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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; Je ne serais pas surpris qu'Edgar Morin soit fich&#233; S &#187;</title>
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		<dc:creator>Christophe Goby</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Trois potes d'au moins 70 berges, de vieilles histoires de combats syndicaux, des tentatives de sabotage et un collectif militant d&#233;nomm&#233; Ni Yeux Ni Ma&#238;tre... Dans leur s&#233;rie BD Les Vieux Fourneaux, le sc&#233;nariste Wilfrid Lupano (49 ans) et le dessinateur Paul Cauuet (40 ans) se penchent avec une bonne dose d'humour grin&#231;ant sur une vieillesse qui n'a pas dit son dernier mot... Le sixi&#232;me tome, L'Oreille bouch&#233;e, est paru en novembre aux &#233;ditions Dargaud : l'occasion de revenir, en compagnie (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Trois potes d'au moins 70 berges, de vieilles histoires de combats syndicaux, des tentatives de sabotage et un collectif militant d&#233;nomm&#233; Ni Yeux Ni Ma&#238;tre... Dans leur s&#233;rie BD &lt;i&gt;Les Vieux Fourneaux&lt;/i&gt;, le sc&#233;nariste Wilfrid Lupano (49 ans) et le dessinateur Paul Cauuet (40 ans) se penchent avec une bonne dose d'humour grin&#231;ant sur une vieillesse qui n'a pas dit son dernier mot... Le sixi&#232;me tome, &lt;i&gt;L'Oreille bouch&#233;e&lt;/i&gt;, est paru en novembre aux &#233;ditions Dargaud : l'occasion de revenir, en compagnie de Lupano, sur son travail et le regard qu'il porte sur les anciens en lutte.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3527 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;60&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH351/-1680-565d6.jpg?1782714979' width='500' height='351' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Extrait d'une planche sign&#233;e Wilfrid Lupano et Paul Cauuet
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les personnages des&lt;i&gt; Vieux Fourneaux&lt;/i&gt; ont un c&#244;t&#233; militants altermondialistes de chez Attac. C'est-&#224;-dire une r&#233;serve d'anciens gauchistes alli&#233;s &#224; des anars qui continuent &#224; lutter contre le vieux monde. Mais le vieux monde, n'est-ce pas eux ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est totalement eux. Ils sont &#224; la fois victimes et bourreaux, ce qui rend &#224; mon avis leur g&#233;n&#233;ration int&#233;ressante. Les trois n'ont pas le m&#234;me rapport &#224; la politique. Pierrot est clairement le plus radical, anar &#224; l'ancienne. Jeune, il a m&#234;me &#233;t&#233; ill&#233;galiste, a commis des bracos &lt;i&gt;[braquages]&lt;/i&gt;, etc. Antoine est un d&#233;l&#233;gu&#233; syndical &#224; la retraite ; il a boss&#233; toute sa vie dans la m&#234;me bo&#238;te, l&#224; o&#249; il est n&#233;. Et Mimile a v&#233;cu les Trente Glorieuses un peu en mode youpi, pas vraiment politis&#233;. Il essaye de rattraper son retard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur point commun, c'est d'&#234;tre amis depuis l'&#233;cole communale, malgr&#233; les diff&#233;rences. Avec des hauts et des bas, ils essayent de maintenir ce lien, qui est ce qu'ils ont de plus cher. J'ai moi-m&#234;me un ami d'enfance macroniste, c'est pas facile. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De quelle g&#233;n&#233;ration sont issus tes personnages ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce sont des gens qui sont n&#233;s &#224; la fin des ann&#233;es 1930, &#224; peu pr&#232;s. Autrement dit, quand ils &#233;taient enfants, on labourait encore les champs avec une vache et une charrue. Et ils ont d&#251; encaisser la guerre mondiale, l'invention des m&#233;dias modernes, la conqu&#234;te spatiale, la g&#233;n&#233;tique, le consum&#233;risme, la lib&#233;ration des m&#339;urs, l'informatique, Internet, les smartphones, la finance haute fr&#233;quence&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est-&#224;-dire le trading automatis&#233; : des transactions financi&#232;res effectu&#233;es (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, etc. Je ne suis pas certain qu'il y ait une seule autre g&#233;n&#233;ration dans l'histoire de l'humanit&#233; qui se soit mang&#233;e une telle acc&#233;l&#233;ration civilisationnelle. J'ai l'impression que le monde a plus chang&#233; durant les 80 derni&#232;res ann&#233;es que pendant les trois si&#232;cles pr&#233;c&#233;dents. &#199;a en fait une g&#233;n&#233;ration vraiment &#224; part. Mais l'acc&#233;l&#233;ration n'est pas finie ! &lt;i&gt;Wait and see&lt;/i&gt;, les enfants de boomers. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'apportent les anciens aux luttes actuelles ? Ne plombent-ils pas la spontan&#233;it&#233; de la jeunesse ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est le sempiternel paradoxe : &#8220;Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait.&#8221; Je suis assez d'accord pour reconna&#238;tre que le monde d'aujourd'hui a besoin de nouvelles formes de luttes. Mais je ne suis pas certain que seuls des jeunes aient la capacit&#233; de les inventer. &#192; Notre-Dame-des-Landes, par exemple, on a vu d'assez beaux exemples de luttes interg&#233;n&#233;rationnelles. Et dans des endroits comme la Guyane, m&#234;me s'il y a des mouvements comme la Jeunesse autochtone de Guyane (JAG), les luttes contre les projets miniers sont men&#233;es par la communaut&#233; dans son ensemble, sans distinction d'&#226;ge. J'aime bien cette id&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les vieux sont tr&#232;s pr&#233;sents dans les mobilisations. &#192; quoi est-ce d&#251;, selon toi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; D'abord, ils sont de plus en plus nombreux en proportion de la soci&#233;t&#233; ; et ils ont le temps. Ceux qui viennent en manif, il faudrait se renseigner, mais je ne suis pas certain qu'ils viennent de d&#233;couvrir l'activit&#233;. Encore que je connaisse quelques personnes &#226;g&#233;es qui ont manifest&#233; pour la premi&#232;re fois r&#233;cemment. Celles-l&#224;, c'est surtout l'urgence climatique qui les mobilise &#8211; et la casse du syst&#232;me de retraite, naturellement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Macron n'est-il pas trop jeune pour une population si vieille ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je ne crois pas que j'aurais pr&#233;f&#233;r&#233; Jupp&#233; &#8211; ou Fillon. Et Macron n'est pas plus populaire chez les jeunes. Il est l&#224; pour faire un travail pr&#233;cis, qu'il fait &#224; merveille : permettre &#224; des (vieilles) fortunes de se dilater dans un contexte sans croissance et sans emploi. &#187; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les personnages de bandes dessin&#233;es sont souvent jeunes et sportifs : Alix, Spirou, Tintin&#8230; Pour quelle raison as-tu choisi des vieux ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Avec Paul Cauuet, on avait envie de faire une proposition alternative. On s'est dit : trois vieux potes d'enfance et une jeune femme enceinte, &#231;a ferait une chouette &#233;quipe pour parler de la transmission, qui est le sujet central de la s&#233;rie. Le monde qu'on laisse &#224; ceux d'apr&#232;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tes vieux sont-ils inspir&#233;s d'un vieil oncle ou des &lt;i&gt;Pieds nickel&#233;s&lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Des &lt;i&gt;Pieds nickel&#233;s&lt;/i&gt;, c'est une certitude, mais pas d'un vieil oncle. En revanche, j'ai boss&#233; pendant quinze ans dans les bistrots, dans ma vie d'avant, et mes personnages sont faits de petits bouts de pas mal de mes clients. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans tes BD, tu proposes des allers-retours entre actualit&#233; et r&#233;cit. Comment te d&#233;brouilles-tu pour ne pas pondre un tract ennuyeux ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En gros, j'essaye de rendre compte de la complexit&#233; de la panade, d'avoir des personnages humains, c'est-&#224;-dire souvent assez cons, &#224; c&#244;t&#233; de la plaque, p&#233;tris de contradictions, ou ayant fait et dit des conneries dans leurs vies et essayant de composer avec &#231;a. On essaye surtout de garder tout le temps &#224; l'esprit que la vieillesse n'est pas une identit&#233; mais un &#233;tat. Que nos vieux ont &#233;t&#233; jeunes, qu'ils ont aim&#233; et &#233;t&#233; aim&#233;s, que la vie les a chang&#233;s, etc. On voulait aussi lutter contre l'id&#233;e que quand tu es vieux, tu es &#8220;&lt;i&gt;out&lt;/i&gt;&#8221;. Et puis je suis intoxiqu&#233; &#224; l'actu, je passe mon temps &#224; essayer de piger l'&#233;poque dans laquelle je vis et, surtout, j'essaye d'utiliser la formidable caisse de r&#233;sonance des &lt;i&gt;Vieux Fourneaux&lt;/i&gt; pour faire remonter dans les couches drolatiques du &lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt; dans lesquelles je navigue des points de vue que l'on n'y croise pas souvent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le sixi&#232;me tome des &lt;i&gt;Vieux Fourneaux&lt;/i&gt; s'appelle &lt;i&gt;L'Oreille bouch&#233;e&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, r&#233;f&#233;rence &#224; &lt;i&gt;L'Oreille cass&#233;e&lt;/i&gt; de Tintin. Tu y situes l'action en Guyane, autour du (tr&#232;s contest&#233;) projet minier de la Montagne d'or. Pourquoi ce sujet ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Difficile de r&#233;pondre sans &#8220;divulg&#226;cher&#8221; l'album. Mais ce sujet, c'est le second th&#232;me central de la s&#233;rie. Nos trois lascars se sont construits en tant que minots autour d'histoires de pirates. D'une fraternit&#233; et de montagnes d'or &#224; leurs pieds. Et ce d&#233;lire de l'accumulation, du magot comme moteur de tous les possibles, de toutes les libert&#233;s, ils sont oblig&#233;s de le reconsid&#233;rer, au cr&#233;puscule de leur vie. Ils se disent que, pour des rebelles, ils ont quand m&#234;me vachement eu les m&#234;mes fantasmes qu'oncle Picsou et, surtout, ils prennent conscience que l'or n'appara&#238;t pas par magie dans les coffres des bateaux pirates. Il est arrach&#233; &#224; la terre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans cet album, un flic chute au sol. Quelqu'un en profite pour lui coller au dos de l'uniforme un sticker sur lequel est &#233;crit : &#171; &lt;i&gt;Nous vous souhaitons un prompt r&#233;tablissement et aussi, peut-&#234;tre, une certaine forme de sagesse.&lt;/i&gt; &#187; Une r&#233;f&#233;rence limpide aux propos adress&#233;s par Emmanuel Macron &#224; Genevi&#232;ve Legay, cette militante de 73 ans bless&#233;e par une charge polici&#232;re &#224; Nice en 2019. Cette sc&#232;ne, c'est une vengeance symbolique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les activistes du groupe de Pierrot, Ni Yeux Ni Ma&#238;tre, veulent faire des trucs, mais sont conscients de leur &#226;ge. Or, &#8220;l'usage proportionn&#233; de la force&#8221;, si cher &#224; la doctrine fran&#231;aise du maintien de l'ordre, est l&#233;g&#232;rement parti en cacahu&#232;te ces derniers temps &#8211; &#231;a n'a &#233;chapp&#233; &#224; personne. Ils essayent donc de pratiquer un activisme joyeux qui les pr&#233;serve autant que possible des coups de matraque et des balles de LBD. Il faut conna&#238;tre ses limites. J'ai la plus grande tendresse pour l'activisme joyeux, qui est un outil pas du tout suffisant mais qui peut avoir de grandes vertus. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le personnage de Pierrot est fich&#233; S, de &#171; &lt;i&gt;la mouvance d'ultragauche&lt;/i&gt; &#187;. La police prend donc au s&#233;rieux le pouvoir de nuisance des vieux ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le fichier S est tout de m&#234;me une large blague, une sorte d'auberge espagnole de la contestation. Je ne serais pas surpris si Edgar Morin &lt;i&gt;[intellectuel de gauche &#226;g&#233; de 99 &lt;/i&gt; &lt;i&gt;ans]&lt;/i&gt; y figurait pour avoir &#8220;s&#233;questr&#233;&#8221; une chaise de la banque HSBC, il y a quelques ann&#233;es. Et je pense quand m&#234;me que pas mal de flics se retrouvent un peu emmerd&#233;s devant des activistes &#226;g&#233;s. Pas tous, h&#233;las. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Christophe Goby&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;C'est-&#224;-dire le &lt;i&gt;trading&lt;/i&gt; automatis&#233; : des transactions financi&#232;res effectu&#233;es &#224; toute berzingue par des algorithmes informatiques.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3526 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1679.jpg' width=&#034;340&#034; height=&#034;340&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>L'&#233;ducation populaire mise au pas</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tom Vieillefond</dc:creator>


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&lt;p&gt;Parce qu'elles sont soumises &#224; un contr&#244;le accru et &#224; un conditionnement de leur financement, certaines associations d'&#233;ducation populaire finissent par accompagner l'&#201;tat dans ses d&#233;rives r&#233;actionnaires. Du soutien au Service national universel &#224; la ratification d'une d&#233;claration contre le &#171; s&#233;paratisme &#187;, l'&#233;duc' pop' prend l'eau. &#171; Un dialogue de sourds &#187; : c'est par ces mots que la F&#233;d&#233;ration des centres sociaux (FCSF) d&#233;crit sur son site la rencontre qu'elle a organis&#233;e en octobre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no193-decembre-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;193 (d&#233;cembre 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/une3_cabrule" rel="tag"&gt;une3_cabrule&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Clement-Buee" rel="tag"&gt;Cl&#233;ment Bu&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/associations" rel="tag"&gt;associations&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/jeunes" rel="tag"&gt;jeunes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/s-est" rel="tag"&gt;s'est&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/SNU" rel="tag"&gt;SNU&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Romain-Ladent" rel="tag"&gt;Romain Ladent&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/centre-social" rel="tag"&gt;centre social&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-education-populaire" rel="tag"&gt;d'&#233;ducation populaire&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Parce qu'elles sont soumises &#224; un contr&#244;le accru et &#224; un conditionnement de leur financement, certaines associations d'&#233;ducation populaire finissent par accompagner l'&#201;tat dans ses d&#233;rives r&#233;actionnaires. Du soutien au Service national universel &#224; la ratification d'une d&#233;claration contre le &#171; s&#233;paratisme &#187;, l'&#233;duc' pop' prend l'eau.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3502 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1658.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH484/-1658-c1af8.jpg?1782668559' width='500' height='484' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Cl&#233;ment Bu&#233;e
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Un dialogue de sourds&lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt; :&lt;/i&gt; c'est par ces mots que la F&#233;d&#233;ration des centres sociaux (FCSF) d&#233;crit sur son site la rencontre qu'elle a organis&#233;e en octobre entre la secr&#233;taire d'&#201;tat &#224; la Jeunesse et une centaine de jeunes de toute la France. R&#233;unis &#224; Poitiers, ces derniers ont re&#231;u la visite de Sarah El Ha&#239;ry &#224; l'issue de trois jours de d&#233;bats sur &#171; la place des religions dans la soci&#233;t&#233; &#187;. Le rendez-vous a rapidement tourn&#233; au fiasco. D'un c&#244;t&#233;, des adolescent&#183;es et des jeunes adultes d&#233;non&#231;ant les discriminations dont ils sont victimes ; de l'autre, Sarah El Ha&#239;ry qui cr&#233;e le malaise en d&#233;roulant un cat&#233;chisme pseudo-r&#233;publicain hors-sol&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; &#192; Poitiers, dialogue de sourds entre les jeunes et leur secr&#233;taire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, avant de tenter de couper court au d&#233;bat en entonnant &lt;i&gt;La Marseillaise&lt;/i&gt; devant une salle incr&#233;dule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec ses coll&#232;gues de La Bo&#238;te sans projet, une association d'&#233;ducation populaire bas&#233;e &#224; Amiens, Romain Ladent a anim&#233; des ateliers pendant cette semaine de d&#233;bats. Il raconte : &#171; &lt;i&gt;La secr&#233;taire d'&#201;tat ne s'attendait visiblement pas &#224; trouver en face d'elle des jeunes qui s'interrogent sur les contours des r&#232;gles sur la la&#239;cit&#233;, qui pointent du doigt des incoh&#233;rences, en argumentant. Pourquoi sont-ils autoris&#233;s &#224; porter des signes religieux dans un centre social ou un lyc&#233;e priv&#233;, mais pas dans un &#233;tablissement public&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Quand ils ont parl&#233; de discriminations li&#233;es &#224; leur couleur de peau et &#224; leur religion, elle s'est enferm&#233;e dans le d&#233;ni, alors que les jeunes cherchaient &#224; montrer qu'ils ne t&#233;moignaient pas d'exemples individuels, mais d'une r&#233;alit&#233; structurelle.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;R&#233;pression des associations&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sarah El Ha&#239;ry pensait sans doute arriver en terrain conquis. Deux jours plus t&#244;t, le 20 octobre, elle avait obtenu des principales associations et f&#233;d&#233;rations d'&#233;ducation populaire (dont la FCSF) qu'elles signent une d&#233;claration commune &#171; &lt;i&gt;afin de renforcer leur action dans la lutte contre le s&#233;paratisme&lt;/i&gt; &#187;. Une vingtaine de poids lourds du secteur se sont ainsi embarqu&#233;s dans la nouvelle croisade du gouvernement contre le &#171; &lt;i&gt;repli communautaire&lt;/i&gt; &#187;, qui vise explicitement la pratique de l'islam en France et doit bient&#244;t donner lieu &#224; la pr&#233;sentation d'un projet de loi &#171; &lt;i&gt;confortant les principes r&#233;publicains&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'ailleurs sous pr&#233;texte de comprendre comment les jeunes de Poitiers avaient pu tenir des propos &#171; &lt;i&gt;pas adapt&#233;s &#224; notre pacte r&#233;publicain&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Sarah El Ha&#239;ry : &#8220;La R&#233;publique n'est pas &#224; la carte&#8221; &#187;, Le Point, 13/11/2020.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; que la secr&#233;taire d'&#201;tat a diligent&#233; une inspection contre la F&#233;d&#233;ration des centres sociaux et La Bo&#238;te sans projet. Pour Romain Ladent, ce genre de r&#233;action n'a rien de nouveau, mais t&#233;moigne du contr&#244;le institutionnel qui s'exerce sur les pratiques associatives. Un contr&#244;le qui peut se traduire par une forte r&#233;pression&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 6 octobre, l'Observatoire des libert&#233;s associatives a publi&#233; un rapport &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; quand sont abord&#233;es des questions jug&#233;es trop sensibles &#8211; ici, la la&#239;cit&#233;. C'est ce que documente le sociologue Julien Talpin dans son livre &lt;i&gt;B&#226;illonner les quartiers&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;d. Les &#201;taques, 2020.