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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>La parole est &#224; la d&#233;fonce</title>
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		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


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&lt;p&gt;En mati&#232;re de drogues, toute exp&#233;rience est singuli&#232;re. Quel que soit le produit, chacun, chacune y vient et le consomme &#224; sa mani&#232;re. Voil&#224; ce que racontent les r&#233;cits intimes qui suivent, r&#233;colt&#233;s aupr&#232;s de personnes de notre entourage : des histoires de conso &#8211; pass&#233;e ou pr&#233;sente &#8211; et les raisons qui y ont pouss&#233; les unes et les autres. Si on a choisi de faire figurer ici alcool et antid&#233;presseurs, c'est qu'&#224; CQFD, l'id&#233;e selon laquelle il y aurait des drogues plus propres que d'autres (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no211-juillet-aout-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;211 (juillet-ao&#251;t 2022)&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH106/duras_picole1-b45d8.jpg?1782957373' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='106' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En mati&#232;re de drogues, toute exp&#233;rience est singuli&#232;re. Quel que soit le produit, chacun, chacune y vient et le consomme &#224; sa mani&#232;re. Voil&#224; ce que racontent les r&#233;cits intimes qui suivent, r&#233;colt&#233;s aupr&#232;s de personnes de notre entourage : des histoires de conso &#8211; pass&#233;e ou pr&#233;sente &#8211; et les raisons qui y ont pouss&#233; les unes et les autres. Si on a choisi de faire figurer ici alcool et antid&#233;presseurs, c'est qu'&#224; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, l'id&#233;e selon laquelle il y aurait des drogues plus propres que d'autres nous para&#238;t bien hypocrite. Place aux mots des premi&#232;res et premiers concern&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Je me croyais plus forte que tout &#187; / (&lt;i&gt;P&#233;n&#233;lope, ex-consommatrice d'h&#233;ro&#239;ne et de crack&lt;/i&gt;) &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai commenc&#233; par prendre de l'h&#233;ro &#224; 16 ans, le jour o&#249; une copine qui avait essay&#233; m'a dit : &#8220;C'est trop g&#233;nial, je connais le dealer, viens, je te le pr&#233;sente !&#8221; J'&#233;tais dans un coll&#232;ge de bourges dans le Marais &#224; Paris, ann&#233;es 1980, o&#249; d&#233;j&#224; on sniffait de la colle. Quand je voyais les punks aux Halles, je voulais tra&#238;ner avec eux, leur ressembler. Alors je suis vite tomb&#233;e dans l'h&#233;ro. J'avais un rituel : un gros trait avant le caf&#233; du matin, &#231;a lan&#231;ait la journ&#233;e. Je me croyais plus forte que tout : j'&#233;tais belle, jeune, j'allais conqu&#233;rir le monde. Et puis le monde des gens normaux ne m'int&#233;ressait pas, tandis que la drogue m'en ouvrait un autre, avec la musique &#8211; en t&#234;te The Stranglers &#8211;, l'art&#8230; Dans le m&#234;me temps, je tra&#238;nais souvent dans un milieu un peu snob, et l'h&#233;ro &#231;a avait un c&#244;t&#233; politique, &#231;a me mettait ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ces dix ans de consommation, il y a eu &#233;videmment des drames, notamment avec ma famille. Mais il y a eu autant de d&#233;couvertes, avec des lieux et des gens un peu fous, en bien comme en mal. &#199;a cr&#233;ait des situations. Tu connais les queues de renard ? C'est quand t'as pris de l'h&#233;ro, que t'as la gerbe et que t'as pas le temps d'arriver jusqu'aux chiottes du bar o&#249; tu es &#8211; &#231;a fait un vomi en forme de queue de renard. Ceci dit, l'h&#233;ro, surtout quand tu te l'injectes pas, &#231;a peut rester relativement g&#233;rable. C'est aussi plus subtil que d'autres drogues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, j'ai d&#233;couvert le crack. Je pensais na&#239;vement que &#231;a me ferait arr&#234;ter l'h&#233;ro. R&#233;sultat : &#224; 24 ans je me suis retrouv&#233;e accro aux deux. Je vivais &#224; Paris, &#224; Stalingrad, avec mon mec de l'&#233;poque, et je pense dans le fond que j'ai pris du crack pour le d&#233;go&#251;ter, parce qu'il ne voulait pas me quitter. Niveau plaisir, c'est le seul truc qui peut d&#233;passer l'h&#233;ro. Par contre, tu bascules vite. T'es d&#233;gueulasse, tu fais des trucs d&#233;gueulasses. J'ai consomm&#233; &#231;a pendant environ deux ans. J'&#233;tais de plus en plus grill&#233;e dans le quartier, sans thunes, avec plein d'embrouilles craignos. Un dealer gentil dont j'&#233;tais proche m'a dit un jour : &#8220;Il y a trop de contrats sur ta t&#234;te, tu dois te casser.&#8221; Il m'a fil&#233; un billet de train pour Londres et pas mal de dope pour &#233;viter le manque &#8211; j'ai tout pris dans le train. Et c'est &#224; partir de Londres que je me suis &#233;loign&#233;e de tout &#231;a. J'ai &#233;t&#233; en cure de d&#233;sintox', j'ai repris le contr&#244;le &#8211; depuis, je me suis refait une sant&#233; et une vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en ai souffert, mais la drogue m'a aussi port&#233;e. J'ai toujours gard&#233; un optimisme. Et je voyais l'addiction comme une forme de subversion. &#192; chaque fois que je me sentais pas en ad&#233;quation, j'utilisais la drogue, avec un c&#244;t&#233; fuck you ! &#8211; sauf que c'est moi que je d&#233;truisais... Ensuite c'est quelque chose qui te constitue, que tu gardes en toi. &lt;i&gt;Once an addict, always an addict.&lt;/i&gt; Malgr&#233; tout, je me rappellerai toujours des kifs et du c&#244;t&#233; lumineux de tout &#231;a. Les probl&#232;mes ne sont pas termin&#233;s, maintenant c'est l'alcool, mais je me soigne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Comme une potion magique &#187; / (&lt;i&gt;Greg, consommateur outrancier d'alcool depuis quinze ans&lt;/i&gt;) &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pourquoi j'ai bu et je bois ? Pas facile &#224; r&#233;sumer. Je crois que &#231;a me renvoie d'abord &#224; la sensation ressentie quand j'ai d&#233;couvert, au lyc&#233;e, qu'il existait ce produit capable de me sortir temporairement d'une angoisse sociale carabin&#233;e qui me pourrissait la vie. J'&#233;tais pas bien dans mon corps, tout me stressait, et voil&#224; qu'ing&#233;rer ce liquide rose, rouge ou blanc (j'ai commenc&#233; au vin) rendait l'existence plus facile, plus fluide. Le ticket d'or ! Comme une potion magique qui aidait &#224; repousser ce qui me raidissait, tout en envoyant bouler les convenances pour peu qu'on pousse un chou&#239;a le bouchon &#8211; &#224; la punk. D'autant que je m'abreuvais dans le m&#234;me temps d'une contre-culture assoiff&#233;e, de Bukowski aux Sex Pistols, et que &#231;a donnait une aura &#224; la d&#233;glingue, presque une mystique. Pendant des ann&#233;es, ma sociabilit&#233; sous quasiment toutes ses formes, qu'il s'agisse d'amiti&#233;, de concerts, de manifs, de r&#233;seau pro ou d'amour, a donc &#233;t&#233; forc&#233;ment li&#233;e &#224; l'horizon du boire &#8211; des petits verres ou de grandes bouteilles, selon l'ambiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'ensemble, &#231;a n'a pas toujours &#233;t&#233; une r&#233;ussite, entre r&#233;veils en cellule de d&#233;grisement et trous noirs &#224; r&#233;p&#233;tition, mais &#231;a a aussi cr&#233;&#233; pas mal d'envol&#233;es chouettes, de moments gris&#233;s, d'&#233;lans po&#233;tiques &#8211; une mani&#232;re de flouter le monde pour mieux l'enchanter. Et puis, c'est parfois agr&#233;able de s'effacer, de s'oublier dans la lourde ivresse &#8211; enfin dans mon cas. Sachant aussi que je ne me suis jamais r&#233;v&#233;l&#233; violent ou agressif dans mes ivresses, seulement con et balbutiant &#8211; &#231;a aide. Le probl&#232;me c'est qu'au fil du temps, l'aspect magique dispara&#238;t. Que les r&#233;veils sont toujours plus durs. Que les marques physiques commencent &#224; poindre sur le visage (et le foie ?). Et que j'en arrive souvent &#224; boire pour boire, sans cr&#233;ation, sans magie. Chez soi, les jours d'angoisse, &#231;a donne parfois des strat&#233;gies sous forme d'arithm&#233;tique bien triste &#8211; combien de verres avant de sortir de l'appart' ? Et en soci&#233;t&#233;, une r&#233;currence du boire trop vite qui efface tout le c&#244;t&#233; chaleureux et festif de la picole, tout en te propulsant dans la honte au r&#233;veil. C'est pour &#231;a qu'&#224; un moment j'ai essay&#233; de creuser, via une d&#233;marche psy, ce qu'ainsi j'essayais d'effacer, d'anesth&#233;sier. Sauf que j'ai jamais mis le doigt sur une cause &#233;vidente. C'est sans doute un tas de trucs amalgam&#233;s. En tout cas, j'ai de plus en plus l'impression d'avoir fait le tour de ce que l'alcool pouvait m'apporter et j'ai en t&#234;te d&#233;sormais d'&#234;tre plus malin dans mon rapport &#224; lui, tout en trouvant d'autres b&#233;quilles &#8211; que &#231;a ne finisse pas par me d&#233;finir comme individu, ou par m'envoyer dans la tombe. Quinze ans pour tirer ce constat, c'est pas glorieux, je sais, mais on fait comme on peut&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Sortir de soi et y retourner tr&#232;s vite &#187; / (&lt;i&gt;Louise, consommatrice de coca&#239;ne et d'amph&#233;tamines&lt;/i&gt;) &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les premi&#232;res fois o&#249; je rencontre vraiment la drogue, les produits chelous bien dos&#233;s de l'internet mondial, c'est avec mon amoureux de l'&#233;poque. J'ai la vingtaine, je suis coinc&#233;e, un peu prude, assez timide et, du haut de mon m&#232;tre quatre-vingts, assez impressionn&#233;e par les grandes personnes. Alors je sniffe, je gobe. Un peu, beaucoup. Puis &#231;a devient syst&#233;matique dans l'intimit&#233; que je partage avec cet homme. C'est l'explosion : je sors de ce corps qui me fait d&#233;faut, je me sens plus int&#233;ressante, plus curieuse, plus cultiv&#233;e, plus d&#233;sirable. Mes blocages sexuels volent en &#233;clat, mes complexes s'&#233;vanouissent. Alors je continue, je m'ab&#238;me, je me d&#233;fonce, je fais des trucs que j'ai pas forc&#233;ment envie de faire. La drogue devient l'&#233;quation de ma sexualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis ma consommation se fait plus solitaire, moins intense dans le champ de bataille de ma sexualit&#233;, voire parfois bien glauque. Je me mets &#224; la 3-MMC, une mol&#233;cule de synth&#232;se de la famille des cathinones, bien d&#233;gueu, bien addictive. Je me coupe de moi, de mes &#233;motions, de mes sensations. En r&#233;alit&#233;, je tombe dans une grosse d&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, c'est la coca&#239;ne qui m'accompagne dans mes journ&#233;es solitaires. Caf&#233;-trace le matin, le petit-d&#233;j' des championnes : je vais la bouffer, cette journ&#233;e ! Un rendez-vous avec un pote ? Hop, une petite trace ! Un mail &#224; &#233;crire ? Allez, une autre ! La vaisselle &#224; faire ? Bon OK, une derni&#232;re. Mais la motivation dispara&#238;t toujours au bout de la deuxi&#232;me. D'une drogue sociale j'ai fait une drogue solitaire, une d&#233;fonce qui me permet de m'affronter, moi et mes d&#233;mons, sans les diluer dans une pseudo-sociabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'envisagerai toujours ma vie avec des trucs &#224; sniffer pas loin. Parce que j'y cherche toujours ce d&#233;calage, ce &lt;i&gt;fucking&lt;/i&gt; l&#226;cher-prise, ce moment o&#249; ton corps et ta t&#234;te d&#233;cident ensemble de te foutre un peu la paix. En fait, une d&#233;fonce r&#233;ussie, c'est comme l'orgasme, on sait qu'il existe mais on l'attend toujours. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Je me fous la paix &#187; / (&lt;i&gt;Edith, consommatrice d'antid&#233;presseurs&lt;/i&gt;) &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; R&#233;cemment, apr&#232;s un &#233;pisode d&#233;pressif plus s&#233;v&#232;re que d'habitude, je me suis retrouv&#233;e &#224; amorcer un traitement d'ISRS&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Inhibiteur s&#233;lectif de recapture de s&#233;rotonine.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, la dose minimum : 20 mg. J'ai toujours eu un temp&#233;rament triste mais je n'avais jamais vraiment envisag&#233; la prise d'antid&#233;presseurs. J'avais l'impression que c'&#233;tait pas pour moi, mais pour ceux qui &#233;taient plus gravement touch&#233;s. Moi j'avais appris &#224; vivre avec, et m&#234;me &#224; en faire un trait central de mon identit&#233; : je faisais rire de mon manque d'entrain. Bien s&#251;r j'avais suivi un nombre cons&#233;quent de th&#233;rapies en tous genres depuis mon adolescence. Mais il est sacr&#233;ment long, le chemin de la r&#233;paration et de l'acceptation de son pass&#233;. Et puis le Covid m'a bien mise dedans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers jours du traitement, j'ai la sensation, &#224; juste titre, d'&#234;tre en descente de drogue. En mode zombie, affal&#233;e sur mon canap&#233;, je suis trop mal. Mais &#224; la fin de la semaine, je pars prendre des vacances avec des amies. J'&#233;tais r&#233;solue &#224; ne pas boire d'alcool, et je m'y suis tenue &#8211; cela devait faire dix ans que je n'avais pas fait de cure de plus de dix jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, coup de baguette chimique, &#231;a marche vraiment, j'ai l'impression d'&#234;tre non stop en mont&#233;e de MDMA. Le pied. Exit les angoisses permanentes et le stress g&#233;n&#233;r&#233; par le moindre truc. Je me fous la paix. Et surtout, je vois les diff&#233;rents aspects de ma vie sous un angle positif. &#199;a me perturbe, surtout au d&#233;but. Je ne me reconnais pas, et les autres non plus. Mon amoureux me dit m&#233;tamorphos&#233;e. Euphorique. Je me sens l&#233;g&#232;re, rien ne m'atteint assez pour que je me prenne la t&#234;te comme je faisais avant. Ma m&#233;moire op&#232;re un tri drastique, je ne retiens plus qu'un dixi&#232;me de ce que les gens me racontent. Je d&#233;limite mieux, en termes d'affects, ce qui est de mon ressort et ce qui ne m'appartient pas. Je m'extirpe de noeuds dans lesquels j'&#233;tais bloqu&#233;e, pour certains depuis des ann&#233;es. L'impression d'&#234;tre sur un petit nuage, que tout glisse sur moi. C'est fluide, quoiqu'un peu dans le brouillard. Je me sens bien, &#224; ma place, l&#233;gitime. Mue par la toute-puissance que conf&#232;re la drogue, en somme. Les sentiments n&#233;gatifs de g&#234;ne sociale, de culpabilit&#233; &#233;ternelle, de honte ultime n'ont plus droit de cit&#233;. Les choses sont &#224; leur place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un truc me chiffonne cependant : depuis le d&#233;but du traitement, je n'atteins plus l'orgasme. Ma libido est plus ou moins intacte mais je reste neutralis&#233;e, maintenue &#224; un seuil maximum d'excitation. Je p&#232;se rapidement le pour et le contre, et j'en conclus que le reste en vaut la peine, tant pis pour la jouissance. Enfin, &#224; moyen terme. Faut pas d&#233;conner. &#199;a renforce quand m&#234;me mon d&#233;sir de ne pas poursuivre ind&#233;finiment les antid&#233;p'. &#199;a, et puis le reste : la fatigue, d'abord. Mais aussi le fait que la m&#233;moire imm&#233;diate soit consid&#233;rablement amoch&#233;e. Et puis toujours cette impression de planer, d'avoir deux de tension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ressens parfois cette sensation fugace d'&#234;tre comme anesth&#233;si&#233;e. Et je ne sais plus quoi penser de ce lien de causalit&#233; qui revient &#224; se faire aider par la chimie. Je crois que je ne veux plus me sentir autant d&#233;connect&#233;e de la r&#233;alit&#233;, si agr&#233;able que ce soit. Je suis ravie d'avoir atteint un tel degr&#233; de d&#233;tachement et de confiance en moi, mais j'en per&#231;ois les limites. Au bout de trois mois, je commence &#224; r&#233;duire de moiti&#233; les doses. Je redescends rapidement de mon petit nuage, &#224; regret il faut l'avouer. Mais j'ai en t&#234;te que cette b&#233;quille existe. Et je sais d&#233;sormais intimement &#224; quoi peut ressembler la vie quand on est bien, avec la ferme intention de garder &#231;a pr&#233;cieusement au fond de moi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Percuter son rapport &#224; la r&#233;alit&#233; &#187; / (&lt;i&gt;Simon, un temps consommateur de k&#233;tamine&lt;/i&gt;) &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai tir&#233; mes premi&#232;res lignes de k&#233;tamine dans un environnement festif. C'&#233;tait agr&#233;able, d&#233;sinhibant et &#231;a faisait voyager. C'est le propre de ce produit qui entra&#238;ne une forte euphorie, une modification de la r&#233;alit&#233; per&#231;ue, des hallucinations visuelles, une perte de contr&#244;le sur son corps ou, &#224; plus forte dose, une anesth&#233;sie compl&#232;te. J'ai vite appr&#233;ci&#233; les sensations que &#231;a m'apportait, ces moments de pause... Et j'ai aussi tellement ri avec des potes que quand &#231;a se pr&#233;sentait, je sautais sur l'occasion. Puis la consommation s'est banalis&#233;e. De plus en plus. Jusqu'au tous les jours, et trop. Ce que je cherchais ? Creuser toujours plus profond dans les m&#233;andres de ma conscience. J'ai aussi v&#233;cu plein d'exp&#233;riences intrigantes dans ces univers d'ailleurs. Par exemple, sous l'emprise de la k&#233;ta, j'avais l'impression d'&#234;tre en contact avec l'histoire des objets qui m'entouraient. Si je jouais du piano, je m'imaginais comment on avait invent&#233; cet instrument, et je me sentais en connexion avec son histoire et celle des gens qui l'avaient utilis&#233; avant moi. Les effets visuels sont assez sympas aussi. Au piano encore, selon les gammes et l'ambiance de ce que je jouais, j'ai d&#233;j&#224; vu les touches se colorer, tout en g&#233;om&#233;trie, comme en harmonie avec la couleur de la musique jou&#233;e. La curiosit&#233; m'a pouss&#233; &#224; vouloir en permanence mettre ce filtre pour voir l'autre face du r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Recherche de soi, compr&#233;hension des autres, appr&#233;hension du monde... Je trouvais des raisons pour justifier ma consommation, qui en cachaient finalement d'autres. Je prenais de la k&#233;ta parce qu'elle m'envoyait loin des soucis du quotidien, chassait l'angoisse, adoucissait le pr&#233;sent. Je profitais pleinement de l'instant, m&#234;me si la r&#233;alit&#233; &#233;tait une montagne de trucs gal&#232;res &#224; g&#233;rer. Sous l'effet, j'ai pu d&#233;lirer des heures sur de la musique, une peinture, des plantes&#8230; Les imp&#233;ratifs &#8211; r&#233;pondre aux messages, faire le m&#233;nage, payer mes factures ou passer ce coup de fil urgent &#8211; perdaient toute importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai pris de la k&#233;tamine parce qu'elle me faisait du bien. Je sais pourquoi je n'en prends plus. Un ami m'a dit un jour : &#8220;Si Jules Verne a d&#233;crit le tour du monde en 80 jours, vous, vous faites le tour du jour en 80 mondes.