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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Les junkies de Gengis Khan</title>
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		<dc:creator>Thierry Pelletier</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Premier producteur mondial d'opium et d'h&#233;ro&#239;ne, l'Afghanistan conna&#238;t &#233;galement le plus fort pourcentage de population toxicomane au monde. Rencontre &#224; Paris avec Raheem Reza&#239;, usager de drogues v&#233;t&#233;ran, et Olivier Maguet, responsable de la mission M&#233;decins du monde &#224; Kaboul. Raheem a d&#233;barqu&#233; un beau matin dans le Centre d'accompagnement &#224; la r&#233;duction des risques des usagers de drogues (Caarud) o&#249; je bosse, &#224; Colombes. Leader communautaire et travailleur pair pour M&#233;decins du monde (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no108-fevrier-2013" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;108 (f&#233;vrier 2013)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Yann-Levy-81" rel="tag"&gt;Yann Levy&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/usagers" rel="tag"&gt;usagers&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Premier producteur mondial d'opium et d'h&#233;ro&#239;ne, l'Afghanistan conna&#238;t &#233;galement le plus fort pourcentage de population toxicomane au monde. Rencontre &#224; Paris avec Raheem Reza&#239;, usager de drogues v&#233;t&#233;ran, et Olivier Maguet, responsable de la mission M&#233;decins du monde &#224; Kaboul.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Raheem a d&#233;barqu&#233; un beau matin dans le Centre d'accompagnement &#224; la r&#233;duction des risques des usagers de drogues (Caarud) o&#249; je bosse, &#224; Colombes. Leader communautaire et travailleur pair pour M&#233;decins du monde (MDM) &#224; Kaboul, Raheem est venu faire un petit tour d'Europe d'un mois, histoire de changer d'air et d'&#233;loigner les menaces qui p&#232;sent de plus en plus ouvertement sur sa pomme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans &#226;ge, m&#234;me s'il d&#233;clare cinquante ans, Raheem est r&#233;serv&#233; et ne paye pas de mine. Il suffit pourtant de l'observer et de croiser son regard pour piger qu'on a affaire &#224; quelqu'un qui en a beaucoup vu et qui sait ce qu'attendre veut dire.
Ce jour-l&#224;, pas trop le temps de discuter, il est venu rencontrer nos usagers. Rendez-vous est donc pris quinze jours plus tard dans les locaux parisiens de MDM. Lors du rencard, Raheem est accompagn&#233; d'Olivier Maguet, coordinateur de la mission MDM &#224; Kaboul depuis 2006. La traductrice ayant fait faux bond, c'est dans un anglais qu'il n'apprend que depuis un an et d'une voix lasse que Raheem raconte son histoire : &#171; &lt;i&gt;J'avais dix-neuf ans quand l'arm&#233;e russe a envahi le pays. Le pr&#233;sident Najibullah, leur partisan, &#233;tait pachtoun, c'&#233;tait mauvais pour nous les Hazara. Ils ont pris mon oncle et l'ont tu&#233; sans qu'on sache trop pourquoi. Je me suis r&#233;fugi&#233; en Iran, mais bien que chiites comme nous, les Iraniens ne nous aiment pas non plus. Un soir, avec un ami, j'ai voulu me d&#233;fendre contre des types qui nous ratonnaient, et j'en ai tu&#233; un. Je suis rest&#233; douze ans en prison, o&#249; j'ai commenc&#233; &#224; fumer l'opium : ils nous en donnaient pour bosser. J'ai vu beaucoup de camarades partir pour leur ex&#233;cution. &#192; ma lib&#233;ration, j'ai fil&#233; au Pakistan et j'ai fait du trafic d'h&#233;ro&#239;ne avec l'Iran. L&#224;, j'ai commenc&#233; &#224; injecter. Les deux fois o&#249; je me suis fait attraper, c'est parce que je n'avais pas de quoi graisser la patte des policiers. J'ai repris six mois, puis un an. Parfois, j'ai l'impression d'avoir pass&#233; ma vie en prison. &#192; ma sortie, je suis reparti au Pakistan, j'y ai travaill&#233; pendant trois ans comme