &#224; la main avec le Gillette, avec une lame de rasoir, tu comprends&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Ils veulent mourir&lt;/i&gt; &#187;, nous confirme Hakim &lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; chang&#233;s.&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, depuis la ge&#244;le lyonnaise o&#249; il est enferm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gr&#232;ves de la faim ne sont pas rares non plus. &#192; l'automne dernier, dans &lt;a href=&#034;https://www.lacimade.org/situation-explosive-dans-les-centres-de-retention/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un communiqu&#233;&lt;/a&gt; alertant sur la &#171; &lt;i&gt;situation explosive dans les centres de r&#233;tention&lt;/i&gt; &#187;, la Cimade &lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Association de soutien aux &#233;trangers.&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; relatait l'histoire d'un Tunisien breton &#171; &lt;i&gt;dont la fille handicap&#233;e r&#233;side en France&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;qui a cess&#233; de s'alimenter pendant 45 jours pour protester contre son expulsion&lt;/i&gt; &#187;. En janvier, une gr&#232;ve de la faim collective s'est d&#233;roul&#233;e dans quatre CRA diff&#233;rents : Vincennes (Val-de-Marne), Oissel (Seine-Maritime), S&#232;te (H&#233;rault) et Le Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne). C'est de ce dernier centre qu'Abdallah a t&#233;l&#233;phon&#233; &#224; &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Les b&#226;timents sont mal nettoy&#233;s, &#231;a pue, les toilettes sont bouch&#233;es tout le temps. Si tu r&#233;clames de la nourriture, tu es envoy&#233; &#224; l'isolement. On ne fait rien de nos journ&#233;es, il n'y a aucune activit&#233;. Ils nous disent : &#8220;Si vous n'&#234;tes pas contents, vous n'aviez qu'&#224; rester chez vous.&#8221; Ils nous traitent comme des animaux&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; &lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; R&#233;tention : des gr&#232;ves de la faim qui vont &#8220;participer &#224; une prise de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;
D&#233;but mai, &#224; Rennes, une mutinerie a &#233;clat&#233; lorsque la police est venue chercher en pleine nuit un jeune Marocain pour l'expulser par surprise, apr&#232;s 59 jours de r&#233;tention. Plusieurs de ses co-retenus ont mis le feu &#224; des matelas. Jug&#233;s en comparution imm&#233;diate, quatre d'entre eux ont &#233;cop&#233; d'un &#224; deux ans de prison ferme.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Trois mois &#224; l'ombre&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ces quatre malheureux seraient-ils d'accord avec lui ? Un &#171; retenu &#187; lyonnais nous a soutenu que &#171; &lt;i&gt;le CRA, c'est pire que la prison&lt;/i&gt; &#187;. Comment &#231;a, pire ? Peut-&#234;tre &#224; cause de l'incertitude : en r&#233;tention, on se sait jamais quand, comment et vers o&#249; l'on sortira. En 1981, un s&#233;jour en CRA durait une semaine au plus. Avec les ann&#233;es, cette limite n'a cess&#233; d'&#234;tre repouss&#233;e. Au 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; janvier, elle a encore doubl&#233;, atteignant d&#233;sormais les 90 jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois mois potentiels d'angoisse et d'enfermement, donc, pendant lesquels la pr&#233;fecture tente d'obtenir un laissez-passer consulaire du pays d'origine, indispensable pour renvoyer l'&#233;tranger d&#233;muni de passeport. Petit grain de sable dans la grande machine &#224; expulser, il arrive fr&#233;quemment qu'elle n'y parvienne pas : &lt;i&gt;primo&lt;/i&gt; parce que certains &#171; retenus &#187; r&#233;ussissent &#224; dissimuler leur v&#233;ritable identit&#233; ; &lt;i&gt;secundo&lt;/i&gt; parce que de nombreux pays rechignent &#224; d&#233;livrer ces laissez-passer &lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un &#233;tat de fait si intol&#233;rable aux yeux de certains qu'en 2018, pendant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. Dans les CRA circulent cependant des histoires de personnes renvoy&#233;es vers des pays ne correspondant pas &#224; leur nationalit&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;guli&#232;rement, le temps-limite de r&#233;tention est atteint sans que la pr&#233;fecture ait obtenu de laissez-passer. Dans d'autres cas, c'est le juge des libert&#233;s et de la d&#233;tention qui, auparavant, ordonne de rel&#226;cher le retenu. Mais la sortie du CRA ne signifie pas le retour &#224; une libert&#233; absolue, puisque les contr&#244;les au faci&#232;s permanents font peser une menace constante de nouvel enfermement. Plusieurs personnes nous ont confi&#233; avoir fait plusieurs passages en r&#233;tention, jusqu'&#224; six pour certaines. Autant de s&#233;jours dont elles gardent un souvenir cruel, mais aucune vid&#233;o : en r&#233;tention, tous les t&#233;l&#233;phones dot&#233;s d'appareils photos sont confisqu&#233;s. Compliqu&#233;, d&#232;s lors, de prouver les insultes, humiliations et violences exerc&#233;es, selon de multiples t&#233;moignages &lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Concernant le seul cas lyonnais, on peut en consulter de nombreux sur le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;, par les policiers de surveillance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hakim ne dira pas le contraire : au CRA de Rennes, raconte-t-il, des policiers l'ont frapp&#233;, si bien qu'il a port&#233; plainte. Lib&#233;r&#233;, il s'est vite retrouv&#233; enferm&#233; de nouveau, &#224; Lyon-Saint-Exup&#233;ry. &#171; &lt;i&gt;M&#234;me &#224; Rennes, c'est un peu mieux. Ici, il y a des grillages partout&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;nonce-t-il. Avant de conclure : &#171; &lt;i&gt;Quand quelqu'un vient chez nous, qu'il soit fran&#231;ais, allemand ou anglais, on l'invite chez notre m&#232;re, il mange le couscous. Mais nous quand on vient ici, ils nous mettent dans une cage&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! Il faut fermer ce centre. Cette terre est pour tout le monde ; il n'y a pas d'&#233;trangers sur cette terre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Dominique Lapaffe &amp; Abbas El Kra&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Et surtout, la sant&#233; !