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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Cachez ces putes que je ne saurais voir</title>
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		<dc:date>2014-01-17T04:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Navarro</dc:creator>


		<dc:subject>Benoit Guillaume</dc:subject>
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		<dc:subject>Antoine</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Adopt&#233;e par l'Assembl&#233;e nationale le 4 d&#233;cembre, la proposition de loi visant &#224; p&#233;naliser les clients des prostitu&#233;es ach&#232;ve un processus revigor&#233; sous l'&#232;re sarkozyste. D&#233;cryptage d'un dispositif p&#233;nal et de ses quelques mesurettes sociales. &#171; Je ne veux pas d'une soci&#233;t&#233; dans laquelle le sexe serait un service fourni &#224; des voitures qui d&#233;filent comme des hamburgers &#224; partir d'un menu qui d&#233;taille avec des noms de fleurs des prestations et dans lequel il faudrait piocher. Je ne veux pas (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no117-decembre-2013" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;117 (d&#233;cembre 2013)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Benoit-Guillaume" rel="tag"&gt;Benoit Guillaume&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/femmes" rel="tag"&gt;femmes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-une" rel="tag"&gt;d'une&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/clients" rel="tag"&gt;clients&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/loi" rel="tag"&gt;loi&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/prostitution" rel="tag"&gt;prostitution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-une-societe" rel="tag"&gt;d'une soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/faudrait-piocher" rel="tag"&gt;faudrait piocher&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/service-fourni" rel="tag"&gt;service fourni&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/prostituees" rel="tag"&gt;prostitu&#233;es&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Antoine" rel="tag"&gt;Antoine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Adopt&#233;e par l'Assembl&#233;e nationale le 4 d&#233;cembre, la proposition de loi visant &#224; p&#233;naliser les clients des prostitu&#233;es ach&#232;ve un processus revigor&#233; sous l'&#232;re sarkozyste. D&#233;cryptage d'un dispositif p&#233;nal et de ses quelques mesurettes sociales.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je ne veux pas d'une soci&#233;t&#233; dans laquelle le sexe serait un service fourni &#224; des voitures qui d&#233;filent comme des hamburgers &#224; partir d'un menu qui d&#233;taille avec des noms de fleurs des prestations et dans lequel il faudrait piocher. Je ne veux pas d'une soci&#233;t&#233; o&#249; les femmes ont un prix. Je ne veux pas d'une soci&#233;t&#233; o&#249; les femmes font l'objet, c'est le cas dans quelques pays, d'une ristourne pour les clients s&#233;niors, d'une autre pour les titulaires de minima sociaux, d'une autre ristourne, pour ceux qui viennent &#224; v&#233;lo. Je n'en veux pas.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_893 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH681/p03-penalisation-cb013.jpg?1768655972' width='500' height='681' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Benoit Guillaume.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Elle avait la mine grave, investie, notre ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, ce vendredi 29 novembre &#224; l'Assembl&#233;e nationale. Face &#224; elle, un h&#233;micycle aux trois quarts vides, relativement assoupi : paradoxe frappant quand on sait la flamb&#233;e m&#233;diatique provoqu&#233;e par le projet de loi de p&#233;nalisation des clients des prostitu&#233;es. Rappelant la position abolitionniste de la France adopt&#233;e depuis la fin de la guerre, Vallaud-Belkacem affirmait qu'en quelques ann&#233;es la prostitution avait chang&#233; de visage puisque sur les 20 000 prostitu&#233;es recens&#233;es, 90 % seraient des femmes &#233;trang&#232;res&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De Roumanie, Bulgarie, Nigeria et Chine principalement.