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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Le trumpisme est plus fort que jamais</title>
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		<dc:creator>John Marcotte</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Camionneur &#224; la retraite, John Marcotte a milit&#233; au sein d'un courant marxiste humaniste influenc&#233; par l'intellectuel carib&#233;en C.L.R. James. Fin novembre, il nous envoyait d'outre-Atlantique son analyse post-&#233;lectorale sur une nation gangren&#233;e par le racisme depuis ses origines. Un texte publi&#233; dans notre num&#233;ro 193 (d&#233;cembre) et qui r&#233;sonne plus que jamais au lendemain de l'invasion du Capitole par l'extr&#234;me droite. Pour beaucoup de gens ici, ce fut d'abord un choc &#8211; et un sentiment de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no193-decembre-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;193 (d&#233;cembre 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Mortimer" rel="tag"&gt;Mortimer&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Trump" rel="tag"&gt;Trump&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Camionneur &#224; la retraite, John Marcotte a milit&#233; au sein d'un courant marxiste humaniste influenc&#233; par l'intellectuel carib&#233;en C.L.R. James. Fin novembre, il nous envoyait d'outre-Atlantique son analyse post-&#233;lectorale sur une nation gangren&#233;e par le racisme depuis ses origines. Un texte publi&#233; dans notre num&#233;ro 193 (d&#233;cembre) et qui r&#233;sonne plus que jamais au lendemain de l'invasion du Capitole par l'extr&#234;me droite.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3529 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1682.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH653/-1682-9f220.jpg?1782652858' width='500' height='653' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Mortimer
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;P&lt;/span&gt;our beaucoup de gens ici, ce fut d'abord un choc &#8211; et un sentiment de d&#233;go&#251;t &#8211; de voir que le peuple n'avait pas r&#233;pudi&#233; Donald Trump avec un vote plus massif. Au bout de quatre ans, tout le monde sait pourtant pertinemment ce qu'il repr&#233;sente : la supr&#233;matie blanche d&#233;complex&#233;e, le ressentiment racial, l'autoritarisme, la misogynie, les appels &#224; la violence, la cruaut&#233;, etc. Il a n&#233;anmoins obtenu pr&#232;s de 74 millions de voix. C'est l&#224; une d&#233;monstration claire de la folie maladive dont souffre cette monstruosit&#233; raciste et coloniale qu'on appelle les &#201;tats-Unis... 74 millions d'Am&#233;ricains ont choisi le supr&#233;macisme blanc et l'autoritarisme &#8211; du moins n'y voient-ils aucun inconv&#233;nient.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s la fondation de ce pays, la classe minoritaire des propri&#233;taires d'esclaves du Sud s'est vu attribuer un pouvoir disproportionn&#233;. Quand celui-ci fut remis en cause par l'&#233;lection d'Abraham Lincoln en 1860, ils ont fait s&#233;cession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la guerre civile survint une br&#232;ve p&#233;riode de &lt;i&gt;Reconstruction &lt;/i&gt;o&#249;, sous la protection des troupes f&#233;d&#233;rales, on entrevit dans le Sud la possibilit&#233; d'une organisation politique rassemblant des Noirs et des Blancs pauvres. Mais cette &lt;i&gt;Reconstruction&lt;/i&gt; fut trahie d&#232;s 1877 : par la suite, le droit de vote fut de nouveau d&#233;ni&#233; aux Noirs du Sud, qui seraient encore terroris&#233;s par le Ku Klux Klan et les lynchages pendant pr&#232;s d'un si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis &#224; son tour, le mouvement des droits civiques fut trahi &#8211; nombre de ses leaders ont &#233;t&#233; assassin&#233;s en 1968.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;lection de Ronald Reagan, en 1980, proc&#233;da du m&#234;me &#233;lan : ce n'est pas par hasard que le futur pr&#233;sident avait entam&#233; sa campagne dans la petite ville de Philadelphia (Mississippi), o&#249; le Klan avait assassin&#233; trois militants des droits civiques en juin 1964&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un crime qui a inspir&#233; le film Mississippi Burning (1988) d'Alan Parker.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Aujourd'hui, malgr&#233; le mouvement Black Lives Matter et deux mandats d'un pr&#233;sident noir (ce qui n'&#233;tait pas anodin, quoi qu'on ait pu penser de sa politique), l'Am&#233;rique blanche a une fois de plus d&#233;voy&#233; les promesses de la D&#233;claration d'ind&#233;pendance. En votant pour &#171; Make America Great Again &#187;, cette Am&#233;rique-l&#224; a clairement proclam&#233; son rejet de la d&#233;mocratie &#8211; quand elle est multiraciale. Ce pays ne changera jamais.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le Parti r&#233;publicain est sans ambigu&#239;t&#233; le parti des Blancs. On raconte que lorsque le pr&#233;sident d&#233;mocrate Lyndon Johnson a sign&#233; la loi sur les droits civiques en 1964, il a d&#233;clar&#233; que par cette action, il ferait perdre le Sud aux D&#233;mocrates pendant une g&#233;n&#233;ration. Johnson avait raison, mais pour plus d'une g&#233;n&#233;ration... En 2008, Obama a obtenu 42 % des voix des Blancs, en 2012 ce fut 39 % seulement. Le vote blanc s'est report&#233; sur lui uniquement dans les &#201;tats qui avaient vot&#233; pour Abraham Lincoln un si&#232;cle et demi plus t&#244;t...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Parti r&#233;publicain est un parti minoritaire. Mais la supr&#233;matie blanche a r&#233;gn&#233; sur le Sud en tant que minorit&#233; pendant des centaines d'ann&#233;es : ses partisans savent comment faire respecter la r&#232;gle de la minorit&#233; &#8211; et Trump les a encourag&#233;s en ce sens, ouvertement. Or, pour gouverner, un parti minoritaire doit faire preuve d'autoritarisme. Aux &#201;tats-Unis, nous avons donc maintenant un parti capitaliste centriste (les D&#233;mocrates) et un parti ouvertement autoritaire (les R&#233;publicains).