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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Une zone &#224; d&#233;fendre</title>
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		<dc:date>2012-11-17T09:28:05Z</dc:date>
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		<dc:creator>Gilles Lucas</dc:creator>


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&lt;p&gt;&#201;voqu&#233;e du bout des l&#232;vres par les journaux t&#233;l&#233;vis&#233;s, la r&#233;sistance au projet d'a&#233;roport sur les terres agricoles de Notre-Dame-des-Landes, en Loire-Atlantique, n'est pas pr&#234;te d'&#234;tre effac&#233;e malgr&#233; les assauts policiers. En t&#233;moignent les colonnes de tracteurs paralysant Nantes il y a quelques mois, l'inventivit&#233; des occupants r&#233;fractaires et leur pugnacit&#233; face aux actuelles man&#339;uvres militaro-polici&#232;res pr&#233;tendant imposer la loi de Vinci. La parole est aux r&#233;sistants. Cela fait (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no105-novembre-2012" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;105 (novembre 2012)&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#201;voqu&#233;e du bout des l&#232;vres par les journaux t&#233;l&#233;vis&#233;s, la r&#233;sistance au projet d'a&#233;roport sur les terres agricoles de Notre-Dame-des-Landes, en Loire-Atlantique, n'est pas pr&#234;te d'&#234;tre effac&#233;e malgr&#233; les assauts policiers. En t&#233;moignent les colonnes de tracteurs paralysant Nantes il y a quelques mois, l'inventivit&#233; des occupants r&#233;fractaires et leur pugnacit&#233; face aux actuelles man&#339;uvres militaro-polici&#232;res pr&#233;tendant imposer la loi de Vinci. La parole est aux r&#233;sistants.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cela fait quarante ans que le paysage entourant le village de Notre-Dame-des-Landes, &#224; une vingtaine de kilom&#232;tres au nord de Nantes, r&#233;siste aux injonctions de l'agriculture intensive et aux coups de boutoir de l'am&#233;nagement du territoire. Mais loin d'&#234;tre un oubli, ce paisible abandon va enfanter un monstre : l'&#201;tat et les d&#233;cideurs locaux visent en fait, et ce depuis plusieurs d&#233;cennies, l'&#233;crasement de cette vaste zone humide sous une dalle de b&#233;ton destin&#233;e &#224; recevoir l'a&#233;roport du Grand Ouest&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce projet s'inscrit parmi d'autres joyeuset&#233;s con&#231;ues par les technocrates (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; et les infrastructures urbaines et routi&#232;res aff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Raison officielle de ce m&#233;gaprojet ? Au d&#233;but des ann&#233;es 1970, il &#233;tait acquis pour les d&#233;cideurs de la R&#233;gion que les installations a&#233;roportuaires de Nantes seraient satur&#233;es d&#232;s les ann&#233;es 1984-1985. Le d&#233;menti d'une telle perspective &#8211; en 2012, elles tournent autour des deux tiers de leur capacit&#233; maximum &#8211; contraint alors les technocrates &#224; pr&#233;senter l'habituel et bienveillant argument de la s&#233;curit&#233;, li&#233; au survol de zones urbanis&#233;es. Aujourd'hui, malgr&#233; le dur labeur men&#233; par les communicants du porteur actuel du projet, la soci&#233;t&#233; Vinci Airport, il vient &#224; l'esprit des gens du coin une intuition qu'expose l'un d'entre eux : &lt;i&gt;&#171; Cette multinationale s'investit depuis peu dans les activit&#233;s a&#233;roportuaires. Il lui faut un prototype, une esp&#232;ce de show-room d'apparence &#233;cologique pour pr&#233;senter et vendre ses produits. Tout laisse &#224; penser que les 