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; plac&#233;es sous la f&#233;rule de r&#233;seaux mafieux. Si personne ne nie l'existence de tels r&#233;seaux, la peinture du paysage prostitutionnel en France ne convainc pas tout le monde. D'abord parce que la prostitution n'a rien d'un ph&#233;nom&#232;ne homog&#232;ne. &#171; &lt;i&gt;Ce n'est pas la m&#234;me chose d'&#234;tre migrante et de travailler dans un pays o&#249; on ne parle pas la langue que d'&#234;tre une Fran&#231;aise affichant 30 ans de prostitution de rue, avec un appartement et un quartier o&#249; on est connue, ou bien d'&#234;tre un migrant qui travaille sur les lieux de drague ou bien encore de bosser dans des salons de massage ou des bars. La prostitution recouvre des contextes tr&#232;s diff&#233;rents qui induisent des probl&#233;matiques particuli&#232;res.&lt;/i&gt; &#187; La pr&#233;cision est fournie par Antoine, membre de Cabiria, association de sant&#233; communautaire travaillant avec les prostitu&#233;es de Lyon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cabiria a sign&#233; avec d'autres organisations, dont Act Up et le Strass&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Syndicat du travail sexuel. Cf. &#171; Sur le dos des tapins &#187;, CQFD n&#176;96 pour la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, une plate-forme dans laquelle sont d&#233;mont&#233;s pi&#232;ce par pi&#232;ce les arguments des souteneurs du projet de loi de p&#233;nalisation des clients&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Disponible ici.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Tr&#232;s loin dans la stratosph&#232;re de la posture patriarcale des 343 queutards&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'article de notre chroniqueuse Casse-Noisette.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; et de leur p&#233;tition &#171; Touche pas &#224; ma pute &#187; fourbie par le magasine &lt;i&gt;Causeur&lt;/i&gt;, Caribia estime que le vote du susdit projet se traduirait avant tout pour les travailleuses du sexe par une vuln&#233;rabilit&#233; accrue et une coupure avec les associations de soutien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Ce pr&#233;tendu chiffre de 20 000 prostitu&#233;es en France refl&#232;te uniquement l'activit&#233; de la police&lt;/i&gt;, poursuit Antoine. &lt;i&gt;Il concerne essentiellement des personnes qui travaillent dans la rue et les grandes villes et ne tient pas compte des petites villes, ou du travail par Internet ou petites annonces. Au total, on sait que le chiffre exact est plus &#233;lev&#233;.&lt;/i&gt; &#187; M&#234;me chose que ce ratio de 90 % de femmes &#233;trang&#232;res &#233;tabli d'apr&#232;s les contr&#244;les d'identit&#233; de police dans la rue alors que la prostitution via Internet par exemple concerne principalement des Fran&#231;aises et des Fran&#231;ais, ou des migrants en situation r&#233;guli&#232;re. D&#233;saccord sur l'&#233;tat des lieux de la prostitution, d&#233;saccord sur l'aide &#224; apporter aux prostitu&#233;es et sur le fonctionnement des diff&#233;rentes missions minist&#233;rielles qui se passent de l'avis des premi&#232;res concern&#233;es assign&#233;es &#224; un r&#244;le uniquement victimaire, Antoine pointe du doigt l'&#233;ternelle cassure des politiques avec le terrain social : &#171; &lt;i&gt;Il est quand m&#234;me probl&#233;matique de proposer un dispositif au b&#233;n&#233;fice des travailleuses du sexe sans les consulter.&lt;/i&gt; &#187; Autre force pr&#233;sente sur le terrain et pour le moins dubitative quant &#224; l'application de la loi : les syndicats de police. &#171; &lt;i&gt;Je crains que les proc&#233;dures ne tiennent pas juridiquement. Cela va &#234;tre tr&#232;s compliqu&#233; de r&#233;ussir &#224; prouver une relation commerciale. On peut le faire, mais en montant de lourds dispositifs avec des moyens importants. Or, je ne pense pas que la priorit&#233; dans nos missions soit de coincer les clients&lt;/i&gt; &#187;, t&#233;moignait par exemple le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral d'Unit&#233; Police SGPFO&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le journal de Sa&#244;ne-et-Loire, 04/12/2013.