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sidence de Trump a &#233;t&#233; une r&#233;ponse &#224; celle d'Obama. Pour les &#233;lecteurs du premier, la caste, l'identit&#233; et la peur de perdre son statut sont bien plus importantes que toutes les questions politiques ou de classe. Lorsque la gauche affirme que les travailleurs blancs trumpistes votent contre leurs propres int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques, elle ne se rend pas compte qu'ils ont leur propre fa&#231;on de voir les choses, qu'ils pensent leur &lt;i&gt;blanchit&#233;&lt;/i&gt; comme le meilleur gage de leurs int&#233;r&#234;ts &#224; long terme, quitte &#224; sacrifier les services de sant&#233; ou d'autres progr&#232;s imm&#233;diats. Ils sont limpides : ils ne veulent pas d'une politique de sant&#233; publique ni de programmes sociaux si les Noirs en b&#233;n&#233;ficient &#233;galement. &#192; leurs yeux, leur statut de caste dominante est plus important que tout. Et s'ils aiment farouchement Trump, c'est parce qu'il sait caresser leur narcissisme blanc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon moi, la vague de meurtres de Noirs par la police a pris de l'ampleur sous Obama pr&#233;cis&#233;ment parce que la supr&#233;matie blanche se sentait menac&#233;e par un Noir qui &#171; ne savait pas tenir sa place &#187;. Il fallait donc descendre des Noirs pour que ces derniers &#171; se tiennent &#224; leur place &#187; &#8211; comme &#224; l'&#233;poque des lynchages. Les meurtres policiers en sont la nouvelle forme, comme les prisons sont les nouvelles plantations. Qu'est-ce qui a chang&#233; dans ce pays ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Donald Trump a perdu les &#233;lections, mais le trumpisme est plus fort que jamais. Il a cr&#233;&#233; un puissant culte de la personnalit&#233;. Sa d&#233;faite contest&#233;e lui profite presque aussi bien qu'une victoire. Il continue &#224; alimenter le ressentiment des Blancs, les &#171; &lt;i&gt;faits alternatifs&lt;/i&gt; &#187; dans lesquels vivent ses adeptes, perfus&#233;s &#224; Fox News et aux th&#233;ories du complot relay&#233;es sur Internet. Des dizaines de milliers de ses partisans ont d&#233;fil&#233; &#224; Washington douze jours apr&#232;s l'&#233;lection (que Joe Biden a remport&#233;e avec six millions de voix d'avance), pr&#233;tendant que Trump avait gagn&#233; &#8211; revendiquant par l&#224; qu'on leur rende leur privil&#232;ge d'Am&#233;ricains blancs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;lection n'a donc rien r&#233;gl&#233;. Les protestations des trumpistes vont continuer &#8211; et les milices fascistes y resteront de la partie. Certes, Trump n'a pas obtenu l'appui militaire n&#233;cessaire pour tenter un putsch, mais il b&#233;n&#233;ficie d'un fort soutien au sein des diff&#233;rents d&#233;partements de police du pays, de la Patrouille des fronti&#232;res, de la S&#233;curit&#233; int&#233;rieure f&#233;d&#233;rale, des gardiens de prison &#8211; tous sont tr&#232;s organis&#233;s, notamment au sein de syndicats fascistes.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si le coup d'&#201;tat que nous redoutions n'a pas eu lieu, je pense que nous avons commis une erreur en ne descendant pas dans la rue juste apr&#232;s le vote pour faire une d&#233;monstration de force. Nous &#233;tions des millions, pr&#234;ts &#224; r&#233;pondre aux appels des diverses organisations civiles pour d&#233;fendre l'int&#233;grit&#233; du scrutin, mais ces appels n'ont finalement jamais &#233;t&#233; formul&#233;s. Au lendemain de l'&#233;lection, les R&#233;publicains ne semblaient pas soutenir les all&#233;gations de victoire de Trump. Craignaient-ils le chaos dans la rue s'ils essayaient quelque chose ? Quoi qu'il en soit, dans les jours qui ont suivi, alors que nous restions chez nous, ils se sont enhardis et ont commenc&#233; &#224; soutenir Trump dans sa tentative d'essayer de stopper le d&#233;compte des voix. S'ils n'ont finalement rien pu faire, c'est juste parce que la victoire de Biden &#233;tait trop nette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Biden, justement ? On sait pertinemment ce qu'il repr&#233;sente : le retour du &lt;i&gt;business as usual&lt;/i&gt;, une figure rassurante pour un empire en d&#233;clin. Avec lui, la classe dirigeante a peut-&#234;tre cherch&#233; un leader moins ing&#233;rable, par crainte du chaos (et bien que Trump ait donn&#233; gr&#226;ce &#224; nombre de ses &lt;i&gt;desiderata&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ma part, je ne pense pas que Biden pourra changer quoi que ce soit. Mais avec sa victoire, nous avons gagn&#233; le droit de respirer un instant, en faisant sortir le Ku Klux Klan de la Maison Blanche au moins pendant quelques ann&#233;es. C'&#233;tait n&#233;cessaire pour toutes les autres luttes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeunes militants pour le climat, femmes, manifestants Black Lives Matter, autochtones en lutte contre les pipelines et pour la protection de l'eau : nous allons tous essayer de mettre la pression &#224; Biden. Le 20 janvier, quand il sera officiellement investi, j'aimerais assister &#224; une imposante d&#233;monstration de force. Biden doit &#234;tre accueilli par des manifestations aussi massives qu'elles l'auraient &#233;t&#233; si Trump avait gagn&#233;. Si nous restons &#224; la maison, nous ne tirerons rien de cette &#171; victoire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Par John Marcotte (Massachusetts, novembre 2020)&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Un crime qui a inspir&#233; le film &lt;i&gt;Mississippi Burning&lt;/i&gt; (1988) d'Alan Parker.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Lesbos : une tra&#238;n&#233;e de poudre qui n'en finit pas</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Lesbos-une-trainee-de-poudre-qui-n</link>
