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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; Nous &#233;tions modestes et d&#233;termin&#233;s &#187;</title>
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		<dc:creator>Gilles Lucas</dc:creator>


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&lt;p&gt;Que reste-il de &#171; La Marche pour l'&#233;galit&#233; des droits et contre le racisme &#187; de 1983 ? Trente ans plus tard, cet &#233;v&#233;nement, qui marque d'une pierre blanche la vocation des immigr&#233;s &#224; rester en France, appelle un inventaire en demi-teinte. Certains participants de l'&#233;poque &#233;voquent aujourd'hui une situation encore plus d&#233;grad&#233;e. Bref retour sur le pass&#233; et &#233;tat &#8211; non exhaustif &#8211; des lieux&#8230; &#171; Mon p&#232;re disait : &#8220;les Fran&#231;ais m'ont march&#233; dessus, ils m'ont humili&#233;, j'&#233;tais vou&#233; &#224; &#231;a quand je (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no115-octobre-2013" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;115 (octobre 2013)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Que reste-il de &#171; La Marche pour l'&#233;galit&#233; des droits et contre le racisme &#187; de 1983 ? Trente ans plus tard, cet &#233;v&#233;nement, qui marque d'une pierre blanche la vocation des immigr&#233;s &#224; rester en France, appelle un inventaire en demi-teinte. Certains participants de l'&#233;poque &#233;voquent aujourd'hui une situation encore plus d&#233;grad&#233;e. Bref retour sur le pass&#233; et &#233;tat &#8211; non exhaustif &#8211; des lieux&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_842 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH306/dossier-tous-du-gibier-f8bd4.jpg?1768730590' width='400' height='306' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Amadou Gaye.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Mon p&#232;re disait : &#8220;les Fran&#231;ais m'ont march&#233; dessus, ils m'ont humili&#233;, j'&#233;tais vou&#233; &#224; &#231;a quand je suis n&#233;&#8221;. Il a toujours eu peur dans tous les actes de sa vie, peur d'&#234;tre expuls&#233;, peur au travail, dans le bus, &#224; la maison quand on mettait la musique, le poste de radio ou la t&#233;l&#233; trop fort.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;Nous, on &#233;tait impr&#233;gn&#233; de &#231;a. C'est pour &#231;a qu'on avait peur de la police, et que &#231;a se transforme maintenant en haine.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;Il ne fallait surtout pas parler &#224; mon p&#232;re de nationalit&#233; fran&#231;aise. C'&#233;tait une trahison. Chez nous il y a un terme pour &#231;a : n'traiz&#242;. &#199;a veut dire la &#8220;trahison supr&#234;me&#8221;.&lt;/i&gt; &#187; En quelques mots, Rachid Kaci&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Propos tir&#233;s du film M&#233;moires d'immigr&#233;s (1997 ) de Yamina Benguigui. Pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; dont les parents venus d'Alg&#233;rie sont arriv&#233;s en France en 1955, d&#233;crit l'&#233;tat d'esprit dans lequel toute une g&#233;n&#233;ration d'enfants d'immigr&#233;s a grandi. Pendant plusieurs d&#233;cennies, les masses de main-d'&#339;uvre venues du sud de la M&#233;diterran&#233;e auront v&#233;cu dans cette crainte permanente o&#249; survivre exigeait de se faire discret et de devoir &#171; baisser la t&#234;te &#187;. Ce sentiment-l&#224; mettra de nombreuses ann&#233;es avant de s'&#233;roder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rel&#233;gu&#233;es et entass&#233;es dans les cit&#233;s &#224; la p&#233;riph&#233;rie des villes, ces populations se prennent de plein fouet la crise de 1973. Licenciements, fermetures d'usine, d&#233;gradations des conditions de vie multiplient les effets de l'exclusion et aggravent la pr&#233;carit&#233;. Les jeunes errent au bas des immeubles o&#249; rares sont les locaux mis &#224; leur disposition. Sentiment d'injustice li&#233; &#224; cette fatalit&#233; d'&#234;tre d&#233;finitivement exclus de l'abondance marchande, col&#232;re et inqui&#233;tude face aux crimes racistes&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entre 1973 et 1983, date de la &#171; Marche pour l'&#233;galit&#233; des droits et contre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, d&#233;brouille et petits d&#233;lits de survie pour certains, &#8211; alors que dans un premier temps, il ne s'agit que de &#171; conneries &#187;, activit&#233;s largement partag&#233;es par toutes les jeunesses &#8211; ils vont tous &#234;tre d&#233;sign&#233;s par les autorit&#233;s comme des d&#233;linquants et criminels. En 1979, les forces de police interviennent dans le quartier de la Grappini&#232;re dans l'Est lyonnais pour r&#233;primer ces jeunes, quelles que soient leurs origines, qui d&#233;robent des voitures et se livrent &#224; des rod&#233;os, dont la mode s'est r&#233;pandue depuis deux ann&#233;es. La police rencontre alors une forte r&#233;sistance. Ces affrontements vont r&#233;guli&#232;rement se reproduire dans divers quartiers de Vaulx-en-Velin et de Villeurbanne, exacerb&#233;s par la violence des forces de l'ordre, d&#233;j&#224; teint&#233;e d'une multitude d'exactions &#224; connotation raciste. Charles Hernu, maire de Villeurbanne, parlera de &#171; &lt;i&gt;vivier de la d&#233;linquance &#224; &#233;radiquer&lt;/i&gt; &#187;. Avec l'arriv&#233;e de la gauche au pouvoir en 1981, Gaston Deferre, ministre de l'Int&#233;rieur, pr&#233;conise, une r&#233;ponse men&#233;e avec la plus grande fermet&#233; en r&#233;ponse &#224; la d&#233;fiance et aux protestations d'un grand nombre de policiers braqu&#233;s par plusieurs d&#233;cisions gouvernementales : une circulaire avait