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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Patrons-voyous dans la Silicon Valley proven&#231;ale</title>
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		<dc:creator>Christophe Goby</dc:creator>


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&lt;p&gt;A Rousset, non loin d'Aix-en-Provence, la sarabande infernale des fermetures d'usine a entra&#238;n&#233; la soci&#233;t&#233; LFoundry dans sa danse macabre. Pour le plus grand bonheur d'actionnaires toujours prompts &#224; se pourl&#233;cher les babines d&#232;s qu'ils entendent le mot &#171; restructuration &#187;. Mercredi 18 d&#233;cembre 2013, sous un ciel bleu, se dessine la montagne Sainte-Victoire, qui plie plut&#244;t la t&#234;te ce matin. Les six cent salari&#233;s bloquent les ronds-points de la ville depuis cinq heures du matin, non pas (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;A Rousset, non loin d'Aix-en-Provence, la sarabande infernale des fermetures d'usine a entra&#238;n&#233; la soci&#233;t&#233; LFoundry dans sa danse macabre. Pour le plus grand bonheur d'actionnaires toujours prompts &#224; se pourl&#233;cher les babines d&#232;s qu'ils entendent le mot &#171; restructuration &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Mercredi 18 d&#233;cembre 2013, sous un ciel bleu, se dessine la montagne Sainte-Victoire, qui plie plut&#244;t la t&#234;te ce matin. Les six cent salari&#233;s bloquent les ronds-points de la ville depuis cinq heures du matin, non pas avec l'espoir au c&#339;ur mais comme un baroud d'honneur apr&#232;s des mois de luttes contre la liquidation de leur soci&#233;t&#233; LFoundry.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La veille, deux syndiqu&#233;es de Sud avaient encaiss&#233; ce qu'elles craignaient : la liquidation judiciaire de leur entreprise. Les larmes aux yeux, elles &#233;taient prises entre le soulagement, apr&#232;s une longue attente angoissante et l'incertitude de l'avenir, le ch&#244;mage qui d&#233;marrait. La fin, aussi, d'une camaraderie dans les ateliers et parmi les &#233;quipes de nuit. Au petit matin elles ont &#224; peine dormi, &#171; &lt;i&gt;une heure&lt;/i&gt; &#187;, confie Marie-Pierre, qui travaille dans cette bo&#238;te depuis 13 ans, la plupart du temps de nuit, en poste de 12 heures de rang en nocturne pendant trois jours, suivis de deux jours de repos. Tout &#231;a pour s'adapter &#224; la machine. Pendant ce temps-l&#224;, les hommes et les femmes, eux, se plient pour r&#233;sister aux contraintes de l'usine. &#171; &lt;i&gt;Une usine chimique, c'est &#231;a en quelque sorte , les semi-conducteurs&lt;/i&gt; &#187;, explique Alain Botel, technicien &lt;i&gt;process&lt;/i&gt; qui est l&#224; depuis la cr&#233;ation de l'usine. &#171; &lt;i&gt;On manipule des produits chimiques capables de dissoudre des os&lt;/i&gt; &#187;, rappelle Carmela, chimiste en poste la journ&#233;e. Tous ces risques pour la sant&#233; permettent de produire des puces, un monde de nanoparticules destin&#233;es &#224; vos portables, tablettes, tout votre attirail &#171; &#233;cologique &#187; et moderne.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_927 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH537/p05-foundry-cqfd118-f4c8e.jpg?1768650138' width='400' height='537' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Charmag.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;On utilise de l'arsenic, du bore, du phosphore pour graver des plaques de silicium.