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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Travailleurs migrants en Italie : &#171; L'impression d'&#234;tre de la marchandise &#187;</title>
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		<dc:creator>Aboubakar Soumahoro</dc:creator>


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		<dc:subject>Melito</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ivoirien arriv&#233; en Italie &#224; l'&#226;ge de 19 ans pour travailler comme bracciante, ces travailleurs agricoles journaliers du sud du pays, Aboubakar Soumahoro est aujourd'hui devenu un syndicaliste de premier plan et une voix qui compte en Italie. En 2019, il y publiait Umanit&#224; in rivolta, r&#233;cit de son parcours individuel et r&#233;flexion sur le sort des travailleurs migrants et leurs aspirations &#224; l'&#233;mancipation. Un livre traduit en fran&#231;ais par Marie Causse et publi&#233; le 28 janvier aux &#233;ditions Les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no206-fevrier-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;206 (f&#233;vrier 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/j-ai" rel="tag"&gt;j'ai&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Marche" rel="tag"&gt;Marche&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Naples" rel="tag"&gt;Naples&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/journee" rel="tag"&gt;journ&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Villa-Literno" rel="tag"&gt;Villa Literno&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Melito" rel="tag"&gt;Melito&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ivoirien arriv&#233; en Italie &#224; l'&#226;ge de 19 ans pour travailler comme &lt;i&gt;bracciante&lt;/i&gt;, ces travailleurs agricoles journaliers du sud du pays, Aboubakar Soumahoro est aujourd'hui devenu un syndicaliste de premier plan et une voix qui compte en Italie. En 2019, il y publiait &lt;i&gt;Umanit&#224; in rivolta&lt;/i&gt;, r&#233;cit de son parcours individuel et r&#233;flexion sur le sort des travailleurs migrants et leurs aspirations &#224; l'&#233;mancipation. Un livre traduit en fran&#231;ais par Marie Causse et publi&#233; le 28 janvier aux &#233;ditions Les &#201;taques sous le titre &lt;i&gt;L'Humanit&#233; en r&#233;volte &#8211; Notre lutte pour le travail et le droit au bonheur&lt;/i&gt;. Extrait.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4335 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;58&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200bonnesfeuilles_resultat-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH670/1200bonnesfeuilles_resultat-2-a52ae.jpg?1782924314' width='500' height='670' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration d'Albert Foolmoon (d&#233;tail de la couverture)
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;J'&lt;/span&gt;ai d'abord fait &#233;tape &#224; Aversa, une petite ville &#224; mi-chemin entre Naples et Caserte, &#224; quelques kilom&#232;tres de Villa Literno. C'est une ville dens&#233;ment peupl&#233;e en grande banlieue de Naples. C'est
l&#224; que, dans un premier temps, je devais &#234;tre h&#233;berg&#233; par un lointain parent. Mais en arrivant dans l'appartement, j'ai d&#233;couvert que nous &#233;tions quinze. Je suis entr&#233;, j'ai essay&#233; d'allumer, mais il n'y avait
pas d'&#233;lectricit&#233;. Pas mal, comme entr&#233;e en mati&#232;re ! Jamais je n'aurais imagin&#233; trouver une habitation sans
&#233;lectricit&#233; dans un des pays les plus riches du monde. Le lendemain, quand j'ai d&#233;cid&#233; d'aller chercher du travail, j'ai fait de nouvelles d&#233;couvertes.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le march&#233; aux bras&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les intertitres sont de CQFD&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'ai su par ceux avec qui je partageais mon logement qu'il fallait se lever &#224; cinq heures chaque matin pour se rendre sur le rond-point de Melito, dans l'arri&#232;re-pays de Naples. On y arrive &#224; pied ou &#224; v&#233;lo et on attend que quelqu'un passe &#224; la recherche de bras, pour travailler comme d&#233;m&#233;nageur, ma&#231;on ou ouvrier agricole. Voil&#224; comment &#231;a fonctionne : celui qui a du boulot &#224; proposer s'arr&#234;te, il jette un &#339;il aux hommes pr&#233;sents et fait son choix, sans d&#233;finir ni horaires, ni paye, ni lieu de travail. On a la sensation d'&#234;tre de la marchandise expos&#233;e au march&#233; aux bras, d&#233;pouill&#233;e de toute humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re fois que je suis arriv&#233; au rond-point, il y avait des Asiatiques et des migrants de toute l'Afrique en train d'attendre. La sc&#232;ne &#233;tait irr&#233;elle : des centaines de personnes &#233;taient l&#224;, pr&#234;tes &#224; accepter n'importe quel job, &#224; n'importe quelles conditions. Quand on ne trouvait pas de travail, il n'y avait d'autre choix que de rester debout pendant des heures &#224; attendre, apr&#232;s s'&#234;tre lev&#233; &#224; l'aube, avant de finalement rentrer chez soi le ventre vide et sans un sou en poche.