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		<dc:date>2020-04-07T13:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L&#233;na Coulon</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Histoires de saute-fronti&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>Tessa Kraan</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Actes de haine, incendies criminels, refoulement de bateaux vers la Turquie, enfermement arbitraire et brutalit&#233; aveugle : ces derni&#232;res semaines, les &#233;v&#233;nements dramatiques se sont succ&#233;d&#233; &#224; une vitesse folle du c&#244;t&#233; de l'&#238;le de Lesbos, &#224; la fronti&#232;re maritime orientale de la Gr&#232;ce. Pass&#233; le choc ou l'effroi, ils apparaissent pour ce qu'ils sont : une forme exacerb&#233;e du rejet syst&#233;mique et de la violence que vivent, chaque jour, les exil&#233;&#183;es cherchant asile en Europe. Aux fronti&#232;res, la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no186-avril-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;186 (avril 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Tessa-Kraan" rel="tag"&gt;Tessa Kraan&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Actes de haine, incendies criminels, refoulement de bateaux vers la Turquie, enfermement arbitraire et brutalit&#233; aveugle : ces derni&#232;res semaines, les &#233;v&#233;nements dramatiques se sont succ&#233;d&#233; &#224; une vitesse folle du c&#244;t&#233; de l'&#238;le de Lesbos, &#224; la fronti&#232;re maritime orientale de la Gr&#232;ce. Pass&#233; le choc ou l'effroi, ils apparaissent pour ce qu'ils sont : une forme exacerb&#233;e du rejet syst&#233;mique et de la violence que vivent, chaque jour, les exil&#233;&#183;es cherchant asile en Europe.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3310 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;69&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH334/-1507-6e94f.jpg?1782744718' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Jungle autour du camp de M&#243;ria, Lesbos, novembre 2019 / Tessa Kraan
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;A&lt;/span&gt;ux fronti&#232;res, la violence premi&#232;re est celle de l'&#201;tat &#8211; ou plut&#244;t &lt;i&gt;des &lt;/i&gt;&#201;tats. Au cours des derni&#232;res semaines, elle s'est d&#233;ploy&#233;e en Gr&#232;ce et ailleurs par la r&#233;pression des mouvements sociaux, une dramaturgie g&#233;opolitique funeste et une violation des droits humains plus furieuse encore qu'&#224; l'ordinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ton &#233;tait donn&#233; d&#232;s le d&#233;but du mois de f&#233;vrier. Aux protestations des demandeurs et demandeuses d'asile contre leur confinement dans &lt;a href='https://cqfd-journal.org/A-Lesbos-contre-les-barbeles-de-la' class=&#034;spip_in&#034;&gt;l'insalubre et surpeupl&#233; camp de M&#243;ria&lt;/a&gt;, sur l'&#238;le de Lesbos, le gouvernement grec r&#233;pondait par du gaz lacrymog&#232;ne, des coups de matraque et des arrestations. Il r&#233;affirmait dans la foul&#233;e sa volont&#233; de construire des centres de r&#233;tention ferm&#233;s sur trois des &#238;les o&#249; l'Union europ&#233;enne (UE), depuis 2016, parque les exil&#233;&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cela, l'&#201;tat s'est r&#233;serv&#233; le droit de saisir les terres des municipalit&#233;s r&#233;calcitrantes. La recette r&#233;pressive s'est &#233;tendue aux habitant&#183;es de Chios et Lesbos, qui virent arriver en catimini des dizaines de bataillons de flics anti-&#233;meutes. La riposte des insulaires fut imm&#233;diate : manifestations, affrontements de jour comme de nuit, gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. La lutte a fini par payer, quoique provisoirement : les cond&#233;s ont &#233;t&#233; rappel&#233;s par Ath&#232;nes et les travaux suspendus.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Man&#339;uvres cyniques&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce contexte explosif que le pr&#233;sident turc Erdogan, port&#233; par son &#233;lan militariste en Syrie, a orchestr&#233; un coup d'&#233;clat destin&#233; &#224; faire pression sur l'UE : en ouvrant ses fronti&#232;res et en y acheminant des milliers d'exil&#233;&#183;es, il pouvait &#234;tre certain de d&#233;clencher la panique sur un continent o&#249; ceux-ci sont jug&#233;&#183;es ind&#233;sirables&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; R&#233;fugi&#233;s syriens : non, il n'est pas encore temps de rentrer &#187;, dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le stratag&#232;me n'est pas nouveau. La politique d'externalisation des fronti&#232;res men&#233;e par l'UE, par laquelle celle-ci d&#233;l&#232;gue &#224; des &#201;tats tiers ses basses man&#339;uvres, transforme les vies humaines en monnaie d'&#233;change. De m&#234;me, la r&#233;plique agressive du gouvernement grec ne fut qu'une prolongation, dans des proportions massives, de pratiques courantes aux fronti&#232;res gr&#233;co-turques : refoulement, s&#233;questration, coups, vols, humiliations &#224; l'encontre d'hommes, de femmes et d'enfants, pris&#183;es dans des jeux politiques cyniques d'&#201;tats criminels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les t&#233;moignages de personnes forc&#233;es de se d&#233;shabiller &#224; la fronti&#232;re terrestre par des hommes cagoul&#233;s puis refoul&#233;es vers la Turquie apparaissent comme une forme paroxystique du d&#233;nuement auquel les exil&#233;&#183;es sont expos&#233;&#183;es d&#232;s leur entr&#233;e en Europe. Outre sa manifestation mat&#233;rielle (interdiction de travailler, surveillance et confinement, d&#233;pendance vis-&#224;-vis des autorit&#233;s), ce d&#233;nuement recouvre tous les aspects personnels et sensibles des &#234;tres, artificiellement r&#233;duit&#183;es &#224; l'identit&#233; de &#171; demandeurs d'asile &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais m&#234;me ce statut a &#233;t&#233; retir&#233; &#224; celles et ceux qui sont entr&#233;&#8226;es en Gr&#232;ce apr&#232;s le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; mars : malgr&#233; l'ill&#233;galit&#233; de la mesure, aucune demande d'asile n'y est plus accept&#233;e jusqu'&#224; nouvel ordre. D&#233;sormais, les r&#233;fugi&#233;&#183;es sont arr&#234;t&#233;&#183;es &#224; leur arriv&#233;e, enferm&#233;&#183;es (certain&#183;es pendant pr&#232;s de dix jours &#224; l'int&#233;rieur d'un navire militaire), puis transport&#233;&#183;es vers des centres de d&#233;tention.