<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://cqfd-journal.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
	<link>https://cqfd-journal.org/</link>
	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://cqfd-journal.org/spip.php?id_mot=1363&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
		<url>https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L144xH50/siteon0-2-e90fe.png?1782637830</url>
		<link>https://cqfd-journal.org/</link>
		<height>50</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Des m&#232;res col&#232;res</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Des-meres-coleres</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Des-meres-coleres</guid>
		<dc:date>2022-02-25T11:12:26Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tiphaine Gu&#233;ret</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>enfants</dc:subject>
		<dc:subject>quartiers</dc:subject>
		<dc:subject>quartiers populaires</dc:subject>
		<dc:subject>populaires</dc:subject>
		<dc:subject>l'&#233;cole</dc:subject>
		<dc:subject>parents</dc:subject>
		<dc:subject>l'institution</dc:subject>
		<dc:subject>m&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>Fatima Ouassak</dc:subject>
		<dc:subject>origine sociale</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Quitter le banc de touche. Si une phrase devait r&#233;sumer un des combats majeurs du Front de m&#232;res ce pourrait &#234;tre celle-l&#224;. Premier syndicat de parents des quartiers populaires, le Front de m&#232;res est n&#233; de la lutte d'habitantes des banlieues, d&#233;termin&#233;es &#224; faire entendre leur voix face &#224; une institution scolaire qui trop souvent les b&#226;illonne. La parole est &#224; Fatima Ouassak, cofondatrice du syndicat. &#171; Pour garantir la r&#233;ussite de tous, l'&#233;cole se construit avec la participation des (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no206-fevrier-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;206 (f&#233;vrier 2022)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/enfants" rel="tag"&gt;enfants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/quartiers" rel="tag"&gt;quartiers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/quartiers-populaires" rel="tag"&gt;quartiers populaires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/populaires" rel="tag"&gt;populaires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-ecole" rel="tag"&gt;l'&#233;cole&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/parents" rel="tag"&gt;parents&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-institution" rel="tag"&gt;l'institution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/meres" rel="tag"&gt;m&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Fatima-Ouassak" rel="tag"&gt;Fatima Ouassak&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/origine-sociale" rel="tag"&gt;origine sociale&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Quitter le banc de touche. Si une phrase devait r&#233;sumer un des combats majeurs du Front de m&#232;res ce pourrait &#234;tre celle-l&#224;. Premier syndicat de parents des quartiers populaires, le Front de m&#232;res est n&#233; de la lutte d'habitantes des banlieues, d&#233;termin&#233;es &#224; faire entendre leur voix face &#224; une institution scolaire qui trop souvent les b&#226;illonne. La parole est &#224; Fatima Ouassak, cofondatrice du syndicat.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4376 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;30&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200front_de_ma_res_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH297/1200front_de_ma_res_resultat-f8b08.jpg?1782829567' width='500' height='297' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de La Force N&#233;e
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; &lt;/span&gt; Pour garantir la r&#233;ussite de tous, l'&#233;cole se construit avec la participation des parents, quelle que soit leur origine sociale. &#187; Cela a beau &#234;tre inscrit dans les textes&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Plus pr&#233;cis&#233;ment dans la &#171; loi Peillon &#187;, &#171; pour la refondation de l'&#233;cole (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, la r&#233;alit&#233; est parfois tr&#232;s diff&#233;rente. Fatima Ouassak le dit cash : &#171; Dans les &#233;coles des quartiers populaires, on attend des parents qu'ils rasent les murs. &#187; Politologue de son &#233;tat, elle se tient pourtant &#224; bonne distance des consid&#233;rations hors-sol : c'est de son v&#233;cu qu'elle parle &#8211; celui d'une femme, d'une m&#232;re arabe, habitante de Bagnolet (Seine-Saint-Denis), o&#249; ses enfants sont scolaris&#233;s. Ces rapports compliqu&#233;s avec l'&#233;cole, elle les raconte et les analyse dans son livre &lt;i&gt;La Puissance des m&#232;res &#8211; Pour un nouveau sujet r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt;, paru &#224; La D&#233;couverte en 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque sa fille entre &#224; l'&#233;cole, Fatima Ouassak se retrouve face &#224; une institution qui lui fait vite comprendre qu'elle ne la reconna&#238;t pas comme une interlocutrice valable. Sauf que faire profil bas n'est pas vraiment le genre de la maison. Alors en 2016, avec plusieurs autres femmes, elle cr&#233;e le Front de m&#232;res, premier syndicat de parents des quartiers populaires. L'enjeu est clair : instaurer un vrai rapport de force avec l'&#233;cole et revendiquer le droit des parents de ces quartiers &#224; co-construire, avec les acteurs et actrices de l'institution, &#171; un plan d'actions concr&#232;tes en mati&#232;re d'&#233;ducation &#187;, lequel foulerait au pied le racisme syst&#233;mique et donnerait &#224; chaque gamin les m&#234;mes chances de r&#233;ussite scolaire. Des objectifs qui ont amen&#233; le Front de m&#232;res &#224; &#233;laborer des projets avec l'institution, tout en soutenant les lyc&#233;ens en lutte contre des r&#233;formes iniques ou en d&#233;fendant le droit des accompagnatrices de sorties scolaires &#224; porter le foulard. Entretien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans les quartiers populaires, quelle place l'&#233;cole r&#233;serve-t-elle aux parents ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une place h&#233;rit&#233;e du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, &#233;poque &#224; laquelle l'&#233;cole r&#233;publicaine a &#233;t&#233; pens&#233;e pour extraire les enfants de leurs familles : d'abord paysannes, puis ouvri&#232;res et aujourd'hui des quartiers populaires, issues de l'immigration. L'institution continue de batailler pour &#233;manciper les enfants et les sortir de leur condition de classe avec, en toile de fond, l'id&#233;e que l'&#233;cole serait forc&#233;ment lib&#233;ratrice face au parent qui serait enfermant. D&#232;s lors, ce dernier n'a pas sa place &#224; l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Globalement, d&#232;s qu'une proposition ou une revendication vient de nous, femmes non blanches des quartiers populaires, avec tout ce qu'on repr&#233;sente, ce qu'on incarne, l'&#233;cole consid&#232;re qu'elle n'est pas l&#233;gitime. Un exemple : quand ma fille est entr&#233;e en maternelle, je me suis &#233;tonn&#233;e de ne pas voir proposer d'alternative v&#233;g&#233;tarienne au repas &#224; base de viande servi chaque jour. D'autant que cette alternative existait dans la cr&#232;che d&#233;partementale que mon enfant fr&#233;quentait l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente. Lorsque j'ai soumis l'id&#233;e &#224; la directrice de l'&#233;cole, puis &#224; la mairie et enfin &#224; la FCPE&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;F&#233;d&#233;ration des conseils de parents d'&#233;l&#232;ves.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, on m'a r&#233;torqu&#233; que ce n'&#233;tait pas envisageable pour des questions de la&#239;cit&#233;. Je n'avais pourtant jamais &#233;voqu&#233; la question de la religion, le mot &lt;i&gt;halal&lt;/i&gt; n'&#233;tait jamais sorti de ma bouche. Sauf que je suis une femme arabe consid&#233;r&#233;e comme musulmane : on m'a reproch&#233; de me servir de la question de l'alternative v&#233;g&#233;tarienne comme cheval de Troie pour islamiser l'&#233;cole. Dans un autre quartier, et si je n'avais pas &#233;t&#233; arabe, on m'aurait certainement d&#233;cern&#233; le prix de la m&#232;re &#233;colo de l'ann&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paradoxalement, l'institution sait aussi faire appel &#224; vous quand elle en a besoin, par exemple en vous demandant d'accompagner les sorties scolaires...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est un fait : sans la pr&#233;sence des m&#232;res, il n'y aurait pas de sorties scolaires. Sauf que dans les quartiers populaires, beaucoup d'entre elles sont musulmanes et portent le foulard, qui se retrouve r&#233;guli&#232;rement au centre de pol&#233;miques&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Derni&#232;re en date : celle entourant le projet &#8211; finalement abandonn&#233; &#8211; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. J'estime que le probl&#232;me n'est pas tant le fait que ces sorties puissent ou non avoir lieu &#8211; dans nos quartiers, il y a tellement peu de moyens qu'il s'agit souvent de sorties &lt;i&gt;low-cost&lt;/i&gt; qui, &#224; mes yeux, apportent peu aux enfants &#8211; mais qu'il y a en revanche un vrai enjeu politique &#224; dire que chaque parent doit &#234;tre consid&#233;r&#233; et que les enfants n'ont pas &#224; &#234;tre humili&#233;s parce que leur m&#232;re porte un foulard. En 2017, avec le Front de m&#232;res, on avait publi&#233; un texte dans lequel on demandait en quoi interdire le port du foulard aux m&#232;res accompagnatrices &#8211; une mesure d&#233;battue &#224; l'&#233;poque &#8211; allait &#234;tre positif pour l'&#201;ducation nationale ? En quoi provoquer de nouvelles tensions entre &#233;cole et parents des quartiers populaires, mais surtout entre ces parents et leurs enfants, ou entre l'&#233;cole et ces enfants, allait arranger les difficult&#233;s existantes ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans un autre registre, plus tard, quand vos enfants entrent au lyc&#233;e, l'institution compte sur vous pour r&#233;guler d'autres tensions&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En effet, on nous demande d'&#234;tre l&#224; pour calmer le jeu, par exemple quand nos enfants lyc&#233;ens manifestent. &#192; Garges-l&#232;s-Gonesse (Val-d'Oise), le 5 d&#233;cembre 2018, la police avait tir&#233; au flash-ball sur les jeunes. C'&#233;tait dans le contexte des manifestations Gilets jaunes et des mobilisations lyc&#233;ennes contre la r&#233;forme du bac et Parcoursup. Ce jour-l&#224;, un jeune a eu la m&#226;choire fractur&#233;e par un tir de flash-ball. Le soir m&#234;me, le lyc&#233;e avait envoy&#233; un mail aux parents en leur demandant de ne pas envoyer leurs enfants en cours le lendemain pour &#233;viter les troubles. Il avait anticip&#233; la solidarit&#233; entre les lyc&#233;ens et demand&#233; aux parents de les garder bien au chaud &#224; la maison. Aller chercher la &#8220;m&#232;re tampon&#8221;, celle qui va apaiser les tensions entre l'enfant et l'institution, chez les m&#232;res que nous sommes est un bon calcul de leur part puisqu'on veut prot&#233;ger nos enfants.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Globalement, d&#232;s qu'une proposition ou une revendication vient de nous, femmes non blanches des quartiers populaires, avec tout ce qu'on repr&#233;sente, ce qu'on incarne, l'&#233;cole consid&#232;re qu'elle n'est pas l&#233;gitime.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Faire en sorte qu'il ne leur arrive rien ne nous a par contre pas emp&#234;ch&#233;es de nous mobiliser pour les soutenir. Au lendemain de l'affaire de Garges, il y a eu celle de Mantes-la-Jolie (Yvelines) o&#249; 150 lyc&#233;ens avaient &#233;t&#233; interpell&#233;s, mis &#224; genoux, les mains sur la t&#234;te. Le soir m&#234;me, on organisait une r&#233;union d'urgence &#224; laquelle &#233;taient invit&#233;s le Comit&#233; Adama, le MIB&lt;i&gt; [Mouvement de l'immigration et des banlieues]&lt;/i&gt;, des avocats, etc., pour r&#233;fl&#233;chir ensemble &#224; la fa&#231;on de prot&#233;ger nos enfants et aux strat&#233;gies pour les soutenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore, le Front de m&#232;res avait publi&#233; avec d'autres m&#232;res de lyc&#233;ens un texte pour d&#233;noncer les violences polici&#232;res subies par nos enfants. On y &#233;crivait que la police n'avait rien &#224; faire &#224; l'&#233;cole ni autour, tout en d&#233;non&#231;ant la complicit&#233; de l'institution dans la r&#233;pression, puisqu'elle excluait les lyc&#233;ens qui bloquaient les &#233;tablissements et collaborait avec la police. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cinq ans apr&#232;s la cr&#233;ation du Front de m&#232;res, votre organisation a sem&#233; ses graines : des collectifs locaux sont n&#233;s &#224; Rennes, &#224; Strasbourg et m&#234;me en Belgique, pour ne citer que ceux-l&#224;. O&#249; en sont vos rapports avec l'institution ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On a toujours &#233;t&#233; en lien avec l'&#201;ducation nationale. Goundo Diawara, secr&#233;taire du syndicat depuis ses d&#233;buts, est par exemple CPE &lt;i&gt;[Conseill&#232;re principale d'&#233;ducation]&lt;/i&gt; dans un coll&#232;ge de banlieue. Aujourd'hui, on est parvenues &#224; programmer un temps mensuel entre parents et personnels de l'&#201;ducation nationale pour &#233;voquer ensemble les probl&#232;mes existants. Par exemple, on travaille sur le harc&#232;lement scolaire avec Questions de classe(s), un collectif de profs. On souhaite poser la question de la responsabilit&#233; institutionnelle, avec l'id&#233;e d'&#233;changer ensemble et de cr&#233;er une coop&#233;ration entre les personnels de l'&#201;ducation nationale, les parents et les enfants, afin de mieux comprendre et pr&#233;venir ces violences. Loin du discours du gouvernement et de Jean-Michel Blanquer qui consid&#232;re les enfants comme seuls responsables de leurs actes en les criminalisant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Propos recueillis par Tiphaine Gu&#233;ret&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Plus pr&#233;cis&#233;ment dans la &#171; loi Peillon &#187;, &#171; pour la refondation de l'&#233;cole de la R&#233;publique &#187;, qui date de 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;F&#233;d&#233;ration des conseils de parents d'&#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Derni&#232;re en date : celle entourant le projet &#8211; finalement abandonn&#233; &#8211; d'inscrire dans la &#171; loi S&#233;paratisme &#187; adopt&#233;e en ao&#251;t dernier l'obligation de neutralit&#233; religieuse pour les accompagnateurs et accompagnatrices de sorties scolaires.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Perpignan, ville en morceaux</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Perpignan-ville-en-morceaux</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Perpignan-ville-en-morceaux</guid>
		<dc:date>2020-12-03T17:48:11Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mathilde Offroy</dc:creator>


		<dc:subject>Denis Meyer</dc:subject>
		<dc:subject>d'une</dc:subject>
		<dc:subject>Ville</dc:subject>
		<dc:subject>Louis Aliot</dc:subject>
		<dc:subject>Perpignan</dc:subject>
		<dc:subject>Aliot</dc:subject>
		<dc:subject>quartiers</dc:subject>
		<dc:subject>maire</dc:subject>
		<dc:subject>Pujol</dc:subject>
		<dc:subject>centre</dc:subject>
		<dc:subject>locale</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Aux derni&#232;res municipales, Perpignan est devenue, vingt-cinq ans apr&#232;s Toulon, la premi&#232;re ville de plus de 100 000 habitant.es &#224; basculer dans l'escarcelle du Rassemblement national. Sit&#244;t &#233;lu, le nouveau maire a commenc&#233; &#224; imprimer sa marque s&#233;curitaire. Comment le candidat frontiste est-il parvenu &#224; s'imposer dans la cit&#233; catalane, territoire de passages et d'&#233;changes, qui en font une ville cosmopolite ? Quels espoirs de r&#233;sistance aujourd'hui ? Tentative de r&#233;ponses, &#224; l'issue de cinq (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no192-novembre-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;192 (novembre 2020)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Denis-Meyer" rel="tag"&gt;Denis Meyer&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-une" rel="tag"&gt;d'une&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Ville" rel="tag"&gt;Ville&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Louis-Aliot" rel="tag"&gt;Louis Aliot&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Perpignan" rel="tag"&gt;Perpignan&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Aliot" rel="tag"&gt;Aliot&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/quartiers" rel="tag"&gt;quartiers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/maire" rel="tag"&gt;maire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Pujol" rel="tag"&gt;Pujol&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/centre" rel="tag"&gt;centre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/locale" rel="tag"&gt;locale&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Aux derni&#232;res municipales, Perpignan est devenue, vingt-cinq ans apr&#232;s Toulon, la premi&#232;re ville de plus de 100 000 habitant.es &#224; basculer dans l'escarcelle du Rassemblement national. Sit&#244;t &#233;lu, le nouveau maire a commenc&#233; &#224; imprimer sa marque s&#233;curitaire. Comment le candidat frontiste est-il parvenu &#224; s'imposer dans la cit&#233; catalane, territoire de passages et d'&#233;changes, qui en font une ville cosmopolite ? Quels espoirs de r&#233;sistance aujourd'hui ? Tentative de r&#233;ponses, &#224; l'issue de cinq jours sur place &#224; parcourir la ville et rencontrer des militant.es associatifs et anticapitalistes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3499 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;64&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH334/-1655-74c5d.jpg?1782775444' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Quartier Saint-Jacques, Perpignan, &#233;t&#233; 2016.