&#8221; Et c'&#233;tait vrai. Je crois qu'aucun ancrage n'est possible lorsque l'on percute autant son rapport &#224; la r&#233;alit&#233;. Pour moi, au final, la k&#233;tamine est une fausse amie des passionn&#233;s de psych&#233;d&#233;liques. Tous ses effets r&#233;pondent &#224; premi&#232;re vue &#224; ce qu'on attend d'un psych&#233;d&#233;lique comme, par exemple, le LSD : modifications visuelles et sensorielles, changement de point de vue... Et aussi : pas de descente, pas de contrecoup direct. Mais ce n'est qu'une impression : &#224; faible dose, elle est en fait un puissant anxiolytique, ce qui change tout. Finalement, ce sont ces effets que je recherchais, car j'&#233;tais dans une p&#233;riode assez compliqu&#233;e et dark apr&#232;s une douloureuse s&#233;paration, et &#224; un moment o&#249; je ne savais pas du tout quelle &#233;tait ma direction. Or cette famille de m&#233;dicaments (dont la pharmacop&#233;e moderne raffole) ne cible pas les causes du mal-&#234;tre, mais ses sympt&#244;mes. Quand on en abuse, ils emp&#234;chent le cerveau et l'esprit de r&#233;tablir un fonctionnement sain par un travail de fond. De mon exp&#233;rience d'amateur de substances en tout genre, la k&#233;tamine devrait garder sa place d'anesth&#233;siant : j'en ai en t&#234;te des sc&#232;nes o&#249; j'aurais voulu r&#233;agir vivement, affirmer ma position, tenter de d&#233;nouer une situation, me concentrer sur ce qui me semblait important, et qui se sont d&#233;roul&#233;es sous mes yeux sans que les mots ne me viennent o&#249; que j'aie l'&#233;nergie d'intervenir...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense aussi que l'usage r&#233;cr&#233;atif de plus en plus r&#233;pandu de la k&#233;tamine risque de nuire grandement &#224; la sc&#232;ne alternative. On en trouve partout ! Dans les lieux autog&#233;r&#233;s, les f&#234;tes, les milieux militants. Et &#231;a reste quelque chose qui ralentit. On r&#233;agit moins, on pense diff&#233;remment, et les r&#233;flexes sont&#8230; anesth&#233;si&#233;s. Pour une contre-culture, qui voudrait construire d'autres bases que le monde de merde qui nous entoure, et r&#233;agir avec les dents quand l'oppresseur opprime trop, la k&#233;ta n'est s&#251;rement pas la meilleure arme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Faire durer l'enfance &#187; / (&lt;i&gt;Pablo, longtemps consommateur d'h&#233;ro&#239;ne&lt;/i&gt;) &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai connu l'h&#233;ro&#239;ne peu apr&#232;s &#234;tre parti de chez mes parents pour m'installer dans un quartier populaire de Marseille. J'&#233;tais tr&#232;s jeune, 17 ans, et la drogue &#233;tait partout dans la ville. Il y avait les suites de la French Connection, les d&#233;buts du punk, une ville alors sinistr&#233;e &#8211; tout &#233;tait r&#233;uni pour que les jeunes consomment, si bien qu'autour de moi, &#231;a tournait beaucoup. J'ai tout de suite aim&#233; les effets de l'h&#233;ro, mais j'adorais aussi les drogues psych&#233;d&#233;liques, notamment les acides. Et je crois que je prenais de l'h&#233;ro&#239;ne dans la m&#234;me optique que les produits plus &#8220;psych&#233;&#8221; : m'ouvrir au monde, sortir de mes blocages. Je d&#233;couvrais le Velvet Underground et Lou Reed, le cin&#233;ma de John Cassavetes, des univers autres, tr&#232;s tentants. C'&#233;tait une &#233;poque d'effervescence ; j'avais l'impression de faire durer l'enfance, de go&#251;ter au fruit d&#233;fendu. Et je me souviens m&#234;me d'une forme de d&#233;ception apr&#232;s ma premi&#232;re exp&#233;rience d'h&#233;ro : &#231;a n'allait pas assez loin, &#231;a manquait de visions. &#192; l'&#233;poque on prenait tout, on sniffait aussi de l'&#233;ther, de l'eau &#233;carlate, du trichlo &#8211; on n'&#233;tait pas regardants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai jamais &#233;t&#233; vraiment accro, question de chance. Parce qu'autour de moi, beaucoup de gens sont morts, d'overdose ou du sida. Mais quelque chose m'a emp&#234;ch&#233; de tomber totalement dedans, m&#234;me s'il m'est arriv&#233; de me shooter tous les jours pendant une semaine. Le simple fait de voir une shooteuse me donnait directement ce go&#251;t de m&#233;tal si caract&#233;ristique dans la bouche&#8230; Je me rappelle de cette fois o&#249; un ami m'a rembours&#233; une dette en me filant dix grammes d'h&#233;ro pure. Ce jour-l&#224;, on s'est regard&#233;s avec ma copine et on s'est dit que si on gardait tout pour nous, on n'en sortirait jamais. Alors on a voulu la revendre, mais &#231;a a &#233;t&#233; un fiasco, on l'a mal coup&#233;e&#8230; Reste que &#231;a a sans doute &#233;vit&#233; qu'on devienne des junkies. Tout &#231;a, c'est des coups de chance. Ou l'instinct de survie. Comme cette fois o&#249; la soeur de ma copine, morte peu apr&#232;s du sida dont elle &#233;tait infect&#233;e sans le savoir, m'a propos&#233; de me faire un shoot avec sa seringue : j'en avais tr&#232;s envie, mais j'ai d&#233;clin&#233;. Je me souviens aussi de Frenzy, un copain rockeur de cit&#233; que j'adorais, beau comme un dieu, qui un jour m'a secou&#233; par le colbac en pleine rue en m'engueulant : &#8220;On m'a dit que tu tombais dans l'h&#233;ro&#239;ne, t'as pas de figure !&#8221; Lui aussi est mort du sida.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au final, ce qui m'a sauv&#233;, c'est de partir. La curiosit&#233; que j'avais pour la drogue, je l'ai appliqu&#233;e aux voyages. Je suis parti en Angleterre, au Mexique, en Andalousie, une bonne quinzaine d'ann&#233;es en tout. Loin de Marseille, du travail en int&#233;rim et des gens qui tombaient comme des mouches &#8211; morts, en HP, en d&#233;tention... J'ai continu&#233; &#224; prendre des drogues, &#224; exp&#233;rimenter, notamment le peyotl au Mexique, qui m'a vraiment marqu&#233; &#8211; ceci dit, ce n'est pas une drogue ! &#8211; et &#224; boire beaucoup d'alcool, par p&#233;riodes. Mais &#231;a n'a jamais pris le pas sur ma vie. Il n'emp&#234;che qu'encore aujourd'hui, je peux &#234;tre tent&#233; par des exp&#233;riences de ce genre. Je me suis rendu compte par exemple qu'en cas de mal de dos ou de coup de stress, j'adorais le tramadol et ses effets. Et r&#233;cemment, je me suis d&#233;fonc&#233; avec une amie en phase terminale d'un cancer, qui avait lou&#233; un appart' en bord de mer. On s'est pay&#233; un bel hommage &#224; la vie : hu&#238;tres, petits g&#226;teaux arabes, th&#233; au gingembre et&#8230; de la morphine de synth&#232;se. C'&#233;tait un beau moment, une mani&#232;re privil&#233;gi&#233;e de se dire au revoir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Parce que Dieu n'existe pas &#187; / (&lt;i&gt;Marguerite, six litres de rouge par jour&lt;/i&gt;) &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4665 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/duras_picole.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH478/duras_picole-df417.jpg?1782957373' width='500' height='478' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Propos recueillis par &#201;milien Bernard&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Inhibiteur s&#233;lectif de recapture de s&#233;rotonine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; Autant ne pas bosser... &#187; </title>
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&lt;p&gt;&#171; Bon, c'est bien sympa les balades, tout &#231;a, mais le secret pour ne pas replonger dans le travail, c'est d'avoir une activit&#233;. &#187; Celle de David Snug , de son vrai nom Guillaume Cardin, c'est la musique avec son groupe Trotski nautique &#8211; synth&#233;, fl&#251;te &#224; bec et paroles poilantes &#8211; et surtout la BD. La derni&#232;re en date, D&#233;p&#244;t de bilan de comp&#233;tences (Nada, 2020), d&#233;nonce avec un humour aussi d&#233;capant que lib&#233;rateur le monde merveilleux du salariat, de l'usine au secteur associatif. Il nous a (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no194-janvier-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;194 (janvier 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/David-Snug" rel="tag"&gt;David Snug&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/j-ai-arrete" rel="tag"&gt;j'ai arr&#234;t&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Bon, c'est bien sympa les balades, tout &#231;a, mais le secret pour ne pas replonger dans le travail, c'est d'avoir une activit&#233;. &#187;&lt;/i&gt; Celle de David Snug&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il a eu plusieurs de groupe de musique, dont un pr&#233;nomm&#233; Dr Snuggle et MC (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, de son vrai nom Guillaume Cardin, c'est la musique avec son groupe Trotski nautique&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;but 2021, sortira leur nouvel album, Boucherie. Comme d'habitude, leur CD (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#8211; synth&#233;, fl&#251;te &#224; bec et paroles poilantes &#8211; et surtout la BD. La derni&#232;re en date, &lt;i&gt;D&#233;p&#244;t de bilan de comp&#233;tences&lt;/i&gt; (Nada, 2020), d&#233;nonce avec un humour aussi d&#233;capant que lib&#233;rateur le monde merveilleux du salariat, de l'usine au secteur associatif. Il nous a racont&#233; comment il a tout arr&#234;t&#233;, par t&#233;l&#233;phone, en se baladant justement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3557 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;27&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1704.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH705/-1704-f0907.jpg?1782829388' width='500' height='705' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Planche sign&#233;e David Snug
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; C'est le d&#233;terminisme social, au mieux tu finiras prof&lt;/i&gt; &#187; (Trotski nautique)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; &#192; bas l'humanit&#233;, &#224; l'unanimit&#233;&lt;/i&gt; &#187; (Idem)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; quel moment as-tu d&#233;cid&#233; que le travail c'&#233;tait fini pour toi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vers 2008. J'&#233;tais animateur multim&#233;dia depuis dix ans, j'encha&#238;nais les emplois pr&#233;caires et je me suis retrouv&#233; &#224; la fin d'un contrat aid&#233;, qui ne menait encore une fois nulle part. Je les ai tous connus ces contrats : emploi jeune, CUI, CAE... L&#224;, j'&#233;tais &#224; mi-temps et je me suis dit qu'avec le RSA et les APL, je gagnerais presque autant si je ne travaillais pas. Alors, j'ai arr&#234;t&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le turbin semble ne t'avoir jamais fait r&#234;ver, mais en m&#234;me temps ton alter ego de BD d&#233;clare ceci : &#171; &lt;i&gt;Quand j'avais ton &#226;ge, je croyais que si on ne travaillait pas, on pouvait mourir&lt;/i&gt;... &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour mes parents ouvriers, c'&#233;tait un &lt;i&gt;leitmotiv&lt;/i&gt; : il &lt;i&gt;faut&lt;/i&gt; travailler. Mais peut-&#234;tre qu'inconsciemment, j'&#233;tais d&#233;j&#224; r&#233;ticent. J'ai le souvenir d'avoir &#233;t&#233; sermonn&#233; au lyc&#233;e parce que je n'avais aucun objectif professionnel. Je disais : &#8220;&lt;i&gt;Je m'en fous de ce que je veux faire, je vais aller en fac d'arts plastiques.&lt;/i&gt;&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une question de classe sociale aussi. Quand tu es fils de m&#233;decin ou d'avocat, tu fais plus facilement des &#233;tudes de m&#233;decin ou d'avocat et tu as plus facilement des boulots int&#233;ressants. Par exemple, j'aurais bien aim&#233; aller aux Gobelins&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;cole publique post-bac, tr&#232;s r&#233;put&#233;e pour le cin&#233;ma d'animation, la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; apprendre le dessin anim&#233; mais, comme c'est &#224; Paris, mes parents n'auraient pas pu me le payer. Je me disais : de toute fa&#231;on, s'il faut travailler, &#234;tre ex&#233;cutant dans un truc artistique c'est peut-&#234;tre moins pire. Mais si tu es condamn&#233; &#224; faire des boulots qui servent &#224; rien, alors autant ne pas bosser. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu as quand m&#234;me une dizaine de BD &#224; ton actif... On ne peut pas parler d'un travail ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Non, le but n'est pas du tout d'en vivre. C'est une forme d'expression : depuis aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours dessin&#233;. &#192; un moment, il y a eu un fort mouvement de revendication dans la BD ; les gens disaient : &#8220;&lt;i&gt;On peut plus vivre de la BD, on arr&#234;te.&lt;/i&gt;&#8221; Moi je ne comprenais pas. Ce n'est pas une question d'en vivre ou non. Tu peux imprimer des fanzines, tu n'es pas forc&#233; de publier chez Delcourt. Et tu n'es pas non plus oblig&#233; d'en tirer un salaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est quoi ta pire exp&#233;rience de travail ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand j'ai fait &#8220;virage&#8221; dans une usine de camembert. Je rempla&#231;ais litt&#233;ralement un tron&#231;on de la cha&#238;ne qui servait de tournant car il y avait une panne. Je devais juste passer les cartons d'une machine &#224; l'autre. Pendant 8 heures. Tu as le temps de penser &#224; ce que tu fous l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard, j'ai &#233;t&#233; animateur multim&#233;dia, donc en gros j'apprenais &#224; des retrait&#233;s &#224; se servir d'Internet et de Gmail. C'est s&#251;r que c'est moins fatigant moralement que l'usine, mais, sous couvert de bosser dans le social, tu travailles en r&#233;alit&#233; pour Google. En plus de &#231;a, il y a ce truc des boulots associatifs : on te dit &#8220;&lt;i&gt;Tu es mal pay&#233; mais tu sers &#224; la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;&#8221;, donc tu n'h&#233;sites pas &#224; multiplier les heures sup'. Cette culpabilit&#233; n'existe pas &#224; l'usine. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans&lt;i&gt; D&#233;p&#244;t de bilan de comp&#233;tences&lt;/i&gt;, tu dis que tu ne bois pas et ne te drogues pas. Tu as tout arr&#234;t&#233; en m&#234;me temps ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une fois, j'&#233;tais avec un copain qui se tapait des plans de merde d'intermittent, du genre : d&#233;placer des plantes dans un centre d'expo. Il m'a dit : &#8220;&lt;i&gt;Imagine si on ne buvait pas et si on ne fumait pas, le RSA suffirait.&lt;/i&gt;&#8221; Et c'est vrai. J'ai arr&#234;t&#233; un peu avant de stopper le travail. J'&#233;tais int&#233;ress&#233; par la pens&#233;e &lt;i&gt;straight edge&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sous-culture punk qui ne consomme aucune drogue r&#233;cr&#233;ative.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, la bouffe vegan... &#199;a m'a aid&#233; dans ma r&#233;flexion quand je me demandais comment vivre sans travailler. Parfois, j'aimerais d'ailleurs bien faire des BD sur le v&#233;ganisme ou l'antisp&#233;cisme, mais c'est souvent moralisant, et les trucs moralisants me font chier. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu cites pas mal de r&#233;f&#233;rences politiques, notamment l'anarchiste am&#233;ricain Bob Black qui a &#233;crit un livre en 1985 : &lt;i&gt;L'Abolition du travail&lt;/i&gt;... &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La premi&#232;re fois que j'ai lu Bob Black, je pensais que c'&#233;tait une blague. J'avais 18 ou 19 ans, un pote m'avait fil&#233; son bouquin en photocopies. &#192; l'&#233;poque, pour moi, la question ne se posait pas : on na&#238;t, on travaille, on meurt. J'ai mis du temps &#224; comprendre qu'il y avait autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, j'ai vite &#233;t&#233; attir&#233; par tout ce qui &#233;tait libertaire. En musique, plus jeune, j'&#233;coutais du punk genre Joy Division. Je me souviens avoir lu quelque part une interview de Peter Hook, le bassiste du groupe. Il racontait que, quand il &#233;tait gamin, il avait &#233;t&#233; &#224; un concert de Deep Purple. Certes, &#231;a lui avait plu, mais il s'&#233;tait dit que ce n'&#233;tait pas pour lui. Par contre, apr&#232;s voir vu les Sex Pistols, il a achet&#233; une basse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En BD c'est pareil, parmi celles que tu aimes, il n'y en a que certaines qui te donnent envie de passer &#224; la pratique. Moi, d&#232;s qu'il y a un c&#244;t&#233; &#8220;On sait pas en faire mais on s'en fout on fait&#8221;, j'aime bien. Dans les ann&#233;es 1990, l'Association&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Maison d'&#233;dition associative de bandes dessin&#233;es alternatives.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; est arriv&#233;e : je ne vais pas dire qu'ils ne savaient pas faire de BD, mais le niveau de dessin n'&#233;tait pas hyper chiad&#233; : c'&#233;tait en noir et blanc, presque &#224; l'arrache. &#199;a m'a int&#233;ress&#233; alors qu'au lyc&#233;e je d&#233;testais la BD. Tout le monde en lisait : des trucs d'heroic fantasy, de super-h&#233;ros. Je ne comprenais pas. C'est quand j'ai d&#233;couvert Robert Crumb ou Joe Matt, des &#339;uvres autobiographiques, que je me suis dit : &#8220;Ah ouais, tu peux raconter ta vie en BD, tu n'es pas oblig&#233; de dessiner des gens qui se battent &#224; chaque page.&#8221; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu as longtemps publi&#233; plusieurs planches par semaine sur Facebook et sur ton blog... &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#202;tre sur Facebook ou Instagram me bouffait tout mon temps. En plus de &#231;a, ce qui est horrible, c'est que tu t'adaptes &#224; ce que tu sais qui va marcher ou pas. Par exemple, je voulais dessiner sur le groupe de musique Songs : Ohia&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qui s'est form&#233; autour du musicien Jason Molina.&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;, puis au final je me retrouvais &#224; faire quelque chose sur Bruno Le Maire, parce que c'&#233;tait dans l'air du temps. C'est s&#251;r, j'aimais bien l'id&#233;e que tout le monde puisse lire gratuitement mes cr&#233;ations, mais les b&#233;nef' vont au final aux GAFAM. Du coup, j'ai arr&#234;t&#233; Google le 1&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;r&lt;/sup&gt; septembre et &#231;a va. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu arr&#234;tes vraiment plein de choses...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, c'est mon truc. &#192; la fin, je serai super chiant. Et je ne suis pas loin de la fin. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Margaux Wartelle&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Il a eu plusieurs de groupe de musique, dont un pr&#233;nomm&#233; Dr Snuggle et MC Jacqueline. De Snuggle, il est pass&#233; &#224; &#8220;Snug&#8221;. Puis il a d&#233;couvert que &lt;i&gt;snug&lt;/i&gt; voulait dire &#8220;douillet&#8221; en anglais. Donc il a rajout&#233; David. &#171; &lt;i&gt;Quatorze ans que &#231;a dure, c'est le probl&#232;me des pseudos.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D&#233;but 2021, sortira leur nouvel album, &lt;i&gt;Boucherie&lt;/i&gt;. Comme d'habitude, leur CD sera vendu un euro.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;cole publique post-bac, tr&#232;s r&#233;put&#233;e pour le cin&#233;ma d'animation, la photographie, les industries graphiques...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sous-culture punk qui ne consomme aucune drogue r&#233;cr&#233;ative.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Maison d'&#233;dition associative de bandes dessin&#233;es alternatives.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Qui s'est form&#233; autour du musicien Jason Molina.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Messies de tous les pays, unissez-vous ! &#187;</title>
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		<dc:date>2020-02-17T05:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>C&#233;cile Kiefer</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;&#171; L'envie de raconter mon histoire &#233;tait d&#233;j&#224; pr&#233;sente dans mon d&#233;lire. &#187; Dans Barge, H&#233;lo K. explique comment, &#224; 20 ans, son esprit a peu &#224; peu d&#233;riv&#233; dans un d&#233;lire messianique. D&#233;lire qui la conduira &#224; l'h&#244;pital psychiatrique &#224; plusieurs reprises. Auto-&#233;dit&#233;, ce livre est une plong&#233;e intime dans cette aventure. M&#234;lant ses carnets, des extraits de son dossier m&#233;dical et des lettres de proches, c'est un pr&#233;cieux t&#233;moignage pour tenter de comprendre ce que peut signifier une bouff&#233;e (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no184-fevrier-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;184 (f&#233;vrier 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/j-ai" rel="tag"&gt;j'ai&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/monde" rel="tag"&gt;monde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/petit" rel="tag"&gt;petit&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/J-etais" rel="tag"&gt;J'&#233;tais&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/j-avais" rel="tag"&gt;j'avais&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mission" rel="tag"&gt;mission&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/puis-j-ai" rel="tag"&gt;puis j'ai&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/j-ai-debarque" rel="tag"&gt;j'ai d&#233;barqu&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;L'envie de raconter mon histoire &#233;tait d&#233;j&#224; pr&#233;sente dans mon d&#233;lire.&lt;/i&gt; &#187; Dans &lt;i&gt;Barge&lt;/i&gt;, H&#233;lo K. explique comment, &#224; 20 ans, son esprit a peu &#224; peu d&#233;riv&#233; dans un d&#233;lire messianique. D&#233;lire qui la conduira &#224; l'h&#244;pital psychiatrique &#224; plusieurs reprises. Auto-&#233;dit&#233;, ce livre est une plong&#233;e intime dans cette aventure. M&#234;lant ses carnets, des extraits de son dossier m&#233;dical et des lettres de proches, c'est un pr&#233;cieux t&#233;moignage pour tenter de comprendre ce que peut signifier une bouff&#233;e d&#233;lirante &#8211; et un autre rapport &#224; l'existant. Un r&#233;cit puissant qui agit en r&#233;v&#233;lateur des folies du monde standard. La parole est &#224; l'autrice.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3243 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;40&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH521/-1455-3370d.jpg?1782645113' width='400' height='521' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Extrait du livre &#034;Barge&#034; (auto-&#233;dit&#233;).
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La mission&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; &lt;/span&gt;Je vivais une crise mystique : j'avais un sentiment d'amour incommensurable pour tous les &#234;tres humains et l'impression qu'il fallait nous sortir de l&#224;. Par ailleurs, je frayais dans la n&#233;buleuse anarchiste qui, pour moi, visait juste politiquement : critique du pouvoir, remise en cause du capitalisme, aberration des &#201;tats et des fronti&#232;res... En 2000, lors de ma premi&#232;re bouff&#233;e d&#233;lirante &#224; Berlin, je voulais monter une exposition qui prouverait l'importance de ces id&#233;es. J'habitais la nouvelle J&#233;rusalem et j'avais un message &#224; d&#233;livrer au monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;nonc&#233; de ma mission &#233;tait limpide : je devais &#8220;r&#233;pandre l'anarchie sur Terre de mani&#232;re douce et non-violente&#8221;. En gros, j'&#233;tais un &#233;metteur universel et tous les habitants de la plan&#232;te entendaient ce que je pensais et voyaient ce que je voyais. Je devais donc faire de ma vie un acte de propagande, en assistant &#224; des d&#233;bats, en lisant des tracts, en &#8220;faisant des films&#8221; avec mes yeux-cam&#233;ras, en fournissant du spectacle accrocheur aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela donnait parfois des situations &#233;tranges. Comme ce jour o&#249; j'ai d&#233;barqu&#233; &#224; Montpellier : des affiches de cin&#233;ma aux parterres de fleurs, tout faisait &#233;cho &#224; ma mission. Je devais distinguer si les gens et les &#233;l&#233;ments qui m'environnaient &#233;taient des alli&#233;s ou des ennemis. Et les gestes des passants m'aiguillaient pour savoir quoi filmer. J'&#233;tais en&lt;i&gt; surstimulation&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;survigilance &lt;/i&gt;permanentes. Lors du contre-sommet du FMI &#224; Prague en octobre 2000, j'&#233;tais convaincue de jouer un r&#244;le pilier, puisque j'&#233;tais en mesure de pr&#233;venir tout le monde de l'endroit o&#249; se trouvaient les flics. Je me pensais aussi investie d'une &#233;norme responsabilit&#233; lors des manifs anti-Le Pen en 2002, m&#234;me si je ne ma&#238;trisais pas toujours les outils pour accomplir ma mission. &#192; ce moment-l&#224;, j'&#233;tais persuad&#233;e que mon cerveau avait &#233;t&#233; vendu &#224; l'ennemi, car j'avais des surimpressions r&#233;tiniennes de flammes du Front national et de croix gamm&#233;es. J'avais peur de contribuer &#224; r&#233;pandre le fascisme malgr&#233; moi...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; chaque fois que j'atterrissais &#224; l'HP, je me disais que mes alli&#233;.es voulaient que je sois l&#224; parce qu'il devait s'y jouer des choses importantes. Les premiers jours d'internement, ma mission restait tr&#232;s vivace, je &#8220;filmais&#8221; tout et cherchais &#224; mettre en valeur les autres personnes. Pour divertir le spectateur suppos&#233;, je roulais des pelles &#224; d'autres patients. Mais au bout de quelques jours, le traitement &#8211; auquel je r&#233;pondais bien &#8211; venait casser les voix et les hallucinations. Il me cassait tout court, et je dormais quinze heures par nuit. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'anarchipute&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si j'ai &#8220;d&#233;goupill&#233;&#8221; en 2000, 2002 et 2004, c'est souvent parce qu'un sentiment d'amour me submergeait. On ne m'a pas appris &#224; identifier mes &#233;motions et &#224; mettre des mots dessus. J'&#233;tais d&#233;connect&#233;e de mon corps et percevais mal mes contours, mes sensations. Je ressentais une forte pression sociale concernant l'acc&#232;s &#224; une vie sexuelle adulte et la perte de ma virginit&#233;. &#192; chaque fois que je tombais amoureuse, c'&#233;tait super fort, j'&#233;tais incapable de dire &#224; la personne que je l'aimais. &#192; partir de l&#224;, une multitude d'interpr&#233;tations sexuelles me poussaient &#224; me confronter &#224; mon corps, &#224; ma chair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je suis revenue du contre-sommet du FMI, j'ai entendu mes premi&#232;res voix, notamment celles d'hommes allemands qui attendaient de moi que je fasse des passes. Petit &#224; petit, je fantasmais sur un personnage d'anarchipute, qui aurait la capacit&#233; de convaincre politiquement&lt;i&gt; via&lt;/i&gt; l'acte sexuel. Alors je baisais avec n'importe qui, sans jamais vraiment ressentir de plaisir. Tout &#231;a restait tr&#232;s c&#233;r&#233;bral. J'imaginais m&#234;me parfois que c'&#233;tait des &#8220;envoy&#233;s&#8221; qui devaient appara&#238;tre dans &#8220;l'&#233;cran universel&#8221;. J'&#233;tais aussi en qu&#234;te de l'orgasme, cens&#233; avoir un pouvoir magique pour moi et pour l'humanit&#233;. Je l'ai rarement atteint...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cet aspect sexuel, c'est quelque chose qui a beaucoup marqu&#233; mes proches &#224; la lecture de &lt;i&gt;Barge&lt;/i&gt; ; ils n'avaient pas conscience de la place que &#231;a prenait pour moi &#224; l'&#233;poque. Au vu des circonstances, j'ai eu de la chance de ne pas choper de maladies et d'avoir subi peu d'agressions sexuelles. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le deuil&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comme j'analysais tout &#8211; le chant des oiseaux, la forme des nuages, une information sur France Culture &#8211; par le prisme de ma mission, quand je suis retourn&#233;e dans un monde plus standard, tout m'a paru plat et assez fade. Cette perte d'intensit&#233; explique pourquoi j'ai r&#233;guli&#232;rement arr&#234;t&#233; le m&#233;doc pour revenir dans le d&#233;lire et ses univers vachement plus stimulants et foisonnants. D&#233;cider de revenir &#224; la r&#233;alit&#233; a constitu&#233; une sorte de deuil pour moi, le processus a &#233;t&#233; long.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis &#8220;revenue&#8221; juste &#224; temps. En 2004, j'avais invent&#233; une langue compl&#232;tement absconse, je passais des heures dans ma chambre &#224; trifouiller des trucs, je me repliais sur moi-m&#234;me. J'&#233;tais tr&#232;s centr&#233;e sur mes voix et nos dialogues. C'est l&#224; o&#249; la psychiatrie se met &#224; parler de schizophr&#233;nie (terme contestable s'il en est !) &#8220;&#224; symptomatologie d&#233;ficitaire&#8221;. Avec ce paradoxe que le psychiatre la voit comme une absence alors qu'&#224; l'int&#233;rieur, tu vis un foisonnement monumental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis j'ai r&#233;alis&#233; que j'&#233;tais &#224; deux doigts de basculer vraiment, je n'arrivais plus &#224; &#234;tre en contact avec mes proches. Alors que le contact avec les autres m'est essentiel, tout comme j'ai besoin de pouvoir vivre des choses avec eux ! Alors je me suis accroch&#233;e. Mais cette perte d'intensit&#233;, et cette question des allers-retours avec la folie, c'est quelque chose qui me questionne encore : comment ne pas renoncer &#224; tout, comment ne pas se contenter de ce monde mat&#233;riel plat dans lequel on s'emmerde un peu ? Comment rego&#251;ter de temps en temps &#224; cette intensit&#233;, sans replonger ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les alli&#233;.es&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mes premiers alli&#233;.es, je les ai rencontr&#233;.es durant mes s&#233;jours &#224; l'HP. Mais souvent, les m&#233;docs compliquent la communication : l'&#233;locution, les id&#233;es, tout devient plus lent, comme p&#226;teux. Et puis le contexte institutionnel t'emp&#234;che d'avoir de vrais &#233;changes. La maison pour jeunes adultes psychotiques o&#249; j'ai pass&#233; six mois &#233;tait par contre un v&#233;ritable foyer d'&#233;mulations. On avait l'espace pour cr&#233;er du commun entre &#8220;r&#233;sidents&#8221;, partager nos v&#233;cus, &#233;voquer les injustices subies, se rebeller contre le psychiatre, les m&#233;docs, l'institution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2008, j'ai d&#233;barqu&#233; &#224; Toulouse et fr&#233;quent&#233; un centre de sant&#233; communautaire tr&#232;s actif dans mon quartier. Avec trois personnes concern&#233;es par des troubles psy, on a mont&#233; &lt;i&gt;Les Chamelles&lt;/i&gt;, un groupe de parole. Et puis j'ai rencontr&#233; un bonhomme espagnol qui cherchait &#224; traduire &lt;i&gt;Le D&#233;calogue&lt;/i&gt;, un texte politique en dix points pour se d&#233;fendre face &#224; un psychiatre. Une amie psychologue s'est jointe &#224; nous, on a traduit ce texte et d&#233;cid&#233; de l'&#233;toffer avec d'autres infos utiles et des t&#233;moignages : &#231;a a donn&#233; la brochure&lt;i&gt; &#192; Claire voie &#8211; Manuel de savoir &#234;tre fou en soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Disponible sur www.zinzinzine.net/clairevoie.html&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Petit &#224; petit, d'autres personnes se sont agr&#233;g&#233;es au groupe pour devenir le collectif &lt;i&gt;Crazy Horde&lt;/i&gt; : on a mont&#233; des ateliers, une &#233;mission de radio&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Crio Cuervos sur Canal Sud (92.2 FM &#224; Toulouse).&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, un infokiosque, des projections, on s'est form&#233; au th&#233;&#226;tre de l'opprim&#233;.e... &#192; cette &#233;poque, la psychiatrie et le soin &#233;taient des th&#233;matiques assez peu pr&#233;sentes dans les sph&#232;res militantes, mais avec notre critique de l'appareil psychiatrique, on a r&#233;ussi &#224; se glisser au c&#244;t&#233; des th&#233;matiques anticarc&#233;rales, et pour tout ce qui concernait le &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; et la d&#233;construction du mythe du militant performant H24, au c&#244;t&#233; des pens&#233;es f&#233;ministes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces exp&#233;riences m'ont aussi permis d'entendre d'autres histoires, parfois bien plus &lt;i&gt;trash&lt;/i&gt; que ce que j'ai v&#233;cu. J'estime avoir eu beaucoup de chance, et un paquet de cartes en main pour m'en sortir. La chance aussi de pouvoir en t&#233;moigner, et j'ai tr&#232;s envie que d'autres puissent le faire &#224; leur tour. Il va bien falloir agr&#233;ger les paroles et les col&#232;res, ce que font les associations d'usagers qui &#233;mergent. On ne peut pas se contenter de mettre c&#244;te &#224; c&#244;te du &lt;i&gt;storytelling&lt;/i&gt; individuel. Il va falloir pousser plus loin les enjeux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par C&#233;cile Kiefer&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NDLR : qui a &#233;galement r&#233;alis&#233; la maquette de Barge.&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pour se procurer &#171; Barge &#187;, &#233;crire &#224; barge[at]riseup.net&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Disponible sur &lt;a href=&#034;https://www.zinzinzine.net/clairevoie.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.zinzinzine.net/clairevoie.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Crio Cuervos&lt;/i&gt; sur Canal Sud (92.2 FM &#224; Toulouse).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;NDLR : qui a &#233;galement r&#233;alis&#233; la maquette de &lt;i&gt;Barge&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>&#192; la marche des &#171; Mutil&#233;s pour l'exemple &#187;</title>