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Impunit&#233; des groupes fascistes&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La violence qui suit celle de l'&#201;tat, car justifi&#233;e et encourag&#233;e par elle, s'exprime par les actes de haine qui ont rythm&#233; les mois de f&#233;vrier et mars &#224; Lesbos. Le renfort apport&#233; aux groupes fascistes locaux par des militants d'autres pays d'Europe &#8211; Allemands, Fran&#231;ais, Irlandais &#8211; fut permis par l'impunit&#233; dont jouissent leurs exactions. Des bandes d'hommes arm&#233;s de barres de fer purent contr&#244;ler et intimider r&#233;fugi&#233;&#183;es et b&#233;n&#233;voles pendant plusieurs semaines sans que les flics ne bronchent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apog&#233;e de la violence fasciste eut lieu le jour m&#234;me o&#249; le gouvernement grec annon&#231;a son refus d'accepter de nouvelles demandes d'asile. Sept voitures transportant des m&#233;decins, des infirmiers et des infirmi&#232;res b&#233;n&#233;voles furent attaqu&#233;es et leurs vitres bris&#233;es. Dans la soir&#233;e, un camp d&#233;saffect&#233;, qui avait accueilli jusqu'&#224; janvier dernier des migrant&#183;es apr&#232;s leur travers&#233;e en mer, fut incendi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dimanche 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; mars encore, des dizaines de citoyen&#183;nes repoussaient &#224; coups de pied et d'insultes une embarcation charriant hommes, femmes, enfants et b&#233;b&#233;s. Cette insoutenable sc&#232;ne est &#224; l'image de ce qui s'est d&#233;roul&#233; au large des &#238;les de la mer &#201;g&#233;e, o&#249; les gardes-c&#244;tes hell&#233;niques et ceux de l'agence europ&#233;enne Frontex ont attaqu&#233; ou laiss&#233; &#224; la d&#233;rive des personnes en d&#233;tresse&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; En mer &#201;g&#233;e : &#8220;Le bateau a un trou mais les gardes-c&#244;tes ne nous (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. En d&#233;finitive, les discours et les gestes des charg&#233;&#183;es de l'ordre (flics, politicien&#183;nes, fonctionnaires&#8230;) l&#233;gitiment et attisent les flamb&#233;es de haine. Une des derni&#232;res en date &#8211; l'incendie criminel d'une &#233;cole autog&#233;r&#233;e par des r&#233;fugi&#233;&#183;es, le 7 mars &#8211; est sans &#233;quivoque &#8211; tout comme le nom de l'&#233;tablissement calcin&#233; : &#171; &#201;cole de la Paix &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec les cendres, les tensions sont retomb&#233;es &#224; Lesbos. Les mesures prises par le gouvernement grec pour limiter la propagation du virus Covid-19 ont vid&#233; les rues. Les all&#233;es du camp de M&#243;ria sont, elles, plus bond&#233;es que jamais. Depuis le 17 mars, plus personne n'est autoris&#233; &#224; en quitter l'enceinte. Les fameux &#171; gestes barri&#232;res &#187; promus &#224; travers le continent y sont irr&#233;alisables. Se laver les mains, quand il n'existe qu'un robinet d'eau courante pour 1 300 personnes ? Pratiquer la distanciation sociale, l&#224; o&#249; 20 000 personnes cohabitent dans (et aux abords) d'un espace con&#231;u pour 3 000 ? Rien n'est pr&#233;vu en cas de propagation du virus &#224; M&#243;ria, ou dans les autres camps de la mer &#201;g&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des ONG ont quitt&#233; l'&#238;le de Lesbos. Seule une poign&#233;e de m&#233;decins, d'infirmiers et d'infirmi&#232;res alertent, au c&#244;t&#233; des habitant&#183;es des camps, sur l'urgence qui se joue aux fronti&#232;res. Leurs appels restent, pour le moment, lettre morte.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;L&#233;na Coulon&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; R&#233;fugi&#233;s syriens : non, il n'est pas encore temps de rentrer &#187;, dans ce m&#234;me n&#176;186 de CQFD (avril 2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; En mer &#201;g&#233;e : &#8220;Le bateau a un trou mais les gardes-c&#244;tes ne nous aident pas&#8221; &#187;, article publi&#233; dans ce m&#234;me num&#233;ro 186 de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; (avril 2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Revenir &#224; Noailles</title>
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		<dc:date>2019-06-05T05:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dominique Carpentier</dc:creator>


		<dc:subject>Caroline Biscarrat</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Le 5 novembre 2018, l'effondrement de deux immeubles de la rue d'Aubagne causa huit morts, comme autant de marques ind&#233;l&#233;biles sur le quartier de Noailles. Mais la secousse n'en finit pas de toucher les habitants du Marseille populaire, expuls&#233;s comme des fautifs de leur logement insalubre, apr&#232;s des ann&#233;es d'inertie municipale. T&#233;moignage d'un habitant nostalgique du foisonnement de son immeuble, Tour de Babel d&#233;cr&#233;pite. Mars 2019. Voil&#224; deux mois d&#233;j&#224; que nous avons &#233;t&#233; d&#233;log&#233;s. Un matin (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no175-avril-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;175 (avril 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Caroline-Biscarrat" rel="tag"&gt;Caroline Biscarrat&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-immeuble" rel="tag"&gt;l'immeuble&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 5 novembre 2018, l'effondrement de deux immeubles de la rue d'Aubagne causa huit morts, comme autant de marques ind&#233;l&#233;biles sur le quartier de Noailles. Mais la secousse n'en finit pas de toucher les habitants du Marseille populaire, expuls&#233;s comme des fautifs de leur logement insalubre, apr&#232;s des ann&#233;es d'inertie municipale. T&#233;moignage d'un habitant nostalgique du foisonnement de son immeuble, Tour de Babel d&#233;cr&#233;pite.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2940 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;82&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH321/-1183-cdc3d.jpg?1782962110' width='500' height='321' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Dans l'immeuble en question. Noailles, Marseille, 2019. Photo Caroline Biscarrat
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;M&lt;/span&gt;ars 2019. Voil&#224; deux mois d&#233;j&#224; que nous avons &#233;t&#233; d&#233;log&#233;s. Un matin de janvier, pompiers, policiers, experts, membres du syndic, agents municipaux ainsi qu'une poign&#233;e de propri&#233;taires nous ont donn&#233; une heure pour ramasser nos effets personnels et quitter l'immeuble &lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;but avril 2019, plus de 2 400 personnes avaient ainsi &#233;t&#233; &#233;vacu&#233;es &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une panique savamment orchestr&#233;e, nous nous croisions dans les escaliers mena&#231;ants. Les minibus du Samu social nous attendaient pour nous conduire dans diff&#233;rents h&#244;tels. Nous enfournions sacs mal ficel&#233;s, cabas et valises dans les coffres. Le fils de ma voisine du dessus, autiste, avait perdu de vue sa m&#232;re. Il se pr&#233;cipita dans le v&#233;hicule o&#249; j'avais pris place. Il s'accrochait &#224; moi en hurlant. J'&#233;tais son seul rep&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Vie suspendue&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Deux mois se sont &#233;coul&#233;s et je retrouve l'immeuble dans lequel j'ai v&#233;cu durant quinze ans, qu'une poign&#233;e d'ouvriers sont charg&#233;s de remettre en &#233;tat. Les gravats des plafonds d&#233;fonc&#233;s se sont r&#233;pandus sur les meubles. Le plus choquant, c'est cette impression que tout s'est arr&#234;t&#233;, fig&#233; par cet exil forc&#233;. Certains ont fui sans m&#234;me avoir eu le temps de faire la vaisselle. Il y a plein d'objets du quotidien, des traces d'une vie soudain suspendue. Et pourtant avant cette glaciation d&#233;cid&#233;e par arr&#234;t&#233; municipal, les lumi&#232;res faisaient de ce lieu une sorte de foisonnement...