800 millions d'euros que devrait co&#251;ter cet ensemble font partie du budget publicitaire de cette entreprise, puisqu'il est &#233;vident que &#231;a ne va rien leur rapporter directement. D'autant qu'il s'agit d'un partenariat public &#8211; priv&#233; pour le moins suspect&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le pr&#233;fet qui avait lanc&#233;, en 2009, l'appel d'offres finalement remport&#233; par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; La d&#233;finition de la zone d'am&#233;nagement diff&#233;r&#233;e (Zad) d&#233;cr&#233;t&#233;e en 1974 signifiait qu'aucun permis de construire n'&#233;tait plus accord&#233; pendant sept ans. Cette d&#233;cision a &#233;t&#233; renouvel&#233;e en 1981. Entre cette derni&#232;re ann&#233;e et 2005, le projet semblait &#234;tre pass&#233; aux oubliettes. Haies bocag&#232;res, chemins, routes &#233;troites, petites surfaces cultiv&#233;es, v&#233;g&#233;tation et faune n'auront pas eu &#224; subir les effets d&#233;vastateurs des remembrements et de l'urbanisation sur les deux mille hectares concern&#233;s par la Zad.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 1970, &#224; l'annonce du projet, des agriculteurs se regroupent dans une association. Au rythme erratique des d&#233;cisions puis des mises en sommeil des projets de l'&#201;tat et des industriels, cette premi&#232;re opposition va s'&#233;tioler pour r&#233;apparaitre avec la r&#233;surrection du projet au milieu des ann&#233;es 2000, prenant le nom d'&lt;a href=&#034;http://acipa.free.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Association citoyenne intercommunale des populations concern&#233;es&lt;/a&gt;. &lt;i&gt;&#171; En ao&#251;t 2009&lt;/i&gt;, explique Caroline, &lt;i&gt;l'Acipa a organis&#233; une semaine de r&#233;sistance avec des projections, des d&#233;bats et des concerts. Un &#8220;camp climat&#8221; compos&#233; d'un r&#233;seau de r&#233;fractaires aux projets industriels s'est r&#233;uni &#224; cette occasion. Des opposants locaux ont alors appel&#233; &#224; l'occupation de la zone. On a commenc&#233; alors &#224; ouvrir des lieux, &#224; occuper des maisons d&#233;sert&#233;es, &#224; s'installer dans les bois, &#224; construire des cabanes. Et l'acronyme Zad est alors devenu la &lt;a href=&#034;http://zad.nadir.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Zone &#224; d&#233;fendre&lt;/a&gt;. &#187;&lt;/i&gt; Kevin, install&#233; depuis trois ans, poursuit : &lt;i&gt;&#171; C'est une tr&#232;s grande surface de friches et de terres cultivables. Certains font des jardins collectifs pour les l&#233;gumes et les oignons, par exemple. D'autres sont plus individuels. Une ferme maraich&#232;re produit de grosses quantit&#233;s. Un boulanger fournit &#224; prix libre du pain deux fois par semaine. Un &#233;leveur fabrique des fromages de ch&#232;vre. Certains ont mis des ann&#233;es &#224; construire des habitations. Les maisons abandonn&#233;es ont &#233;t&#233; r&#233;am&#233;nag&#233;es. Des ateliers sont consacr&#233;s au bricolage des voitures et &#224; la r&#233;paration des v&#233;los. On a construit un th&#233;&#226;tre. Il y a des biblioth&#232;ques et aussi un journal qui diffuse des informations sur les activit&#233;s des trente-cinq lieux de la Zad. On a fait des concerts. Les bagnoles servent pour la r&#233;cup&#233;ration de mat&#233;riaux et de mauvaises bouffes sur les supermarch&#233;s. Cette derni&#232;re est distribu&#233;e et laiss&#233;e dans un lieu qui s'appelle La Planchette, afin que tout le monde puisse se servir. &#187;&lt;/i&gt; Caroline reprend : &lt;i&gt;&#171; On peut pas dire qu'il y ait un &#8220;nous&#8221; sur la Zad. C'est vrai : on est