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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Le colonialisme mis en proc&#232;s</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicolas Norrito</dc:creator>


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&lt;p&gt;La com&#233;dienne et dramaturge Maylis Bouffartigue, animatrice de la compagnie Monsieur Madame, pratique un th&#233;&#226;tre politique qui ne parle pas &#224; la place des citoyens, mais leur fournit des armes pour r&#233;sister. Rencontre autour de La Mise en proc&#232;s, son dernier spectacle. CQFD : Depuis quand tournes-tu avec La Mise en proc&#232;s ? Pour quelles raisons as-tu d&#233;cid&#233; de monter ce spectacle ? Maylis Bouffartigue : La Mise en Proc&#232;s est la suite de mon travail artistique. L'une de mes derni&#232;res (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no110-avril-2013" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;110 (avril 2013)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Page-Musique" rel="tag"&gt;Page Musique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD" rel="tag"&gt;CQFD&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/j-ai" rel="tag"&gt;j'ai&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Grandmaison" rel="tag"&gt;Grandmaison&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La com&#233;dienne et dramaturge Maylis Bouffartigue, animatrice de la compagnie Monsieur Madame, pratique un th&#233;&#226;tre politique qui ne parle pas &#224; la place des citoyens, mais leur fournit des armes pour r&#233;sister. Rencontre autour de &lt;i&gt;La Mise en proc&#232;s&lt;/i&gt;, son dernier spectacle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CQFD : Depuis quand tournes-tu avec &lt;i&gt;La Mise en proc&#232;s&lt;/i&gt; ? Pour quelles raisons as-tu d&#233;cid&#233; de monter ce spectacle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Maylis Bouffartigue :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;La Mise en Proc&#232;s&lt;/i&gt; est la suite de mon travail artistique. L'une de mes derni&#232;res cr&#233;ations th&#233;&#226;trales (&lt;i&gt;Tria Fata&lt;/i&gt;) traitait de l'exil, de l'errance et mettait en proc&#232;s la loi en g&#233;n&#233;ral. J'avais &#233;prouv&#233; la n&#233;cessit&#233; de me pencher sur les lois concernant les &#233;trangers. Rappelons que le Ceseda (Code de l'entr&#233;e et du s&#233;jour des &#233;trangers, et du droit d'asile) est entr&#233; en vigueur en 2005, la m&#234;me ann&#233;e que la parution de l'article du 23 f&#233;vrier pr&#244;nant les bienfaits de la colonisation. J'ai donc commenc&#233; par une &#171; mise en proc&#232;s fictive &#187; du code des &#233;trangers. J'avais fait cette proposition &#224; ma&#238;tre Giusti, avocat au barreau de Paris, qui jouait son propre r&#244;le. Mais en fait, cela faisait de longues ann&#233;es que j'avais l'id&#233;e de &#171; mettre en proc&#232;s &#187; le colonialisme.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_631 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH291/p13-maylis-a2ab2.png?1782643930' width='400' height='291' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En 2008, alors que j'&#233;tais invit&#233;e au festival international du Th&#233;&#226;tre des r&#233;alit&#233;s au Mali, Adama Traor&#233;, le directeur du festival, qui connaissait depuis longtemps ce d&#233;sir, m'a offert le livre &lt;i&gt;Coloniser, exterminer&lt;/i&gt; (Fayard, 2005) d'Olivier Le Cour Grandmaison. Tout s'est ensuite encha&#238;n&#233; d'une fa&#231;on tr&#232;s logique. Mon parti-pris radical &#233;tait de mettre en proc&#232;s des codes