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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>De plastique et d'os</title>
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&lt;p&gt;Bon &#233;l&#232;ve autoproclam&#233; de la transition verte, le Portugal a autoris&#233; en octobre 2019 l'extension de monocultures intensives sous plastique en plein milieu d'un parc naturel. La surface des sols occup&#233;s par d'interminables serre-tunnels pourrait bient&#244;t y tripler. Encore une fois, la d&#233;fense d'int&#233;r&#234;ts financiers ouvre le champ, en toute connaissance de cause, &#224; un d&#233;sastre &#233;cologique. Tout autant qu'humain : suivant le sinistre mod&#232;le andalou, cette agro-industrie pr&#233;datrice a massivement (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Bon &#233;l&#232;ve autoproclam&#233; de la transition verte, le Portugal a autoris&#233; en octobre 2019 l'extension de monocultures intensives sous plastique en plein milieu d'un parc naturel. La surface des sols occup&#233;s par d'interminables serre-tunnels pourrait bient&#244;t y tripler. Encore une fois, la d&#233;fense d'int&#233;r&#234;ts financiers ouvre le champ, en toute connaissance de cause, &#224; un d&#233;sastre &#233;cologique. Tout autant qu'humain : suivant le sinistre mod&#232;le andalou, cette agro-industrie pr&#233;datrice a massivement recours &#224; une main-d'&#339;uvre immigr&#233;e amen&#233;e &#224; travailler et vivre dans des conditions r&#233;voltantes. Ici comme ailleurs, l'espoir vient des populations qui, localement, organisent la lutte.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3545 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH474/-1698-5411a.jpg?1779680169' width='500' height='474' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Collage 6Col
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Cette r&#233;gion a d'abord &#233;t&#233; class&#233;e comme aire de paysage prot&#233;g&#233;. Et c'est vrai qu'ici le paysage a en soi une valeur exceptionnelle qu'il faut pr&#233;server.&lt;/i&gt; &#187; Nous avons retrouv&#233; Nuno Carvalho &#224; la terrasse d'un caf&#233; d'Odeceixe, joli village situ&#233; &#224; la limite entre Algarve et Alentejo. Nous sommes au centre du &#171; Parque Natural do Sudoeste Alentejano e Costa Vicentina &#187;, une zone class&#233;e Natura 2000 qui s'&#233;tend sur quelque 110 kilom&#232;tres le long de la magnifique c&#244;te sud-ouest du Portugal. Pourtant, &#224; une poign&#233;e de kilom&#232;tres de l&#224;, d'immenses serres saturent l'horizon&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nuno, ing&#233;nieur en environnement, est l'un des membres fondateurs de Juntos pelo Sudoeste (&#171; Ensemble pour le Sud-Ouest &#187;), collectif cr&#233;&#233; en r&#233;action &#224; l'autorisation d'extension de ces champs de plastique. Il d&#233;roule l'historique : &#171; &lt;i&gt;Il y avait d&#233;j&#224;, avant la cr&#233;ation du parc en 1995, un p&#233;rim&#232;tre d'irrigation d&#233;pendant de la rivi&#232;re Mira et du barrage de Santa Clara, mais essentiellement &#224; destination des habitants et d'une agriculture extensive. Il y a vingt ans, des multinationales se sont rendu compte qu'il y avait ici le climat parfait pour produire des fruits rouges &#8211; framboises, fraises, myrtilles... Une production tr&#232;s lucrative, notamment gr&#226;ce au boum de la demande dans les pays du nord de l'Europe, mais extr&#234;mement gourmande en eau. Or l'eau est ici particuli&#232;rement bon march&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le niveau du lac de barrage &#233;tait au plus bas en 2020 : l'eau habituellement pr&#233;lev&#233;e par gravit&#233; doit maintenant &#234;tre pomp&#233;e m&#233;caniquement&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Berry Boom in the Wild Southwest &#187;, Eco 123 n&#176; 29 (&#233;t&#233; 2020).