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Patrons racistes&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quand on subit la pr&#233;carit&#233; de petits boulots occasionnels, on vit au jour le jour, impossible de faire le moindre projet. Quand j'entends des discours sur la paresse des migrants, qui voudraient vivre aux crochets des Italiens sans rien faire, je pense &#224; tous ces gens qui chaque matin se l&#232;vent &#224; cinq heures pour se rendre au rond-point de Melito, dans l'espoir de d&#233;crocher pour une journ&#233;e au moins un travail harassant pour un salaire de mis&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Quand j'entends des discours sur la paresse des migrants, qui voudraient vivre aux crochets des Italiens sans rien faire, je pense &#224; tous ces gens qui chaque matin se l&#232;vent &#224; cinq heures pour se rendre au rond-point de Melito, dans l'espoir de d&#233;crocher pour une journ&#233;e au moins un travail harassant pour un salaire de mis&#232;re.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Bien vite, j'ai moi aussi commenc&#233; &#224; travailler sans rel&#226;che. Je passais d'un travail &#224; un autre : la pr&#233;carit&#233; m'interdisait de refuser la moindre proposition. Je pla&#231;ais tous mes espoirs dans l'employeur du moment, ou peut-&#234;tre serait-il plus juste de l'appeler &#171; patron &#187;, bien que le mot aujourd'hui ne semble plus &#224; la mode&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En italien, le mot &#171; padrone &#187; pr&#233;sente un sens plus fort qu'en fran&#231;ais, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Pour beaucoup, parler d'exploitation signifie glisser vers un discours id&#233;ologique. Au contraire, je crains qu'il ne soit &#171; id&#233;ologique &#187; de refuser de voir les formes d'organisations sociales et du march&#233; qui permettent &#224; une poign&#233;e de gens de disposer de la vie des autres. Souvent, je me demande combien d'hommes qui exploitent en priv&#233; les personnes migrantes affirment en public que &#171; &lt;i&gt;les Noirs doivent partir d'ici&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Horreur ordinaire...&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; mes conditions de vie difficiles, j'avais l'espoir que quelque chose changerait, et que t&#244;t ou tard je parviendrais &#224; revenir au centre du ring. Je me souviens de ce jour o&#249; un vieil homme s'est arr&#234;t&#233; au feu rouge et m'a &#171; choisi &#187;. C'&#233;tait un mardi, jour de march&#233; &#224; Palma Campania, une petite ville &#224; une trentaine de kilom&#232;tres d'Aversa. Les journ&#233;es de travail y &#233;taient &#233;reintantes, &#224; charger et d&#233;charger la marchandise d'un fourgon. Je ne sais pour quelle raison il avait d&#233;cid&#233; de m'appeler Davide, peut-&#234;tre qu'Aboubakar c'&#233;tait trop compliqu&#233;. &#192; la fin de la journ&#233;e, le &#171; patron &#187; &#233;tait content de moi et de mon travail, alors sur le chemin du retour, je lui ai demand&#233; de me payer. Il m'a r&#233;pondu qu'il &#233;tait tr&#232;s satisfait et que d&#232;s le lendemain je travaillerais pour lui, pour toujours. Puis il a ajout&#233; en dialecte napolitain que je ne devais pas m'inqui&#233;ter pour le salaire du jour, qu'il r&#233;glerait tout en m&#234;me temps. Cette journ&#233;e avait &#233;t&#233; une sorte d'essai, pour tout le reste, m'a-t-il assur&#233;, toujours en dialecte, &#171; &lt;i&gt;m' 'o vvech' je&lt;/i&gt; &#187; : je m'occupe de tout. Puis il a conclu par ces mots : &#171; &lt;i&gt;Ne t'inqui&#232;te pas, on se retrouve ici demain &#224; la m&#234;me heure.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'en revenais pas, j'&#233;tais fou de joie. De retour chez moi, j'ai dit &#224; mes amis qu'on venait de m'embaucher et j'ai offert une tourn&#233;e de pizza. Le lendemain, je me suis r&#233;veill&#233; &#224; l'aube, je ne voulais pas arriver en retard &#224; mon rendez-vous. J'ai enfourch&#233; mon v&#233;lo et j'ai p&#233;dal&#233; de bon c&#339;ur. Je suis arriv&#233; sur place avant six heures, j'&#233;tais parmi les premiers. J'ai attendu jusqu'&#224; sept heures, rien. Huit heures, neuf heures, dix heures, toujours rien. Je refusais de croire que &#171; le patron &#187; s'&#233;tait moqu&#233; de moi, sans me payer ma journ&#233;e et en me faisant miroiter un travail. Pour quelle raison aurait-il fait cela ? &#201;conomiser si peu d'argent ne risquait pas de le rendre plus riche. Et pourtant il n'est plus jamais revenu, ni ce jour-l&#224;, ni un autre.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;... Et absurde normalit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses ann&#233;es ont pass&#233; depuis cet &#233;pisode, mais le rond-point de Melito est aujourd'hui encore un
endroit o&#249; on attend une chance de d&#233;crocher un travail, ou plut&#244;t, &#171; &lt;i&gt;a fatica&lt;/i&gt; &#187;, comme on dit en napolitain. Tous ces hommes qui attendent, tous ces bras pleins d'espoir, sont devenus une pr&#233;sence &#224; laquelle tout le monde est habitu&#233;, une partie int&#233;grante du paysage. Tout comme, &#224; quelques kilom&#232;tres de l&#224;, le long des routes qui m&#232;nent d'Aversa &#224; Caserte ou &#224; Lago Patria, des dizaines de femmes migrantes attendent des hommes qui les paieront pour se servir de leur corps. Je me suis toujours demand&#233; quel &#233;tait le prix de cette absurde normalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'absence de rapport de travail formel et de protection syndicale est une pratique tr&#232;s r&#233;pandue, surtout dans les secteurs du b&#226;timent, de l'agriculture, de la logistique et du travail domestique. L'exp&#233;rience syndicale m'a fait conna&#238;tre des contextes de production vari&#233;s et des dynamiques plus complexes par rapport au mod&#232;le d'exploitation qui se perp&#233;tue dans certaines zones. Ce mod&#232;le semble d&#233;couler d'un principe qui est devenu la norme : les immigr&#233;s ne sont que des bras, le moindre de leurs droits est subordonn&#233; &#224; leur capacit&#233; de travail et &#224; la loi du march&#233;. Voil&#224; l'engrenage qui broie les vies des personnes. Un travailleur, du simple fait qu'il est migrant, per&#231;oit g&#233;n&#233;ralement pour la m&#234;me t&#226;che un salaire inf&#233;rieur &#224; son coll&#232;gue italien. En plus de cette in&#233;galit&#233; salariale, le travailleur &#233;tranger est plus expos&#233; aux licenciements et soumis &#224; un ensemble de pressions. Si cette diff&#233;rence de traitement &#233;chappe &#224; notre attention, tout discours sur les droits des migrants devient un solidarisme st&#233;rile n'ayant d'autre but que le tourisme politique.