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, o&#249; sont notamment &#233;voqu&#233;s la marginalisation puis la suppression de l'agr&#233;ment Caf d'un centre social de la banlieue bordelaise au sein duquel des jeunes s'&#233;taient empar&#233;s de la question des discriminations syst&#233;miques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cadre est pos&#233; : d'une part, en signant la d&#233;claration du 20 octobre, les f&#233;d&#233;rations d'&#233;ducation populaire s'engagent &#224; &#171; &lt;i&gt;aider les populations &#224; retrouver fiert&#233; dans la Nation et confiance dans la R&#233;publique&lt;/i&gt; &#187; ; d'autre part, interdiction est faite de questionner les contours de ce &#171; &lt;i&gt;socle r&#233;publicain&lt;/i&gt; &#187; ou la r&#233;alit&#233; de la mise en &#339;uvre des promesses d'&#233;galit&#233; qui y sont associ&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Au garde-&#224;-vous !&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas la premi&#232;re fois que le secteur de l'&#233;duc' pop' s'aligne sur les orientations id&#233;ologiques de l'&#201;tat, voire accompagne ses lubies r&#233;actionnaires. Le soutien apport&#233; par de grosses structures au Service national universel (SNU), qui vise &#224; faire enfiler un uniforme &#224; tous les jeunes de 15 &#224; 17 ans pour leur donner le go&#251;t de la citoyennet&#233;, avait entra&#238;n&#233; de vives critiques. Les Cem&#233;a Pays-de-Loire, acteurs historiques de l'&#233;ducation populaire, avaient fermement d&#233;nonc&#233; le dispositif, faisant valoir que la logique militariste du SNU &#233;tait incompatible avec les objectifs d'&#233;mancipation qu'ils se fixaient. Le syndicat Asso accusait le secteur de l'&#233;duc' pop' d'&#234;tre devenu &#171; &lt;i&gt;un vassal de l'&#201;tat sans &#233;thique ni ligne directrice&lt;/i&gt; &#187;, tandis qu'EPA (syndicat unitaire de l'&#233;ducation populaire, de l'action sociale, socioculturelle et sportive) contestait toute dimension &#233;ducative ou &#233;mancipatrice au projet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela n'a pas emp&#234;ch&#233; des structures comme l'Afev (d&#233;di&#233;e &#224; l'accompagnement scolaire) ou la Ligue de l'enseignement de participer au dispositif. Cette derni&#232;re s'est notamment impliqu&#233;e dans le recrutement des encadrants n&#233;cessaires au d&#233;roulement des &#171; &lt;i&gt;s&#233;jours de coh&#233;sion&lt;/i&gt; &#187;, la phase initiale du SNU pendant laquelle les recrues doivent se fader deux semaines d'internat. Apparemment, du statut d'animateur au grade fantoche de &#171; &lt;i&gt;capitaine de compagnie&lt;/i&gt; &#187;, il n'y a qu'un pas &#8211; que la Ligue a choisi de franchir. Du c&#244;t&#233; de l'Afev, la participation au SNU s'est notamment traduite par l'animation de modules sur la notion d'engagement. Christophe Paris, le directeur g&#233;n&#233;ral de l'association, un ancien objecteur de conscience, ne semble pas g&#234;n&#233; par l'id&#233;e d'imposer &#224; toute une classe d'&#226;ge de saluer le drapeau chaque matin.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Chantage aux financements&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Avec ses 430 000 associations, ses 680 000 salari&#233;s et ses 6 millions de b&#233;n&#233;voles d&#233;clar&#233;s, l'&#233;ducation populaire est un secteur qui p&#232;se lourd et brasse large, de la formation d'animateurs / animatrices &#224; la gestion de centres sociaux, en passant par l'organisation de colonies de vacances. Au fil de son institutionnalisation et de sa professionnalisation, il s'est retrouv&#233; &#224; g&#233;rer pour le compte de l'&#201;tat un nombre croissant de politiques publiques, ce qui s'est traduit par un double ph&#233;nom&#232;ne : une d&#233;pendance &#233;conomique et une d&#233;politisation des pratiques. Cette d&#233;pendance s'est accrue &#224; mesure que se d&#233;veloppait une logique de financement par projets, conditionnant les moyens des associations &#224; leur capacit&#233; &#224; r&#233;pondre aux appels d'offres des institutions. C'est sans doute cette situation de d&#233;pendance aux financements publics qui explique la collaboration des grosses structures &#224; des projets comme le SNU ou la ratification de d&#233;clarations comme celle &#171; &lt;i&gt;contre le s&#233;paratisme&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La signature de ce genre de chartes par les dirigeant&#183;es d'associations et de f&#233;d&#233;rations n'entra&#238;ne pas forc&#233;ment d'&#233;volution dans les pratiques, et leur contenu n'est pas forc&#233;ment rediffus&#233; vers les structures locales. Mais elles produisent tout de m&#234;me des effets. En 2017, la R&#233;gion &#206;le-de-France, dirig&#233;e par le parti Les R&#233;publicains, avait &#233;labor&#233; une &#171; charte des valeurs de la R&#233;publique et de la la&#239;cit&#233; &#187;, conditionnant ses financements &#224; la signature du document. &#192; l'&#233;poque, le Collectif des associations citoyennes (qui lutte contre l'instrumentalisation des associations) avait d&#233;nonc&#233; un texte ill&#233;gal et inutile &#171; &lt;i&gt;qui transforme un principe de libert&#233;&lt;/i&gt; [la la&#239;cit&#233;]&lt;i&gt; en une s&#233;rie d'interdits et un principe de discrimination&lt;/i&gt; &#187; et appelait &#224; refuser de signer cette charte. Refus qui, pour un centre social parisien, s'&#233;tait traduit par la perte d'une subvention de 18 000 &#8364;, selon un animateur. Beaucoup d'autres associations avaient sign&#233;, pour &#233;viter ce genre de mesure de r&#233;torsion. Une charte du m&#234;me type, qui s'appliquerait &#224; l'&#233;chelle nationale, est en cours d'&#233;laboration par les services de la ministre d&#233;l&#233;gu&#233;e &#224; la Citoyennet&#233;, Marl&#232;ne Schiappa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et les jeunes de Poitiers, dans tout &#231;a ? La contre-offensive men&#233;e par la secr&#233;taire d'&#201;tat suite &#224; sa prestation catastrophique a rendu inaudibles les propositions qu'ils avaient &#233;labor&#233;es pendant leurs rencontres. Pire, elles ont &#233;t&#233; instrumentalis&#233;es pour en remettre une couche sur la n&#233;cessit&#233; d'une loi contre le s&#233;paratisme, alors qu'il &#233;tait simplement question d'agir contre les discriminations dans l'espace public, scolaire et m&#233;diatique. Des enjeux apparemment secondaires : la seule chose &#224; sauver, ce sont les valeurs de la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Tom Vieillefond&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; &lt;a href=&#034;https://www.lavie.fr/actualite/societe/a-poitiers-dialogue-de-sourd-entre-les-jeunes-et-leur-secretaire-detat-68160.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#192; Poitiers, dialogue de sourds entre les jeunes et leur secr&#233;taire d'&#201;tat&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;La Vie&lt;/i&gt;, 30/10/2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Sarah El Ha&#239;ry : &#8220;La R&#233;publique n'est pas &#224; la carte&#8221;'&gt;Sarah El Ha&#239;ry : &#8220;La R&#233;publique n'est pas &#224; la carte&#8221;&lt;/a&gt; &#187;,&lt;i&gt; Le Point&lt;/i&gt;, 13/11/2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le 6 octobre, l'Observatoire des libert&#233;s associatives a publi&#233; un rapport &#224; ce sujet : &#171; &#8220;&lt;a href=&#034;https://www.lacoalition.fr/Une-citoyennete-reprimee-un-etat-des-lieux-des-entraves-aux-actions&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Une citoyennet&#233; r&#233;prim&#233;e&#8221;, &#233;tat des lieux des entraves aux actions associatives en France&lt;/a&gt; &#187;. Lire &#171; &#8220;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/Montrer-que-les-animaux-ont-une' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Engagez-vous !&#8221; qu'ils disaient...&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 192 (novembre 2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;d. Les &#201;taques, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; Quand ils ressortent, ils sont beaucoup plus en col&#232;re... &#187;</title>
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		<dc:date>2020-11-04T17:45:06Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re</dc:creator>


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&lt;p&gt;En mati&#232;re de traitement de la d&#233;linquance, l'esprit du temps est davantage &#224; la r&#233;pression carc&#233;rale qu'&#224; l'innovation &#233;ducative. Une tendance que d&#233;nonce Carlos Lopez, &#233;ducateur, syndicaliste et militant &#224; l'Observatoire international des prisons. Interview. Le 1er juillet, le minist&#232;re de la Justice d&#233;nombrait 670 mineurs &#233;crou&#233;s. La plupart dans des &#233;tablissements p&#233;nitentiaires pour mineurs (EPM), les autres dans les quartiers d&#233;di&#233;s des prisons pour adultes. Mais l'archipel (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no191-octobre-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;191 (octobre 2020)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En mati&#232;re de traitement de la d&#233;linquance, l'esprit du temps est davantage &#224; la r&#233;pression carc&#233;rale qu'&#224; l'innovation &#233;ducative. Une tendance que d&#233;nonce Carlos Lopez, &#233;ducateur, syndicaliste et militant &#224; l'Observatoire international des prisons. Interview.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3472 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH422/-1637-5269f.jpg?1782659204' width='400' height='422' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;L. L. de Mars
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 1&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;r&lt;/sup&gt; juillet, le minist&#232;re de la Justice d&#233;nombrait 670 mineurs &#233;crou&#233;s. La plupart dans des &#233;tablissements p&#233;nitentiaires pour mineurs (EPM), les autres dans les quartiers d&#233;di&#233;s des prisons pour adultes. Mais l'archipel d'enfermement des adolescents ne s'arr&#234;te pas l&#224; : en plus des jeunes &#233;trangers qui attendent avec leurs parents leur expulsion en centre de r&#233;tention administrative, plusieurs centaines d'adolescents sont boucl&#233;s dans des centres &#233;ducatifs ferm&#233;s (CEF). Une r&#233;ponse coercitive &#224; la d&#233;linquance qui accapare les budgets &#8211; au d&#233;triment des structures ouvertes &#8211; et l'attention des gouvernements : &#224; la cinquantaine de CEF ouverts depuis le d&#233;but des ann&#233;es 2000, la Macronie a promis d'en ajouter vingt suppl&#233;mentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Chez les s&#233;curitaires de tout poil, &lt;/i&gt;d&#233;nonce Carlos Lopez, &lt;i&gt;il y a toujours cet id&#233;al illusoire : trouver le projet parfait m&#234;lant &#233;ducation et incarc&#233;ration, puisque bien s&#251;r, tout va &#234;tre r&#233;solu par les murs&#8230;&lt;/i&gt; &#187; &#201;ducateur &#224; la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), notre interlocuteur travaille du c&#244;t&#233; de Clermont-Ferrand dans une Unit&#233; &#233;ducative d'activit&#233;s de jour (UEAJ) : une structure ouverte o&#249; sont accueillis &#171; &lt;i&gt;en grande majorit&#233; des jeunes sous main de justice&lt;/i&gt; &#187;, pour des &#171; &lt;i&gt;activit&#233;s sociales, scolaires et professionnelles : il s'agit d'essayer de les remobiliser&lt;/i&gt; &#187;. Ancien membre de la direction du Syndicat national des personnels de l'&#233;ducation et du social (SNPES-PJJ/FSU), Carlos Lopez fait aussi partie du conseil d'administration de la section fran&#231;aise de l'Observatoire international des prisons (OIP).&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qui sont les adolescents qu'on enferme en prison ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; D&#233;j&#224;, on peut remarquer que plus de 80 % des enfants incarc&#233;r&#233;s n'ont pas (encore ?) &#233;t&#233; condamn&#233;s : ils sont en d&#233;tention provisoire. Chez les adultes, la proportion est plut&#244;t inverse. Ces jeunes sont majoritairement poursuivis pour des faits relevant du tribunal correctionnel (vol simple, violences, d&#233;gradations, etc.) ; on n'est donc pas dans l'image de l'enfant criminel. Ce qu'on peut dire aussi, c'est que les adolescents d&#233;tenus viennent surtout des milieux les plus pauvres : ils sont souvent issus des quartiers populaires, avec des parcours de vie difficiles, des conditions de vie sur les plans social et mat&#233;riel extr&#234;mement d&#233;grad&#233;es. Il y a aussi beaucoup de MNA &lt;i&gt;[&#8220;mineurs non accompagn&#233;s&#8221;, anciennement appel&#233;s &#8220;mineurs &#233;trangers isol&#233;s&#8221;]&lt;/i&gt;. &#199;a tient notamment au fait que contrairement &#224; beaucoup d'autres jeunes, les MNA ne disposent souvent d'aucune garantie de repr&#233;sentation, notamment d'un domicile ; les juridictions ont donc tendance &#224; les incarc&#233;rer plus facilement &lt;i&gt;[pour s'assurer qu'ils ne disparaissent pas dans la nature]&lt;/i&gt;. Derni&#232;re chose : les enfants qu'on met en prison sont dans leur grande majorit&#233; des gar&#231;ons. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En dehors de l'incarc&#233;ration proprement dite, il existe aussi des centres &#233;ducatifs ferm&#233;s (CEF), d&#233;crits par leurs partisans comme une alternative &#224; la prison...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce sont de vrais lieux de privation de libert&#233;, avec une double fermeture. D'abord, une fermeture physique, avec des barri&#232;res, des syst&#232;mes de surveillance &#233;lectronique, etc. Mais aussi une fermeture juridique : une fugue peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une &#233;vasion et donner lieu &#224; une r&#233;vocation du placement &#8211; et donc &#224; une incarc&#233;ration. C'est notamment pour &#231;a que la Commission nationale consultative des droits de l'Homme a estim&#233; que les CEF sont souvent des &#8220;&lt;i&gt;antichambres de la prison&lt;/i&gt;&#8221;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'enfermement des mineurs repose en partie sur l'id&#233;e qu'il produirait une sorte de choc, entra&#238;nant chez le jeune une remise en question. En r&#233;alit&#233;, quel effet &#231;a peut avoir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour faire un vrai travail &#233;ducatif, il faut que l'enfant adh&#232;re un minimum. Or, en CEF comme en prison, il n'a pas le choix. Et puis l'enfermement finit toujours par cr&#233;er chez ces jeunes un sentiment de r&#233;volte, de col&#232;re. Ce ne sont pas des saints non plus, ils peuvent poser des actes et adopter des attitudes insupportables, mais en r&#233;ponse, ils finissent, dans ces structures, par &#234;tre eux-m&#234;mes victimes d'atteintes &#224; leurs droits &lt;i&gt;[par le personnel encadrant]&lt;/i&gt;. &#199;a peut passer par des violences physiques, des privations, des humiliations. Les lieux ferm&#233;s finissent par g&#233;n&#233;rer leurs propres r&#232;gles, qui d&#233;rogent au droit g&#233;n&#233;ral. Les gens qui y travaillent, souvent peu ou mal form&#233;s, sont entre eux, dans des endroits physiquement ou g&#233;ographiquement isol&#233;s, sans lien avec les autres structures &#233;ducatives&#8230; Le Contr&#244;leur g&#233;n&#233;ral des lieux de privation de libert&#233; (CGLPL) a rendu de nombreux avis faisant ces m&#234;mes constats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toute fa&#231;on, la solution de l'enfermement n'est que transitoire. Quand les jeunes sont enferm&#233;s, ils n'ont pas la possibilit&#233; de travailler leurs difficult&#233;s autrement pour s'en sortir. On les met &#224; l'&#233;cart, on les enferme pour qu'ils ne soient pas turbulents &#224; l'ext&#233;rieur, dans leurs quartiers, mais quand ils ressortent, ils sont beaucoup plus en col&#232;re, parce qu'ils ont pu vivre des choses de l'ordre de l'injustice, et au final on n'a pas pu avancer sur leurs probl&#233;matiques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourtant, depuis une vingtaine d'ann&#233;es, les gouvernements qui se succ&#232;dent ne cessent de d&#233;fendre des politiques qui vont dans le sens de plus d'enfermement&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comme les pr&#233;c&#233;dents, le gouvernement actuel est dans une optique d'inflation carc&#233;rale, laquelle accompagne les politiques s&#233;curitaires qui rendent de plus en plus dur le traitement de la d&#233;linquance et des comportements ill&#233;gaux. Avec des proc&#233;dures de plus en plus acc&#233;l&#233;r&#233;es, une justice des mineurs de moins en moins sp&#233;cialis&#233;e, de plus en plus calqu&#233;e sur celle des majeurs. D'ailleurs, le taux de r&#233;ponse p&#233;nale est plus important pour les mineurs que pour les majeurs, ce qui donne &#224; r&#233;fl&#233;chir quand on entend que la justice est laxiste... Le nouveau code de justice p&#233;nale des mineurs, cens&#233; entrer en vigueur l'ann&#233;e prochaine, est dans cet esprit-l&#224;. Et puis il &#233;vacue compl&#232;tement l'aspect &#8220;protection&#8221;, le fait que ces gamins sont eux-m&#234;mes en danger, que beaucoup de ceux qui ont maille &#224; partir avec la justice ont v&#233;cu des moments difficiles, des probl&#232;mes familiaux. Certains sont pass&#233;s par la protection de l'enfance avant de basculer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-il possible d'&#233;duquer en prison ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#199;a d&#233;pend de la d&#233;finition qu'on donne &#224; l'&#233;ducation : pour moi, &#233;duquer, c'est amener vers la libert&#233;. Et prendre des risques : c'est ce qu'on appelle le pari &#233;ducatif &#8211; dire &#224; un jeune &#8220;&lt;i&gt;Bon, tu d&#233;connes, mais on peut essayer &#231;a&lt;/i&gt;&#8221; tout en sachant qu'il y a une chance sur deux que &#231;a ne se passe pas comme attendu. Ce pari &#233;ducatif est-il possible dans un lieu ferm&#233; tel que la prison ? Non. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles alternatives, alors ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La libert&#233;, les milieux ouverts. Le co&#251;t de la prise en charge d'un mineur en centre ferm&#233;, c'est en g&#233;n&#233;ral entre 700 et 800 &#8364; par jour. Tous ces moyens, il faudrait les mettre ailleurs, notamment dans des centres comme le mien. La structure o&#249; je travaille, il n'y en a qu'une seule pour quatre d&#233;partements en Auvergne... Mais le gouvernement pr&#233;f&#232;re construire vingt nouveaux centres ferm&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Clair Rivi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#192; Grenoble, un lyc&#233;e &#224; visage humain</title>