menuisier pour payer ma drogue. J'en &#233;tais &#224; deux grammes et demi par jour d'h&#233;ro pure &#224; 70 %, je dormais sur mon lieu de travail. Je suis rentr&#233; &#224; Kaboul en 2004. J'ai surv&#233;cu, SDF, dans les ruines du centre culturel russe, avec des centaines d'autres usagers. J'ai fait sept cures de d&#233;sintoxication, mais &#231;a n'a jamais march&#233;. Les policiers raflent les gens, les enferment, les soignent avec des douches froides et ne leur donnent aucun traitement. J'ai rencontr&#233; les gens de MDM en 2007. Je suis devenu travailleur pair en 2008 et j'ai &#233;t&#233; un des premiers &#224; b&#233;n&#233;ficier du programme m&#233;thadone. L&#224;-bas, ce sont les seuls &#224; nous aider, que ce soit pour les droits humains ou la r&#233;duction des risques.&lt;/i&gt; &#187; Raheem s'arr&#234;te de parler pour boire un peu d'eau. Il est naze, qu'il m'explique : il s'est totalement sevr&#233; de la m&#233;thadone depuis deux jours, il en bave.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_566 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/png/p04-raheemyann-levy.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH750/p04-raheemyann-levy-72f45.png?1780103789' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo de Yann L&#233;vy
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Olivier Maguet prend le relais : &#171; &lt;i&gt;On est arriv&#233;s &#224; Kaboul en 2006. En trente ans, cette guerre a fait un million de morts sur vingt-cinq millions d'habitants, six millions de r&#233;fugi&#233;s, et laiss&#233; 700 000 handicap&#233;s physiques. Il y a deux psys dans tout le pays pour soigner un nombre incalculable de traumatis&#233;s et de malades mentaux. L'Afghanistan, avec un taux de ch&#244;mage de plus de 40 %, est le seul pays au monde o&#249; chaque famille a son toxicomane. On en compte au moins un million dans tout le pays, 140 000 rien que sur Kaboul, et on ne parle m&#234;me pas des femmes, impossibles &#224; d&#233;nombrer. La majorit&#233; de ces usagers est d'ethnie hazara. Depuis des lustres, les Pachtouns dirigent ce pays, quel que soit le r&#233;gime &#8211; monarchique, d&#233;mocratique, pro-sovi&#233;tique, taliban, pro-ricain&#8230; Et m&#234;me quand diverses factions se tirent la bourre, Tadjiks et Pachtouns sont d'accord sur un truc : &#8220;niquer&#8221; ces descendants de Gengis Khan qui forment depuis toujours les cat&#233;gories socioprofessionnelles les plus basses. C'est avant tout une question sociale, m&#234;me si des probl&#232;mes religieux viennent s'y ajouter.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Face &#224; une telle situation&lt;/i&gt;, continue Olivier Maguet, &lt;i&gt;notre objectif, plus encore que de distribuer des seringues ou de la m&#233;thadone &#8211; qui n'existait pas avant notre arriv&#233;e &#8211;, a &#233;t&#233; de transmettre notre savoir-faire, nos outils en mati&#232;re de r&#233;duction des risques et puis former vingt travailleurs pairs. Parmi eux, Raheem s'est impos&#233; d'embl&#233;e, il s'&#233;tait d&#233;j&#224; lev&#233; &#224; plusieurs reprises pour parler au nom de ses camarades. Lors de l'&#233;t&#233; 2008, une &#233;pid&#233;mie de chol&#233;ra s'est d&#233;clar&#233;e, les usagers tombaient comme des mouches, les h&#244;pitaux publics refusaient de les prendre en charge. On a mis en place un plan d'urgence. C'est Raheem qui trouvait les points d'injection &#224; des gars au capital veineux d&#233;vast&#233; et il transfusait toute la journ&#233;e. On a mis en place des &#233;quipes qui interviennent quotidiennement sur les sc&#232;nes de shoot. Outre le collectage et la distribution de seringues, elles disposent de fioles de Naloxone, un antagoniste de l'h&#233;ro&#239;ne, qui permettent de contrer les overdoses. Un usager form&#233; &#224; l'injection et capable de g&#233;rer ses consos shoote toute la journ&#233;e ceux qui n'arrivent plus &#224; trouver leurs veines. Nous avons &#233;galement r&#233;ussi &#224; prescrire les premiers antir&#233;troviraux en avril 2009. Il est difficile de chiffrer pr&#233;cis&#233;ment les taux de contamination VIH et VHC dans un pays o&#249; il n'existe pas de veille sanitaire, mais toutes nos observations indiquent une tendance &#224; l'explosion. Apr&#232;s un long travail de plaidoyer, nous avons obtenu la mise en place d'un programme m&#233;thadone dont ont b&#233;n&#233;fici&#233; soixante-dix usagers. Au vu des excellents r&#233;sultats, nous avons voulu, avec le soutien de la ministre de la Sant&#233; &#8211; une femme, hazara de surcroit &#8211;, &#233;largir le programme &#224; beaucoup plus de monde, mais le minist&#232;re de la Lutte contre les drogues s'y est oppos&#233;. Ce minist&#232;re est tenu par les m&#234;mes types qui dirigent le trafic, tant domestique qu'international.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment enrayer l'expansion du ph&#233;nom&#232;ne dans un pays o&#249; la production et le trafic repr&#233;sentent les deux tiers de l'&#233;conomie, o&#249; la production a explos&#233; depuis l'arriv&#233;e des Am&#233;ricains &#8211; en 1979, la production d'opium &#233;tait de 180 tonnes ; en 2007, ann&#233;e record, de 8 000 tonnes ? &#171; &lt;i&gt;Seul Obama pourrait d&#233;zinguer tous ces mafieux, se risque Olivier Maguet. Il ne le fera pas, parce qu'il lui faudrait reconna&#238;tre que la CIA a encourag&#233; la production pour financer les chefs de guerre qui combattaient les sovi&#233;tiques. Il lui faudrait reconna&#238;tre tout ce qu'ils ont accept&#233; depuis dix ans qu'ils sont l&#224;. La lutte contre la drogue faisait partie de la feuille de route de l'Otan apr&#232;s le 11 septembre 2001. Il lui faudrait admettre que ce qui a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; comme une strat&#233;gie efficace a cout&#233; 14 000 morts am&#233;ricains, un budget de 200 milliards de dollars, une mauvaise r&#233;putation dans le monde entier pour les si&#232;cles &#224; venir, et admettre tout simplement qu'ils ont fait fausse route. La seule solution serait de l&#233;galiser pour tuer la valeur &#233;conomique du produit et de reconvertir la production dans la fabrication d'antalgiques, dont on manque dans plein de pays du Sud. En attendant, on rame avec nos pauvres soixante-dix patients et les autres continuent de crever&#8230; Notre devoir, avant de partir, c'est de transf&#233;rer nos outils aux Afghans, de les former, de ne pas leur faire prendre de risques inutiles, de t&#233;moigner, de prendre une v&#233;ritable position politique. &#199;a d&#233;passe l'engagement humanitaire classique, mais on sauve pas les pauvres, nous !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de les quitter, je demande &#224; Raheem comment il vit les menaces dont il fait parfois l'objet de la part de policiers ou d'usagers jaloux de son statut &#8211; il gagne 500 euros par mois &#8211;, et comment il envisage l'avenir : &#171; &lt;i&gt;Je n'ai plus de famille, je suis seul, j'essaie d'aider ma communaut&#233;. Les Am&#233;ricains ne sont pas venus ici pour nous aider, il n'y a pas vraiment de solution. On a tourn&#233; des vid&#233;os avec Elliot [r&#233;seau international d'usagers de drogues] pour t&#233;moigner de la situation, on essaie de faire du bon boulot. Apr&#232;s, on verra&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette interview a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;e en avril 2012. M&#233;decins du monde a quitt&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cette interview a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;e en avril 2012. M&#233;decins du monde a quitt&#233; l'Afghanistan fin 2012, comme le pr&#233;voyait le programme, apr&#232;s avoir form&#233; 176 personnes &#224; la r&#233;duction des risques, fait b&#233;n&#233;ficier soixante-huit patients d'un traitement de substitution &#224; la m&#233;thadone et travaill&#233; aupr&#232;s de 27 000 usagers de drogues. Raheem intervient toujours aupr&#232;s de ses pairs pour le compte d'une ONG afghane et milite au sein du groupe d'auto-support des usagers de drogues afghans (Adug).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Une paire de sandales pour quatre</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Une-paire-de-sandales-pour-quatre</link>