suspendu les expulsions et interdit celles concernant les &#233;trangers n&#233;s ou entr&#233;s en France avant l'&#226;ge de dix ans, la peine de mort avait &#233;t&#233; abrog&#233;e et Robert Badinter, ministre de la Justice, proposait d'exercer des contr&#244;les sur les activit&#233;s de la police, mesure &#233;cart&#233;e sous la pression de Gaston Deferre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les quartiers de la p&#233;riph&#233;rie lyonnaise, devenus d'intol&#233;rables zones d'insubordination sociale, la police va pouvoir donner libre court &#224; ses pratiques. Un groupe de jeunes de la cit&#233; des Minguettes, inquiets d'une possible d&#233;rive vers un affrontement perdu d'avance, d&#233;cident de pr&#244;ner une attitude pacifiste et ouverte au dialogue en mettant officiellement de c&#244;t&#233; leur col&#232;re contre la police. C'est dans ce sens que va organiser la &#171; Marche pour l'&#233;galit&#233; des droits et contre le racisme &#187;. &#171; &lt;i&gt;La question, c'&#233;tait le racisme. Il avait parfois le visage de la police, d'autres fois celui de n'importe quel connard qui passe. Je le pense encore aujourd'hui. Je n'ai pas de discours sur la police : on sait que c'est une institution r&#233;pressive qui vise &#233;videmment une certaine population. Ce sont les classes populaires parce qu'elles sont forc&#233;ment criminalis&#233;es &#224; partir du moment elles ne veulent pas &#234;tre des esclaves&lt;/i&gt; &#187;, explique Marie-Laure, marcheuse de 83. &#171; &lt;i&gt;Notre discours &#233;taient finalement tr&#232;s &#171; peace and love &#187;. Nous &#233;tions modestes et d&#233;termin&#233;s. On ne craignait pas la r&#233;cup&#233;ration, m&#234;me si on savait que des contacts avaient &#233;t&#233; pris par d'autres aupr&#232;s des minist&#232;res. Quand la t&#233;l&#233;, la presse, des ministres, des dirigeants syndicaux sont venus vers nous, on s'est dit que notre marche avait du cr&#233;dit. &#199;a nous a regonfl&#233;. On s'est rassembl&#233; autour d'une prise de position simple : &#8220;Ce n'est pas admissible ce qui se passe. C'est plus possible. On marche et on verra&#8221;. &lt;/i&gt; &#187; Et trente ans apr&#232;s ? &#171; &lt;i&gt;Les quartiers sont toujours aussi d&#233;grad&#233;s. Les flics sont plus arm&#233;s. Les crimes racistes n'ont pas chang&#233;. L'avenir des gens a empir&#233;. Mais aussi, paradoxalement, il y a un esprit critique plus fort en m&#234;me temps qu'il y a une ali&#233;nation plus pr&#233;sente notamment &#224; travers la consommation&lt;/i&gt; &#187;, poursuit-elle.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_844 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;6&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH349/dossier-les-minguettes02-19536.jpg?1768649154' width='500' height='349' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sa&#239;d, habitant des quartiers nord de Marseille, s'il n'a pas march&#233; en 83, avait n&#233;anmoins particip&#233; &#224; l'organisation de la Marche. Il raconte : &#171; &lt;i&gt;&#192; cette &#233;poque, je travaillais &#224; Radio Gazelle et dans des associations de quartiers de jeunes issus de l'immigration. Il y avait eu r&#233;cemment trois &#233;v&#233;nements graves : Houari Ben Mohammed avait &#233;t&#233; abattu par un CRS dans les quartiers nord en 1980, l'ann&#233;e suivante, une bombe avait explos&#233; dans la cit&#233; d'urgence du Baou et d&#233;but mars 83, des explosifs avaient &#233;t&#233; lanc&#233;s contre des enfants dans cette m&#234;me cit&#233; des quartiers sud. Avant le d&#233;part de la &#8220;Marche&#8221;, on a fait symboliquement une manifestation du Sud au Nord qui reliait les diff&#233;rentes cit&#233;s o&#249; avaient eu lieu des crimes racistes. Toute cette &#233;poque a &#233;t&#233; un moment de rencontres avec des associations d'autres r&#233;gions qui faisaient la m&#234;me chose que nous. Les situations &#233;taient les m&#234;mes et on &#233;tait d'accord sur tout.&lt;/i&gt; &#187; Dans les ann&#233;es suivantes, l'ambiance se transforme. &#171; &lt;i&gt;Il y a eu beaucoup de discussions. Certains voulaient se regrouper exclusivement entre personnes d'origine arabe. Et d'autres disaient qu'il fallait que ce soit ouvert. Et Convergence 84 a d&#233;cid&#233; de faire un truc pas uniquement destin&#233; aux gens d'origine arabe. J'ai vu aussi de tr&#232;s pr&#232;s l'arriv&#233;e de Sos Racisme. J'ai pens&#233; que &#231;a avait l'air sympathique comme &#233;l&#233;ment f&#233;d&#233;rateur. J'ai propos&#233; que les associations de terrains travaillent avec. Mais leur objectif n'&#233;tait pas le m&#234;me. Ils avaient peur de ce mouvement qui &#233;tait autonome et qui avait des revendications sur la question de l'&#233;galit&#233; des droits, contre les crimes racistes, pour que la justice fasse son travail.&lt;/i&gt; &#187; Aujourd'hui, l'association des potes, cr&#233;&#233;e sur mesure pour servir les ambitions de certains carri&#233;ristes au sein du parti socialiste&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ainsi, dans Le Monde du 13 juin 2002, Malek Boutih, pr&#233;sident de SOS Racisme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, est parvenue &#224; faire l'unanimit&#233; contre elle dans les quartiers. Apr&#232;s une p&#233;riode de reflux, le Mouvement de l'immigration et des banlieues (MIB) engagera &#224; nouveau, &#224; partir de 1995, des combats incessants contre le racisme et contre les bavures polici&#232;res. Inscrivant son activit&#233; au nom de l'application du droit, de l'&#233;galit&#233; et de la justice, il est en grande partie l'initiateur des &#171; comit&#233;s v&#233;rit&#233; et justice &#187; rassemblant amis et familles de victimes de crimes racistes et de bavures polici&#232;res, exigeant des proc&#232;s &#233;quitables et protestant contre l'impunit&#233; des assassins&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 2007, 2008 et 2009, le MIB avait &#233;t&#233; l'un des initiateurs de Forums des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la Marche de 83, elle-m&#234;me, Sa&#239;d poursuit : &#171; &lt;i&gt;Elle a apport&#233; une visibilit&#233; des quartiers et des jeunes issus de l'immigration. Elle a permis que d'autres choses arrivent.