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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Un piquet dans les reins des requins du BTP</title>
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		<dc:creator>Gilles Lucas</dc:creator>


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&lt;p&gt;Destructions de quartiers, cr&#233;ations de kilom&#232;tres carr&#233;s de bureaux et offensives de gentrification : l'op&#233;ration politico-militaire nomm&#233;e Eurom&#233;diterran&#233;e et ses effets collat&#233;raux esp&#232;rent rendre Marseille bankable en lui dessinant un nouveau visage. Courant janvier, d'autres visages, ceux des habitants d'un quartier populaire, stigmatis&#233;s &#224; l'envi, se sont manifest&#233;s pour poser leurs conditions aux promoteurs. Respect ! Quel bel &#233;quipage, en ce jeudi 10 octobre 2013, &#224; quelques pas (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no119-fevrier-2014" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;119 (f&#233;vrier 2014)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Caroline-Sury" rel="tag"&gt;Caroline Sury&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/bel-equipage" rel="tag"&gt;bel &#233;quipage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/adjointe-deleguee" rel="tag"&gt;adjointe d&#233;l&#233;gu&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Bellevue-rassemblant" rel="tag"&gt;Bellevue rassemblant&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Destructions de quartiers, cr&#233;ations de kilom&#232;tres carr&#233;s de bureaux et offensives de gentrification : l'op&#233;ration politico-militaire nomm&#233;e Eurom&#233;diterran&#233;e et ses effets collat&#233;raux esp&#232;rent rendre Marseille &lt;i&gt;bankable&lt;/i&gt; en lui dessinant un nouveau visage. Courant janvier, d'autres visages, ceux des habitants d'un quartier populaire, stigmatis&#233;s &#224; l'envi, se sont manifest&#233;s pour poser leurs conditions aux promoteurs. Respect !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quel bel &#233;quipage, en ce jeudi 10 octobre 2013, &#224; quelques pas du parc Bellevue rassemblant la cit&#233; &#233;ponyme et celle de F&#233;lix-Pyat dans le 3e arrondissement de Marseille, que le d&#233;placement du maire, Jean-Claude Gaudin, de son adjointe d&#233;l&#233;gu&#233;e au logement, de la mairesse de secteur, Lisette Narducci et de l'architecte Roland Carta !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Festivit&#233; du jour : la pose de la premi&#232;re pierre d'un ensemble immobilier cr&#233;&#233; sur l'implantation d'anciens magasins industriels li&#233;s au pass&#233; de l'activit&#233; portuaire. En ma&#238;tre de c&#233;r&#233;monie, Jean-Philippe Ruggieri, promoteur et directeur de la soci&#233;t&#233; Nexity, s'enthousiasme : &#171; &lt;i&gt;Les trois chiffres cl&#233;s sont 70 millions d'euros, 70 000 m2 pour la premi&#232;re tranche et un millier de logements&lt;/i&gt; &#187;, avant de laisser &#224; l'architecte du projet le soin d'exposer le &#171; concept &#187; : &#171; &lt;i&gt; C'est dans les endroits les plus inattendus que, parfois, on fait &#233;merger les quartiers les plus &#8220;hype&#8221;, New York en est le meilleur des exemples. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ce n'&#233;tait le m&#233;pris masqu&#233; derri&#232;re l'expression &#171; &lt;i&gt; endroits les plus inattendus&lt;/i&gt; &#187; pour nommer un territoire o&#249; vivent plusieurs milliers de personnes en situation de pr&#233;carit&#233;, le bon mot de Roland Carta va se voir, justement, confirmer d'une mani&#232;re pas tr&#232;s attendue.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_968 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH528/p16-requin3-c19e0.jpg?1779603161' width='400' height='528' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Caroline Sury.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;On habite l&#224; et on est presque tous au ch&#244;mage. On voit devant nous un &#233;norme chantier, et il n'y a personne d'ici qui y travaille. Ce n'est pas normal ! &lt;/i&gt; &#187;, s'enflamme Aburata&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; chang&#233;s.