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		<dc:date>2012-03-14T06:47:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Michel Papazian</dc:creator>


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		<dc:subject>Empereur B&#226;bur</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'Afghanistan, c'est les talibans, la barbarie contenue par l'Occident, les soldats fran&#231;ais qui distribuent des bonbons au m&#233;pris de leur vie, les envoy&#233;s sp&#233;ciaux qui crapahutent entre civilisateurs et preneurs d'otages. Celui de CQFD n'a rien vu de tout &#231;a. Le con ! Il est vir&#233;. Il n'en faut pas beaucoup pour sortir les armes. Un khan mongol, B&#226;bur, a envahi l'Afghanistan parce qu'il avait go&#251;t&#233; les melons de Kaboul. Je suis dans le jardin fleuri de la maison o&#249; j'habite et mange un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no97-fevrier-2012" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;97 (f&#233;vrier 2012)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/n-en-faut" rel="tag"&gt;n'en faut&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Babur" rel="tag"&gt;B&#226;bur&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Empereur-Babur" rel="tag"&gt;Empereur B&#226;bur&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'Afghanistan, c'est les talibans, la barbarie contenue par l'Occident, les soldats fran&#231;ais qui distribuent des bonbons au m&#233;pris de leur vie, les envoy&#233;s sp&#233;ciaux qui crapahutent entre civilisateurs et preneurs d'otages. Celui de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n'a rien vu de tout &#231;a. Le con ! Il est vir&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il n'en faut pas beaucoup&lt;/strong&gt; pour sortir les armes. Un khan mongol, B&#226;bur, a envahi l'Afghanistan parce qu'il avait go&#251;t&#233; les melons de Kaboul. Je suis dans le jardin fleuri de la maison o&#249; j'habite et mange un melon. Empereur B&#226;bur, t'es pardonn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est r&#234;che, comme pays. Deux cent six dollars de revenu par an et par habitant, 70 % d'analphab&#232;tes, une esp&#233;rance de vie de quarante-quatre ans pour les hommes, moins pour les femmes. Enfin un peu de justice sur cette plan&#232;te : l'Afghanistan est le seul pays au monde o&#249; les hommes vivent plus longtemps que les femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le jardin, une photographe fran&#231;aise me montre des images d'Afghans de Paris. Elle vient juste de les remettre &#224; leurs familles de Kaboul, dont la plupart ont tout vendu pour donner &#224; leur meilleur fils une autre vie. Un jeune homme sourit sur fond de Notre-Dame, belle lumi&#232;re, cadrage soign&#233;. La photo trouvera une place de choix sur le mur de la grande pi&#232;ce. Puis elle me sort les tirages qu'elle n'a pas os&#233; montrer aux parents : on y voit le m&#234;me jeune homme en sans-papiers allong&#233; sur un banc dans&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_271 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;11&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH441/97_ferri_afg-63242.png?1779603163' width='400' height='441' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par ferri