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Par Aboubakar Soumahoro (extrait de &lt;i&gt;L'Humanit&#233; en r&#233;volte&lt;/i&gt;)&lt;br class='manualbr' /&gt;Traduit de l'italien par Marie Causse&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4336 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L333xH500/9782490205127-475x500-1-b6231.jpg?1782727127' width='333' height='500' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les intertitres sont de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En italien, le mot &#171; padrone &#187; pr&#233;sente un sens plus fort qu'en fran&#231;ais, car c'est le m&#234;me mot que l'on utilise pour le propri&#233;taire d'un animal. Dans le langage courant, on lui pr&#233;f&#232;re donc souvent celui d'&#171; employeur &#187;. [&lt;i&gt;Ndlt.&lt;/i&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Contraception thermique : &#231;a chauffe dans le slip !</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Contraception-thermique-ca-chauffe</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L'&#233;quipe de CQFD</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Alors que la contraception est longtemps rest&#233;e &#224; la charge exclusive des femmes, de plus en plus d'hommes s'emparent aujourd'hui du sujet, d&#233;termin&#233;s &#224; en faire aussi leur affaire. Cas pratique avec le slip chauffant. Toulouse, d&#233;but des ann&#233;es 1980. Plusieurs hommes sensibles aux id&#233;es f&#233;ministes se r&#233;unissent au sein d'un groupe de parole pour questionner leur r&#244;le &#171; de mecs &#187; dans une soci&#233;t&#233; patriarcale. Par souci d'&#233;quit&#233;, de partage de la charge mentale, physique et financi&#232;re que (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no205-janvier-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;205 (janvier 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/heures" rel="tag"&gt;heures&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/slip" rel="tag"&gt;slip&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/spermogramme" rel="tag"&gt;spermogramme&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/testicules" rel="tag"&gt;testicules&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Alors que la contraception est longtemps rest&#233;e &#224; la charge exclusive des femmes, de plus en plus d'hommes s'emparent aujourd'hui du sujet, d&#233;termin&#233;s &#224; en faire aussi leur affaire. Cas pratique avec le slip chauffant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;T&lt;/span&gt;oulouse, d&#233;but des ann&#233;es 1980. Plusieurs hommes sensibles aux id&#233;es f&#233;ministes se r&#233;unissent au sein d'un groupe de parole pour questionner leur r&#244;le &#171; de mecs &#187; dans une soci&#233;t&#233; patriarcale. Par souci d'&#233;quit&#233;, de partage de la charge mentale, physique et financi&#232;re que repr&#233;sente pour les femmes la contraception, ou tout simplement parce qu'ils ne d&#233;sirent pas d'enfant, ils planchent sur une technique de contraception dont ils pourraient &#234;tre les acteurs. Ils inventent alors le remonte-couilles toulousain (RCT), un sous-v&#234;tement qui permet de remonter les testicules au chaud et ainsi, d'&#234;tre contracept&#233;&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Technique qui sera ensuite perfectionn&#233;e par le Dr Mieusset (andrologue qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quarante ans plus tard, l'id&#233;e a fait des petits : de nombreux groupes participent aujourd'hui &#224; faire conna&#238;tre la technique de la contraception testiculaire thermique. C'est le cas du collectif breton Thomas Boulo&#249; qui a organis&#233; plusieurs Contracep'Tour, mais aussi des permanences et des ateliers de couture pour fabriquer soi-m&#234;me son &#171; slip chauffant &#187;. Proposer ce type de contraception, c'est partager la contrainte et les responsabilit&#233;s li&#233;es &#224; une sexualit&#233; h&#233;t&#233;rosexuelle, mais cela ne veut pas dire qu'elle porte en elle-m&#234;me des principes &#233;galitaires, ni qu'elle &#233;vacue les rapports de domination. D'ailleurs, si la m&#233;thode est simple, la rigueur est de mise : on le sait, en cas d'&#233;chec de la contraception, les cons&#233;quences sont d'abord lourdes pour les femmes. En parler, c'est donc avant tout &#233;largir le choix, alterner la charge, augmenter l'efficacit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fra&#238;chement sortie, la brochure &lt;i&gt;S'occuper de son sperme et &#234;tre contracept&#233;&#183;e&lt;/i&gt; (voir la partie &lt;i&gt;Contacts&lt;/i&gt;) du collectif Leslie Bhar, propose un manuel explicatif sur la contraception thermique&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'expression &#171; contraception thermique &#187; est ici pr&#233;f&#233;r&#233;e &#224; celle de &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, agr&#233;ment&#233; de