juridiques. Olivier Le Cour Grandmaison avait &#233;crit &lt;i&gt;De l'indig&#233;nat&lt;/i&gt; (&#233;ditions La D&#233;couverte-Zones, 2010), qui traite justement des d&#233;crets concernant l'indig&#232;ne sous la IIIe R&#233;publique. Je me suis donc inspir&#233;e de ses deux derniers livres, mais je ne pouvais pas m'arr&#234;ter &#224; cette &#233;poque coloniale, il &#233;tait in&#233;vitable et logique d'aller plus en amont dans le temps et de mettre aussi en proc&#232;s le Code noir. Je me suis alors inspir&#233;e du formidable livre &lt;i&gt;Le Code noir ou le calvaire de Canaan &lt;/i&gt; (PUF, r&#233;&#233;d. 2012), de Louis Sala-Molins, qui avait tant d&#233;rang&#233; lors de sa publication, en 1986.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces trois codes sont &#233;crits pour contr&#244;ler une m&#234;me cat&#233;gorie de gens : le Noir, l'indig&#232;ne et l'&#233;tranger. &lt;i&gt;La Mise en Proc&#232;s&lt;/i&gt; n'est certes pas l&#224; pour mettre les trois codes sur le m&#234;me plan, pour dire que l'histoire est la m&#234;me depuis des si&#232;cles, mais pour mettre en exergue le racisme d'&#201;tat, le racisme &#233;litiste multis&#233;culaire et traditionnel, couvert par la loi cens&#233;e incarner l'objectivit&#233;&#8230; Pour reprendre une phrase d'Olivier Le Cour Grandmaison, avec cette pi&#232;ce, je combats &#171; &lt;i&gt;l'arbitraire &#233;tabli par le droit et au nom m&#234;me du droit.&lt;/i&gt; &#187; Il faut avoir conscience que le &lt;i&gt;Code noir&lt;/i&gt; et le code de l'indig&#233;nat ont l&#233;gif&#233;r&#233; la mise &#224; mort par le biais de l'esclavage ou du travail forc&#233; de millions d'hommes, de femmes et d'enfants&#8230; L'esclavage a &#233;t&#233; reconnu en 2001 comme &#233;tant un crime contre l'humanit&#233;. Mais qu'en est-il du colonialisme et du travail forc&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au Lavoir moderne, le spectacle &#224; peine achev&#233;, tu as lanc&#233; une discussion-d&#233;bat avec Louis-Georges Tin et Olivier Lecour Grandmaison. Pourquoi ne pas int&#233;grer les intervenants &#224; la pi&#232;ce, dans le cadre de l'accusation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je serai tr&#232;s heureuse d'int&#233;grer dans la pi&#232;ce Olivier Le Cour Grandmaison, ou Louis Sala-Molins, ou encore Louis Georges Tin, ces trois intellectuels pr&#233;cieux, singuliers et courageux. Ceci dit, je tiens &#224; ce qu'ils d&#233;battent et discutent avec le public &#224; la fin de la repr&#233;sentation, car ils &#233;clairent scientifiquement des pans de notre histoire, si m&#233;connue ou malconnue par la majorit&#233; des Fran&#231;ais eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Te revendiques-tu du &#171; th&#233;&#226;tre d'intervention &#187; brechtien ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne me revendique pas ! Je fais du th&#233;&#226;tre aujourd'hui, ici et maintenant, et surtout devant un auditoire ! Par sa forme particuli&#232;re, cette pi&#232;ce rappelle la vocation civique initiale du th&#233;&#226;tre antique. Le th&#233;&#226;tre ne prend vie et n'existe qu'&#224; une unique condition : il doit &#234;tre incarn&#233; devant un auditoire. Une pi&#232;ce dramatique n'existe en tant qu'acte th&#233;&#226;tral qu'&#224; ce moment-l&#224;, d&#232;s que le public, l'acteur principal dirais-je, entre en jeu en &#233;tant auditoire : sans ce fondement, une pi&#232;ce reste un livre avec un int&#233;r&#234;t bien moindre, car c'est dans cette incarnation elle-m&#234;me que le th&#233;&#226;tre devient effectivement r&#233;el et acte public. Qui dit acte public et auditoire