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au premier &#233;tage, une femme originaire du Cap-Vert vivait seule avec son fils handicap&#233;. Mais il y avait toujours du monde chez elle. Maria me h&#233;lait pour l'aider &#224; remplir des papiers auxquels elle ne comprenait rien. En &#233;change, elle m'offrait un verre de ce rhum arrang&#233; qui me fracassait la t&#234;te d&#232;s dix heures du matin. Elle m'invitait souvent &#224; des f&#234;tes o&#249; je me retrouvais le seul Blanc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En face de chez elle, une succession de locataires a d&#233;fil&#233;. Il y eut d'abord cette famille mouride, une confr&#233;rie musulmane du S&#233;n&#233;gal, tr&#232;s ax&#233;e sur le commerce et qui ach&#232;te &#224; vil prix des gadgets en Italie, qu'elle revend &#224; la sauvette. Et puis, venues du Portugal, des ni&#232;ces de Maria prirent leur place, jusqu'&#224; cette famille qui donna au lieu des allures de bonbonni&#232;re. Elle n'&#233;chappa pas &#224; l'expulsion ni au marteau piqueur, qui martyrisera la d&#233;coration joyeuse qui faisait &#233;clater les couleurs.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Marchands de pain et de sommeil&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au deuxi&#232;me &#233;tage, les familles qui se sont succ&#233;d&#233; &#233;taient toutes originaires du Maghreb. Le moment du ramadan &#233;tait une f&#234;te. En &#233;change de quelques services, d'&#233;changes et d'informations, la porte &#233;tait toujours ouverte et la table garnie. Dora, une petite fille aux yeux p&#233;tillants, ses deux fr&#232;res et sa maman furent les derniers occupants de cet appartement dont le propri&#233;taire poss&#233;dait des dizaines de taudis dans le quartier. Le boulanger ! Outre le fait que son pain est infect, il m&#232;ne son personnel &#224; la baguette (d&#233;formation professionnelle ?). Surtout, il devient facilement mena&#231;ant quand ses locataires rechignent &#224; payer leur loyer &#8211; &lt;i&gt;sous pr&#233;texte&lt;/i&gt; d'une fuite d'eau, d'un plancher qui s'effondre, d'un plafond dont les plaques de pl&#226;tre viennent s'&#233;craser sur le mobilier, de moisissures sur les murs ou encore du saturnisme dont souffre le petit dernier, en raison des peintures au plomb jamais remplac&#233;es...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le palier d'en face, une famille de trois g&#233;n&#233;rations, compos&#233;e de six personnes, occupait un espace minuscule. Le p&#232;re quittait le domicile t&#244;t le matin. Je ne le rencontrais qu'occasionnellement, mais depuis l'effondrement du 5 novembre, il &#233;tait inquiet. &#171; &lt;i&gt;S'ils ne font rien, nous subirons bient&#244;t le m&#234;me sort. Je travaille dans le b&#226;timent et je ne suis pas tranquille dans cet immeuble. &lt;/i&gt; &#187; D&#233;sormais un immense poste de t&#233;l&#233;vision tr&#244;ne esseul&#233; dans ce qui fut &#224; la fois le salon, la salle &#224; manger et une chambre am&#233;nag&#233;e. Quelques sacs &#233;normes reposent &#224; m&#234;me le plancher : ce qu'on n'a pas pu r&#233;cup&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au troisi&#232;me &#233;tage, Setti &#233;tait l'historique de l'immeuble. Elle habitait ici depuis plus d'un quart de si&#232;cle. Elle a vu les locataires se succ&#233;der, les fuites d'eau lui pourrir la vie, l'habitat se d&#233;grader... Volontaire, elle n'a jamais cess&#233; de r&#233;clamer ses droits aupr&#232;s des autorit&#233;s, rest&#233;es sourdes malgr&#233; ses nombreuses relances. Lorsqu'elle s'absentait pour l'Alg&#233;rie, je lui rendais de menus services. &#192; son retour, elle me faisait toujours des cadeaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant l'appartement de l'autre c&#244;t&#233; de mon palier, il y eut toujours une sorte de myst&#232;re. Il appartenait au pizzaiolo officiant au rez-de-chauss&#233;e. Si le pain du boulanger &#233;tait particuli&#232;rement mauvais, les pizzas de son voisin lui faisaient concurrence. La p&#226;te &#233;tait molle et la garniture sortait d'&#233;normes bo&#238;tes de conserve peu rago&#251;tantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a jamais vraiment eu de locataire fixe. Plut&#244;t un d&#233;fil&#233; d'hommes c&#233;libataires, souvent jeunes, qui n'occupaient les lieux que quelques nuits. Il en fut ainsi d'un colosse blond que je pris pour un travailleur d&#233;tach&#233; venu des pays de l'Est. On se saluait sans autre forme de politesse. Un soir un &#233;norme vacarme se produisit. L'homme martelait la porte de grands coups de pieds. Le mur de la cage d'escalier tremblait. La porte ne c&#233;da pas, mais son chambranle vola en &#233;clat. Les briques et le pl&#226;tre form&#232;rent un trou b&#233;ant. Le g&#233;ant p&#233;n&#233;tra dans ce qui fut un moment son refuge. &#171; &lt;i&gt;Ce salaud m'a confisqu&#233; la cl&#233; et j'ai toutes mes affaires &#224; l'int&#233;rieur ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne revis jamais cet homme, pas plus qu'aucun autre locataire. Mais &#224; partir de cet incident, le pizzaiolo entreprit des travaux qui fragilis&#232;rent un peu plus &#224; la fois mon appartement &#8211; mitoyen &#8211; et celui de Setti, situ&#233; juste en dessous.