&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;petitelettrine&gt;D&lt;/petitelettrine&gt;ans &lt;a href=&#034;http://www.cglpl.fr/2019/avis-relatif-a-la-prise-en-charge-sanitaire-des-personnes-etrangeres-au-sein-des-centres-de-retention-administrative/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un avis&lt;/a&gt; publi&#233; fin f&#233;vrier, la Contr&#244;leuse g&#233;n&#233;rale des lieux de privation de libert&#233;, Adeline Hazan, le rappelait clairement : &#171; &lt;i&gt;Au regard de leur pr&#233;carit&#233; administrative, sociale et m&#233;dicale &lt;/i&gt;[&#8230;] &lt;i&gt;et des troubles psychiques qui peuvent r&#233;sulter de l'enfermement et de l'imminence d'un &#233;loignement&lt;/i&gt; &#187;, les personnes enferm&#233;es en CRA &#171; n&#233;cessitent une prise en charge particuli&#232;re &#187;. C'est loin d'&#234;tre le cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un des centres visit&#233;s par les &#233;quipes de la contr&#244;leuse, ce sont les policiers qui s&#233;lectionnaient les demandes de consultations m&#233;dicales. De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, &#171; &lt;i&gt;les effectifs et le temps de pr&#233;sence r&#233;elle des m&#233;decins&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;ne respectent pas toujours&lt;/i&gt; &#187; la r&#233;glementation. Et &#224; l'exception du Mesnil-Amelot, pas de psychiatre ou de psychologue. Il arrive par contre r&#233;guli&#232;rement que des personnes soient plac&#233;es &#224; l'isolement &#171; &lt;i&gt;au motif qu'elles souffrent de troubles psychologiques ou psychiatriques&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au final, m&#234;me si beaucoup de soignants et de policiers d&#233;c&#232;lent bien la d&#233;pression, l'angoisse, le stress et l'insomnie chez les retenus, &#171; &lt;i&gt;il est fr&#233;quent&lt;/i&gt; &#187; qu'ils les minimisent, y voyant un &#171; &lt;i&gt;moyen de faire &#233;chec&lt;/i&gt; &#187; &#224; l'expulsion (&#171; &lt;i&gt;Ils font cela pour ne pas prendre l'avion&lt;/i&gt; &#187;) : &#171; &lt;i&gt;Dans la mesure o&#249; elle peut conduire &#224; la lev&#233;e de la r&#233;tention pour raison de sant&#233;, la demande de soins psychiatriques se heurte &#224; un soup&#231;on d'instrumentalisation&lt;/i&gt; &#187;, explique le rapport.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Lyon-Saint-Exup&#233;ry, plusieurs t&#233;moins nous ont assur&#233; que les hospitalisations se font rares, alors que les blessures (violences polici&#232;res, entre d&#233;tenus, automutilations) sont tr&#232;s fr&#233;quentes. Un certain nombre de retenus seraient &#171; drogu&#233;s &#187; de fa&#231;on quasi permanente : alors que leur suivi m&#233;dical est presque inexistant, il leur est administr&#233; des pilules de pr&#233;gabaline (Lyrica), un m&#233;dicament indiqu&#233; contre les douleurs neuropathiques, l'&#233;pilepsie et le trouble anxieux g&#233;n&#233;ralis&#233;, dont les principaux effets secondaires sont la somnolence et les &#233;tourdissements. &#192; en croire plusieurs t&#233;moignages de retenus, ce produit leur est d&#233;livr&#233; &#224; posologie maximale, pour les maux les plus divers (douleur au ventre, &#224; la t&#234;te, stress ou blessure).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.mediacites.fr/enquete/lyon/2019/05/01/en-attente-dexpulsion-a-lyon-saint-exupery%E2%80%AF%E2%80%AF%E2%80%AFon-nous-traite-comme-des-criminels%E2%80%AF%E2%80%AF/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;En attente d'expulsion &#224; Lyon Saint-Exup&#233;ry :&#8239;&#8220;On nous traite comme des criminels !&#8221;&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Mediacit&#233;s&lt;/i&gt; (01/05/2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; chang&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Association de soutien aux &#233;trangers.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.liberation.fr/france/2019/01/17/retention-des-greves-de-la-faim-qui-vont-participer-a-une-prise-de-conscience_1703662&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;R&#233;tention : des gr&#232;ves de la faim qui vont &#8220;participer &#224; une prise de conscience&#8221; &lt;/a&gt; &#187; (17/01/2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Un &#233;tat de fait si intol&#233;rable aux yeux de certains qu'en 2018, pendant l'examen de la loi Collomb, une vingtaine de d&#233;put&#233;s LR ont tent&#233; de faire passer un amendement conditionnant l'aide publique au d&#233;veloppement &#224; la pleine coop&#233;ration des pays d'origine en mati&#232;re de laissez-passer.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Concernant le seul cas lyonnais, on peut en consulter de nombreux sur le site &lt;a href=&#034;https://crametoncralyon.noblogs.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Crametoncralyon.noblogs.org&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Taksim, place de l'oubli</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;tienne Copeaux</dc:creator>


		<dc:subject>Ma&#239;da Chavak</dc:subject>
		<dc:subject>place</dc:subject>
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		<dc:subject>lieu</dc:subject>