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Photo Denis Meyer
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 28 juin dernier, Louis Aliot a remport&#233; le second tour des municipales avec 59,03 % des suffrages face au maire sortant Les R&#233;publicains (LR) Jean-Marc Pujol. Cette victoire n'est pas une surprise : en 2014 d&#233;j&#224;, le frontiste &#233;tait arriv&#233; en t&#234;te au premier tour, et Pujol n'avait d&#251; sa r&#233;&#233;lection qu'au ralliement des autres listes et &#224; la mobilisation d'une partie des abstentionnistes. Cette fois, le &#171; barrage r&#233;publicain &#187; n'a pas suffi.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Entre cloisonnement et effritement&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le centre de Perpignan a toujours &#233;t&#233; un myst&#232;re pour moi. Impossible, pour la visiteuse que je suis, d'en dessiner une carte mentale claire. Hors des axes familiers, je t&#226;tonne dans les rues &#233;troites et m'&#233;tonne de mes trajectoires. Au premier abord, on peut &#234;tre frapp&#233;&#183;e par l'image d'un centre-ville en d&#233;sh&#233;rence, dans lequel s'&#233;tirent d'anciennes rues commerciales d&#233;sertes, jalonn&#233;es de devantures ferm&#233;es. Sur certaines, la m&#233;tropole a coll&#233; des photos d'int&#233;rieurs marchands t&#233;moins, mais cette tentative de redynamisation par le papier peint ne fait qu'ajouter &#224; une impression de tristesse fig&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, le centre n'est pas le lieu de la bourgeoisie. En dehors de quelques rues cossues et de la place de la R&#233;publique r&#233;nov&#233;e sur laquelle s'&#233;talent des terrasses proprettes autour d'un march&#233; de producteurs, elle demeure invisible. Les classes ais&#233;es se concentrent dans les quartiers p&#233;riph&#233;riques, se repliant dans des r&#233;sidences ferm&#233;es ou se d&#233;pliant dans un confortable p&#233;riurbain choisi. Elles laissent les pauvres entre eux, dans les quartiers populaires centraux ou rel&#233;gu&#233;s en proche bordure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Perpignan est, aussi, une ville qui s'effondre. En 2006, 2009 et 2014, plusieurs immeubles se sont &#233;croul&#233;s dans les quartiers de Saint-Jacques et Saint-Mathieu. Un d&#233;faut d'entretien du b&#226;ti par des proprios prompts &#224; empocher des loyers, conjugu&#233; &#224; une inaction de la Ville, font du mal-logement une probl&#233;matique pr&#233;gnante &#8211; on estime &#224; 4 000 le nombre de logements insalubres dans le centre. Les rues portent les stigmates de l'effritement : &#233;tais de sout&#232;nement, d&#233;moli&#8202;tions en cours, immeubles dont ne subsistent que les fa&#231;ades, &#238;lots parsem&#233;s de dents creuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le centre, certains quartiers ne se traversent pas ; ils se contournent le long de fronti&#232;res, invisibles pour des yeux non initi&#233;s. Toutes les personnes rencontr&#233;es durant mon s&#233;jour affirment que ce cloisonnement s'est renforc&#233; ces derni&#232;res ann&#233;es : &#171; &lt;i&gt;Les quartiers se ferment.&lt;/i&gt; &#187; Perpignan est une ville marqu&#233;e par une forte s&#233;gr&#233;gation spatiale et les habitant.es s'y fr&#244;lent sans toujours se rencontrer. Cette image de populations fragment&#233;es, captives de territoires communautaris&#233;s, est omnipr&#233;sente dans les discours politiques et m&#233;diatiques : les Gitan.es de Saint-Jacques face aux Arabes de Saint-Mathieu, comme durant les &#233;meutes du printemps 2005 &lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 29 mai 2005, &#224; la suite du meurtre d'un habitant de Saint-Mathieu, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un livre-dialogue&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Perpignan, laboratoire social et urbain, &#233;ditions de l'Aube, 2018.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; avec Jean-Paul Alduy, qui fut maire UMP de la ville de 1993 &#224; 2009, le sociologue Alain Tarrius nuance ces repr&#233;sentations. Il explique que, pour que le syst&#232;me client&#233;liste local fonctionne, les politiques ont besoin d'induire une immobilisation et un fractionnement des populations, celles-ci devenant alors le jouet de la concurrence entre la Ville et le conseil d&#233;partemental, historiquement &#224; gauche. Or, les habitant.es d&#233;veloppent des strat&#233;gies de contournement et de retournement de ces assignations. D'apr&#232;s Tarrius, si les &#233;changes entre populations semblent diminuer, cela ne dit pas grand-chose de leurs mobilit&#233;s r&#233;elles. Perpignan est une ville-&#233;tape, &#224; la fronti&#232;re de nombreux flux d'&#233;changes plus ou moins informels, une m&#233;tropole de la mondialisation entre pauvres, centrale dans les &#233;conomies souterraines.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une mairie bleu marine&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Territoire extr&#234;mement in&#233;galitaire, Perpignan se hisse au cinqui&#232;me rang des villes les plus pauvres de France. 32 % de ses habitant.es vivent sous le seuil de pauvret&#233; et le taux de ch&#244;mage atteint 85 % dans certains quartiers. Les associations, bien que nombreuses, sont d&#233;bord&#233;es, et font le constat d'une paup&#233;risation grandissante. Ornella, membre du Secours populaire, me confie que les demandes d'aide alimentaire ont augment&#233; de 30 % en 2019 et de 45 % cette ann&#233;e : &#171; &lt;i&gt;Maintenant on voit m&#234;me des artisans venir chercher &#224; manger.&lt;/i&gt; &#187; Un appauvrissement d&#233;j&#224; visible avant la pand&#233;mie, et qui n'a fait qu'augmenter depuis le confinement. Les militantes associatives que je rencontre font le m&#234;me r&#233;cit d'une mis&#232;re sociale omnipr&#233;sente, et encha&#238;nent les histoires sordides dessinant la guerre entre pauvres qui fait rage. La situation &#233;tait d&#233;j&#224; au bord de l'implosion, et l'&#233;lection de Louis Aliot &#224; la mairie ne laisse rien pr&#233;sager de bon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le vote Front national est historiquement fort &#224; Perpignan et dans la r&#233;gion, son candidat a d&#251;, pour se faire &#233;lire, nouer des alliances et conqu&#233;rir de nouveaux &#233;lectorats. Se pr&#233;sentant sans &#233;tiquette pour se distancier du RN, Louis Aliot s'est construit une image de notable du coin, figure respectable et pond&#233;r&#233;e. Tout en soignant son implantation locale, Aliot est parvenu &#224; se pr&#233;senter comme ext&#233;rieur aux pratiques vernaculaires de n&#233;potisme et de client&#233;lisme&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est une des raisons qui pourraient expliquer qu'il a r&#233;ussi &#224; capter une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Son programme, tr&#232;s ax&#233; sur la s&#233;cu&#8202;rit&#233;, diff&#233;rait peu de celui de Jean-Marc Pujol, le maire LR sortant. Son discours lib&#233;ral et rassembleur a su rassurer la bourgeoisie locale, de droite plut&#244;t r&#233;publicaine, lui permettant de rafler le vote des classes ais&#233;es p&#233;riph&#233;riques. Affichant volontiers sa proximit&#233; avec Robert M&#233;nard, le maire d'extr&#234;me droite de B&#233;ziers dont il prend l'action comme mod&#232;le, Aliot a n&#233;anmoins pris garde &#224; ne pas tomber dans la suren&#8202;ch&#232;re. Raciste, oui, mais pas outrancier. &#171; &lt;i&gt;Il n'a pas int&#233;r&#234;t &#224; ce que &#231;a se passe mal, pour ne pas ternir l'image de la ville&lt;/i&gt; &#187;, conjecture Sarah, membre du lieu associatif La Locale. &#171; &lt;i&gt;Mais il y a les effets d'annonce, et puis ce qui ne se voit pas dans les m&#233;dias. On a peur que l'&#233;lection d'Aliot empire ce qui se faisait d&#233;j&#224; ; c'est sur les populations fragiles qu'il va taper.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Effectivement, les arr&#234;t&#233;s pleuvent d&#232;s les premi&#232;res semaines, interdisant p&#234;le-&#8202;m&#234;le : mendicit&#233;, occupation abusive de l'espace public, regroupement d'individus perturbateurs, tenue ind&#233;cente, divagation de chien ou m&#234;me jeux de boules sur le domaine public. Aliot ordonne &#233;galement la fermeture &#224; 22 heures des alimentations g&#233;n&#233;rales, arguant lors d'une conf&#233;rence de presse que &#171; &lt;i&gt;l'origine &lt;/i&gt;[de l'ins&#233;curit&#233;] &lt;i&gt;vient de l'ouverture de commerces illicites, d'&#233;piceries de nuit, qui occasionnent tapages nocturnes, ivresses publiques et des faits plus graves comme les trafics de cigarettes ou de stup&#233;fiants&lt;/i&gt; &#187;. Pour faire appliquer ces mesures, il augmente les effectifs de la police municipale (PM). Une &#233;volution qui se double, constatent les militant. es, d'une collaboration marqu&#233;e entre la mairie et la pr&#233;fecture. Si les populations fragiles &#233;taient loin d'&#234;tre m&#233;nag&#233;es sous l'an&#8202;cienne &#233;quipe municipale, le tour de vis annonc&#233; commence &#224; se faire sentir.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le maire et sa flicaille&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Samedi midi, place Cassanyes. Sur cette place entour&#233;e de petits commerces et de terrasses de caf&#233;, se tient un march&#233; quotidien o&#249; l'on trouve de tout. Tandis que les forains replient leurs stands &#224; la vitesse de l'&#233;clair, les cantonniers entrent en action et leurs machines prennent possession des lieux dans un bruit d'enfer. Malgr&#233; cette routine apparente, le quartier n'est pas tranquille : dans la matin&#233;e, la Bac (Brigade anti-criminalit&#233;) a fait une descente dans le four&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Point de deal.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; tout proche. Soudain, les &lt;i&gt;arah&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cri utilis&#233; par les guetteurs pour pr&#233;venir de l'arriv&#233;e des flics.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; retentissent : une voiture de police fait son entr&#233;e sur la place, avant de s'enfoncer &#224; faible allure dans une ruelle. Depuis les &#233;lections, la PM et son maire ne m&#233;nagent pas leurs efforts. &#171; &lt;i&gt;On a senti le changement d&#232;s le premier jour&lt;/i&gt; &#187;, me raconte Emma, une amie com&#233;dienne. &#171; &lt;i&gt;Le lendemain des &#233;lections, les flics paradaient, gyrophares allum&#233;s, et jouaient les cow-boys quand on les approchait de trop pr&#232;s. Ils avaient l'air de f&#234;ter quelque chose et &#233;taient clairement en confiance.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;galement dans le viseur d'Aliot, les squats d'exil&#233;&#183;es, qui subissaient d&#233;j&#224; une pression importante sous la mandature de Pujol. Roger Hillel, militant commu&#8202;niste, conserve la m&#233;moire de la longue campagne de r&#233;quisitions, port&#233;e par le collectif Bouge Toit. Si la premi&#232;re occupation, en 2011, s'&#233;tait plut&#244;t bien pass&#233;e &#8211; Pujol &#233;tant m&#234;me venu visiter l'ancienne &#233;cole occup&#233;e en promet&#8202;tant qu'il n'y aurait pas expulsion &#8211;, l'atti&#8202;tude de la municipalit&#233; s'&#233;tait rapidement durcie. Ces derni&#232;res ann&#233;es, les &#233;vacuations se sont succ&#233;d&#233;, et l'arriv&#233;e d'Aliot empire encore les choses. La derni&#232;re expulsion date du 12 ao&#251;t dernier &#8211; un ancien h&#244;tel appartenant &#224; la mairie et occup&#233; depuis d&#233;cembre 2018. La proc&#233;dure arrivant &#224; son terme au moment du confinement, un recours avait &#233;t&#233; d&#233;pos&#233; afin de repousser l'&#233;ch&#233;ance. Mais la mairie, contrairement &#224; la pratique en vigueur, a demand&#233; &#224; la pr&#233;fecture d'ordonner l'expulsion avant l'audience. Pour Roger, &#171; &lt;i&gt;cette intervention est une provocation et une tentative d'intimidation&lt;/i&gt; &#187;. Autre d&#233;cision &#233;loquente selon lui : l'affaire de l'h&#244;tel de la Cigale, un b&#226;timent pr&#233;empt&#233; par le conseil d&#233;partemental des Pyr&#233;n&#233;es-Orientales pour en faire une plate-forme d'accueil pour les mineur.es non accompagn&#233;. es. L'ancienne municipalit&#233; s'&#233;tait d&#233;j&#224; oppos&#233;e au projet, r&#233;pliquant vouloir y installer un commissariat de quartier. Louis Aliot, alors conseiller municipal, s'&#233;tait fendu d'une lettre ouverte dans laquelle il associait les migrant.&#8202;es &#224; &#171; [la] &lt;i&gt;toxicomanie,&lt;/i&gt; [les] &lt;i&gt;agressions de&lt;/i&gt; femmes, [l']&lt;i&gt;insalubrit&#233;&lt;/i&gt; &#187;. D&#233;sormais au pouvoir, et bien qu'une d&#233;cision du tribunal administratif ait donn&#233; raison au D&#233;partement, il passe en force et vient de lancer les travaux du futur commissariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le nouveau maire et ses forces de l'ordre ne se donnent pas toujours la peine d'&#234;tre aussi proc&#233;duriers. Sous une pluie battante, je rejoins Fatouma, mili&#8202;tante associative tr&#232;s impliqu&#233;e aupr&#232;s des personnes &#224; la rue, et Mohammed, sans-&#8202;abri, dont le campement a &#233;t&#233; bruta&#8202;lement expuls&#233; quelques jours auparavant. Avec deux autres personnes, il &#233;tait install&#233; sous un pont depuis presque un an, pr&#232;s de la Croix-Rouge et des Restos du c&#339;ur. Le matin du 30 septembre, ces derniers leur ont refus&#233; un caf&#233;, le ton est mont&#233; et la directrice a appel&#233; le 17. Les policiers municipaux sont arriv&#233;s en un clin d'&#339;il et ont &#233;vacu&#233; sans m&#233;nagement les occu&#8202;pant.es et leurs affaires. &#171; &lt;i&gt;Les pauvres, on ne veut plus vous voir &#224; Perpignan&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;, ont-ils dit &#224; Mohammed, tout en mena&#8202;&#231;ant Fatouma qui tentait de filmer la sc&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;La Locale&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le soir des &#233;lections, pendant qu'Aliot f&#234;tait sa victoire dans un immeuble cossu du centre historique, seules quelques dizaines de personnes se sont rassembl&#233;es spontan&#233;ment pour protester. Roger me d&#233;crit &#171; &lt;i&gt;un v&#233;ritable coup de bambou. Les camarades sont sonn&#233;s. On est dans l'expectative, il va nous falloir un peu de temps pour sortir de la sid&#233;ration et r&#233;agir.&lt;/i&gt; &#187; Pourtant, entre fatigue de l'urgence sociale et incertitude des temps &#224; venir, malgr&#233; le tableau noir qu'ils dressent de la situation, les militant.es rencontr&#233;s ne l&#226;chent rien. Si certaines structures subissent des pressions et craignent pour leurs subventions, le tissu associatif local reste solide. Surtout, tous et toutes le disent, la solidarit&#233; tient bon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce brouillard profond, une petite &#233;claircie : La Locale, lieu associatif, s'appr&#234;te &#224; ouvrir ses portes dans le centre, &#224; deux pas de la place Rigaud. L'id&#233;e a germ&#233; peu apr&#232;s l'&#233;lection. Face au constat d'une ambiance cloisonn&#233;e et de l'absence d'un r&#233;seau d'organisation efficace pour faire face aux situations d'urgence &#8211; en-dehors de celui des associations satur&#233;es &#8211;, la n&#233;cessit&#233; d'un lieu pour s'organiser s'est impos&#233;e. Est alors n&#233; le projet d'un local de luttes et d'activit&#233;s. Une base arri&#232;re, pour permettre &#224; celles et ceux qui agissent de se rencontrer, et aux solidarit&#233;s de se renforcer. Le tout sur des bases politiques claires : antiautoritaires et autogestionnaires. Cr&#233;&#233; &#224; l'origine par quelques-uns, le collectif s'est depuis &#233;largi, agr&#233;geant des personnes mues par une m&#234;me volont&#233; de recoller les morceaux. Une premi&#232;re r&#233;union publique a eu lieu en septembre, afin de pr&#233;senter le projet et lancer une souscription. Celle-ci a port&#233; ses fruits et l'ouverture est proche. Au programme : une cantine r&#233;guli&#232;re, des cycles de conf&#233;rences et de projections, des permanences juridiques pour les saisonnier.es, un atelier couture. Les r&#233;p&#233;titions de deux chorales f&#233;ministes et des r&#233;unions de Gilets jaunes devraient &#233;galement s'y tenir. Perpignan, ville morcel&#233;e ? Ne reste qu'&#224; tisser des ponts.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mathilde Offroy&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le 29 mai 2005, &#224; la suite du meurtre d'un habitant de Saint-Mathieu, Perpignan connaissait une nuit d'&#233;meutes, suivie d'une semaine de tensions entre les deux quartiers.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Perpignan, laboratoire social et urbain&lt;/i&gt;, &#233;ditions de l'Aube, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;C'est une des raisons qui pourraient expliquer qu'il a r&#233;ussi &#224; capter une part importante du &#171; vote gitan &#187; dans le quartier Saint-Jacques : entre porte-&#224;-porte et rencontres avec les grandes familles du quartier, il a su se pr&#233;senter comme &#233;tant hors du syst&#232;me client&#233;liste et des magouilles d'instrumentalisation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Point de deal.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cri utilis&#233; par les guetteurs pour pr&#233;venir de l'arriv&#233;e des flics.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Les policiers sont dress&#233;s &#224; diff&#233;rencier les proies dont ils peuvent ab&#238;mer les corps &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Les-policiers-sont-dresses-a</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Les-policiers-sont-dresses-a</guid>