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;D&#233;g&#226;ts &#224; tous les &#233;tages&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le cinqui&#232;me et dernier &#233;tage est sans doute celui qui fourmille le plus d'anecdotes. Au moment de mon installation, il &#233;tait occup&#233; par une famille comorienne. Le p&#232;re travaillait dans la cuisine d'un restaurant touristique du Vieux-Port. Ses conditions de travail &#233;taient indignes, ses heures &#233;lastiques et son salaire d&#233;risoire. La m&#232;re restait souvent seule &#224; la maison pour s'occuper des quatre enfants en bas &#226;ge. Seul l'a&#238;n&#233;, Issac, &#233;tait scolaris&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un midi, je croisai Issac qui pleurait dans les escaliers. Sa maman avait oubli&#233; d'aller le chercher &#224; l'&#233;cole. Petit bout d'&#224; peine plus de six ans, il ne savait pas quoi faire ni o&#249; aller alors que l'&#233;cole ne reprenait qu'&#224; 13 h 30. Issac, mon fils L&#233;o et moi avons partag&#233; le repas. Les larmes avaient s&#233;ch&#233; et une grande complicit&#233; &#233;tait n&#233;e entre nous. C'est donc avec une sorte de d&#233;chirement que j'assistai &#224; leur d&#233;m&#233;nagement dans un appartement plus grand &#224; un saut de puce de l&#224;, rue du Mus&#233;e. On se revoit de loin en loin. Issac est devenu un grand jeune homme au sourire toujours charmant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une famille s&#233;n&#233;galaise s'installa &#224; leur place. Il n'y avait pas de p&#232;re. Juste une femme et ses deux filles. Je croisais souvent cette voisine pour remplir des constats &#8211; les inondations du plafond de ma cuisine se faisant r&#233;currentes au point que mon assurance se lassa de devoir payer les d&#233;g&#226;ts des eaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles partirent &#224; la fin de 2016, rapidement remplac&#233;es par une autre famille venue d'Alg&#233;rie. En janvier 2017, j'entendis les cris de la m&#232;re au-dessus de ma t&#234;te. Son fils, autiste, venait de traverser le plancher de la cuisine. On appela les pompiers qui assur&#232;rent le relogement de la famille, le temps que le propri&#233;taire fasse les r&#233;parations. Ce fut le d&#233;but de notre longue descente aux enfers...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 26 mai 2018, un premier arr&#234;t&#233; constatant l'insalubrit&#233; de l'immeuble fut pris par la mairie, mettant en demeure le syndic de proc&#233;der &#224; des travaux dans les parties communes dans un d&#233;lai de deux mois. Il resta sans r&#233;ponse jusqu'au drame de la rue d'Aubagne, le 5 novembre. On assista alors au d&#233;fil&#233; des sp&#233;cialistes, et m&#234;me du syndic sur lequel on put enfin mettre un visage. Le 27 d&#233;cembre, un message des pompiers m'intimait l'ordre d'ouvrir mon logement. En voyage, loin de Marseille, je ne r&#233;pondis pas &#224; cette injonction... Ce fut le dernier message avant notre &#233;vacuation.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Dominique Carpentier&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; lire aussi&lt;/h3&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/Zineb-Redouane-notre-d-r-ame' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La police tue, la justice tra&#238;ne : Zineb Redouane, notre d(r)ame&lt;/a&gt; &gt;&lt;/strong&gt; Touch&#233;e par une grenade lacrymog&#232;ne le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre, jour de manifestation contre le logement indigne &#224; Marseille, Zineb Redouane s'est &#233;teinte le lendemain &#224; l'h&#244;pital. Sa fille Milfet se bat pour que justice soit faite et que cesse l'ind&#233;cent d&#233;ni politique autour des causes de sa mort.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/A-Marseille-la-mairie-s-effondre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Urbanisme et catastrophe : &#224; Marseille, la mairie s'effondre et la ville se soul&#232;ve&lt;/a&gt; &gt;&lt;/strong&gt; Huit morts sous les d&#233;combres. Pourtant, pas de bombardier am&#233;ricain &#224; l'horizon, ni de dynamiteur allemand&#8230; Juste des sp&#233;culateurs, publics et priv&#233;s. Mais qu'on &#233;rige un mur de b&#233;ton autour de la Plaine pour imposer un chantier hostile ou qu'on laisse pourrir un quartier jusqu'&#224; l'effondrement de deux immeubles sur ses habitants, c'est d'une m&#234;me guerre qu'il s'agit. Celle que m&#232;ne la mairie au Marseille populaire. &#192; Noailles, huit personnes en sont mortes, &#233;cras&#233;es sous les gravats et le m&#233;pris. &#192; l'effroi a succ&#233;d&#233; la col&#232;re. Et un constat qui se propage : l'injustice n'a que trop dur&#233;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/Vent-de-panique-effet-d-aubaine' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Vent de panique, effet d'aubaine&lt;/a&gt; &gt;&lt;/strong&gt; Et si la catastrophe de Noailles permettait &#224; la mairie de Marseille de r&#233;aliser enfin la gentrification massive dont elle r&#234;ve ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D&#233;but avril 2019, plus de 2 400 personnes avaient ainsi &#233;t&#233; &#233;vacu&#233;es &#224; la va-vite depuis le 5 novembre 2018. Leur prise en charge s'est ensuite souvent r&#233;v&#233;l&#233;e d&#233;faillante [&lt;i&gt;NDLR&lt;/i&gt;].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Travailleurs, travailleuses&#8230;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Travailleurs-travailleuses</link>
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		<dc:date>2014-01-03T05:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Levaray</dc:creator>


		<dc:subject>Je vous &#233;cris de l'usine</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;C'est vrai, 8 mars ou pas, je ne parle pas souvent des femmes de mon usine. C'est aussi vrai que, lorsqu'on travaille &#224; la fabrication, on en c&#244;toie tr&#232;s peu : juste les femmes de m&#233;nage qui arrivent encore plus t&#244;t que nous au turbin, l'infirmi&#232;re et les serveuses de la cantine. Les seuls endroits o&#249; le travail est plus &#171; sp&#233;cifiquement &#187; f&#233;minin, c'est l'administration, la comptabilit&#233;, l'accueil des chauffeurs routiers et le labo. A l'autre bout de la cha&#238;ne hi&#233;rarchique, depuis quelques (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no116-novembre-2013" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;116 (novembre 2013)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est vrai, &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Journ%C3%A9e_de_la_femme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;8 mars&lt;/a&gt; ou pas, je ne parle pas souvent des femmes de mon usine. C'est aussi vrai