tous antiproductivistes, anticapitalistes, anti-autoritaires, et notre envie commune est de vivre autrement, mais les mani&#232;res de faire sont diff&#233;rentes selon chacun. Il y en a qui vivent dans des cabanes install&#233;es &#224; vingt m&#232;tres de haut. D'autres sont dans des maisons et disposent d'un tr&#232;s relatif confort dont tout le monde peut se servir. Chaque lieu a sa personnalit&#233; et sa couleur avec son propre collectif. Mais bon&#8230; En fait, aujourd'hui on peut parler de tout cela au pass&#233;, depuis que l'offensive des flics a commenc&#233; le 16 octobre&#8230; &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 15 octobre, deux h&#233;licopt&#232;res tournent d'une mani&#232;re plus pressante qu'&#224; l'habitude, et chacun per&#231;oit qu'une armada bleue va d&#233;ferler dans les heures &#224; venir, fait confirm&#233; par des informations ayant fuit&#233; depuis les autorit&#233;s. &#192; l'aube, mille cinq cents robocops se d&#233;ploient depuis les principales routes goudronn&#233;es. &lt;i&gt;&#171; On a r&#233;cup&#233;r&#233; les mat&#233;riaux qui nous int&#233;ressaient et on a tranquillement d&#233;m&#233;nag&#233; avant l'arriv&#233;e des flics &#187;&lt;/i&gt;, raconte un des habitants du Bellish, dont les installations seront retrouv&#233;es br&#251;l&#233;es apr&#232;s le passage des forces de l'ordre. &#192; partir de cette date, les saccages et violences men&#233;es par les CRS et gendarmes mobiles vont se multiplier. Sur le lieu appel&#233; le Sabot, le jardin mara&#238;cher est arros&#233; de grenades lacrymog&#232;nes. La r&#233;sidante ramassera des centaines de ces projectiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tactique r&#233;currente, les policiers s'approchent des installations afin de laisser le temps aux employ&#233;s de la DDE de charger les mat&#233;riaux. Lorsqu'une maison est d&#233;truite, les gravats sont surveill&#233;s jour et nuit par des robocops afin d'&#234;tre s&#251;r qu'ils ne soient pas r&#233;employ&#233;s. Dans la for&#234;t de Rohan, o&#249; nombre de personnes ont install&#233; des cabanes dans les arbres, ce sont avec des tractopelles &#233;quip&#233;s de godet et de bras t&#233;lescopique que les CRS et des gendarmes du Groupe de recherche et d'intervention en milieu p&#233;rilleux cherchent &#224; d&#233;loger les occupants. Ils cognent les arbres avec leurs engins, se font hisser dans les branches, pendant qu'un h&#233;licopt&#232;re tournoie &#224; basse altitude. Lors d'un de ces assauts, un CRS a chut&#233; d'une hauteur de sept m&#232;tres et s'est gravement bless&#233;. Les occupants sont violemment interpell&#233;s : pression dans les orbites et sur les art&#232;res, torsion des membres. Plusieurs d'entre eux se d&#233;placent depuis avec des b&#233;quilles. &#192; chaque intervention, militaires et policiers saturent l'air de lacrymog&#232;ne, que le vent ram&#232;ne souvent vers eux. C'est le plus souvent dans la nuit, &#224; l'abri des cam&#233;ras, que se d&#233;cha&#238;nent les plus z&#233;l&#233;s fonctionnaires. Tirs tendus de flashball, jets de grenades de d&#233;sencerclement projetant des dizaines de fragments. Dans la fr&#233;n&#233;sie, un flic fait exploser au milieu de sa troupe un de ces projectiles, qui blesse trois de ses complices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon certaines estimations, l'op&#233;ration co&#251;te plus de 500 000 euros par semaine. &lt;i&gt;&#171; Les chefs de la police avaient dit &#224; leurs hommes qu'ils allaient avoir affaire &#224; des gens cagoul&#233;s &#233;quip&#233;s de cocktails Molotov. Si beaucoup d'entre-nous se masquent le visage, c'est pour ne pas avoir de probl&#232;mes