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		<dc:date>2019-11-25T09:18:20Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sophie Divry</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Victimes de violences polici&#232;res, particuli&#232;rement graves et nombreuses pendant le mouvement des Gilets jaunes, les &#171; Mutil&#233;s pour l'exemple &#187; ont form&#233; un collectif au printemps dernier. &#201;borgn&#233;s, amput&#233;s, traumatis&#233;s, ils doivent s'adapter &#224; la nouvelle vie qu'on leur a impos&#233;e. Le 22 septembre, ils manifestaient &#224; Bordeaux, demandant la fin de l'impunit&#233; et du carnage policier. Reportage et t&#233;moignages. Pour ceux qui ne connaissent pas Bordeaux, la visite guid&#233;e est d'un effet terrible. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no181-novembre-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;181 (novembre 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/une3_cabrule" rel="tag"&gt;une3_cabrule&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/J-ai-pris" rel="tag"&gt;J'ai pris&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Victimes de violences polici&#232;res, particuli&#232;rement graves et nombreuses pendant le mouvement des Gilets jaunes, les &#171; Mutil&#233;s pour l'exemple &#187; ont form&#233; un collectif au printemps dernier. &#201;borgn&#233;s, amput&#233;s, traumatis&#233;s, ils doivent s'adapter &#224; la nouvelle vie qu'on leur a impos&#233;e. Le 22 septembre, ils manifestaient &#224; Bordeaux, demandant la fin de l'impunit&#233; et du carnage policier. Reportage et t&#233;moignages.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3133 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH449/-1360-0c6c5.jpg?1782641452' width='400' height='449' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Elzazimut
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;P&lt;/span&gt;our ceux qui ne connaissent pas Bordeaux, la visite guid&#233;e est d'un effet terrible. La troisi&#232;me marche du collectif des &#171; Mutil&#233;s pour l'exemple &#187;&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La plupart des membres du collectif ont &#233;t&#233; bless&#233;s pendant le mouvement des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; trace &#224; l'int&#233;rieur de la ville un chemin de croix de la r&#233;pression subie par les Gilets jaunes. Ce 22 septembre, le cort&#232;ge de 500 personnes s'arr&#234;te et &#233;coute &#224; chaque station comment un bless&#233; a perdu, qui son &#339;il, qui sa main, sa joue, sa vision, et dans le lot souvent son m&#233;tier et sa tranquillit&#233;, ainsi que beaucoup d'illusions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a commence place de la Bourse, face au miroir d'eau de la m&#233;tropole girondine airbnbis&#233;e. Les manifestants brandissent des croix en polystyr&#232;ne jaune avec le nom des bless&#233;s. Le bilan global de la r&#233;pression des Gilets jaunes a atteint des hauteurs historiques. Officiellement, il fait &#233;tat de 2 500 bless&#233;s, mais est certainement sous-&#233;valu&#233;. En cause notamment, la grenade assourdissante Gli-F4, les grenades de d&#233;sencerclement et les tirs de flashballs&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On utilisera ici ce terme g&#233;n&#233;rique pour d&#233;signer les &#171; lanceurs de balles (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Les victimes sont lyc&#233;ens, secr&#233;taires m&#233;dicales, intermittents du spectacle, chauffeurs routiers, marins, ouvriers, &#233;tudiants, sans emploi. C'est la France des Gilets jaunes.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les mains arrach&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce dimanche, Antoine Boudinet montre sans complexe le moignon qui lui reste &#224; la place de la main droite. Le jeune homme reste combatif et souriant &#8211; cette main manquante est pourtant tellement choquante par sa possibilit&#233; m&#234;me, vu sa jeunesse et son sourire. Il a 26 ans quand le 8 d&#233;cembre 2018, il se fait arracher la main par une grenade Gli-F4. &#171; &lt;i&gt;Moi j'&#233;tais na&#239;f, je pensais pas que je pouvais &#234;tre bless&#233; si gravement&lt;/i&gt; &#187;, raconte-t-il. Cette grenade est compos&#233;e de 26 grammes de TNT. Antoine, par r&#233;flexe, a voulu la repousser, sa main a explos&#233;. &#187; &lt;i&gt;Il restait les os, mais plus aucune chair.&lt;/i&gt; &#187; Animateur en p&#233;riscolaire, il a d&#251; passer trois mois en r&#233;&#233;ducation. Il est aujourd'hui d&#233;clar&#233; handicap&#233; &#224; 80 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, Antoine n'est pas le seul &#224; avoir v&#233;cu cette horreur de se faire arracher la main par cette grenade dite &#171; &#224; l&#233;talit&#233; r&#233;duite &#187; et dont les autorit&#233;s connaissaient la dangerosit&#233;. Il y a Gabriel, apprenti chaudronnier de 21 ans ; Ayhan, ouvrier de 52 ans ; S&#233;bastien, 29 ans, plombier. Et Fr&#233;d&#233;ric, ouvrier lamaneur de 35 ans, qui a perdu une main une semaine avant Antoine, comme lui &#224; Bordeaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes place de la Com&#233;die et Floriane prend la parole. Elle a re&#231;u un tir de flashball dans le mollet et dans le m&#233;gaphone raconte une longue histoire de douleurs. Sa voix vibre de col&#232;re : &#171; &lt;i&gt;Je fais encore des cauchemars, et je suis encore suivie psychologiquement huit mois plus tard, mais je veux t&#233;moigner. Je veux l'interdiction des flashballs. Ce n'est pas une arme &#224; utiliser contre une foule. Le gouvernement n'a pas &#224; mutiler les gens.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B&#233;reng&#232;re ne prendra pas le micro ; contrairement &#224; Floriane, elle n'a pas d&#233;pos&#233; plainte, mais elle est marqu&#233;e par diverses blessures, de grenades et de matraque. &#171; &lt;i&gt;Le collectif, &#231;a me permet d'en parler, &#231;a soulage, c'est hyper important de partager.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; La police fait son travail, &#231;a cr&#232;ve les yeux &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les slogans s'encha&#238;nent : &#171; &lt;i&gt;Castaner en prison&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;La police fait son travail, &#231;a cr&#232;ve les yeux&lt;/i&gt; &#187;. Des militantes du Clap33 &lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Collectif bordelais contre les abus policiers. Sur Internet : Clap33.com.&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#233;gr&#232;nent les noms de personnes tu&#233;es par la police, notamment dans les banlieues. L'&#233;num&#233;ration fait froid dans le dos. Myriam a r&#233;ussi &#224; faire condamner l'&#201;tat pour un coup de tonfa qu'elle a subi. Elle aide aujourd'hui le collectif par son exp&#233;rience, mais regrette que beaucoup de Gilets jaunes ne portent pas plainte. &#171; &lt;i&gt;On en arrive &#224; un point o&#249; on est content si on rentre chez soi sans &#234;tre mutil&#233;. Pourtant, il n'y a pas de petits bless&#233;s.&lt;/i&gt; &#187; Tous prennent pour mod&#232;le le collectif Adama&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bas&#233; en banlieue parisienne, il demande v&#233;rit&#233; et justice pour Adama Traor&#233;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, dont Antoine arbore le tee-shirt noir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cort&#232;ge arrive cours Victor-Hugo. Sous cet abribus, Jean-Marc a pris un flashball en pleine t&#234;te, et comme 23 autres personnes, a &#233;t&#233; &#233;borgn&#233;. L'&#233;motion le submerge. Les mutil&#233;s se tombent dans les bras. C'est cela qui est frappant, de s'apercevoir que les blessures ne sont pas juste une affaire physique. C'est une atteinte &#224; l'intimit&#233;, au visage, au rapport au monde, &#224; la confiance en soi et aux autres. Gravement, le cort&#232;ge repart vers la Garonne. Je discute avec Alexandre, puis avec Franck, bless&#233;s &#224; la t&#234;te &#8211; comme plus de 300 autres. Ces deux-l&#224; ont perdu leur travail &#224; cause d'un tir de flashball, une balle en caoutchouc rigide tir&#233;e &#224; 300 km/h.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Interdire la Gli-F4 et les flashballs&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le combat des &#171; Mutil&#233;s pour l'exemple &#187; ne fait que commencer. &#171; &lt;i&gt;On veut montrer &#224; tous ceux qui n'ont pas encore vu ou ne veulent pas le voir qu'il y a vraiment des bless&#233;s graves et des mutil&#233;s &#224; vie&lt;/i&gt; &#187;, dit Franck. En justice, la bataille n'est pas gagn&#233;e : &#224; notre connaissance, pr&#232;s d'un an apr&#232;s le d&#233;but du mouvement des Gilets jaunes, aucun policier n'a &#233;t&#233; mis en examen. &#192; Bordeaux, les plaintes d'Antoine Boudinet et de Fr&#233;d&#233;ric ont &#233;t&#233; class&#233;es sans suite. Mais les bless&#233;s sont pr&#234;ts &#224; aller jusqu'&#224; la Cour europ&#233;enne des droits de l'homme &#8211; &#171; &lt;i&gt;m&#234;me si &#231;a doit prendre dix ans, on l&#226;chera rien&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La visite est termin&#233;e. De retour au point de d&#233;part, le collectif insiste sur ses revendications : l'interdiction de la grenade Gli-F4 et des flashballs. Le but est de faire baisser le niveau de violence. Mais le gouvernement souhaite-t-il cette d&#233;sescalade ? Didier Lallement, le pr&#233;fet de Gironde qui dirigeait les forces de l'ordre &#224; Bordeaux l'hiver dernier, a &#233;t&#233; promu depuis pr&#233;fet de police de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Sophie Divry&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; On m'a amput&#233; tout de suite &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fr&#233;d&#233;ric, ouvrier, 36 ans, a eu la main droite arrach&#233;e par une grenade Gli-F4 &#224; Bordeaux, le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre 2018&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je suis ouvrier lamaneur. Mon travail consistait &#224; tirer sur des cordes pour amarrer les bateaux dans le port de Bordeaux et autour sur la Garonne. Ce 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre, c'&#233;tait ma premi&#232;re manifestation avec les Gilets jaunes. Je venais parce qu'avec mon salaire, je ne pouvais pas faire autre chose que payer des factures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on arrive place Pey-Berland, il y a un mur de CRS derri&#232;re des grilles. Je tombe &#224; terre dans un mouvement de foule. Une grenade roule &#224; c&#244;t&#233; de moi, elle fume. Par r&#233;flexe, je cherche &#224; l'&#233;loigner de ma t&#234;te, mais je n'ai pas le temps de la toucher. Elle explose et emporte ma main. Quand j'ai vu cette horreur, c'&#233;tait tr&#232;s dur. Pendant longtemps, m&#234;me apr&#232;s l'op&#233;ration, je n'arrivais pas &#224; porter le regard sur mon moignon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis rest&#233; une heure assis par terre, prot&#233;g&#233; par d'autres Gilets jaunes, &#224; souffrir, en attendant qu'on puisse faire venir les pompiers. Je me sentais mourir. On m'a dit plus tard que j'&#233;tais alors en &#8220;urgence absolue&#8221;. &#192; l'h&#244;pital, on m'a amput&#233; tout de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais encore alit&#233; que deux jours apr&#232;s les flics sont venus dans ma chambre m'apprendre qu'ils avaient d&#233;pos&#233; plainte contre moi, pour anticiper et faire croire que c'&#233;tait moi le probl&#232;me ! &#192; l'&#233;poque je ne savais rien de ces grenades et des flashballs. J'ai eu plusieurs mois de r&#233;&#233;ducation et de suivi psychologique. Il faut faire travailler les muscles du bras, pour que la proth&#232;se fonctionne. Au d&#233;but, ma mutuelle ne voulait pas me rembourser les frais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vivre avec une seule main, &#231;a change tout. Tout prend plus de temps. Je ne peux plus faire la vaisselle, &#233;tendre le linge, j'ai d&#251; m'&#233;quiper d'un lave-vaisselle et d'un s&#232;che-linge. C'est des frais en plus. La proth&#232;se, ce n'est pas parfait, c'est fragile. Je vis seul alors tout est compliqu&#233;. Avant je bricolais beaucoup. J'ai toujours &#233;t&#233; quelqu'un qui aimait se d&#233;brouiller tout seul. Certains gestes, je peux m'adapter, d'autres je ne peux plus les faire et &#231;a m'&#233;nerve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement, j'ai mon fr&#232;re et ma s&#339;ur, des amis. Mais je n'aime pas certains regards pos&#233;s sur mon bras. Malgr&#233; tout, j'essaie de continuer &#224; regarder l'avenir. J'ai l'espoir de pouvoir reprendre mon travail dans la marine avec une proth&#232;se sp&#233;ciale. J'ai pu apprendre &#224; conduire avec mon moignon, mais pour la p&#234;che, la chasse, le jardinage, c'est plus compliqu&#233;. Je suis en col&#232;re. Je suis encore plus en col&#232;re qu'avant. On est des victimes de l'&#201;tat et pour l'instant on n'est pas reconnus. Pour eux, on est des dommages collat&#233;raux, c'est r&#233;voltant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Je ne suis jamais ressortie manifester &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Floriane, secr&#233;taire m&#233;dicale, touch&#233;e par un tir de flashball au mollet &#224; Bordeaux le 12 janvier 2019.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On &#233;tait venus manifester avec mon mari. On &#233;tait l&#224; pour nos droits, nos salaires, nos anciens, nos handicap&#233;s, notre avenir, pour des salaires d&#233;cents. Au d&#233;but, la manif &#233;tait super sympa. Mais la tension a mont&#233; et place Pey-Berland, les forces de l'ordre ont charg&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi j'&#233;tais accroupie en train d'aider un bless&#233;. Je re&#231;ois un tir de LBD dans le mollet gauche. Je ressens une &#233;norme d&#233;charge &#233;lectrique. &#199;a fait tr&#232;s mal. J'ai fui le cort&#232;ge le plus vite possible. Je me rappelle qu'on entendait les flashballs rebondir partout sur les r&#233;verb&#232;res. Je ne comprenais pas ce qui m'arrivait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je rentre chez moi. &#199;a fait un gros bleu, je mets de la glace et le lendemain je vais consulter SOS M&#233;decins. On me dit que l'h&#233;matome va passer. Mais &#231;a ne passe pas. La plaie devient toute noire. Je me rends aux urgences de Bordeaux. &#199;a avait n&#233;cros&#233;. C'est une complication grave et il faut op&#233;rer. Je suis op&#233;r&#233;e deux fois. D'abord pour enlever la n&#233;crose. &#199;a fait un trou de 8 cm. Puis j'ai eu une greffe de peau. J'ai &#233;t&#233; immobilis&#233;e pendant dix jours, sans pouvoir mettre le pied par terre. On m'a mise sur un fauteuil roulant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut voir les cons&#233;quences sur votre vie : ce sont des allers-retours &#224; l'h&#244;pital, des soins infirmiers quotidiens, des longues douleurs, des piq&#251;res contre les phl&#233;bites, un arr&#234;t de travail de trois semaines, de longues journ&#233;es de pleurs&#8230; Et encore, j'ai de la chance, la greffe a pris du premier coup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis jamais ressortie manifester. Malgr&#233; les bonnes convictions, la peur prend le dessus. On se dit que le danger vient de ceux qui sont cens&#233;s nous prot&#233;ger. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Quand vous &#234;tes borgne,vous devez tout r&#233;apprendre &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alexandre, 38 ans, intermittent du spectacle, a perdu son &#339;il droit suite &#224; un tir de flashball &#224; Paris le 8 d&#233;cembre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'&#233;tais sur les Champs-&#201;lys&#233;es. J'ai pris une balle de LBD-40 dans l'&#339;il droit. L'orbite a explos&#233;. Le truc choquant, c'est que mon &#339;il m'a coul&#233; dans ma main. Et que personne n'est venu pour m'aider.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis r&#233;fugi&#233; dans un sas d'immeuble. Je n'ai pas pu trouver un camion de pompiers avant trois ou quatre heures. Du coup, j'ai d&#251; me faire un bandage avec mon gilet jaune. &#199;a m'a valu 70 points de suture et une op&#233;ration de six heures. J'ai eu 90 jours d'ITT [interruption totale de travail]. J'ai perdu mon travail, qui consistait &#224; faire de la d&#233;coration sur les plateaux t&#233;l&#233;. Esth&#233;tiquement, mon visage est atteint, et dans ce milieu il y a tout un travail relationnel qui m'est devenu impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand vous &#234;tes borgne, vous devez tout r&#233;apprendre, &#224; marcher, &#224; parler, &#224; regarder, tout ! Vous vivez avec une partie de vous qui est morte. Quatre heures de travail pour vous, c'est huit heures pour moi. Je ne peux plus conduire, lire, c'est &#233;puisant. J'ai encore des douleurs, des cauchemars, des insomnies. Jamais je n'aurais pens&#233; perdre un &#339;il sur les Champs-&#201;lys&#233;es. Au Darfour je peux comprendre, mais pas sur les Champs-&#201;lys&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Je me r&#233;veille la nuit, j'y pense tout le temps &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Franck, 45 ans, ancien salari&#233; dans la logistique, touch&#233; par un flashball au visage le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre &#224; Paris.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'&#233;tait &#224; l'acte III &#224; Paris, j'ai pris un tir de LBD en plein visage. J'ai eu le nez compl&#232;tement &#233;cras&#233;. Je ne suis pas borgne, mais je ne vois presque plus rien de l'&#339;il droit. J'ai de graves probl&#232;mes de m&#233;moire et de concentration. Je me retrouve en voiture et soudain je ne sais plus d'o&#249; je viens, ni o&#249; je vais. J'oublie des pr&#233;noms.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#231;a le plus dur, c'est le c&#244;t&#233; psychologique. Ce nez, ce n'est pas mon nez, je ne me reconnais pas. J'ai chang&#233;. Et j'y pense tout le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains me disent de rebondir, que c'est pas si grave. Mais on est quelques-uns &#224; avoir un syndrome post-traumatique qui ne se voit pas aussi clairement qu'un &#339;il en moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais dans la logistique, je devais lire des codes tr&#232;s petits sur des pi&#232;ces. C'est impossible maintenant, je suis au ch&#244;mage et je vais &#234;tre oblig&#233; de faire une reconversion. Je ne travaille plus depuis l'accident. Je n'ai pas encore de pension d'handicap&#233; car les d&#233;marches prennent du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes proches n'ont pas tous compris. J'ai fini par me s&#233;parer. Tout est fragilis&#233; par ce genre d'accident. Je me r&#233;veille la nuit, j'y pense tout le temps. J'ai maigri de huit kilos. Je n'ai plus mon ancien travail, plus la m&#234;me famille, plus le m&#234;me visage. C'est une autre vie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; J'&#233;tais venu pour dire que le pain &#233;tait trop cher &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Marc, 42 ans, ex-horticulteur, &#233;borgn&#233; le 8 d&#233;cembre 2018 &#224; Bordeaux par un flashball au visage.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'&#233;tais venu d'Ol&#233;ron pour dire en somme que le pain &#233;tait trop cher. On en avait marre de payer trop cher l'essence. J'&#233;tais pas politis&#233;. C'&#233;tait ma premi&#232;re vraie manif, avant on faisait des ronds-points dans une ambiance cool avec des retrait&#233;s. On a &#233;t&#233; surpris par l'&#233;tat de guerre de la manif. Les flashballs sifflaient autour de nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce moment-l&#224; on &#233;tait pr&#232;s d'un abribus, je voulais prot&#233;ger ma femme. J'ai fait un doigt d'honneur au flic car &#231;a faisait des heures qu'on nous gazait. Et j'ai pris une balle de flashball en pleine t&#234;te. &#199;a m'a &#233;clat&#233; l'&#339;il, la pommette, l'arcade, tout le tour de l'&#339;il. J'ai subi d&#233;j&#224; trois op&#233;rations, et je dois en avoir une quatri&#232;me. Les chirurgiens ont d&#251; mettre 16 plaques, 40 vis dans ma t&#234;te. J'ai perdu une grande partie de la vision &#224; l'&#339;il gauche. C'est quoi, ce pays, si pour un doigt d'honneur on prend un flashball dans la t&#234;te et on nous baise la vie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, on &#233;tait heureux avant. Je cr&#233;ais des fleurs. Je ne peux plus le faire car je n'ai plus la vision en trois dimensions. J'ai des difficult&#233;s pour monter des marches, on doit tout r&#233;apprendre. Je n'ai plus mon entreprise. Je suis clo&#238;tr&#233; chez moi, je suis devenu agoraphobe. Je ne sors que les samedis avec les Gilets jaunes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne dors presque plus. &#199;a tourne tout le temps dans ma t&#234;te. J'ai beaucoup de violence en moi. Je suis suivi encore par un psy. Ma vie d'avant, elle est rest&#233;e en suspension sous l'abribus. &#192; partir du 8 d&#233;cembre 2018, je recommence une nouvelle vie. Cette vie-l&#224;, on me l'a impos&#233;e, c'est pas la mienne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; J'ai &#233;t&#233; vis&#233;e &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lola, 20 ans, &#233;tudiante en arts, touch&#233;e &#224; la joue par un flashball le 18 d&#233;cembre 2018 &#224; Biarritz.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'&#233;tais en train de filmer, la manifestation &#233;tait calme. Personne ne portait de masque ou de casque. C'&#233;tait pacifique. Quand soudain, j'ai pris un flashball dans la t&#234;te. J'ai &#233;t&#233; vis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a a fait une triple fracture de la m&#226;choire. Mon visage a gonfl&#233;. On m'a op&#233;r&#233;e une premi&#232;re fois le lendemain pour mettre des plaques en m&#233;tal que j'ai gard&#233;es six mois. Puis j'ai eu une seconde op&#233;ration cet &#233;t&#233; pour les enlever. J'ai d&#251; manger mou plusieurs semaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement mon &#233;cole d'art m'a soutenue. Je suis quand m&#234;me retourn&#233;e manifester, mais je suis moins sereine qu'avant. On se sent en ins&#233;curit&#233;. Au d&#233;but, quand je voyais des oiseaux passer au-dessus du cort&#232;ge, &#231;a me faisait peur, je les prenais pour des grenades. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; D&#232;s que j'entends une sir&#232;ne de police, &#231;a me crispe &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B&#233;reng&#232;re, sans emploi, touch&#233;e au bras par une grenade Gli-F4 &#224; Toulouse.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'&#233;tait au mois de mai &#224; Toulouse, on &#233;tait nass&#233;s. J'&#233;tais cach&#233;e derri&#232;re une voiture. J'ai senti d'un coup une &#233;norme douleur dans le bras. &#199;a saignait &#233;norm&#233;ment. Quand j'ai pu enfin trouver un coin tranquille pour relever ma manche, j'ai vu que j'avais six bouts de plastique plant&#233;s dans mon bras. Les street medics ont pu me les enlever et me faire les premiers soins. &#192; l'h&#244;pital, ils ont encore d&#233;sinfect&#233;. J'ai eu des douleurs pendant six semaines. Maintenant &#231;a fait six mois et j'ai encore des cicatrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si je n'ai pas port&#233; plainte, je suis choqu&#233;e. Maintenant quand je suis chez moi, d&#232;s que j'entends une sir&#232;ne de police, &#231;a me crispe. J'ai eu une grosse p&#233;riode de cauchemars. Je revivais la sc&#232;ne, avec des r&#233;veils en panique. J'ai aussi re&#231;u un coup de matraque qui m'a d&#233;coll&#233; le m&#233;nisque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec ces blessures, ma vie n'est plus pareille, je vis seule avec trois enfants, &#231;a chamboule tout, faut s'organiser, c'est compliqu&#233;. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La plupart des membres du collectif ont &#233;t&#233; bless&#233;s pendant le mouvement des Gilets jaunes. Certains l'ont toutefois &#233;t&#233; dans d'autres circonstances.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;On utilisera ici ce terme g&#233;n&#233;rique pour d&#233;signer les &#171; lanceurs de balles de d&#233;fense &#187;. Le mod&#232;le qui a fait le plus de mal ces derniers mois est le LBD-40.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Collectif bordelais contre les abus policiers. Sur Internet : &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://clap33.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Clap33.com&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Bas&#233; en banlieue parisienne, il demande v&#233;rit&#233; et justice pour Adama Traor&#233;, d&#233;c&#233;d&#233; en 2016 &#224; la gendarmerie de Persan (Val-d'Oise), peu apr&#232;s son interpellation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Un hiver chaud</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Un-hiver-chaud</link>
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		<dc:date>2018-10-20T07:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe Goby</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Il y a trente ans, la jeunesse &#233;tait dans la rue contre la loi Devaquet. Coordination, occupation, blocages, manifs, r&#233;daction de tracts, banderoles, tout se r&#233;invente. T&#233;moignages d'une entr&#233;e en politique. En mars 1986, la droite est revenue aux affaires. Il s'agit de la premi&#232;re cohabitation sous Mitterrand avec Chirac (RPR &#224; l'&#233;poque) comme Premier ministre. Sous la houlette du ministre de l'&#201;ducation nationale Ren&#233; Monory, le professeur de physique Alain Devaquet se trouve charg&#233; de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no142-avril-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;142 (avril 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Jean-Claude-Coutausse" rel="tag"&gt;Jean-Claude Coutausse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mouvement" rel="tag"&gt;mouvement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Paris" rel="tag"&gt;Paris&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/J-etais" rel="tag"&gt;J'&#233;tais&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/greve" rel="tag"&gt;gr&#232;ve&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Malik-Oussekine" rel="tag"&gt;Malik Oussekine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Rene-Monory" rel="tag"&gt;Ren&#233; Monory&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Malik" rel="tag"&gt;Malik&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Oussekine" rel="tag"&gt;Oussekine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il y a trente ans, la jeunesse &#233;tait dans la rue contre la loi Devaquet. Coordination, occupation, blocages, manifs, r&#233;daction de tracts, banderoles, tout se r&#233;invente. T&#233;moignages d'une entr&#233;e en politique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En mars 1986, la droite est revenue aux affaires.&lt;/strong&gt; Il s'agit de la premi&#232;re cohabitation sous Mitterrand avec Chirac (RPR &#224; l'&#233;poque) comme Premier ministre. Sous la houlette du ministre de l'&#201;ducation nationale Ren&#233; Monory, le professeur de physique Alain Devaquet se trouve charg&#233; de privatiser l'Universit&#233;. Il s'agit de s&#233;lectionner l'&#233;tudiant pour les besoins du march&#233; du travail, d'&#171; autonomiser &#187; l'universit&#233; (en finir avec l'&#233;galit&#233; des dipl&#244;mes nationaux), et d'augmenter les frais d'inscriptions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;L'Unef-ID, syndicat &#233;tudiant socialiste, se lance dans la bataille&lt;/strong&gt; &#224; Caen et Villetaneuse. Apr&#232;s une premi&#232;re manif encourageante en octobre, une coordination &#233;tudiante nationale voit le jour &#8211; une nouveaut&#233; en termes d'organisation que vont reprendre &#224; leur compte les cheminots.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2593 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;88&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH500/-857-cae00.jpg?1782966359' width='500' height='500' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&#201;tudiants manifestant devant l'Assembl&#233;e, novembre 1986. Photo : Jean-Claude Coutausse
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les facult&#233;s&lt;/strong&gt; de Nanterre et de Saint-Denis s'invitent dans la danse, et l'appel &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale conna&#238;t un franc succ&#232;s le 27 novembre. Les lyc&#233;ens d&#233;boulent de partout en France : 200 000 jeunes &#224; Paris, le double ailleurs. Les occupations d&#233;marrent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le 4 d&#233;cembre, &#224; Paris, une manifestation monstre&lt;/strong&gt; de 8 km finit aux Invalides. Ren&#233; Monory propose un am&#233;nagement de la loi. David Assouline, alors &#233;tudiant et devenu s&#233;nateur PS depuis, ne l&#226;che rien sous la pression des comit&#233;s. &#192; la t&#233;l&#233;vision, Claude S&#233;rillon d&#233;crit le mouvement comme &#171; &lt;i&gt;une f&#234;te &lt;/i&gt; &#187;, et quelques incidents &#233;clatent au Palais Bourbon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le 6, on apprend la mort de Malik Oussekine&lt;/strong&gt;, tu&#233; par des voltigeurs (police distribuant des coups de gourdin du haut de leur moto). Il a fait les frais de la politique de retour &#224; l'ordre du couple Pasqua-Pandraud, deux pantins d'extr&#234;me droite qui tenaient alors le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur. Le pays est sous le choc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le 10, les manifestants&lt;/strong&gt; arborent un bandeau noir. Chirac retire son projet, craignant la jonction avec une gr&#232;ve des cheminots, qui s'annonce particuli&#232;rement dure.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;T&#233;moignages&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;
Magali &#233;tait en terminale &#224; Meudon. Elle est devenue prof &#224; Marseille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&#171; J'avais 15 ans. Pour ma premi&#232;re manif, on avait enfil&#233; nos baskets et pris le RER. J'avais chop&#233; le vieil imper de mon p&#232;re (attention, c'est du Lacan !)... Il travaillait &#224; La Poste et ma m&#232;re &#233;tait ouvri&#232;re, sans culture politique, mais le coeur &#224; gauche. Ils venaient d'une ville communiste et mini&#232;re. Mon p&#232;re &#233;tait fier que je participe au mouvement anti-Devaquet. On refusait d'aller en cours. &#192; la grande manif parisienne, nous &#233;tions en premi&#232;re ligne avec des copines, et puis il y a eu ces tirs de lacrymog&#232;nes, et on est retourn&#233;es derri&#232;re fissa&#8230; Deux trois bagnoles flambaient. Ce furent mes premi&#232;res armes en militantisme. Je portais fi&#232;rement un brassard &#8220;Comit&#233; de gr&#232;ve&#8221;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lydie, en seconde &#224; Verdun. Elle est devenue prof pr&#232;s de Nancy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&#171; J'&#233;tais en pr&#233;pa litt&#233;raire avec la fille du d&#233;put&#233; PS Dumont. Il y avait des gens tr&#232;s politis&#233;s, les profs faisaient la gr&#232;ve des notes. Et moi l&#224;-dedans qui venait d'une famille agricole de droite : ils pleuraient en 1981 &#224; l'&#233;lection de Mitterrand. Ils croyaient &#224; la collectivisation des terres par les socialistes arriv&#233;s au pouvoir. Eux qui poss&#233;daient 120 vaches. Plus tard, en 2003, je rentre &#224; SUD enseignants, et nous mettons le bahut en gr&#232;ve avec mes coll&#232;gues. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Olivier &#233;tait coll&#233;gien &#224; Laval. Il chante aujourd'hui dans une chorale r&#233;volutionnaire &#224; Brest.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&#171; &#192; l'&#233;poque, j'avais 13 ans et j'&#233;tais touch&#233; par Coluche et Touche pas &#224; mon pote. Aujourd'hui, je suis dans les luttes de sans-papiers. Le mouvement de 1986 a apport&#233; quelque chose dans mon militantisme : la d&#233;fense des immigr&#233;s. J'ai un souvenir tr&#232;s fort de cette p&#233;riode. &#199;a me met encore des frissons. Apr&#232;s la mort de Malik Oussekine, on est tous sortis dans la cour. &#199;a a &#233;t&#233; un &#233;lectrochoc ! Je me souviens des images de Paris &#224; la t&#233;l&#233;, avec les &#233;tudiants, les motards de Pasqua, les casques blancs ; avec celui qui tape, l'image allong&#233;e, le manque d'oxyg&#232;ne&#8230; Il y a eu une prise de parole, juste apr&#232;s sa mort. Mon p&#232;re &#233;tait ouvrier, ma m&#232;re employ&#233;e &#224; la S&#233;cu. Tous les repas du soir on en parlait. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Emmanuel &#233;tudiait &#224; Toulouse. Il est devenu journaliste par des voies d&#233;tourn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&#171; Un Arabe tu&#233; par la police fran&#231;aise, voil&#224; &#224; quoi j'ai pens&#233; quand Malik Oussekine a &#233;t&#233; assassin&#233;. C'&#233;tait un mec de ma g&#233;n&#233;ration. Moi Blanc, d'origine vosgienne et gersoise, les pieds pleins de terre. N&#233; dans une famille engag&#233;e, j'avais suivi ma scolarit&#233; &#224; Lavaux. &#199;a m'a saut&#233; au visage : il &#233;tait mort parce qu'Arabe, et ce sont des flics qui l'ont tu&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fred a largu&#233; les &#233;tudes pour travailler sur des chantiers. Aujourd'hui, il vit &#224; Nantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&#171; Je vivais dans la proche banlieue lyonnaise. Je portais un keffieh, avec mon bombers, mes Docs basses et un badge Kanaky : j'aimais bien Eloi Machoro, ce chef kanak assassin&#233; par le GIGN en 1985. J'&#233;tais proche des mouvements libertaires et militais autour du CAL (Comit&#233; action libertaire). Sur le campus, l'Unef &#233;tait tenue par l'Organisation communiste internationaliste (trotskystes) et ils ont tous bascul&#233; apr&#232;s au PS&#8230; J'&#233;tais branch&#233; par la vieille pratique ouvri&#232;re de l'action directe. On avait cr&#233;&#233; la Coordination antimagouille &#233;tudiante pour d&#233;noyauter les noyauteurs ! En pleine assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale, on criait : &#171; Merde aux bureaucrates ! &#187; Pour nous, le comit&#233; de gr&#232;ve avait la charge de mettre en &#339;uvre les d&#233;cisions de l'AG ! Mais rapidement, on a d&#233;pass&#233; le projet Devaquet ; nous exigions des &#233;tudes longues et gratuites, autog&#233;r&#233;es et sans finalit&#233;. Pendant le mois de novembre 86, je dormais souvent dans la fac m&#234;me. Y avait un c&#244;t&#233; lib&#233;ration des m&#339;urs, un air de r&#233;volution qui nous venait de Mai-68. &#192; la m&#234;me &#233;poque, l'Espagne &#233;tait secou&#233;e par un mouvement &#233;tudiant, avec un mort pendant les manifs, l&#224;-bas aussi, quinze jours apr&#232;s celle de Malik Oussekine. Mais quand nous sommes all&#233;s au consulat d'Espagne, les &#233;tudiants fran&#231;ais ne nous ont pas suivis. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Mais qui peut s'&#233;tonner ?</title>