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. Pire, un risque de d&#233;voiement de la loi n'est pas &#224; &#233;carter selon Antoine : &#171; &lt;i&gt;La loi pr&#233;tend aider les femmes lorsqu'elles iront porter plainte contre leurs clients. Or les plaintes des femmes aujourd'hui ne sont pas prises en compte par la police et je ne vois pas en quoi cette loi changerait quelque chose. Ce qu'on redoute c'est que ce nouveau dispositif l&#233;gislatif permette aux municipalit&#233;s et aux pr&#233;fectures de nettoyer un quartier des travailleuses du sexe, en mettant la pression, en envoyant les flics par exemple sur un secteur g&#233;ographique harceler et arr&#234;ter les clients.&lt;/i&gt; &#187; De fait si la nouvelle loi supprime dans le m&#234;me temps, et c'est un progr&#232;s &#233;vident, le d&#233;lit de racolage, elle rappelle que les pouvoirs de police du maire lui donnent toujours droit de &#171; &lt;i&gt;r&#233;primer les atteintes &#224; la tranquillit&#233; publique&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;d'interdire ou de restreindre la pr&#233;sence de personnes prostitu&#233;es sur la voie publique &lt;/i&gt; &#187;. Inf&#226;me terminologie qui rappelle soudain bruyamment les stigmates mill&#233;naires dont on a affubl&#233; les &#171; filles de mauvaise vertu &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Per&#231;ue sous le prisme de l'offre et de la demande, la lutte contre la prostitution imagin&#233;e par les r&#233;dacteurs de la proposition de loi pourrait se r&#233;sumer ainsi : si le client se rar&#233;fie, les r&#233;seaux garants de l'&#171; offre &#187; n'auront plus d'int&#233;r&#234;t &#224; importer leur chair fra&#238;che dans l'Hexagone. Raisonnement pour le moins simpliste pour qui conna&#238;t un tant soit peu la plasticit&#233; et la capacit&#233; d'adaptation des r&#233;seaux criminels. Reste que la rar&#233;faction du client pose d&#233;j&#224; un s&#233;rieux probl&#232;me aux filles : &#171; &lt;i&gt;Les cons&#233;quences de cette loi, on les voit d&#233;j&#224; puisque la p&#233;nalisation, m&#234;me si elle n'est pas encore adopt&#233;e, produit ses effets : les clients ont peur et de fait il y a moins de travail dans la rue. De fait, des femmes acceptent d&#233;j&#224; des clients qu'elles n'auraient pas accept&#233;s avant, des types un peu trop so&#251;ls ou qui ont fum&#233;. Or un client so&#251;l aura des difficult&#233;s &#224; jouir, du coup il va s'&#233;nerver ou demander le remboursement de la passe, la fille pourra accepter ou refuser, l'embrouille peut avoir lieu et entra&#238;ner une escalade de la violence.&lt;/i&gt; &#187; Autre &#233;volution inqui&#233;tante : lors de leur tourn&#233;e, les membres de Cabiria peuvent rencontrer des filles expos&#233;es &#224; un risque de contamination au VIH, une capote qui cr&#232;ve par exemple. Dans ce cas ils proposent de les accompagner rapidement aux urgences pour leur administrer un traitement tr&#232;s efficace s'il est pris dans les quatre heures suivant le risque. &#171; &lt;i&gt;L'an dernier sur une dizaine de cas, une seule a accept&#233; : toutes les autres ont refus&#233; parce qu'elles ne pouvaient pas s'arr&#234;ter de travailler, &#224; cause du manque de clients. &#8220;On ira demain ou on fera un d&#233;pistage dans six mois&#8221;, nous ont-elles dit.&lt;/i&gt; &#187; Parall&#232;lement &#224; son pendant r&#233;pressif, la loi liste un panel de mesures destin&#233;es &#224; sortir les filles de la nasse prostitutionnelle. Pens&#233;e avant tout pour des migrantes clandestines, la loi pr&#233;voit un titre de s&#233;jour de six mois et le versement d'une allocation temporaire d'attente. Montant des cacahu&#232;tes : 336 euros par mois. &#171; &lt;i&gt;De la poudre aux yeux&lt;/i&gt;, estime Antoine. &lt;i&gt;Dans la prostitution qu'on voit au quotidien, beaucoup ont d&#233;j&#224; un travail salari&#233; &#224; c&#244;t&#233; qui ne leur suffit pas pour vivre. Et on ose parler de r&#233;insertion des personnes prostitu&#233;es !?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note de la r&#233;daction : Cet article, lors de sa parution dans sa version papier a suscit&#233; de nombreuses r&#233;actions dont certaines ont &#233;t&#233; publi&#233;es dans le Courrier des lecteurs de &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Au-sommaire-du-118&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 118&lt;/a&gt; en kiosque depuis le 15 janvier 2014.