&lt;/i&gt; &#187; Parmi les avanc&#233;es, on note l'instauration d'une carte de dix ans, promise par Mitterrand au soir de l'arriv&#233;e de la Marche, qui indique clairement que les immigr&#233;s ne sont plus consid&#233;r&#233;s comme une main-d'&#339;uvre passag&#232;re, corv&#233;able puis jetable, mais comme une population ayant vocation &#224; rester sur le territoire et &#224; participer de plein droit &#224; la vie du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alain, la bonne soixantaine, s'occupe d'une association de locataires dans le quartier de la Busserine. Il n'avait pas particip&#233; &#224; la Marche de 83. &#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait une r&#233;action contre le laisser-aller par rapport aux crimes racistes. Il me semble que c'&#233;tait uniquement bas&#233; sur le compassionnel. Aujourd'hui, c'est s&#251;r que, dans les cit&#233;s, le souvenir en est tr&#232;s fort. C'est une empreinte, m&#234;me si ailleurs la chose a &#233;t&#233; oubli&#233;e. Mais, encore maintenant, c'est toujours le faci&#232;s qui domine. Les jeunes d'ici, quand ils cherchent du travail, ils sont oblig&#233;s de mentir sur leur adresse, comme s'ils devaient en avoir honte.&lt;/i&gt; &#187; A la discrimination raciale s'est greff&#233;e une rel&#233;gation territoriale de plus en plus stigmatisante. Ce que confirme Sid, le responsable de cette m&#234;me association : &#171; &lt;i&gt;Depuis 83, rien n'a vraiment chang&#233;. &#199;a a m&#234;me empir&#233; dans les quartiers.&lt;/i&gt; &#187; Et Joss, un jeune gars du quartier de Saint-Mauront &#224; Marseille, d'enfoncer le clou : &#171; &lt;i&gt;Aujourd'hui, les racistes ne se cachent plus. Tout est d&#233;grad&#233;, les immeubles sont d&#233;gueulasses, il n'y a pas assez d'endroits pour que les jeunes fassent autre chose. Rien n'est entretenu, rien n'est nettoy&#233;. Dans mon quartier, ils ont mis deux mois pour remplacer un panier de basket&#8230; On nous ghetto&#239;se !&lt;/i&gt; &#187; Alain, lui, ne veut pas sombrer dans le d&#233;sespoir : &#171; &lt;i&gt;C'est une histoire de riches et de pauvres o&#249; ces derniers sont trait&#233;s comme s'ils n'avaient pas d'instruction et d'intelligence. Mais il faut savoir une chose : si la R&#233;publique a aujourd'hui un lieu o&#249; elle s'exprime, c'est dans les quartiers. C'est l&#224; o&#249; l'on voit na&#238;tre des mouvements de responsabilisations.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lendemain de la Marche, des centaines de collectifs avaient essaim&#233; partout en France, cherchant &#224; faire perdurer cette exp&#233;rience de lien social et de transversalit&#233;. Aujourd'hui encore, hors du flux tendu des &#233;v&#233;nements, des collectifs de quartier tentent de mutualiser leurs perspectives. Rendu public d&#233;but septembre 2013, l'appel du Collectif des quartiers populaires de Marseille et Environs pr&#233;cisait : &#171; &lt;i&gt; Ce collectif&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;est n&#233; de l'aspiration l&#233;gitime, et pour l'heure inachev&#233;e, &#224; l'&#233;galit&#233; de droits, &#224; l'&#233;galit&#233; de traitements et &#224; terme &#224; l'&#233;galit&#233; des conditions d'existence ! Le CQPM s'engage &#224; rester solidaire des luttes populaires de nos quartiers et &#224; ne les trahir ni dans la forme ni dans le fond. Constat partag&#233;, discut&#233; et finalis&#233; sur la base du rejet des simplifications : nous refusons toutes les formes de violence !&lt;/i&gt; &#187; Rejet des simplifications ? Une position qui tranche avec l'audience que rencontrent depuis quelques ann&#233;es les th&#232;ses funestes d'Alain Soral et de Dieudonn&#233;. Sur le terreau fertile de la victimisation, le recyclage du vieux mythe du complot &#171; jud&#233;o-ma&#231;onnique &#187;, grim&#233; en ricanement anti-syst&#232;me, arrive &#224; trouver &#233;cho aupr&#232;s d'une partie de la population issue de l'immigration, qui, apr&#232;s avoir perdu les moyens d'une critique g&#233;n&#233;rale sur ses conditions de vie, s'identifie, de loin, aux Palestiniens face &#224; l'&#233;tat d'Isra&#235;l. Les signes de cette confusion se distillent dans les esprits &#224; travers la toile, o&#249; les d&#233;lires les plus simplistes pullulent. &#171; &lt;i&gt;C'est impossible de nier qu'il y a un complot jud&#233;o-ma&#231;onnique&lt;/i&gt; &#187;, pr&#233;tend savoir Ahmed, la quarantaine, lui-m&#234;me travaillant dans les m&#233;dias &#224; Marseille. Ces complaisances, assum&#233;es ou non, avec l'extr&#234;me droite pourront-elles faire longtemps illusion chez ceux qui constituent toujours les cibles les plus expos&#233;es des discours s&#233;curitaires et x&#233;nophobes ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_843 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH366/dossier-femme-avec-chien-33208.jpg?1768731261' width='500' height='366' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Amadou Gaye.