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&lt;p&gt;Pas de surveillants, pas de sonnerie, pas de carnet de correspondance ni de conseil de discipline. Mais des effectifs r&#233;duits et une &#233;quipe d'enseignants ouverts au dialogue, pr&#234;ts &#224; v&#233;ritablement rencontrer les &#233;l&#232;ves, en les acceptant tels qu'ils sont. Depuis vingt ans &#224; Grenoble, le Clept (Coll&#232;ge lyc&#233;e &#233;litaire pour tous) accueille chaque ann&#233;e une centaine de jeunes, tellement d&#233;go&#251;t&#233;s du syst&#232;me scolaire qu'ils l'avaient quitt&#233;. En souplesse, cet &#233;tablissement public alternatif montre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no191-octobre-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;191 (octobre 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Plonk-et-Replonk" rel="tag"&gt;Plonk et Replonk&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pas de surveillants, pas de sonnerie, pas de carnet de correspondance ni de conseil de discipline. Mais des effectifs r&#233;duits et une &#233;quipe d'enseignants ouverts au dialogue, pr&#234;ts &#224; v&#233;ritablement &lt;i&gt;rencontrer&lt;/i&gt; les &#233;l&#232;ves, en les acceptant tels qu'ils sont. Depuis vingt ans &#224; Grenoble, le Clept (Coll&#232;ge lyc&#233;e &#233;litaire pour tous) accueille chaque ann&#233;e une centaine de jeunes, tellement d&#233;go&#251;t&#233;s du syst&#232;me scolaire qu'ils l'avaient quitt&#233;. En souplesse, cet &#233;tablissement public alternatif montre qu'une autre &#233;cole est possible. Et r&#233;v&#232;le en creux les tares du mod&#232;le dominant, coercitif et excluant. Reportage &amp; souvenirs de jeunesse.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3465 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L484xH400/-1631-8dd6a.jpg?1782644261' width='484' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Plonk &amp; Replonk
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au pied de la barre d'immeubles, quelques &#233;l&#232;ves font une pause clope. Ils causent de l'outrance alcoolo-narcotique des f&#234;tes d'&#233;tudiants en m&#233;decine. Une prof se pointe. Mine blanche, les yeux tir&#233;s, elle n'a pas l'air dans un grand jour. &#171; &lt;i&gt;T'as &#233;t&#233; en soir&#233;e m&#233;decine, hier soir&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;, la vanne un des lyc&#233;ens. Rires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La discussion encha&#238;ne sur un cours de la veille. L'enseignante veut savoir comment il a &#233;t&#233; re&#231;u. &#171; &lt;i&gt;Franchement, j'ai rien capt&#233;&lt;/i&gt; &#187;, avoue une &#233;l&#232;ve. Arriv&#233; entretemps, un autre prof se marre. Il avise sa coll&#232;gue : &#171; &lt;i&gt;Tu devrais peut-&#234;tre revoir tes supports de cours&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Ladite coll&#232;gue, interpell&#233;e, r&#233;fl&#233;chit un instant. Puis, s'adressant &#224; la lyc&#233;enne, sans acrimonie aucune : &#171; &lt;i&gt;En m&#234;me temps, tu &#233;tais pas l&#224; au cours pr&#233;c&#233;dent&#8230;&lt;/i&gt; &#187; La jeune : &#171; &lt;i&gt;C'est vrai.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but septembre, au beau milieu du quartier populaire de la Villeneuve, &#224; Grenoble, le Clept (Coll&#232;ge lyc&#233;e &#233;litaire pour tous&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'oxymore est volontaire.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;) a fait sa vingt-et-uni&#232;me rentr&#233;e. Destin&#233; &#224; des jeunes de 15 &#224; 25 ans ayant quitt&#233; l'&#233;cole en fin de coll&#232;ge ou au lyc&#233;e, cet &#233;tablissement public exp&#233;rimental leur propose de reprendre leur scolarit&#233;, mais selon des modalit&#233;s bien diff&#233;rentes. Ici, on d&#233;montre qu'un autre type de relation professeurs /&#233;l&#232;ves est possible. Que l'apprentissage et le quotidien scolaire ne passent pas forc&#233;ment par une domination brutale, une mise au pas du jeune r&#233;calcitrant, une soumission exig&#233;e &#224; un r&#232;glement int&#233;rieur d&#233;nu&#233; de sens, des punitions syst&#233;matiques au moindre &#233;cart. Qu'il est possible de d&#233;velopper un rapport de respect mutuel, une v&#233;ritable &lt;i&gt;relation humaine&lt;/i&gt;, en fait. Moi-m&#234;me je sais : j'ai &#233;t&#233; &#233;l&#232;ve au Clept, il y a une quinzaine d'ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un cadre inhabituel&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Comme tous les jeunes accueillis ici, j'avais arr&#234;t&#233; l'&#233;cole. D&#233;scolaris&#233; pendant dix-huit jolis mois, je n'aurais jamais pu accepter de reprendre les cours dans un &#233;tablissement classique. J'&#233;tais f&#226;ch&#233; &#224; vie contre la rigidit&#233; du syst&#232;me scolaire ordinaire, contre sa pr&#233;tention &#224; enseigner la &#171; d&#233;mocratie &#187; tout en fonctionnant de mani&#232;re implacablement hi&#233;rarchis&#233;e. Un syst&#232;me o&#249;, souvent, l'on ne demande finalement qu'une seule chose &#224; l'&#233;l&#232;ve : &lt;i&gt;fermer sa gueule&lt;/i&gt; et faire semblant de suivre ce que raconte le prof, sans &#234;tre autoris&#233; &#224; questionner ni les r&#232;gles, ni le bien-fond&#233; de l'enseignement dispens&#233;. Encore moins le but final de tout ce cirque. J'&#233;tais fatigu&#233; des abus d'une r&#233;pression disciplinaire allant du banal exc&#232;s de z&#232;le (deux heures de colle pour avoir termin&#233; en tout d&#233;but de cours une pomme entam&#233;e &#224; la r&#233;cr&#233;) &#224; l'injustice absurde (l'administration de mon lyc&#233;e agricole avait exclu une copine en l'accusant &#224; tort d'avoir vendu du shit &#224; un gar&#231;on qui, en vrai, &#233;tait&#8230; le dealer du lyc&#233;e !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref. Pour ces raisons-l&#224; et quelques autres, je m'&#233;tais enfui de l'&#233;cole, sans demander l'autorisation &#224; personne. Et si &#224; 17 ans pass&#233;s, j'ai finalement consenti &#224; me rasseoir dans une salle de classe, c'est parce que le Clept offre un cadre &lt;i&gt;extraordinaire&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224;, les locaux : ne cherchez pas de grillage, de mur d'enceinte, de gardien. Il n'y en a pas. Le Clept est install&#233; dans une sorte de grand appartement, au premier &#233;tage d'une barre d'immeubles &#224; l'architecture originale&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Avant d'&#234;tre affubl&#233; d'une triste image de cit&#233; d&#233;grad&#233;e, avec ses spots de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, le gabarit de l'&#233;tablissement : &#224; peine une centaine d'&#233;l&#232;ves &#8211; qui ont &lt;i&gt;choisi&lt;/i&gt; d'&#234;tre l&#224;&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les admissions au Clept se font uniquement sur la base du volontariat, apr&#232;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#8211; pour une bonne quinzaine de profs motiv&#233;s, voire &lt;i&gt;enga&lt;/i&gt;&#8202;&lt;i&gt;g&#233;s&lt;/i&gt;. De quoi laisser de l'espace &#224; la discus&#8202;sion, &#224; l'&#233;change, &#224; la rencontre, &#224; la souplesse, loin de l'anonymat et de la rigidit&#233; des usines &#224; bac.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pas de proviseur, pas de surveillant, pas de conseiller principal d'&#233;ducation (CPE). Pas de sonnerie. Pas d'interdiction de s'habiller comme ci ou comme &#231;a, contrairement au conventionnel lyc&#233;e Mounier, dont le Clept d&#233;pend administrativement : l&#224;-bas, pour porter un jogging, il faut prouver qu'on a un cours de sport dans la journ&#233;e. Pas de r&#232;glement int&#233;rieur caffi de clauses abusives, mais une simple charte posant des principes de cohabitation de base &#8211; elle a &#233;t&#233; rediscut&#233;e entre profs et &#233;l&#232;ves plusieurs fois depuis la cr&#233;ation de l'&#233;tablissement. Pas de carnet de correspondance : sauf souci exceptionnel, on s'adresse directement &#224; l'&#233;l&#232;ve, pas &#224; ses parents. Il y a d'ailleurs un syst&#232;me de tutorat, o&#249; un prof en particulier suit chaque &#233;l&#232;ve, le rencontrant de temps &#224; autre pour &#233;voquer r&#233;ussites et difficult&#233;s. Mon prof r&#233;f&#233;rent enseignait la physique-chimie ; il s'appelait Dominique et il nous arrivait d'organiser ces rencontres au bistrot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, pas de punition en cas de retard ou d'absence, mais des discussions pour chercher les causes et trouver des solutions &#224; ce manque d'assiduit&#233;. J'&#233;tais, sur ce point-l&#224;, un &#233;l&#232;ve particuli&#232;rement difficile et il m'arrivait de ne me pointer qu'au dernier cours de la journ&#233;e, qui &#233;tait souvent celui de physique-chimie. Je parvenais, en plus, &#224; arriver cinq minutes en retard, mais Dominique, au lieu de me passer un savon, m'accueillait avec un sourire non feint en me lan&#231;ant : &#171; &lt;i&gt;Ah Clair, &#231;a fait plaisir que tu sois l&#224;&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! Installe-toi donc. J'&#233;tais en train d'expliquer &#224; tes camarades que&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont ce sourire, cette bienveillance, qui ont fait que je suis rest&#233;. Et, au passage, que j'ai finalement eu ce p&#8230; de bac.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Contre la rel&#233;gation&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Bernard Gerde ne cherche plus la soixantaine : il l'a all&#233;grement d&#233;pass&#233;e. Moustache de mili&#8202;tant de gauche comme on n'en fait plus, le cofondateur du Clept est aujourd'hui retrait&#233;. Avant, il enseignait les lettres. C'est de sa rencontre avec une professeure de sciences naturelles, Marie-C&#233;cile Bloch, qu'est n&#233;e dans les ann&#233;es 1990 l'id&#233;e d'un &#233;tablissement alternatif public d&#233;di&#233; aux &#171; d&#233;crocheurs &#187; de toutes origines sociales. Il a fallu quatre ann&#233;es de travail et de lobbying acharn&#233; aupr&#232;s des pontes de l'&#201;ducation nationale pour qu'en l'an 2000, le ministre Jack Lang finisse par donner son feu vert &#224; l'ouverture du Clept.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Quand on a construit le projet,&lt;/i&gt; se souvient Bernard,&lt;i&gt; on a travaill&#233; avec un chercheur en sciences de l'&#233;ducation qui s'appelle Jean-Yves Rochex. En gros, il disait que les jeunes d&#233;crochent parce qu'ils refusent notamment deux choses. D'une part, la normativit&#233; des disciplines (par exemple, la grammaire, &#8220;c'est comme &#231;a et pas autrement&#8221;) ; d'autre part, la normalisation des comportements (se mettre en rang, se lever quand le proviseur rentre, etc.).&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a bien d'autres raisons au d&#233;crochage. Parfois, ce sont de rageantes histoires de thunes (c'est, par exemple, l'&#233;l&#232;ve qui veut s'inscrire dans une fili&#232;re sp&#233;cifique, mais l'affectation se fait dans un lyc&#233;e lointain et les parents n'ont pas les moyens de payer l'h&#233;bergement). D'autres fois, ce sont des ruptures familiales, des accidents de la vie. Souvent, c'est aussi l'humiliation, subie par tant de jeunes en difficult&#233; scolaire auxquels on n'a cess&#233; de r&#233;p&#233;ter qu'ils n'&#233;taient capables de rien. Avec, comme corollaire, les orientations subies (et parfois teint&#233;es de discriminations) &#171; &lt;i&gt;vers des fili&#232;res de rel&#233;gation&lt;/i&gt; &#187; qui ne leur correspondent pas&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Clept, qui dispense un enseignement g&#233;n&#233;ral (mais peut se faire tremplin vers une autre orientation &lt;i&gt;choisie&lt;/i&gt;), les &#233;l&#232;ves d'aujourd'hui confirment. Kyllian, 22 ans : &#171; &lt;i&gt;On m'a toujours dit que je ne pourrais jamais avoir le bac. D&#232;s le CM&lt;/i&gt; &lt;i&gt;2, on a dit &#224; ma m&#232;re que j'irais en Segpa. On m'a orient&#233; en fili&#232;re pro sans me donner le choix. Je me suis retrouv&#233; en CAP vente alors que ce n'&#233;tait pas ce que je voulais faire.&lt;/i&gt; &#187; Une autre &#233;l&#232;ve : &#171; &lt;i&gt;Je n'ai jamais aim&#233; l'&#233;cole. Je bossais, mais j'&#233;tais en difficult&#233;. Les profs &#233;taient vachement encourageants,&lt;/i&gt; ironise-t-elle,&lt;i&gt; ils me disaient genre : &#8220;Tu vas finir SDF&#8221;. Ils ne savaient pas quoi faire de moi, alors ils m'ont finement sugg&#233;r&#233; de partir : &#8220;T'aimes bien l'artistique&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Tu vas faire un CAP p&#226;tisserie.&#8221;&lt;/i&gt; &#187; Un autre lyc&#233;en, pass&#233; par un bac pro, se souvient d'enseignants qui justifiaient avec cynisme le tri op&#233;r&#233; entre les gamins qui comme lui &#171; &lt;i&gt;s'&#233;taient un peu fait tej' de partout&lt;/i&gt; &#187; et l'&#233;lite promise au cursus g&#233;n&#233;ral : &#171; &lt;i&gt;Ils disaient : &#8220;Tu mets pas des pommes pourries avec des pommes fra&#238;ches, sinon &#231;a pourrit tout le panier.&#8221;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bernard se rappelle avoir rencontr&#233;, avant la cr&#233;ation du Clept, des jeunes orient&#233;s vers des voies de garage. On les y faisait bosser le fran&#231;ais &#224; partir de bons de commande de la Redoute. &#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait mis&#233;rabiliste, il n'y avait aucun challenge, alors qu'ils &#233;taient tout &#224; fait capables d'&#233;tudier du Flaubert. Ils avaient de bonnes raisons de ne pas &#234;tre motiv&#233;s par ce qu'on leur proposait&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Le Clept est donc, aussi, n&#233; de la volont&#233; de proposer &#224; des &#233;l&#232;ves mis sur la touche &#171; &lt;i&gt;quelque chose de plus digne, un endroit o&#249; ils se sentent respect&#233;s&lt;/i&gt; &#187;. Avec deux convic&#8202;tions bien ancr&#233;es : &#171; &lt;i&gt;L'&#233;galit&#233; des chances est un mythe et la &#8220;m&#233;ritocratie scolaire&#8221;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;est&lt;/i&gt; un &lt;i&gt;scandale.&lt;/i&gt; &#187; Et, partant, une volont&#233; forte : &#171; &lt;i&gt;Dire non au d&#233;terminisme social et &#224; l'assignation &#224; r&#233;sidence : c'est parce qu'il lutte contre &#231;a que cet &#233;tablissement s'appelle le Coll&#232;ge lyc&#233;e &#8220;&#233;litaire pour tous&#8221;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une incessante remise en question&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Tout jeune est capable d'apprendre,&lt;/i&gt; estime Dominique, mon ancien prof de physique, &#224; la retraite depuis trois ans. &lt;i&gt;Si &#231;a ne fonctionne pas, c'est qu'il y a quelque chose &#224; revoir dans ta mani&#232;re d'enseigner. En dix-sept ans au Clept, je n'ai rencontr&#233; que cinq ou six &#233;l&#232;ves avec de vraies difficult&#233;s d'apprentissage.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un aspect fondamental de la relation profs /&#233;l&#232;ves qui s'&#233;labore ici : au Clept, l'enseignant doit &#234;tre pr&#234;t &#224; se remettre en question. Les emplois du temps comportent d'ailleurs une heure de &#171; vie de classe &#187;, temps de dialogue o&#249; sont abord&#233;es les difficult&#233;s rencontr&#233;es, et o&#249; les &#233;l&#232;ves peuvent exprimer dol&#233;ances et critiques. &#171; &lt;i&gt;Faut pas &#234;tre susceptible&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;, sourit Caroline, prof d'allemand. &#171; &lt;i&gt;Au cours de toutes ces ann&#233;es, il m'est arriv&#233; d'encaisser de violentes attaques verbales, &lt;/i&gt;se souvient Dominique. &lt;i&gt;Il m'a fallu comprendre que &#231;a ne s'adressait pas &#224; moi en tant que personne mais en tant qu'adulte repr&#233;sentant de la soci&#233;t&#233;&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Agathe, prof de fran&#231;ais : &#171; &lt;i&gt;On fait des conneries. On peut blesser. La grande force ici, c'est que &#231;a se partage avec le reste de l'&#233;quipe. L'&#233;l&#232;ve qui claque la porte de la classe, un coll&#232;gue va le rattraper dans le couloir et pointer la maladresse du prof et/ou l'&#233;ventuelle responsabilit&#233; du jeune l&#224;-dedans.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enseigner au Clept n'est pas de tout repos. C'est un exercice humainement tr&#232;s riche, mais exigeant et chronophage. Car une fois leurs cours finis, les professeurs ne rentrent pas chez eux : ils restent sur place. S&#251;r, comparativement &#224; leurs coll&#232;gues d'&#233;tablissements conventionnels, ils ont moins de copies &#224; corriger. Mais comme il n'y a pas de personnel d&#233;di&#233; &#224; cela, ils se partagent les t&#226;ches administratives &#8211; ce qui fait, expliquent-ils, qu'en termes de co&#251;t par &#233;l&#232;ve, le Clept ne co&#251;te pas plus cher qu'un &#233;tablissement classique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce temps pass&#233; sur place est fertile. C'est lui qui permet d'in&#8202;cessants &#233;changes entre coll&#232;gues, propices &#224; une prise de recul de chacun sur ses pratiques et &#224; l'&#233;laboration de regards crois&#233;s, donc plus justes, sur les &#233;l&#232;ves. Ce temps offre aussi la possibilit&#233; d'&#233;changes entre jeunes et enseignants &lt;i&gt;hors&lt;/i&gt; de la salle de classe. Tout est d'ailleurs fait pour multiplier les occasions de sortir de la relation purement professorale : il y a les &#171; groupes de base &#187; (o&#249; l'on d&#233;bat de sujets d'actualit&#233; ou de la vie du Clept), des projets cr&#233;atifs men&#233;s avec des professionnels du monde de la culture, un atelier d'&#233;criture auquel les profs participent au m&#234;me titre que les &#233;l&#232;ves&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun doute l&#224;-dessus : ici, le jeune est consid&#233;r&#233; par ses a&#238;n&#233;s comme un interlocuteur valable. Est-ce &#224; dire qu'il est leur &#233;gal ? &#171; &lt;i&gt;Nous sommes des adultes avec une mission &#233;ducative qui n'est pas bas&#233;e sur le dressage,&lt;/i&gt; r&#233;pond Agathe. &lt;i&gt;Apr&#232;s, j'ai 56 ans et un peu d'exp&#233;rience. On ne va pas faire semblant d'&#234;tre au m&#234;me niveau. Ce qui ne veut pas dire que les &#233;l&#232;ves n'ont rien &#224; m'apprendre. Mais ils doivent pouvoir compter sur nous pour faire avancer les choses.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Les profs cassent les murs &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Que disent les &#233;l&#232;ves de tout ce fonctionnement ? Ceux avec qui j'&#233;change sont plut&#244;t dithyrambiques. Et quand, pour nuancer le tableau dress&#233;, je leur demande d'&#233;voquer des aspects n&#233;gatifs dans le comportement des enseignants, rien ne leur vient. Silence. Puis Chlo&#233;, 19 ans, tente une explication : &#171; &lt;i&gt;C'est difficile de pointer des choses qui ne vont pas, comme &#231;a de but en blanc. Parce qu'en fait, ce qui ne va pas, on le discute en permanence avec eux.&lt;/i&gt; &#187; En deux heures d'&#233;changes, j'entendrai &#224; peine quelques b&#233;mols : &#171; &lt;i&gt;Il y a des profs qui nous infantilisent un peu, mais &#231;a s'arr&#234;te d&#232;s qu'on le leur dit&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;Des fois, ils sont un peu trop laxistes&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;Les discussions avec eux peuvent &#234;tre d&#233;rangeantes, parce qu'il y a un c&#244;t&#233; intrusif.