t&#233;moignages, de conseils et d'un beau guide de couture pour fabriquer son slip chauffant. On y apprend notamment qu'il suffit de trois &#233;lastiques, d'un anneau et d'un peu de volont&#233; pour &#234;tre contracept&#233;. Alors feu ! Nom d'un slip ! Extraits adapt&#233;s. &#9632;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;1. Le principe du slip&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour que la production de spermatozo&#239;des soit possible, il faut que les testicules se retrouvent &#224; une temp&#233;rature plus basse que celle du reste du corps. Leur localisation dans les bourses, un peu &#224; l'ext&#233;rieur, leur permet de ne pas d&#233;passer 34 &#176;C environ, contre une moyenne de 36,5 &#176;C pour le reste du corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En remontant les testicules dans la partie basse de l'abdomen (&#224; l'entr&#233;e du canal inguinal) &lt;i&gt;(voir les deux dessins ci-dessous)&lt;/i&gt;, on parvient ainsi &#224; augmenter la temp&#233;rature des testicules d'&#224; peu pr&#232;s 2 &#176;C, ce qui emp&#234;che la spermatogen&#232;se &lt;i&gt;(encadr&#233; A)&lt;/i&gt;. C'est pour &#231;a que le remonte-couilles toulousain (RCT) a &#233;t&#233; invent&#233; : les maintenir au chaud et obtenir un effet contraceptif.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4305 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;91&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200slip1_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH281/1200slip1_resultat-0c37b.jpg?1782764469' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Dessins issus de la brochure &lt;i&gt;Les contraceptions testiculaires&lt;/i&gt;, du collectif Thomas Boulo&#249;
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Efficacit&#233; du slip&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour que cette m&#233;thode soit efficace, il faut porter le slip 15 heures &#233;veill&#233; par jour, et c'est au bout de 3 mois que l'on sait si on est pass&#233; sous le seuil de fertilit&#233; gr&#226;ce &#224; un spermogramme &lt;i&gt;(encadr&#233;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;B)&lt;/i&gt;. S'il y a moins d'un million de spermatozo&#239;des mobiles par millilitre (ml) dans l'&#233;jaculat &lt;i&gt;(encadr&#233;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;C)&lt;/i&gt;, la personne peut s'estimer st&#233;rile tant qu'elle porte le slip de mani&#232;re r&#233;guli&#232;re et selon le protocole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Contre-indications&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas recommand&#233; d'utiliser cette m&#233;thode chez les hommes qui ont des ant&#233;c&#233;dents d'anomalies de la descente des testicules (cryptorchidie, ectopie) trait&#233;es ou non, de hernie inguinale trait&#233;e ou non, de cancer du testicule ou d'une varicoc&#232;le de grade 3. Par ailleurs, il est recommand&#233; d'attendre que l'organe sexuel ait atteint son d&#233;veloppement optimal avant de mettre en place une contraception thermique. Par pr&#233;caution, l'&#226;ge a &#233;t&#233; fix&#233; &#224; 20 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Effets secondaires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;thode thermique ne perturbe pas le syst&#232;me hormonal. Ni la libido ni les &#233;rections ne sont alt&#233;r&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A. La spermatogen&#232;se&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le processus de fabrication, maturation et transport des spermatozo&#239;des dans les organes sexuels correspondants. Elle appara&#238;t la plupart du temps &#224; la pubert&#233; et dure couramment toute la vie. Environ 300 millions de spermatozo&#239;des sont produits chaque jour. Il faut environ 3 mois pour que le spermatozo&#239;de arrive &#224; maturation puis soit &#233;vacu&#233; par le corps, d'o&#249; le temps recommand&#233; de 3 mois de port du slip avant d'esp&#233;rer &#234;tre contracept&#233;. La dur&#233;e de vie d'un spermatozo&#239;de est d'environ 24 h dans le liquide s&#233;minal, mais peut atteindre 6 jours &#224; l'int&#233;rieur de l'appareil g&#233;nital f&#233;minin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B. Le spermogramme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il consiste &#224; &#233;jaculer dans une fiole pour calculer, dans le sperme, le nombre de spermatozo&#239;des par millilitre ainsi que leur mobilit&#233; et leurs formes. En France et en Belgique, cet examen n&#233;cessite une prescription d'un.e m&#233;decin. Il est en partie rembours&#233; par la S&#233;cu.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. Le sperme en quelques chiffres&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En moyenne, un &#233;jaculat contient de 1,5 &#224; 6 ml de sperme et chaque millilitre comporte de 20 &#224; 200 millions de spermatozo&#239;des (environ 1 &#224; 2 % du sperme). Selon l'OMS (Organisation mondiale de la sant&#233;), en dessous de 15 millions/ml, il devient difficile de procr&#233;er, mais cela reste possible. Le seuil contraceptif est lui situ&#233; &#224; 1 million de spermatozo&#239;des mobiles/ml.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4306 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;104&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200slip3_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH189/1200slip3_resultat-f87e8.jpg?1782764469' width='500' height='189' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;On passe la verge puis le scrotum dans l'anneau et les testicules remontent dans les canaux inguinaux.