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Trente ans apr&#232;s la Marche de 83 et &#171; &lt;i&gt;cette exp&#233;rience inoubliable de d&#233;mocratie transversale&lt;/i&gt; &#187; que rappelle Marie-Laure et que confirme Sa&#239;d, quelques tentatives de r&#233;appropriation d'une parole autonome et collective cherchent toujours &#224; retrouver les chemins d&#233;truits sous les coups des politiques, des urbanistes et de la police&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Auxquels il faut ajouter l'arriv&#233;e massive de l'h&#233;ro&#239;ne notamment dans les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. Et cela, tout en r&#233;sistant &#224; cet air du temps qui r&#244;de, celui du raccourci, de l'ostracisation et de l'enfermement dont se r&#233;galent &#224; loisir les d&#233;fenseurs &#224; tout prix de l'ordre social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite du dossier &#034;1983 : la Marche pour l'&#233;galit&#233;&#034;, c'est &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Echec-a-l-auto-organisation&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;par ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Propos tir&#233;s du film &lt;i&gt;M&#233;moires d'immigr&#233;s&lt;/i&gt; (1997 ) de Yamina Benguigui. Pour Rachid Kaci, cette &#171; &lt;i&gt;impr&#233;gnation&lt;/i&gt; &#187; d'une m&#233;moire d'humiliation l'aura port&#233; au-del&#224; de ce ph&#233;nom&#232;ne d'empathie appel&#233; syndrome de Stockholm. Proche de Charles Pasqua en 1995, il rejoint Alain Madelin en 2002, puis anime ce courant de l'UMP dit de la &#171; Droite Libre pour une droite d&#233;complex&#233;e &#187;. Il est aujourd'hui sous-pr&#233;fet dans le d&#233;partement de la Vienne&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Entre 1973 et 1983, date de la &#171; Marche pour l'&#233;galit&#233; des droits et contre le racisme &#187;, plus d'une soixantaine de personnes d'origine immigr&#233;e ont &#233;t&#233; assassin&#233;s par des citoyens irascibles, des membres d'organisation d'extr&#234;me droite ou des fonctionnaires de police, nourrissant leur haine contre les pauvres d'un ressentiment raciste et postcolonial.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ainsi, dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 13 juin 2002, Malek Boutih, pr&#233;sident de SOS Racisme puis d&#233;put&#233; PS de l'Essonne, d&#233;non&#231;ait les &#171; &lt;i&gt;barbares des cit&#233;s&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;Il n'y a plus &#224; tergiverser, il faut leur rentrer dedans, taper fort, les vaincre, reprendre le contr&#244;le des territoires qui leur ont &#233;t&#233; abandonn&#233;s par des &#233;lus en mal de tranquillit&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Quant aux bavures commises par la police (qu'&#171; &lt;i&gt;il faut remettre au boulot &lt;/i&gt; &#187;), le &#171; &lt;i&gt;plus grand nombre de bavures n'est plus de son fait, c'est la racaille qui tue le plus dans les cit&#233;s&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En 2007, 2008 et 2009, le MIB avait &#233;t&#233; l'un des initiateurs de Forums des quartiers populaires durant lesquels des dizaines d'associations et collectifs de banlieues s'&#233;taient rencontr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Auxquels il faut ajouter l'arriv&#233;e massive de l'h&#233;ro&#239;ne notamment dans les banlieues de l'Est lyonnais, &#224; partir de 1984, ce qui va engendrer nombre de conflits et de divisions dans cette jeunesse rebelle des quartiers.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#201;chec &#224; l'auto-organisation</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Echec-a-l-auto-organisation</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Echec-a-l-auto-organisation</guid>
		<dc:date>2013-12-03T04:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Amadou Gaye</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>luttes</dc:subject>
		<dc:subject>mouvement</dc:subject>
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		<dc:subject>crimes racistes</dc:subject>
		<dc:subject>Minguettes</dc:subject>
		<dc:subject>mouvement beur</dc:subject>
		<dc:subject>Marche s'est</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le 15 octobre 1983, quelques dizaines de marcheurs et marcheuses partent de Marseille dans une relative indiff&#233;rence, et finissent par rassembler plus de 60 000 personnes &#224; l'arriv&#233;e &#224; Paris, le 3 d&#233;cembre 1983. Dans un contexte de tension entre policiers et jeunes d'origine immigr&#233;e de la banlieue lyonnaise, il s'agissait &#224; l'origine de sortir de l'&#171; isolement collectif &#187;, d'&#233;chapper &#224; la violence entretenue par les forces de l'ordre et de cr&#233;er des ponts entre les quartiers populaires et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no115-octobre-2013" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;115 (octobre 2013)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/luttes" rel="tag"&gt;luttes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mouvement" rel="tag"&gt;mouvement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Paris" rel="tag"&gt;Paris&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Marseille" rel="tag"&gt;Marseille&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Marche" rel="tag"&gt;Marche&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/crimes-racistes" rel="tag"&gt;crimes racistes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Minguettes" rel="tag"&gt;Minguettes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mouvement-beur" rel="tag"&gt;mouvement beur&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Marche-s-est" rel="tag"&gt;Marche s'est&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 15 octobre 1983, quelques dizaines de marcheurs et marcheuses partent de Marseille dans une relative indiff&#233;rence, et finissent par rassembler plus de 60 000 personnes &#224; l'arriv&#233;e &#224; Paris, le 3 d&#233;cembre 1983. Dans un contexte de tension entre policiers et jeunes d'origine immigr&#233;e de la banlieue lyonnaise, il s'agissait &#224; l'origine de sortir de l'&#171; isolement collectif &#187;, d'&#233;chapper &#224; la violence entretenue par les forces de l'ordre et de cr&#233;er des ponts entre les quartiers populaires et le reste du pays. Tr&#232;s vite, seuls le geste pacifique de la main tendue &#224; l'ensemble de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise et l'image apais&#233;e de la jeunesse maghr&#233;bine ont &#233;t&#233; retenus par les m&#233;dias et le pouvoir socialiste.