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, p&#232;re de famille, habitant de la cit&#233; Bellevue. Il est un de ceux qui, avec plusieurs dizaines d'autres, ont entrepris de bloquer le chantier &#224; l'aube du 13 janvier. Un conteneur &#224; verre devant le portail, des chaines cadenass&#233;es condamnant les acc&#232;s : le promoteur avait &#233;t&#233; pr&#233;venu. Le 8 janvier, des jeunes du parc Bellevue, soutenu par le Collectif des quartiers populaires de Marseille (CQPM), avait rendu publique une &#171; lettre ouverte &#187; se concluant par un appel &#224; un rendez-vous pour la semaine suivante. &#171; &lt;i&gt;Parfois les m&#233;dias&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;nous d&#233;crivent comme des personnes ayant fait un choix de vie n&#233;gatif. Le choix de la facilit&#233;, de l'argent malhonn&#234;te, ou de l'oisivet&#233;. Certains politiques nous d&#233;signent &#224; la vindicte populaire et font de nous des parasites, des moins-que-rien, niant nos droits, nos aspirations tout en se foutant de notre humanit&#233;. Car oui, et n'en d&#233;plaise &#224; certains, nous sommes des jeunes d'un quartier populaire de Marseille et cela nous le revendiquons comme une fiert&#233; et non comme un stigmate ! &lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;Plus qu'ailleurs nous souffrons de ce manque de consid&#233;ration, de cette rel&#233;gation perp&#233;tuelle qui finit par se transformer en r&#233;clusion &#224; ciel ouvert. &lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;Le parc Bellevue est bien connu des Marseillais, et il partage avec de nombreux autres quartiers le fait d'&#234;tre devenu le symbole de l'in&#233;galit&#233; en France, et le symbole de cette contradiction entre les discours qui pr&#244;nent la mixit&#233; sociale, l'&#233;galit&#233; et la justice sociale et les pratiques individuelles ou institutionnelles du quotidien.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;Nous exigeons que les demandes d'emploi de notre quartier soient examin&#233;es s&#233;rieusement et si possible avec bienveillance !&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;Nous voulons que Nexity comprenne l'obsc&#233;nit&#233; de ce chantier pharaonique aux portes du quartier et dont nous sommes exclus !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lundi 13 janvier, impossible donc pour les camions, engins et ouvriers de rejoindre le chantier. Devant le portail, un chef d'&#233;quipe s'&#233;nerve. Des voitures de police d'o&#249; s'extraient quelques uniformes arrivent. L'un d'entre eux exhibe son Flash-Ball. Sur le trottoir oppos&#233;, les salari&#233;s observent jusqu'&#224; ce qu'ils re&#231;oivent l'ordre de repartir, non sans leur pr&#233;ciser qu'ils ne seront pas pay&#233;s par leur employeur, l'entreprise Travaux du Midi, filiale du c&#233;phalopode Vinci. Pendant trois jours, le chantier va &#234;tre ainsi bloqu&#233; d&#232;s les premi&#232;res heures, la journ&#233;e se poursuivant en discussions et rencontres autour de quelques boissons, un repas et un feu de palettes. &#171; &lt;i&gt;Les gens qui travaillent sur le chantier viennent du Portugal, de Pologne&#8230; Ils sont employ&#233;s par des sous-traitants avec des salaires tr&#232;s bas&lt;/i&gt; &#187;, avance Kader, un des jeunes du quartier. &#171; &lt;i&gt;Ils sont log&#233;s dans des esp&#232;ces de camps &#224; l'ext&#233;rieur de la ville. Ils ne peuvent rien dire sinon ils sont foutus dehors. C'est tout b&#233;n&#233;fice pour les patrons&lt;/i&gt; &#187;, explique un de ses copains, non sans pr&#233;ciser : &#171; &lt;i&gt; On n'a rien contre les &#233;trangers. Ils sont en gal&#232;re comme nous !&lt;/i&gt; &#187; Et Zied, un trentenaire, de poursuivre : &#171; &lt;i&gt;La seule chose qui compte pour ces entreprises, c'est de faire de l'argent, il n'y en a que pour les financiers. Les gens n'existent pas pour eux. Faire travailler les gens qui habitent ici, &#231;a veut dire faire vivre le quartier, nous donner les moyens d'aller un peu mieux. Eux, ils partent avec l'argent qu'ils font ici et il n'y a rien pour nous. Quand on entend dire que Marseille est le plus grand chantier d'Europe et qu'on nous parle du &#8220;vivre ensemble&#8221;, il y a de quoi &#234;tre en col&#232;re !