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&lt;p&gt;Autrefois carrefour des minorit&#233;s orthodoxe et arm&#233;nienne, puis lieu de contestation en 2013, la place Taksim voit d&#233;sormais sa m&#233;moire recouverte d'une dalle en b&#233;ton. En balade &#224; Istanbul, l'historien &#201;tienne Copeaux revient sur le processus de turquisation d'un lieu qui semble avoir cess&#233; de r&#233;sister. *** En ce d&#233;but d'octobre, Istanbul para&#238;t insouciante. En fl&#226;nant &#224; proximit&#233; de la place Taksim, il y a toujours foule dans les rues : les bars, les restaurants sont pleins malgr&#233; la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no170-novembre-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;170 (novembre 2018)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Maida-Chavak" rel="tag"&gt;Ma&#239;da Chavak&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/place" rel="tag"&gt;place&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/quartier" rel="tag"&gt;quartier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/centre-culturel" rel="tag"&gt;centre culturel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Taksim" rel="tag"&gt;Taksim&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/culturel" rel="tag"&gt;culturel&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Autrefois carrefour des minorit&#233;s orthodoxe et arm&#233;nienne, puis lieu de contestation en 2013, la place Taksim voit d&#233;sormais sa m&#233;moire recouverte d'une dalle en b&#233;ton. En balade &#224; Istanbul, l'historien &#201;tienne Copeaux revient sur le processus de turquisation d'un lieu qui semble avoir cess&#233; de r&#233;sister.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2748 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH342/-1005-115fc.jpg?1782836687' width='500' height='342' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Ma&#239;da Chavak
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En ce d&#233;but d'octobre, Istanbul para&#238;t insouciante&lt;/strong&gt;. En fl&#226;nant &#224; proximit&#233; de la place Taksim, il y a toujours foule dans les rues : les bars, les restaurants sont pleins malgr&#233; la s&#233;v&#232;re crise &#233;conomique. Pas d'affiches, pas de graffitis protestataires. On n'imagine pas que trois des plus importants journalistes du pays (Ahmet Altan, Mehmet Altan et Nazli Ilicak) viennent d'&#234;tre condamn&#233;s &#224; la prison &#224; vie. Depuis l'&#233;t&#233; 2016, la vague r&#233;pressive a &#233;t&#233; tellement large et impitoyable qu'il semble que les gens rentrent la t&#234;te dans les &#233;paules et g&#232;rent les probl&#232;mes du quotidien sans chercher d'histoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; sont ces milliers de personnes &#233;vinc&#233;es de leur emploi, priv&#233;es de passeport, interdites de compte en banque ? M&#233;decins faisant le taxi clandestin, enseignants vendeurs de salades, il faut avoir l'&#339;il pour les reconna&#238;tre &#8211; tel ce vendeur de lunettes de soleil, d'&#226;ge m&#251;r, &#224; la t&#234;te d'intello bien mise, qui n'a certainement pas pass&#233; sa vie &#224; colporter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'insouciance apparente ne masque pas l'omnipr&#233;sence de la police, elle en est peut-&#234;tre la cons&#233;quence... Tr&#232;s visibles avec leurs canons &#224; eau et leurs blind&#233;s, qui bloquent les passages et occupent l'espace, pr&#234;ts &#224; intervenir, les agents contr&#244;lent : les mendiants, les jeunes et les groupes un peu trop nombreux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce samedi 6 octobre, il s'agit d'emp&#234;cher le &lt;i&gt;sit-in&lt;/i&gt; hebdomadaire des m&#232;res et proches des personnes &#171; disparues &#187; qui se tenait depuis mai 1995 devant le lyc&#233;e de Galatasaray. Protestation silencieuse, assise, qui par l'exhibition de leurs portraits maintenait vivante la m&#233;moire des disparus, et questionnait les passants et le pouvoir sur leur sort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait la plus ancienne, la plus obstin&#233;e des protestations. Mais le 25 ao&#251;t dernier, les autorit&#233;s ont d&#233;cid&#233; d'en finir. Les manifestants ont &#233;t&#233; gaz&#233;s, y compris Emine Ocak, 82 ans, initiatrice du mouvement. Depuis la tentative du 29 septembre, la police met en place son dispositif par avance, chaque samedi, et l'acc&#232;s au lieu du &lt;i&gt;sit-in&lt;/i&gt; est impossible : le 13 octobre, la 707&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; manifestation n'aura pas lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On cherche &#224; enterrer la m&#233;moire de ces centaines de disparus, comme a &#233;t&#233; enterr&#233;e la m&#233;moire de tous les &#233;v&#233;nements survenus sur Taksim, et dans le quartier attenant de Beyoglu.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Retour en arri&#232;re&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jusque dans les ann&#233;es 1920&lt;/strong&gt;, &#171; Taksim &#187; &#233;tait le territoire de casernes et de champs de man&#339;uvre. C'&#233;tait aussi le plus grand quartier &#171; grec &#187;&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Grec &#187; d&#233;signe ici une population de religion orthodoxe et de langue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; de la ville, Pera (aujourd'hui Beyoglu), o&#249; vivaient &#233;galement de tr&#232;s nombreux Arm&#233;niens. Leurs &#233;glises pars&#232;ment encore le quartier. L&#224; se trouvait aussi le cimeti&#232;re arm&#233;nien de Surp Agop, o&#249; les Arm&#233;niens de la ville avaient projet&#233; d'&#233;riger un monument comm&#233;moratif de ce qu'on n'appelait pas encore le g&#233;nocide. En 1939, le cimeti&#232;re a &#233;t&#233; expropri&#233;, puis le terrain utilis&#233; pour la construction de la Maison de la Radio et de grands h&#244;tels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sur ce terrain vague, et en bordure imm&#233;diate du quartier grec, qu'on a choisi de construire, en 1927, le monument de la R&#233;publique. L'emplacement est &#233;trange puisqu'il ne s'agit nullement, &#224; l'&#233;poque, du centre de la ville. Mais en 1923, la r&#233;publique a &#233;t&#233; fond&#233;e &#224; la suite de la victoire sur l'arm&#233;e grecque : &#224; la limite de Pera, entre un cimeti&#232;re arm&#233;nien et la grande &#233;glise de la Sainte-Trinit&#233;, il vise &#224; rappeler &#224; ces deux &#171; minorit&#233;s &#187; qui est ma&#238;tre du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La proximit&#233; du monument et du quartier grec est explosive. En septembre 1955, en pleine crise de Chypre, une foule manipul&#233;e par l'extr&#234;me droite se rassemble autour du monument, puis investit le quartier, frappe, viole, incendie, pille et saccage les magasins, les &#233;glises, les habitations. &#192; la suite de cet immense pogrom, la population grecque de la ville passe de 100 000 &#224; quelques milliers. Apr&#232;s le g&#233;nocide de 1915, c'est la seconde grande phase du nettoyage ethnique. La place et le quartier sont devenus &#171; turcs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'immense place devient un lieu id&#233;al de manifestation, et son contr&#244;le un enjeu entre les forces politiques. C'est l&#224; qu'en 1976 se d&#233;roule le premier meeting syndical du 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; Mai. &#192; nouveau, en 1977, une foule immense se rassemble sur la place, o&#249; la fa&#231;ade du centre culturel est recouverte d'une gigantesque toile repr&#233;sentant un ouvrier se lib&#233;rant de ses cha&#238;nes. Mais le meeting tourne au drame : des snipers tirent sur les manifestants. La foule s'engouffre dans la petite rue Kazanc&#305; qui descend en pente raide vers le Bosphore ; 32 personnes d&#233;c&#232;dent &#233;touff&#233;es ou &#233;cras&#233;es, en plus de cinq morts par balles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune plaque comm&#233;morative ne rappelle ce drame de l'histoire de la gauche turque. La fonction m&#234;me de la place, lieu de rassemblement, a &#233;t&#233; gomm&#233;e : jusqu'en 2010, son acc&#232;s est ferm&#233; aux manifestations autres que patriotiques.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Effacer Gezi&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enfin, en 2013, le mouvement de Gezi&lt;/strong&gt;, du nom du jardin public attenant &#224; la place, est d&#233;clench&#233; par la volont&#233; des autorit&#233;s d'y construire un centre commercial. D&#232;s la premi&#232;re tentative de couper les arbres, une foule se r&#233;unit, monte la garde. La protestation se r&#233;pand et s'&#233;largit en un mouvement social et politique qui va toucher toute la Turquie au cours du mois de juin. Un mouvement in&#233;dit par son ampleur et son autonomie par rapport &#224; la vie politique traditionnelle. Le jardin, la place et le centre culturel sont occup&#233;s par une &#171; commune &#187; o&#249; tout est gratuit. Durant trois semaines, la fa&#231;ade du Centre culturel Atat&#252;rk, occup&#233;, devient un immense panneau d'affichage r&#233;volutionnaire. Mais le 15 juin, la police a &#171; nettoy&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant quelques ann&#233;es, les murs du quartier furent des pages sur lesquelles se perp&#233;tua la m&#233;moire de Gezi, et celle des victimes de la police : &#171; R&#233;siste, Istanbul ! Boucle-la, Tayyip [Erdo&#287;an] ! &#187; ; &#171; Turcs, Kurdes, Arm&#233;niens, tous en r&#233;volte ! Ne pliez pas ! &#187; Puis le r&#233;gime s'est durci, sans cesse &#8211; et particuli&#232;rement apr&#232;s le coup d'&#201;tat manqu&#233; du 15 juillet 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s les premi&#232;res heures qui suivent cette tentative, la place est investie par les manifestations de soutien &#224; Erdo&#287;an, dans une atmosph&#232;re de reconqu&#234;te, avec des slogans de revanche explicites sur le mouvement de Gezi : &#171; &lt;i&gt;Ne laissons pas cette place &#224; une poign&#233;e de vandales&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Un portrait d'Erdogan est suspendu &#224; la fa&#231;ade du centre culturel, la presse pro-gouvernement commente : &#171; &lt;i&gt;Ceux de Gezi pr&#233;tendaient&lt;/i&gt; &#8220;Taksim est notre forteresse&#8221;&lt;i&gt;, voil&#224; qui va les rendre fous !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; Avons-nous r&#234;v&#233; ?&lt;/i&gt; &#187;, doivent se demander les personnes qui ont v&#233;cu la r&#233;volte du parc Gezi. Aujourd'hui, plus rien n'&#233;voque cet &#233;pisode. Le jardin est toujours l&#224;, il est m&#234;me mieux entretenu qu'avant. Le Centre culturel Atat&#252;rk, premier op&#233;ra et plus belle salle de spectacle de Turquie, a &#233;t&#233; d&#233;moli. En face, un th&#233;&#226;tre historique, la &#171; Sc&#232;ne de Taksim &#187;, avait &#233;t&#233; ferm&#233; en 2007 et d&#233;truit en 2008 pour laisser place &#224; un centre commercial. Ainsi il n'y a plus rien de culturel sur Taksim.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La place &#233;tait devenue turque, il fallait qu'elle soit musulmane. Le pouvoir, s'il a sembl&#233; reculer pour le jardin, a impos&#233; la construction d'une immense mosqu&#233;e. D&#233;sormais, elle domine la place, et, si elle n'est encore qu'&#224; l'&#233;tat de chantier, les haut-parleurs sont d&#233;j&#224; install&#233;s ; l'espace sonore de Taksim, lieu embl&#233;matique de la r&#233;publique &#171; la&#239;que &#187; et de la gauche, est &#233;cras&#233; par de tonitruants appels &#224; la pri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les flux de circulation sont d&#233;sormais souterrains : la place, qui &#233;tait jadis un enfer de bruit et de gaz d'&#233;chappement, a &#233;t&#233; recouverte d'une dalle de b&#233;ton. Elle est calme, mais sans caract&#232;re. Le monument de la R&#233;publique, ridiculement petit par rapport &#224; la nouvelle mosqu&#233;e toute proche, reste le seul vestige comm&#233;moratif. Tout le reste, tout ce qui s'est pass&#233; ici, a &#233;t&#233; &#233;cras&#233;, &#233;touff&#233;, recouvert.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;tienne Copeaux&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;