		<dc:date>2020-06-13T13:39:50Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;tienne Savoye</dc:subject>
		<dc:subject>corps</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>police</dc:subject>
		<dc:subject>violences</dc:subject>
		<dc:subject>violences polici&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>quartiers</dc:subject>
		<dc:subject>polici&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>quartiers populaires</dc:subject>
		<dc:subject>polici&#232;re</dc:subject>
		<dc:subject>populaires</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Depuis son premier ouvrage, L'ennemi int&#233;rieur : la g&#233;n&#233;alogie coloniale et militaire de l'ordre s&#233;curitaire dans la France contemporaine , le sociologue Mathieu Rigouste d&#233;cortique les faces cach&#233;es du maintien de l'ordre et des marchands de peur . Dans cet entretien, il replace dans le temps long l'explosion des violences polici&#232;res qui touche les quartiers populaires au temps du Covid-19. La pand&#233;mie semble avoir encore accru les violences polici&#232;res... &#171; Pendant le confinement, il y (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no188-juin-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;188 (juin 2020)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Etienne-Savoye" rel="tag"&gt;&#201;tienne Savoye&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/corps" rel="tag"&gt;corps&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/police" rel="tag"&gt;police&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/violences" rel="tag"&gt;violences&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/violences-policieres-1346" rel="tag"&gt;violences polici&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/quartiers" rel="tag"&gt;quartiers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/policieres" rel="tag"&gt;polici&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/quartiers-populaires" rel="tag"&gt;quartiers populaires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/policiere" rel="tag"&gt;polici&#232;re&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/populaires" rel="tag"&gt;populaires&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis son premier ouvrage, &lt;i&gt;L'ennemi int&#233;rieur : la g&#233;n&#233;alogie coloniale et militaire de l'ordre s&#233;curitaire dans la France contemporaine&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La D&#233;couverte, 2009.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, le sociologue Mathieu Rigouste d&#233;cortique les faces cach&#233;es du maintien de l'ordre et des marchands de peur&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire notamment La domination polici&#232;re : une violence industrielle (La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Dans cet entretien, il replace dans le temps long l'explosion des violences polici&#232;res qui touche les quartiers populaires au temps du Covid-19.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3364 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH426/-1551-40434.jpg?1782645475' width='400' height='426' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Etienne Savoye
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La pand&#233;mie semble avoir encore accru les violences polici&#232;res... &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pendant le confinement, il y a eu au moins douze morts li&#233;s &#224; l'activit&#233; de la police. C'&#233;tait &#224; peu pr&#232;s la moyenne annuelle jusqu'en 2015. Ensuite, ce chiffre a plus que doubl&#233;, &#233;voluant ces cinq derni&#232;res ann&#233;es entre vingt-cinq et trente-cinq morts annuels. Ces derni&#232;res semaines, il y a donc clairement eu une nouvelle intensification des violences polici&#232;res. Sachant que l'oppression polici&#232;re en &#233;tat d'urgence sanitaire continue de cibler principalement les prol&#233;taires non blancs. Chasses &#224; l'homme, tabassages, humiliations, usage du pistolet &#233;lectrique et des balles de caoutchouc, gazages et mises &#224; morts... toutes ces pratiques s'inscrivent dans des r&#233;pertoires institu&#233;s historiquement. L&#224; o&#249; il y a nouveaut&#233;, c'est qu'elles ont touch&#233; les femmes des quartiers populaires de mani&#232;re beaucoup plus directe dans la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cette &#233;volution s'inscrit dans la continuit&#233; de la gestion polici&#232;re des quartiers populaires, l'&#233;tat d'urgence est un acte symbolique qui met en sc&#232;ne la suspension de la &#8220;normalit&#233;&#8221; et signifie l'ouverture d'une situation &#8220;d'exception&#8221;. C'est un signal qui dit aux policiers qu'ils doivent y aller plus &#8220;fort&#8221; et qui leur garantit qu'ils seront couverts pour &#231;a. C'est une extension instrumentale de l'arbitraire policier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette intensification des violences d'&#201;tat est aussi li&#233;e &#224; l'affaiblissement des capacit&#233;s d'opposition aux violences polici&#232;res caus&#233;es par le confinement. Dans la rue, l'observation des exactions et la pr&#233;sence physique susceptible de se confronter &#224; la police ont &#233;t&#233; profond&#233;ment r&#233;duites. Cela concerne aussi les collectifs et associations qui participent au quotidien &#224; contenir les violences d'&#201;tat en existant simplement au c&#339;ur de la vie sociale des quartiers populaires. Durant la premi&#232;re s&#233;quence de l'&#233;tat d'urgence, le pouvoir policier s'est retrouv&#233; quasiment sans opposition face &#224; lui. Les forces r&#233;sistantes se sont concentr&#233;es sur Internet, o&#249; elles ont continu&#233; &#224; &#339;uvrer pour montrer et d&#233;noncer ces violences. On a vu le m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne dans les prisons, les centres de r&#233;tention ou les foyers de travailleurs migrants &#8211; partout o&#249; s'exerce habituellement la f&#233;rocit&#233; polici&#232;re. Et dans chacun de ces lieux, de multiples pratiques d'entraide et de r&#233;sistance ont vu le jour. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment le maintien de l'ordre &#171; diff&#233;renci&#233; &#187; se construit-il ? Il y a des consignes claires ? Taper fort sur les banlieues et mollo sur le reste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les consignes &#233;voluent selon les &#233;poques, selon la composition et les strat&#233;gies des classes dirigeantes, mais elles interviennent pour r&#233;guler des fonctionnements institu&#233;s depuis des d&#233;cennies et qui structurent le pouvoir de la police en amont des mises en pratique r&#233;elles. Tous les commissariats sont organis&#233;s pour &#8220;faire du chiffre&#8221; en d&#233;ployant leurs unit&#233;s les plus rentables et les plus f&#233;roces sur ce qu'ils appellent les &#8220;zones criminog&#232;nes&#8221;. Cela engendre une concentration de violence sur les habitants des quartiers populaires. Tout le syst&#232;me &#233;conomique, politique et social s'appuie sur la s&#233;gr&#233;gation socio-raciale. Les policiers sont dress&#233;s au quotidien &#224; diff&#233;rencier les proies dont ils peuvent ab&#238;mer les corps et les &#8220;populations l&#233;gitimes&#8221; dont il convient de respecter les corps et les droits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La f&#233;rocit&#233; polici&#232;re ne d&#233;coule pas d'une perte de contr&#244;le de l'&#201;tat sur sa police, qui serait, comme on l'entend souvent, &#8220;l&#226;ch&#233;e en roue libre&#8221;. La gestion de la police dans le capitalisme s&#233;curitaire continue d'&#233;voluer par retours d'exp&#233;riences. Les mises en pratique r&#233;elles des r&#233;gimes de police sont toujours tr&#232;s &#233;loign&#233;es des fantasmes de contr&#244;le total qui les animent en amont. La police se trompe souvent, elle se plante parfois magistralement, elle n'arrive jamais &#224; soumettre durablement les opprim&#233;&#8226;es, mais sa violence est globalement g&#233;r&#233;e, administr&#233;e, institu&#233;e par les classes dominantes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans un mail, je te parlais de &#171; colonialisme sanitaire &#187;, parce que j'ai en t&#234;te cette approche du maintien de l'ordre que tu d&#233;cryptais dans &lt;i&gt;L'Ennemi int&#233;rieur&lt;/i&gt;, avec la guerre d'Alg&#233;rie comme socle fondateur. C'est une lecture que tu appliques &#224; la s&#233;quence actuelle ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les soci&#233;t&#233;s imp&#233;rialistes ont instrumentalis&#233; l'argument sanitaire tout au long de leur histoire. D'hier &#224; aujourd'hui, cela a permis de justifier la s&#233;gr&#233;gation des colonis&#233;s comme corps contagieux ou les exp&#233;rimentations de vaccins sur ces derniers. La m&#233;taphore m&#233;dico-chirurgicale fonde l'&#201;tat moderne, de Thomas Hobbes jusqu'aujourd'hui, et elle a structur&#233; en profondeur les doctrines de contre-insurrection. Elle impose l'id&#233;e de corps national, dont l'&#201;tat serait la t&#234;te, &#8220;la population&#8221; serait la chair, et tout ce qui le menace serait assimilable &#224; une maladie qu'il faudrait &#233;radiquer. Elle dissimule les rapports de domination et d'exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et on sait comme la peur est force de suggestion. Lorsqu'on se croit menac&#233; d'un mal mortel, on accepte g&#233;n&#233;ralement les traitements les plus brutaux. L'application de cette &#8220;strat&#233;gie du choc&#8221; permet de pouvoir r&#233;guli&#232;rement justifier des restructurations autoritaires et s&#233;curitaires, en convoquant la survie du corps social. Tous les imaginaires s&#233;curitaires reposent plus ou moins sur cette id&#233;e-l&#224; : vacciner le corps national, le purger, le nettoyer de tout ce que les classes dominantes jugeront mena&#231;ant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; Argenteuil, il y a eu plusieurs nuits de r&#233;volte apr&#232;s la mort d'un jeune homme dans des conditions suspectes. Ne serait-on pas au bord d'une nouvelle explosion de col&#232;re ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a eu des r&#233;voltes populaires dans plus d'une vingtaine de villes, pas seulement &#224; Argenteuil, et &#231;a a tenu dans certains endroits pendant plusieurs jours. &#199;a n'a rien d'exceptionnel, il y a toujours eu des formes de r&#233;sistance auto-organis&#233;es face aux violences polici&#232;res dans les quartiers, les prisons, les camps et les campements. Reprendre la rue pour s'opposer &#224; la police constitue avant tout une question de survie. C'est de l'autod&#233;fense, c'est parfois compl&#232;tement spontan&#233; et parfois tr&#232;s pr&#233;par&#233; ; c'est en tout cas profond&#233;ment politique et ce n'est que la partie &#233;merg&#233;e de r&#233;sistances collectives invisibles et quotidiennes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par &#201;milien Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La D&#233;couverte, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire notamment &lt;i&gt;La domination polici&#232;re : une violence industrielle&lt;/i&gt; (La Fabrique, 2012) et &lt;i&gt;&#201;tat d'urgence et business de la s&#233;curit&#233; &lt;/i&gt;(Niet !, 2016).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; On est toujours assign&#233;s au statut de colonis&#233;s &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/On-est-toujours-assignes-au-statut</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/On-est-toujours-assignes-au-statut</guid>
		<dc:date>2020-06-07T17:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;tienne Savoye</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Mais</dc:subject>
		<dc:subject>violences</dc:subject>
		<dc:subject>Noirs</dc:subject>
		<dc:subject>violences polici&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>quartiers</dc:subject>
		<dc:subject>polici&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>quartiers populaires</dc:subject>
		<dc:subject>d&#233;ni</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Pendant le confinement, un concentr&#233; de brutalit&#233; polici&#232;re s'est abattu sur les quartiers populaires de l'Hexagone, des propos d'un racisme crasse accompagnant bien souvent les coups. Pourtant, la France officielle continue de nier l'&#233;vidence. Entretien avec le militant antiraciste Omar Slaouti. Dans la nuit du 25 au 26 avril, un homme se jette dans la Seine pour &#233;chapper &#224; des policiers. Ils le rep&#234;chent et l'arr&#234;tent. En cheminant vers le panier &#224; salade, les agents se bidonnent sec : &#171; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no188-juin-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;188 (juin 2020)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Etienne-Savoye" rel="tag"&gt;&#201;tienne Savoye&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/France" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Mais" rel="tag"&gt;Mais&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/violences" rel="tag"&gt;violences&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Noirs" rel="tag"&gt;Noirs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/violences-policieres-1346" rel="tag"&gt;violences polici&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/quartiers" rel="tag"&gt;quartiers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/policieres" rel="tag"&gt;polici&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/quartiers-populaires" rel="tag"&gt;quartiers populaires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/deni" rel="tag"&gt;d&#233;ni&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pendant le confinement, un concentr&#233; de brutalit&#233; polici&#232;re s'est abattu sur les quartiers populaires de l'Hexagone, des propos d'un racisme crasse accompagnant bien souvent les coups. Pourtant, la France officielle continue de nier l'&#233;vidence. Entretien avec le militant antiraciste Omar Slaouti.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3364 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH426/-1551-40434.jpg?1782645475' width='400' height='426' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Etienne Savoye
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;D&lt;/span&gt;ans la nuit du 25 au 26 avril, un homme se jette dans la Seine pour &#233;chapper &#224; des policiers. Ils le rep&#234;chent et l'arr&#234;tent. En cheminant vers le panier &#224; salade, les agents se bidonnent sec : &#171; &lt;i&gt;Il sait pas nager. Un bicot comme &#231;a, &#231;a nage pas&lt;/i&gt; &#187;, lance l'un d'eux. &#171; &lt;i&gt;&#199;a coule, t'aurais d&#251; lui accrocher un boulet au pied&lt;/i&gt; &#187;, lui r&#233;pond un coll&#232;gue. Rires. La vid&#233;o, capt&#233;e par un habitant de l'&#206;le-Saint-Denis (93) est &#233;loquente de racisme &#8211; le &#171; &lt;i&gt;bicot&lt;/i&gt; &#187; est &#233;gyptien. Et de violence : une fois l'homme dans le fourgon de police, on l'entend pousser des cris de terreur et/ou de douleur. Les cognes, eux, continuent de rire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quinze jours plus tard, le 11 mai, c'est sur l'&#206;le-Saint-Denis qu'a eu lieu la premi&#232;re importante manifestation post-confinement contre les violences polici&#232;res. Entretien avec un des organisateurs, le militant antiraciste Omar Slaouti, membre notamment du Collectif du 10 novembre contre l'islamophobie et du collectif V&#233;rit&#233; et justice pour Ali Ziri&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ouvrier &#224; la retraite, Ali Ziri est d&#233;c&#233;d&#233; en novembre 2009 apr&#232;s une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;Un bicot, &#231;a nage pas&lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;Cette phrase &#233;voque le massacre du 17 octobre 1961, quand des policiers avaient jet&#233; des manifestants alg&#233;riens dans la Seine&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Bien s&#251;r, &#231;a renvoie &#224; Maurice Papon&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pr&#233;fet de police de Paris en 1961. Il avait d&#233;j&#224; s&#233;vi en Gironde pendant la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; et &#224; toute la charge colonialiste et de d&#233;shumanisation qui lui est consubstantielle &#224; l'&#233;poque. Tout le monde conna&#238;t cette histoire-l&#224;. Mais &#231;a renvoie aussi &#224; une autre dimension qu'on a tendance &#224; occulter : ce qu'est le racisme aujourd'hui dans la police fran&#231;aise &#8211; et d'o&#249; il vient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une partie de l'histoire de la police est en lien avec l'histoire coloniale, tant et si bien qu'il existe en son sein un ensemble d'impens&#233;s coloniaux ou n&#233;ocoloniaux. C'est l'id&#233;e qu'il y a des individus qui sont dans un rapport d'alt&#233;rit&#233;. Ce sont des &lt;i&gt;autres&lt;/i&gt; : ils n'ont pas de raison d'&#234;tre ici et ils ne doivent pas disposer des m&#234;mes droits que celles et ceux qui sont consid&#233;r&#233;s comme des nationaux &#8211; ou plut&#244;t consid&#233;r&#233;s comme l&#233;gitimes &#224; &#234;tre des nationaux, parce que dans ce pays, la plupart des personnes arabes et noires sont fran&#231;aises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, on est toujours assign&#233;s &#224; ce statut de colonis&#233;s, c'est-&#224;-dire de sous-humanit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En ce qui concerne les violences polici&#232;res racistes, un d&#233;ni officiel persiste. Dernier exemple en date : quand l'actrice et chanteuse Cam&#233;lia Jordana parle &#224; la t&#233;l&#233; &#171; &lt;i&gt;des hommes et des femmes qui vont travailler tous les matins en banlieue et qui se font massacrer pour nulle autre raison que leur couleur