&lt;/i&gt; &#187; Yassine, lui, a un boulot et est venu soutenir les bloqueurs. &#171; &lt;i&gt;Qu'est-ce qu'ils peuvent faire, nos jeunes quand ils n'ont pas d'argent ? Des conneries, bien s&#251;r. On va pouvoir dire, alors, que ce sont de voleurs, des dealers, des fous. C'est &#224; croire que &#231;a arrange certains que les choses se passent ainsi. Ils font tout pour les accuser, faire peur, nous enfoncer toujours plus. Et en tirer les b&#233;n&#233;fices politiques.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un homme d'une soixantaine d'ann&#233;es s'est approch&#233; du cercle form&#233; par la discussion. Il porte agraf&#233; au revers de son manteau un badge du Front de gauche. Deux femmes du CQPM venues pr&#234;ter main-forte au mouvement le rejoignent. L'une d'entre elles s'adresse &#224; lui : &#171; &lt;i&gt; Monsieur, s'il vous pla&#238;t, pourriez-vous enlever votre signe politique ?&lt;/i&gt; &#187; L'homme s'&#233;tonne. &#171; &lt;i&gt;Vous comprenez : ici, on fait pas de politique. On n'a aucune &#233;tiquette. On se bat pour le respect et la dignit&#233;. Les gens qui sont ici ont leurs id&#233;es et votent comme ils veulent : ce n'est pas le sujet. On ne veut pas &#234;tre r&#233;cup&#233;r&#233;s.&lt;/i&gt; &#187; L'homme : &#171; &lt;i&gt;Je suis l&#224; pour vous soutenir. &lt;/i&gt; &#187; La femme : &#171; &lt;i&gt;C'est super, merci ! Si vous venez en tant que personne, vous &#234;tes le bienvenu !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s trois jours d'arr&#234;t du chantier, une d&#233;l&#233;gation de bloqueurs est re&#231;ue en pr&#233;fecture le 15 janvier, afin d'engager une discussion avec un responsable des Travaux du Midi, la pr&#233;f&#232;te &#224; &#171; l'&#233;galit&#233; des chances &#187;, un repr&#233;sentant de la Direccte&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Direction r&#233;gionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; et un membre du cabinet du pr&#233;fet. &#171; &lt;i&gt; La clause d'insertion, qui pr&#233;cise que les habitants des zones urbaines sensibles doivent avoir acc&#232;s &#224; 5 % des heures travaill&#233;es sur les chantiers de r&#233;novation urbaine, a permis de ne donner que trois emplois dans le quartier. Et en CDD de trois mois&#8230;&lt;/i&gt; &#187;, explique une participante du CQPM. En fin de soir&#233;e, le pr&#233;fet annonce que trois emplois vont &#234;tre attribu&#233;s &#224; des r&#233;sidents du Parc. Il s'engage de plus, selon ses termes, &#224; &#171; &lt;i&gt; b&#226;tir un dispositif permettant de trouver une solution d'emploi ou d'insertion pour sept &#224; huit autres personnes dans un d&#233;lai d'un mois&#8230; &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;C'est un d&#233;but&lt;/i&gt; &#187;, commente, le lendemain, Soraya, habitante de F&#233;lix-Pyat et membre du collectif. Le d&#233;but d'un rapport de force instaur&#233; contre le m&#233;pris des investisseurs et leur soif infinie de gains financiers engrang&#233;s sur le dos de travailleurs &lt;i&gt;low-cost&lt;/i&gt; et qui se manifeste par des pressions sur des chantiers &#224; proximit&#233; de quartiers populaires ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; du travail pr&#233;caire devenu, aujourd'hui, un sinistre privil&#232;ge, la revendication centrale de ce mouvement semble toute contenue dans cette phrase extraite de la lettre ouverte du 8 janvier : &#171; &lt;i&gt;Cette d&#233;marche doit mettre en lumi&#232;re le fait que nous existons !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustr&#233; par &lt;a href=&#034;http://carolinesury.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Caroline Sury&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; chang&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Direction r&#233;gionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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