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;De Roumanie, Bulgarie, Nigeria et Chine principalement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Syndicat du travail sexuel. Cf. &#171; &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Sur-le-dos-des-tapins&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sur le dos des tapins&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;96 pour la position du Strass sur le pr&#233;c&#233;dent projet de p&#233;nalisation des clients de 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Disponible &lt;a href=&#034;http://cabiria.asso.fr/La-proposition-de-loi-decryptee&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Les-19-salopards&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'article&lt;/a&gt; de notre chroniqueuse Casse-Noisette.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le journal de Sa&#244;ne-et-Loire&lt;/i&gt;, 04/12/2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Capitale du ghetto tzigane</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Capitale-du-ghetto-tzigane</link>
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		<dc:date>2013-07-15T03:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno Le Dantec</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Antoine d'Agata</dc:subject>
		<dc:subject>Marseille 2013 n'aura pas lieu</dc:subject>
		<dc:subject>d'un</dc:subject>
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		<dc:subject>puis</dc:subject>
		<dc:subject>Antoine</dc:subject>
		<dc:subject>Antoine D'Agata</dc:subject>
		<dc:subject>Olga</dc:subject>
		<dc:subject>Lunik</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Kosice, deuxi&#232;me ville slovaque, partage avec Marseille l'insigne honneur d'avoir &#233;t&#233; bombard&#233;e capitale europ&#233;enne de le culture pour l'ann&#233;e 2013. Mais les Tziganes de la cit&#233; Lunik 9, ghetto vertical oubli&#233; aux portes de la ville, ont bien d'autres chats &#224; fouetter. Chronique de cinq journ&#233;es mouvement&#233;es. Pas d'eau courante aux &#233;tages, juste un robinet au pied de chaque immeuble, d'o&#249; coule le pr&#233;cieux liquide pendant une demi-heure &#224; l'aube et une autre demi-heure en fin d'apr&#232;s-midi. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no112-Juin-2013" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;112 (Juin 2013)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Antoine-d-Agata" rel="tag"&gt;Antoine d'Agata&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Marseille-2013-n-aura-pas-lieu" rel="tag"&gt;Marseille 2013 n'aura pas lieu&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/j-ai" rel="tag"&gt;j'ai&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/ici" rel="tag"&gt;ici&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/photo" rel="tag"&gt;photo&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/avons" rel="tag"&gt;avons&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/puis" rel="tag"&gt;puis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Antoine" rel="tag"&gt;Antoine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Antoine-D-Agata-12479" rel="tag"&gt;Antoine D'Agata&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Olga-12480" rel="tag"&gt;Olga&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Lunik" rel="tag"&gt;Lunik&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Kosice, deuxi&#232;me ville slovaque, partage avec Marseille l'insigne honneur d'avoir &#233;t&#233; bombard&#233;e capitale europ&#233;enne de le culture pour l'ann&#233;e 2013. Mais les Tziganes de la cit&#233; Lunik 9, ghetto vertical oubli&#233; aux portes de la ville, ont bien d'autres chats &#224; fouetter. Chronique de cinq journ&#233;es mouvement&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_687 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/p08-09_immeuble.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH282/p08-09_immeuble-a16b4.jpg?1768731708' width='500' height='282' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo : Antoine D'Agata