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce qui est chouette ? L&#224;, les mots ne manquent pas. Citons en vrac Mathieu, Damien, Suzanne, Kyllian, Chlo&#233; et Sylvia : &#171; &lt;i&gt;Ils cassent les murs entre profs et &#233;l&#232;ves.&lt;/i&gt; &#187; / &#171; &lt;i&gt;Ils ne nous dominent pas. Dans un lyc&#233;e traditionnel, si tu poses beau&lt;/i&gt;&#8202;&lt;i&gt;coup de questions, le prof peut le voir comme une remise en question de ses connaissances, de son autorit&#233;. Ici c'est l'inverse, c'est une preuve d'int&#233;r&#234;t.&lt;/i&gt; &#187; / &#171; &lt;i&gt;On nous responsabilise : c'est ton projet, ton parcours.&lt;/i&gt; &#187; / &#171; &lt;i&gt;On les appelle par leur pr&#233;nom. Tu peux avoir de vrais &#233;changes avec eux, m&#234;me en cours ils nous donnent beaucoup de place.&lt;/i&gt; &#187; / &#171; &lt;i&gt;Si t'es en gal&#232;re, que t'as une difficult&#233; avec une administration par exemple, ils ne t'envoient pas bouler en te disant que c'est pas leur domaine de comp&#233;tence. &#199;a t'aide &#224; t'engager avec eux puisqu'ils s'engagent avec toi.&lt;/i&gt; &#187; / &#171; &lt;i&gt;Dans un &#233;tablissement classique o&#249; il y a 1 000 lyc&#233;ens, les profs laissent passer le harc&#232;lement entre &#233;l&#232;ves. L&#224;, d&#232;s qu'il y a un probl&#232;me, ils le voient et ils confrontent les deux personnes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la performance scolaire ? &#171; &lt;i&gt;En allemand je suis une bille. Mais la prof ne m'a pas enfonc&#233;. On te prend comme t'es, sans chercher &#224; te faire conformer &#224; une norme de ton &#226;ge.&lt;/i&gt; &#187; / &#171; &lt;i&gt;Tu n'as pas de pression sur les r&#233;sultats. Ce qu'on te demande, c'est d'essayer de faire de ton mieux.&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; leur arriv&#233;e, les &#233;l&#232;ves n'int&#232;grent pas tout de suite une classe de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, question triviale mais pas si anodine : comment &#231;a se passe si on a besoin d'aller aux toilettes pendant un cours ? Faut-il lever le bras et demander l'autorisation d'une voix g&#234;n&#233;e ? &#171; &lt;i&gt;Non, tu sors. Si t'as besoin de sortir, que c'est vraiment urgent, tu y vas, tu n'interromps pas le cours pour demander.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Vers la fin de l'exp&#233;rience ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;pit des efforts des profs, il y a tout de m&#234;me quelques jeunes qui quittent le Clept en cours d'ann&#233;e. &#171; &lt;i&gt;Ils ne sont pas nombreux, &lt;/i&gt;indique Agathe,&lt;i&gt; et souvent c'est li&#233; &#224; un probl&#232;me de sant&#233; lourd, ou &#224; des addictions, ou &#224; une n&#233;cessit&#233; de trou&lt;/i&gt;&#8202;&lt;i&gt;ver un emploi pour cause d'urgence &#233;conomique...&lt;/i&gt; &#187; Chez celles et ceux qui restent et tentent de passer le bac, &#171; &lt;i&gt;le taux d'obtention est encourageant&lt;/i&gt; &#187;, poursuit-elle : &#171; &lt;i&gt;En g&#233;n&#233;ral on est entre 80 et 100 %.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, quand on sait le nombre de m&#244;mes qui quittent l'&#233;cole sans dipl&#244;me chaque ann&#233;e, le plus souvent vou&#233;s ensuite &#224; une d&#233;primante pr&#233;carit&#233;, pourquoi ne pas multiplier les dispositifs d&#233;rogatoires comme celui du Clept, public et gratuit ? Il n'a, apr&#232;s tout, rien de si radical : contrairement &#224; ce qui se construit dans d'autres exp&#233;riences p&#233;dagogiques alternatives, les adultes demeurent d&#233;positaires de l'autorit&#233; formelle et le contenu global des enseignements s'&#233;loigne peu de l'ordinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Las, ce n'est pas ce qui se profile &#224; l'horizon. Les services de l'&#201;ducation nationale, avec qui les relations ont toujours &#233;t&#233; difficiles, ont tranch&#233; : d'ici quelques ann&#233;es, le Clept quittera ses locaux de la Villeneuve, certes pas tout jeunes, pour s'installer dans l'enceinte du lyc&#233;e Mounier, actuellement en r&#233;novation. L'&#233;quipe est vent debout contre ce d&#233;m&#233;nagement. En particulier parce qu'avec ce d&#233;part, c'est toute une partie de la philosophie du projet qui s'envolera en fum&#233;e : les &#233;l&#232;ves retrouveront une archi&#8202;tecture &#224; tonalit&#233; carc&#233;rale, une grosse usine avec un portique &#224; l'entr&#233;e et un r&#232;glement int&#233;rieur drastique. &#192; l'&#233;poque de mes 17 ans rebelles, aurais-je support&#233; de fr&#233;quenter chaque jour un tel environnement ? Pas s&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Clair Rivi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L'oxymore est volontaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Avant d'&#234;tre affubl&#233; d'une triste image de cit&#233; d&#233;grad&#233;e, avec ses spots de deal et sa concentration de difficult&#233;s sociales, le quartier de la Villeneuve a &#233;t&#233; une utopie urbanistique. Ses concepteurs, au d&#233;but des ann&#233;es 1970, ambitionnaient de &#171; changer la ville pour changer la vie &#187; : mixer les classes sociales, laisser les voitures en dehors du quartier, favoriser les rencontres entre habitants gr&#226;ce &#224; une grande galerie couverte... &#192; ce sujet, lire notamment : &#171; &lt;a href=&#034;https://www.lepostillon.org/Villeneuve-l-utopie-a-l-agonie.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Villeneuve, utopie &#224; l'agonie&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Postillon&lt;/i&gt; n&#176; 3 (d&#233;cembre 2009).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les admissions au Clept se font uniquement sur la base du volontariat, apr&#232;s des entretiens individuels o&#249; il est question du parcours de vie du jeune et de ses motivations &#224; reprendre les cours.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#192; leur arriv&#233;e, les &#233;l&#232;ves n'int&#232;grent pas tout de suite une classe de niveau (seconde, premi&#232;re, etc.). Ils passent plusieurs mois en &#171; module &#187;, o&#249; l'enseignement s'affranchit des programmes de l'&#201;ducation nationale et o&#249; la notation n'existe pas.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Au sommaire du n&#176;191</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L'&#233;quipe de CQFD</dc:creator>


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		<dc:subject>Sommaire</dc:subject>
		<dc:subject>L.L. de Mars</dc:subject>
		<dc:subject>C&#233;cile K.</dc:subject>
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		<dc:subject>CQFD</dc:subject>
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		<dc:subject>Ahou ahou</dc:subject>
		<dc:subject>Domination</dc:subject>
		<dc:subject>Domination adulte</dc:subject>
		<dc:subject>adultes</dc:subject>
		<dc:subject>d&#233;but</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En couverture : &#171; Ouvrez, ouvrez la cage aux minots &#187; (illustration : C&#233;cile K.) Quelques articles seront mis en ligne au cours du mois. Les autres seront archiv&#233;s sur notre site progressivement, apr&#232;s la parution du prochain num&#233;ro. Ce qui vous laisse tout le temps d'aller saluer votre kiosquier ou de vous abonner... Actualit&#233;s d'ici et d'ailleurs Un incendie, ce n'est pas que les flammes &#8211; Depuis mi-ao&#251;t, de gigantesques incendies ravagent la c&#244;te Ouest des &#201;tats-Unis. Au-del&#224; des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/debut" rel="tag"&gt;d&#233;but&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L106xH150/arton3210-b165a.jpg?1782696914' class='spip_logo spip_logo_right' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En couverture : &#171; Ouvrez, ouvrez la cage aux minots &#187; (illustration : &lt;a href=&#034;http://cecilek.fr/affiches&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;C&#233;cile K.&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quelques articles seront mis en ligne &lt;a href='https://cqfd-journal.org/CQFD-no191-octobre-2020' class=&#034;spip_in&#034;&gt;au cours du mois&lt;/a&gt;. Les autres seront archiv&#233;s sur notre site progressivement, apr&#232;s la parution du prochain num&#233;ro. Ce qui vous laisse tout le temps d'aller saluer &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Ou-nous-trouver' class=&#034;spip_in&#034;&gt;votre kiosquier&lt;/a&gt; ou de &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Abonnement-don' class=&#034;spip_in&#034;&gt;vous abonner&lt;/a&gt;...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Actualit&#233;s d'ici et d'ailleurs&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Un incendie, ce n'est pas que les flammes&lt;/strong&gt; &#8211; Depuis mi-ao&#251;t, de gigantesques incendies ravagent la c&#244;te Ouest des &#201;tats-Unis. Au-del&#224; des images spectaculaires, cette catastrophe a de s&#233;v&#232;res cons&#233;quences sociales. R&#233;cit intime et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Exil&#233;&#183;es en M&#233;diterran&#233;e : le naufrage moral de l'Europe&lt;/strong&gt; &#8211; La M&#233;diterran&#233;e
centrale vient de conna&#238;tre un nouvel &#233;t&#233; de cauchemar, rythm&#233; par d'incessants naufrages de bateaux d'exil&#233;&#183;es en route pour l'Europe. Analyse cartographique de situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Le Portugal face &#224; son pass&#233; colonial&lt;/strong&gt; &#8211; Pendant des si&#232;cles, le Portugal s'est r&#234;v&#233; comme plus humain et moins raciste que les autres puissances coloniales. &#192; l'heure o&#249; l'extr&#234;me droite s'y r&#233;veille, le mythe vole en &#233;clats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Njinga, m&#232;re de la nation angolaise&lt;/strong&gt; &#8211; Au d&#233;but du XVII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle en Afrique centrale, une femme s'est soulev&#233;e contre l'invasion des colons portugais. La reine Njinga, cheffe d'&#201;tat et cheffe de guerre, dut ses succ&#232;s autant &#224; sa vision politique qu'&#224; son habilet&#233; militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Maintien de l'ordre : reculer pour mieux reculer&lt;/strong&gt; &#8211; La clique de la place Beauvau vient de sortir son dernier tube, intitul&#233; &#171; Sch&#233;ma national du maintien de l'ordre &#187;, version 2020. Une production qui fera date, tant elle grave dans le marbre les r&#233;cents errements en la mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Dossier : la domination adulte en question&lt;/h3&gt;&lt;div class='spip_document_3456 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH707/-1622-52fa8.jpg?1782641142' width='400' height='707' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;L. L. de Mars
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Adultes &lt;i&gt;vs&lt;/i&gt; enfants, une lutte de classe ?&lt;/strong&gt; &#8211; De toutes les formes de domination, celle que les adultes exercent sur les minots est sans doute la plus r&#233;pandue, la plus visible et, paradoxalement, la moins questionn&#233;e...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;&#171; Les parents continuent de consid&#233;rer l'enfant comme leur propri&#233;t&#233; &#187;&lt;/strong&gt; &#8211; Rarement remise en cause, la domination exerc&#233;e par les adultes sur les enfants appara&#238;t souvent comme &#171; allant de soi &#187;, voire comme une condition &lt;i&gt;sine qua non&lt;/i&gt; pour assurer la protection et le &#171; bon d&#233;veloppement &#187; des plus jeunes. Autant de justifications qu'Yves Bonnardel, auteur du livre &lt;i&gt;La Domination adulte : l'oppression des mineurs&lt;/i&gt;, refuse en bloc. Pour lui, cette domination est &#224; envisager au m&#234;me titre que les autres : syst&#233;mique et politique, elle profiterait aux premiers sans manquer de nuire aux seconds. En compagnie de l'essayiste, tour d'horizon d'une pens&#233;e d&#233;routante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;&#171; L'urbanisme moderne prive les enfants du fabuleux terrain de jeux qu'est la rue &#187;&lt;/strong&gt; &#8211; Trois ou quatre agr&#232;s pos&#233;s l&#224;, des sols qui amortissent les chutes, un peu de couleur pour &#233;gayer l'ensemble et des barri&#232;res pour contenir le tout. En ville, les aires de jeux n'envoient pas franchement du r&#234;ve. Ces rares espaces bien d&#233;limit&#233;s sont davantage construits pour rassurer les parents qu'amuser les enfants. Thierry Paquot, philosophe, a entre autres, coordonn&#233; &lt;i&gt;La Ville r&#233;cr&#233;ative &#8211; Enfants joueurs et &#233;coles buissonni&#232;res&lt;/i&gt;. En mobilisant l'histoire, il r&#233;fl&#233;chit &#224; une ville faite pour et avec eux. Entretien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;&#192; Grenoble, un lyc&#233;e &#224; visage humain&lt;/strong&gt; &#8211; Pas de surveillants, pas de sonnerie, pas de carnet de correspondance ni de conseil de discipline. Mais des effectifs r&#233;duits et une &#233;quipe d'enseignants ouverts au dialogue, pr&#234;ts &#224; v&#233;ritablement &lt;i&gt;rencontrer&lt;/i&gt; les &#233;l&#232;ves, en les acceptant tels qu'ils sont. Depuis vingt ans &#224; Grenoble, le Clept (Coll&#232;ge lyc&#233;e &#233;litaire pour tous) accueille chaque ann&#233;e une centaine de jeunes, tellement d&#233;go&#251;t&#233;s du syst&#232;me scolaire qu'ils l'avaient quitt&#233;. En souplesse, cet &#233;tablissement public alternatif montre qu'une autre &#233;cole est possible. Et r&#233;v&#232;le en creux les tares du mod&#232;le dominant, coercitif et excluant. Reportage &amp; souvenirs de jeunesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Les r&#233;publiques d'enfants : l'autogestion des plus jeunes au service des id&#233;aux des adultes&lt;/strong&gt; &#8211; D&#232;s le d&#233;but de la Seconde Guerre mondiale, des millions de minots sont s&#233;par&#233;s de leurs parents. &#192; travers l'Europe, des communaut&#233;s se forment pour les accueillir. Appel&#233;es &#171; r&#233;publiques d'enfants &#187;, certaines doublent leur vocation humanitaire d'une utopie p&#233;dagogique. On y d&#233;fend l'autonomie et l'autogestion des m&#244;mes, qui &#233;lisent leur propre maire, &#233;laborent leur propre syst&#232;me de justice&#8230; Mais l'enfant, cens&#233; &#234;tre plac&#233; au centre du dispositif, n'est-il pas finalement l'instrument d'un projet de soci&#233;t&#233; pens&#233; par et pour les adultes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;&#171; On ramassait les enfants vagabonds comme des escargots &#187;&lt;/strong&gt; &#8211; Des prisons pour enfants de la &#171; Belle &#187; &#201;poque &#224; la r&#233;bellion des m&#244;mes illustr&#233;e par le film &lt;i&gt;Z&#233;ro de conduite,&lt;/i&gt; en passant par les d&#233;boires carc&#233;raux du jeune anarchiste Miguel Almereyda, l'historienne Anne Steiner revient ici sur le sort r&#233;serv&#233; aux mineurs &#171; turbulents &#187; fin XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; et d&#233;but XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;&#171; Quand ils ressortent, ils sont beaucoup plus en col&#232;re... &#187;&lt;/strong&gt; &#8211; En mati&#232;re de traitement de la d&#233;linquance, l'esprit du temps est davantage &#224; la r&#233;pression carc&#233;rale qu'&#224; l'innovation &#233;ducative. Une tendance que d&#233;nonce Carlos Lopez, &#233;ducateur, syndicaliste et militant &#224; l'Observatoire international des prisons. Interview.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;&#171; Le rem&#232;de est pire que le mal &#187;&lt;/strong&gt; &#8211; C'est l'histoire d'une enfance &#224; l'ombre. Celle d'un adolescent des ann&#233;es 1960-70, d'abord plac&#233; chez les cur&#233;s, puis ballot&#233; d'&#233;tablissements &#171; &#233;ducatifs &#187; en centres pour jeunes d&#233;tenus. Avant de conna&#238;tre pendant vingt-cinq ans la prison, celle des grands. En 2006, Thierry Chatbi confiait au journal anticarc&#233;ral &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt; le r&#233;cit de ses jeunes ann&#233;es. Nous en republions ici une partie.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Bouquins&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Gilets jaune : bilan avant reprise ?&lt;/strong&gt; &#8211; Avec &lt;i&gt;La R&#233;volte des Gilets jaunes&lt;/i&gt;, le collectif Ahou ahou ahou livre une analyse claire et r&#233;solument engag&#233;e d'une r&#233;volte surgie il y a moins de deux ans, si explosive et inattendue qu'elle a fait vaciller le pouvoir et remis en cause beaucoup de certitudes en mati&#232;re de luttes sociales. De quoi s'armer pour la prochaine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Antis&#233;mitisme : face &#224; l'indulgence, l'intransigeance&lt;/strong&gt; &#8211; Dans &lt;i&gt;Les Empoisonneurs&lt;/i&gt;, S&#233;bastien Fontenelle montre notamment comment les &#233;ditocrates r&#233;actionnaires minorent l'antis&#233;mitisme issu de leur rang, alors qu'ils mettent r&#233;guli&#232;rement en exergue celui exprim&#233; par certains musulmans. Un autre avatar de l'islamophobie.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Et aussi...&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Azenstarck a fini sa p&#233;loche&lt;/strong&gt; &#8211; Photographe des gr&#232;ves et des luttes, des usines et des bidonvilles, Georges Azenstarck a disparu d&#233;but septembre. Multipliant les clich&#233;s pour &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;La Vie ouvri&#232;re&lt;/i&gt; ou encore l'agence Rapho, il avait aussi immortalis&#233; l'ineffa&#231;able : le massacre d'Alg&#233;riens du 17 octobre 1961 &#224; Paris. Ces derni&#232;res ann&#233;es &#224; Marseille, un camarade de route de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; l'avait fr&#233;quent&#233;. Souvenirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;L'&#233;dito&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Rubrique-en-greve' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Rubrique en gr&#232;ve&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; / &lt;strong&gt;&#199;a br&#251;le !&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Il-est-ou-le-virus-il-est-ou' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Il est o&#249; le virus, il est o&#249; ?&lt;/a&gt; / &lt;strong&gt;Les bonnes nouvelles du mois&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Horoscope&lt;/strong&gt; / &lt;strong&gt;Abonnement&lt;/strong&gt; (&lt;a href='https://cqfd-journal.org/Abonnement-don' class=&#034;spip_in&#034;&gt;par ici&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3455 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;37&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/pdf/-25.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 1.1 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1783456042' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La Une du n&#176;191 de CQFD en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mineurs non accompagn&#233;s : en Moselle, un accueil au rabais</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Mineurs-non-accompagnes-en-Moselle</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Mineurs-non-accompagnes-en-Moselle</guid>
		<dc:date>2020-09-30T17:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Franck D&#233;pretz</dc:creator>