&lt;strong&gt;Pour aller plus loin&lt;/strong&gt; sur Istanbul et Gezi, voir le blog &lt;a href=&#034;http://www.susam-sokak.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Susam-sokak&lt;/a&gt;. Du m&#234;me auteur, lire aussi &#171; Taksim, lieu de rien, lieu &#224; conqu&#233;rir &#187;, &lt;/i&gt;in&lt;i&gt; Magali Boumaza, &lt;/i&gt;Faire m&#233;moire : regards crois&#233;s sur les mobilisations m&#233;morielles (France, Allemagne, Ukraine, Turquie, &#201;gypte)&lt;i&gt;, L'Harmattan, 2018.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Grec &#187; d&#233;signe ici une population de religion orthodoxe et de langue grecque, reliquat de l'ancienne population de Constantinople, prise par les Turcs en 1453. Ces &#171; Grecs &#187; sont citoyens de la r&#233;publique de Turquie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Sport populaire contre sp&#233;culation</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Sport-populaire-contre-speculation</link>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicolas Guillaume</dc:creator>


		<dc:subject>Ma cabane pas au Canada</dc:subject>
		<dc:subject>centres sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>centre social</dc:subject>
		<dc:subject>centre</dc:subject>
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		<dc:subject>Scup</dc:subject>
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		<dc:subject>San Giovanni</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Un autre sport est-il possible ? &#192; Rome, les centres sociaux occup&#233;s proposent des activit&#233;s dans les quartiers populaires o&#249; les structures font d&#233;faut. Jusqu'au jour o&#249; le propri&#233;taire de l'espace abandonn&#233; red&#233;couvre un int&#233;r&#234;t pour son bien et convie la police &#224; la f&#234;te. Reportage &#224; Scup : Sport e Cultura Popolare ! Non loin du centre historique et touristique de la ville &#233;ternelle, les quartiers populaires traduisent une autre r&#233;alit&#233;. La crise du logement et le renoncement de l'&#201;tat (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no144-juin-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;144 (juin 2016)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un autre sport est-il possible ? &#192; Rome, les centres sociaux occup&#233;s proposent des activit&#233;s dans les quartiers populaires o&#249; les structures font d&#233;faut. Jusqu'au jour o&#249; le propri&#233;taire de l'espace abandonn&#233; red&#233;couvre un int&#233;r&#234;t pour son bien et convie la police &#224; la f&#234;te. Reportage &#224; Scup : &lt;i&gt;Sport e Cultura Popolare ! &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Non loin du centre historique et touristique de la ville &#233;ternelle, les quartiers populaires traduisent une autre r&#233;alit&#233;. La crise du logement&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; Rome 7,5% de l'immobilier est pourtant inutilis&#233;.&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; et le renoncement de l'&#201;tat &#224; proposer des structures sociales accessibles ont abouti &#224; l'&#233;mergence d'une forme d'occupation nouvelle, autog&#233;r&#233;e et horizontale. La capitale italienne compte aujourd'hui une centaine de centres sociaux, comme le Corto Circuito ou le Forte Prenestino, qui a f&#234;t&#233; ses 30 ans le 1er mai dernier. L'activiste italienne Silvia Corti d&#233;finit les Centri Sociali Occupati e Autogestiti. (CSOA) comme &#171; &lt;i&gt;les endroits o&#249; l'on exp&#233;rimente une nouvelle forme d'organisation de vie, &#233;mancip&#233;e des logiques du syst&#232;me capitaliste&lt;/i&gt; &#187;. &#192; San Giovanni, quartier voisin du centre o&#249; les projets d'am&#233;nagements urbains alt&#232;rent toute sociabilit&#233;, le centre social Scup occupe depuis trois ans un b&#226;timent inutilis&#233; par son propri&#233;taire. Les questions relatives &#224; l'organisation de l'espace &#8211; activit&#233;s, manifestations, etc. &#8211; sont d&#233;battues et vot&#233;es lors de l'assembl&#233;e de gestion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Scup met en place un espace d'&#233;changes o&#249; se dispensent entre autres des cours de soutien scolaire, de langues, de journalisme, de musiques, etc. Un march&#233; &#233;cologique et populaire, &#171; &#233;cosolpop &#187;, s'y tient tous les mois, et promeut une agriculture saine et abordable. Dans la &lt;i&gt;palestra popolare&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gymnase populaire situ&#233; au sein du centre social.&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, on danse le hip-hop, le tango ou la samba et se pratiquent des arts martiaux, comme la boxe ou la capoeira. D'autres activit&#233;s sont accessibles : yoga, jonglage, m&#233;ditation et parkour. Tout comme le sport marchand est &#224; l'image de notre soci&#233;t&#233; capitaliste, le sport pratiqu&#233; &#224; Scup est le reflet de cette soci&#233;t&#233; inclusive et autog&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma&#238;tre de capoeira &#224; Scup, Giuliano enseigne depuis plus de 20 ans dans les espaces occup&#233;s : &#171; &lt;i&gt;Ici le prix est bas, si tu ne peux pas payer tu me donnes moins, ou tu me donnes rien ou tu me donneras plus tard... En club, si tu ne peux pas payer tu ne pratiques pas. Je pourrais enseigner dans un club avec de belles installations et gagner plus d'argent, mais &#231;a ne m'int&#233;resse pas d'enseigner dans un cadre o&#249; on t'exclut pour des raisons financi&#232;res.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sport moderne id&#233;alise un culte de la performance et une mise en comp&#233;tition qui se retrouvent dans notre soci&#233;t&#233; individualiste et s&#233;lective. Les retransmissions t&#233;l&#233;vis&#233;es imposent une pratique diff&#233;renci&#233;e entre hommes et femmes &#224; travers une iniquit&#233; de temps d'antenne &#233;minemment sexiste. &#192; Scup, le sport est un moyen de lutter contre les discriminations, c'est pourquoi le sport popolare et principalement les arts martiaux se pratiquent dans les centres sociaux le plus souvent sans distinction de sexe ou de niveau. Giuliano ajoute : &#171; &lt;i&gt;Le sport est aussi un moyen de connexion avec le territoire et un moyen d'int&#233;resser des gens qui n'auraient jamais mis les pieds dans un centre social pour des raisons politiques.