de peau &#187;&lt;/i&gt;, Christophe Castaner condamne tout de suite ces propos. La France officielle continue de se voiler la face&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La France pratique des injustices raciales qui rel&#232;vent de la responsabilit&#233; d'&#201;tat &#8211; on ne parle pas du racisme individuel, mais d'un racisme qui &#233;mane d'autorit&#233;s &#233;tatiques. Et non seulement la France officielle l&#233;gitime des pratiques racialistes et racistes &#224; l'&#233;gard des habitants des quartiers populaires parce qu'arabes et noirs, mais en plus, quand ces derniers disent &#8220;&lt;i&gt;Nous sommes victimes&lt;/i&gt;&#8221;, on leur r&#233;pond &#8220;&lt;i&gt;Vous mentez et vous insultez l'&#201;tat fran&#231;ais&lt;/i&gt;&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;ni est r&#233;current. Ce qui vient de se passer avec Cam&#233;lia Jordana, c'est exactement ce qui s'est pass&#233; lorsque l'&#201;tat a &#233;t&#233; condamn&#233; pour contr&#244;les au faci&#232;s et que Manuel Valls, Premier ministre &#224; l'&#233;poque, a d&#233;cid&#233; de faire appel de cette condamnation. D'ailleurs, il a perdu une deuxi&#232;me fois en appel&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Apr&#232;s avoir perdu en premi&#232;re instance, cinq personnes avaient r&#233;ussi en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me quand ce sont des chercheurs du CNRS qui font &#233;tat de contr&#244;les au faci&#232;s, on a toujours un d&#233;ni de ceux et celles qui nous gouvernent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce d&#233;ni n'est pas l'apanage des sph&#232;res dirigeantes et polici&#232;res. Dans l'espace m&#233;diatique, un ph&#233;nom&#232;ne est frappant : les journaux fran&#231;ais n'ont aucun mal &#224; dire qu'il y a aux &#201;tats-Unis un probl&#232;me racial de violence polici&#232;re. Mais quand il s'agit de d&#233;noncer cette r&#233;alit&#233; ici, il n'y a plus grand monde&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#199;a tient au fait que la France a construit un roman national, un mythe. Elle a fabriqu&#233; un imaginaire qui fait d'elle le pays des droits de l'Homme avec une dimension universaliste qui rayonne partout dans le monde. Et cette conception fait qu'il y a un d&#233;ni des r&#233;alit&#233;s qui va &#224; l'encontre de cette id&#233;e totalement fantasmatique de ce qu'est la France. On ne peut pas &#234;tre &#224; la fois &#8220;le pays des droits de l'Homme&#8221; et un pays o&#249; les hommes sont d&#233;ni&#233;s dans leur qualit&#233; d'&#234;tre humain parce qu'arabes, noirs, roms ou juifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;ni a un aspect historique &#8211; sur la responsabilit&#233; de l'&#201;tat fran&#231;ais quant au g&#233;nocide des juifs durant Seconde Guerre mondiale ou au niveau imp&#233;rialiste dans un ensemble de g&#233;nocides &#224; l'&#233;chelle mondiale. Il a aussi une face actuelle, par exemple quand des migrants meurent en M&#233;diterran&#233;e parce que des lois sont vot&#233;es en France pour faire la chasse aux sans-papiers, les emp&#234;chant de fuir les d&#233;sordres du monde que la France a en partie caus&#233;s. Alors &#233;videmment, ce d&#233;ni se retrouve aussi dans ces violences polici&#232;res &#224; caract&#232;re raciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre exemple : le Covid. Des &#233;tudes am&#233;ricaines et anglaises montrent clairement que ce virus tue particuli&#232;rement les personnes racis&#233;es d'en bas : les Noirs ou les Hispanos aux &#201;tats-Unis, les Pakistanais, les Noirs ou les Indiens en Angleterre. Ce sont les soubassements structurels du racisme qui font que cette maladie touche prioritairement certaines populations. Et ici ? En Seine-Saint-Denis ou par exemple dans ma ville, Argenteuil, dans le Val-d'Oise, on constate une surmortalit&#233;. On sait pertinemment que ce sont des territoires o&#249; vivent beaucoup d'Arabes et de Noirs&#8230; Aux &#201;tats-Unis et en Angleterre on reconna&#238;t cette relation-l&#224;, mais dans le cas fran&#231;ais on la nie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le 11 mai, vous avez coorganis&#233; une des premi&#232;res manifestations du d&#233;confinement &#224; l'&#206;le-Saint-Denis. Pourquoi c'&#233;tait important de faire ce rassemblement l&#224;-bas ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il fallait que cette manifestation ait lieu dans un cadre qui d&#233;nonce l'ensemble des oppressions et des injustices. Et il se trouve que les quartiers populaires les ont concentr&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les quartiers o&#249; il y a le moins de structures sanitaires, o&#249; sont concentr&#233;s les pauvres &#8211; et notamment les Arabes et les Noirs. Ce sont des espaces qui ont &#233;t&#233; surcontr&#244;l&#233;s par la police, non seulement en nombre, mais aussi en &#8220;qualit&#233;&#8221; : les contr&#244;les se sont traduits par une explosion de violences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces quartiers vivent beaucoup des fameux &#8220;derniers de cord&#233;e&#8221;, qui sont &#224; la fois mal pay&#233;s et en m&#234;me temps font partie des premi&#232;res et des premiers touch&#233;s par le Covid. Les caissiers, les ouvriers et toutes celles et ceux qui se sont retrouv&#233;.es en premi&#232;re ligne pour faire les travaux de ce qu'on appelle en anglais le&lt;i&gt; care&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire les soins aux personnes, par exemple &#224; l'h&#244;pital ou aupr&#232;s des personnes &#226;g&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e de la manifestation, c'&#233;tait de d&#233;noncer tout &#231;a ; voil&#224; pourquoi elle devait avoir lieu dans un quartier populaire. Et plus particuli&#232;rement &#224; l'&#206;le-Saint-Denis, apr&#232;s les propos tenus par les policiers fin avril, notamment la phrase du &#8220;bicot qui sait pas nager&#8221;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elle s'est pass&#233;e comment, cette manifestation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On avait pr&#233;vu de constituer une cha&#238;ne humaine, en respectant la distanciation, les masques, etc. Mais finalement la police nous a emp&#234;ch&#233;s de la faire. Au contraire, elle nous a ramass&#233;s, nass&#233;s sur quelques dizaines de m&#232;tres carr&#233;s. On a fini par se retrouver press&#233;s les uns contre les autres&#8230; Autrement dit, Castaner a fabriqu&#233; un cluster. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des Gilets jaunes &#233;taient aussi pr&#233;sents ce jour-l&#224;. Il semble que la f&#233;rocit&#233; polici&#232;re subie par ce mouvement a quelque part permis une prise de conscience de l'existence des violences polici&#232;res chez une partie de la population blanche qui n'y avait jamais &#233;t&#233; confront&#233;e. Est-ce que cette nouvelle r&#233;alit&#233; fait que vous, militants des quartiers populaires, vous sentez moins seuls dans votre lutte face &#224; ces violences polici&#232;res ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On a un probl&#232;me r&#233;current : quand des Noirs et des Arabes disent qu'il y a une injustice, puisqu'ils subissent un ensemble d'oppressions parce qu'ils sont noirs et arabes, ce n'est jamais bien compris. &#199;a a &#233;t&#233; le cas pour les contr&#244;les au faci&#232;s : nous on savait depuis tr&#232;s longtemps que &#231;a existait, mais il a fallu que ce soit des chercheurs du CNRS qui le disent pour que ce soit act&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que des Gilets jaunes se fassent frapper pour ce qu'ils font, c'est pour nous d&#233;sastreux. Et en m&#234;me temps c'est vrai que &#231;a a permis une prise de conscience de ce que sont les violences polici&#232;res. En 2015, tout le monde voulait &#8220;embrasser un flic&#8221;. Apr&#232;s, quand les gens ont pris des coups de matraque, la relation d'amour a &#233;t&#233; plus compliqu&#233;e...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se f&#233;licite bien s&#251;r que des Gilets jaunes se retrouvent dans les combats des quartiers populaires &#8211; et r&#233;ciproquement : je tiens &#224; rappeler que dans les quartiers populaires aussi il y a des ronds-points qui ont &#233;t&#233; tenus. Il ne faut pas croire que ce mouvement n'a &#233;t&#233; que celui de la France rurale. On subit tous la m&#234;me merde : nos quartiers sont d&#233;sh&#233;rit&#233;s du point de vue des structures sanitaires, des h&#244;pitaux, et c'est vrai aussi pour la ruralit&#233;. Nos luttes sont en rapport les unes avec les autres et c'est important qu'on puisse se retrouver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne les violences polici&#232;res, les ressorts ne sont pas les m&#234;mes ; il y en a qui se font frapper pour ce qu'ils sont, d'autres pour ce qu'ils font ; mais peu importe : le go&#251;t de la matraque n'est jamais bon. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Clair Rivi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ouvrier &#224; la retraite, Ali Ziri est d&#233;c&#233;d&#233; en novembre 2009 apr&#232;s une arrestation violente &#224; Argenteuil.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pr&#233;fet de police de Paris en 1961. Il avait d&#233;j&#224; s&#233;vi en Gironde pendant la Seconde Guerre mondiale, en participant &#224; la d&#233;portation de Juifs. En 1997, il sera condamn&#233; &#224; dix ans de prison pour complicit&#233; de crime contre l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Apr&#232;s avoir perdu en premi&#232;re instance, cinq personnes avaient r&#233;ussi en 2015 &#224; faire condamner l'&#201;tat par la cour d'appel de Paris pour des contr&#244;les d'identit&#233; discriminatoires. En 2016, la Cour de cassation a d&#233;finitivement confirm&#233; cette condamnation dans trois des cinq cas.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La r&#233;silience kurde</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/La-resilience-kurde</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/La-resilience-kurde</guid>
		<dc:date>2019-11-13T12:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Loez</dc:creator>


		<dc:subject>Loez</dc:subject>
		<dc:subject>l'&#233;tat</dc:subject>
		<dc:subject>quartiers</dc:subject>
		<dc:subject>villes</dc:subject>
		<dc:subject>Kurdistan</dc:subject>
		<dc:subject>Kurdes</dc:subject>
		<dc:subject>kurde</dc:subject>
		<dc:subject>villes kurdes</dc:subject>
		<dc:subject>Diyarbakir</dc:subject>
		<dc:subject>G&#252;ltan Kisanak</dc:subject>
		<dc:subject>Firat Anli</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Rompu depuis deux ans &#224; un &#233;tat d'urgence permanent, le mouvement kurde n'a pas v&#233;cu le r&#233;f&#233;rendum pour les pleins pouvoirs d'Erdo&#287;an comme une &#233;ch&#233;ance capitale. En d&#233;pit d'une repr&#233;sentation politique l&#233;gale durement r&#233;prim&#233;e, la r&#233;sistance civile cherche &#224; remettre en marche des dynamiques nouvelles sans jamais baisser la t&#234;te. Reportage &#224; Diyarbakir, principale ville kurde du Sud-Est anatolien. Quelques jours avant le r&#233;f&#233;rendum, Helim d&#233;clarait : &#171; La campagne pour le non, c'est bien, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no154-mai-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;154 (mai 2017)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Loez-308" rel="tag"&gt;Loez&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-etat" rel="tag"&gt;l'&#233;tat&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/quartiers" rel="tag"&gt;quartiers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/villes" rel="tag"&gt;villes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Kurdistan" rel="tag"&gt;Kurdistan&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Kurdes" rel="tag"&gt;Kurdes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/kurde" rel="tag"&gt;kurde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/villes-kurdes" rel="tag"&gt;villes kurdes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Diyarbakir" rel="tag"&gt;Diyarbakir&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Gultan-Kisanak" rel="tag"&gt;G&#252;ltan Kisanak&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Firat-Anli" rel="tag"&gt;Firat Anli&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Rompu depuis deux ans &#224; un &#233;tat d'urgence permanent, le mouvement kurde n'a pas v&#233;cu le r&#233;f&#233;rendum pour les pleins pouvoirs d'Erdo&#287;an comme une &#233;ch&#233;ance capitale. En d&#233;pit d'une repr&#233;sentation politique l&#233;gale durement r&#233;prim&#233;e, la r&#233;sistance civile cherche &#224; remettre en marche des dynamiques nouvelles sans jamais baisser la t&#234;te. Reportage &#224; Diyarbakir, principale ville kurde du Sud-Est anatolien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3112 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH334/-1343-2cb17.jpg?1782977090' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Loez
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;Q&lt;/span&gt;uelques jours avant le r&#233;f&#233;rendum, Helim d&#233;clarait : &#171; &lt;i&gt;La campagne pour le non, c'est bien, mais on y consacre trop d'&#233;nergie. On ferait mieux de se concentrer sur les choses importantes, les coop&#233;ratives, le syst&#232;me communal, et de reconstruire ce qui a &#233;t&#233; d&#233;truit. &#187;&lt;/i&gt; &#192; l'instar de milliers d'autres, le jeune homme a perdu son emploi dans le secteur culturel de l'ancienne municipalit&#233; de Diyarbakir quand les deux co-maires &#233;lus en 2014, G&#252;ltan Kisanak et Firat Anli, ont &#233;t&#233; destitu&#233;s puis remplac&#233;s par un administrateur nomm&#233; par l'&#201;tat. Ce dernier a ensuite ordonn&#233; la fermeture d'une cinquantaine de structures, en vertu du d&#233;cret KHK&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kanun H&#252;km&#252;nde Kararname : adopt&#233; dans le cadre de l'&#233;tat d'urgence, ce (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Ce sont aussi des milliers d'enseignants et de fonctionnaires qui ont &#233;t&#233; suspendus lors des purges ayant suivi la tentative de coup d'&#201;tat du 15 juillet. Sous pr&#233;texte d'en punir les responsables, elles ont servi &#224; museler l'opposition, en particulier dans les zones kurdes. Le sc&#233;nario de Diyarbakir s'est rejou&#233; dans toutes les grandes villes dirig&#233;es par le HDP&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;HDP : parti d&#233;mocratique des peuples, coalition de la gauche kurde et non (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. L'&#233;tat a voulu en profiter pour liquider le mouvement kurde, emprisonnant en masse ses militants dans une v&#233;ritable strat&#233;gie de conqu&#234;te par la force du Kurdistan. Si le HDP est mis en avant, ce sont en r&#233;alit&#233; toutes les organisations f&#233;d&#233;r&#233;es par la structure du DTK&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Demokratik Toplum Kongresi, Congr&#232;s pour une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique.&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; qui sont vis&#233;es. Fond&#233;e en 2011, elle a pour objectif la mise en place du conf&#233;d&#233;ralisme d&#233;mocratique au Kurdistan, en cr&#233;ant &#171; &lt;i&gt;des structures autonomes &#187;&lt;/i&gt; dans &#171; &lt;i&gt;tous les segments de la soci&#233;t&#233; &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Bance, Un autre futur pour le Kurdistan ?, p.253.&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &#187;. Les conseils de quartiers, embl&#233;matiques de cette d&#233;marche, ont &#233;t&#233; interdits, de m&#234;me que les associations travaillant &#224; promouvoir la culture kurde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur les routes &lt;/strong&gt;du Kurdistan et aux entr&#233;es des villes, l'arm&#233;e installe des &lt;i&gt;checkpoints &lt;/i&gt;qui, de temporaires, sont devenus permanents. Parfois, ce sont des forces en civil, arm&#233;es jusqu'aux dents, qui se chargent des contr&#244;les. Les longues barbes, les bagues frapp&#233;es de la Tougra&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Tougra, signature des sultans ottomans, est un symbole des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;ne laissent gu&#232;re de doutes quant &#224; leur affiliation id&#233;ologique. Pendant les op&#233;rations de r&#233;pression men&#233;es dans les villes kurdes &#224; partir de l'&#233;t&#233; 2015, des images avaient filtr&#233;, montrant ces suppl&#233;tifs posant &#224; c&#244;t&#233; de cadavres dans les quartiers d&#233;truits, index point&#233; vers le ciel ou faisant le signe des Loups gris. Des p&#226;turages de montagne aux quartiers d&#233;truits de Sur, certaines zones restent interdites d'acc&#232;s. Dans les villes, les v&#233;hicules blind&#233;s de la police sont pr&#233;sents partout dans les rues. Les mairies ont &#233;t&#233; transform&#233;es en bastions fortifi&#233;s et des drapeaux turcs flottent sur les b&#226;timents et les rues, l'&#201;tat affichant virilement les marques de sa conqu&#234;te. En profondeur, il essaie aussi d'acheter un &#233;lectorat &#224; l'aide d'hommes d'affaires peu scrupuleux pr&#234;ts &#224; sp&#233;culer sur l'immobilier dans les quartiers ras&#233;s par l'&#201;tat&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Allan Kaval, Le Monde, 14/04/2017, &#171; Diyarbakir, terre de mission kurde de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alors que la r&#233;gion &lt;/strong&gt;du Kurdistan connaissait d&#233;j&#224; un ch&#244;mage end&#233;mique, les licenciements ont pr&#233;caris&#233; davantage la population. S'ajoute aussi le traumatisme d&#251; au massacre de centaines de jeunes ayant d&#233;clar&#233; l'autonomie au sein des villes kurdes et d'un demi-million de personnes d&#233;plac&#233;es apr&#232;s la destruction de leurs quartiers. Enfin, les milliers d'arrestations depuis septembre 2016 visent &#224; dissuader toutes voix dissidentes de s'&#233;lever. On pourrait donc croire que l'heure n'est gu&#232;re &#224; la r&#233;sistance. Mais c'est sans compter sur la r&#233;silience du peuple kurde, notamment d'une jeunesse urbaine n&#233;e aux environs des ann&#233;es 1990, qui refuse de se soumettre aux politiques coloniales de l'&#201;tat turc. Celle-ci a int&#233;gr&#233; la m&#233;moire des villages d&#233;truits et la r&#233;pression subie par ses a&#238;n&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De Diyarbakir &#224; Van, &lt;/strong&gt;le nombre de caf&#233;s ouverts par les victimes des purges a explos&#233;. Ces lieux contribuent &#224; r&#233;organiser une vie culturelle kurde et des liens sociaux que l'&#201;tat tente de briser par l'intimidation et la r&#233;pression. Ainsi, les &#233;coles enseignant le kurde ayant &#233;t&#233; ferm&#233;es, leurs profs continuent les cours dans ces caf&#233;s, ou dans des maisons priv&#233;es. &#220;mit &#233;tait travailleur social pour la mairie de Diyarbakir avant d'&#234;tre licenci&#233;. Fin mars, avec deux amis, ils ont ouvert le caf&#233; Libert&#233; dans lequel se retrouvent leurs anciens coll&#232;gues. Avec une quarantaine d'entre eux ayant perdu leur emploi, ils ont lanc&#233; un projet &#224; destination des enfants de Sur, traumatis&#233;s par les combats, dans la continuit&#233; de l'aide aux familles men&#233;e au sein de la mairie, mais d&#233;sormais en dehors de tout cadre institutionnel. Pareillement, les centres culturels kurdes, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; ferm&#233;s par la municipalit&#233;, sont r&#233;ouverts par les &#233;quipes qui y travaillaient, mais avec le statut l&#233;gal de soci&#233;t&#233; priv&#233;e. Les acteurs licenci&#233;s de l'ancien th&#233;&#226;tre municipal ont cr&#233;&#233; un nouveau th&#233;&#226;tre, Amed Shehir Tiyatro&lt;a href=&#034;#nb5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sanoyabajeryaamede.com.