		<dc:subject>Eug&#232;ne Riousse</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>faire</dc:subject>
		<dc:subject>jeune</dc:subject>
		<dc:subject>jeunes</dc:subject>
		<dc:subject>mineurs</dc:subject>
		<dc:subject>CDE</dc:subject>
		<dc:subject>appartements</dc:subject>
		<dc:subject>Na&#235;l</dc:subject>
		<dc:subject>accompagn&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>l'ASE</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Certains d&#233;partements, les Bouches-du-Rh&#244;ne par exemple, laissent les mineurs isol&#233;s &#233;trangers passer des mois &#224; la rue ou en squat. En Moselle, on n'en est pas encore l&#224;, mais la logique de r&#233;duction des co&#251;ts est la m&#234;me. Pour vider ses foyers surcharg&#233;s, le Conseil d&#233;partemental a ouvert des centaines de places en &#171; appartements en semi-autonomie &#187;. Une &#171; prise en charge low-cost &#187; que d&#233;noncent &#233;ducateurs et syndicalistes. &#171; L&#224;-bas, c'&#233;tait la prison ! Il y avait trop, trop de monde. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Certains d&#233;partements, les Bouches-du-Rh&#244;ne par exemple, laissent les mineurs isol&#233;s &#233;trangers passer des mois &#224; la rue ou en squat. En Moselle, on n'en est pas encore l&#224;, mais la logique de r&#233;duction des co&#251;ts est la m&#234;me. Pour vider ses foyers surcharg&#233;s, le Conseil d&#233;partemental a ouvert des centaines de places en &#171; &lt;i&gt;appartements en semi-autonomie &lt;/i&gt; &#187;. Une &#171; &lt;i&gt;prise en charge low-cost &lt;/i&gt; &#187; que d&#233;noncent &#233;ducateurs et syndicalistes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3452 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L432xH400/-1620-70a13.jpg?1782642917' width='432' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Eug&#232;ne Riousse
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; L&#224;-bas, c'&#233;tait la prison ! Il y avait trop, trop de monde. On posait chaque soir nos matelas par terre et on dormait &#224; vingt, trente, parfois jusque quarante dans la salle &#224; manger. C&lt;/i&gt;'&lt;i&gt;&#233;tait trop petit. Nos matelas &#233;taient coll&#233;s les uns aux autres.&lt;/i&gt; &#187; Na&#235;l * ravive des souvenirs encore chauds. Avant d'&#234;tre transf&#233;r&#233; au printemps dans un appartement, ce mineur non accompagn&#233; &lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jusqu'en 2016, l'expression consacr&#233;e &#233;tait &#171; mineur isol&#233; &#233;tranger &#187; (MIE).&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; a v&#233;cu de longs mois au Centre d&#233;partemental de l'enfance (CDE) de Metz (Moselle). Dans ce foyer charg&#233; de l'accueil et de l'h&#233;bergement de tout enfant plac&#233; en urgence sous la protection des services de l'Aide sociale &#224; l'enfance (ASE), les deux pavillons d&#233;di&#233;s aux mineurs non accompagn&#233;s &#233;taient jusqu'&#224; tout r&#233;cemment constamment surcharg&#233;s. Et ce depuis 2017.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des centaines de jeunes exil&#233;s venus du bout du monde, bien souvent d'Afrique de l'Ouest, y sont rest&#233;s en moyenne six mois, certains jusqu'&#224; un an et demi, alors que ce s&#233;jour ne devait &#234;tre qu'une &#233;tape de mise &#224; l'abri d'urgence, le temps pour l'ASE de v&#233;rifier leur minorit&#233;. Au pic de la saturation, les deux pavillons ont pu h&#233;berger 80 jeunes chacun &#8211; malgr&#233; une capacit&#233; th&#233;orique de vingt places &#8211; qui devaient donc dormir sur le carrelage du salon-salle &#224; manger. Ou sur le sol du sous-sol...&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; On mangeait, on dormait, on squattait dans la m&#234;me pi&#232;ce &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;On mangeait, on dormait, on squattait, on faisait tout dans la m&#234;me pi&#232;ce. On &#233;tait enferm&#233;s toute la journ&#233;e. On n'avait rien &#224; faire, pas d'&#233;cole... On ne pouvait sortir que trois fois par semaine&lt;/i&gt; &#187;, reprend Na&#235;l. Apr&#232;s ses deux premi&#232;res nuits pass&#233;es sur place, le &#171; choc &#187; &#233;tant trop dur &#224; supporter, l'adolescent originaire d'Afrique a fugu&#233; du CDE. Pendant trois semaines, il a dormi &#224; la rue sous une tente, avant d'&#234;tre recueilli quelque temps par une famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le pays qu'il a fui, Na&#235;l ne pouvait pas aller &#224; l'&#233;cole : &#171; &lt;i&gt;&#199;a co&#251;tait l'&#233;quivalent de trente euros par mois, &lt;/i&gt;rapporte-t-il. Une &lt;i&gt;fortune... Mon p&#232;re est d&#233;c&#233;d&#233;, ma m&#232;re ne travaillait pas. On n'avait d&#233;j&#224; pas assez d'argent pour vivre. Alors l'&#233;cole...&lt;/i&gt; &#187; En France, pour &#234;tre scolaris&#233;, Na&#235;l devait obtenir l'ordonnance de placement provisoire du juge des enfants dans les services de l'ASE. Autrement dit, il devait obligatoirement en passer par l'&#233;tape des pavillons surcharg&#233;s du CDE. La mort dans l'&#226;me, il y est retourn&#233;. Et y a v&#233;cu de longs mois &#233;prouvants, avant d'&#234;tre plac&#233; en appartement.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Maltraitance institutionnelle &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quand, &#224; l'&#233;t&#233; 2019, le Collectif mosellan de lutte contre la mis&#232;re d&#233;nonce la situation du CDE dans une lettre ouverte au pr&#233;sident du D&#233;partement, celui-ci r&#233;pond par courrier. Et Patrick Weiten (UDI) d'arguer que dans ce centre, au moins, les &#171; &lt;i&gt;jeunes sont en s&#233;curit&#233;, &#224; l'abri, tous pris en charge et accompagn&#233;s&lt;/i&gt; &#187;. Certes, &#171; &lt;i&gt;pas dans des conditions id&#233;ales&lt;/i&gt; &#187;, reconna&#238;t-il, mais &#171; &lt;i&gt;c'est parce que depuis 2017 nous devons faire face &#224; un afflux d'une ampleur in&#233;dite jusqu'alors&lt;/i&gt; &#187;. Argument bancal : cinq ans auparavant, le CDE &#233;tait d&#233;j&#224; en sureffectif : une &#171; &lt;i&gt;dizaine de jeunes ont d&#251; dormir sur des matelas au sol dans les lieux collectifs du groupe (salon)&lt;/i&gt; &#187;, notait &#8211; d&#233;j&#224; ! &#8211; le rapport d'activit&#233; 2012 de la structure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une d&#233;cision &lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;cision du D&#233;fenseur des droits n&#176; 2019-230.&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; rendue en septembre 2019, le D&#233;fenseur des droits parle lui aussi de &#171; &lt;i&gt;sureffectifs constants&lt;/i&gt; &#187;. Il &#233;voque &#233;galement un &#171; &lt;i&gt;encadrement pr&#233;vu nettement insuffisant&lt;/i&gt; &#187; et une sorte de &#171; &lt;i&gt;maltraitance institutionnelle tant &#224; l'&#233;gard des mineurs accueillis que des travailleurs sociaux, mis dans l'impossibilit&#233; d'assurer leur mission d'accompagnement &#233;ducatif&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Un laboratoire &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Suite &#224; la publication de ce rapport, la strat&#233;gie du D&#233;partement a &#233;t&#233; de se d&#233;barrasser de l'image d&#233;sastreuse des jeunes qui dorment par terre, sans pour autant nous donner de moyens suppl&#233;mentaires, &lt;/i&gt;d&#233;nonce &#201;ric Florindi, &#233;ducateur sp&#233;cialis&#233; au CDE et secr&#233;taire d&#233;partemental du syndicat Sud Sant&#233; Sociaux.&lt;i&gt; En d&#233;cembre 2019, le directeur g&#233;n&#233;ral de l'une des plus grosses associations de protection de l'enfance de la Moselle a lanc&#233; en plein conseil d'administration : &#8220;On a eu pour consigne du D&#233;partement de vider le CDE des mineurs non accompagn&#233;s.&#8221; Et il a annonc&#233; qu'une centaine de places suppl&#233;mentaires, g&#233;r&#233;es par les associations, seraient cr&#233;&#233;es en appartements dans les mois &#224; venir. C'est un laboratoire qui se met en place.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nombre d'&#171; &lt;i&gt;appartements en semi-autonomie&lt;/i&gt; &#187; g&#233;r&#233;s en direct par le CDE est pass&#233; de trois (12 places) &#224; sept (35 places) entre 2019 et aujourd'hui. Si l'on y ajoute les appartements g&#233;r&#233;s par d'autres organisations d'action sociale (associations, fondations d'utilit&#233; publique...), il y avait, fin ao&#251;t, 168 mineurs non accompagn&#233;s h&#233;berg&#233;s dans des appartements en Moselle, d'apr&#232;s les informations internes &#224; l'ASE que &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; est parvenu &#224; se procurer. Jusqu'&#224; 300 places en appartements devaient &#234;tre cr&#233;&#233;es d'ici d&#233;but 2021, si la crise sanitaire n'avait pas stopp&#233; provisoirement le processus.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Des HLM insalubres &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Actuellement, pour r&#233;gler les probl&#232;mes des centaines de mineurs non accompagn&#233;s admis et pris en charge chaque ann&#233;e par le CDE (490 en 2019), cet &#233;tablissement public g&#233;r&#233; par le D&#233;partement ne dispose que de deux infirmi&#232;res &#8211; pas m&#234;me d'un seul psychologue, ni d'un m&#233;decin &lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un psychologue et une infirmi&#232;re seraient en cours de recrutement.&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Et d'apr&#232;s le syndicat Sud, le nombre de travailleurs sociaux pourrait drastiquement se r&#233;duire au cours des prochains mois. Pour cent jeunes, il y avait jusqu'alors entre douze et seize &#233;ducateurs sp&#233;cialis&#233;s, six veilleurs de nuit et trois ma&#238;tresses de maison &lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Personne notamment en charge de l'intendance.&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; au CDE de Metz. Dans les appartements, il n'y aura plus (toujours pour cent jeunes) que huit &#233;ducateurs &#8211; sans veilleur de nuit, ni ma&#238;tre ou ma&#238;tresse de maison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sence de ce personnel encadrant ne serait pourtant pas un luxe. &#171; &lt;i&gt;Les jeunes sont plac&#233;s en appartement d&#232;s la phase d'observation, parfois &#224; 14 ans. Certains lavent le sol avec de l'adoucissant pour le linge...&lt;/i&gt; &#187;, constate une travailleuse sociale. &#171; &lt;i&gt;La plupart des appartements sont situ&#233;s dans des logements sociaux. Et pas des b&#226;timents de derni&#232;re g&#233;n&#233;ration : plut&#244;t des HLM insalubres o&#249; la pr&#233;sence de cafards est courante...&lt;/i&gt; &#187;, note une autre.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Parce qu'ils savent se laver seuls et se faire des p&#226;tes, on dit qu'ils sont autonomes &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le premier appartement g&#233;r&#233; par les &#233;ducateurs du CDE a ouvert en 2015. &#171; &lt;i&gt;Et c'&#233;tait d&#233;j&#224; pour r&#233;soudre les probl&#232;mes de sureffectif...&lt;/i&gt; &#187;, nous souffle-t-on au Bureau de l'&#233;ducation de l'ASE. &#192; l'&#233;poque cependant, seuls les jeunes d'au minimum 16 ans faisant preuve d'une grande autonomie &#233;taient vis&#233;s par ce dispositif. &#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait plut&#244;t une bonne id&#233;e, &lt;/i&gt;reconna&#238;t &#201;ric Florindi. &lt;i&gt;Mais, depuis d&#233;cembre 2019, cette prise en charge &lt;/i&gt;low-cost &lt;i&gt;devient la principale forme d'accueil des mineurs non accompagn&#233;s en Moselle. Dans les appartements, les jeunes qui d&#233;barquent du bout du monde sont livr&#233;s &#224; eux-m&#234;mes. Parce qu'ils savent se laver seuls et se faire des p&#226;tes, on dit maintenant qu'ils sont autonomes.&lt;/i&gt; &#187; Or, si l'autonomie de ces jeunes a pu se forger en partie au cours du parcours de migration qu'ils ont bien souvent affront&#233; seuls, elle se d&#233;veloppe aussi &#171; &lt;i&gt;&#224; travers la relation &#233;ducative qu'ils entretiennent avec nous&lt;/i&gt; &#187;, ajoute le syndicaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son rapport d'activit&#233; 2019, le CDE d&#233;crit &#171; &lt;i&gt;ce dispositif de pr&#233;paration &#224; l'autonomie&lt;/i&gt; &#187; tout autrement : &#171; &lt;i&gt;Chaque jeune b&#233;n&#233;ficie d'une chambre individuelle et d'espaces communs de convivialit&#233; et de partage. Le service intervient dans chaque appartement en accompagnant les adolescents autour de modules : hygi&#232;ne, pr&#233;paration des repas, connaissance des administrations, rythme de vie, sant&#233;, quotidien.&lt;/i&gt; &#187; Sandrine Hartmann, la responsable des mineurs non accompagn&#233;s &#224; la direction de l'Enfance, de la Famille et de l'Insertion du Conseil d&#233;partemental, et Ludovic Mar&#233;chal, le directeur de l'ASE de Moselle, ont d&#233;clin&#233; nos multiples demandes d'entretiens.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; L'&#233;ducateur passe dix, vingt minutes &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au cours du mois de mars 2020, crise sanitaire et confinement obligent, le flux de nouveaux arrivants est stopp&#233;. Au m&#234;me moment, une grande partie des mineurs non accompagn&#233;s du CDE sont transf&#233;r&#233;s dans les nouvelles places qui viennent d'ouvrir en appartements. Les pavillons o&#249; le triste rituel des matelas pos&#233;s &#224; m&#234;me le sol avait lieu chaque soir ferment d&#233;finitivement. Six mois apr&#232;s la publication de la d&#233;cision du D&#233;fenseur des droits. Des ann&#233;es apr&#232;s les premiers signalements des syndicats...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que, fin mars, Na&#235;l a int&#233;gr&#233; un appartement &#224; Thionville, &#224; trente kilom&#232;tres de Metz. &#171; &lt;i&gt;C'est la premi&#232;re fois que j'ai une grande chambre comme &#231;a pour moi tout seul&lt;/i&gt; &#187;, se r&#233;jouit-il. Si l'adolescent a un toit, il n'a en revanche toujours pas pu aller &#224; l'&#233;cole &#8211; et n'est pas pr&#232;s d'y aller. &#171; &lt;i&gt;Pendant le confinement, &lt;/i&gt;dit-il, &lt;i&gt;mes &#233;ducateurs ne me parlaient pas de scolarisation. Et maintenant, ils me disent qu'il faut attendre septembre pour voir si je peux entrer au lyc&#233;e. Ce n'est m&#234;me pas s&#251;r, d'ailleurs...&lt;/i&gt; &#187; Dans son appartement, Na&#235;l s'ennuie profond&#233;ment. Un &#233;ducateur lui rend visite deux &#224; quatre fois par semaine : &#171; &lt;i&gt;Il passe dix, vingt minutes, pour me demander si tout va bien.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Cette violence est d'abord institutionnelle ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;On a un &#233;ducateur pour sept jeunes. On est sur des ratios de fou&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! On est vraiment l&#224; pour offrir un avenir aux jeunes. Pour garantir leur dignit&#233;&lt;/i&gt; &#187;, lance fi&#232;rement le directeur de l'association dont d&#233;pend Na&#235;l. &#171; &lt;i&gt;On voit les jeunes &#224; peine dix minutes par jour&lt;/i&gt; &#187;, se d&#233;sole au contraire Cynthia *, &#233;ducatrice sp&#233;cialis&#233;e pour une autre des associations mosellanes habilit&#233;es &#171; Protection de l'enfance &#187;. &#171; &lt;i&gt;Et encore&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt;, reprend-elle. &lt;i&gt;Souvent, on arrive dans leur appartement, ils ne sont pas l&#224;, ils sont sortis faire un tour. On n'a aucun moyen de contr&#244;le sur eux. Ils ont beau avoir un couvre-feu &#224; 21 heures, notre poste se termine &#224; 21&lt;/i&gt; &lt;i&gt;heures... Il n'y a plus aucune pr&#233;sence &#233;ducative en soir&#233;e, ni les week-ends.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre type de pr&#233;sence peut d&#232;s lors s'installer : &#171; &lt;i&gt;&#192; Metz, &lt;/i&gt;poursuit Cynthia, &lt;i&gt;des adultes issus de la communaut&#233; albanaise, par exemple, exercent une emprise sur nos jeunes, s'incrustent et consomment de la drogue dans les appartements, et les forcent &#224; se livrer &#224; des vols, des trafics...&lt;/i&gt; &#187; une autre travailleuse sociale confirme et rapporte une autre situation : &#171; &lt;i&gt;Un ado de 17 ans &#8211; que je soup&#231;onne d'&#234;tre bien plus &#226;g&#233; &#8211; ordonnait &#224; son colocataire, beaucoup plus jeune et vuln&#233;rable, de faire son m&#233;nage, sa bouffe... Le plus jeune a refus&#233;, il s'est retrouv&#233; avec l'arcade p&#233;t&#233;e et deux jours d'ITT. Mais cette violence est d'abord institutionnelle : ils sont laiss&#233;s entre eux sans surveillance quasiment toute la semaine&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Peut-&#234;tre que je vais me retrouver &#224; la rue &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Avec trois autres &#233;ducateurs, Cynthia est charg&#233;e d'assurer le suivi de plus d'une trentaine de jeunes, r&#233;partis dans plus d'une dizaine d'appartements. &#171; &lt;i&gt;Le D&#233;partement vend le tout-appartement comme un outil d'autonomisation du jeune. Mais on sait bien qu'il s'agit simplement de d&#233;sengorger le CDE. Pour des mineurs non accompagn&#233;s, &#231;a passe. Si c'&#233;taient des jeunes du d&#233;partement&lt;/i&gt; [d'origine fran&#231;aise]&lt;i&gt;, ce serait un scandale.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;sengorgement a-t-il seulement eu lieu ? Au moins une trentaine de jeunes exil&#233;s ayant f&#234;t&#233; leurs 18 ans au cours de la crise sanitaire ont &#233;t&#233; plac&#233;s dans des h&#244;tels reconvertis en h&#233;bergements d'urgence pour... faire de la place dans les appartements, d'apr&#232;s une source au Bureau de l'&#233;ducation de l'ASE. Le jour de son anniversaire, Omar * a ainsi &#233;t&#233; pri&#233; de quitter son appartement et de se rendre seul dans un h&#244;tel bordant une route d&#233;partementale fort fr&#233;quent&#233;e. &#171; &lt;i&gt;Ici, c'est m&#234;me inscrit sur mon contrat jeune majeur, j'ai droit &#224; deux repas par jour : le matin et le soir,&lt;/i&gt; soupire-t-il. &lt;i&gt;Pas le midi.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous le rencontrons dans sa chambre o&#249; il a pass&#233; son &#233;t&#233;, triste et seul, &#224; se demander ce qu'il allait devenir &#224; la rentr&#233;e. Les sorties s&#232;ches de l'ASE, stopp&#233;es depuis le confinement, ont pu reprendre &#224; partir du 31 ao&#251;t... &#171; &lt;i&gt;Mes &#233;ducateurs m'ont bien dit que depuis que j'ai eu 18 ans ils ne sont plus oblig&#233;s de m'aider,&lt;/i&gt; rapporte Omar. &lt;i&gt;Donc, j'ai plein de pens&#233;es dans ma t&#234;te, je suis dans le doute. Peut-&#234;tre que je vais me retrouver &#224; la rue...