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, le 7 mai 2015, la police expulse les occupants de Scup car le propri&#233;taire souhaite y b&#226;tir un centre commercial&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D'apr&#232;s les membres de l'occupation, la police aurait &#233;t&#233; appel&#233;e par le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. La construction de la nouvelle ligne de m&#233;tro a fait monter le prix de l'immobilier et avec, l'avidit&#233; pour cette propri&#233;t&#233; qui auparavant ne l'int&#233;ressait gu&#232;re. Tandis que les tractopelles d&#233;molissaient le centre social, l'assembl&#233;e de Scup se f&#233;d&#232;re avec les habitants du quartier et membres d'autres centres sociaux romains en une assembl&#233;e citadine. La mobilisation d'environ 200 personnes se mua en un cort&#232;ge &#8211; encadr&#233; par la police &#8211; pour d&#233;noncer la sp&#233;culation immobili&#232;re qui place le profit avant les n&#233;cessit&#233;s communes. Mobilis&#233;e ce jour l&#224;, la m&#232;re d'Arturo, quatre ans, t&#233;moigne : son fils autiste pratiquait la capoeira &#224; Scup avec des bambins du m&#234;me &#226;ge tandis que l'&#233;cole maternelle l'avait refus&#233;, pr&#233;textant qu'aucun plan d'inclusion n'avait &#233;t&#233; mis en place par la commune.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2485 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH375/-751-5fbe3.jpg?1782641361' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ussissant &#224; se jouer des forces de l'ordre, la manifestation sauvage a abouti &#224; l'occupation d'un nouvel espace, rep&#233;r&#233; quelques mois auparavant. Le jour m&#234;me de son expulsion, Scup rena&#238;t &#224; un jet de pierre, toujours dans le quartier de San Giovanni, dans un d&#233;p&#244;t de marchandises abandonn&#233; depuis une quinzaine d'ann&#233;es, appartenant &#224; la soci&#233;t&#233; de chemin de fer. Pendant le travail de r&#233;habilitation qui suivit, les activit&#233;s furent temporairement dispens&#233;es en plein air dans le parc voisin. Apr&#232;s une campagne de dons &#8211; le nouvel espace n&#233;cessite un d&#233;samiantage &#8211;, Scup organisait un &#233;v&#233;nement de r&#233;ouverture et f&#234;tait ses trois ans d'existence, le 21 mai 2015. Aujourd'hui, le centre social a repris son activit&#233;, mais son gymnase populaire est de nouveau inqui&#233;t&#233; par les pouvoirs publics&lt;a href=&#034;#nb7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour continuer de pratiquer leurs activit&#233;s, les centres sociaux devront (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fond&#233; dans les centres sociaux romains, le r&#233;seau &#171; &lt;i&gt;diritto alla citt&#224;&lt;/i&gt; &#187; revendique le droit &#224; la ville en favorisant une sociabilit&#233; de quartier ouverte &#224; toutes et tous. Toujours menac&#233;s, ces espaces autonomes luttent contre l'uniformisation des proc&#233;d&#233;s capitalistes d'urbanisation en proclamant &#171; &lt;i&gt;Roma non si vende !&lt;/i&gt; &#187;. Rome n'est pas &#224; vendre !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#192; Rome 7,5% de l'immobilier est pourtant inutilis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Gymnase populaire situ&#233; au sein du centre social.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D'apr&#232;s les membres de l'occupation, la police aurait &#233;t&#233; appel&#233;e par le propri&#233;taire et serait venue malgr&#233; l'absence de mandat l&#233;gal l'autorisant.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pour continuer de pratiquer leurs activit&#233;s, les centres sociaux devront bient&#244;t s'acquitter d'une somme qui les menace d'extinction.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Rohingya : L'autre crise des r&#233;fugi&#233;s</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Rohingya-L-autre-crise-des</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Rohingya-L-autre-crise-des</guid>
		<dc:date>2018-03-26T08:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sila B&#233;ratour</dc:creator>


		<dc:subject>Actualit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>centre</dc:subject>
		<dc:subject>r&#233;fugi&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>Rohingya</dc:subject>
		<dc:subject>Rohingya constituent</dc:subject>
		<dc:subject>Haut Commissariat</dc:subject>
		<dc:subject>officiellement pris</dc:subject>
		<dc:subject>Peace Learning</dc:subject>
		<dc:subject>Berani Project</dc:subject>
		<dc:subject>Learning Centre</dc:subject>
		<dc:subject>Chia Wei</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;2015 a marqu&#233; le d&#233;but officiel d'une &#171; crise des r&#233;fugi&#233;s &#187; en Europe. En Asie du Sud-Est, des bateaux continuent &#224; traverser le golfe du Bengale, bond&#233;s de r&#233;fugi&#233;s Rohingya. Cette minorit&#233; musulmane de Birmanie fuit les violentes pers&#233;cutions dont elle est victime dans son pays. Reportage en Malaisie o&#249; les Rohingya sont tant bien que mal accueillis malgr&#233; l'hostilit&#233; farouche des autorit&#233;s locales. D'apr&#232;s le Haut Commissariat aux r&#233;fugi&#233;s des Nations-unies (UNHCR), les Rohingya (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Chia-Wei" rel="tag"&gt;Chia Wei&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;2015 a marqu&#233; le d&#233;but officiel d'une &#171; crise des r&#233;fugi&#233;s &#187; en Europe. En Asie du Sud-Est, des bateaux continuent &#224; traverser le golfe du Bengale, bond&#233;s de r&#233;fugi&#233;s Rohingya. Cette minorit&#233; musulmane de Birmanie fuit les violentes pers&#233;cutions dont elle est victime dans son pays. Reportage en Malaisie o&#249; les Rohingya sont tant bien que mal accueillis malgr&#233; l'hostilit&#233; farouche des autorit&#233;s locales.