judiciaires. En fait de guerriers aguerris, pour beaucoup de monde, c'&#233;tait la premi&#232;re fois qu'ils se retrouvaient sur une barricade et avec comme but principal celui de prot&#233;ger les lieux &#187;&lt;/i&gt;, explique Lau. Armes majeures dans les mains des r&#233;sistants : des &#339;ufs, des sacs de peinture et de la boue, qui vont d&#233;corer de nombreux policiers. Sur la route d&#233;partementale 81, entre Vigneux et le bourg de Notre-Dame-des-Landes, occupants et locaux creusent une profonde tranch&#233;e et dressent une barricade. &lt;i&gt;&#171; &#199;a fait du bien de d&#233;truire la route des flics &#224; coups de pioche &#187;&lt;/i&gt;, reconna&#238;t Louise, une habitante, pendant qu'un autre barricadier s'amuse : &lt;i&gt;&#171; Les flics ont peur des champs et du bocage. &#187;&lt;/i&gt; Sur la Zad, quelques connaisseurs ont mont&#233; radio Klaxon, d&#233;tournant la fr&#233;quence 107.7 appartenant &#224; Vinci, qui diffuse sans cesse des informations sur les d&#233;placements de l'armada polici&#232;re, la position des barrages, le nombre des forces en pr&#233;sence, les besoins de chacun. &lt;i&gt;&#171; Une physionomiste travaillant pour la gendarmerie, et dont le boulot consiste &#224; m&#233;moriser les visages, circulait dans sa bagnole sur la Zad&lt;/i&gt;, raconte, hilare, un Zadiste. &lt;i&gt;Des gens ont appel&#233; la radio et en quelques instants, ces d&#233;placements ont &#233;t&#233; connus de tous, qui &#224; leur tour nourrissaient l'info, jusqu'au moment o&#249; le gars de la radio a annonc&#233; que sa bagnole avait &#233;t&#233; repeinte en rose apr&#232;s une embuscade color&#233;e. &#187; &#171; Pendant plusieurs nuits, des cohortes de flics marchant au pas poussaient des cris en tapant sur leurs boucliers. D'autres fois, ils scandent des chants de l&#233;gionnaires &#187;&lt;/i&gt;, rapporte un autre occupant. Mais, en faction pendant des heures dans les sous-bois, les chemins ou autour de tas de gravats, des policiers craquent. L'un d'entre eux s'est m&#234;me effondr&#233;, en larmes. On entend dire que des gendarmes de la brigade de Blain ont demand&#233; leur mutation. D'autres robocops disent ne pas &#234;tre d'accord avec le boulot qu'on leur fait faire, tout en b&#233;gayant que &lt;i&gt;&#171; c'est leur m&#233;tier &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Les strat&#232;ges de l'op&#233;ration C&#233;sar &#8211; nom donn&#233; &#224; cette d&#233;ferlante polici&#232;re sur la Zad &#8211; avaient choisi d'attaquer d'abord les squatters plut&#244;t que de s'en prendre aussi aux locaux, histoire de diviser, comme d'habitude. Mal leur en a pris &#187;&lt;/i&gt;, rigole Caroline. Au premier jour de l'invasion polici&#232;re, l'Acipa, qui avait jusqu'alors pour slogan &#171; Vinci d&#233;gage ! &#187;, y a ajout&#233; &#171; R&#233;sistance et Sabotage ! &#187;. &lt;i&gt;&#171; Les relations avec les locaux n'ont pas toujours &#233;t&#233; simples&lt;/i&gt;, dit Kevin.&lt;i&gt; Les squatters &#233;taient &#233;videmment vus comme des drogu&#233;s et des feignants. Ils &#233;taient accus&#233;s de d&#233;truire les enclos barbel&#233;s, etc. &#187;&lt;/i&gt; Mais la solidarit&#233; et la bienveillance qui r&#233;gnaient entre les Zadistes se sont d'un coup &#233;largies &#224; de nombreuses personnes de la zone, ainsi qu'&#224; d'autres r&#233;gions et pays &#233;loign&#233;s. Contrairement &#224; ce qu'escomptait l'offensive militaire des promoteurs de l'a&#233;roport, la prise de parti en faveur des opposants se d&#233;veloppe. &lt;i&gt;&#171; Sur le site &lt;a href=&#034;http://zad.nadir.