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pas d'eau courante aux &#233;tages, juste un robinet au pied de chaque immeuble, d'o&#249; coule le pr&#233;cieux liquide pendant une demi-heure &#224; l'aube et une autre demi-heure en fin d'apr&#232;s-midi. &#171; &lt;i&gt;On dirait des auges &#224; cochons, on patauge dans la gadoue en faisant la queue&lt;/i&gt; &#187;, gronde Olga, la petite brune au cheveu dru et au verbe haut qui nous guide &#224; travers les carcasses de r&#233;frig&#233;rateur et autres d&#233;bris jet&#233;s par les fen&#234;tres. &#171; &lt;i&gt;Le comble, c'est que la soci&#233;t&#233; des eaux nous envoie des factures individuelles avec une consommation estim&#233;e qui pourraient faire croire qu'on a rempli des piscines avec ! Et si tu ne payes pas, on ne renouvelle pas ton bail, qui ne court que sur six mois.&lt;/i&gt; &#187; Dans les rues coup&#233;es de chicanes en b&#233;ton, pas d'&#233;clairage public. Sans doute pour &#233;viter la multiplication des c&#226;bles fraternellement tendus d'un immeuble &#224; l'autre, ceux qui ont encore de l'&#233;lectricit&#233; chez eux sont oblig&#233;s de choisir entre se chauffer et faire la cuisine : les compteurs sont bloqu&#233;s &#224; dix amp&#232;res. &#171; &lt;i&gt;Nous voyons venir l'hiver avec angoisse&lt;/i&gt;, avoue Aleksander, qu'on paye soixante euros par mois pour repr&#233;senter le quartier au parlement local. &lt;i&gt;Quand les temp&#233;ratures tombent en dessous de z&#233;ro &#8211; et &#231;a peut descendre jusqu'&#224; moins vingt &#8211;, il fait plus froid dedans que dehors. Les mains des petits bleuissent. Ma femme en pleure de rage, elle emmaillote leurs pieds avec des sacs plastique. Des b&#233;b&#233;s meurent chaque hiver, ici. Certaines m&#232;res n'arrivent m&#234;me plus &#224; les allaiter et le lait en poudre est trop cher. Notre po&#234;le &#224; bois ne chauffe qu'une seule pi&#232;ce. &#192; No&#235;l, j'ai d&#251; br&#251;ler une belle armoire en noyer pour sauver mes gosses.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_686 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/p08-09_bloc.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH750/p08-09_bloc-f1a19.jpg?1768731708' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo : Antoine D'Agata
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Coinc&#233;e entre une voie rapide, une for&#234;t de ch&#234;nes jalousement gardienn&#233;e et les terrains de l'aci&#233;rie US-Steel, la cit&#233; Lunik 9 dresse sa dizaine d'&#233;difices d&#233;labr&#233;s entre chauss&#233;e d&#233;fonc&#233;e et ciel gris. On croirait d&#233;barquer &#224; Grozny, les fa&#231;ades noircies par la fum&#233;e sont comme mouchet&#233;es d'impacts d'obus. Certaines rambardes de balcon ont &#233;t&#233; arrach&#233;es. &#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait le plus beau quartier de Kosice&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Prononcer Koshitz&#233;.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; quand on l'a inaugur&#233; au d&#233;but des ann&#233;es 1980&lt;/i&gt;, se souvient Olina. &lt;i&gt;Les autorit&#233;s d'alors imposaient la mixit&#233; sociale, un ing&#233;nieur pouvait &#234;tre log&#233; sur le m&#234;me palier qu'un ouvrier.&lt;/i&gt; &#187; La d&#233;cadence des lieux a d&#233;marr&#233; apr&#232;s la r&#233;volution d&#233;mocratique. En 1995, le maire de Kosice, Rudolf Schuster &#8211; qui deviendra ensuite pr&#233;sident de la R&#233;publique &#8211;, fait expulser les Tziganes du centre-ville pour le livrer aux sp&#233;culateurs, qui y installeront des boutiques, des restaurants et des bars branch&#233;s&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces &#233;tablissements, install&#233;s dans des rues int&#233;rieures type venelle, au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. La police pousse sans m&#233;nagement les ind&#233;sirables vers la p&#233;riph&#233;rie, principalement Lunik 9.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cit&#233; comptait alors six mille habitants, il n'en reste plus que quatre mille aujourd'hui. &#171; &lt;i&gt;La g&#233;rance laisse pourrir, elle aimerait que nous d&#233;truisions nous-m&#234;mes notre quartier.