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;D'apr&#232;s le Haut Commissariat aux r&#233;fugi&#233;s des Nations-unies (UNHCR), les Rohingya	constituent 90 % des r&#233;fugi&#233;s officiellement pris en charge par l'agence en Malaisie. De majorit&#233; musulmane et plus prosp&#232;re que l'Indon&#233;sie voisine, ce pays refuse pourtant de les accueillir. La Malaisie n'est signataire d'aucun protocole international sur les r&#233;fugi&#233;s et les apatrides et ne reconna&#238;t m&#234;me pas les enfants &#233;trangers n&#233;s sur son sol. Pourtant une myriade d'acteurs sociaux tentent cahin-caha de compenser l'incurie de leur gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2266 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH600/-539-9d81e.jpg?1782650241' width='400' height='600' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; Penang, grande ville du Nord-Ouest, le Peace Building Club de l'Universit&#233; Sains Malaysia, anim&#233; par le politiste malais Kamarulzaman Askandar, a vu l'un de ses projets &#233;tudiants donner lieu &#224; l'ouverture d'un petit &#233;tablissement scolaire. De quelques cours du week-end assur&#233;s par des &#233;tudiants b&#233;n&#233;voles, leur Peace Learning Centre est devenu un an plus tard une &#233;cole qui propose &#224; une quarantaine d'enfants des enseignements de malais, d'anglais, de maths ainsi qu'une sensibilisation &#224; la non-violence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;tudiants ont pour la plupart laiss&#233; la place &#224; des enseignants plus exp&#233;riment&#233;s, b&#233;n&#233;voles ou r&#233;mun&#233;r&#233;s. Arriv&#233;s pour les plus anciens avant 2012, date du d&#233;but de l'actuelle vague de r&#233;pression contre les Rohingya, la plupart des &#233;l&#232;ves ont subi de graves violences, comme l'&#233;pisode que relate Kohinor, une fille d'une dizaine d'ann&#233;es : &#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait pendant la pri&#232;re du vendredi, les bouddhistes &#233;taient arm&#233;s de couteaux et de fusils et ils nous encerclaient.&lt;/i&gt; &#187; Aucun &#233;l&#232;ve ici n'&#233;crit ni ne lit sa langue maternelle. Le centre n'offre pas de cours en langue rohingya et ses rapports avec la communaut&#233; locale, peu organis&#233;e, sont assez l&#226;ches. Financ&#233; par des dons priv&#233;s, le Peace Learning Centre demande aux parents une petite contribution. Une exigence parfois difficile &#224; tenir quand il s'agit dans le m&#234;me temps de les dissuader de retirer leur fille de l'&#233;cole pour la marier ou la faire travailler &#224; la maison. Et les perspectives d'avenir sont rares puisque presque aucune porte ne s'ouvrira ensuite &#224; l'universit&#233;. En attendant qu'une adulte la ram&#232;ne chez elle apr&#232;s une journ&#233;e d'&#233;cole qui s'ach&#232;ve a 13 h, une &#233;l&#232;ve s'exerce &#224; la machine &#224; coudre. Une comp&#233;tence qui pourrait lui servir plus tard &#224; gagner sa vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sambal social&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au nord de la capitale Kuala Lumpur, les grottes de Batu abritent un sanctuaire hindou creus&#233; dans la roche. C'est dans ce quartier que travaillent et vivent des Rohingya, organis&#233;s par les efforts d'Ustaz Rafik. Le centre communautaire qu'il a cr&#233;&#233; en 2014 s'appelle MyWelfare. Alors que beaucoup de &#171; &lt;i&gt;leaders&lt;/i&gt; &#187; auto-proclam&#233;s monnayent leur entregent pour aider leurs compatriotes &#224; surmonter les &#233;cueils de la bureaucratie onusienne, Rafik est largement estim&#233;. Entre le loyer de la maison, le salaire des enseignants et les repas distribu&#233;s aux 70 &#233;l&#232;ves, il faut lever chaque mois 10 000	ringgits (environ 2 200 euros)	pour faire tourner le centre. Outre les enseignements, MyWelfare est aussi un lieu de pri&#232;re, un atelier de cuisine et un lieu d'accueil pour quelques familles ou m&#232;res isol&#233;es. Les dons viennent de l'ext&#233;rieur mais &#233;galement des Rohingya eux-m&#234;mes et du produit des ventes du Mama Gulza crispy sambal. Le sambal, c'est cette p&#226;te piment&#233;e pr&#233;sente sur toutes les tables malaises. Celui de Mama Gulza (la m&#232;re de Rafik) est cuit &#224; l'huile d'olive, pour s&#233;duire un public moins rustique, et commercialis&#233; par le Berani Project.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tan Chia Wei, l'animatrice du Berani Project, est une Sino-Malaisienne de la classe moyenne ais&#233;e qui s'est engag&#233;e dans un projet hybride, &#171; &lt;i&gt; socialement utile et &#233;conomiquement rentable&lt;/i&gt; &#187;. Et pour cela, &#171; &lt;i&gt;tous les acteurs doivent trouver leur compte&lt;/i&gt; &#187;, explique-t-elle. &#171; &lt;i&gt;Je dois pouvoir vendre les produits ou les services offerts par les Rohingya et les salari&#233;s recevoir une r&#233;mun&#233;ration juste, des conditions de travail correctes et des perspectives de mont&#233;e en qualification.