que, lorsqu'on travaille &#224; la fabrication, on en c&#244;toie tr&#232;s peu : juste les femmes de m&#233;nage qui arrivent encore plus t&#244;t que nous au turbin, l'infirmi&#232;re et les serveuses de la cantine. Les seuls endroits o&#249; le travail est plus &#171; sp&#233;cifiquement &#187; f&#233;minin, c'est l'administration, la comptabilit&#233;, l'accueil des chauffeurs routiers et le labo. A l'autre bout de la cha&#238;ne hi&#233;rarchique, depuis quelques ann&#233;es, l'encadrement s'est l&#233;g&#232;rement f&#233;minis&#233;, mais pas n'importe o&#249;. Pas aux postes strat&#233;giques que se gardent nos cadres-machos. On retrouve des femmes aux ressources humaines, &#224; l'environnement et &#224; la s&#233;curit&#233;&#8230; &#201;videmment ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a pr&#232;s d'une vingtaine d'ann&#233;es, deux jeunes femmes ont &#233;t&#233; embauch&#233;es au sein du secteur informatique. Il se trouve qu'elles &#233;taient syndicalistes, situ&#233;es &#224; l'extr&#234;me gauche, et combatives. On peut dire qu'elles ont fait &#233;voluer les mentalit&#233;s des prolos de la bo&#238;te en ne se laissant pas marcher sur les pieds par le patron. Du coup, elles n'ont pas eu de mal &#224; se faire une place et &#224; &#234;tre vraiment reconnues par les coll&#232;gues. Elles n'ont pas eu besoin non plus de ferrailler longtemps pour que les calendriers et autres photos de filles &#224; poil disparaissent des r&#233;fectoires et des ateliers.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_874 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;11&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH375/p11-effix-cqfd45-0ca6a.jpg?1782640939' width='400' height='375' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Efix.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, l'une d'elles est partie et travaille dans les risques technologiques, &#171; &lt;i&gt;pour emmerder encore plus les patrons&lt;/i&gt; &#187; et l'autre est toujours pr&#233;sente sur le site o&#249; elle s'investit &#233;norm&#233;ment dans le Comit&#233; hygi&#232;ne et s&#233;curit&#233;, au grand d&#233;sespoir de nos diff&#233;rentes directions, car quand elle s'occupe d'un dossier (amiante, risques explosifs, rythmes de travail&#8230;) elle ne le l&#226;che pas. Mais c'est d'une autre dont il va &#234;tre question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Odette a &#233;t&#233; embauch&#233;e, il y a quatre ans, quand une loi sur l'&#233;galit&#233; au travail a stipul&#233; que les femmes pouvaient travailler la nuit et postuler &#224; tous les travaux dits masculins. Cela fit d'ailleurs s'enorgueillir la DRH : avoir embauch&#233;, une femme, jeune, black et issue d'un quartier difficile&#8230; elle faisait dans le social et le f&#233;minisme &#224; la fois. Ce fut, semble-t-il, la seule qui se pr&#233;senta pour un poste en fabrication, car depuis, pas une femme n'a pris sa suite. Certains vieux militants de la CGT dirent que ce n'&#233;tait pas une bonne chose car travailler de nuit ou les week-ends n'est pas franchement lib&#233;rateur, mais si c'&#233;tait au nom de l'&#233;galit&#233;, ils ne pouvaient se prononcer contre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Odette fut post&#233;e dans mon atelier, r&#233;put&#233; plus &#171; propre &#187; et plus &#171; civilis&#233; &#187;, le personnel y &#233;tant un peu plus qualifi&#233;. Mais accepter une femme dans une &#233;quipe ne fut pas si simple. Certains vieux ours n'avaient d&#233;finitivement pas envie de travailler avec une &#171; gamine &#187;. Pourtant, dans l'&#233;quipe o&#249; elle atterrit, ce furent les mecs qui chang&#232;rent un peu : certains arr&#234;t&#232;rent de p&#233;ter ou roter en public et surtout chacun ch&#226;tia son langage, il n'&#233;tait plus question de traiter l'autre de gonzesse ou d'en avoir plein les couilles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, si elle faisait correctement son boulot, elle a eu du mal &#224; s'int&#233;grer. Odette se sentait forc&#233;ment seule dans cet univers viril. Ses coll&#232;gues masculins, par galanterie ou se voulant protecteurs, l'accompagnaient souvent sur le terrain pour l'aider &#224; fermer une vanne trop rouill&#233;e ou ramasser du mat&#233;riel jug&#233; trop lourd pour une femme. Ce ne fut pas du go&#251;t de son chef d'&#233;quipe qui la trouvait insuffisamment autonome et qui voyait en elle un poids pour l'&#233;quipe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'arrivant pas &#224; se faire une place, mais aussi parce qu'il y a trop de fuites et de risques dans l'atelier, Odette vient de d&#233;missionner. Elle a trouv&#233; un boulot dans un laboratoire de l'industrie pharmaceutique. Un univers un peu plus f&#233;minin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En partant, elle m'a confi&#233; qu'elle voulait amasser de l'exp&#233;rience dans l'industrie (et si possible de l'argent) pour retourner dans son pays afin d'y construire et g&#233;rer une station d'&#233;puration d'eau. Chacun ses r&#234;ves&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Shelley : la po&#233;sie contre l'&#233;conomie</title>
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		<dc:date>2013-02-25T06:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>McMurty</dc:creator>


		<dc:subject>Les vieux dossiers</dc:subject>
		<dc:subject>qu'il</dc:subject>
		<dc:subject>qu'ils</dc:subject>
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		<dc:subject>revisitent parall&#232;lement</dc:subject>
		<dc:subject>civilisation industrielle</dc:subject>
		<dc:subject>Percy Shelley</dc:subject>