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;45&#8364; pour un mineur non accompagn&#233;, 150 pour un jeune Mosellan&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le co&#251;t moyen de la prise en charge d'un jeune Mosellan varie entre 150 et 200 &#8364; par jour au CDE. Pour un mineur non accompagn&#233;, il est de 88 &#8364;. Si la politique du &#171; tout-appartement &#187; se poursuit, il devrait descendre &#224; 53 &#8364; pour les jeunes pris en charge par le CDE, selon Sud. &#192; la Maison d'enfants &#224; caract&#232;re social (Mecs) o&#249; travaille Herv&#233; *, les mineurs non accompagn&#233;s vivent dans des appartements r&#233;partis au sein de diff&#233;rentes villes. Le co&#251;t journalier par t&#234;te est l'un des plus bas : 45 &#8364;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Les organisations d'action sociale sont tributaires du Conseil d&#233;partemental, &lt;/i&gt;d&#233;crypte-t-il. &lt;i&gt;C'est lui qui leur donne &#224; manger. Elles finissent par accepter des prix cass&#233;s de peur de se le mettre &#224; dos. D'autant qu'il y a une vraie concurrence entre organisations. C'est &#224; qui r&#233;cup&#233;rera le plus de jeunes et donc de postes.&lt;/i&gt; &#187; Dans la structure d'Herv&#233;, le sous-effectif guette, &#224; un point qu'il n'avait jamais connu au cours de sa longue carri&#232;re aupr&#232;s des jeunes : &#171; &lt;i&gt;On est &#224; flux tendu. On n'a m&#234;me pas le temps de prendre un repas avec nos jeunes. On met tout notre temps et notre &#233;nergie &#224; faire des allers-retours d'un appartement &#224; un autre, d'une ville &#224; une autre. On arrive, on contr&#244;le l'argent de poche, on essaie de r&#233;soudre les petits probl&#232;mes mat&#233;riels du quotidien, et on repart. On n'est que de passage, et c'est &#231;a tout le temps. C'est tr&#232;s frustrant.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lydia * aussi a de la bouteille. Quand elle est devenue travailleuse sociale, au d&#233;but des ann&#233;es 1990, cette fille d'ouvriers s'&#233;tonnait de voir que contrairement &#224; bien des enfants de son milieu social, les jeunes de l'ASE &#8211; d'origine fran&#231;aise ou non, il n'y avait alors aucune distinction de traitement &#8211; pouvaient partir un mois en vacances et faire de l'&#233;quitation, de la voile, etc. En l'entendant, ses coll&#232;gues la sermonnaient alors : &#171; &lt;i&gt;Oui, mais toi tu as eu une famille&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! Ici, on tente de compenser ce manque par des activit&#233;s, des moments de vie.&lt;/i&gt; &#187; Aujourd'hui, Lydia constate une immense r&#233;gression : les jeunes de l'ASE, surtout les exil&#233;s, &#171; &lt;i&gt;n'ont rien compar&#233; &#224; l'&#233;poque&lt;/i&gt; &#187;. En l'entendant dire cela, ses coll&#232;gues actuels la sermonnent toujours. Mais diff&#233;remment : &#171; &lt;i&gt;Oui, mais y a pire ailleurs&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Franck D&#233;pretz&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;* &lt;i&gt;Pr&#233;nom modifi&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Jusqu'en 2016, l'expression consacr&#233;e &#233;tait &#171; mineur isol&#233; &#233;tranger &#187; (MIE).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D&#233;cision du D&#233;fenseur des droits &lt;a href=&#034;https://juridique.defenseurdesdroits.fr/index.php?lvl=notice_display&amp;id=30091&amp;opac_view=-1&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;n&#176; 2019-230&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Un psychologue et une infirmi&#232;re seraient en cours de recrutement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Personne notamment en charge de l'intendance.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; La m&#233;ritocratie dans l'arm&#233;e est un mythe &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/La-meritocratie-dans-l-armee-est</link>
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		<dc:date>2020-06-26T17:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lucile Dumont</dc:creator>


		<dc:subject>Plonk et Replonk</dc:subject>
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		<dc:subject>scolaire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Christel Coton est ma&#238;tresse de conf&#233;rences en sociologie &#224; l'universit&#233; Paris 1 Panth&#233;on-Sorbonne. En 2017, elle a publi&#233; Officiers : des classes en lutte sous l'uniforme (&#233;d. Agone). Elle y montre, apr&#232;s deux longues immersions dans un r&#233;giment de l'arm&#233;e de terre et dans une &#233;cole militaire, comment la m&#233;ritocratie et le brassage social desquels l'arm&#233;e se revendique ne sont qu'un mirage, destin&#233; &#224; gommer tous les m&#233;canismes de la reproduction sociale. Entretien. Comment expliquer (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no185-mars-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;185 (mars 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Plonk-et-Replonk" rel="tag"&gt;Plonk et Replonk&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/jeunes" rel="tag"&gt;jeunes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/militaire" rel="tag"&gt;militaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-armee" rel="tag"&gt;l'arm&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/officiers" rel="tag"&gt;officiers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/officier-issu" rel="tag"&gt;officier issu&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/carriere" rel="tag"&gt;carri&#232;re&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/rang-1882" rel="tag"&gt;rang&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/elites" rel="tag"&gt;&#233;lites&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/carriere-militaire" rel="tag"&gt;carri&#232;re militaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/scolaire" rel="tag"&gt;scolaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Christel Coton est ma&#238;tresse de conf&#233;rences en sociologie &#224; l'universit&#233; Paris 1 Panth&#233;on-Sorbonne. En 2017, elle a publi&#233; &lt;i&gt;Officiers : des classes en lutte sous l'uniforme&lt;/i&gt; (&#233;d. Agone). Elle y montre, apr&#232;s deux longues immersions dans un r&#233;giment de l'arm&#233;e de terre et dans une &#233;cole militaire, comment la m&#233;ritocratie et le brassage social desquels l'arm&#233;e se revendique ne sont qu'un mirage, destin&#233; &#224; gommer tous les m&#233;canismes de la reproduction sociale. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3381 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH568/-1568-eed40.jpg?1782673783' width='400' height='568' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Plonk &amp; Replonk
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment expliquer l'engouement de certains jeunes pour l'arm&#233;e aujourd'hui ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je croise beaucoup de profils qui peuvent sembler paradoxaux parmi les jeunes qui pensent &#224; s'engager, notamment des &#233;tudiants qui en ont ras le bol des &#233;tudes, qui ont tr&#232;s peur de l'avenir et craignent que leur dipl&#244;me ne soit pas rentable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arm&#233;e attire parce qu'elle para&#238;t offrir une stabilit&#233; de carri&#232;re et de statut alors qu'ailleurs tout se d&#233;lite. C'est pourtant faux ! Le plus souvent, le recrutement des soldats ne d&#233;bouche sur aucune carri&#232;re, il y a au contraire un &lt;i&gt;turnover&lt;/i&gt; tr&#232;s important. On propose aux jeunes des classes moyennes ou populaires des contrats de quatre &#224; cinq ans, en contrepartie de niveaux d'engagement, de disponibilit&#233; et de contrainte extr&#234;mement forts : la vie en caserne est tr&#232;s astreignante, la hi&#233;rarchie tr&#232;s pr&#233;sente&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet espoir que mettent ces jeunes dans l'engagement militaire repose sur l'id&#233;e selon laquelle il y aurait une v&#233;ritable m&#233;ritocratie &#224; l'arm&#233;e, qui offrirait une forme de promotion sociale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce n'est pas vrai ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a d'une certaine mani&#232;re un dispositif m&#233;ritocratique dans l'arm&#233;e, avec des perspectives d'avancement pour ceux qui entrent par le rang [&lt;i&gt;par le bas de l'&#233;chelle, NDLR&lt;/i&gt;]. Mais cette m&#233;ritocratie est un mythe puisqu'&#224; l'arm&#233;e comme ailleurs, ce sont des ressources scolaires, des origines sociales particuli&#232;res et certains types de fa&#231;ons d'&#234;tre qui rencontrent des formes de promotion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mythe m&#233;ritocratique a forg&#233; l'institution depuis longtemps, et il fonctionne encore &#8211; les trois quarts des officiers ne sont pas issus de Saint-Cyr mais viennent du rang ou de l'universit&#233;, ce qui laisse penser que l'arm&#233;e offre une sorte de deuxi&#232;me chance. Il y a cette id&#233;e que l'arm&#233;e pourrait rattraper ceux que le monde social a laiss&#233; tomber, l&#224; o&#249; le syst&#232;me scolaire a &#233;chou&#233;, parce qu'elle valoriserait d'autres qualit&#233;s &#8211; le courage, la t&#233;nacit&#233;, devenir soi-m&#234;me, etc. Mais si l'on observe la progression dans la carri&#232;re, on voit bien que la mont&#233;e en grade est impossible pour tous ceux qui sont issus des milieux sociaux les moins dot&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui ont le moins de ressources scolaires, par exemple, se heurtent aux concours internes, pour lesquels m&#234;me les connaissances universitaires ne suffisent pas : il y a tout un tas de connaissances implicites du milieu, de fa&#231;ons de se comporter, de briller dans l'entre-soi qui s'appuient sur des socialisations tr&#232;s particuli&#232;res. Il faut savoir se comporter en &#8220;mili&#8221;, se cr&#233;er un personnage, conna&#238;tre l'histoire militaire, avoir une grande gueule&#8230; Tout cela s'apprend dans des espaces bien en amont de l'entr&#233;e dans la carri&#232;re militaire, comme la bourgeoisie traditionnelle, les scouts ou le lyc&#233;e militaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En mettant en avant la fraternit&#233; d'armes, l'arm&#233;e entretient l'illusion d'une &#233;galit&#233; entre ses membres...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'arm&#233;e dit : on partage les m&#234;mes conditions et on va vers un but commun. Il faut donc faire corps dans la mission, et c'est parce qu'on est ensemble de fa&#231;on hi&#233;rarchique &#8211; c'est-&#224;-dire avec certains qui donnent des ordres, et &#224; qui on doit ob&#233;ir parce qu'ils d&#233;tiennent des informations que les autres n'ont pas &#8211; que cela fonctionne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans certaines &#233;coles d'officiers, on met un point d'honneur &#224; &#8220;m&#233;langer&#8221; : dans chaque classe on met des Saint-Cyriens, des officiers issus du rang, au moins une femme&#8230; Mais le monde social revient au galop : les officiers passent leur temps &#224; r&#233;instaurer des hi&#233;rarchies entre eux, &#224; se distinguer les uns des autres, &#224; se d&#233;nigrer mutuellement et &#224; essayer d'identifier leurs &#8220;origines&#8221; &#8211; c'est-&#224;-dire, justement, ce qui distingue un Saint-Cyrien d'un officier issu du rang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est tr&#232;s clair, pour tous les officiers, que ce sont les Saint-Cyriens qui deviendront les chefs. Ils obtiennent rapidement les grades de commandant, colonel, g&#233;n&#233;ral, etc., alors que les autres restent capitaines au long cours, et leurs galons se fanent. Il n'y a ni myst&#232;re ni erreur : un officier issu du rang ne finit pas g&#233;n&#233;ral, et l'institution sait reconna&#238;tre ses &#233;lites. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment expliquer le fait que les &#233;lites militaires soient li&#233;es &#224; la grande bourgeoisie, aux milieux catholiques et &#224; une pens&#233;e r&#233;actionnaire ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'institution militaire, et notamment le corps des officiers, est un peu un lieu de repli pour une fraction des &#233;lites conservatrices d&#233;class&#233;es. Celles-ci trouvent dans la carri&#232;re militaire un des derniers espaces de distinction possibles : elles n'ont pas les ressources pour aller dans les &#233;coles de commerce qui ont un haut niveau d'exigence scolaire &#224; l'entr&#233;e. &#192; l'inverse, le concours d'entr&#233;e &#224; Saint-Cyr est tr&#232;s peu valoris&#233; sur le plan scolaire, le titre de Saint-Cyrien est tr&#232;s peu reconnu chez les ing&#233;nieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arm&#233;e permet &#224; ces fractions de la bourgeoisie relativement peu dot&#233;es en capital &#233;conomique et scolaire de conserver leur valeur sociale. Ce sont des &#233;lites particuli&#232;res cependant : parmi d'autres &#233;lites, les officiers ont un sentiment de d&#233;classement tr&#232;s fort. Alors que dans l'arm&#233;e, ils b&#233;n&#233;ficient de formes de distinction en permanence : ils peuvent avoir un chauffeur, une secr&#233;taire, on leur porte leurs affaires, ils ont un espace r&#233;serv&#233; pour manger et acc&#232;s &#224; des lieux anciens et prestigieux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les officiers ne sont pas des catholiques conservateurs, mais l'&#233;lite de ce corps est tr&#232;s situ&#233;e socialement, religieusement et politiquement : on y retrouve tout l'&#233;ventail des id&#233;ologies de droite, dont le monarchisme et le refus de la d&#233;mocratie&#8230; Cela ne signifie toutefois pas que ces officiers font un usage politique de l'outil militaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Lucile Dumont&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>On dirait le SNU</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/On-dirait-le-SNU</link>
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		<dc:date>2020-03-30T02:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicolas de La Casini&#232;re</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Yohanne Lamoul&#232;re</dc:subject>
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		<dc:subject>Service militaire</dc:subject>
		<dc:subject>Service national</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Sonnez tambour, r&#233;sonnez clairons : le service militaire fait son grand retour, sous une forme aseptis&#233;e. D'ici quelques ann&#233;es, gar&#231;ons et filles de 16 ans seront notamment oblig&#233;s de passer au moins quinze jours sous l'uniforme, encadr&#233;s par des militaires. L'objectif de ce Service national universel ? Inculquer au forceps les &#171; valeurs de la R&#233;publique &#187;. Au garde-&#224;-vous sous le cagnard, sur les marches de la mairie d'&#201;vreux, les cadets et cadettes du SNU (Service national universel) (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no185-mars-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;185 (mars 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Yohanne-Lamoulere-56" rel="tag"&gt;Yohanne Lamoul&#232;re&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-une" rel="tag"&gt;d'une&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Macron" rel="tag"&gt;Macron&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/service" rel="tag"&gt;service&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/SNU" rel="tag"&gt;SNU&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/militaires" rel="tag"&gt;militaires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-armee" rel="tag"&gt;l'arm&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Service-militaire" rel="tag"&gt;Service militaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Service-national" rel="tag"&gt;Service national&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Sonnez tambour, r&#233;sonnez clairons : le service militaire fait son grand retour, sous une forme aseptis&#233;e. D'ici quelques ann&#233;es, gar&#231;ons et filles de 16 ans seront notamment oblig&#233;s de passer au moins quinze jours sous l'uniforme, encadr&#233;s par des militaires. L'objectif de ce Service national universel ? Inculquer au forceps les &#171; valeurs de la R&#233;publique &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3270 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH400/-1476-d146f.jpg?1782641120' width='400' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Yohanne Lamoul&#232;re
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;A&lt;/span&gt;u garde-&#224;-vous sous le cagnard, sur les marches de la mairie d'&#201;vreux, les cadets et cadettes du SNU (Service national universel) tombent comme des mouches. Un, deux, trois... vingt-six malaises en une heure et demie de c&#233;r&#233;monie. Les sympt&#244;mes : hyperventilation, stress et autres crises de t&#233;tanie. Voici mis hors-service le quart des ados r&#233;quisitionn&#233;s le 18 juin dernier pour inaugurer un De Gaulle en bronze et faire la propagande du SNU. Discipline et rigueur obligent, les galonn&#233;s ont maintenu les jeunes rescap&#233;s sous le soleil de plomb. La souffrance a sans doute des vertus &#233;ducatives... Pour la pr&#233;fecture, ce &#171; &lt;i&gt;l&#233;ger coup de chaud&lt;/i&gt; &#187; &#233;tait d&#251; &#171; &lt;i&gt;&#224; une forme d'&#233;motion li&#233;e au caract&#232;re solennel de la c&#233;r&#233;monie, au cours de laquelle les appel&#233;s devaient entonner &lt;/i&gt;La Marseillai&lt;i&gt;se&lt;/i&gt; &#187;. Sans blague.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Debout &#224; 6 h 30, la bleusaille en herbe a d&#251; assister tous les matins au lever du drapeau, en entonnant l'hymne national au garde-&#224;-vous, avant d'encha&#238;ner parcours du combattant, raids commando en for&#234;t, modules &#171; arm&#233;e et m&#233;moire &#187;, lecture de t&#233;moignages de soldats, &#171; soir&#233;e-d&#233;bat d&#233;mocratie &amp; courage &#187;, visite d'un cimeti&#232;re militaire, d'une centrale nucl&#233;aire et autres moments d'exaltation patriotique forc&#233;e &#8211; avec un peu de d&#233;couverte botanique et de secourisme, pour ne pas faire que dans le kaki. Au programme &#233;galement : des s&#233;ances de pompes et d'abdos, histoire de ne pas oublier o&#249; l'on est.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Service militaire nouvelle g&#233;n&#233;ration&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Promesse du candidat Macron, le SNU ressemble &#224; une resuc&#233;e du service militaire abandonn&#233; en 1997, impos&#233; cette fois &#224; de plus mall&#233;ables gar&#231;ons et filles de 16 ans. Il s'agit de profiter de la fragilit&#233; des jeunes ados, traversant une p&#233;riode o&#249; &#171; &lt;i&gt;les pr&#233;jug&#233;s ne sont pas encore form&#233;s&lt;/i&gt; &#187;, comme le note avec gourmandise le rapport des d&#233;put&#233;es Marianne Dubois (LR) et &#201;milie Gu&#233;rel (LREM).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun y projette ses fantasmes : lutter contre &#171; &lt;i&gt;le tarissement du recrutement&lt;/i&gt; &#187; dans l'arm&#233;e de m&#233;tier pour Daniel Menaouine, g&#233;n&#233;ral en chef du projet ; &#171; &lt;i&gt;disposer en cas de crise d'un r&#233;servoir mobilisable compl&#233;mentaire &#224; la Garde nationale&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;retrouver une forme de creuset national&lt;/i&gt; &#187; du c&#244;t&#233; d'Emmanuel Macron ; &#171; &lt;i&gt;identifier ces jeunes qui sont les plus &#233;loign&#233;s des valeurs de la R&#233;publique, les accompagner et emp&#234;cher toute forme de radicalisation&lt;/i&gt; &#187;, d'apr&#232;s le ministre de l'Int&#233;rieur, Christophe Castaner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; terme, le SNU concernera l'int&#233;gralit&#233; de chaque classe d'&#226;ge, soit quelque 800 000 adolescents tous les ans : des lyc&#233;ens, des apprentis et des d&#233;crocheurs scolaires &#224; &#171; &lt;i&gt;remettre sur le droit chemin&lt;/i&gt; &#187; selon le g&#233;n&#233;ral Menaouine, qui vante &#171; &lt;i&gt;l'expertise de l'arm&#233;e en termes de savoir-faire, de discipline, d'attitude&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soumission ne suffisant pas, le programme pr&#233;voit &#233;galement d'inculquer les vertus du capitalisme. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'&#201;ducation, a promis &#187; &lt;i&gt;l'entr&#233;e de l'&#233;ducation financi&#232;re dans le module &#8220;autonomie&#8221; du SNU&lt;/i&gt; &#187; sous l'&#233;gide d'un &#171; Comit&#233; strat&#233;gique d'&#233;ducation financi&#232;re &#187; et de la Banque de France. Tout va bien.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;SNU comme un ver&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Selon les derni&#232;res informations publi&#233;es sur le site internet du gouvernement, la g&#233;n&#233;ralisation du SNU pourrait se faire d&#232;s 2024. Le dispositif sera d&#233;coup&#233; en trois phases.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re ? Le &#171; &lt;i&gt;s&#233;jour de coh&#233;sion obligatoire&lt;/i&gt; &#187; : deux semaines en internat sous les drapeaux. La deuxi&#232;me ? Une &#171; &lt;i&gt;mission&lt;/i&gt; &lt;i&gt;d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral obligatoire&lt;/i&gt; &#187; : deux semaines de stage aupr&#232;s d'une structure publique ou d'une association. La troisi&#232;me phase sera facultative : cet &#171; &lt;i&gt;engagement&lt;/i&gt; &lt;i&gt;citoyen volontaire&lt;/i&gt; &#187; durera au minimum trois mois. Selon le gouvernement, &#171; &lt;i&gt;il pourra prendre la forme d'un service civique, d'un engagement dans les r&#233;serves op&#233;rationnelles de la gendarmerie et de l'arm&#233;e ou d'un b&#233;n&#233;volat de longue dur&#233;e aupr&#232;s d'une association&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au printemps 2019, quelque 2 000 jeunes volontaires ont donc jou&#233; les cobayes pour les grands d&#233;buts du SNU, encore au stade de l'exp&#233;rimentation. Lors de la premi&#232;re phase (internat sous les drapeaux), ils ne risquaient pas de ruer dans les brancards : 31 % avaient des parents militaires, alors que les bidasses ne repr&#233;sentent que 1,3 % de la population. S'y ajoutaient les &#233;l&#232;ves de seconde en bac pro s&#233;curit&#233; et d'autres qui, malgr&#233; des parents d&#233;sesp&#233;r&#233;ment civils, r&#234;vent d'une carri&#232;re en uniforme. Avec un tel public, pas de rejet des punitions de groupe : plusieurs gamins contraints &#224; des pompes, abdos et tours de terrain la nuit, pour un seul ado surpris les mains dans les poches (Morbecque, Nord) ou un autre qui parle apr&#232;s l'extinction des feux (Orcines, Puy-de-D&#244;me).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'automne, pour la seconde phase (&#171; mission d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral &#187;), certains ados ont choisi d'enfiler pendant deux semaines la tenue l&#233;opard, comme Julie, 16 ans, fille de militaires, enr&#244;l&#233;e dans un peloton d'infanterie : dans une vid&#233;o de propagande, on a pu la voir porter le fusil mitrailleur et apprendre &#224; charger les munitions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La saison 2, dont la campagne de recrutement a d&#233;but&#233; en janvier, vise &#224; rameuter 30 000 volontaires dans les mois qui viennent : leur &#171; s&#233;jour de coh&#233;sion &#187; est pr&#233;vu pour le d&#233;but de l'&#233;t&#233;. L'encadrement sera assur&#233; par des militaires : un ancien colonel de la L&#233;gion &#233;trang&#232;re ici, un lieutenant-colonel au rebut de l'arm&#233;e l&#224;, assist&#233;s d'enseignants et d'animateurs fournis par plusieurs grandes associations d'&#233;ducation populaire qui y ont vu un march&#233; (d'autres refusent de participer &#224; ce cirque nationaliste). En mai 2019, un rallye &#171; leadership et coh&#233;sion &#187;, men&#233; par des instructeurs de la Marine nationale, a form&#233; les 150 premiers encadrants. O&#249; &#231;a ? &#192; l'&#233;cole d'officiers de Saint-Cyr Co&#235;tquidan (Morbihan). Le gratin des gratin&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le spectre antimilitariste&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le co&#251;t du dispositif, lui, reste tr&#232;s flou : &#171; &lt;i&gt;2 &#224; 3 milliards d'euros par an&lt;/i&gt; &#187; selon le candidat Macron, 6 milliards selon un rapport du S&#233;nat en 2017, 1,6 milliard d'apr&#232;s le sous-ministre Gabriel Attal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lanc&#233; sans que le Parlement ne soit consult&#233;, le projet n'enthousiasme gu&#232;re les galonn&#233;s, inquiets tant pour la r&#233;duction de leur budget que par les &#233;ventuels &lt;i&gt;bad buzz&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Certains grands chefs redoutent m&#234;me le retour de l'antimilitarisme, qui a quasiment disparu depuis la fin du service national obligatoire en 1996&lt;/i&gt; &#187;, rapporte le tr&#232;s conservateur quotidien &lt;i&gt;L'Opinion&lt;/i&gt; (28/06/2019). Et de citer un responsable inquiet : &#171; &lt;i&gt;Si l'on rend trois mill&#233;simes de jeunes antimilitaristes, l'arm&#233;e professionnelle est morte.&lt;/i&gt; &#187; Chiche ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Nicolas de la Casini&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#171; &#199;a finira au tragique ! &#187;</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;ric Lavenir et Diogo Moura, les deux laquais de la critique sociale, Images par Dankjewel</dc:creator>


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&lt;p&gt;Dans le cadre d'une enqu&#234;te sur le monde des routiers, deux sociologues ont rencontr&#233; le tenancier de la Brasserie de la Plage en banlieue de Dijon. On leur avait assur&#233;, s'il y a bien un mec &#224; voir pour ce reportage, c'est lui, c'est l'Indien. Sauf qu'&#224; Dijon, t'as pas la mer, t'as plus de routiers, t'as jamais eu d'Indien. D'ailleurs, t'as pas d'enqu&#234;te sociale, tant le P&#232;re Weill, c'est son nom, leur aura fait la d&#233;monstration que le terrain est en mesure de livrer &#224; lui seul toute la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Pere-Weill" rel="tag"&gt;P&#232;re Weill&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans le cadre d'une enqu&#234;te sur le monde des routiers, deux sociologues ont rencontr&#233; le tenancier de la Brasserie de la Plage en banlieue de Dijon. On leur avait assur&#233;, s'il y a bien un mec &#224; voir pour ce reportage, c'est lui, c'est l'Indien. Sauf qu'&#224; Dijon, t'as pas la mer, t'as plus de routiers, t'as jamais eu d'Indien. D'ailleurs, t'as pas d'enqu&#234;te sociale, tant le P&#232;re Weill, c'est son nom, leur aura fait la d&#233;monstration que le terrain est en mesure de livrer &#224; lui seul toute la puissance de ses armes. Alors il n'y a eu qu'&#224; tendre l'oreille. Le P&#232;re Weill est sourd, et il avait &#224; hurler &#224; la face du monde toute la col&#232;re qu'il adresse &#224; la canaille &#233;tatique. Pas d'appel, aucun mot d'ordre, mais simplement le cri d'une saturation sociale.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; C&lt;/span&gt;&lt;i&gt;'est vous le P&#232;re Weill ? &#187; &#171; Ouais. Pourquoi ? &#187; &#171; On fait un reportage sur le monde des routiers, et on nous a dit de venir vous voir. &#187; &#171; Oh, j'ai pas le temps l&#224;, je bricole l&#224;-haut. Faudrait repasser demain. Mais rentrez donc, l&#224;. &#187;&lt;/i&gt; Le P&#232;re Weill encha&#238;ne direct : &lt;i&gt;&#171; On peut plus travailler, ils te rackettent ces encul&#233;s. &#187; &#171; Qui &#231;a, l'&#201;tat ? &#187; &#171; Bon, assis toi deux minutes va. Ben l'&#201;tat qui te rackette, ouais. Ils veulent plus que les jeunes comme vous, ils travaillent. Avec tout ce qu'il y a &#224; payer, les jeunes peuvent plus travailler. Euh... commendon'&#8230; Regarde la t&#233;l&#233;vision l&#224; dans le bar, ils te prennent 300 euros par mois, en &#233;tant propri&#233;taire de la t&#233;l&#233; hein. La Sacem, pareil, t'as les droits &#224; payer une fois par an, les droits audiovisuels, les droits de client&#232;le. T'as encore CINQ droits comme &#231;a qu'ils te prennent. Ils t'imposent. On fait que de payer, que de payer hein. J'ai 79 ans l&#224;. 80 balais bient&#244;t. Alors je vais pas travailler &#224; mon &#226;ge. J'ai 35 ans de brasserie moi. Moi, je suis connu. J'avais de tout ici, beaucoup de camions. Y a pas longtemps que tout a chang&#233;. &#199;a a chang&#233; Dijon hein. Vous &#234;tes de Dijon ? &#187;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;&#171; Non, on est du Nord nous. &#187; &#171; T'es un ch'ti donc ? &#187; &#171; Ouais. Et sinon les routi... &#187;&lt;/i&gt; qu'on essaie de lui dire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3296 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/png/-15.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH281/-15-90e50.png?1782833198' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais le P&#232;re Weill s'en bat l'esp&#232;ce, il continue &#224; d&#233;baller : &lt;i&gt;&#171; Bon, commendon', droit de terrasse, taxe fonci&#232;re, taxe d'habitation, taxe immobili&#232;re, ils te prennent 100 euros par mois de taxe fonci&#232;re, t'rends compte ?! C'est pas mal pour un petit truc comme &#231;a. Pis t'as le comptable, 300 euros par mois &#224; payer. &#187;&lt;/i&gt; Trois personnes entrent dans le bar. &lt;i&gt;&#171; Et pis l'URSSAF&#8230; Tiens, &#231;a, c'est ma femme, ma premi&#232;re, pis les petits enfants de l'une de mes filles. Apr&#232;s, t'as encore la TVA, taxe d'habitation, 100 euros par mois. Apr&#232;s, la maladie, la caisse compl&#233;mentaire, t'as, comment que t'appelles, commendon', la taxe des entreprises, la lumi&#232;re, ils te prennent 53 euros en plus pour la lumi&#232;re. Apr&#232;s, t'as les produits d'entretien, le portable, le fixe. Apr&#232;s, t'as, euh&#8230; commendon'&#8230; T'as le papier hygi&#233;nique, t'as les torchons, t'as le sopalin, tous les produits d'entretien quoi. Voil&#224; ! Ils veulent plus que les jeunes travaillent. C'est &#231;a ! Ils veulent que tous les jeunes soient au RSA. Comment ils vont faire pour payer ? Rien que la location qu'ils me prenaient au mois le Cr&#233;dit Agricole. T'sais, pour passer la carte. Quand tu paies, tu paies &#224; la carte maintenant. 300 euros par mois t'rends compte ? La location de l'appareil, ils t'entretiennent l'appareil, mais le papier &#224; c&#244;t&#233;, ben faut bien que tu l'ach&#232;tes ! Et encore, ils te piquent 10 % sur la carte des clients, le Cr&#233;dit Agricole, t'rends compte. Tu peux plus, tu peux plus. Alors oui, tu gagnes du pognon, mais tout est pour eux. Ils te rackettent quoi. Pire, ils font des lois pour te racketter. Voil&#224;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Dans la vie, y a pas que le cul, y a l'amusement &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tandis qu'on commence &#224; saisir que l'angle nous &#233;chappe, on tente de recentrer l'enqu&#234;te sur le monde des routiers :&lt;i&gt; &#171; Bon, et sinon, les routiers ? &#187; &#171; Tous les routiers, ils ferment les gars. Y en avait plein &#224; l'&#233;poque des routiers ici. &#192; c&#244;t&#233; de Dijon, t'avais un routier avec un parking pour 200 camions. Eh ben le mec il a ferm&#233;. Eh ben ouais, tous les mecs, ils travaillent que pour donner &#224; l'&#201;tat, comment veux-tu ? &#187;&lt;/i&gt; On lui demande o&#249; sont pass&#233;s tous les routiers. Le P&#232;re Weill se lance dans l'inventaire de tous les relais routiers qui ont ferm&#233; dans le coin : &lt;i&gt;&#171; &#192; Plombi&#232;res, &#224; Sambernon, etc. Partout, ils ont ferm&#233; les routiers. Y a plus que le centre logistique &#224; Longvic maintenant. &#187;&lt;/i&gt; &#192; ce moment, le p&#232;re Weill se l&#232;ve, va farfouiller dans ses archives, un vieux sac en cuir noir, et en sort un bout de papier jauni jusqu'&#224; la fibre sign&#233; du pr&#233;fet. &#171; &lt;i&gt; C'est la m&#233;daille d'or de la famille fran&#231;aise de quand t'avais beaucoup d'enfants. J'ai eu 13 enfants, 8 filles et 5 gar&#231;ons. Mais 10 avec ma femme, les 3 autres, c'est &#224; part. &#187;&lt;/i&gt; Le P&#232;re Weill nous raconte qu'il a tenu un bar routier &#224; Lure, &#224; 170 km de Dijon, dans les ann&#233;es 70. &lt;i&gt;&#171; &#192; Lure, t'avais un paquet de caf&#233;s &#224; l'&#233;poque, au moins 50. C'&#233;tait une ville de garnison, t'avais au moins 2 000 troufions. En 1970, je te parle. Tous les plus grands voyous d'Orange venaient l&#224;. La l&#233;gion quoi. Ils &#233;taient mut&#233;s &#224; Lure. C'&#233;taient les r&#233;giments disciplinaires &#224; Lure. Ils ont tout &#233;vacu&#233; ailleurs, alors ils ont mis tous les voyous &#224; Orange. Et &#224; la place de la caserne, ils ont construit un h&#244;pital, un CHU. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On lui demande pourquoi les routiers ont tous ferm&#233; &#224; Lure. Le P&#232;re Weill s'emporte : &lt;i&gt;&#171; Eh ben, l'interdiction de fumer dans les bars. L'interdiction de boire dans les bars. Enfin de trop boire. &#192; Dijon, c'est pareil. En l'espace de dix ans, t'as au moins cent bars qui ont ferm&#233;, environ, &#224; un poil pr&#232;s. &#187;&lt;/i&gt; On lui demande si c'est compliqu&#233; de ternir des bars, mais le P&#232;re Weill nous coupe s&#232;chement : &lt;i&gt;&#171; Les jeunes comme toi, qui vient avec une copine manger, eh ben, ils aiment bien fumer une petite cigarette. Le gars pis la femme, y'a des femmes aussi qui fument, m&#234;me que &#231;a veut pas fumer. Les gens aiment bien fumer une petite cigarette apr&#232;s manger, alors voil&#224;, ils ont foutu en l'air la convivialit&#233; des bars. Dans les bars, t'avais le rondeau, c'&#233;tait un jeu rond comme &#231;a... &#187;&lt;/i&gt; Dans nos Flandres natales, il y a le jeu de tonneau, la grenouille comme on l'appelle, mais pas de rondeau, alors on demande seulement &#224; pr&#233;ciser : &lt;i&gt;&#171; Y avait des jeux de... &#187;&lt;/i&gt; Mais le P&#232;re Weill nous hurle dessus, genre tais-toi, et &#233;coute ce que je t'explique : &lt;i&gt;&#171; C'&#233;tait la convivialit&#233; &#231;a, les jeux en bois, les quilles, les bonnes femmes venaient le soir quand&#8230; Elles venaient avec la laine tricot&#233;e. T'avais les bals mont&#233;s, faut voir le monde qu'il y avait. Plein &#224; craquer ! Mais ils ont tout &#233;limin&#233;, t'as plus de convivialit&#233; maintenant. Les villages sont devenus morts, parce que y a plus d'amusement dans les villages. C'est une France morte. Une France morte ! T'as compris ? Parce que nous, on a tous &#233;t&#233; jeunes comme lui, comme toi, on a besoin de s'amuser. Dans la vie, y a pas que le cul, y a l'amusement. C'est-&#224;-dire la convivialit&#233;, rigoler, jouer aux cartes, au tarot, &#224; la belote. Ils ont tout foutu en l'air. Toute la convivialit&#233;. Toute ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On insiste : &lt;i&gt;&#171; Ils, c'est l'&#201;tat ? &#187; &#171; Eh ben oui ! C'est le gouvernement qui emp&#234;che la convivialit&#233; des gens. T'as bient&#244;t un policier par&#8230; commendon'&#8230; pour 10/15 habitants. Alors les gens restent chez eux clo&#238;tr&#233;s. Les gens, ils aimeraient bien sortir, mais y a pas de convivialit&#233;, alors on les oblige &#224; rester chez eux avec la t&#233;l&#233;. T'rends compte, dans le temps, je faisais du musette tous les jours, tous les jours &#231;a dansait l&#224;, juste l&#224;. C'&#233;tait bien. On travaillait avec l'ouvrier, et m&#234;me avec les gens un peu ais&#233;s, la moyenne classe et la classe sup&#233;rieure. Je faisais bar-dancing, et pour le resto, steack-frites-salade, c'est tout ce que je faisais. Mais je travaillais, attention, je travaillais. &#187;&lt;/i&gt; On lui demande si les routiers roulent encore sur la nationale devant chez lui. &lt;i&gt;&#171; Ben nan. Ils passent plus, ils ont plus le droit ! T'as encore quelques routiers, mais quasi plus &#224; cause de la Lino. La rocade l&#224;, elle a ouvert il y a quatre ou cinq ans. Les routiers sont oblig&#233;s de l'emprunter. Ils veulent plus que les camions entrent en ville. C'est un m&#233;tier qui dispara&#238;t. Maintenant, ils font &#231;a en&#8230; Comment que t'appelles&#8230; Ils font &#231;a en gros format quoi. Les routes comme ici, elles sont interdites aux gros camions. Ils doivent passer de 5 &#224; 7 heures du matin. Ils partent par la Lino, les gros camions, et doivent aller &#224; la gare routi&#232;re porte neuve d&#233;poser leurs marchandises. Et pis le particulier, ben il va l&#224;-bas chercher sa camelote. C'est fini, c'est fini ! &#187;&lt;/i&gt; On lui demande pourquoi. Question conne, r&#233;ponse courte : &lt;i&gt;&#171; Parce que c'est comme &#231;a. Voil&#224;, ils ont foutu en l'air toute la convivialit&#233;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; C'est la dictature, voil&#224;, t'as compris &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On tente un &#233;ni&#232;me truc, histoire de redonner un peu de vitalit&#233; &#224; la sociologie de terrain : &lt;i&gt;&#171; Et sinon, vous vous connaissiez entre tenanciers de routiers. &#187; &#171; Hein ? &#187;&lt;/i&gt; On tente plus fort : &lt;i&gt;&#171; Vous vous connaissiez entre tenanciers et routiers ? &#187; &#171; Oh, ben ici, t'avais des routiers ouais. &#192; Comblanchien, t'en as un grand. Note le, &#231;a, Comblanchien. &#187;&lt;/i&gt; Ob&#233;issant, on note. &lt;i&gt;&#171; On va aller voir ouais, on va aller voir &#224; Comblanchien. &#187;&lt;/i&gt; Mais le P&#232;re Weill en a strictement rien &#224; foutre du d&#233;roulement de l'enqu&#234;te, et revient encore &#224; ses histoires de pognon : &lt;i&gt;&#171; Le RSI, je suis en proc&#232;s avec eux moi, ils m'ont foutu un contr&#244;le fiscal en 2011. Ils m'ont vol&#233; 300 000 euros. &#187;&lt;/i&gt; Sceptiques, comme sur le reste, on lui dit calmement : &lt;i&gt;&#171; C'est beaucoup 300 000 euros, non ? &#187;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;&#171; Ben oui ! Ils te rackettent que je te dis. C'est les gros dodus qui nous rackettent. Ils m'ont rackett&#233; 30 ans de salaires moi. &#187; &#171; On va aller voir le truc, &#224; Comblanchien. On peut repasser demain donc si c'est mieux pour vous ? &#187;&lt;/i&gt; Mais le P&#232;re Weill l&#226;che rien. On voulait de l'info, eh ben on va &#234;tre servi : &lt;i&gt;&#171; De 7 &#224; 16 ans, j'&#233;tais en ferme, moi. De 16 &#224; 24 ans, aide couvreur. Et de 24 &#224; maintenant, &#224; mon compte. Bref, ils m'ont pris tout ce que j'ai gagn&#233;. Mes placements, Tout ! Ils m'ont piqu&#233; tout mon pognon ! Ce qui veut dire que j'ai boss&#233; 30 ans pour rien. Pour eux. Alors j'ai dit, je vais prendre ma retraite. J'en ai marre de bosser pour ces enc&#8230; ces connards l&#224;. Les imp&#244;ts, le RSI, ils m'imposaient pour trois. Ils me demandaient&#8230; Combien ? 