&#034; id=&#034;nh5-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;, afin de pouvoir continuer &#224; jouer des pi&#232;ces en kurde. &#171; &lt;i&gt;Le th&#233;&#226;tre, en faisant rire les gens, est une r&#233;sistance contre la peur impos&#233;e par les m&#233;dias de l'&#233;tat et le climat d'&#233;tat d'urgence &#187;&lt;/i&gt;, explique Helim, qui ajoute : &#171; &lt;i&gt;Pour nous l'&#233;ducation est primordiale. M&#234;me si le travail politique est contraint de s'arr&#234;ter, l'&#233;ducation doit continuer. L'&#233;ducation dispens&#233;e par l'&#201;tat vise &#224; nous faire oublier qui nous sommes, notre culture, notre langue, notre esprit critique. &#187;&lt;/i&gt; Et ce n'est pas Ada, 14 ans, qui le contredira. Pour remplacer de nombreux enseignants licenci&#233;s, le gouvernement a nomm&#233; des personnes inexp&#233;riment&#233;es. &#171; &lt;i&gt;On ne comprend rien &#224; ce qu'ils nous expliquent, et quand on pose des questions, ils nous disent de relire la le&#231;on. Ils nous donnent des cours pr&#233;fabriqu&#233;s, comme de la nourriture en bo&#238;te, sans contenu ni explications. &#187;&lt;/i&gt; Les cours de ces derniers se sont vu amputer de certains enseignements durant trois mois, avant que les enseignants ne soient r&#233;int&#233;gr&#233;s ou remplac&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les coop&#233;ratives de femmes &lt;/strong&gt;soutenues par le DTK ont miraculeusement &#233;chapp&#233; &#224; la r&#233;pression, bien que leur activit&#233; se soit fortement ralentie. Ekojin est un projet d&#233;velopp&#233; par le mouvement des femmes kurdes, visant &#224; f&#233;d&#233;rer plusieurs coop&#233;ratives de femmes pour aider &#224; leur &#233;mancipation &#233;conomique. L'activit&#233; textile continue avec un nombre r&#233;duit de travailleuses, mais la fermeture de leur point de distribution a limit&#233; les rentr&#233;es d'argent. Ekojin a quand m&#234;me r&#233;ussi &#224; monter une nouvelle coop&#233;rative de culture de champignons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En revanche, &lt;/strong&gt;les fermetures des associations, comme Sarmasik et Rojava, qui venaient en aide aux familles les plus pr&#233;caires ont eu des cons&#233;quences d&#233;sastreuses. Rojava s'occupait des r&#233;fugi&#233;s syriens et des familles d&#233;plac&#233;es par les combats dans les villes, en leur fournissant nourriture, h&#233;bergement, aide &#224; la reconstruction... Ferm&#233;e sans explication, ses responsables sont dans le collimateur de la police. L'association tente de poursuivre son activit&#233; de mani&#232;re informelle avec ses r&#233;seaux de b&#233;n&#233;voles, sans locaux, mais sa capacit&#233; d'action a chut&#233; de pr&#232;s de 80%, laissant du jour au lendemain des milliers de familles d&#233;munies et sans ressources. Comme l'explique Mustafa, un des membres de l'asso Rojava : &#171; &lt;i&gt;Ils veulent nous faire fermer parce qu'ils ont vu que nous &#233;tions capables d'agir en dehors de l'&#201;tat. Nous saurons trouver une mani&#232;re diff&#233;rente de fonctionner. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Loez&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Kanun H&#252;km&#252;nde Kararname : adopt&#233; dans le cadre de l'&#233;tat d'urgence, ce d&#233;cret permet de licencier les personnes et de fermer les structures sans processus juridique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;HDP : parti d&#233;mocratique des peuples, coalition de la gauche kurde et non kurde fond&#233;e en 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Demokratik Toplum Kongresi, Congr&#232;s pour une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pierre Bance, &lt;i&gt;Un autre futur pour le Kurdistan ?&lt;/i&gt;, p.253.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La Tougra, signature des sultans ottomans, est un symbole des ultranationalistes comme les Loups gris.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Allan Kaval, &lt;i&gt;Le Monde, &lt;/i&gt;14/04/2017, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/europe/article/2017/04/14/diyarbakir-terre-de-mission-kurde-de-l-akp_5111182_3214.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Diyarbakir, terre de mission kurde de l'AKP&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sanoyabajeryaamede.com.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Foot f&#233;minin : occuper le terrain</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Foot-feminin-occuper-le-terrain</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Foot-feminin-occuper-le-terrain</guid>
		<dc:date>2019-09-20T01:31:31Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lucile Dumont</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Ma&#239;da Chavak</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>quartiers</dc:subject>
		<dc:subject>filles</dc:subject>
		<dc:subject>quartier</dc:subject>
		<dc:subject>foot</dc:subject>
		<dc:subject>quartier populaire</dc:subject>
		<dc:subject>terrain</dc:subject>
		<dc:subject>Goutte-d'Or</dc:subject>
		<dc:subject>CAN</dc:subject>
		<dc:subject>club</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La Coupe du monde f&#233;minine a montr&#233; que le football et l'enthousiasme qu'il peut susciter ne sont pas l'apanage des mecs. Chez les filles aussi, on tape le ballon dans les city-stades, hors des clubs et des institutions sportives. Reportage dans le 18e arrondissement de Paris. &#171; On est o&#249; ici ? Dans le 18e ou dans le 93 ? &#187;, demande une jeune footballeuse de bon matin. Ce samedi 29 juin, les fid&#232;les du city-stade du square L&#233;on, situ&#233; au c&#339;ur du quartier populaire de la Goutte-d'Or, se (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no178-juillet-aout-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;178 (juillet-ao&#251;t 2019)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Maida-Chavak" rel="tag"&gt;Ma&#239;da Chavak&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/quartiers" rel="tag"&gt;quartiers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/filles" rel="tag"&gt;filles&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/quartier" rel="tag"&gt;quartier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/foot" rel="tag"&gt;foot&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/quartier-populaire" rel="tag"&gt;quartier populaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/terrain" rel="tag"&gt;terrain&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Goutte-d-Or" rel="tag"&gt;Goutte-d'Or&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CAN" rel="tag"&gt;CAN&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/club" rel="tag"&gt;club&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La Coupe du monde f&#233;minine a montr&#233; que le football et l'enthousiasme qu'il peut susciter ne sont pas l'apanage des mecs. Chez les filles aussi, on tape le ballon dans les city-stades, hors des clubs et des institutions sportives. Reportage dans le 18&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissement de Paris.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3040 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH391/-1275-94196.jpg?1782638291' width='500' height='391' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Ma&#239;da Chavak
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; O&lt;/span&gt;&lt;i&gt;n est o&#249; ici ? Dans le 18&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; ou dans le 93 ?&lt;/i&gt; &#187;, demande une jeune footballeuse de bon matin. Ce samedi 29 juin, les fid&#232;les du city-stade du square L&#233;on, situ&#233; au c&#339;ur du quartier populaire de la Goutte-d'Or, se sont d&#233;plac&#233;s au stade des Poissonniers, coinc&#233; entre Paris et le p&#233;riph'. C'est le tournoi des quarante ans des Enfants de la Goutte-d'Or, association d'&#233;ducation populaire et club de foot historique du quartier. Mais pas seulement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au milieu de la pelouse synth&#233;tique br&#251;lante, une vingtaine de barri&#232;res de chantier d&#233;limitent un terrain de &#171; &lt;i&gt;five &#187;&lt;/i&gt;, ce foot urbain qui se joue &#224; cinq. Des footballeuses y disputent la toute premi&#232;re Coupe d'Afrique des nations (CAN) f&#233;minine de la Goutte-d'or, organis&#233;e par &#171; &lt;i&gt;les s&#339;urs Slimani&lt;/i&gt; &#187;, comme on les surnomme dans le quartier. La section f&#233;minine du club ayant r&#233;cemment ferm&#233; suite &#224; des probl&#232;mes d'acc&#232;s aux terrains d'entra&#238;nement, Im&#232;ne et Chahira, 25 et 26 ans, esp&#232;rent qu'elle rouvrira bient&#244;t. En attendant, elles ont eu l'id&#233;e de cette comp&#233;tition. &#171; &lt;i&gt;On a vu que plein de CAN des quartiers s'&#233;taient organis&#233;es cette ann&#233;e, on s'est dit : pourquoi on n'en ferait pas une aussi pour nous ? &#187;&lt;/i&gt;, explique Chahira. Un sondage sur Instagram et pas mal de bouche-&#224;-oreille plus tard, l'affaire &#233;tait lanc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;Se r&#233;approprier le foot&lt;/strong&gt; &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Douze &#233;quipes ont r&#233;pondu &#224; l'appel, parmi lesquelles le Mali, l'Alg&#233;rie, le Maroc ou la C&#244;te d'Ivoire, qui comptent de vrai&#8226;es supporters et supportrices dans le quartier. Les joueuses, pour la plupart &#226;g&#233;es d'une vingtaine d'ann&#233;es, d&#233;fendent les couleurs de leur pays d'origine ou de celui qu'elles ont adopt&#233; pour la journ&#233;e. Elles viennent parfois de loin, s'entra&#238;nant dans des clubs r&#233;put&#233;s &#224; l'instar du Racing club de Saint-Denis voire jouant &#224; tr&#232;s haut niveau &#8211; l'une des footballeuses fait m&#234;me partie de la s&#233;lection nationale ivoirienne. D'autres ne sont pas ou plus inscrites en club, mais pratiquent r&#233;guli&#232;rement. Qu'on se le dise : le hijab de sport n'emp&#234;che pas les footballeuses qui le portent de dribbler ni de marquer des buts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les filles occupent le terrain, il est difficile de ne pas voir que, justement, le terrain est potentiellement leur seul espace &#224; elles. Car jouer ne suffit pas pour se r&#233;approprier le foot, &#233;ternel bastion de la domination masculine. Les gar&#231;ons viennent regarder, supporter, commenter. Ils sont aussi arbitres et participent &#224; l'organisation. Et d&#232;s que le ton monte un peu entre deux &#233;quipes ou que les joueuses posent pour une photo, les hommes sont rapidement presque aussi nombreux que les filles sur la pelouse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, il ne faudrait pas croire que c'est uniquement d'une pr&#233;sence masculine excessive que le foot f&#233;minin doit &#234;tre prot&#233;g&#233;. Le football est toujours survol&#233; par les m&#234;mes vautours, qui ont bien compris que la mont&#233;e en puissance du foot f&#233;minin &#233;tait aussi celle d'un juteux business publicitaire. Ici, c'est Nike qui a fourni le mat&#233;riel : ballons, &lt;i&gt;testing&lt;/i&gt; de chaussures, T-shirts floqu&#233;s au nom des pays par un label musical local&#8230; sans oublier le &#171; terrain &#187; et les fameuses barri&#232;res de chantier qui, dixit une joueuse, &#171; &lt;i&gt;font plus mal que les murs du city-stade quand on tombe dessus&lt;/i&gt; &#187;. Au vu de la qualit&#233; du mobilier, la douloureuse, elle, n'a pas d&#251; &#234;tre tr&#232;s violente pour le budget d'un des plus gros &#233;quipementiers sportifs au monde.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;Couscous vs. atti&#233;k&#233;&lt;/strong&gt; &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Lieu des habituelles angoisses sportives et discussions d'arbitrage, le tournoi est aussi un vrai espace de politisation. Du financement des r&#233;parations apr&#232;s l'incendie de Notre-Dame &#224; Laurent Gbagbo, au bord du terrain, &#231;a parle politique. On l'aura compris, le foot est aussi un terrain de luttes, plus particuli&#232;rement pour les filles et dans les quartiers populaires. C'est aussi ce qu'a soulign&#233; Assa Traor&#233;, venue pour remettre en personne le troph&#233;e et donner rendez-vous pour la prochaine manifestation organis&#233;e par le Comit&#233; justice et v&#233;rit&#233; pour Adama&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Adama Traor&#233;, d&#233;c&#233;d&#233; en 2016 &#224; la gendarmerie de Persan (Val-d'Oise).&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la tribune &#8211; les gar&#231;ons d'un c&#244;t&#233;, les filles de l'autre &#8211;, chaque &#233;quipe attend son tour &#224; l'ombre. La chanteuse Aya Nakamura se taille la part du lion au milieu d'une &lt;i&gt;playlist&lt;/i&gt; o&#249; Ma&#238;tre Gims, Koba la D (&#171; &lt;i&gt;Niquer les PDG / Vive l'argent du rain-t&#233;&lt;/i&gt; &#187;) ou Naza (&#171; &lt;i&gt;Donnez-moi mon argent / Mon million de dollars &#187;&lt;/i&gt;) sont eux aussi en bonne position. Le moindre but est pr&#233;texte &#224; danser un peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La finale oppose l'Alg&#233;rie &#224; la C&#244;te d'Ivoire. &#171; &lt;i&gt;C'est couscous-atti&#233;k&#233;, et dans tous les cas c'est l'Afrique qui gagne &#187;&lt;/i&gt;, entend-on au micro. Les hymnes sont diffus&#233;s sans vraiment &#234;tre repris par les joueuses et les buts ne tardent pas &#224; se r&#233;pondre dans l'enthousiasme g&#233;n&#233;ral. Le r&#233;sultat final ? 5-3 pour l'Alg&#233;rie, l'&#233;quipe des organisatrices. L'enjeu &#233;tait double : faire une CAN f&#233;minine et se cr&#233;er un lieu &#224; soi dans le foot des quartiers. Pari r&#233;ussi. Les fumig&#232;nes, oubli&#233;s dans le vestiaire, ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; mis de c&#244;t&#233; pour l'an prochain.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Lucile Dumont&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Adama Traor&#233;, d&#233;c&#233;d&#233; en 2016 &#224; la gendarmerie de Persan (Val-d'Oise).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Le tourisme est une industrie extractiviste &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Le-tourisme-est-une-industrie</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Le-tourisme-est-une-industrie</guid>
		<dc:date>2019-07-01T00:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>C&#233;cile Kiefer, Clair Rivi&#232;re</dc:creator>


		<dc:subject>Patrick Cockpit</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>public</dc:subject>
		<dc:subject>d'autres</dc:subject>
		<dc:subject>quartiers</dc:subject>
		<dc:subject>Barcelone</dc:subject>
		<dc:subject>tourisme</dc:subject>
		<dc:subject>tourisme soutenable</dc:subject>
		<dc:subject>touristique</dc:subject>
		<dc:subject>soutenable</dc:subject>