&lt;/i&gt; &#187; Peter, fr&#232;re d'Olga, parle de sa vie de nouveau nomade en agitant des mains noircies par la soudure d'&#233;tain : &#171; &lt;i&gt;Notre seule richesse, ce sont nos enfants. Alors, s'ils sont malheureux quelque part, il faut partir. J'ai boug&#233;, d'abord en Tch&#233;quie, puis en Belgique et en France. J'ai &#233;t&#233; technicien pour un groupe de rock, &#224; Dijon. J'aime conna&#238;tre des gens nouveaux, des musiques diff&#233;rentes. Je joue de la guitare et je r&#233;pare des amplis. Les langues, c'est comme la musique, &#231;a s'apprend mieux en voyageant que dans les livres.&lt;/i&gt; &#187; Olga, elle, a appris des rudiments d'anglais avec des membres d'ONG ou des journalistes de passage. Pour &#171; les autres &#187;, elle prononce &#171; &lt;i&gt;under people&lt;/i&gt; &#187; au lieu de &#171; &lt;i&gt;other people&lt;/i&gt; &#187;, ce qui dans sa bouche prend un sens particulier : &#171; &lt;i&gt;Avant d'obtenir un appartement ici, j'ai v&#233;cu dans les &#233;gouts avec mon mari, un gadjo SDF. Je ne fais pas partie de cette soci&#233;t&#233;, elle me le fait sentir et elle me le fait payer. Ici, nous devons payer pour vivre comme des animaux !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_688 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/p08-09_immeuble2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH282/p08-09_immeuble2-b49b2.jpg?1768731708' width='500' height='282' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo : Antoine D'Agata
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Nos grands-p&#232;res avaient des m&#233;tiers nobles&lt;/i&gt;, raconte Aladar, le beau-fr&#232;re d'Olina, une de ses filles assise sur ses genoux. &lt;i&gt;Ils travaillaient le bois, le m&#233;tal ou le verre. Ils dressaient des chevaux, allaient et venaient librement, jusqu'&#224; ce que les autorit&#233;s les obligent &#224; prendre racine. Avec le communisme, le travail est devenu obligatoire, mais aux aci&#233;ries, m&#234;me s'il n'&#233;tait pas content de moi, mon chef ne pouvait pas me virer. Je vivais bien, sans dettes. Avec la d&#233;mocratie, le travail s'est fait rare et plus dur. Les patrons te houspillent pour te faire trimer du matin au soir, et tout &#231;a pour des cacahou&#232;tes ! Et le malheur, c'est qu'en chemin nous avons perdu le savoir-faire des anciens&#8230; Nous sommes prisonniers de ce ghetto qui tombe en ruines.&lt;/i&gt; &#187; Aladar, la plus lucide et la plus hospitali&#232;re des personnes rencontr&#233;es ici, d&#233;c&#233;dera d'un infarctus deux jours apr&#232;s avoir dress&#233; ce saisissant r&#233;sum&#233; du drame tzigane. &#171; &lt;i&gt;Les politiciens en campagne am&#232;nent des cadeaux, des aliments. Mais une fois &#233;lus, ils nous traitent de crasseux et de feignants, parlent de nous comme si nous &#233;tions le probl&#232;me&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un homme s'approche, le front barr&#233; d'une cicatrice toute fra&#238;che : &#171; &lt;i&gt;Avant-hier, &#224; l'arr&#234;t du bus n&#176;11, quatre ivrognes grands comme des montagnes nous sont tomb&#233;s dessus en hurlant&lt;/i&gt; &#8220;Chiens tziganes, vous puez !&#8221; &lt;i&gt;Ils ont m&#234;me frapp&#233; ma femme enceinte et mes gamins.&lt;/i&gt; &#187; Il a os&#233; porter plainte, ce qui est rare ici. &#171; &lt;i&gt;Quand nous nous pr&#233;sentons &#224; un entretien d'embauche, le visage du patron se ferme en voyant notre couleur de peau&lt;/i&gt;, regrette Peter. &lt;i&gt;Puis, quand nous donnons notre adresse, il secoue la t&#234;te et avoue qu'il ne veut pas de gens comme nous. J'ai d&#251; promettre de faire un mois &#224; l'essai gratuitement pour que le patron d'une bo&#238;te qui monte des armoires &#233;lectriques consente &#224; me prendre. Il m'a dit qu'il m'appellerait cet &#233;t&#233;&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Les pompiers et le Samu ne viennent ici que sous escorte polici&#232;re, les m&#233;decins refusent de se d&#233;placer. &#171; &lt;i&gt;Bruxelles avait d&#233;gag&#233; 500 000 euros pour r&#233;habiliter la cit&#233;&lt;/i&gt;, soutient Olga. &lt;i&gt;L'argent n'est jamais arriv&#233; jusqu'ici et nos enfants jouent toujours dans le caniveau. La majorit&#233; des Slovaques nous consid&#232;re comme de l'ordure. Une rumeur court la ville selon laquelle nous volons les chiens pour les manger. Si l'un d'entre nous parvient &#224; changer de quartier, ses voisins font des p&#233;titions pour lui interdire de s'installer pr&#232;s de chez eux.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_691 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH711/p08-09-filletteweb-7563f.jpg?1768665972' width='400' height='711' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo : Antoine D'Agata