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://zad.nadir.org&lt;/a&gt;, ce sont plus de 100 000 visites quotidiennes qui sont relev&#233;es &#187;&lt;/i&gt;, comptabilise Camille. Sur une barricade, un membre de l'Acipa, connu jusqu'alors pour sa grande pond&#233;ration, entasse branches et mat&#233;riaux. Un couple de paysans raconte : &lt;i&gt;&#171; On a &#233;t&#233; bloqu&#233;s par les gendarmes. On leur a dit que nous allions apporter du riz et des p&#226;tes aux insurg&#233;s. On a d&#251; faire un d&#233;tour pour passer les barrages. &#187;&lt;/i&gt; Des appels t&#233;l&#233;phoniques signalent les convois policiers montant vers le nord depuis Bordeaux, Angers ou Poitiers. L'Acipa a ouvert son local de la Vache R&#238;t aux occupants. Des habitants des maisons non expulsables avant la fin de proc&#233;dures en cours, qui manifestaient jusqu'alors une grande d&#233;fiance &#224; l'&#233;gard des squatters, leur ouvrent les portes. Dans plusieurs villes des collectifs de soutien se forment. Des locaux du Parti socialiste ont &#233;t&#233; d&#233;cor&#233;s de quelques slogans rageurs &#224; la Rochelle, Paris, Bordeaux&#8230; Des opposants &#224; Vinci ont &#233;t&#233; gaz&#233;s et frapp&#233;s &#224; N&#238;mes.&lt;i&gt; &#171; &#199;a donne une force incroyable. On n'imaginait pas r&#233;ussir &#224; r&#233;sister si longtemps et voir une solidarit&#233; aussi forte&#8230; Il y a quelques jours, on a f&#234;t&#233; la centi&#232;me barricade &#187;&lt;/i&gt;, relate Camille, qui poursuit : &lt;i&gt;&#171; On re&#231;oit de partout des v&#234;tements, des matelas, des couvertures, de la nourriture, de l'argent&#8230; &#187;&lt;/i&gt; Mais Caroline pr&#233;cise, sans amertume : &lt;i&gt;&#171; Depuis toutes ces ann&#233;es, il y avait beaucoup de monde &#8211; des organisations politiques, l'Acipa, les anars, y compris certains habitants de la zone &#8211; qui attendait que l'on se fasse expulser. Ils pensaient qu'alors cette situation serait m&#233;diatis&#233;e et que cela permettrait &#224; la solidarit&#233; de se d&#233;velopper. Nous, les squatters, nous avons &#233;t&#233; un peu des &#8220;idiots utiles&#8221;, comme l'ont dit certains. &#187;&lt;/i&gt; Qu'importe. L'ensemble des gens vivant sur la zone concern&#233;e, alli&#233;s &#224; tous les opposants, appellent &#224; une &#171; manifestation de r&#233;occupation &#187; le 17 novembre. &lt;i&gt;&#171; De toute fa&#231;on, pr&#233;cise un squatter, les possibilit&#233;s de reconstruire sont encore nombreuses. D'autres maisons vont se vider et nous les rouvrirons. Ils devront revenir sans cesse. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 5 novembre, &#224; l'occasion d'une conf&#233;rence de presse, le ministre de l'Int&#233;rieur, Manuel &#171; Nicolas &#187; Valls, a d&#233;sign&#233;, &#224; l'instar de ces successeurs, &lt;i&gt;&#171; les formes de violence provenant de l'ultra-gauche, de mouvements anarchistes ou autonomes &lt;/i&gt; &#187; &#224; propos de l'opposition &#224; la ligne TGV dans le Val de Suza et de celle &#224; l'a&#233;roport de Notre-Dame-des-Landes, histoire, sans rire, d'annoncer quelques arrestations spectaculaires, similaires &#224; celles qu'ont subies des habitants du village de Tarnac en novembre 2008&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, si sur la zone suppos&#233;e de l'a&#233;roport nombre de maisons, cabanes et abris ont &#233;t&#233; d&#233;truits, la victoire des industriels est loin d'&#234;tre acquise. Il leur faudra ensuite ouvrir un chantier, d&#233;placer des engins, stocker des mat&#233;riaux, installer des bureaux, toutes choses dont les habitants de Narita au Japon&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 1971, les premi&#232;res expropriations sur le site