		<dc:subject>d'autres quartiers</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#192; Barcelone, la surfr&#233;quentation touristique d&#233;truit chaque ann&#233;e davantage les &#233;quilibres socio-urbains. Un rouleau compresseur &#233;conomique contre lequel s'&#233;l&#232;ve l'ABTS (Assemblea de barris per un turisme sostenible), un regroupement de diverses associations et assembl&#233;es de quartiers. Dans un petit bar de la vieille ville, entretien avec le militant Daniel Pardo. Ton organisation s'appelle &#171; Assembl&#233;e de quartiers pour un tourisme soutenable &#187;. C'est possible, un &#171; tourisme soutenable &#187; ? (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no176-mai-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;176 (mai 2019)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Patrick-Cockpit-295" rel="tag"&gt;Patrick Cockpit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/public" rel="tag"&gt;public&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-autres" rel="tag"&gt;d'autres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/quartiers" rel="tag"&gt;quartiers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Barcelone" rel="tag"&gt;Barcelone&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/tourisme" rel="tag"&gt;tourisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/tourisme-soutenable" rel="tag"&gt;tourisme soutenable&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/touristique" rel="tag"&gt;touristique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/soutenable" rel="tag"&gt;soutenable&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-autres-quartiers" rel="tag"&gt;d'autres quartiers&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; Barcelone, la surfr&#233;quentation touristique d&#233;truit chaque ann&#233;e davantage les &#233;quilibres socio-urbains. Un rouleau compresseur &#233;conomique contre lequel s'&#233;l&#232;ve l'ABTS (&lt;i&gt;Assemblea de barris per un turisme sostenible&lt;/i&gt;), un regroupement de diverses associations et assembl&#233;es de quartiers. Dans un petit bar de la vieille ville, entretien avec le militant Daniel Pardo.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2955 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L280xH418/-1195-c601c.jpg?1782644969' width='280' height='418' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Patrick Cockpit
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ton organisation s'appelle &#171; Assembl&#233;e de quartiers pour un tourisme soutenable &#187;. C'est possible, un &#171; tourisme soutenable &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Non. (&lt;i&gt;Rires&lt;/i&gt;) Personne n'&#233;tait vraiment convaincu, mais il fallait bien trouver un nom. Certains se sont f&#226;ch&#233;s en disant qu'on n'&#233;tait pas assez radicaux. Toutefois cette appellation nous permet aussi de toucher un public qui se m&#233;fierait si on avait un nom plus frontal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En v&#233;rit&#233;, on ne croit pas vraiment &#224; la possibilit&#233; d'un tourisme soutenable &#224; Barcelone. L'id&#233;e est plut&#244;t de commencer &#224; le faire d&#233;cro&#238;tre avant de voir quel niveau de tourisme serait soutenable. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment s'organise l'ABTS ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est un groupe informel, sans porte-parole ni pr&#233;sident. Un espace de coordination : des &#8220;d&#233;l&#233;gu&#233;s&#8221; repr&#233;sentent chaque assembl&#233;e de quartier et on se retrouve une fois par mois. On traite de beaucoup de sujets : &#231;a va d'une lutte dans un quartier sp&#233;cifique au r&#233;seau anti-tourisme du sud de l'Europe (&lt;i&gt;lire plus loin&lt;/i&gt;). Voil&#224; pourquoi on s'organise en groupes de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;part, en 2015, on &#233;tait une quinzaine de collectifs du centre-ville. Le degr&#233; de nuisances caus&#233;es par le tourisme est tel qu'il &#233;tait naturel pour les gens de se rassembler. Tr&#232;s vite, des quartiers plus p&#233;riph&#233;riques nous ont rejoints, conscients qu'ils &#233;taient les prochains sur la liste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur quoi se fonde votre critique du tourisme, concr&#232;tement ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comme d'autres, l'industrie touristique est extractive, dans le sens o&#249; elle se fixe dans un lieu et en extrait d'&#233;normes profits qu'elle ne redistribue pas. Sachant que le tourisme de masse a un besoin syst&#233;matique de cro&#238;tre et maltraite le territoire ainsi que sa population. Il faut casser cette logique de croissance &#233;ternelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier impact se ressent sur le logement. Sans oublier les ouvertures d'h&#244;tels &#8211; qui elles aussi r&#233;duisent le parc immobilier disponible &#8211;, le plus visible, ce sont les appartements touristiques, type AirBnB. &#192; Barcelone, il y a environ 10 000 locations l&#233;gales (avec licence) pour pr&#232;s de 15 000 ill&#233;gales. Pour beaucoup de gens, il faudrait simplement fermer les locations ill&#233;gales. Mais qu'elles soient l&#233;gales ou ill&#233;gales, le probl&#232;me reste le m&#234;me. L'attractivit&#233; touristique entra&#238;ne une attractivit&#233; immobili&#232;re. Alors m&#234;me si le probl&#232;me de la sp&#233;culation immobili&#232;re en Espagne d&#233;passe largement le facteur touristique, la &#8220;touristification&#8221; fonctionne comme un catalyseur de cette machine immobili&#232;re &#224; expulser &lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; Barcelone, quelle ville en commun ? &#187;, CQFD n&#176; 174, mars 2019.&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On constate aussi une transformation du tissu commercial : les commerces de proximit&#233; sont remplac&#233;s par des magasins touristiques qui ne sont d'aucune utilit&#233; aux habitants. Et dans les magasins mixtes, &#224; destination des locaux comme des touristes, les prix sont exorbitants. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le tourisme a aussi un impact sur les transports publics&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, &#224; plusieurs niveaux. D'une part, l'espace public est totalement satur&#233; dans certains quartiers par la masse de touristes et les v&#233;hicules de location type trottinettes &#233;lectriques ou &lt;i&gt;Segway&lt;/i&gt; qui rendent les d&#233;placements tr&#232;s compliqu&#233;s. Les vieux nous disent qu'ils sortent moins, que l'espace public leur para&#238;t plus hostile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, le r&#233;seau public de transport est lui aussi satur&#233;. &#192; certaines p&#233;riodes de l'ann&#233;e, le m&#233;tro et le bus ne s'arr&#234;tent plus &#224; certaines stations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, il y a aussi un impact &#233;cologique dramatique avec les vols &lt;i&gt;low cost&lt;/i&gt;, les croisi&#232;res, les bus et les voitures dans une ville qui avait d&#233;j&#224; de gros probl&#232;mes de pollution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, et c'est fondamental, l'industrie touristique est le pire secteur &#233;conomique quant aux conditions de travail. Dans l'h&#244;tellerie et la restauration, le salaire moyen n'est que la moiti&#233; du salaire moyen g&#233;n&#233;ral. L'argument principal du secteur touristique est qu'il apporte des richesses et du travail. C'est mensonger : les salaires sont merdiques, souvent pay&#233;s au noir, les conditions de travail p&#233;nibles avec des journ&#233;es de douze heures. Ce qui nous am&#232;ne aussi &#224; penser le tourisme comme un probl&#232;me de sant&#233; publique : des riverains ne dorment plus la nuit et les travailleurs subissent une pression dingue. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment lutter concr&#232;tement contre cette touristification ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comme pour toute lutte sociale, il faut une base. Il s'agit de convaincre du monde et c'est loin d'&#234;tre facile. Ce qu'on a le mieux r&#233;ussi, c'est &#224; d&#233;velopper une autre narration du tourisme dans la ville. Le discours officiel &#8211; dans le secteur priv&#233; comme dans le public &#8211; consiste &#224; dire que le tourisme profite &#224; tout le monde. Alors que personne ne remettait &#231;a en question, des voix se sont progressivement fait entendre. Il y avait beaucoup de rage chez les gens, mais il fallait mettre un discours argument&#233; sur tout &#231;a. C'est pour &#231;a qu'on organise des conf&#233;rences, des rencontres. On n'a pas r&#233;ussi &#224; mobiliser tant de monde que &#231;a dans la rue, mais l'impact m&#233;diatique a &#233;t&#233; assez fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de 2016, on s'est mis en r&#233;seau avec d'autres villes, pour constituer le r&#233;seau SET (Sud de l'Europe contre la touristification), avec des gens de Majorque, de Malaga, de Venise, qui &#233;taient impact&#233;s par les m&#234;mes ph&#233;nom&#232;nes et qui avaient des modes de lutte assez similaires. Puis en 2018, des gens de Lisbonne, Porto, Malte et d'autres villes d'Espagne et d'Italie nous ont rejoints.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette notion de &lt;i&gt;sud de l'Europe &lt;/i&gt;est tr&#232;s importante. On relie &#231;a aux politiques d'aust&#233;rit&#233;, avec la sensation que le &lt;i&gt;sud de l'Europe&lt;/i&gt; repr&#233;sente le jardin de vacances du Premier monde. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; Venise, des militants anti-tourisme se sont jet&#233;s &#224; l'eau pour forcer les bateaux de croisi&#232;re &#224; faire demi-tour. Quelles actions concr&#232;tes avez-vous men&#233;es ici ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; Venise, c'est particulier, tout le monde circule en bateau. Ici, la Guardia Civil arrive en dix minutes si tu t'approches du port. Il est plus envisageable de bloquer les bus de croisi&#233;ristes. En 2017, on a bloqu&#233; de fa&#231;on coordonn&#233;e sept bus dans sept points de la ville avec comme message &#8220;&lt;i&gt;Stop aux abus touristiques&lt;/i&gt;&#8221;. On a foutu un beau bordel sur fond de batucadas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une de nos actions qui a fait le plus de bruit avait pour but de d&#233;noncer la sp&#233;culation d'AirBnB. &#199;a consistait &#224; r&#233;server un appartement qu'on savait ill&#233;gal, car g&#233;r&#233; par quelqu'un qui en louait quinze autres et qui, pour ses affaires, vidait des b&#226;timents en expulsant les habitants. Une fois &#224; l'int&#233;rieur, on a appel&#233; l'inspection en disant : &#8220;&lt;i&gt;&#201;coutez, on est dedans, y a aucune licence ici.&lt;/i&gt;&#8221; On l'a fait &#224; deux reprises, en accompagnant l'action d'un dossier complet avec toutes les informations sur les propri&#233;t&#233;s et les g&#233;rants des appartements. &#199;a nous a aussi permis de d&#233;monter le discours d'AirBnB qui pr&#233;tend que la plateforme permet aux gens modestes d'am&#233;liorer leurs fins de mois, alors que les profits vont surtout aux gros propri&#233;taires. &#192; Barcelone, 80 % des h&#244;tes ont une seule propri&#233;t&#233; sur la plateforme, mais les 20 % restants g&#232;rent 70 % des propri&#233;t&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 2015, Ada Colau, issue du mouvement social contre les expulsions immobili&#232;res, a &#233;t&#233; &#233;lue maire de Barcelone. Elle se repr&#233;sente aux &#233;lections du 26 mai. Que penses-tu de son action contre AirBnB ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour la premi&#232;re fois, la mairie a &#233;labor&#233; un plan pour organiser le logement touristique. C'est positif, mais pour nous il faudrait compl&#232;tement arr&#234;ter d'accorder des licences &#224; ce type de logements &#8211; h&#244;tels ou appartements. La municipalit&#233; a engag&#233; des poursuites, men&#233; des inspections. Mais le syst&#232;me administratif met beaucoup plus de temps &#224; sanctionner les appartements touristiques qu'&#224; expulser des gens de chez eux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mairie dit aussi vouloir aller vers une &#8220;d&#233;concentration&#8221; du tourisme : &#8220;&lt;i&gt;On a beaucoup de touristes sur certains lieux, du coup on va les amener dans d'autres quartiers p&#233;riph&#233;riques&lt;/i&gt;.&#8221; Super ! Sauf que les touristes continueront &#224; aller &#224; la Sagrada Fam&#237;lia ; ils iront simplement envahir aussi d'autres quartiers. La saturation de l'espace public s'&#233;tendra. Autre principe fallacieux : la &#8220;d&#233;saisonnalisation&#8221;. En gros, il faudrait d&#233;sengorger la p&#233;riode printani&#232;re et estivale en faisant venir davantage de touristes &#224; l'automne. Mais &#231;a ne marchera pas. Ces concepts sont des fa&#231;ons de d&#233;guiser l'accroissement &#233;ternel du tourisme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Clair Rivi&#232;re &amp; C&#233;cile Kiefer&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; lire aussi&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Un-raco-llibertari-a-Barcelona' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Un rac&#243; llibertari a Barcelona&lt;/a&gt; &#187; : entretien avec I&#241;aki, militant du centre social autog&#233;r&#233; barcelonais El Lokal, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;156 (juillet-ao&#251;t 2017).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Barcelone-quelle-ville-en-commun' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Barcelone, quelle ville en commun ?&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD &lt;/i&gt;n&#176; 174, mars 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mathieu Rigouste : &#171; La r&#233;pression conditionne la vie quotidienne des gens dans les quartiers s&#233;gr&#233;gu&#233;s &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Mathieu-Rigouste-La-repression</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Mathieu-Rigouste-La-repression</guid>
		<dc:date>2019-06-26T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


		<dc:subject>Actualit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;tienne Savoye</dc:subject>
		<dc:subject>qu'il</dc:subject>
		<dc:subject>mouvement</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes</dc:subject>
		<dc:subject>quartiers</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets</dc:subject>
		<dc:subject>jaunes</dc:subject>
		<dc:subject>Comit&#233; Adama</dc:subject>
		<dc:subject>quartiers populaires</dc:subject>
		<dc:subject>populaires</dc:subject>
		<dc:subject>Adama Traor&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;C'est peu de dire que le maintien de l'ordre &#224; la fran&#231;aise a &#233;t&#233; bouscul&#233; ces derniers mois : r&#233;pression accrue, blessures en rafales, discours guerrier voire martial... Si cela ne comble pas le foss&#233; avec les banlieues en mati&#232;re de terreur polici&#232;re, un glissement s'est ind&#233;niablement op&#233;r&#233;. On le d&#233;crypte avec Mathieu Rigouste, auteur notamment de La domination polici&#232;re : une violence industrielle et d'&#201;tat d'urgence et business de la s&#233;curit&#233; . Une digue semble avoir saut&#233; en (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no175-avril-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;175 (avril 2019)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Actualites" rel="tag"&gt;Actualit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Etienne-Savoye" rel="tag"&gt;&#201;tienne Savoye&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/qu-il" rel="tag"&gt;qu'il&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mouvement" rel="tag"&gt;mouvement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Gilets-jaunes" rel="tag"&gt;Gilets jaunes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/quartiers" rel="tag"&gt;quartiers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Gilets" rel="tag"&gt;Gilets&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/jaunes" rel="tag"&gt;jaunes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Comite-Adama" rel="tag"&gt;Comit&#233; Adama&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/quartiers-populaires" rel="tag"&gt;quartiers populaires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/populaires" rel="tag"&gt;populaires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Adama-Traore" rel="tag"&gt;Adama Traor&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est peu de dire que le maintien de l'ordre &#224; la fran&#231;aise a &#233;t&#233; bouscul&#233; ces derniers mois : r&#233;pression accrue, blessures en rafales, discours guerrier voire martial... Si cela ne comble pas le foss&#233; avec les banlieues en mati&#232;re de terreur polici&#232;re, un glissement s'est ind&#233;niablement op&#233;r&#233;. On le d&#233;crypte avec Mathieu Rigouste, auteur notamment de &lt;i&gt;La domination polici&#232;re : une violence industrielle&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(2012, La Fabrique)&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; et d'&lt;i&gt;&#201;tat d'urgence et business de la s&#233;curit&#233;&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(2016, Niet)&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2966 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1206.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH205/-1206-f1e94.jpg?1782930902' width='500' height='205' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Etienne Savoye