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Quand un appartement br&#251;le ou est abandonn&#233;, la ville le fait murer. Les gamins entrent par le balcon et d&#233;montent la tuyauterie, la rambarde, les huisseries, pour les revendre. &#171; &lt;i&gt;Les Blancs disent que nous sommes des sauvages, que nous ne respectons m&#234;me pas nos propres maisons&#8230; Mais il faut bien manger !&lt;/i&gt; &#187; Puis la g&#233;rance loue l'endroit d&#233;truit &#224; une autre famille. &#171; &lt;i&gt;Les nouveaux arrivants doivent r&#233;parer la porte, poser des fen&#234;tres, et en plus ils h&#233;ritent des dettes des anciens locataires&lt;/i&gt;, s'insurge Olga. &lt;i&gt;Comme si nous n'&#233;tions qu'une seule tribu, chacun doit payer pour les fautes de son cousin !&lt;/i&gt; &#187; M&#234;me l'&#233;glise tourne le dos au quartier. &#171; &lt;i&gt;Les pr&#234;tres ont construit une muraille de Chine entre elle et nous, pour la prot&#233;ger de nos enfants ! Ces hypocrites ne font jamais ce qu'ils pr&#234;chent pendant la messe.&lt;/i&gt; &#187; Une trentaine de Blancs vivent ici. &#171; &lt;i&gt;Des inadapt&#233;s qui se sentent mieux parmi nous. Ici, ils peuvent boire et chanter toute la nuit, personne n'ira se plaindre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La marmaille d&#233;penaill&#233;e piaille en essaim autour de la cam&#233;ra. &#171; &lt;i&gt; Beaucoup de photographes, d'artistes, de journalistes sont venus ici et ont sali nos enfants avec des fausses promesses&lt;/i&gt; &#187;, se braque Monica, qui se prom&#232;ne en tongs, jeans et blouson de cuir. Un grand fr&#232;re pr&#233;vient : &#8220;&lt;i&gt;Pas de photo ! Vous volez les images pour apr&#232;s les vendre sur Internet !&lt;/i&gt;&#8221; Un gosse, coiff&#233; d'une &#233;cumoire en plastique, place un rabat de WC devant son &#339;il : &#171; &lt;i&gt;Moi aussi, j'ai une caca-m&#233;ra !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Crois&#233; un samedi soir au bar de la Tabaska, ancienne fabrique de tabac devenue friche industrielle &#224; disposition des artistes, Christian Potiron, expatri&#233; fran&#231;ais et charg&#233; de projet pour Kosice 2013, compare les m&#233;rites des deux capitales : &#171; &lt;i&gt;Ici, nous sommes moins dans l'&#233;v&#233;nementiel qu'&#224; Marseille. &#199;a fait quatre ans que nous travaillons en profondeur dans les quartiers, tellement que nous avons la sensation d'avoir entam&#233; l'ann&#233;e capitale d&#233;j&#224; essouffl&#233;s&#8230; Dans les cit&#233;s, nous avons transform&#233; les anciennes chaufferies en centres culturels et nous avons donn&#233; les cl&#233;s aux habitants.&lt;/i&gt; &#187; &#192; Lunik 9, il n'y a pas de chaufferie, mais Potiron esp&#232;re y organiser un mini-festival d&#233;but octobre, avec concert, workshop th&#233;&#226;tral et concours de cuisine entre familles. &#192; cette id&#233;e, Jozef, ex-maire du quartier, se renfrogne : &#171; &lt;i&gt;Ils parlent de&lt;/i&gt; &#8220;culture&#8221;&lt;i&gt;, mais ils m&#233;prisent et nient la n&#244;tre. La cr&#233;ativit&#233; ? La libert&#233; ? Comment &#234;tre libre quand d'une main l'&#201;tat veut tout r&#233;genter et de l'autre il permet que les riches &#233;crasent les pauvres ?&lt;/i&gt; &#187; Peter rench&#233;rit : &#171; &lt;i&gt;La derni&#232;re tradition qu'on ne nous a pas vol&#233;e, c'est la musique. Sur un violon, sur les dents d'un peigne, nous la jouons &#224; l'oreille, sans savoir la lire. Pourtant, en ville, en tendant la main, ou dans les mariages, nous gagnons &#224; peine de quoi apaiser la faim. Alors nous pr&#233;f&#233;rons jouer pour les n&#244;tres.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_689 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/p08-09_maison.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH750/p08-09_maison-fbcb1.jpg?1768731708' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo : Antoine D'Agata