d'un futur a&#233;roport &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, et d'Atenco au Mexique&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En octobre 2001, le gouvernement mexicain annonce l'implantation d'un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, ont en leur temps &#233;prouv&#233; la grande fragilit&#233;&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ce projet s'inscrit parmi d'autres joyeuset&#233;s con&#231;ues par les technocrates de l'am&#233;nagement du territoire, qui planchent depuis les ann&#233;es 1960 sur des alternatives &#224; la croissance exponentielle de Paris par le d&#233;veloppement de capitales r&#233;gionales &#233;quip&#233;es d'infrastructures cons&#233;quentes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le pr&#233;fet qui avait lanc&#233;, en 2009, l'appel d'offres finalement remport&#233; par Vinci travaille aujourd'hui pour cette multinationale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En 1971, les premi&#232;res expropriations sur le site d'un futur a&#233;roport &#224; proximit&#233; de Tokyo provoquent de dramatiques affrontements. La r&#233;sistance &#224; ce projet va durer plusieurs d&#233;cennies. En 2012, l'a&#233;roport n'est toujours pas achev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En octobre 2001, le gouvernement mexicain annonce l'implantation d'un a&#233;roport sur les terres communales de San Salvador Atenco, &#224; proximit&#233; de la capitale. Les paysans manifestent massivement, d&#233;mettent le maire corrompu et le remplacent par un conseil municipal autonome. Le 1er ao&#251;t 2002, apr&#232;s de multiples manifestations, actes de r&#233;sistance et soutiens venus de tout le Mexique et de l'&#233;tranger, le gouvernement renonce &#224; son projet.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Semer et manger au pays</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Maliet</dc:creator>


		<dc:subject>Ma cabane pas au Canada</dc:subject>
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&lt;p&gt;Cette tomate bio a &#233;t&#233; produite au fin fond de l'Espagne, et celle-ci a pouss&#233; dans le coin, en conventionnel. L'&#233;picerie paysanne a fait son choix : d&#233;velopper l'autonomie alimentaire locale. Bio, ou pas. &#192; Marseille, ce sont toujours les derniers arriv&#233;s qui d&#233;gotent les bons plans. C'est l'ami R&#233;mi &#8211; le dessinateur &#8211;, fra&#238;chement d&#233;barqu&#233; de son grand nord, qui nous a fait conna&#238;tre ce magas'. Bon, on n'y d&#233;crochera pas l'Albert Londres, mais comme c'est &#224; deux pas du canard, dans la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no86-fevrier-2011" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;86 (f&#233;vrier 2011)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Ma-cabane-pas-au-Canada" rel="tag"&gt;Ma cabane pas au Canada&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/plans" rel="tag"&gt;plans&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cette tomate bio a &#233;t&#233; produite au fin fond de l'Espagne, et celle-ci a pouss&#233; dans le coin, en conventionnel. L'&#233;picerie paysanne a fait son choix : d&#233;velopper l'autonomie alimentaire locale. Bio, ou pas.