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une digue semble avoir saut&#233; en mati&#232;re de r&#233;pression. Comme si l'on appliquait aux centres-villes ce qu'on r&#233;servait jusqu'ici aux banlieues...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce n'est pas pareil, ce ne sont pas les m&#234;mes situations. Dans les quartiers populaires, les violences polici&#232;res assurent un syst&#232;me de s&#233;gr&#233;gation en m&#234;me temps qu'un r&#233;gime d'&#233;crasement quotidien et permanent. Ce sont des quartiers entiers qui sont occup&#233;s jour et nuit. Toutes les g&#233;n&#233;rations subissent ces violences qui constituent un v&#233;ritable mode de gouvernement. Dans le mouvement des Gilets jaunes, il y a des importations de dispositifs (chasses &#224; l'homme, grenades de d&#233;sencerclement en mode offensif, en tir tendu, ciblages de la t&#234;te avec les LBD, corps-&#224;-corps, &#233;tranglements et passages &#224; tabac, notamment au sol...) qui viennent effectivement du r&#233;pertoire de la police des cit&#233;s mais qui sont alors r&#233;agenc&#233;s. Et il y a des techniques qui ne passent pas de l'une &#224; l'autre (tirs &#224; balle r&#233;elle, pare-chocages, dynamiques de pers&#233;cution quotidienne&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si on se demande chaque samedi comment la r&#233;pression n'a pas fait plus de morts, l'usage des techniques mortelles est contenu par la police dans le mouvement des Gilets jaunes, alors qu'il conditionne la vie quotidienne dans les quartiers s&#233;gr&#233;gu&#233;s, dans les prisons et au travers des fronti&#232;res. M&#234;me si le gouvernement pr&#233;pare le terrain pour r&#233;duire le co&#251;t m&#233;diatico-politique d'un mort lors d'une manifestation &#8220;Gilets jaunes&#8221;, &#231;a n'a rien &#224; voir avec la quinzaine de personnes tu&#233;es par la police chaque ann&#233;e dans les quartiers populaires, dont les corps semblent sans valeur pour les institutions et pour une partie de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le mouvement des Gilets jaunes subit des formes de f&#233;rocit&#233; polici&#232;re, c'est parce qu'il s'est rendu incontr&#244;lable. Et il exp&#233;rimente aussi des choses jamais vues, des amoncellements de dispositifs souvent incoh&#233;rents et mis en &#233;chec par la cr&#233;ativit&#233; collective. L&#224; o&#249; ces situations se ressemblent, c'est qu'il s'agit dans les deux cas pour la police d'interdire la rue en ab&#238;mant les corps et de briser des formes d'autonomie collective. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le gouvernement a &#171; mobilis&#233; &#187; l'arm&#233;e samedi 23 mars (acte XIX) pour compl&#233;ter le dispositif de maintien de l'ordre. Une r&#233;gression consid&#233;rable en mati&#232;re de maintien de l'ordre, non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&#171; Ce n'est pas tellement une r&#233;gression. Comme disait Marx, les appareils militaires restent, &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt;, toujours disponibles pour &#234;tre envoy&#233;s &#224; l'int&#233;rieur contre le peuple. Leur emploi n'a &#233;t&#233; restreint au XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle qu'&#224; l'int&#233;rieur des m&#233;tropoles imp&#233;riales et dans certaines situations o&#249; l'&#201;tat est capable de maintenir l'ordre social sans y avoir recours, comme lorsque le mouvement ouvrier est encadr&#233; par des structures syndicales et politiques qui font le travail de &#8220;pacification&#8221; en amont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais des r&#233;gimes de guerre polici&#232;re ont &#233;t&#233; employ&#233;s contre des luttes ouvri&#232;res qui s'&#233;taient rendues incontr&#244;lables dans les ann&#233;es 1950, 1960, 1970 et 1980. Des unit&#233;s militaro-polici&#232;res comme la gendarmerie ont &#233;t&#233; employ&#233;es et ont tu&#233; en Guadeloupe en 1967, en Kanaky au milieu des ann&#233;es 1980, mais aussi dans les quartiers populaires o&#249; ce sont des gendarmes qui ont &#233;touff&#233; Adama Traor&#233;. L'infanterie n'a pas &#233;t&#233; envoy&#233;e pour r&#233;primer dans les quartiers populaires mais des d&#233;tachements de Sentinelle y patrouillent et sont parfois m&#234;me employ&#233;s &#224; titre de d&#233;monstration de force symbolique, comme lorsqu'une patrouille militaire est venue contr&#244;ler un rassemblement du Comit&#233; Adama Traor&#233; &lt;a href=&#034;#nb8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mont&#233; pour obtenir justice et v&#233;rit&#233; &#224; la suite de la mort d'Adama Traor&#233; &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; en 2018. La gendarmerie est en pointe dans le transfert et l'adaptation de dispositifs de contre-insurrection entre les guerres n&#233;ocoloniales, la r&#233;pression des r&#233;voltes dans les quartiers populaires et en dehors. L'&#232;re s&#233;curitaire se caract&#233;rise par une sorte de &lt;i&gt;continuum&lt;/i&gt; entre le contr&#244;le et la guerre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si la r&#233;pression des Gilets jaunes fait couler plus d'encre que celle des banlieues, il semble que les choses commencent a changer, notamment sous l'impulsion du comite Adama Traor&#233;. Tu vois un tournant&lt;/strong&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le Comit&#233; Adama m&#232;ne un travail intense de construction de solidarit&#233;s avec une grande diversit&#233; de secteurs du mouvement social. La lutte paie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a sans doute de nouvelles prises de conscience parce qu'il y a aussi de nouvelles formes d'alliances entre diff&#233;rentes luttes. &#199;a s'inscrit dans la continuit&#233; de d&#233;cennies de r&#233;sistances et de tentatives pour s'organiser et construire des ponts, de la part des luttes des quartiers et des immigrations. D'un autre c&#244;t&#233;, il y a des prises de conscience parce qu'il y a un partage d'exp&#233;rience de la f&#233;rocit&#233; polici&#232;re. Mais je ne vois pas vraiment de tournant &#224; ce niveau-l&#224;. La s&#233;gr&#233;gation socio-raciste continue de structurer la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise dans chacun de ces recoins et &#224; la moindre occasion, les r&#233;alit&#233;s et les enjeux des luttes des quartiers populaires passent &#224; la trappe. On l'a vu avec le S&#233;nat o&#249; certains ont argu&#233; qu'il fallait interdire les lanceurs de balles de d&#233;fense uniquement dans le cadre des manifestations publiques et en conserver l'emploi dans les quartiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but, le mouvement des Gilets jaunes voit se croiser, se rencontrer et s'organiser diff&#233;rentes franges des classes populaires urbaines et rurales, ainsi que de la petite bourgeoisie pr&#233;caris&#233;e. Et c'est directement l&#224;, sur le champ de bataille, que des intelligences collectives se forment &#224; l'intersection des gal&#232;res et des oppressions. Il en &#233;merge de nouveaux imaginaires, des pratiques d'autod&#233;fense et de contre-attaque. Des forces s'associent et trouvent les moyens de se rendre incontr&#244;lables. C'est un long processus historique qui est all&#233; boire des coups au Fouquet's. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par &#201;milien Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;(2012, La Fabrique)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;(2016, Niet)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Mont&#233; pour obtenir justice et v&#233;rit&#233; &#224; la suite de la mort d'Adama Traor&#233; &#224; la gendarmerie de Persan apr&#232;s son interpellation &#224; Beaumont-sur-Oise (Val d'Oise) en 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Aux couleurs de la plan&#232;te Mars</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Aux-couleurs-de-la-planete-Mars</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Aux-couleurs-de-la-planete-Mars</guid>
		<dc:date>2019-04-21T17:59:28Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno Le Dantec</dc:creator>


		<dc:subject>Emilien Bernard</dc:subject>
		<dc:subject>d'un</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes</dc:subject>
		<dc:subject>Plaine</dc:subject>
		<dc:subject>d&#233;cembre</dc:subject>
		<dc:subject>quartiers</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets</dc:subject>
		<dc:subject>Gilet jaune</dc:subject>
		<dc:subject>Gilet</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets seuls</dc:subject>
		<dc:subject>col&#232;re</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#192; Marseille, o&#249; les maisons et la mairie s'effondrent, la r&#233;volte des Gilets jaunes contre le roi Macron est venue se m&#234;ler &#224; la col&#232;re contre le commandant de cercle Gaudin. D&#233;but d&#233;cembre, cette confluence inesp&#233;r&#233;e a eu un effet d&#233;multiplicateur. Et dans la dur&#233;e ? Samedi 8 d&#233;cembre. Sur le cours Belsunce nimb&#233; de gaz lacrymog&#232;ne, les illuminations de No&#235;l sont dop&#233;es au feu de poubelle. Les acheteurs de cadeaux croisent des manifestants aux yeux rougis. Des chibanis bavardent avec des (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no172-janvier-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;172 (janvier 2019)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Emilien-Bernard-245" rel="tag"&gt;Emilien Bernard&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Gilets-jaunes" rel="tag"&gt;Gilets jaunes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Plaine" rel="tag"&gt;Plaine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/decembre" rel="tag"&gt;d&#233;cembre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/quartiers" rel="tag"&gt;quartiers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Gilets" rel="tag"&gt;Gilets&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Gilet-jaune" rel="tag"&gt;Gilet jaune&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Gilet" rel="tag"&gt;Gilet&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Gilets-seuls" rel="tag"&gt;Gilets seuls&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/colere" rel="tag"&gt;col&#232;re&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; Marseille, o&#249; les maisons et la mairie s'effondrent, la r&#233;volte des Gilets jaunes contre le roi Macron est venue se m&#234;ler &#224; la col&#232;re contre le commandant de cercle Gaudin. D&#233;but d&#233;cembre, cette confluence inesp&#233;r&#233;e a eu un effet d&#233;multiplicateur. Et dans la dur&#233;e ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2883 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-1127-52ff2.jpg?1782828863' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo &#201;milien Bernard
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;S&lt;/span&gt;amedi 8 d&#233;cembre. Sur le cours Belsunce nimb&#233; de gaz lacrymog&#232;ne, les illuminations de No&#235;l sont dop&#233;es au feu de poubelle. Les acheteurs de cadeaux croisent des manifestants aux yeux rougis. Des chibanis bavardent avec des gilets de diverses couleurs. Personne ne s'inqui&#232;te au passage de bandes de gremlins surexcit&#233;s. L'&#339;il est plut&#244;t aimant&#233; par l'avanc&#233;e de deux gros insectes bleut&#233;s, deux tanks &#233;crasant des barricades symboliques et la carcasse calcin&#233;e d'une voiture &#233;lectrique de location. Singulier contraste entre cette d&#233;monstration de force et le calme alentour. L&#224; o&#249; la police est absente, un flottement d&#233;licieux incite &#224; sourire, &#224; parler aux inconnus, &#224; arpenter l'entre-deux de l'&#233;meute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jeune homme portant un dossard fluo traverse ce paysage. Dans son dos, on lit : &#171; &lt;i&gt;Matgoulich gili jone&lt;/i&gt; &#187;. Apparition po&#233;tique entre le fortin commercial du Centre-Bourse, qui a relev&#233; son pont-levis par crainte des pillages, et les ruelles qui abritaient autrefois un florissant bazar. Veut-il tester la tol&#233;rance de Gilets jaunes arborant les gadgets cocardiers de la Coupe du monde ? Drapeaux, perruques tricolores... Fachos, les Gilets ? Au stade V&#233;lodrome, on brandit plus volontiers les couleurs du Maghreb, du Br&#233;sil ou de l'Argentine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parenth&#232;se : &#224; la fin de l'&#233;t&#233;, le premier rond-point occup&#233; a &#233;t&#233; celui du Prado. Ce sont les forains du march&#233; de la Plaine, en lutte contre leur expulsion, qui l'ont tenu deux jours pour bloquer la foire de Marseille. Mais sans gilets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;cembre nous a r&#233;gal&#233; de deux samedis magiques &#8212; bien que ce qui arrive &#224; cette ville n'ait rien d'un conte de No&#235;l. Une s&#233;rie de coups durs, plut&#244;t : &#233;radication du march&#233; populaire et arrachage de dizaines d'arbres sur la Plaine ; &#233;rection d'un mur de mille tonnes de b&#233;ton autour de cette m&#234;me place ; puis effondrement de la rue d'Aubagne : huit morts sous les d&#233;combres et des centaines de sinistr&#233;s. Le maire &#171; &lt;i&gt;ne regrette rien&lt;/i&gt; &#187;. Au contraire, il profite du chaos pour &#171; &lt;i&gt;d&#233;gager le secteur &lt;/i&gt; &#187;. Sous son balcon, la foule crie que c'est lui qui doit d&#233;gager.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Quartiers populaires en col&#232;re&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Samedi 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre. Apr&#232;s la marche du deuil et celle de la Col&#232;re (10 et 14 novembre), une manifestation d'au moins 15 000 personnes &#171; pour le droit &#224; un logement digne &#187; est salu&#233;e par les contingents jaunes et rouges. Contrairement au reste du pays, o&#249; l'on constaterait l'absence des banlieues dans le soul&#232;vement actuel&lt;a href=&#034;#nb9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Constat contredit par l'appel du collectif Justice pour Adama Traor&#233; &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, ce sont ici les quartiers en col&#232;re contre l'habitat insalubre et une morgue quasi coloniale qui entra&#238;nent derri&#232;re eux la jacquerie anti-taxes et le d&#233;fil&#233; syndical en direction de la mairie. En panique &#224; l'id&#233;e d'une prise de cette Bastille d'arrogance &#8212; et en accord avec la strat&#233;gie de la tension appliqu&#233;e partout &#8212;, la pr&#233;fecture l&#226;che ses CRS contre la foule, sans sommation. Comme lors de la marche de la Col&#232;re, les gens r&#233;pliquent : flamb&#233;e de sapins sur le march&#233; de No&#235;l, &#233;dification de barricades et incendie d'un v&#233;hicule de police devant le commissariat de Noailles &#8212; sc&#232;nes que n'avait plus v&#233;cues la ville depuis les gr&#232;ves sauvages de 1947. Ce soir-l&#224;, l'&#233;meute est multicolore : jaune par ses gilets, bleu ciel et orang&#233;e par les fumig&#232;nes des supporters, noire par la tenue des jeunes &#233;nerv&#233;s. Le rouge ou le mauve des chasubles syndicales se font, eux, plus discrets...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce moment de convergence a permis une coordination inusit&#233;e dans les locaux de Solidaires, o&#249; associations de quartier, syndicats, Emma&#252;s, compagnons b&#226;tisseurs et Droit au logement ont pos&#233; comme exigence centrale la r&#233;quisition de logements vides pour les &#233;vacu&#233;s, mais aussi pour les mineurs isol&#233;s et les sans-toit. Noailles et la Plaine y ont propos&#233; un &#171; Manifeste pour un Marseille vivant et populaire &#187; qui fut ensuite lu devant la mairie lors du conseil municipal du 20 d&#233;cembre. En guise de suite pratique, le Syndicat des quartiers populaires de Marseille pr&#233;conise dans un communiqu&#233; une &#171; &lt;i&gt;auto-organisation communale&lt;/i&gt; &#187; face aux politiques urbaines hostiles.&lt;i&gt; &#161; Vamos !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Faut pas laisser les Gilets seuls avec le FN ! &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le samedi 8 d&#233;cembre, la marche internationale pour le Climat tient le haut du pav&#233;. Loin de la caricature radical-boh&#232;me dans laquelle les &#233;lus veulent l'enfermer, la Plaine est ce jour-l&#224; au carrefour des luttes. Il y a des plainards dans le cort&#232;ge &#233;colo &#8212; ainsi que des Gilets jaunes &#8212;, et l'on voit un &#233;criteau en forme de dossard mi-jaune mi-vert affirmant que la plan&#232;te ne pourra &#234;tre sauv&#233;e sans justice sociale. D'autres plainards, infirmi&#232;res, postiers, retrait&#233;es, marchent dans le d&#233;fil&#233; syndical. Et les plus enflamm&#233;s se sont rassembl&#233;s sur le cours Julien pour un rendez-vous surprise : &#171; &lt;i&gt;Qui s&#232;me la mis&#232;re r&#233;colte la col&#232;re &lt;/i&gt; &#187;, proclamait une affichette apocryphe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore, quatre cort&#232;ges diff&#233;rents ont fini par se m&#233;langer : la foule y a pris go&#251;t et aime se sentir forte. Dans les ruelles qui vont de l'Op&#233;ra &#224; Noailles, les escouades de flics casqu&#233;s, bard&#233;s de LBD, tonfas et gazeuses, sont lourdes de la fesse : le chass&#233;-crois&#233; d'une constellation de groupes affinitaires s'av&#232;re ing&#233;rable. Sur le port, le m&#234;me Gilet jaune qui palabrait avec les CRS leur balance un pav&#233; cinq minutes apr&#232;s, exc&#233;d&#233; par l'avanc&#233;e des blind&#233;s sur des gens &#224; genoux &#8212; &#224; genoux en hommage aux lyc&#233;ens de Mantes-la-Jolie, mais debout par l'esprit. Des discussions s'engagent &#224; m&#234;me le trottoir, entre le syndicaliste en butte &#224; des rapports de production d&#233;gueulasses, le Gilet jaune qui bloque un p&#233;age et critique en actes l'am&#233;nagement du territoire et le mal-log&#233;, s&#233;gr&#233;gu&#233; ou requalifi&#233; des quartiers marseillais. &#171; &lt;i&gt;Faut surtout pas laisser les Gilets seuls avec le FN !&lt;/i&gt; &#187;, plaide une militante de cit&#233;. Justice sociale est le mot de passe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une semaine plus t&#244;t, des CRS prot&#233;geaient le si&#232;ge de la Soleam&lt;a href=&#034;#nb9-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Soci&#233;t&#233; locale d'&#233;quipement et d'am&#233;nagement de l'aire m&#233;tropolitaine, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#8212; situ&#233; en face de l'immeuble o&#249; vivait Zineb Redouane, octog&#233;naire d&#233;c&#233;d&#233;e le dimanche 2 d&#233;cembre des suites d'un tir de grenade alors qu'elle fermait ses volets. Mais ce samedi, le gouvernement a mis le paquet pour prot&#233;ger les beaux quartiers parisiens et le reste du pays s'en trouve d&#233;garni. Les vitrines de la Soleam et de la mairie de secteur vont en souffrir. En face, la boutique de l'OM est &#233;nergiquement visit&#233;e. Un peu plus haut, le magasin Saint-Honor&#233; Paris, o&#249; les ca&#239;ds du shit se fournissent en fringues de marque, subit le m&#234;me sort : en un &#233;clair, le luxe se d&#233;mocratise.