		<dc:subject>Shelley</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Deux bouquins, parus il y a peu, revisitent parall&#232;lement les premiers temps de la civilisation industrielle. L'un pr&#233;sente le point de vue d'un po&#232;te qui vomissait la tyrannique avidit&#233; des riches ; l'autre relate les malheurs et les exploits d'ouvriers qui secou&#232;rent le joug du salariat naissant. On y glanera au passage quelques enseignements sur le monde actuel mais aussi sur les voies qui, de Notre-Dame-des-Landes &#224; Saint-Pognon-sur-Ach&#233;ron, peuvent mener &#224; l'av&#232;nement de la libert&#233; : la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no107-janvier-2013" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;107 (janvier 2013)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/qu-ils" rel="tag"&gt;qu'ils&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/liberte" rel="tag"&gt;libert&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/revisitent-parallelement" rel="tag"&gt;revisitent parall&#232;lement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/civilisation-industrielle" rel="tag"&gt;civilisation industrielle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Percy-Shelley" rel="tag"&gt;Percy Shelley&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Shelley" rel="tag"&gt;Shelley&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/parus" rel="tag"&gt;parus&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/revisitent" rel="tag"&gt;revisitent&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Deux bouquins&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Shelley, &#201;crits de combat ; Julius Van Daal, La Col&#232;re de Ludd, tous deux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, parus il y a peu, revisitent parall&#232;lement les premiers temps de la civilisation industrielle. L'un pr&#233;sente le point de vue d'un po&#232;te qui vomissait la tyrannique avidit&#233; des riches ; l'autre relate les malheurs et les exploits d'ouvriers qui secou&#232;rent le joug du salariat naissant. On y glanera au passage quelques enseignements sur le monde actuel mais aussi sur les voies qui, de Notre-Dame-des-Landes &#224; Saint-Pognon-sur-Ach&#233;ron, peuvent mener &#224; l'av&#232;nement de la libert&#233; : la r&#233;volte sans concession et le sabotage g&#233;n&#233;ralis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quoi le spectre de Percy Shelley (1792-1822) pourrait-il continuer &#224; troubler la digestion des vautours qui se repaissent de la chair et de l'&#226;me des pauvres ? Serait-ce que les grandes v&#233;rit&#233;s ont la vie dure, malgr&#233; l'emprise des &#233;normes mensonges ? D&#232;s l'adolescence, Shelley renon&#231;a au n&#233;ant douillet d'un r&#244;le dans la bonne soci&#233;t&#233; anglaise &#8211; et ce fut pour embrasser la totalit&#233;, qui ne sourit qu'aux s&#233;ditieux. Il fut exclu d'Oxford &#224; 18 ans pour avoir pr&#244;n&#233; le r&#233;gicide et l'ath&#233;isme &#8211; ce qui n'&#233;tait pas sans risque, &#224; l'&#233;poque. Il &#233;crivit un &lt;i&gt;&#171; po&#232;me philosophique &#187;&lt;/i&gt;, La Reine Mab, qui circula sous le manteau et dans lequel il opposait &#224; l'utilitarisme bourgeois un mat&#233;rialisme &#233;mancipateur : &lt;i&gt;&#171; Le pouvoir, comme une peste d&#233;solante, souille tout ce qu'il touche ; et l'ob&#233;issance, fl&#233;au de tout g&#233;nie, toute vertu, toute libert&#233;, toute v&#233;rit&#233;, des hommes fait des esclaves et de l'organisme humain un automate, une machine. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa vie amoureuse, affranchie et tumultueuse, lui inspira des vers et des pens&#233;es d'une beaut&#233; fulgurante. Ses rapports furent singuli&#232;rement fusionnels avec sa deuxi&#232;me &#233;pouse, la tr&#232;s spirituelle Mary. Il l'encouragea &#224; &#233;crire le c&#233;l&#232;bre roman Frankenstein, qui met en garde contre les savants calamiteux aimant &#224; faire joujou avec la biologie. &#192; force de clamer leur haine du mercantilisme et leur amour de la libert&#233;, ils durent s'exiler en Italie, qu'ils parcoururent en bonne compagnie et o&#249; Percy p&#233;rit &#224; 30 ans au large du rivage ligure. Sa gloire fut posthume et l'aspect subversif de son &#339;uvre demeura longtemps occult&#233;, avant d'inspirer des esprits critiques aussi distincts qu'Antonin Artaud ou George Orwell.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel rapport entre un po&#232;te aux mains blanches et des ouvriers aux id&#233;es noires ? Sans doute une communaut&#233; de vues quant &#224; l'ex&#233;cration des formes prises par le capitalisme naissant. Et voil&#224; que, dans le nord de l'Angleterre, entre 1811 et 1813, des travailleurs du textile, se disant &#171; luddites &#187;, bris&#232;rent quelques milliers de machines install&#233;es l&#224; par la r&#233;volution industrielle. Loin d'&#234;tre les p&#233;quenots r&#233;trogrades qu'a d&#233;peints l'historiographie, ils n'&#233;taient pas davantage les technophobes pr&#233;curseurs que voient en eux certaines franges de l'&#233;cologie radicale. Ce qu'ils combattaient, c'&#233;tait le &#171; syst&#232;me &#187; de l'usine, voleur de temps et avilissant, qui s'est &#233;tendu depuis, sous divers avatars, &#224; toute l'activit&#233; humaine. Ils le rejetaient parce qu'il les affamait en rempla&#231;ant leur savoir-faire par des machines, mais aussi parce qu'ils jugeaient nocif l'esprit de lucre et de domestication qui s'incarnait dans les nouvelles techniques de production. Et pour lui r&#233;sister, ils n'avaient d'autre ressource que de saboter ce syst&#232;me en bousillant son attirail. Pour &#233;craser cette r&#233;volte, une union sacr&#233;e se forma entre tous les poss&#233;dants, et la r&#233;pression fut implacable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les luddites &#233;taient-ils des punks avant la lettre ? La volupt&#233; du &#171; destroy &#187; est certes une volupt&#233; cr&#233;atrice ; cependant le rejet que l'industrialisation suscita d'embl&#233;e chez les pauvres et les po&#232;tes ne se limitait pas &#224; un &#171; no future &#187; d&#233;pit&#233; ou rageur face &#224; la m&#233;canique broyeuse du capitalisme. Car ni les luddites ni Shelley ne r&#233;cusaient l'innovation technique en elle-m&#234;me, pourvu qu'elle serve au bien de tous &#8211; et pas seulement &#224; la domination de quelques profiteurs&#8230; Pourvu, donc, qu'elle respecte le vivant et satisfasse aux d&#233;sirs humains de libert&#233; et de dignit&#233;, m&#233;ritant ainsi sans antiphrase le beau nom de &#171; progr&#232;s &#187;, si galvaud&#233; qu'il en est devenu terrifiant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Shelley, &lt;a href=&#034;http://www.insomniaqueediteur.org/publications/ecrits-de-combat&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;&#201;crits de combat&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; ; Julius Van Daal, &lt;a href=&#034;http://www.insomniaqueediteur.org/publications/la-colere-de-ludd&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;La Col&#232;re de Ludd&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, tous deux chez L'insomniaque &#233;diteur.&lt;/p&gt;
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