&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Et ce, alors m&#234;me que les monocultures sous serre n'occupent encore &#171; que &#187; 1 500 hectares du parc naturel sur les 4 800 programm&#233;s. Certains voudraient y voir l'effet de la seule baisse de la pluviom&#233;trie, mais l'explication para&#238;t insuffisante au vu des courbes d'&#233;volution du volume d'eau disponible et de la surface des serres, parfaitement invers&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'approvisionnement en eau repr&#233;sente le probl&#232;me le plus urgent, les d&#233;g&#226;ts caus&#233;s par cette invasion de monocultures intensives &#8211; appauvrissement et artificialisation des sols, pollution&#8230; &#8211; sont innombrables et mettent &#224; mal tout l'&#233;cosyst&#232;me de la r&#233;gion. &#171; &lt;i&gt;Une des sp&#233;cificit&#233;s du parc, &lt;/i&gt;note ainsi Nuno,&lt;i&gt; ce sont ses mares &#233;ph&#233;m&#232;res, des foyers de biodiversit&#233; qui accueillent des esp&#232;ces rares et menac&#233;es. Plus de la moiti&#233; ont &#233;t&#233; d&#233;truites ces derni&#232;res ann&#233;es&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Greenwashing d'&#201;tat&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les compagnies agro-industrielles, qui produisent &#233;galement des fleurs ornementales et du gazon, n'ont pas &#233;t&#233; attir&#233;es ici que par les conditions naturelles favorables : elles appr&#233;cient &#233;galement l'accueil plus que conciliant des autorit&#233;s politiques. &#171; &lt;i&gt;Au Portugal, il n'y pas besoin d'autorisation pour installer une exploitation agricole,&lt;/i&gt; pr&#233;cise Nuno. Une &lt;i&gt;&#233;tude d'impact n'est exig&#233;e qu'&#224; partir de 50 &lt;/i&gt; &lt;i&gt;hectares. Les entreprises ach&#232;tent donc des parcelles plus petites et &#224; la fin, on obtient des exploitations de centaines d'hectares&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! La loi prend en compte cet impact cumulatif, mais rien n'a jamais &#233;t&#233; mis en place pour le contr&#244;ler.&lt;/i&gt; &#187; Plus encore qu'une r&#233;glementation trop permissive, le manque de contr&#244;le est en effet le souci majeur. &#171; &lt;i&gt;L'Institut pour la conservation de la nature et des for&#234;ts, en charge des v&#233;rifications, est d&#233;pass&#233;&lt;/i&gt; &lt;i&gt; : pour toute la r&#233;gion, ils n'ont que deux ou trois techniciens ! Le gouvernement vote des lois sans chercher &#224; les appliquer. En v&#233;rit&#233;, il ne veut pas agir. &#192; l'international, le Portugal signe tous les trait&#233;s de protection de l'environnement, mais c'est une totale hypocrisie.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maravilha Farms, entreprise dont une grande partie des serres s'&#233;tend du c&#244;t&#233; de Zambujeira do Mar, appartient &#224; l'un des leaders mondiaux de la production de fruits rouges, le groupe am&#233;ricain Driscoll's. Elle est en passe de doubler sa surface de production, passant de 150 &#224; 300 hectares : le projet et son plan d'investissement ont &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;s en mai 2017 lors d'une c&#233;r&#233;monie pr&#233;sid&#233;e par le Premier ministre socialiste Ant&#243;nio Costa en personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le journal d'information critique &lt;i&gt;Mapa&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; de ceux qui ont relat&#233; cet &#233;pisode. L'auteur de l'article&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Os olhares de Catarina &#187;, Mapa n&#176; 23 (avril-juin 2019). Disponible en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, Filipe Nunes, suit depuis longtemps l'&#233;volution des territoires du sud du Portugal, dans une perspective &#224; la fois &#233;cologique et sociale. R&#233;pondant &#224; nos questions, lui aussi d&#233;nonce un &lt;i&gt;greenwashing&lt;/i&gt; d'&#201;tat au service des multinationales. Mais, au-del&#224; des crimes, environnementaux, il pointe le drame humain qui est en train de se jouer : &#171; &lt;i&gt;Bien s&#251;r, lorsque nous nous battons pour la protection de la nature, nous parlons aussi conditions de vie humaine. Il ne peut pas seulement s'agir de la vie de celles et ceux qui vivent traditionnellement l&#224;, mais aussi de celle des ouvriers immigr&#233;s en qu&#234;te de papiers qui alimentent cette machine d&#233;vastatrice, ce mod&#232;le agro-industriel dont il est question ici mais qui existe ailleurs.