&#171; &lt;i&gt;Ce n'est pas aux jeunes immigr&#233;s de jouer les &#233;claireurs de la France &#339;cum&#233;nique&lt;/i&gt; &#187;, affirmaient &#224; l'&#233;poque les jeunes de la cit&#233; Gutenberg de Nanterre, en contre-pied &#224; l'ambiance consensuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s trente ans de tentatives de captation politique et de stigmatisation durable des quartiers, et tandis qu'on nous bassine encore et toujours avec l'&#171; int&#233;gration &#187;, retour sur ce moment o&#249;, en d&#233;pit de &#8211; ou gr&#226;ce &#224; &#8211; sa na&#239;vet&#233;, l'on osait affirmer : &#171; &lt;i&gt;On est chez nous ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; &lt;i&gt;On n'a pas fini de marcher ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Mogniss H. Abdallah est l'animateur de l'agence &lt;a href=&#034;http://www.agence-immedia.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;IM'm&#233;dia&lt;/a&gt; et l'auteur de &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://editionslibertalia.com/Rengainez-on-arrive&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Rengainez, on arrive !&lt;/a&gt; Chroniques des luttes contre les crimes racistes ou s&#233;curitaires&lt;/i&gt; (&#233;d. Libertalia, 2012). T&#233;moin et acteur pivot des trente ann&#233;es &#233;coul&#233;es, il revient pour &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; sur l'histoire des luttes de l'immigration et des banlieues.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_839 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH329/dossier-flambeau1983-2-0b90b.jpg?1769080217' width='500' height='329' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Amadou Gaye.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : Comment s'est cr&#233;&#233; IM'm&#233;dia ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mogniss H. Abdallah&lt;/strong&gt; : Au printemps 1983, j'encadre un stage sur les m&#233;dias &#224; Bron, pr&#232;s des Minguettes, avec des jeunes des cit&#233;s de Paris, de la cit&#233; Gutenberg de Nanterre, de St-&#201;tienne et Marseille, eux-m&#234;mes impliqu&#233;s dans les luttes contre les crimes racistes ou s&#233;curitaires, les violences polici&#232;res, les questions de relogement et les expulsions. Dans le m&#234;me temps, les embrouilles avec les flics sont permanentes aux Minguettes, jusqu'&#224; ce fameux 19 juin o&#249; Toumi Dja&#239;dja, militant associatif de SOS Minguettes, se fait blesser par balle par un flic. Auparavant, le 21 mars, il y avait eu des affrontements aux Minguettes, suivis d'une gr&#232;ve de la faim de jeunes sur place. Puis un collectif &lt;i&gt;ad hoc&lt;/i&gt; de soutien &#224; Toumi se cr&#233;e avec le cur&#233; Christian Delorme, c'est l&#224; que germe l'id&#233;e d'une grande marche. L'objectif &#233;tait de sortir de la gu&#233;guerre priv&#233;e entre les jeunes et les flics et de poser des enjeux centraux sur les questions de police et de justice mais aussi de logement, de travail ou de revenu. Notre stage a abouti &#224; un film, &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.etatdexception.net/?p=5773&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Minguettes 1983&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, qui retrace toute cette histoire. Apr&#232;s le stage, les participants d&#233;cident de cr&#233;er l'agence IM'm&#233;dia, (Immigration &amp; M&#233;dia). Il y avait la volont&#233; d'affirmer qu'on n'&#233;tait pas une g&#233;n&#233;ration spontan&#233;e ou une g&#233;n&#233;ration z&#233;ro mais qu'on avait une histoire, mais aussi des exp&#233;riences personnelles &#224; partager.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la Marche, on a &#233;t&#233; un peu le poil &#224; gratter en maintenant la pression sur la dimension des crimes racistes et des violences polici&#232;res, dimension qui a &#233;t&#233; &#233;dulcor&#233;e, notamment par les socialistes pour lesquels il &#233;tait hors de question de toucher aux rouages de l'&#201;tat. Les m&#233;dias aussi ont lourdement insist&#233; sur une dimension non-violente et &#339;cum&#233;nique, citant &#224; l'envi Gandhi et Martin Luther King, valorisant m&#234;me des sc&#232;nes de fraternisation avec les motards de la police. Nous avons avec des associations ou groupes ind&#233;pendants organis&#233; des forums Justice y compris sur le parcours de la marche et nous avons vu notre position renforc&#233;e &#224; la fin de la Marche &#224; cause de l'effet provoqu&#233; par la d&#233;fenestration du train Bordeaux-Vintimille, le 14 novembre, de Habib Grimzi, un jeune touriste alg&#233;rien, par trois l&#233;gionnaires. A la m&#234;me p&#233;riode, un rassemblement des familles de victimes de crimes racistes s'est constitu&#233;, qui deviendra plus tard les &#171; Folles de la place Vend&#244;me &#187;, sur le mod&#232;le des M&#232;res de la place de Mai en Argentine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels souvenirs gardes-tu de la Marche ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand nous sommes partis de Marseille, les m&#233;dias, &#224; commencer par la presse postgauchiste, s'en foutaient compl&#232;tement, &#224; part Bernard Langlois qui animait l'&#233;mission &#171; R&#233;sistances &#187; sur Antenne 2, l'&#233;mission &#171; Mosa&#239;ques &#187; sur FR3 et quelques correspondants locaux comme le photographe Pierre Ciot, pigiste &#224; l'AFP &#224; Marseille. Un copain avait propos&#233; &#224; Serge July, le directeur de Lib&#233;ration, de faire un carnet de route quotidien et s'&#233;tait fait envoyer bouler. On a alors mont&#233; un p&#244;le de m&#233;dias alternatifs avec des journaux comme &lt;i&gt;Sans Fronti&#232;re&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Expressions immigr&#233;s-Fran&#231;ais&lt;/i&gt; (le canard de la Fasti), des fanzines comme &lt;i&gt;Rencar&lt;/i&gt; (Corbeil) et des radios libres, Radio Gazelle &#224; Marseille, radio Trait d'union &#224; Lyon, radio Soleil &#224; Paris. On fonctionnait par t&#233;l&#233;phone ou avec des cassettes &#8211; il n'y avait ni Internet ni podcasts &#224; l'&#233;poque ! &#8211; qu'on confiait &#224; des voyageurs qui devaient les livrer &#224; l'arriv&#233;e &#224; des copains qui attendaient &#224; la gare de Lyon. La moiti&#233; des cassettes a d&#251; se perdre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens de l'&#233;tape de Grenoble qui a &#233;t&#233; la plus multi-communautaire avec un inter-collectif qui r&#233;unissait des Espagnols, des Turcs, des Portugais, des Italiens. C'est int&#233;ressant de le rappeler par rapport au pli &#171; Marche des beurs &#187; qui a &#233;t&#233; pris. Cette appellation est fausse et &#233;nerve tout le monde, mais il y a bien eu une tendance &#224; r&#233;duire la marche &#224; une dimension franco-maghr&#233;bine. L'affiche de la Marche, o&#249; on voit un gars qui marche avec une babouche et une charentaise donne d&#233;j&#224; cette tonalit&#233;-l&#224;. Mais &#231;a ne correspond pas &#224; la volont&#233; initiale de marquer la l&#233;gitimit&#233; de la pr&#233;sence des gens issus de l'immigration, toutes origines confondues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre souvenir amusant, c'est &#224; l'arriv&#233;e &#224; Paris, je me retrouve, je ne sais plus trop comment, &#224; filtrer les gens qui voulaient intervenir sur le podium o&#249; c'&#233;tait un franc bordel. Je vois arriver six ou huit balaises, type service d'ordre de la CGT, qui poussent des coudes pour faire monter un monsieur avec une &#233;charpe tricolore, je reconnais Paul Mercieca, le maire de Vitry-sur-Seine, celui-l&#224; m&#234;me qui avait fait d&#233;molir au bulldozer un foyer devant accueillir 300 travailleurs immigr&#233;s. Je lui ai dit : &#171; &lt;i&gt;Toi tu d&#233;gages ou j'appelle le bulldozer !&lt;/i&gt; &#187; (rires). Il faut dire aussi que le PCF &#233;tait plut&#244;t hostile &#224; la Marche : il y voyait une op&#233;ration anticommuniste du PS et des gauchistes mettant en valeur des voyous immigr&#233;s ainsi qu'une op&#233;ration pour d&#233;nigrer le maire communiste de V&#233;nissieux, Marcel Houel. D'ailleurs, &#224; la derni&#232;re f&#234;te de l'Huma, consid&#233;r&#233;e comme le rendez-vous social et politique incontournable de la rentr&#233;e, il n'y a pas eu d&#233;bat sur la Marche, alors que Jamel Debbouze, qui joue dans un film sur cette Marche, &#233;tait l'invit&#233; d'honneur. Sauf au stand de l'asso AC le feu, avec une expo de la Caravane de la m&#233;moire, &#224; laquelle participe IM'm&#233;dia. C'est sid&#233;rant de voir que 30 ans apr&#232;s, pour le PCF, la Marche ne fait toujours pas partie du patrimoine ouvrier national. Pourtant le PC a beaucoup chang&#233; sur ces questions-l&#224;, par la force des choses ; il y a trente ans, il &#233;tait hostile au droit de vote des &#233;trangers.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_840 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;6&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH365/dossier-les-minguettes01-0272e.jpg?1768667964' width='500' height='365' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apr&#232;s l'arriv&#233;e de pr&#232;s de 80 000 personnes le 3 d&#233;cembre, on a l'impression que suit une p&#233;riode assez confuse. Et qu'il manque de passerelle entre le &#171; mouvement beur &#187; et le mouvement social.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la foul&#233;e de la Marche, il y a aussi l'ouverture au centre Beaubourg d'une grosse expo sur les enfants de l'immigration. Le jour m&#234;me de l'inauguration de l'expo, le personnel de nettoyage, principalement immigr&#233;, est en gr&#232;ve. Apr&#232;s le discours inaugural, au moment o&#249; le gratin culturel, Jack Lang et Georgina Dufoix, secr&#233;taire d'&#201;tat &#224; la Famille, &#224; la Population et aux Travailleurs immigr&#233;s, montent &#224; l'&#233;tage pour d&#233;guster les petits-fours, j'interpelle les invit&#233;s : &#171; &lt;i&gt;Maintenant, c'est le moment du choix, il y a ceux qui montent avec les ministres et ceux qui descendent au sous-sol pour soutenir les travailleurs-euses du nettoyage.&lt;/i&gt; &#187; On a pu voir la plupart des exposants pr&#233;f&#233;rer les mondanit&#233;s, c'est l&#224; o&#249; j'ai utilis&#233; la premi&#232;re fois la notion de &#171; &lt;i&gt;beurgeois&lt;/i&gt; &#187;. Le cha&#238;non manquant&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Autre signe de ce cha&#238;non manquant entre le &#171; mouvement beur &#187; et le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, il est dans cette course &#224; la reconnaissance, aux strapontins, qui fait que des gens sont pr&#234;ts &#224; tourner le dos &#224; des gr&#233;vistes dont certains pouvaient &#234;tre leurs parents. Par la suite, les socialistes ont vraiment jou&#233; le ressort des fils et filles d'immigr&#233;s contre leurs parents, des r&#233;guliers contre les irr&#233;guliers, et &#171; la fin des immigr&#233;s &#187;. Le journal &lt;i&gt;Sans-fronti&#232;re&lt;/i&gt; s'arr&#234;te. Son dernier num&#233;ro, paru en 1985, titre : &#171; Ciao l'immigration ! &#187; Dans la m&#234;me p&#233;riode, les socialistes officialisent les centres de r&#233;tention !