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;2. La m&#233;thode pas &#224; pas&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#8226; R&#233;aliser un premier spermogramme avant de porter le remonte-couilles toulousain afin de savoir si tu es fertile (et donc &#233;viter son port si tu es st&#233;rile). Ce premier r&#233;sultat servira de r&#233;f&#233;rent pour jauger l'&#233;volution de la contraception dans le futur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Il est recommand&#233; de porter le slip 15 heures &#233;veill&#233; par jour. Pour t'habituer, tu peux commencer &#224; le porter quelques heures par jour pour arriver au seuil des 15 heures. Il faut v&#233;rifier que les testicules se trouvent au-dessus de l'anneau, &#224; la racine de la verge &lt;i&gt;(voir dessins ci-dessus)&lt;/i&gt;. Il est important de ne jamais passer en dessous des 14 heures/jour et de rester au plus proche des 15 heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; R&#233;aliser un deuxi&#232;me spermogramme au bout de 3 mois afin de v&#233;rifier si tu es contracept&#233;. Si tu es pass&#233; sous la barre du million de spermatozo&#239;des mobiles/ml de sperme, c'est tr&#232;s bon signe &lt;i&gt;(voir encadr&#233; C, &#171; Le sperme en quelques chiffres &#187;)&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Refaire un spermogramme trois semaines apr&#232;s pour confirmer les r&#233;sultats. Si rien n'a chang&#233;, tu es contracept&#233; ! Par la suite, il faut continuer &#224; porter le slip 15 heures par jour, et il est conseill&#233; de faire un spermogramme tous les 3 mois pendant un an, histoire qu'il n'y ait pas de mauvaise surprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Attention&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le port du slip pendant 3 mois ne suffit pas &#224; se consid&#233;rer comme contracept&#233;. Seuls les r&#233;sultats du spermogramme valent ! Pour bien les interpr&#233;ter, se rapprocher d'un.e m&#233;decin ou d'un groupe r&#233;f&#233;renc&#233; &lt;i&gt;(voir Contacts)&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si &#231;a foire...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si tu n'as pas port&#233; le slip pendant un jour ou plus, il faut alors te consid&#233;rer comme non contracept&#233; pendant les deux mois qui suivent et il est imp&#233;ratif de refaire un spermogramme &#224; la fin de la p&#233;riode pour v&#233;rifier la st&#233;rilit&#233;. En attendant, utilise un autre contraceptif !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si tu n'as pas atteint les 15 h / jour ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu peux rattraper les heures manquantes en gardant le RCT au moment de t'endormir. Tu pourras ensuite le retirer pendant la nuit ou le garder jusqu'au r&#233;veil. Par contre, &#231;a ne marche pas de le porter un jour pendant 10 heures puis de &#171; rattraper &#187; en le portant 20 heures le jour d'apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;versibilit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour retrouver une fertilit&#233;, il suffit d'arr&#234;ter de porter le slip et d'attendre que la spermatogen&#232;se se remette en route. Il faut entre 3 et 9 mois pour revenir &#224; une qualit&#233; de spermatozo&#239;des f&#233;condants sans risque de malformation, et cela se v&#233;rifie par un spermogramme. Pour le moment, la r&#233;versibilit&#233; a &#233;t&#233; prouv&#233;e sur une p&#233;riode de port allant jusqu'&#224; 4 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, porter le slip 24 h / 24 tous les jours pourrait avoir un impact n&#233;gatif sur la r&#233;versibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;3. Contacts&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les groupes qui peuvent accompagner dans la d&#233;marche contraceptive et assurent des ateliers de couture :&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226; Ardecom (Paris) : &lt;i&gt;ardecom[at]bbox.fr&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226; Garcon (Toulouse) : &lt;i&gt;contact[at]garcon.link&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226; Thomas Boulo&#249; (Quimper) : &lt;i&gt;thomasboulouetcie[at]riseup.net&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226; Pour se procurer la brochure S&lt;i&gt;'occuper de son sperme&lt;/i&gt; et avoir des conseils ou &#234;tre redirig&#233; vers d'autres personnes contracept&#233;es habitant pr&#232;s de chez toi, &#233;crire &#224; : &lt;i&gt;leslie-bhar[at]riseup.net&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226; Il existe aussi une version commercialis&#233;e de la m&#233;thode thermique, sous forme d'anneau en silicone (Andro-switch) : &lt;i&gt;contact[at]thoreme.fr&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;thoreme.com&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4307 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200slip2_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH172/1200slip2_resultat-a7d03.jpg?1782764469' width='500' height='172' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Technique qui sera ensuite perfectionn&#233;e par le D&lt;sup&gt;r&lt;/sup&gt; Mieusset (andrologue qui faisait partie de ce groupe) au CHU de Toulouse.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L'expression &#171; contraception thermique &#187; est ici pr&#233;f&#233;r&#233;e &#224; celle de &#171; contraception masculine &#187; d'une part parce qu'il y a &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Contraception-au-masculin' class=&#034;spip_in&#034;&gt;plusieurs m&#233;thodes&lt;/a&gt; de contraception masculine, d'autre part parce que sexe et genre ne sont pas synonymes. On peut avoir des testicules et se sentir femme, et se sentir homme sans en avoir &#8211; d'o&#249; &#233;galement l'usage de l'&#233;criture inclusive dans le titre de la brochure.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La justice, peine perdue ? </title>
		<link>https://cqfd-journal.org/La-justice-peine-perdue</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/La-justice-peine-perdue</guid>
		<dc:date>2021-02-05T00:02:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L'&#233;quipe de CQFD</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Jeremy Boulard Le Fur</dc:subject>
		<dc:subject>d'un</dc:subject>