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		<dc:creator>S&#233;bastien Fontenelle</dc:creator>


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&lt;p&gt;J'&#233;tais en train de penser : jourd'hui, faut qu'j'envoie mes 3 000 signes &#224; CQFD. Et je me demandais : de quoi vais-je donc parler, au sortir d'un &#233;t&#233; rythm&#233; par les &#233;ructations des chasseurs de burkinis ? D'islamophobie, d'islamophobie, ou d'islamophobie ? Et juste &#224; ce moment-l&#224; &#8211;&#8239;viens me r&#233;p&#233;ter apr&#232;s &#231;a que l'hasard n'est qu'hasardeux : je suis tomb&#233; sur l'ahurissante&#8239;&#8211;&#8239;ahurissante&#8239;&#8211;&#8239;vid&#233;o o&#249; un restaurateur francilien, manifestement inconscient qu'il est film&#233;, vire deux (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no146-septembre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;146 (septembre 2016)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'&#233;tais en train de penser : jourd'hui, faut qu'j'envoie mes 3 000 signes &#224; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;. Et je me demandais : de quoi vais-je donc parler, au sortir d'un &#233;t&#233; rythm&#233; par les &#233;ructations des chasseurs de burkinis ? D'islamophobie, d'islamophobie, ou d'islamophobie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et juste &#224; ce moment-l&#224; &#8211;&#8239;viens me r&#233;p&#233;ter apr&#232;s &#231;a que l'hasard n'est qu'hasardeux : je suis tomb&#233; sur l'ahurissante&#8239;&#8211;&#8239;ahurissante&#8239;&#8211;&#8239;vid&#233;o o&#249; un restaurateur francilien, manifestement inconscient qu'il est film&#233;, vire deux d&#238;neuses voil&#233;es de son &#233;tablissement au pr&#233;texte que &#171; &lt;i&gt;tous les terroristes sont des musulmans&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;tous les musulmans des terroristes&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les r&#233;seaux dits sociaux, o&#249; sa &lt;i&gt;so 1930's&lt;/i&gt; prestation tourne en boucle depuis des plombes ? Le mec prend tr&#232;s cher&#8239;&#8211;&#8239;et c'est bien le moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais apr&#232;s qu'on aura d&#251;ment rappel&#233; que ses devanciers de l'Allemagne (et de la France) de jadis et de l'Alabama de nagu&#232;re ont, avant lui, interdit leurs estaminets aux Juifs et aux Noirs : on rem&#233;morera &#233;galement, par un &#233;l&#233;mentaire souci de pr&#233;cision documentaire, qu'en leurs temps ces atrocit&#233;s ne sont &#8211;&#8239;certes &#8211;&#8239;pas n&#233;es de rien. Mais que, tout au rebours &#8211; : elles venaient apr&#232;s que des populations enti&#232;res avaient &#233;t&#233; jour apr&#232;s jour conditionn&#233;es, par des chefferies politiques (liste non exhaustive) et pendant plus d'ans que nous n'en pourrions compter ici, &#224; ces haines racistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis on pointera&#8239;&#8211;&#8239;sans &#233;couter, il va de soi, les pitres qui g&#233;miront qu'on-peut-quand-m&#234;me-pas-comparer&#8239;&#8211;&#8239;que justement : notre existence est, ici et maintenant, quotidiennement ponctu&#233;e par des prof&#233;rations islamophobes. Qui, depuis de longues ann&#233;es, ne sont plus seulement dites dans l'espace public, comme Manuel Valls vient encore d'essayer de nous le faire accroire, par &#171; &lt;i&gt;la droite et l'extr&#234;me droite&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans une stup&#233;fiante tribune, publi&#233;e sur Facebook, o&#249; il appelle, apr&#232;s que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187;, mais (presque) tout autant par des repr&#233;sentant(e)s de la &#171; gauche &#187; d&#233;complex&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, et par exemple, ledit Manuel Valls, Premier ministre &#171; socialiste &#187;, creusant toujours plus loin son sillon (ou peut-&#234;tre faut-il parler d'orni&#232;re) identitaire, vient, en quelques semaines &#224; peine, premi&#232;rement : de &#171; &lt;i&gt;mettre en garde&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon Le Journal du dimanche.&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#187; l'islam de France, pour mieux le sommer de faire la preuve qu'il est &#171; &lt;i&gt;compatible&lt;/i&gt; &#187; avec la R&#233;publique. Deuxi&#232;mement : d'exhorter, apr&#232;s l'in&#233;narrable Chev&#232;nement, les musulman(e)s &#224; la &#171; &lt;i&gt;discr&#233;tion&lt;/i&gt; &#187;. Troisi&#232;mement : d'apporter son &#171; &lt;i&gt;soutien&lt;/i&gt; &#187; aux maires (de droite et d'extr&#234;me droite) qui venaient de prendre des arr&#234;t&#233;s interdisant le port du burkini. Quatri&#232;mement : de r&#233;p&#233;ter que le port du voile &#233;tait &#171; &lt;i&gt;une revendication politique&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais s&#233;rieusement : qui peut, apr&#232;s cela, s'&#233;tonner que certain(e)s, baign&#233;(e)s vingt-quatre heures sur vingt-quatre dans cette logorrh&#233;e, se sentent d&#233;sormais autoris&#233;(e)s &#224; se faire un &#233;tendard de leur x&#233;nophobie ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Dans une stup&#233;fiante tribune, publi&#233;e sur Facebook, o&#249; il appelle, apr&#232;s que le Conseil d'&#201;tat a jug&#233; que son interdiction &#233;tait &#171; ill&#233;gale &#187;, &#224; poursuivre &#171; le d&#233;bat &#187; sur le burkini&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Selon &lt;i&gt;Le Journal du dimanche&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La prison, une entreprise de destruction sociale</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/La-prison-une-entreprise-de</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/La-prison-une-entreprise-de</guid>
		<dc:date>2018-01-04T07:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>C&#233;cile Kiefer, Jean-Baptiste Bernard</dc:creator>


		<dc:subject>Mortimer</dc:subject>
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		<dc:subject>Fabrice</dc:subject>
		<dc:subject>matons</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Il n'y a pas de berg&#232;re sans loup. Celui de Christine Ribailly, qui &#233;l&#232;ve des moutons dans le Tarn, &#231;a a &#233;t&#233; la prison. Elle y visitait son compagnon et est vite devenue la b&#234;te noire des matons, &#224; qui elle ne laissait rien passer. Jusqu'&#224; croupir derri&#232;re les barreaux &#224; son tour. &#192; force d'outrages, r&#233;bellions et violences, elle y a pass&#233; quatre ans, dont la moiti&#233; &#224; l'isolement ou au mitard. Parcours d'insoumise Tu as finalement tir&#233; quatre ans - Comment tout &#231;a a commenc&#233; ? &#171; J'ai (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no159-novembre-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;159 (novembre 2017)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il n'y a pas de berg&#232;re sans loup. Celui de Christine Ribailly, qui &#233;l&#232;ve des moutons dans le Tarn, &#231;a a &#233;t&#233; la prison. Elle y visitait son compagnon et est vite devenue la b&#234;te noire des matons, &#224; qui elle ne laissait rien passer. Jusqu'&#224; croupir derri&#232;re les barreaux &#224; son tour. &#192; force d'outrages, r&#233;bellions et violences, elle y a pass&#233; quatre ans, dont la moiti&#233; &#224; l'isolement ou au mitard. Parcours d'insoumise&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1949 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH566/-240-e8993.jpg?1782642762' width='400' height='566' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Mortimer.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu as finalement tir&#233; quatre ans - Comment tout &#231;a a commenc&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai d&#233;couvert la prison en 2004. Je ne m'y &#233;tais pas vraiment int&#233;ress&#233;e avant, mais j'y ai &#233;t&#233; confront&#233;e quand mon ami a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;. J'ai alors encha&#238;n&#233; les parloirs, suivi son proc&#232;s, correspondu par lettres avec lui... Et j'ai pris conscience du m&#233;pris total de l'administration p&#233;nitentiaire &#224; l'&#233;gard des familles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de mon premier parloir, &#231;a a &#233;t&#233; violent &#8211; tu te retrouves plong&#233;e dans un monde auquel tu ne connais rien. Je l'ai mal v&#233;cu, je n'arrivais pas &#224; accepter le regard m&#233;prisant des matons. Ainsi que le manque d'explications : ils ordonnent, on doit ob&#233;ir sans moufter. Et quand il y a des explications, elles varient au gr&#233; du vent. Par exemple, tu t&#233;l&#233;phones pour savoir ce que peut contenir le colis de No&#235;l, et on te r&#233;pond : &#8216;&#8216;&lt;i&gt; L'alcool est interdit, la viande crue aussi.&lt;/i&gt; '' Tr&#232;s bien. Donc, tu envoies du scotch, des crayons de couleur, du papier. Et l&#224;, on t'explique que tout est interdit, sauf la nourriture. Fallait le dire...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne supportais pas cette fa&#231;on de jouer avec les nerfs des familles. Et tr&#232;s vite, mes relations avec les matons se sont tendues &#8211; beaucoup de mes parloirs se sont termin&#233;s en garde &#224; vue (GAV). Ma premi&#232;re, c'&#233;tait au lendemain du proc&#232;s de mon compagnon. J'arrive au parloir, un petit muret nous s&#233;parait, je l'enjambe pour le prendre dans mes bras. Un maton intervient : &#8216;&#8216; &lt;i&gt;Pas le droit de franchir le muret ! Mais vous avez double parloir, soit deux fois 45 minutes. On vous changera de salle pour le deuxi&#232;me, il n'y aura pas de muret.&lt;/i&gt;'' Le premier parloir se termine, je sors attendre le deuxi&#232;me, mais une surveillante me bloque : &#8216;&#8216; &lt;i&gt;Vous n'aurez qu'un seul parloir !&lt;/i&gt; '' Cette injustice crasse me met en rage. Je gueule, &#231;a frotte un peu avec les matons. Le directeur me convoque &#8216;&#8216; &lt;i&gt;pour discuter&lt;/i&gt; '', je lui r&#233;torque : &#8216;&#8216; &lt;i&gt;C'est pas avec toi que je veux parler, mais avec mon compagnon !&lt;/i&gt; '' &#199;a ne lui a pas plu, les surveillants sont intervenus, je me suis retrouv&#233;e menott&#233;e au sol. Ensuite, GAV et comparution imm&#233;diate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de l&#224;, j'&#233;tais connue comme le loup blanc. &#192; chaque parloir, ils se d&#233;brouillaient pour me faire p&#233;ter les plombs : un petit pr&#233;texte suffisait. De mon c&#244;t&#233;, j'y allais en mode bagarre, je ne voulais rien l&#226;cher. Je me suis donc tr&#232;s souvent retrouv&#233;e en GAV. Et le fait de refuser la prise d'empreintes et le fichage ADN n'arrangeait rien... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jusqu'&#224; ce que tu prennes du ferme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai d'abord &#233;t&#233; prot&#233;g&#233;e par mon statut. Femme, blanche, plut&#244;t cultiv&#233;e et avec un travail &#8211; chef d'exploitation agricole. Je passais &#224; travers les gouttes. On me refilait du sursis, puis du sursis avec mise &#224; l'&#233;preuve, puis des peines de prison ferme am&#233;nageables parce qu'inf&#233;rieures &#224; un an. Mais &#224; force de pousser le bouchon, je me suis retrouv&#233;e derri&#232;re les barreaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma premi&#232;re peine ferme est tomb&#233;e suite &#224; une visite &#224; mon compagnon. J'arrive, passage sous le portique. Il ne sonne pas, les matons me demandent quand m&#234;me de retirer ma veste. Je proteste, on s'engueule, ils clament que je n'entrerai pas si je la garde. Je me suis alors d&#233;shabill&#233;e et j'ai pass&#233; le portique en slip. &#199;a ne leur a pas plu... Et j'ai pris deux mois ferme. Une peine th&#233;oriquement am&#233;nageable, sauf que je me suis embrouill&#233;e peu apr&#232;s avec des gendarmes. Ils m'ont plac&#233;e en GAV pour un outrage imaginaire, avant une nouvelle comparution. Lors de celle-ci, j'ai &#233;nerv&#233; le juge en gardant les mains dans les poches. Cette fois, direction prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de l&#224;, ils ont fait tomber mes sursis : ma peine de deux mois s'est vite allong&#233;e. Apr&#232;s trente jours de taule, j'en &#233;tais d&#233;j&#224; &#224; un an et demi... Et comme &#224; l'int&#233;rieur, j'ai repris des condamnations pour outrage, r&#233;bellion et violence... &#199;a aurait pu continuer longtemps. Mais en d&#233;cembre 2016, miracle : ma quatri&#232;me demande de lib&#233;ration conditionnelle a &#233;t&#233; accept&#233;e. Sans que je sache pourquoi. &#192; cause de No&#235;l ? Ou parce que j'&#233;tais ing&#233;rable ? Ma demande n'avait en tout cas pas chang&#233; : pas question d'accepter un bracelet &#233;lectronique. Je n'en veux pas. Et c'est inconciliable avec mon travail. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu as aussi &#233;cop&#233; de condamnations p&#233;cuniaires ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je dois 9 500 &#8364; aux parties civiles &#8211; des matons qui ont port&#233; plainte. Pour l'instant, je n'ai rien vers&#233; : je suis en arr&#234;t maladie &#224; cause d'un genou ab&#238;m&#233;, suite &#224; des coups re&#231;us en prison. Je vais bient&#244;t reprendre le travail, mais je suis pay&#233;e au Smic. Et ils ne peuvent &#224; peu pr&#232;s rien saisir, puisque j'habite dans une caravane et que mon exploitation agricole fonctionne en Gaec (Groupement agricole d'exploitation en commun). Bref, ils vont attendre longtemps leur argent... Je compte m'en acquitter petit &#224; petit, &#224; raison de 15 &#8364; par mois. Histoire de ne pas retourner derri&#232;re les barreaux. Mes parents ne le supporteraient, les copains non plus. Mes quatre ans de taule les ont &#233;puis&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu insistes beaucoup sur ce qu'ont subi tes proches. De ton c&#244;t&#233;, tu aurais pu continuer longtemps ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je n'aurais rien l&#226;ch&#233;. Ce qui ne signifie pas que je n'aurais pas pris cher &#8211; depuis ma lib&#233;ration, il ne se passe pas un jour sans que je ne pense &#224; la taule... Mais oui, je crois que c'&#233;tait encore plus dur pour mes proches. Surtout pour mes parents, qui subissaient la situation sans pouvoir rien faire. De mon c&#244;t&#233;, &#231;a me semblait facile. Les matons refusaient d'entendre ce que j'avais &#224; dire ? Je donnais des coups de pied dans la porte jusqu'&#224; ce qu'ils interviennent. Hop, deux jours de mitard, puis convocation chez le directeur. Et voil&#224;, je faisais passer mon message. Sauf que pendant ce temps, mes proches ne savaient pas ce qui se passait et s'inqui&#233;taient.