&lt;/i&gt; &#187; Des r&#233;ticules en fabrication, 37 niveaux de marquage, des masques, de la programmation, de l'aluminium, voil&#224; l'univers pour lequel se battent ces ouvriers. Certes, d&#233;sormais ils viennent en voiture, ont un cr&#233;dit, des payes sup&#233;rieures &#224; ceux des bagnes industriels des &#171; pays &#233;mergents &#187;. Certes, ils peuvent aussi croire un instant que c'est moins sale que le charbon qu'on travaillait &#224; Gardanne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette affaire qui meurt aujourd'hui s'appelait encore ES2 en 1987, lorsqu'elle fut reprise par le groupe am&#233;ricain Atmel. Mais, en 2010, le groupe allemand LFoundry fit main basse sur ce fleuron technologique pour la modique somme d'un euro symbolique. Tous les ouvriers avec qui l'on peut discuter autour des palettes incendi&#233;es en sont persuad&#233;s : LFoundry a agi comme un pr&#233;dateur de technologie. Il a achet&#233; ce site pour le vider de son poids rempla&#231;able : la main-d'&#339;uvre. Et cela en deux temps : d'abord pillage du &lt;i&gt;cash flow&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire, pour les non anglophones, qu'il a pris la caisse, puis transfert de la technologie vers l'Italie. Carmela confirme : &#171; &lt;i&gt;J'ai arr&#234;t&#233; un Allemand qui piratait nos donn&#233;es dans l'usine.&lt;/i&gt; &#187; Pour ne pas sombrer, elle s'est raccroch&#233;e aux branches de son sapin de No&#235;l enguirland&#233;. A la joie de ses gosses surtout. &#171; &lt;i&gt;De toute fa&#231;on cela, ils ne l'auront pas.&lt;/i&gt; &#187; Seulement, il y a eu vol : une fois de plus, le savoir accumul&#233; depuis trente ans sur ce site a pu &#234;tre arrach&#233; par le seul pouvoir de l'actionnariat. Ce qui a &#233;t&#233; construit par un collectif a &#233;t&#233; vol&#233; par un groupe. Car ce sont bien les chimistes, le service Recherche et d&#233;veloppement, qui ont depuis des ann&#233;es &#233;labor&#233; et trouv&#233; des solutions techniques. Ce sont bien des op&#233;rateurs de base qui ont exp&#233;riment&#233; des techniques. Tous ces gestes leur sont vol&#233;s aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lundi 23 d&#233;cembre, le P&#232;re No&#235;l a fait venir chez Montebourg les gars de la CFDT, qui sont majoritaires dans la bo&#238;te, pour les faire tenir un peu. Comme d'habitude, les autorit&#233;s sont l&#224; pour &#233;teindre le feu. Apr&#232;s qu'on a d&#233;bours&#233; 400 millions d'euros pour cr&#233;er de l'emploi, qui lui-m&#234;me produit de la taxe professionnelle, on se demande qui paye pour qui ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne tergiversons pas trop : aujourd'hui le citoyen paye pour faire employer l'ouvrier. Pendant ce temps, des cravat&#233;s, tels Sergio Galbiati, Gilbert Hughes, Richard Mortorelli, les boss du groupe, passent d'Hitachi &#224; Texas instrument, d'Atmel &#224; LFoundry, en pratiquant du &lt;i&gt;lean management&lt;/i&gt;, du &lt;i&gt;cost reduction&lt;/i&gt;, du &#171; footing of my gueule &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un art pratiqu&#233; avec brio par le d&#233;put&#233; de l'Amazon-et-Loire, Arnaud Montebourg et son suppos&#233; sursis, ainsi que par le maire PS de Rousset, Jean-Louis Canal, et sa &#171; gr&#232;ve de la faim &#187; annonc&#233;e. Le 30 d&#233;cembre, les salari&#233;s se sont rendus &#224; l'ambassade allemande, o&#249; le consul n'a pas daign&#233; les recevoir, et ils ont ressenti ce que chaque Grec vit depuis des ann&#233;es : le m&#233;pris d'un capitalisme mondialis&#233; avec un soup&#231;on de pangermanisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les salari&#233;s sont lourd&#233;s, ils pourront toujours s'employer dans le nouveau Parc Spirou de Monteux (Vaucluse), qui va &#234;tre financ&#233; lui aussi avec de l'argent public. Cela tombe bien, car son promoteur a d&#233;clar&#233; sans vergogne : &#171; &lt;i&gt;Nous n'avons pas d'argent, mais je suis confiant.&lt;/i&gt; &#187; Mutualisation des &#171; pertes &#187; et privatisation des profits, tant que la recette permet &#224; certains de se gaver sur le dos de la collectivit&#233;&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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