		<dc:subject>faut</dc:subject>
		<dc:subject>droit</dc:subject>
		<dc:subject>justice</dc:subject>
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		<dc:subject>jour</dc:subject>
		<dc:subject>cour</dc:subject>
		<dc:subject>Conseil</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Cens&#233;e prot&#233;ger les faibles face aux puissants, la justice fran&#231;aise garde une f&#226;cheuse tendance &#224; &#233;pargner les riches et enfoncer les pauvres. Surtout, elle privil&#233;gie une mani&#232;re brutale de r&#233;soudre les conflits : la peine, souvent de prison. Ailleurs dans le monde, d'autres fa&#231;ons de rendre justice se d&#233;veloppent pourtant&#8230; C'est une fable de Jean de la Fontaine, l'histoire d'une terrible &#233;pid&#233;mie de peste au royaume des animaux. &#171; Ils ne mouraient pas tous, &#233;crit-il, mais tous &#233;taient (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no195-fevrier-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;195 (f&#233;vrier 2021)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Jeremy-Boulard-Le-Fur" rel="tag"&gt;Jeremy Boulard Le Fur&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/faut" rel="tag"&gt;faut&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/droit" rel="tag"&gt;droit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/justice" rel="tag"&gt;justice&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/judiciaire" rel="tag"&gt;judiciaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/jamais" rel="tag"&gt;jamais&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/rendre-justice" rel="tag"&gt;rendre justice&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/jour" rel="tag"&gt;jour&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/cour" rel="tag"&gt;cour&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Conseil" rel="tag"&gt;Conseil&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cens&#233;e prot&#233;ger les faibles face aux puissants, la justice fran&#231;aise garde une f&#226;cheuse tendance &#224; &#233;pargner les riches et enfoncer les pauvres. Surtout, elle privil&#233;gie une mani&#232;re brutale de r&#233;soudre les conflits : la peine, souvent de prison. Ailleurs dans le monde, d'autres fa&#231;ons de rendre justice se d&#233;veloppent pourtant&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3553 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;39&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH463/-1705-2ce58.jpg?1782650874' width='500' height='463' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de J&#233;r&#233;my Boulard Le Fur
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est une fable de Jean de la Fontaine, l'histoire d'une terrible &#233;pid&#233;mie de peste au royaume des animaux. &#171; &lt;i&gt;Ils ne mouraient pas tous&lt;/i&gt;, &#233;crit-il, &lt;i&gt;mais tous &#233;taient frapp&#233;s.&lt;/i&gt; &#187; Convoquant ses sujets, le lion pr&#233;tend que la maladie est un ch&#226;timent divin et que seule une mise &#224; mort pourrait calmer le ciel : &#171; &lt;i&gt;Que le plus coupable de nous se sacrifie. &lt;/i&gt; &#187; Beau joueur, le f&#233;lin avoue qu'il a croqu&#233; divers moutons et bergers qui ne lui avaient rien fait. &#171; &lt;i&gt; Sire, dit le renard, vous &#234;tes trop bon roi ; vos scrupules font voir trop de d&#233;licatesse ; et bien, manger moutons, canaille, sotte esp&#232;ce, est-ce un p&#233;ch&#233; ? &lt;/i&gt; &#187; Flatteurs en t&#234;te, l'assembl&#233;e conclut que non. Le fabuliste poursuit : &#171; &lt;i&gt; On n'osa trop approfondir du tigre, ni de l'ours, ni des autres puissances, les moins pardonnables offenses. &lt;/i&gt; &#187; Puis l'&#226;ne confesse avoir, un jour, croqu&#233; quelques brins d'herbe dans un pr&#233; qui ne lui appartenait pas. &#171; &lt;i&gt; Sa peccadille fut jug&#233;e un cas pendable. Manger l'herbe d'autrui ! quel crime abominable ! Rien que la mort n'&#233;tait capable d'expier son forfait : on le lui fit bien voir. Selon que vous serez puissant ou mis&#233;rable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Depuis le XVII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle et l'&#233;criture des &lt;i&gt;Animaux malades de la peste&lt;/i&gt;, la justice a-t-elle tellement chang&#233; ? Au fond, c'est toujours la m&#234;me histoire faisand&#233;e. Christine Lagarde, patronne du Fonds mon&#233;taire international, reconnue coupable d'avoir fait perdre pr&#232;s de 400 millions d'euros &#224; l'&#201;tat en favorisant un arbitrage frauduleux au b&#233;n&#233;fice de Bernard Tapie ? Dispens&#233;e de peine. A., jeune Marocain, ayant vol&#233; un t&#233;l&#233;phone &#224; Barb&#232;s ? Trois mois de prison ferme&lt;i&gt; [lire p. V]&lt;/i&gt;. Dignes reflets des in&#233;galit&#233;s de la soci&#233;t&#233;, les tribunaux de 2021 continuent de rendre une justice de classe &#8211; et de race. Un ph&#233;nom&#232;ne syst&#233;mique, r&#233;pondant &#224; des logiques assez bien identifi&#233;es par les sciences sociales &lt;i&gt;[p. IV]&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, il y a des contre-exemples. Il arrive que des puissants soient condamn&#233;s et chaque jour, dans tel ou tel tribunal de France, des mis&#233;reux arrachent la cl&#233;mence des juges. Insistant sur cet aspect des choses, la revue &lt;i&gt;Les Cahiers de la Justice&lt;/i&gt;, co&#233;dit&#233;e par l'&#201;cole nationale de la magistrature, publiait en 2017 un &#233;dito intitul&#233; &#171; Justice de classe, vraiment ? &#187;. Elle y posait les questions suivantes : &#171; &lt;i&gt;Que serait le monde ouvrier sans le droit du travail, les syndicats et les prudhommes ? Peut-on dire que le droit du licenciement (et toute la jurisprudence qui s'en est suivie) est fait contre les salari&#233;s ? &lt;/i&gt; &#187; Certes non : des jugements viennent chaque jour temp&#233;rer la toute-puissance patronale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais combien de d&#233;cisions judiciaires couvrent les agissements frauduleux d'employeurs ? Et quelles connaissances faut-il mobiliser, quel imbitable jargon faut-il se mettre &#224; parler, quelle &#233;nergie faut-il d&#233;baucher pour obtenir un morceau de justice ! Du c&#244;t&#233; d'Arles, les travailleurs agricoles immigr&#233;s employ&#233;s par l'entreprise Laboral Terra dans des conditions parfois proches du servage le savent bien : sans l'aide du Codetras, un collectif de soutien juridique, ils n'auraient jamais pu faire condamner leurs patrons &#8211; et encore, le jugement ne fut pas &#224; la hauteur de leurs attentes &lt;i&gt;[p. VII]&lt;/i&gt;. Quant aux accusations de harc&#232;lement sexuel formul&#233;es par deux employ&#233;es, elles prennent toujours la poussi&#232;re sur le bureau d'un juge d'instruction d'Avignon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Dira-t-on que la protection de l'enfance en danger cherche &#224; opprimer les enfants des plus pauvres ?