Ils ont morfl&#233; financi&#232;rement, aussi. Parce que j'&#233;tais transf&#233;r&#233;e sans cesse, &#224; Strasbourg, Rennes, Lille, etc. &#199;a co&#251;tait beaucoup d'argent de me rendre visite. Malgr&#233; &#231;a, ils ont assur&#233; : en quatre ans de taule, je n'ai pas pass&#233; un mois sans parloir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cela t'a beaucoup aid&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, mais pas autant que le courrier. Parce qu'en fait, le parloir, c'est rude. Voire &#233;puisant. Tu t'y pr&#233;pares une semaine avant, tu sais qu'il faudra rassurer tes proches. Tu ne peux pas leur dire que tu en as marre, &#231;a les inqui&#233;terait trop. Alors, tu leur racontes que tout va bien, que tu as rencontr&#233; une fille sympa en promenade, etc. Eux font la m&#234;me chose. Ils te disent que la grand-m&#232;re va bien, alors qu'en fait elle est en train de mourir... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu t'es battue pour faire respecter tes droits en taule...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout le temps, oui. Le syndrome classique du taulard : &#8216;&#8216;Vous m'avez condamn&#233;e pour non-respect de la loi ? Vous avez int&#233;r&#234;t &#224; la respecter ! '' Sauf que c'est un combat sans fin, parce que les matons ne respectent jamais les r&#232;gles. Et que je ne laissais rien passer. Parfois, ils me rentraient dedans, parfois non. Ils savaient que de toute fa&#231;on, ils auraient le dernier mot &#8211; il suffisait de me pousser &#224; bout. Je protestais. Ils me tombaient dessus. Je me d&#233;battais. Et vlan : nouvel outrage / r&#233;bellion / violences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai pris des coups, aussi. C'est s&#251;r, &#231;a ne fait pas du bien. Mais quand tu es dans le feu de l'action, tu ne te soucies pas de morfler. Ce qui est dur, ce sont les trente jours de mitard qui suivent. Les matons qui d&#233;barquent avec casques et boucliers pour t'amener &#224; la douche, alors qu'elle est &#224; quelques m&#232;tres. Ou encore le m&#233;decin qui se contente de v&#233;rifier de loin que tu tiens debout. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a eu les transferts, aussi. tu en as fait combien, au total ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dix-sept. En moyenne, j'&#233;tais transf&#233;r&#233;e tous les trois mois. L'id&#233;e, c'est de t'emp&#234;cher de nouer des liens avec d'autres prisonni&#232;res ou un surveillant. Mais je n'&#233;tais pas DPS&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;tenue particuli&#232;rement surveill&#233;e.&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, ce qui scandalisait les matons. Via le syndicat FO, ils en ont m&#234;me parl&#233; &#224; la presse. Quand je suis arriv&#233;e &#224; la maison d'arr&#234;t d'&#201;pinal, le journal r&#233;gional a ainsi titr&#233; en une sur &#8216;&#8216; L&lt;i&gt;a d&#233;tenue qui rend folle la P&#233;nitentiaire&lt;/i&gt; ''. L'article mentionnait mes 80 proc&#233;dures disciplinaires, ma suppos&#233;e violence. Et expliquait que j'&#233;tais une folle dangereuse, qui faisait peur aux autres d&#233;tenues. En une, bordel... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que tu ne t'es pas dit qu'il valait mieux courber la t&#234;te ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Jamais ! De toute fa&#231;on, une fois que tu es catalogu&#233;e, c'est r&#233;gl&#233; : tu es coinc&#233;e, m&#234;me si &#231;a se passe bien. Par exemple, j'ai pass&#233; cinq mois &#224; la maison d'arr&#234;t de Rennes sans aucun mitard pour violences. &#199;a n'a pas emp&#234;ch&#233; FO de sortir un tract sur ma pomme. Le directeur a c&#233;d&#233;, j'ai &#233;t&#233; &#224; nouveau transf&#233;r&#233;e. Au fond, je leur faisais peur. Ce n'est pas difficile, les matons sont plut&#244;t l&#226;ches. Ce qui m'emmerdait surtout, c'est qu'ils arrivaient &#224; faire croire &#224; certaines filles que j'&#233;tais dangereuse. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Justement, est-ce que tu as pu t'appuyer sur la solidarit&#233; des autres d&#233;tenues ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#199;a d&#233;pend de quoi on parle. Il existe une solidarit&#233; qui tient de l'amiti&#233;. R&#233;elle, mais pas tr&#232;s efficace. Il s'agit par exemple de filles mieux int&#233;gr&#233;es, qui disent &#224; une surveillante pas trop conne : &#8216;&#8216; &lt;i&gt;&#199;a se passerait mieux avec Christine si vous lui parliez diff&#233;remment...&lt;/i&gt; '' Avec cette r&#233;ponse, en g&#233;n&#233;ral : &#8216;&#8216; &lt;i&gt;Je ne d&#233;cide pas, faut voir avec le chef. &lt;/i&gt; ''&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai quand m&#234;me eu droit &#224; de vraies preuves de solidarit&#233;. &#192; la maison d'arr&#234;t d'Orl&#233;ans, les filles ont d&#233;clench&#233; un beau bordel pendant que j'&#233;tais au mitard. Elles entendaient protester contre la fa&#231;on dont j'&#233;tais trait&#233;e &#8211; &#224; 19 h, je n'avais toujours aucun bouquin, ni ma gamelle... Elles se sont mises &#224; taper dans les portes, &#224; jeter des papiers enflamm&#233;s, &#224; matraquer les interphones. &#199;a leur a d'ailleurs valu des sanctions. Et &#224; la maison d'arr&#234;t de Vivonne (pr&#232;s de Poitiers), deux Basques ont bloqu&#233; la promenade en clamant &#8216;&#8216; &lt;i&gt;Halte &#224; la torture du mitard !&lt;/i&gt; '' Six autres filles ont suivi le mouvement, elles ont &#233;cop&#233; d'une semaine de confinement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les Basques &#233;taient parmi les seules &#224; maintenir un esprit de lutte contre l'arbitraire carc&#233;ral ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Disons qu'elles ont une culture de classe et une vraie vision politique. Elles m'&#233;crivaient quand j'&#233;tais au mitard, gueulaient aux fen&#234;tres en soutien, me faisaient passer du chocolat. Mais elles ne comprenaient pas que je ne l&#226;che rien. Elles me disaient : &#8216;&#8216; &lt;i&gt;Arr&#234;te de chercher &#224; faire chier les bleus. T'as rien &#224; voir avec eux, rien &#224; leur dire.&lt;/i&gt; '' Elles me sortaient que j'&#233;tais aussi conne qu'un mec avec sa bite devant... Mais &#231;a n'aurait servi &#224; rien de la mettre en sourdine. Parce que la parole des matons ne vaut rien. Dans certaines taules, le directeur se montrait d'abord conciliant : &#8216;&#8216; &lt;i&gt;J'ai lu ton dossier. Ici, on va g&#233;rer autrement. Tu auras droit &#224; des activit&#233;s, mais tu ne touches pas aux matons.&lt;/i&gt; '' Sauf qu'au bout de trois semaines, la matonnerie FO protestait que j'&#233;tais trait&#233;e comme une princesse. Ou les surveillants se contentaient de me provoquer, en attendant que je parte en couilles. Boum, je prenais huit jours de mitard. Et encore trente peu apr&#232;s, parce qu'ils estimaient que huit, ce n'&#233;tait pas assez... Au final, j'ai pass&#233; plus de la moiti&#233; de ma peine tout seule &#8211; 752 jours de mitard et 210 d'isolement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains matons auraient sans dout&#233; &#233;t&#233; dispos&#233;s &#224; agir autrement. Pour avoir moins de boulot. Et parce que je n'&#233;tais pas la seule &#224; subir la violence : certains matons se sont r&#233;ellement bless&#233;s en me tombant dessus. L'un s'est p&#233;t&#233; le genou. Un autre, le poignet. &#192; chaque fois, c'est parce qu'ils se montaient un moulon, qu'ils se pr&#233;cipitaient pour me frapper et qu'ils se blessaient mutuellement... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'&#233;tait tr&#232;s dur, le mitard ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce n'est pas l'enfer, tu te fais juste chier. Tu as quand m&#234;me de la lecture, un poste radio. Pour t'occuper, il y a aussi la branlette. Les souvenirs. Et l'&#233;criture. Je recevais en moyenne cinq lettres par jour. Pour moi, c'&#233;tait primordial. &#199;a montre &#224; la P&#233;nitentiaire que tu n'es pas seule, qu'il y a des gens derri&#232;re toi. Et surtout, &#231;a fait rentrer la vie du dehors. Les potes te racontent leur quotidien, le boulot &#8211; &#8216;&#8216; &lt;i&gt;On est mont&#233; en alpage&lt;/i&gt; '', &#8216;&#8216; &lt;i&gt;On a rencontr&#233; un jeune qui s'&#233;clate en transhumance, il travaille avec ton chien&lt;/i&gt; '', etc. &#199;a me faisait un bien fou. J'&#233;tais chanceuse : beaucoup de d&#233;tenues ne re&#231;oivent jamais de courrier. Elles n'ont plus de famille et pas d'amies, &#224; part des amies de taule. La prison, c'est vraiment une entreprise de destruction sociale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais qui n'a pas entam&#233; ta d&#233;termination...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est un combat. Pas toujours facile, parce que tu sais qu'il n'am&#233;liorera pas tes conditions de vie. Alors je me disais qu'il profiterait aux autres. Je me suis ainsi retrouv&#233;e au mitard en f&#233;vrier, &#224; Joux-la-Ville (vers Auxerre). Il faisait 13&#176;C &#8211; quand tu passes ta journ&#233;e sans bouger, c'est rude... Je me suis bagarr&#233;e et j'ai obtenu la pose d'un radiateur dans la cellule. Je sais qu'il sera pr&#233;cieux pour les filles qui s'y retrouveront. Une petite victoire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Sc&#232;ne de prison : &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au cours de ses quatre ann&#233;es de d&#233;tention, Christine a beaucoup &#233;crit. De ses lettres publi&#233;es par le journal &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt;, Philippe a tir&#233; une belle pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre, &lt;i&gt;Pisser dans l'herbe&lt;/i&gt;&#8230; Une autre fa&#231;on de militer contre la souffrance carc&#233;rale. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1950 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L401xH569/-5-0afba.png?1782658998' width='401' height='569' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au centre de la petite sc&#232;ne, un homme seul. Autour de lui, au sol, des centaines d'enveloppes dispos&#233;es en cercle. Il les arpente d&#233;licatement ou les foule sans m&#233;nagement. Il se courbe, se rel&#232;ve, s'&#233;nerve par instants, se calme &#224; d'autres. Emport&#233; par son texte, qu'il vit et fait vivre. Dans la salle, pas d'autre bruit que sa voix captivante : on entendrait une lettre voler&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car, oui, c'est bien de lettres qu'il s'agit. Essentiellement celles que Christine a envoy&#233;es de taule (et qui ont &#233;t&#233; publi&#233;es par &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt;) : elles forment en partie la trame de &lt;i&gt;Pisser dans l'herbe&lt;/i&gt;..., spectacle co&#233;crit et jou&#233; par Philippe Giai-Miniet&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Et mis en sc&#232;ne par Marie Paule Guillet, du Th&#233;&#226;tre du Sable.&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Le reste provient des missives du d&#233;tenu longue peine Philippe Lalouel et d'une prisonni&#232;re, &#201;milie D., ainsi que d'extraits du livre &lt;i&gt;Pourquoi faudrait-il punir ?&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sign&#233; Catherine Baker, aux &#233;ditions Tahin Party, 2004.&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Pour les dire, un seul personnage g&#233;n&#233;rique, Camille. Joliment camp&#233; par Philippe, donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pour la pr&#233;sentation. &lt;i&gt;Mais Pisser dans l'herbe&#8230;&lt;/i&gt;, c'est d'abord l'histoire d'une rencontre, entre la prisonni&#232;re et l'acteur. Lui d&#233;couvre en 2015 ses lettres sur le Net. Il lui &#233;crit en taule, elle r&#233;pond. S'instaure un riche dialogue &#233;pistolaire. Tous deux s'apprivoisent. Le pr&#233;alable &#224; toute mise en sc&#232;ne. &#171; &lt;i&gt;Nos courriers n'ont &#224; peu pr&#232;s pas &#233;t&#233; utilis&#233;s pour le spectacle&lt;/i&gt;, explique Philippe. &lt;i&gt;Mais la r&#233;daction de la pi&#232;ce s'est faite en collaboration avec Christine : je lui ai envoy&#233; plusieurs versions, jusqu'&#224; ce qu'elle valide l'ensemble.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout n'a pas &#233;t&#233; simple. Et il a fallu d&#233;passer des pr&#233;ventions r&#233;ciproques. &#171; &lt;i&gt;Au d&#233;but, je ne comprenais pas ce qu'il voulait faire,&lt;/i&gt; reconna&#238;t Christine. &lt;i&gt;Je ne voyais pas l'int&#233;r&#234;t de mettre en sc&#232;ne des textes d&#233;j&#224; publi&#233;s. Et je ne souhaitais pas appara&#238;tre en porte-drapeau d'une lutte, d'autant que mes modes d'action ne sont pas les plus r&#233;pandus. Bref, j'&#233;tais sceptique.&lt;/i&gt; &#187; Jusqu'&#224; cette deuxi&#232;me repr&#233;sentation en d&#233;cembre 2016 &#224; Montreuil, &#224; laquelle Christine assiste presque par miracle &#8211; elle a eu la surprise d'&#234;tre lib&#233;r&#233;e la veille. &#171; &lt;i&gt;J'ai d&#233;couvert ce que &#231;a fait de voir des textes port&#233;s par un acteur : &#231;a apporte vraiment quelque chose.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acteur a ainsi d&#251; faire ses preuves. Pas facile de d&#233;barquer dans un milieu militant qui ne voit pas toujours le th&#233;&#226;tre d'un bon &#339;il. &#171; &lt;i&gt;Au d&#233;but, les amis de Christine &#233;taient un peu m&#233;fiants,&lt;/i&gt; d&#233;taille Philippe. C&lt;i&gt;omment &#231;a, un th&#233;&#226;treux parigot veut faire une pi&#232;ce sur la prison ? Gaffe ! Je crois qu'ils avaient surtout peur d'une spectacularisation de la souffrance carc&#233;rale. J'ai d&#251; prouver ma sinc&#233;rit&#233;. Montrer que ce n'&#233;tait pas vain. &lt;/i&gt; &#187; Chose faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire que Philippe a &#233;volu&#233;, aussi. &#192; force de creuser la question carc&#233;rale, il a adopt&#233; une position abolitionniste. Un patient cheminement : &#171; &lt;i&gt;Je me souviens tr&#232;s bien d'une lettre de Christine o&#249; elle r&#233;pondait &#224; ma question : &#8216;&#8216; Si on supprime les prisons, on met quoi &#224; la place ? '' Elle m'avait &#233;crit : &#8216;&#8216; Tu manques d'imagination... '' Je me suis rendu compte qu'elle avait raison.&lt;/i&gt; &#187; Depuis, que ce soit sur sc&#232;ne ou dans ses activit&#233;s militantes, Philippe n'en d&#233;mord plus : &#224; bas toutes les prisons ! Oh que oui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prochaines repr&#233;sentations : voir &lt;a href=&#034;https://melodieberger.wixsite.com/blog&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;par ici !&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Fabrice, &#233;crou 15 964, isolement&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il est entr&#233; en prison pour une peine de huit ans, il en a d&#233;sormais plus de trente &#224; faire. Maintenu &#224; l'isolement, loin de ses proches, Fabrice est litt&#233;ralement emmur&#233; vivant. Une torture sans fin.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Fabrice, il morfle grave,&lt;/i&gt; r&#233;sume son amie Christine.