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une machine pr&#233;datrice&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les travailleurs immigr&#233;s sont bien les premi&#232;res victimes de ce syst&#232;me &#171; &lt;i&gt;qui refl&#232;te la constante de l'&#226;me capitaliste : des profits astronomiques garantis par une main-d'&#339;uvre nombreuse, bon march&#233;, exploit&#233;e dans des conditions parfois proches de l'esclavage&lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;dixit &lt;/i&gt;Filipe. Nuno abonde : &#171; &lt;i&gt;Ils sont livr&#233;s &#224; des mafias, qui souvent leur prennent leurs passeports. On loue des logements insalubres &#224; dix ou quinze personnes avec seulement deux ou trois lits. Beaucoup, aussi, vivent dans des conteneurs, directement sur l'exploitation.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, les travailleurs sont principalement originaires d'Asie : Inde, N&#233;pal, Pakistan&#8230; &#171; &lt;i&gt;Dans la commune de S&#227;o Teot&#243;nio, l'immigration a fait plus que doubler la population en un temps record, &lt;/i&gt;reprend Nuno. &lt;i&gt;Ce qui ne va pas sans conflits. Les entreprises font venir ces personnes sans r&#233;fl&#233;chir ni aux conditions d'accueil, ni &#224; aucune cons&#233;quence ! Les services publics ne suivent pas, que ce soit au niveau de leur prise en charge sanitaire, de l'assainissement, de la gestion des d&#233;chets&#8230; C'est un grand foutoir&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Filipe Nunes rel&#232;ve la m&#233;diocrit&#233; des plans mis en place &#224; la h&#226;te par les municipalit&#233;s et les producteurs agricoles pour int&#233;grer ces nouveaux arrivants. Et s'interroge : &#171; &lt;i&gt;Comment pouvons-nous aider r&#233;ellement ces personnes &#224; s'installer ici, &#224; y vivre, y &#233;lever des familles&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Car nous, Portugais, avons besoin d'immigration, notamment pour revitaliser nos territoires ruraux vieillissants. Mais bien s&#251;r pas avec ce syst&#232;me d&#233;pr&#233;dateur, qui ouvre &#224; la fois une fracture entre les populations et une voie royale au discours raciste et fasciste de Chega.&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chega est le principal parti d'extr&#234;me droite portugais. &#192; (re)lire sur le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte autour du parc naturel de la c&#244;te sud-ouest n'est pas la seule en cours au Portugal aujourd'hui. Nuno et Filipe &#233;voquent tous deux un combat similaire tout proche : celui contre la production intensive d'olives en Alentejo, autour de Beja. Moins de plastique mais, l&#224; encore, des milliers de travailleurs immigr&#233;s exploit&#233;s au service d'une &#171; &lt;i&gt;monoculture qui a d&#233;vast&#233; le centre de l'Espagne et qui arrive chez nous, maintenant que tout est devenu st&#233;rile l&#224;-bas&lt;/i&gt; &#187;, se d&#233;sole Nuno.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Filipe de conclure : &#171; &lt;i&gt;De nouvelles perspectives s'ouvrent avec ces mouvements non partisans, non hi&#233;rarchiques, construits par les habitants eux-m&#234;mes, comme r&#233;cemment cette lutte victorieuse contre l'extraction de gaz et de p&#233;trole en Algarve, ou actuellement contre les mines de lithium dans les r&#233;gions montagneuses du nord et du centre du pays. Il me semble cependant que ces mouvements de contestation, y compris autour du parc naturel, font encore trop confiance aux institutions. Ce sont toujours les populations elles-m&#234;mes qui, par leur engagement radical, feront la diff&#233;rence.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Beno&#238;t Godin&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Berry Boom in the Wild Southwest &#187;, &lt;i&gt;Eco 123 &lt;/i&gt;n&#176; 29 (&#233;t&#233; 2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Os olhares de Catarina &#187;, &lt;i&gt;Mapa&lt;/i&gt; n&#176; 23 (avril-juin 2019). Disponible en ligne sur &lt;i&gt;jornalmapa.pt&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Chega est le principal parti d'extr&#234;me droite portugais. &#192; (re)lire sur le sujet : &#171; Le Portugal face &#224; son pass&#233; colonial &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 191 (octobre 2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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