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Toute de noir v&#234;tue, une bouteille de gn&#244;le &#224; port&#233;e de main, Zlatia chante sa peine, assise sur le trottoir en compagnie d'un ami violoniste. Ils reviennent d'un enterrement bien arros&#233;. Lena traduit sa chanson : &#171; &lt;i&gt;Partout o&#249; je vais, les feuilles des arbres tombent. Ils vont d&#233;truire ma maison. Je vais me coucher sous cet arbre et m'endormir. Ses feuilles tomberont sur moi comme les larmes tombent de mes yeux. &lt;/i&gt; &#187; Les jours suivants, malgr&#233; son invitation &#224; lui rendre visite, Zlatia est invisible. Sa fille et son beau-fils ouvrent aimablement la porte, font signe d'entrer, mais la dame en or&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Zlatia signifie &#171; dor&#233;e &#187; en slovaque.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; est couch&#233;e, elle cuve sa vodka. Zlatia vit dans l'immeuble le plus d&#233;labr&#233;, ouvert &#224; tous les vents. Les tas d'ordures atteignant presque le premier &#233;tage, une gamine en robe &#224; fleurs y saute &#224; pieds joints pour rejoindre ses copines. Le quatri&#232;me jour, un ado qui a trop sniff&#233; de colle tente de se pendre dans le bois. Au cri d'alarme pouss&#233; par les morveux, son p&#232;re et ses fr&#232;res accourent pour le d&#233;crocher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pieds plant&#233;s dans les restes de gravats d'un &#233;difice r&#233;cemment dynamit&#233;, Olga tranche l'air d'un geste sec : &#171; &lt;i&gt;Ils ont programm&#233; la destruction de Lunik 9 pour 2016, mais o&#249; irons-nous ? Nos quartiers et nos villages sont l&#224; pour durer, nous existerons toujours. Qu'auraient-ils &#224; montrer de la Slovaquie si nous n'&#233;tions pas l&#224; ?&lt;/i&gt; &#187; Une petite vieille &#224; la t&#234;te blanche nous invite chez elle. Un couloir, une baignoire &#224; demi pleine d'eau croupie, une odeur &#226;cre de pisse, puis sa chambre sans vitre &#224; la fen&#234;tre. &#192; c&#244;t&#233; d'un pauvre lit, une chaise fait table de nuit, deux tasses de caf&#233; y refroidissent et, appuy&#233; sur le dossier, l&#224; o&#249; on imaginerait la photo du d&#233;funt mari, tr&#244;ne le chromo d'un lion &#224; la crini&#232;re flamboyante. Beaucoup plus jeune qu'elle et l'air un peu simplet, son compagnon arbore fi&#232;rement un gilet fluo de cantonnier. Son salaire est tellement mis&#233;rable qu'une fois sa journ&#233;e termin&#233;e, il l'arrondit en tirant des sons des dents d'un peigne sur les trottoirs du centre-ville avant de tendre la main. Debout sur le pas de la porte, il couve sa vieille du regard : &#171; &lt;i&gt;Nous voulons vivre ensemble encore longtemps.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rencontr&#233; &#224; l'or&#233;e de la for&#234;t, Latzi, patriarche tremblotant de 76 ans, affirme d'abord ne pas avoir le don de parole, mais une fois lanc&#233;, il ne m&#226;che pas ses mots : &#171; &lt;i&gt;La nation nous maltraite, nous ne faisons que nous d&#233;fendre. Nous avons besoin d'aide, mais nous avons notre fiert&#233;. Nous pouvons encore nous battre. Je ne veux pas me coucher sous la pelle du fossoyeur, je ne veux pas lui donner mon c&#339;ur encore vivant&#8230; Pour eux, nous ne sommes pas des hommes. Ils nous manipulent, ils nous exploitent, puis ils nous jettent, mais notre c&#339;ur est plus triste et plus l&#233;ger que le leur. Seule la sagesse des anciens pourra nous sauver. La Bible dit que le Christ est venu sur terre pour d&#233;fendre les pauvres. Je n'aime pas les hypocrites et leurs d&#233;tours, j'aime le chemin qui file droit devant.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Prononcer Koshitz&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ces &#233;tablissements, install&#233;s dans des rues int&#233;rieures type venelle, au c&#339;ur d'un b&#226;ti traditionnel h&#233;rit&#233; de l'Empire austro-hongrois, fait d'un d&#233;dale d'escaliers, de vo&#251;tes et de poutres imposantes, sont maigrement fr&#233;quent&#233;s : la jeunesse de Kosice s'exile d&#232;s qu'elle le peut &#224; Bratislava ou en Tch&#233;quie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Zlatia signifie &#171; dor&#233;e &#187; en slovaque.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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