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;quisition de logements vides&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Samedi 15 d&#233;cembre. Blanc sur noir, une banderole exige &#171; Justice pour Zineb &#187; au coin du cours Saint-Louis. Ceux et celles de Noailles et de la Plaine, suivis des ultras de South Winners et MTP, prennent la t&#234;te de la manif. Pas longtemps. Les Gilets jaunes bifurquent sur la rue de Rome. Puis le cort&#232;ge CGT poursuit vers Castellane. Ces esquives mutuelles marquent le reflux &#8212; momentan&#233; ? &#8212; d'un mouvement social qui a surpris tout le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 10 d&#233;cembre, jour du conseil municipal annul&#233; par un maire aux abois, l'espace Culture, bel &#233;difice vacant de la Canebi&#232;re, a &#233;t&#233; bri&#232;vement occup&#233; par des activistes et des Africains expuls&#233;s de la cit&#233; d&#233;grad&#233;e du parc Corot&lt;a href=&#034;#nb9-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire le reportage &#171; R&#233;gler ses comptes &#224; OK Corot &#187;, CQFD n&#176; 164, avril 2018.&#034; id=&#034;nh9-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Occasion manqu&#233;e ? Port&#233;e par l'ensemble des signataires du manifeste, et rendue publique en conclusion d'une manif, la r&#233;quisition de ce lieu embl&#233;matique, situ&#233; &#224; deux pas du futur h&#244;tel 4 &#233;toiles des Feuillants et &#224; 100 m&#232;tres des immeubles effondr&#233;s, aurait peut-&#234;tre tenu plus longtemps. Qu'importe. Rebelote avec l'ouverture d'un vaste immeuble appartenant au dioc&#232;se, juste &#224; c&#244;t&#233; du Conseil d&#233;partemental, fautif dans la non-mise &#224; l'abri de dizaines de mineurs isol&#233;s &#233;trangers (MIE). &#192; cette heure, plus de 180 sans-logis s'y sont install&#233;s : des familles, mais aussi 46 MIE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lundi 24 d&#233;cembre. Exigeant des solutions, des familles sinistr&#233;es, relog&#233;es depuis plusieurs semaines dans des h&#244;tels miteux, viennent occuper les bureaux du guichet unique cens&#233; assister et orienter les plus de 1 500 &#233;vacu&#233;s depuis le 5 novembre. Interrog&#233; &#224; propos de la lenteur avec laquelle est trait&#233;e l'urgence, Jean Montagnac, pr&#233;sident LR du Conseil de territoire, a r&#233;torqu&#233; : &#171; &lt;i&gt; Ils sont log&#233;s. Ils sont nourris matin, midi et soir. Alors peut-&#234;tre qu'ils ont des croissants et ils savent pas ce que c'est ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb9-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par Marsactu, 11 d&#233;cembre 2018.&#034; id=&#034;nh9-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; Face &#224; autant de m&#233;pris et d'incurie, les quartiers s'organisent et se f&#233;d&#232;rent. Bient&#244;t Marseille ville ouverte ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Bruno Le Dantec&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;* &#171; Matgoulich gili jone &#187; signifie &#171; Ne m'appelle pas gilet jaune &#187; en arabe dialectal d'Alg&#233;rie.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb9-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Constat contredit par l'appel du collectif Justice pour Adama Traor&#233; &#224; manifester aux c&#244;t&#233;s des Gilets jaunes le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Soci&#233;t&#233; locale d'&#233;quipement et d'am&#233;nagement de l'aire m&#233;tropolitaine, charg&#233;e de la &#171; requalification &#187; de la Plaine et de Noailles.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire le reportage &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Regler-ses-comptes-a-OK-Corot' class=&#034;spip_in&#034;&gt;R&#233;gler ses comptes &#224; OK Corot&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 164, avril 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cit&#233; par &lt;i&gt;Marsactu&lt;/i&gt;, 11 d&#233;cembre 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le voyage inattendu d'un anarchiste syrien</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Le-voyage-inattendu-d-un</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Le-voyage-inattendu-d-un</guid>
		<dc:date>2019-01-30T04:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


		<dc:subject>Histoires de saute-fronti&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>Martin Barzilai</dc:subject>
		<dc:subject>j'ai</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Syrie</dc:subject>
		<dc:subject>quartiers</dc:subject>
		<dc:subject>r&#233;gime</dc:subject>
		<dc:subject>jours</dc:subject>
		<dc:subject>Lesbos</dc:subject>
		<dc:subject>quartier</dc:subject>
		<dc:subject>Edd Thawra</dc:subject>
		<dc:subject>distribuent Bulletin</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir connu la r&#233;volution &#224; Alep, la guerre civile, l'exil en Turquie puis la travers&#233;e vers la Gr&#232;ce sur un bateau de fortune, Edd Thawra a pu se forger, &#224; 22 ans, quelques convictions bien affirm&#233;es. Nous l'avons rencontr&#233; &#224; Thessalonique, carrefour antique entre Orient et Occident, o&#249; il milite dans un groupe anarchiste et suit des &#233;tudes d'informatique. En cette fin d'octobre 2018, devant la gare de Thessalonique, une petite dizaine d'activistes collent des affiches et (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no171-decembre-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;171 (d&#233;cembre 2018)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Histoires-de-saute-frontieres" rel="tag"&gt;Histoires de saute-fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Martin-Barzilai-105" rel="tag"&gt;Martin Barzilai&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/j-ai" rel="tag"&gt;j'ai&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Revolution" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Syrie" rel="tag"&gt;Syrie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/quartiers" rel="tag"&gt;quartiers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/regime" rel="tag"&gt;r&#233;gime&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/jours" rel="tag"&gt;jours&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Lesbos" rel="tag"&gt;Lesbos&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/quartier" rel="tag"&gt;quartier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Edd-Thawra" rel="tag"&gt;Edd Thawra&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/distribuent-Bulletin" rel="tag"&gt;distribuent Bulletin&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir connu la r&#233;volution &#224; Alep, la guerre civile, l'exil en Turquie puis la travers&#233;e vers la Gr&#232;ce sur un bateau de fortune, Edd Thawra&lt;a href=&#034;#nb10-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le nom a &#233;t&#233; modifi&#233;.&#034; id=&#034;nh10-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; a pu se forger, &#224; 22 ans, quelques convictions bien affirm&#233;es. Nous l'avons rencontr&#233; &#224; Thessalonique, carrefour antique entre Orient et Occident, o&#249; il milite dans un groupe anarchiste et suit des &#233;tudes d'informatique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2763 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH334/-1019-4132f.jpg?1783174908' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Martin Barzilai
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;E&lt;/span&gt;n cette fin d'octobre 2018, devant la gare de Thessalonique, une petite dizaine d'activistes collent des affiches et distribuent &lt;i&gt;Bulletin&lt;/i&gt;, une revue en quatre langues (grec, fran&#231;ais, anglais, arabe), aupr&#232;s des sans-papiers du quartier. Edd Thawra participe au collectif Clandestina-Network. Il a m&#234;me contribu&#233; &#224; r&#233;diger la d&#233;claration de principes : &#171; &lt;i&gt;Nous sommes un groupe de militants locaux et migrants &lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;anti-discriminations&lt;/i&gt; &#187;, qui &#171; &lt;i&gt;vise &#224; aider &#224; briser les barri&#232;res de la communication et &#224; unir nos luttes dans la ville avec celles dans les camps de migrants. &lt;/i&gt; &#187; Quelques jours plus tard, Edd nous raconte sa trajectoire autour d'un caf&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;R&#233;volution &#224; Alep&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Je suis originaire de Sukkari, un quartier pauvre d'Alep.&lt;/strong&gt; Ma famille est sunnite. Au moment du soul&#232;vement, j'avais 15 ans. En 2011, l'arm&#233;e de Bachar contr&#244;lait encore la ville, mais en 2012, des milliers de personnes sont descendues dans la rue tous les jours. Notre quartier &#233;tait tr&#232;s conservateur, pourtant des femmes non voil&#233;es pouvaient venir manifester. Et inversement, dans les quartiers de la classe moyenne, les gens des quartiers populaires soutenaient les protestations. Tous les gens d'Alep &#233;taient m&#233;lang&#233;s et unis &#224; cette p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant la r&#233;volution, la culture politique &#233;tait tr&#232;s pauvre, le nationalisme arabe du parti Baas monopolisait toute la presse et la production &#233;ditoriale. Facebook &#233;tait bloqu&#233;, on devait utiliser des serveurs proxy pour avoir acc&#232;s aux r&#233;seaux sociaux. Nous n'avions aucune base th&#233;orique, aucune id&#233;e pr&#233;&#233;tablie, alors nous avons appris par notre propre pratique, influenc&#233;s aussi par Omar Aziz ou Razan Zaitouneh&lt;a href=&#034;#nb10-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Omar Aziz &#233;tait un des th&#233;oriciens des comit&#233;s locaux de coordination, bases (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des pauvres &#233;taient apolitiques, ils avaient avant tout une fa&#231;on &#233;motionnelle de r&#233;agir aux injustices et &#224; la dictature. Le soul&#232;vement a eu un grand impact sur les mentalit&#233;s en Syrie, certains sont devenus plus religieux, d'autres ath&#233;es. Depuis la r&#233;volution, je ne crois plus en Dieu. Les bombardements incessants sur les quartiers rebelles ont &#233;galement conduit &#224; la confessionnalisation de la population qui se trouvait coinc&#233;e sans aucun soutien ext&#233;rieur. Face &#224; la mort, c'&#233;tait cela ou la fuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai jamais cru &#224; la solution militaire, j'&#233;tais contre les armes. Au d&#233;part, l'Arm&#233;e syrienne libre (ASL), constitu&#233;e de d&#233;serteurs, &#339;uvrait pour la protection de la r&#233;volution, mais avec le temps, elle s'est comport&#233;e comme un gang et des &#233;l&#233;ments islamistes s'y sont joints. Le r&#233;gime arr&#234;tait tous ceux qui cherchaient &#224; s'organiser autrement et les torturait. Dans mon quartier, j'ai assist&#233; &#224; l'arrestation de deux fr&#232;res communistes qui &#233;taient revenus de Grande-Bretagne pour participer &#224; la r&#233;volution. On ne les a jamais revus. &#192; la m&#234;me &#233;poque, le r&#233;gime a lib&#233;r&#233; pr&#232;s de 300 islamistes qui sont devenus les leaders de la r&#233;bellion. Il a man&#339;uvr&#233; pour favoriser l'islamisation de la r&#233;volution afin de justifier ses tueries au yeux du monde. Puisque l'islamisme constituait la principale menace depuis le 11-Septembre, le r&#233;gime pr&#233;tendait agir dans une lutte antiterroriste globale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un radeau pour Lesbos&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Quand l'arm&#233;e de Bachar a repris le contr&#244;le de mon quartier&lt;/strong&gt;, j'ai v&#233;cu un an de terreur, car il devenait de plus en plus difficile d'&#233;chapper &#224; la conscription. Puis, j'ai pass&#233; six mois dans les quartiers rebelles, mais c'&#233;tait intenable : il y avait des explosions de bombes-barils tous les jours. J'ai quitt&#233; la Syrie fin 2014, seul. Je suis pass&#233; en Turquie par le canton d'Idleb. &#192; cette &#233;poque, l'arm&#233;e turque ne tirait pas &#224; vue sur les clandestins. &#192; Gaziantep, j'ai pu trouver un boulot gr&#226;ce &#224; une connaissance. Puis, j'ai d&#233;cid&#233; de partir de Turquie en 2016 parce que le climat social et religieux devenait de plus en plus pesant. Avec Erdo&#287;an, j'ai l'impression que ce pays s'enfonce dans l'obscurantisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin d'aller en Gr&#232;ce, j'ai d&#251; payer un passeur pour prendre un rafiot pourri qui m'a conduit &#224; Lesbos. Contrairement &#224; l'image v&#233;hicul&#233;e par les m&#233;dias, mon bateau n'&#233;tait pas rempli de jeunes migrants c&#233;libataires, mais en majorit&#233; de familles avec enfants. Bien s&#251;r, j'avais peur pour moi-m&#234;me, mais quand je suis mont&#233; dedans, j'eus d'abord cette pens&#233;e terrible : &#8220; &lt;i&gt;Et si tous ces enfants mouraient noy&#233;s cette nuit ?&lt;/i&gt; &#8221; Prendre un canot de fortune, c'est prendre un billet pour l'inconnu, parfois pour la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'arriv&#233;e &#224; Lesbos, Frontex nous a pris en charge et conduit au camp de Moria, qui &#233;tait un camp ouvert &#224; l'&#233;poque. Aujourd'hui, c'est une prison. Apr&#232;s deux jours, j'ai pu aller &#224; Ath&#232;nes. Puis &#224; Thessalonique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arriv&#233;e en Europe a &#233;t&#233; un choc et un &#233;blouissement. Ici, on peut lire et dire ce qu'on veut sans ressentir le sentiment de peur. Cette terreur suscit&#233;e par le parti Baas en Syrie demeure pourtant. Chez les g&#233;n&#233;rations plus &#226;g&#233;es, c'est encore plus marqu&#233;. Un ami m'a racont&#233; que ses parents, pourtant r&#233;fugi&#233;s au Canada, restent t&#233;tanis&#233;s d&#232;s qu'on &#233;voque le r&#233;gime. Ils se murent dans le silence. La peur des &lt;i&gt;moukhabarat&lt;/i&gt; [services de s&#233;curit&#233;] est omnipr&#233;sente. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Cette gauche pro-Assad&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Je continue &#224; partager des points de vue&lt;/strong&gt; avec des camarades syriens &#224; Ath&#232;nes ou sur la page Facebook Syrian anarchists. Durant une manif de gauche &#224; Ath&#232;nes il y a quelque temps, certains militants grecs brandissaient le drapeau du r&#233;gime, un camarade syrien les a interpell&#233;s violemment, mais visiblement aucun des manifestants n'a su quoi lui r&#233;pondre. Eux-m&#234;mes ne savent pas pourquoi ils se font les complices de cette dictature. La r&#233;volution syrienne a &#233;t&#233; un test d'internationalisme pour la gauche occidentale, qui l'a manqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup d'anti-imp&#233;rialistes soutiennent &#233;galement l'Iran, qui est un &#201;tat islamique, alors qu'ils n'accepteraient jamais chez eux un tel r&#233;gime d'oppression. Tol&#233;reraient-ils le voile obligatoire ? De m&#234;me &#224; propos de la cause palestinienne, la plupart s'en foutent des Palestiniens, c'est juste un pr&#233;texte pour tenir un discours anti-am&#233;ricain et antisioniste. Le mensonge de l'&#201;tat syrien repose en partie sur son faux antagonisme avec Isra&#235;l. En r&#233;alit&#233;, si Isra&#235;l n'existait pas, le r&#233;gime n'existerait pas non plus. Toute sa propagande tend &#224; confondre juifs et sionistes dans l'esprit des Syriens ordinaires. Elle a contribu&#233; &#224; d&#233;politiser la question palestinienne et sert &#224; masquer ses propres crimes. Je supporte la lutte des Palestiniens contre l'&#201;tat raciste d'Isra&#235;l mais je ne soutiens pas le nationalisme, ni les politiques autoritaires du Hamas ou du Fatah. J'ai grandi avec des Palestiniens en Syrie, le r&#233;gime avait cr&#233;&#233; un d&#233;partement de s&#233;curit&#233; juste pour les contr&#244;ler...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personnellement, je refuse de travailler avec la gauche autoritaire qui aurait une position pro-Assad, quand bien m&#234;me elle participerait &#224; la solidarit&#233; avec les migrants. &#192; l'heure actuelle, je ne soutiens aucun des acteurs en Syrie : ni l'ASL, ni le YPG [milice kurde], ni &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; les djihadistes ou Assad. Tous se sont fourvoy&#233;s. Je peux &#233;ventuellement discuter avec des gens qui supportent les deux premiers groupes, pas avec les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'aime pas quand on me demande si je souhaite retourner un jour dans mon pays. D'abord, parce que je ne crois pas aux fronti&#232;res. Je pense que la Terre est un endroit pour tout le monde. Toutefois, si un miracle se produisait et que la dictature tombait, j'aimerais contribuer &#224; construire une soci&#233;t&#233; meilleure. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Mathieu L&#233;onard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb10-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh10-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le nom a &#233;t&#233; modifi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh10-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Omar Aziz &#233;tait un des th&#233;oriciens des comit&#233;s locaux de coordination, bases d'auto-organisation de la r&#233;volution syrienne. Il est d&#233;c&#233;d&#233; dans les ge&#244;les du r&#233;gime en 2013. Razan Zaitouneh est une avocate et militante des droits de l'homme, disparue depuis le 9 d&#233;cembre 2013 &#224; Douma, probablement enlev&#233;e par les djihadistes de Jaych al-Islam.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