dit acte politique&#8230; Ainsi &lt;i&gt;La Mise en proc&#232;s&lt;/i&gt; r&#233;pond &#224; cette loi th&#233;&#226;trale, &#224; ce &#171; droit th&#233;&#226;tral fondamental &#187; du spectateur. Elle propose des textes qui ne sont pas r&#233;f&#233;renc&#233;s comme &#233;tant des textes dramatiques, mais qui concernent les affaires publiques et donc le citoyen lambda. Ce dernier peut ainsi jouir de son droit civique et accaparer ces textes d&#233;laiss&#233;s par l'&#201;ducation nationale et la culture en g&#233;n&#233;ral&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu as jou&#233; dans le film &lt;i&gt;La Commune de Paris&lt;/i&gt; (1999) de Peter Watkins. Quel a &#233;t&#233; ton parcours depuis et quels sont tes projets futurs ? T'est-il ais&#233; de vivre de ton art aujourd'hui ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_632 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH600/p13-codenoir-8a06f.png?1782643930' width='400' height='600' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;J'ai cr&#233;&#233; en 2001 un solo, &lt;i&gt;La diseuse quelqu'un&lt;/i&gt;, que j'ai eu l'occasion de jouer en Pologne, en Italie, au Togo, au Mali, au Burkina Faso, au S&#233;n&#233;gal&#8230; Ce solo a &#233;t&#233; d&#233;fini par les critiques comme un &#171; po&#232;me sc&#233;nique &#187;. Beaucoup de spectateurs venaient me voir &#224; la fin des repr&#233;sentations pour me demander de &#171; &lt;i&gt;vivre une exp&#233;rience artistique et th&#233;&#226;trale avec moi &lt;/i&gt; &#187; ! Parmi eux, il y avait des artistes, des &#233;tudiants, des scientifiques, des femmes au foyer, des ch&#244;meurs, des sans-papiers, des enseignants, des rappeurs, des slameurs, des &#233;crivains. J'ai &#233;tabli une longue liste de toutes ces personnes que j'ai convi&#233;e pour pr&#233;senter diverses propositions en avant-premi&#232;re de mon solo. Une association de fait &#233;tait n&#233;e. J'ai ensuite cr&#233;&#233; ma compagnie de th&#233;&#226;tre, en 2002, une association nomm&#233;e &lt;a href=&#034;http://ciemonsieurmadame.wordpress.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;compagnie Monsieur Madame&lt;/a&gt;, compos&#233;e en partie du public pr&#233;alablement rencontr&#233;. Depuis, j'ai &#233;crit et mis en sc&#232;ne plusieurs pi&#232;ces&#8230; Mon prochain projet concernera le g&#233;nocide du Rwanda.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vivre de son art n'est pas ais&#233;. Mais ce qui est le plus difficile, le plus d&#233;nu&#233; de sens, c'est la s&#233;lection op&#233;r&#233;e par la majorit&#233; des experts-culture, des directeurs et programmateurs de th&#233;&#226;tre. Quels sont les crit&#232;res de leur choix ? Ces professionnels de la culture qui gravitent autour des artistes d&#233;cident de ce qui est bon pour &#171; leur &#187; public. C'est ainsi que l'on peut laisser porte ouverte &#224; une censure camoufl&#233;e, c'est ainsi que l'on emp&#234;che l'artiste de th&#233;&#226;tre non consensuel de communiquer ses r&#233;flexions et, pire, c'est ainsi que l'on prive le public de ces diverses propositions, que l'on transforme le spectateur, cet acteur principal du spectacle vivant, en client, en acheteur de produits convenus, faciles &#224; consommer et d&#233;cid&#233;s par des experts ! Je pense alors &#224; cette phrase fondamentale de Tad&#233;usz Kantor : &#171; &lt;i&gt;Le moment o&#249; un homme, un acteur, se l&#232;ve devant d'autres hommes, des spectateurs, me para&#238;t &#234;tre un moment r&#233;volutionnaire.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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