&lt;/i&gt; &#187; Un obstacle de taille &#224; cette affaire : les r&#233;fugi&#233;s sont consid&#233;r&#233;s comme des immigrants ill&#233;gaux et &#224; ce titre n'ont pas le droit de travailler. Pour leur &#233;viter la prison et les amendes aux employeurs, les travailleurs ont le statut de b&#233;n&#233;voles auxquels MyWelfare offre une indemnit&#233; en &#233;change de leur labeur. Les produits sont ensuite commercialis&#233;s par le Berani Project, avec les efforts en marketing de Chia Wei qui d&#233;roule un &lt;i&gt;storytelling&lt;/i&gt; au service de la bonne cause. Les activit&#233;s en question sont la cuisine, la couture et le bricolage de r&#233;cup'. D'ici quelques ann&#233;es, l'&#171; entrepreneuse sociale &#187; esp&#232;re pouvoir cr&#233;er une activit&#233; de micro-cr&#233;dit. Le tour de force juridique reste encore &#224; trouver puisque les r&#233;fugi&#233;s n'ont pas le droit de poss&#233;der quoi que ce soit en Malaisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ostracisation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chia Wei se souvient de ses premiers pas dans le cadre d'une structure d'appels &#224; dons pour des urgences m&#233;dicales &#224; destination des r&#233;fugi&#233;s. Les soins hospitaliers ne sont pas refus&#233;s aux &#233;trangers, mais ils sont en revanche factur&#233;s le double de ce que paient les Malaisiens. Pour une famille rohingya, le prix d'un simple accouchement (que la loi interdit de mener &#224; domicile) est impossible &#224; assumer. Tant que la facture n'est pas pay&#233;e, la m&#232;re et l'enfant restent &#224; l'h&#244;pital et la communaut&#233; s'affaire &#224; trouver de quoi r&#233;unir, en son sein et aupr&#232;s de sympathisants de la classe moyenne, les	5 000 ringgits	(1 200 euros) n&#233;cessaires. Alors qu'il est question en Malaisie d'&#233;tablir un salaire minimum entre 1 000 et 1 500 ringgits mensuels, la r&#233;mun&#233;ration mis&#233;rable des Rohingya, autour de 30 ringgits par jour, les oblige &#224; travailler trente jours par mois dans des emplois que personne ne souhaite assurer. Et sur ce maigre salaire, il faut soustraire un tiers environ de pots-de-vin destin&#233;s aux policiers qui les menacent de prison. Les m&#234;mes municipalit&#233;s qui emploient des Rohingya au noir pour vider les drains &#8211; sortes d'&#233;gouts &#224; ciel ouvert aliment&#233;s par les pluies tropicales &#8211; et leur font payer des loyers pour des taudis les menacent sans cesse d'expulsion ou de poursuites. Pour Hussein, jeune homme victime d'un accident du travail en juillet dernier, avoir &#233;t&#233; emmen&#233; par son employeur jusqu'&#224; l'h&#244;pital plut&#244;t qu'au commissariat est plut&#244;t une bonne fortune. Son poignet est rest&#233; d&#233;form&#233;, il ne peut plus travailler de ses mains et ne peut pr&#233;tendre &#224; aucune indemnit&#233;. La prison, un centre de d&#233;tention o&#249; le HCR ne peut pas p&#233;n&#233;trer, est ainsi brandie comme menace permanente. Autour d'un th&#233;, Rafik s'engage dans une grande discussion sur le sort des Rohingya, ce peuple qui parle une langue indo-europ&#233;enne et pratique la religion musulmane : &#171; &lt;i&gt;Les plus anciens textes &#233;tablissent notre pr&#233;sence dans l'&#201;tat d'Arakan&lt;/i&gt; [en Birmanie]. &#187; Consid&#233;r&#233;s comme des immigr&#233;s bengalis de l'&#233;poque coloniale, ils ne font plus partie des 135 groupes ethniques reconnus dans le pays. Des premiers dommages de la birmanisation en 1962 jusqu'&#224; leur d&#233;ch&#233;ance de nationalit&#233; en 1982, les Rohingya seraient la minorit&#233; la plus pers&#233;cut&#233;e au monde d'apr&#232;s les Nations-unies. Le HCR avance le chiffre d'un demi-million de r&#233;fugi&#233;s, soit un peu moins de la moiti&#233; de la population &#171; officielle &#187; des Rohingya.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une chose est s&#251;re, les r&#233;centes violences tiennent de la purification ethnique. Depuis la g&#233;n&#233;ralisation des smartphones, les Rohingya font tourner des vid&#233;os des incendies de maisons et des pogroms qu'ils subissent au pays. Selon Rafik, la haine aurait pour cause historique leur loyaut&#233; envers les colons britanniques puis leur r&#244;le dans l'insurrection d&#233;mocratique birmane de 1988 et leur soutien envers Aung San Suu Kyi. Depuis la lib&#233;ralisation du r&#233;gime et l'entr&#233;e en fonction de l'opposante, leur sort ne fait pourtant que se d&#233;grader. Celle qui est en train de faire revenir au pays la minorit&#233; chr&#233;tienne Chin a-t-elle un agenda cach&#233; qui suppose &#224; plus long terme la r&#233;int&#233;gration des Rohingya ? L'hypoth&#232;se est encore plausible m&#234;me si elle ne fait que s'&#233;loigner. D'autant que l'&#201;tat d'Arakan est riche en m&#233;taux et hydrocarbures. La peur d'une &#233;ventuelle s&#233;cession de cette province n'est peut-&#234;tre pas &#233;trang&#232;re &#224; la pers&#233;cution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hypocrisie internationale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pays d'Asie du Sud-Est tentent sans succ&#232;s la m&#233;diation et, &#233;trangement, l'appel solennel en juillet du Parlement europ&#233;en &#224; cesser les violences contre les Rohingya n'a pas &#233;t&#233; plus fructueux. L'administration &#233;tasunienne r&#233;siste aux exigences du pouvoir birman qui pr&#233;f&#232;re le terme &#171; Bengali &#187; au mot Rohingya. En visite officielle en juin dernier, le ministre fran&#231;ais des Affaires &#233;trang&#232;res, Jean-Marc Ayrault, s'est quant &#224; lui diplomatiquement couch&#233; : &#171; &lt;i&gt;Devant&lt;/i&gt; [Aung San Suu Kyi], &lt;i&gt;j'ai utilis&#233; le terme de Rohingya car c'est comme cela que l'on dit en France mais je n'emploierai pas ce mot en public : je sais &#224; quel point c'est un sujet sensible et je ne suis pas l&#224; pour donner des le&#231;ons et compliquer les choses&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Monde, 18 juin 2016.&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187;. D'autant que le march&#233; birman s'ouvre &#224; la mondialisation... En attendant, la file d'attente au si&#232;ge du HCR est toujours aussi longue, les r&#233;fugi&#233;s ont autant de mal &#224; se faire enregistrer et les budgets d&#233;di&#233;s aux actions en Asie du Sud-Est sont en baisse. C'est que l'aide internationale s'est en partie report&#233;e vers l'Europe pour l'aider &#224; surmonter sa &#171; crise des r&#233;fugi&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par Sila B&#233;ratour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Collectif D'autres voix : autresvoix@riseup.net.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 18 juin 2016.&lt;/p&gt;
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