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;un square de la gare de l'Est, un sac Tati pour oreiller, s'endormant dans le froid avec pour couverture la pression terrible d'incarner l'espoir et les r&#234;ves de toute une famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De retour &#224; Kaboul, direct chez le merlan. Rh&#226;a ! Le frisson du rasoir wahhabite crissant sur ma nuque infid&#232;le. J'aime bien me faire rafra&#238;chir chez les muslims. Tu t'assoies dans un fauteuil de dentiste russe totalement d&#233;truit, tu &#233;coutes une musique lancinante, les coiffeurs sont des pros silencieux au geste assur&#233;, &#231;a ne co&#251;te presque rien et surtout t'es pas oblig&#233; de parler. Avant de me raser, Ramiro (je trouve que &#231;a lui va bien comme nom) me masse les mandibules, une main sur la hanche tout en roulant des yeux. &#199;a a quelque chose de rassurant de savoir que m&#234;me &#224; Kaboul r&#232;gne la loi universelle de la physique capillaire r&#233;gissant le monde myst&#233;rieux du cheveu, insensible &#224; la temp&#233;rature, indiff&#233;rent aux contractions de l'espace-temps. Respect Ramiro, ici il en faut beaucoup plus que dans le Marais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je rentre dans deux jours et me force &#224; faire prendre l'air &#224; mon Leica. Nico, le Belge pour qui je bosse, m'emm&#232;ne au c&#233;l&#232;bre palais du roi Zaher ou de ce qu'il en reste apr&#232;s sa r&#233;fection &#224; l'artillerie lourde. Le palais en ruine cribl&#233; d'impacts tr&#244;ne au sommet d'une butte, en contre-bas des Hazaras jouent au foot en cette douce fin d'apr&#232;s-midi d'Orient. Les Hazaras, c'est un peu leurs bougnoules, aux Afghans, leurs Untermenschen &#224; eux, ceux qui se font piquer leurs terres, qui accomplissent les t&#226;ches les plus d&#233;gradantes et les plus dures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre m&#244;mes, des Kouchis &#8211; les gitans afghans &#8211; nous entourent. Ils ont sept ou huit ans, sont en haillons, sales, tr&#232;s maigres. Sur les quatre, deux n'ont d&#233;j&#224; plus des regards d'enfants. Ils viennent mendier. Le plus maigre pleure sur commande, il a une t&#234;te vraiment sympa, il part dans des sanglots bien huil&#233;s ponctu&#233;s de hurlements stridents. Nico lui demande en dari combien de temps il peut pleurer sans &#233;clater de rire. Le m&#244;me se marre instantan&#233;ment puis se remet &#224; pleurer, et se remarre. Je fouine dans mes poches, je n'ai que trois billets de monnaie locale. Les trois gosses se jettent dessus, le pleureur n'a pas &#233;t&#233; assez rapide, il n'a rien et il se remet &#224; chialer mais pour de bon ce coup-ci. On n'a plus d'argent &#224; lui filer, le gosse couine la d&#233;tresse, on se dirige vers la voiture. Trouver quelque chose, vite. Il n'y a qu'un paquet de clopes, un bidon d'huile et un foulard afghan. On lui donne le foulard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la premi&#232;re fois, il a quelque chose de neuf et de propre &#224; se mettre. Il se pare avec gravit&#233; de ce bout de tissu &#224; un dollar, il se tient droit, il rayonne tel un proph&#232;te, fier et paniqu&#233; &#224; la fois de ne plus tout &#224; fait ressembler &#224; un gueux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On les raccompagne, ils s'agrippent &#224; chaque index de nos deux mains. Sur le chemin du retour, une bombe de cinq cents kilos a creus&#233; un crat&#232;re parfait de six m&#232;tres de diam&#232;tre sur trois de profondeur. Ils nous l&#226;chent et vont jouer. Ce qui les fait marrer, c'est de courir &#224; toute vitesse sur les bords du crat&#232;re, ils sont tr&#232;s pench&#233;s, presque &#224; l'horizontale, &#231;a les amuse, ils adorent &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce jardin d'enfants farci de shrapnels et d'&#233;clats d'obus, ils ne jouent jamais ensemble, mais chacun &#224; son tour, attendant sagement l'unique paire de sandales qu'ils se partagent pour courir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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