&lt;/i&gt;, interrogeaient encore Les &lt;i&gt;Cahiers de la Justice&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Il faut ne pas avoir mis les pieds dans un tribunal pour ignorer que les droits sont valables pour tous.&lt;/i&gt; &#187; Il faut surtout sacr&#233;ment se voiler la face pour nier que les magistrats jugent parfois au m&#233;pris du droit et de ceux de la d&#233;fense. Il faut n'avoir jamais caus&#233; avec une avocate en droit des &#233;trangers pour m&#233;conna&#238;tre que quand il s'agit de mettre injustement en doute le jeune &#226;ge d'un mineur &#233;tranger isol&#233;, les juges des enfants se font trop souvent complices des D&#233;partements (en dessous de 18 ans, le Conseil d&#233;partemental est tenu de le prendre en charge). Il faut n'avoir jamais assist&#233; &#224; une comparution imm&#233;diate pour ignorer qu'on y condamne &#224; des mois de cabane au terme d'un petit quart d'heure de proc&#232;s b&#226;cl&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'institution a des circonstances att&#233;nuantes. Elle manque de moyens : chaque ann&#233;e, la France consacre &#224; la justice 70 &#8364; par habitant &#8211; l'Allemagne 131, la Suisse 220 (l'Arm&#233;nie 8). Et puis, juger n'est pas chose ais&#233;e : risquer chaque jour d'innocenter un coupable ou de condamner un innocent, il y a de quoi cauchemarder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tout de m&#234;me. Que dire de la justice au moment des Gilets jaunes ? Que penser de tous ces magistrats au garde-&#224;-vous, des peines d'interdiction de manifester qu'ils ont pu infliger ? Que comprendre de l'indigent traitement judiciaire des violences polici&#232;res ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, l'univers du droit daigne aussi, parfois, prot&#233;ger un tantinet les libert&#233;s. Quand le Conseil d'&#201;tat r&#233;affirme l'interdiction des drones policiers, ou quand le Conseil constitutionnel censure telle ou telle folie l&#233;gislative macronienne, on se dit que oui, le principe de la s&#233;paration des pouvoirs, &#231;a a du bon. Et que la justice permet heureusement d'att&#233;nuer l'arbitraire politico-administratif. Mais les personnes qui contr&#244;lent l'ex&#233;cutif, le l&#233;gi&#8202;latif et le judiciaire appartiennent au m&#234;me monde. Elles partagent des int&#233;r&#234;ts communs. Combien de lois scandaleuses ont-ils laiss&#233; passer, les soi-disant &#171; Sages &#187; de la rue de Montpensier ? Combien d'injustes assignations &#224; r&#233;sidence ont-ils valid&#233;es, les tribunaux administratifs, pendant l'&#233;tat d'urgence antiterroriste ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La galaxie judiciaire fran&#231;aise a une autre tare majeure. Elle est trop souvent p&#233;nale, mue par une unique obsession : le ch&#226;timent. Et donc la prison &lt;i&gt;[pp. II &amp; III]&lt;/i&gt;. Comme si rendre justice ne consistait qu'&#224; punir !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux &#201;tats-Unis, les Najavos, qui disposent de leur propre syst&#232;me judiciaire, ont renou&#233; depuis les ann&#233;es 1980 avec un mod&#232;le traditionnel radicalement diff&#233;rent : le &lt;i&gt;peacemaking&lt;/i&gt; &lt;i&gt;[pp. X &amp; XI]&lt;/i&gt;. Victime et agresseur peuvent choisir de dialoguer, accompagn&#233;s de leurs proches et d'un m&#233;diateur, pour parvenir &#224; une r&#233;solution du conflit en se mettant d'accord sur une r&#233;paration : des mots, une indemnisation mat&#233;rielle, des actes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inspir&#233;es par de telles pratiques de peuples autochtones, des formes de justice dites &#171; restaurative &#187; et &#171; trans&#8202;formative &#187; se d&#233;veloppent actuellement dans le monde anglo-saxon &lt;i&gt;[pp. VIII &amp; IX]&lt;/i&gt;. Si la justice restaurative a tendance &#224; &#234;tre incor&#8202;por&#233;e par le syst&#232;me p&#233;nal, la justice transformative se pratique pour l'instant en dehors des institutions, au sein de groupes sociaux opprim&#233;s n'ayant rien &#224; attendre du monde judiciaire classique. Certainement pas exempts de tout reproche, ces mod&#232;les alternatifs ont le m&#233;rite d'ouvrir un autre imaginaire qui permettra peut-&#234;tre, un jour, de vraiment rendre justice.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le dernier mot &#224; la d&#233;fense : la justice, parfois, sait faire de la po&#233;sie. La preuve en fut donn&#233;e le 7 septembre 1995 par la cour d'appel de Riom (Puy-de-D&#244;me). Dans un hameau perdu, un habitant se plaignait du poulailler de ses voisins. Le tribunal de Clermont-Ferrand lui avait donn&#233; raison, ordonnant la destruction du poulailler. Mais le jugement d'appel prit joliment le parti des gallinac&#233;s : &#171; &lt;i&gt;Attendu que la poule est un animal anodin et stupide, au point que nul n'est encore parvenu &#224; le dresser, pas m&#234;me un cirque chinois ; que son voisinage comporte beaucoup de silence, quelques tendres gloussements et des caqu&#232;tements qui vont du joyeux (ponte d'un &#339;uf) au serein (d&#233;gustation d'un ver de terre) en passant par l'affol&#233; (vue d'un renard) ; que ce paisible voisinage n'a jamais incommod&#233; que ceux qui, pour d'autres motifs, nourrissent du courroux &#224; l'&#233;gard des propri&#233;taires de ces gallinac&#233;s ; que la cour ne jugera pas que le bateau importune le marin, la farine le boulanger, le violon le chef d'orchestre, et la poule un habitant du lieu-dit La Rochette, village de Sall&#232;des (402 &#226;mes) dans le d&#233;partement du Puy-de-D&#244;me... &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ces motifs donc, le poulailler fut momentan&#233;ment sauv&#233;. La Cour de cassation, toutefois, finit par annuler ce joli jugement. Sans doute n'aime-t-elle pas la po&#233;sie. &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Azenstarck a fini sa p&#233;loche</title>