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En fait l'apr&#232;s Marche n'ouvre-t-elle pas une d&#233;cennie de r&#233;cup&#233;ration politique ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;cup&#233;ration est en trois temps. D&#232;s le d&#233;part, on l'a vu, il y a cette tendance &#224; zapper les violences polici&#232;res et &#171; &lt;i&gt; la justice &#224; deux vitesses&lt;/i&gt; &#187;, au point d'oublier l'origine de la mobilisation. Ensuite, il y a la volont&#233; du gouvernement et du PS d'essayer de capter les leaders naturels dans le &#171; mouvement beur &#187; par toute une s&#233;rie de dispositifs &#8211; on parlera plus tard de &#171; discrimination positive &#187;. Mais, comme il y a eu rapidement une s&#233;rie d'accrocs dans le rapport entre le &#171; mouvement beur &#187; et le pouvoir &#8211; notamment avec Convergence 84 qui mettait l'accent sur l'&#233;galit&#233; des droits et non sur un anti-racisme abstrait et refusait le parrainage des socialistes &#8211; ces derniers ont d&#233;cid&#233;, en 1985, de cr&#233;er SOS Racisme de toutes pi&#232;ces, avec une direction int&#233;gr&#233;e et sans aucune marge pour l'autonomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1984, toute une s&#233;rie d'acteurs de la Marche ont commenc&#233; &#224; d&#233;crocher. La fin de la Marche s'est faite sur le mode &#171; la prise en charge est termin&#233;e &#187; ce qui a r&#233;v&#233;l&#233; le c&#244;t&#233; tr&#232;s boy-scout de certains organisateurs. Dans la m&#234;me p&#233;riode, il y a le sida et la diffusion de la drogue dans les quartiers, plusieurs n'y survivront pas. Apr&#232;s la Marche, des centaines d'associations ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;es localement mais tr&#232;s vite on assiste &#224; la volont&#233; politique de contr&#244;ler toute initiative, gr&#226;ce aux subventions notamment. Ce qu'on a appel&#233; le &#171; mouvement beur &#187; s'est vite &#233;puis&#233; comme force d'entra&#238;nement, bien qu'au niveau local des initiatives alimentent la flamme par &#224;-coups. Je pense &#224; la gr&#232;ve de la faim de Djida et Nasser contre le projet de loi Pasqua en 1986, ou plus tard au lancement du MIB&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la gr&#232;ve de la faim de Djida et Nasser en 1986 : cf. &#171; J'y suis, j'y (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOS Racisme a fonctionn&#233; comme une passerelle entre la jeunesse scolaris&#233;e et le PS, mais l'injonction d'int&#233;grer SOS faite aux jeunes des quartiers venait principalement de militants de la Ligue (LCR).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, je pense que le mot de &#171; r&#233;cup&#233;ration &#187; est tout compte fait partiel, il serait plus pertinent de parler d'instrumentalisation &#224; d'autres fins (par exemple le fait de reporter toute la responsabilit&#233; du racisme sur le FN). C'est aussi une illustration du rejet m&#234;me de l'id&#233;e de faire de la politique autrement en France : comme si les mouvements sociaux devaient voir leur accomplissement dans le jeu politique des partis et du pouvoir. C'est la n&#233;gation m&#234;me de la logique de contre-pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans quelle mesure les structures qui se voulaient ou se veulent issues des luttes de l'immigration n'ont pas tendance &#224; reproduire ce rapport d'aspiration vers le pouvoir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est s&#251;r que beaucoup optent pour des coups m&#233;diatiques plut&#244;t que de travailler &#224; l'auto-organisation qui ne peut exister que sur des luttes concr&#232;tes. Je prends l'exemple de la lutte des habitants de la cit&#233; Gutenberg &#224; Nanterre : c'est d'abord une lutte victorieuse pour le relogement des habitants des cit&#233;s de transit qui rejoint aussi la probl&#233;matique de la justice apr&#232;s l'assassinat d'Abdenbi Guemiah par un beauf le 23 octobre 1982. Ces questions de justice impliquent n&#233;cessairement un suivi dans la longue dur&#233;e et une volont&#233; d'aboutir &#224; des r&#233;sultats dans la lutte judiciaire, il ne s'agit pas de &#171; coup &#187;, de spectacle lors d'un proc&#232;s. Assurer le suivi, c'est notre devise. D'autre part, l'auto-organisation est aussi li&#233;e &#224; la n&#233;cessit&#233; d'ind&#233;pendance &#233;conomique des associations, or, la plupart du temps, soit &#231;a vire &#224; l'accoutumance aux subventions et &#224; la d&#233;pendance &#224; une commande publique politiquement versatile, soit &#231;a vire au business et &#224; des logiques compl&#232;tement entrepreneuriales. Pour les autres, c'est l'&#233;ternel retour de la pr&#233;carit&#233;. C'est une des raisons de l'impasse, mais ce n'est pas particulier aux quartiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 2005 appara&#238;t le mouvement des &#171; Indig&#232;nes de la R&#233;publique &#187;, qui revendique l'autonomie, voire le s&#233;paratisme, des luttes de l'immigration et rappelle la dimension post-coloniale du racisme en France&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi, je fais partie de ce courant aujourd'hui peut-&#234;tre minoritaire, pour qui l'articulation entre la question raciale et la question sociale est essentielle. Or les Indig&#232;nes de la R&#233;publique surfent sur l'abandon progressif de la question sociale et de la lutte des classes, en tout cas, ils en font une affaire secondaire. Ils ont raison de dire que la question coloniale et post-coloniale, dont ils font le centre de leur discours, a &#233;t&#233; minor&#233;e, mais ce qui me semble probl&#233;matique, c'est la d&#233;connexion avec la r&#233;alit&#233; sociale, ce qui par la suite peut emp&#234;cher des convergences ou des alliances concr&#232;tes. J'ai assist&#233; &#224; une discussion, dans le sud de la France, o&#249; un mineur, fils d'immigr&#233; italien, atteint de la tuberculose en raison de son travail, se voit r&#233;torquer qu'il b&#233;n&#233;ficie n&#233;anmoins &#171; &lt;i&gt;du privil&#232;ge blanc&lt;/i&gt; &#187;. En gros, il est exclu de la classe des &#171; &lt;i&gt; plus-opprim&#233;s-que-moi-tu-meurs&lt;/i&gt; &#187; et sa parole est disqualifi&#233;e. La constitution d'un &#171; nous &#187; indig&#232;ne peut &#234;tre en ce sens-l&#224; excluant de la dimension sociale ainsi que des nouvelles provenances d'immigr&#233;s, qui ne sont pas issus des anciennes colonies fran&#231;aises, qu'ils soient chinois, turcs, sri-Lankais, tamouls, roms. De ce point de vue, le &#171; nous &#187; qui m'int&#233;resse est pluricommunautaire, internationaliste&#8230; mais je suis peut-&#234;tre un peu ringard de ce c&#244;t&#233;-l&#224; (rires).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Finalement qu'est-ce qui se joue dans cette comm&#233;moration des trente ans ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour moi, ce n'est pas la nostalgie st&#233;rile ou la m&#233;moire pour la m&#233;moire, mais clairement la transmission de l'histoire des luttes. D'ailleurs, d&#233;j&#224; lors de la Marche de 1983, il y a eu un rassemblement en m&#233;moire &#224; la journ&#233;e du 17 octobre 1961. En 1983, il y avait une r&#233;elle occultation d'&#233;tat, au point qu'&#224; Marseille un &#233;missaire du gouvernement nous avait explicitement mis en garde sur le fait qu'il ne fallait pas parler d'octobre 1961, ni de crimes d'&#233;tat, etc. Beaucoup de marcheurs n'avaient jamais entendu parler de 1961. Aujourd'hui, je n'ai pas l'impression que beaucoup connaissent la Marche de 1983&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un r&#233;cent sondage donnait 19 % de Fran&#231;ais qui se souvenaient ou avaient (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Par contre, en regard de la comm&#233;moration &#224; venir, on a plut&#244;t l'impression qu'il y a une usurpation par des gens qui n'y &#233;taient m&#234;me pas. Je me demande quel ph&#233;nom&#232;ne d'entra&#238;nement cela peut cr&#233;er.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a, par exemple, un film destin&#233; aux djeunes avec Jamel Debbouze, &lt;i&gt;La Marche&lt;/i&gt;, qui doit sortir le 27 novembre. Le film se termine sur une Georgina Dufoix qui se fait acclamer &#224; l'arriv&#233;e de la Marche &#224; Paris en annon&#231;ant sur le podium qu'une d&#233;l&#233;gation allait &#234;tre re&#231;ue &#224; l'&#201;lys&#233;e. Comme si c'&#233;tait une revendication de la Marche ! En plus, c'&#233;tait pr&#233;vu d&#232;s le d&#233;part. On en revient &#224; ce ph&#233;nom&#232;ne de captation par le politique, cela participe &#224; la volont&#233; de la majorit&#233; actuelle de montrer qu'elle avait soutenu la Marche et de masquer tous ses reniements post&#233;rieurs. Or, l'euphorie venait du sentiment de constituer une grande force collective, pas d'&#234;tre re&#231;us par Mitterrand. Ce qui est pr&#233;visible, c'est que le film va provoquer une grande frustration chez ceux qui iront le voir et c'est possible que certains soient demandeurs de contenu, c'est &#224; nous alors de proposer des pistes. En 1993, on avait, avec le comit&#233; national contre la double peine, organis&#233; un meeting &#224; la Bourse du travail &#224; Paris sur le th&#232;me &#171; O&#249; en est le mouvement ? &#187; assorti d'une projection en avant-premi&#232;re du film &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=UpxJrxqe4y0&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Douce France&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;. Bilan : les gens avaient une furieuse envie de refaire des choses ensemble et deux ans plus tard, &#231;a a donn&#233; le MIB. Trente ans apr&#232;s, l'enjeu c'est de savoir si cette envie, on peut la retrouver, et s'il y a une rel&#232;ve. Car si on veut se battre pour l'&#233;galit&#233; et contre le racisme, on n'a pas fini de marcher !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite du dossier &#034;1983 : la Marche pour l'&#233;galit&#233;&#034;, c'est &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Nous-etions-modestes-et-determines'&gt;par ici.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Autre signe de ce cha&#238;non manquant entre le &#171; mouvement beur &#187; et le mouvement ouvrier immigr&#233; : un mois apr&#232;s le succ&#232;s de la Marche, le 5 janvier 1984, une gr&#232;ve &#224; Talbot-Poissy oppose des travailleurs gr&#233;vistes immigr&#233;s aux jaunes du syndicat maison, qui agressent les premiers aux cris de &#171; &lt;i&gt;Au four&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;&#224; la Seine&lt;/i&gt; &#187;. A la m&#234;me &#233;poque les gr&#232;ves men&#233;es par les travailleurs immigr&#233;s dans l'automobile &#233;taient tax&#233;es d'&#171; &lt;i&gt;int&#233;gristes&lt;/i&gt; &#187; par le pouvoir socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sur la gr&#232;ve de la faim de Djida et Nasser en 1986 : cf. &#171; J'y suis, j'y reste ! &#187; in revue &lt;i&gt;Plein Droit&lt;/i&gt; n&#176; 98, octobre 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Un r&#233;cent sondage donnait 19 % de Fran&#231;ais qui se souvenaient ou avaient entendu parler de la Marche et 59 % qui estimaient que le racisme avait augment&#233; au cours des 30 derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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