&lt;i&gt; Il doit maintenant s'y reprendre &#224; quatre fois pour lire mes lettres parce qu'il n'arrive plus &#224; se concentrer. Ils sont en train de lui manger le cerveau...&lt;/i&gt; &#187; Et de le tuer &#224; petit feu. C'&#233;tait d'ailleurs le titre de la conf&#233;rence de presse organis&#233;e en juin par le canard anti-carc&#233;ral &lt;i&gt;L'Envol&#233;e &lt;/i&gt; pour alerter sur le sort du d&#233;tenu : &#171; &lt;i&gt; Ils sont en train de tuer Fabrice Borom&#233;e&lt;/i&gt; &#187;. Il n'y a pas plusieurs fa&#231;ons de dire ce genre de chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Comme plus de 500 prisonniers originaires des DOM-TOM, Fabrice purge une peine en m&#233;tropole, loin de ses proches&lt;/i&gt;, d&#233;taille &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt; dans un communiqu&#233;. I&lt;i&gt;l r&#233;clame son transfert en Guadeloupe depuis 2011. L'administration p&#233;nitentiaire fait la sourde oreille et le juge d'application des peines l'emp&#234;che m&#234;me de se rendre &#224; l'enterrement de son p&#232;re en 2012. Il tente alors de se faire entendre en &#8216;&#8216; prenant en otage '' un maton de Cond&#233;-sur-Sarthe.&lt;/i&gt; &#187; Sanction : huit ans suppl&#233;mentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rebelote en 2015, quand Fabrice retient deux heures durant le sous-directeur de la centrale. Et vlan, encore du ferme ! &#171; &lt;i&gt;Entr&#233; en prison pour une peine de huit ans, il en a maintenant plus de trente &#224; faire.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;Maintenu &#224; l'isolement, sans cesse transf&#233;r&#233;, entrav&#233; dans tous ses d&#233;placements en prison, il fait l'objet d'insultes racistes et de passages &#224; tabac de la part des matons.&lt;/i&gt; &#187; Tr&#232;s peu de parloirs, aucune activit&#233;. Le repas pass&#233; &#224; travers la grille, sans contact. Un m&#233;decin qui se contente de lui demander si &#231;a va depuis la coursive. Pas d'acc&#232;s &#224; la biblioth&#232;que. Un tympan perc&#233; parce qu'un membre des &#201;ris&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;quipes r&#233;gionales d'intervention et de s&#233;curit&#233;.&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; a lanc&#233; une grenade assourdissante dans la douche que Fabrice bloquait en protestation. Et l'isolement, encore et toujours, depuis plus de cinq ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on n'a personne &#224; qui parler, la moindre attention fait figure de miracle. &#171; &lt;i&gt;L'un des matons de la centrale pr&#233;c&#233;dente parlait cr&#233;ole. Quand le chef de d&#233;tention n'&#233;tait pas l&#224;, il lui arrivait de passer la t&#234;te &#224; travers la grille pour demander &#224; Fabrice ce qu'il cuisinait&lt;/i&gt;, raconte Christine. &lt;i&gt;Et pour Fabrice, c'&#233;tait un truc de fou &#8211; il suffisait d'un connard de maton lui disant bon app&#233;tit pour qu'il se sente un peu mieux... Il en vient &#224; halluciner qu'on lui parle normalement&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cet &#233;ternel enfant battu, aujourd'hui &#226;g&#233; de 36 ans et lib&#233;rable en 2038, c'est d&#233;sormais une question de vie ou de mort. &#171; &lt;i&gt;Cette torture a pour but de le pousser &#224; bout jusqu'&#224; ce qu'advienne l'irr&#233;parable&lt;/i&gt; &#187;, constate &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt;. Seul espoir : la solidarit&#233; de l'ext&#233;rieur. Les repr&#233;sentations de &lt;i&gt;Pisser dans l'herbe...&lt;/i&gt; sont ainsi l'occasion de faire conna&#238;tre la situation de Fabrice et de collecter un peu d'argent. Avec deux objectifs. Payer un billet &#224; son fr&#232;re, pour qu'il puisse lui rendre visite &#224; No&#235;l. Et bousculer l'institution. &#171; &lt;i&gt;Il appr&#233;cie que les gens lui &#233;crivent&lt;/i&gt;, explique Christine. &lt;i&gt;Mais il aimerait aussi qu'on envoie des lettres de protestation au minist&#232;re de la Justice.&lt;/i&gt; &#187; Histoire que quelqu'un se penche enfin sur son dossier. Que le r&#233;gime d'isolement prenne fin. Et que Fabrice soit transf&#233;r&#233; en Guadeloupe. &#192; vos lettres !&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Pour lui &#233;crire :
&lt;p&gt;Fabrice Borom&#233;e / &#233;crou 15 964 isolement / maison centrale de Moulins Les Godets &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;03400 Moulins-Yzeure&lt;/p&gt;
&lt;/h3&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D&#233;tenue particuli&#232;rement surveill&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Et mis en sc&#232;ne par Marie Paule Guillet, du Th&#233;&#226;tre du Sable.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sign&#233; Catherine Baker, aux &#233;ditions Tahin Party, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;quipes r&#233;gionales d'intervention et de s&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Samia ou cinq ans de gal&#232;re ordinaire</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Samia-ou-cinq-ans-de-galere</link>
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		<dc:date>2013-05-01T05:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anne-Le&#239;la Ollivier</dc:creator>


		<dc:subject>Histoires de saute-fronti&#232;res</dc:subject>
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		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Ayant fui l'Alg&#233;rie pour la patrie des droits de l'homme et, &#171; accessoirement &#187; de la femme, Samia a d&#233;couvert en France la condition d'immigr&#233;e clandestine. Une tranche de vie qu'on prend en pleine tronche. Samia a cinquante ans. Mari&#233;e &#224; seize ans &#224; un homme drogu&#233; et brutal, infirmi&#232;re de nuit &#224; l'h&#244;pital d'une ville de l'est alg&#233;rien, elle a endur&#233; cette situation pendant dix-neuf ans, en partie &#224; cause de ses cinq enfants, en partie &#224; cause de la pression sociale, avant de demander (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no109-mars-2013" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;109 (mars 2013)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Histoires-de-saute-frontieres" rel="tag"&gt;Histoires de saute-fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Remi" rel="tag"&gt;R&#233;mi&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/j-ai" rel="tag"&gt;j'ai&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/collectif" rel="tag"&gt;collectif&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/femme" rel="tag"&gt;femme&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Samia" rel="tag"&gt;Samia&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ayant fui l'Alg&#233;rie pour la patrie des droits de l'homme et, &#171; accessoirement &#187; de la femme, Samia a d&#233;couvert en France la condition d'immigr&#233;e clandestine. Une tranche de vie qu'on prend en pleine tronche.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Samia a cinquante ans. Mari&#233;e &#224; seize ans &#224; un homme drogu&#233; et brutal, infirmi&#232;re de nuit &#224; l'h&#244;pital d'une ville de l'est alg&#233;rien, elle a endur&#233; cette situation pendant dix-neuf ans, en partie &#224; cause de ses cinq enfants, en partie &#224; cause de la pression sociale, avant de demander le divorce. &#171; &lt;i&gt;J'ai attendu la mort de ma m&#232;re, qu'elle ne voie pas &#231;a. Il est rest&#233; chez lui, je me suis retrouv&#233;e seule avec les enfants. Avec 150 euros de salaire, c'&#233;tait trop dur. L&#224;-bas, la loi ne donne aucun pouvoir &#224; la femme divorc&#233;e, c'est comme si elle avait commis un crime, elle est un p&#233;ch&#233;. J'ai gard&#233; quelques copines, que des divorc&#233;es.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Samia laisse les gosses dans la maison de sa m&#232;re, confiant les plus jeunes aux filles a&#238;n&#233;es, part pour la France et s'installe en banlieue parisienne chez son fr&#232;re, en 2008. &#171; &lt;i&gt;Il m'a tout de suite amen&#233;e au Collectif de sans-papiers qui l'avait aid&#233; pour sa r&#233;gularisation. Je suis rest&#233;e deux ans dans sa famille, mais je voulais m'en sortir par moi-m&#234;me.&lt;/i&gt; &#187; Elle rencontre l'association Femmes relais &#224; Boulogne o&#249; elle donne des cours d'arabe pour les femmes qui l'aident comme elles peuvent, elle milite, et apr&#232;s deux ans quitte la famille : &#171; &lt;i&gt;Je suis partie pour travailler. J'ai log&#233; un an par terre chez une amie, &#224; l'h&#244;tel, je rentrais &#224; 23 h pour ne pas &#234;tre vue. Les week-ends, je dormais au local du collectif. Le sol &#233;tait dur et froid, depuis j'ai des douleurs dans le dos. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_608 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;10&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH464/p10-saute_frontiere-bb539.png?1782641445' width='400' height='464' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par R&#233;mi
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Samia mange aux Restos du c&#339;ur et attend beaucoup du collectif. &#171; &lt;i&gt;J'&#233;tais d&#233;l&#233;gu&#233;e, pr&#233;sente &#224; tout moment. J'accompagnais les sans-papiers &#224; la pr&#233;fecture, je faisais les dossiers. J'ai fait toutes les manifs, la marche&#8230;&lt;/i&gt; &#187; La marche de Paris &#224; Nice en mai 2010&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; l'occasion du XXVe sommet France-Afrique des 31 mai et 1er juin 2010, une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; a soulev&#233; de nombreux espoirs : &#171; &lt;i&gt;Je pensais que &#231;a aiderait pour les papiers, je voulais d&#233;couvrir la France aussi. Mes enfants m'ont vue sur Internet, ils &#233;taient contents pour moi. J'ai rencontr&#233; des amis, on a fait le th&#233;&#226;tre&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La &#171; Compagnie irr&#233;guli&#232;re &#187; a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e durant la marche, a jou&#233; &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;i&gt;&#8230; On a jou&#233; pendant un an et on a m&#234;me fait une tourn&#233;e. Quand je n'ai pas sommeil, je ferme les yeux et je revois tout comme dans un film. Tous ces moments o&#249; j'ai pleur&#233;, rigol&#233;, parl&#233;&#8230; Je n'ai rien oubli&#233;. Avant j'&#233;tais tr&#232;s timide, mais avec la marche et le th&#233;&#226;tre, j'ai chang&#233;. S'il faut parler &#224; un maire ou &#224; un pr&#233;fet, je n'ai plus peur.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'espoir soulev&#233; est vite retomb&#233;&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur les &#171; bienfaits &#187; de la politique du chiffre appliqu&#233;e aux expulsions de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, mais, en juin 2011, Samia obtient une autorisation provisoire de s&#233;jour (APS) de trois mois. Elle trouve imm&#233;diatement du travail aupr&#232;s de personnes &#226;g&#233;es, un logement, entrevoit la fin de la gal&#232;re. &#171; &lt;i&gt;Mon m&#233;tier me manquait. Un jour, &#224; l'h&#244;pital, j'ai dit &#224; un m&#233;decin que je cherchais du travail. Le lendemain j'avais un rendez-vous pour un poste d'aide-soignante. Mais quand elle a su que je n'avais qu'une APS, la femme qui m'a re&#231;ue a tap&#233; sur la table : &#8220;On a besoin de vous, mais il faut votre carte. D&#232;s que vous l'avez, revenez et je vous signe le CDI.&#8221; &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant un an, Samia s'occupe d'une dame &#226;g&#233;e matin, midi et soir. Trois allers-retours quotidiens en banlieue pour 8,42 euros de l'heure. &#171; &lt;i&gt;On s'aimait bien, j'arrivais en chantant le matin. Elle voulait que je reste la nuit, mais ses enfants n'ont pas voulu payer, pourtant c'&#233;tait son argent &#224; elle&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'occasion du deuxi&#232;me renouvellement de l'APS, Samia s'entend dire qu'il y a des probl&#232;mes dans son dossier, et elle redevient sans-papiers. Elle pr&#233;sente un nouveau dossier et c'est le coup de gr&#226;ce : obligation de quitter le territoire fran&#231;ais (OQTF). &#171; &lt;i&gt;Je ne me suis toujours pas relev&#233;e de ce coup. &#192; la bo&#238;te d'int&#233;rim, ils ont peur et ne me donnent plus que quelques missions, les plus mourants, les plus lourds&#8230; Mais je ne peux rien dire, je suis sans-papiers. Ici je ne suis pas chez moi, on me voit comme quelqu'un qu'on ne peut pas toucher. Pourtant en Alg&#233;rie j'ai vu pire : j'&#233;tais aux urgences chirurgicales de nuit. Les corps d&#233;chiquet&#233;s, les bras, les pieds&#8230; J'ai v&#233;cu tout &#231;a. Mais j'&#233;tais chez moi, je rentrais, je voyais mes enfants, on rigolait un peu, &#231;a soulage.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui Samia vivote mais ne veut pas renoncer &#224; sa chambre : &#171; &lt;i&gt;Si je la quitte c'est la mort.&lt;/i&gt; &#187; Elle loge dans un immeuble chic du 16e arrondissement, divis&#233; en cinq studettes de dix m2, lou&#233;es chacune entre 400 et 600 euros. &#171; &lt;i&gt;Quand c'est trop dur je regrette, mais je ne peux pas rentrer, un jour &#231;a va aller quand m&#234;me&#8230; Avec l'OQTF, j'ai vraiment d&#233;sesp&#233;r&#233;. Je me suis mise &#224; parler aux murs, aux arbres, aux oiseaux&#8230; J'ai pu rester gr&#226;ce aux amis. J'ai fait mon petit trou. Mes enfants me disent de ne pas rentrer sans rien apr&#232;s toutes ces ann&#233;es. Je ne les ai pas vus depuis cinq ans ! Deux ont &#233;t&#233; op&#233;r&#233;s, ma fille s'est mari&#233;e et a eu un b&#233;b&#233;, je n'&#233;tais pas l&#224;&#8230; Et tout &#231;a pour &#234;tre libre, pour vivre en paix. Je veux m'int&#233;grer, avancer. L&#224;-bas, on ne peut pas. La femme est femme est l'homme est homme. Et c'est l'homme le patron. L&#224;-bas, j'ai peur, ici je vis libre, je veux vivre comme &#231;a.&lt;/i&gt; &#187; Un dossier en or massif pour l'actuel locataire de la place Beauvau, lui le grand adepte du cas par cas !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#192; l'occasion du XXVe sommet France-Afrique des 31 mai et 1er juin 2010, une centaine de sans-papiers, partis &#224; pied de Paris un mois auparavant, avaient ralli&#233; une ville de Nice transform&#233;e en camp retranch&#233; pour les &#171; accueillir &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La &#171; Compagnie irr&#233;guli&#232;re &#187; a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e durant la marche, a jou&#233; &#224; l'arriv&#233;e et continu&#233; ses repr&#233;sentations en r&#233;gion parisienne pendant un an.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sur les &#171; bienfaits &#187; de la politique du chiffre appliqu&#233;e aux expulsions de sans-papiers, voir l'article de Jean-S&#233;bastien Mora paru dans le &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Reconduites-a-la-frontiere-de-la'&gt;CQFD de d&#233;cembre 2010&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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