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#192; Marseille, ce sont toujours les derniers arriv&#233;s qui d&#233;gotent les bons plans. C'est l'ami R&#233;mi &#8211; le dessinateur &#8211;, fra&#238;chement d&#233;barqu&#233; de son grand nord, qui nous a fait conna&#238;tre ce magas'. Bon, on n'y d&#233;crochera pas l'Albert Londres, mais comme c'est &#224; deux pas du canard, dans la rue L&#233;on-Bourgeois, on est all&#233;s voir. Le lieu est plut&#244;t avenant, bien que ressemblant un tantinet &#224; ces &#233;choppes branchouilles o&#249; le poireau &#8211; plant&#233; un 29 f&#233;vrier, lune ascendante &#8211; vaut cinq euros pi&#232;ce. Mais ici, point de jolis paniers en osier qui laissent entendre que &#231;a va te co&#251;ter bonbon. Les fruits et l&#233;gumes sont dans de vulgaires cageots, comme dans toute &#233;picerie de quartier. D'ailleurs, c'est &#233;crit sur la pancarte, &#224; l'entr&#233;e : &lt;i&gt;&#171; &#201;picerie paysanne, prix abordables pour tou(te)s &#187;&lt;/i&gt;. Et effectivement, nous avons rempli notre cabas pour une poign&#233;e d'euros. Jean-Christophe, un des initiateurs du projet, explique : &lt;i&gt;&#171; Nous voulions cr&#233;er &#224; Marseille un point de vente de produits agricoles locaux, qui vienne en compl&#233;ment des march&#233;s paysans et des Amap&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Association pour le maintien d'une agriculture paysanne.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, qui sont ponctuels. &#187;&lt;/i&gt; Des produits locaux, voil&#224; le secret. &lt;i&gt;&#171; Dans la r&#233;gion, il n'y a que 8 % de surface agricole utile en bio&#8230; Si nous voulions travailler uniquement avec ces produits, nous devrions les faire venir de tr&#232;s loin, ce qui est absurde. On bosse donc en bio et en conventionnel. &#187;&lt;/i&gt; &#201;viter de consommer des hectolitres de gasoil pour bringuebaler des tomates &#171; naturelles &#187; dans des trente-trois tonnes, tout en garantissant la survie des campagnes et des paysans, le concept est plaisant. &lt;i&gt;&#171; Notre objectif, poursuit l'&#233;picier, est de d&#233;velopper l'autonomie alimentaire &#224; l'&#233;chelle du territoire, et de tenter de relocaliser l'agriculture et l'alimentation. &#187;&lt;/i&gt; Lui et sa bande travaillent donc avec une cinquantaine de paysans locaux, s'approvisionnant d&#232;s l'aube au carreau des producteurs, sur le march&#233; d'int&#233;r&#234;t national des Arnavaux, &#224; Marseille. &lt;i&gt;&#171; Nous essayons d'assurer une juste r&#233;mun&#233;ration de notre travail, tout en garantissant un revenu correct aux producteurs et des prix abordables aux consommateurs. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les agriculteurs trouvent un avantage certain &#224; la combine : &lt;i&gt;&#171; Le kilo de pommes Pink Lady, par exemple, se vend 30 centimes &#224; la centrale d'achat de la grande distribution, contre 50 centimes sur le march&#233; de gros. &#187;&lt;/i&gt; Ce mode de commercialisation, plus r&#233;mun&#233;rateur, favorise donc le maintien des exploitations, et &lt;i&gt;&#171; l'existence d'un march&#233; peut m&#234;me encourager des jeunes &#224; reprendre des fermes, &#224; s'installer &#187;&lt;/i&gt;, esp&#232;re Jean-Christophe. Car la pr&#233;servation des terres agricoles est aussi l'une des pr&#233;occupations de Fili&#232;re paysanne, l'association qui g&#232;re l'&#233;picerie. &lt;i&gt;&#171; Nous militons au sein d'un collectif d'associations pour pr&#233;server les terres fertiles de l'urbanisation. Dans les Bouches-du-Rh&#244;ne, il y a l'&#233;quivalent de vingt stades de foot qui dispara&#238;t chaque jour ! Dans le futur, cela risque de poser un probl&#232;me. &#192; Tarascon, nous avons sauv&#233; 31 hectares qui devaient &#234;tre convertis en zone artisanale et commerciale. &#187;&lt;/i&gt; Et une zone commerciale, &#231;a ne se bouffe pas !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Association pour le maintien d'une agriculture paysanne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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