20 000 euros tous les trimestres. Ils veulent que je fasse la pute pour eux ou quoi. T'rends compte. Le RSI. D'fa&#231;on, le RSI a foutu sur la paille tous les commer&#231;ants d'ici. Y avait l'Italien l&#224; par exemple. Il &#233;tait marchant de poulets. Ils passaient par jour 200 poulets l'Italien, cuits hein. Eh ben, ils lui sont tomb&#233;s dessus le RSI. Et ils l'ont lessiv&#233;, l'Italien. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Y a plus moyen de sortir de l'embuscade : &lt;i&gt;&#171; Et si on passe demain apr&#232;s midi, c'est bien pour vous ? &#187;&lt;/i&gt; Mais il se moque de ce qu'on tente de dire, c'est lui qui m&#232;ne la danse : &lt;i&gt;&#171; Ils veulent plus que les jeunes gagnent du pognon. En ville, ils veulent plus que tu fasses du bruit. Les flics, d&#232;s qu'ils voient un bistro qui est ouvert apr&#232;s minuit, ils l'emmerdent. Ils veulent le fermer. Ils veulent le calme en ville&#8230; Le maire, il dit qu'il faut pas &#8220;d&#233;raaanger&#8221;&lt;/i&gt; [imitant les grands airs de la bourgeoisie].&lt;i&gt; Le maire, il faut qu'il dorme comme un loooiiir&lt;/i&gt; [les grands airs encore]. &lt;i&gt;T'as compris, c'est des conneries ! Nous, quand on &#233;tait jeunes, on chantait dans les rues, ils nous ont jamais emmerd&#233;s. Nan, c'est fait expr&#232;s que j'te dis. Ils veulent des villes mortes. Il veulent plus qu'il y ait des jeunes qui mettent un peu de gaiet&#233;. Ils veulent plus de gens&#8230; Des villes mortes ! C'est satur&#233; par ces gros dodus qui veulent plus que tu travailles. Ils sont l&#224;, avec leur gonzesse, &#224; bien se la jouuueeer, &#224; bien boufffeeer, et pis racketter les gens ! Compte tout ce que je t'ai dit t'a l'heur &#187; On essaie de temporiser un peu : &#171; C'est vrai que c'est compliqu&#233;... &#187;&lt;/i&gt; Mais il nous coupe encore : &lt;i&gt;&#171; Nan ! C'est pas compliqu&#233; ! &#192; l'&#233;poque, &#231;a marchait. mais t'occupes pas, c'est pas le Macron qui va aller se promener sur le trottoir hein. Il a foutu la France en l'air cet encul&#233;. On disait d'Hollande, alors ouais, il a fait du mal aussi, mais moins que lui hein. Encore, manifester une fois ou deux dans l'ann&#233;e, mais l&#224;, c'est presque tous les jours avec les Gilets jaunes. &#199;a va finir au tragique leurs conneries. &#199;a va finir par le tragique. &#199;a va finir au tragique. &#199;a finira au tragique. C'est malheureux. T'rends compte, casser la gueule aux jeunes dans les manifestations. Pourquoi ils y vont pas eux, ces gros dodus des bureaux, avec les jeunes, hein ? Si c'&#233;taient des bons chefs d'&#201;tat&#8230; T'as vu de Gaulle, il allait dans la rue. Mitterrand, il allait bien dans la rue aussi lui. Et on les a pas attaqu&#233;s. Mais eux, ils veulent pas y aller. Parce qu'ils prennent le pognon de tout le monde. T'as bien vu Bayrou, il est encore en examen. Fillon, en examen. Tous, ils sont tous en examen ! Alors, les jeunes comme vous, ils se disent, on va pas bosser pour des encul&#233;s pareil. Tu vas pas me dire que tu vas voter encore pour ces encul&#233;s. On peut plus rien faire ! C'est comme ils disaient nos vieux&#8230; Comment qu'ils disaient nos vieux&#8230; Ils disaient&#8230; Euh&#8230; Quand on serre les gens comme &#231;a&#8230; &#187;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;&#171; Pris en &#233;tau vous voulez dire ? &#187;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;&#171; Non. Euh&#8230; &#199;a a un nom. Mais je me rappelle plus comment que c'est&#8230; C'est la dictature. Voil&#224;, t'as compris ! La dictature ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Les jeunes iraient bien leur casser la gueule et tout &#224; ces encul&#233;s &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le gouvernement rackette les gens. Et pourquoi ? J'te le demande. Les jeunes, quand il y a une gr&#232;ve, ils iraient bien dans l'&#201;lys&#233;e, l&#224;-bas, leur casser la gueule et tout &#224; ces encul&#233;s. Mais t'as bien vu, elle est prot&#233;g&#233;e l'&#201;lys&#233;e. Ils font des mouvements de gr&#232;ve, mais c'est pour que les jeunes se battent entre eux. Ils veulent d&#233;clencher une guerre civile. Une guerre civile ! &#187; On lui demande s'il est all&#233; manifester, lui, pour les retraites. &#171; Ben non, &#224; 80 balais, qu'est-ce tu veux. Je vais pas aller me foutre en l'air. J'ai d&#233;j&#224; une hanche qui d&#233;conne. Mais faut y aller les jeunes. M&#234;me si Macron, il est bien content que les jeunes font l'affrontement avec les CRS tous les samedis. Mais les CRS, c'est des gens comme toi, c'est pas de leur faute, c'est le gouvernement qui les pousse &#224; taper sur leurs fr&#232;res. T'as bien vu l'autre, ils lui ont crev&#233; l'&#339;il &#224; Paris. Les jeunes manifestent, mais on les condamne. Les flics leur foutent des coups de b&#226;ton. Faut bien se d&#233;fendre, non ? C'est comme toi, on te fout un coup de matraque, tu vas pas de d&#233;fendre peut-&#234;tre ? Allons ! Mais quand ils sont tomb&#233;s sur le boxeur l&#224;, ils ont pas fait les mariolles hein ? Il en a &#233;tendu trois quatre. Et pis, sans couteau, sans rien. Mais comme ils savent que les jeunes, c'est des faibles, le gouvernement profite de &#231;a pour nous foutre tous dans la merde. Comme &#231;a, ils disent, les jeunes, ils vont venir manifester, mais ils en profiteront pour te prendre tout ce que t'as, et tes parents aussi. C'est comme &#231;a les gros dodus, ils te rackettent ! &#199;a a toujours &#233;t&#233; comme &#231;a. Prends l'Histoire de France. Le temps des rois. Le roi &#233;tait au ch&#226;teau, et le petit, ben il allait travailler dans les champs. Il ramenait tout au roi, avec son cheval. Et le roi, ben il donnait quasi rien aux gens. Pas de partage ! T'as compris ! Regarde, dans les administrations, ils touchent 2 000 euros par mois, si c'est pas 3 000. Dis moi, pourquoi un jeune comme toi ou comme lui, il toucherait pas la m&#234;me chose. On a bien les m&#234;mes valeurs, non ? T'es bien un &#234;tre humain comme les autres, non ? Pourquoi lui, il aurait 3 000, et toi, t'aurais que 1 000, hein ? Elle est l&#224; l'injustice. Tout a toujours &#233;t&#233; que pour les gros, jamais pour les petits ! T'as compris ? &#199;a n'ira jamais. Les retraites, c'est pareil. Moi, j'&#233;tais commer&#231;ant, j'ai 700 euros de retraite par mois&#8230; &#187;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;&#171; Ben ouais, c'est pas beaucoup &#187;&lt;/i&gt; qu'on lui dit. &lt;i&gt;&#171; C'est honteux ouais ! Alors, ils te disent... &#8220;Oui mais vous payez pas de loyer&#8221;. Mais m&#234;me que je suis propri&#233;taire, &#231;a a rien &#224; voir. Ils se foutent de ma gueule. Ma femme, avec 13 enfants, elle a travaill&#233; dans le textile, elle a travaill&#233; &#224; Dijon. Elle a 75 ans, ils lui donnent 680 euros par mois, t'rends pas compte ? &#192; une m&#232;re de famille qui a &#233;lev&#233; 13 enfants. Honteux ! &#187; &#171; Et Personne voulait reprendre votre affaire ici ? &#187; &#171; Ben si, mon fils, mais il a peur de se casser la gueule, et de devoir payer. Voil&#224;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3299 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1501.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH336/-1501-5df24.jpg?1782833198' width='500' height='336' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On se l&#232;ve, d&#233;cid&#233;s &#224; aller au routier de Comblanchien avant qu'il ne fasse nuit. En l'&#233;tat, on &#233;tait pas pr&#234;ts pour la baffe qu'on venait de se prendre. De toute fa&#231;on, on reviendra demain. On ouvre la porte, poign&#233;e de main. Le P&#232;re Weill en l&#226;che une derni&#232;re : &lt;i&gt;&#171; Ce qu'il y a, tu vois, s'ils avaient laiss&#233; la chance de fumer aux gens, dans le bar, l&#224;, on serait plein tous les jours, m&#234;me la nuit, &#224; bloc. L&#224;, tu peux ouvrir 24 sur 24 dans un bar comme ici, t'aurais du monde. Mais l'interdiction de fumer et de trop boire, &#231;a a jou&#233;. Les jeunes veulent fumer leur petite cigarette, m&#234;me qu'ils fument pas beaucoup, c'est parce que c'est le geste comme &#231;a. T'en as qui avalent pas la fum&#233;e, c'est une manie. &#199;a les d&#233;tend. Voil&#224;. C'est comme le mec qui prend une femme, si elle baise pas, le mec, il en veut pas. Qu'est-ce tu veux qu'il en foute&#8230; Il rigole le petit jeune l&#224;. &#199;a lui d&#233;veloppe le cerveau. Quand il sera vieux, il dira, j'ai trouv&#233; un vieux, ben il disait bien la v&#233;rit&#233;. Et puis la sant&#233; hein. A'revoir. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La brasserie de la plage est en vente depuis avril dernier. Le P&#232;re Weill a pris sa retraite.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par &#201;ric Lavenir et Diogo Moura, les deux
laquais de la critique sociale&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Potsdam ! Potsdam ! Antifa !</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


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&lt;p&gt;Contrairement &#224; une id&#233;e re&#231;ue, l'&#233;mergence d'une sous-culture nazie en Allemagne de l'Est n'a pas seulement &#233;t&#233; la cons&#233;quence des destructions massives d'emplois qui ont suivi la chute du mur de Berlin. D&#232;s le milieu des ann&#233;es 1980, des groupes de skinheads n&#233;onazis agressaient tout ce qui &#233;tait vu comme &#171; &#233;tranger &#187; ou &#171; inf&#233;rieur &#187; (Untermensch). Et de jeunes antifas s'auto-organisaient pour porter la contre-offensive. Souvenirs du collectif de Potsdam. Aujourd'hui quinquag&#233;naire, &#171; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no182-decembre-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;182 (d&#233;cembre 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Hassan-Richter" rel="tag"&gt;Hassan Richter&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/neonazis" rel="tag"&gt;n&#233;onazis&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Contrairement &#224; une id&#233;e re&#231;ue, l'&#233;mergence d'une sous-culture nazie en Allemagne de l'Est n'a pas seulement &#233;t&#233; la cons&#233;quence des destructions massives d'emplois qui ont suivi la chute du mur de Berlin. D&#232;s le milieu des ann&#233;es 1980, des groupes de skinheads n&#233;onazis agressaient tout ce qui &#233;tait vu comme &#171; &#233;tranger &#187; ou &#171; inf&#233;rieur &#187; (&lt;i&gt;Untermensch&lt;/i&gt;). Et de jeunes antifas s'auto-organisaient pour porter la contre-offensive. Souvenirs du collectif de Potsdam.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3154 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;151&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH398/-1378-11ca9.jpg?1782781825' width='500' height='398' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Leipzig, le 5 f&#233;vrier 1992. Les groupes n&#233;onazis s'affichent sans complexe dans les &#034;Montagsdemo&#034; (manifestations du lundi) / Photo Hassan J. Richter
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;A&lt;/span&gt;ujourd'hui quinquag&#233;naire, &#171; Ren&#233; &#187; revend des lampes et du mobilier industriel de l'ex-RDA au Boxi, le march&#233; aux puces de Berlin-Est. Il a fait partie de cette premi&#232;re g&#233;n&#233;ration d'antifas d&#233;termin&#233;s &#224; ne pas se laisser faire. Il a m&#234;me gard&#233; son pseudo de l'&#233;poque, qui sonne tr&#232;s &#171; R&#233;sistance fran&#231;aise &#187; : &#171; &lt;i&gt;&#192; l'&#233;poque, dans les villes d'Allemagne de l'Est, la violence de rue &#233;tait tr&#232;s extr&#234;me : jusqu'&#224; trois bagarres par semaine. Nous avons d&#251; faire le coup de poing pour chasser les nazis de nos quartiers. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Nazis raus ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'automne 1987 &#224; Potsdam, ville limitrophe de Berlin, un collectif d'une vingtaine de jeunes, issus de la sc&#232;ne alternative, se constitue en groupe antifa, exasp&#233;r&#233; d'avoir &#224; subir des attaques r&#233;p&#233;t&#233;es. Le 6 novembre, une distribution nocturne de tracts &#8211; action ill&#233;gale en RDA &#8211; scelle leur acte de naissance. Tap&#233; maladroitement &#224; la machine &#224; &#233;crire et ron&#233;otyp&#233;, le flyer informe sur les men&#233;es des cr&#226;nes ras&#233;s bas de plafond. On peut y lire : &#171; &lt;i&gt;Leurs ennemis d&#233;clar&#233;s sont les &#233;trangers, les Juifs, les rouges, les cheveux longs, les punks, les homosexuels, les anarchistes, les gauchistes, les chr&#233;tiens et tous ceux qu'ils appellent les non-Allemands. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je me suis souvent demand&#233; ce qui motivait ces jeunes nazis,&lt;/i&gt; r&#233;fl&#233;chit Ren&#233;. &lt;i&gt;Comme eux, nous &#233;tions de jeunes prol&#233;taires fascin&#233;s par les sous-cultures adolescentes, qui correspondaient &#224; une aspiration &#224; l'autonomie. Sauf que nous avions choisi le punk et la new-wave et eux la sc&#232;ne skinhead nazie la plus brutale. Et comme le pouvoir de RDA se revendiquait de l'antifascisme historique, par esprit de contradiction, ils voyaient dans le nazisme le truc le plus subversif au monde. Aujourd'hui encore, je ne crois pas que les facteurs sociaux, comme le ch&#244;mage ou l'immigration, expliquent &#224; eux seuls le choix de devenir un extr&#233;miste de droite. Il faut une pr&#233;paration id&#233;ologique en amont.&lt;/i&gt; &#187; Dans le contexte de plein-emploi de la RDA, la main-d'&#339;uvre immigr&#233;e, principalement originaire d'autres pays socialistes (Vietnam, Pologne, Mozambique, Cuba), &#233;tait alors peu nombreuse et circonscrite &#224; quelques secteurs industriels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Notre objectif principal &#233;tait de sensibiliser l'ensemble de la soci&#233;t&#233; est-allemande, qui &#233;tait dans le d&#233;ni, &#224; la mont&#233;e de cet extr&#233;misme. Ainsi, en septembre 1988, devant 300 jeunes &#233;vang&#233;listes dans une &#233;glise &#224; Potsdam, nous avons pr&#233;sent&#233; un film Super-8 que nous avions r&#233;alis&#233;&lt;/i&gt; &#187;, se souvient Ren&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me temps, le groupe doit se confronter &#224; la r&#233;pression de l'&#201;tat. Le 10 septembre 1989, ses membres tentent de d&#233;ployer une banderole &#171; &lt;i&gt;Il y a aussi des n&#233;onazis en RDA&lt;/i&gt; &#187; lors d'une comm&#233;moration officielle de la &#171; &lt;i&gt;Journ&#233;e des victimes du fascisme&lt;/i&gt; &#187; ; mais les forces de l'ordre les frappent et deux d'entre eux sont enferm&#233;s par la Stasi pendant deux mois sous l'inculpation &#171; &lt;i&gt;d'agitation contre l'&#201;tat et hooliganisme &#187;&lt;/i&gt;. Dans l'hiver 1989, le groupe antifa r&#233;ussit une mobilisation de plusieurs milliers de personnes pour comm&#233;morer les pogroms antis&#233;mites de la nuit de Cristal de 1938 en pr&#233;sence de survivants de la Shoah. &#171; &lt;i&gt;Le soir m&#234;me, le mur de Berlin tombait, ouvrant une &#232;re de mont&#233;e du nationalisme &#187;&lt;/i&gt;, &#233;voque Hassan, autre participant au groupe de Potsdam, aujourd'hui photographe sp&#233;cialis&#233; dans les vestiges du monde sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Wir sind ein Volk ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, l'ouverture du mur et la r&#233;unification vont marquer la fin de cette exp&#233;rience autonome. Apr&#232;s y avoir particip&#233; avec enthousiasme, le collectif de Potsdam se retire en d&#233;cembre 1989 du processus &lt;i&gt;Wende&lt;/i&gt; (&#171; Le Tournant &#187;) et des forums qui animent la r&#233;volution pacifique. L'hiver 1989-1990 correspond au moment o&#249; les bandes de nazis cherchent &#224; prendre la t&#234;te des manifestations du lundi &#224; Leipzig, fer de lance de la contestation anti-r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans des notes collectives r&#233;dig&#233;es depuis par les militants de l'&#233;poque, ces derniers &#233;voquent leur sentiment d'impuissance face aux mutations de la d&#233;cennie 1990 : &#171; &lt;i&gt;Les slogans sont pass&#233;s de &#8220;Nous sommes LE peuple !&#8221; &#224; &#8220;Nous sommes un peuple !&#8221; ou encore &#8220;Allemagne, patrie unie&#8221;. En m&#234;me temps que l'influence des politiciens de droite venus de l'Ouest augmentait, la terreur des n&#233;onazis dans les rues a pris des proportions effr&#233;n&#233;es.&lt;/i&gt; &#187; Et Ren&#233; d'ajouter : &#171; &lt;i&gt;Dans les ann&#233;es 1990, on aurait dit qu'&#234;tre n&#233;onazi &#233;tait devenu le truc le plus &#224; la mode chez les jeunes Est-Allemands. Une mode qui s'est sold&#233;e par plus d'une centaine de morts li&#233;es aux seules agressions de rue...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Le 28 mai 1992, avec des camarades de Berlin, nous avons organis&#233; l'attaque d'un rassemblement de n&#233;onazis,&lt;/i&gt; se souvient Hassan.&lt;i&gt; C'&#233;tait tr&#232;s violent. On les a explos&#233;s, en envoyant quelques-uns &#224; l'hosto.&lt;/i&gt; &#187; Potsdam &#233;tait devenu un carrefour du mouvement des squatteurs en Allemagne de l'Est. Les nazis ne venaient plus dans le centre historique. Les membres du groupe se replient sur leurs activit&#233;s. Mais dans le m&#234;me temps, une campagne orchestr&#233;e contre les lieux d'h&#233;bergement de migrants culmine avec les &#233;meutes racistes contre des foyers de travailleurs vietnamiens &#224; Rostock, fin ao&#251;t 1992. En juin, 100 000 prospectus proclamant &#171; &lt;i&gt;Rostock doit rester allemand&lt;/i&gt; &#187; avaient &#233;t&#233; distribu&#233;s dans cette ville de la c&#244;te baltique afin de pr&#233;parer les esprits aux pogroms.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les v&#233;t&#233;rans de Potsdam ont maintenu des liens avec les nouvelles g&#233;n&#233;rations antifascistes, surtout depuis les cinq derni&#232;res ann&#233;es qui ont vu l'&#233;mergence et le d&#233;veloppement du mouvement Pegida et du parti AfD. Aussi, dans la continuit&#233; indirecte et l'esprit de ce premier groupe antifa, le club de foot amateur de 4e division Babelsberg &#8211; un quartier de Potsdam &#8211; est connu dans toute l'Allemagne pour son positionnement clairement antiraciste. Plut&#244;t qu'un sponsor commercial, le club a choisi de floquer ses maillots du logo Seebr&#252;cke, en soutien &#224; une ONG de sauvetage des r&#233;fugi&#233;s en mer. En outre, Ses supporteurs ultras brandissent des tifos &#171; &lt;i&gt;Nazis raus !&lt;/i&gt; &#187; (&#171; Les nazis dehors ! &#187;) et ont pris pour embl&#232;me l'effigie du spartakiste Karl Liebknecht, assassin&#233; par les &lt;i&gt;Freikorps&lt;/i&gt; qui &#233;cras&#232;rent la r&#233;volution de 1919, pr&#233;figurant en quelque sorte les futures milices nazies.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mathieu L&#233;onard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; lire aussi&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Neonazis-police-allemande-les' class=&#034;spip_in&#034;&gt;N&#233;onazis, police allemande : les liaisons dangereuses&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;182 (d&#233;cembre 2019).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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