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		<dc:creator>Christophe Goby</dc:creator>


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&lt;p&gt;Photographe des gr&#232;ves et des luttes, des usines et des bidonvilles, Georges Azenstarck a disparu d&#233;but septembre. Multipliant les clich&#233;s pour L'Humanit&#233;, La Vie ouvri&#232;re ou encore l'agence Rapho, il avait aussi immortalis&#233; l'ineffa&#231;able : le massacre d'Alg&#233;riens du 17 octobre 1961 &#224; Paris. Ces derni&#232;res ann&#233;es &#224; Marseille, un camarade de route de CQFD l'avait fr&#233;quent&#233;. Souvenirs. Georges a un petit-fils dans la classe de ma fille. Son p&#232;re, Ben, me choppe un jour pour me dire que son (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no191-octobre-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;191 (octobre 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Georges-Azenstarck" rel="tag"&gt;Georges Azenstarck&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/manifs-surtout" rel="tag"&gt;manifs surtout.&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Photographe des gr&#232;ves et des luttes, des usines et des bidonvilles, Georges Azenstarck a disparu d&#233;but septembre. Multipliant les clich&#233;s pour &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;La Vie ouvri&#232;re&lt;/i&gt; ou encore l'agence Rapho, il avait aussi immortalis&#233; l'ineffa&#231;able : le massacre d'Alg&#233;riens du 17 octobre 1961 &#224; Paris. Ces derni&#232;res ann&#233;es &#224; Marseille, un camarade de route de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; l'avait fr&#233;quent&#233;. Souvenirs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3492 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH398/-1648-1a202.jpg?1782714979' width='500' height='398' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Georges Azenstarck
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Georges a un petit-fils dans la classe de ma fille. Son p&#232;re, Ben, me choppe un jour pour me dire que son p&#232;re a moulon de photos qu'il pourrait passer &#224; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Des cartons de photos de manifs surtout.&lt;/i&gt; &#187; L'aubaine pour moi qui vendais encore le canard &#224; la cri&#233;e en manif. Un jour, je file dans son grand appart des all&#233;es Gambetta et me retrouve dans une pi&#232;ce avec des milliers de bo&#238;tes et de photos : des ouvriers, des petites mains, des t&#233;l&#233;graphistes, des mineurs en larmes apr&#232;s un coup de grisou, des lyc&#233;ens bondissant dans les manifs parisiennes de 1986... Plus je gratte plus j'en d&#233;couvre. Et Georges peut tout me commenter, lui qui ne se rappelle plus o&#249; il habite. Il me fait voyager de P&#233;kin &#224; la Havane, alors qu'il met deux plombes &#224; descendre boire un caf&#233; au troquet du coin. &#212; vieillesse ennemie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une photo, une banderole : &#171; &lt;i&gt;Pandraud, nous sommes des millions de Malik&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Robert Pandraud, ministre d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; la s&#233;curit&#233; au moment du meurtre du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187;. C'est, en 1986, le d&#233;part d'une manif contre la loi Devaquet sur les universit&#233;s. Sur un autre clich&#233; : un congr&#232;s de l'Union des &#233;tudiants communistes o&#249; des milliers de chevelus en chandail d&#233;mod&#233; l&#232;vent le poing. Un troisi&#232;me tirage : un ouvrier en casquette, debout sur une tribune, harangue les mecs devant une petite usine de la couronne parisienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi, je cherche fr&#233;n&#233;tiquement des photos jamais publi&#233;es du 17 octobre 1961, parce que Georges a document&#233; ce massacre bien fran&#231;ais d'Alg&#233;riens en plein Paris. &#171; &lt;i&gt;Je me souviens de deux flics qui lavaient le sang sur la chauss&#233;e&lt;/i&gt; &#187;, me dit-il&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire le portrait que nous lui avions consacr&#233; en janvier 2018 (CQFD n&#176; 161) (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Je d&#233;couvre des clich&#233;s avec des corps tu&#233;s et entass&#233;s sur le boulevard Poissonni&#232;re. Mais pas de tirage in&#233;dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233; en 1934, Georges avait c&#244;toy&#233; Che Guevara, Henri Krasucki, Yves Montand, G&#233;rard Mordillat, Robert Doisneau&#8230; Issu d'une famille ashk&#233;naze, il avait perdu vingt-deux des siens pendant la Shoah. Quand, &#224; l'&#226;ge de 15 ans, il s'&#233;tait mis &#224; la photo, c'&#233;tait peut- &#234;tre pour garder en m&#233;moire ceux qui ont disparu.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Christophe Goby&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Robert Pandraud, ministre d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; la s&#233;curit&#233; au moment du meurtre du manifestant Malik Oussekine par des policiers voltigeurs. Il avait d&#233;clar&#233; : &#171; &lt;i&gt;Si j'avais un fils sous dialyse, je l'emp&#234;cherais de faire le con dans la nuit.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire le portrait que nous lui avions consacr&#233; en janvier 2018 (&lt;i&gt;CQFD &lt;/i&gt;n&#176; 161) : &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Faites-entrer-le-temoin' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Faites entrer le t&#233;moin&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'h&#233;licopt&#232;re, la cam&#233;ra thermique et les &#171; chasseurs de morilles &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/L-helicoptere-la-camera-thermique</link>
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		<dc:date>2020-07-12T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-S&#233;bastien Mora</dc:creator>


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		<dc:subject>petit libertaire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les campagnes et les espaces naturels n'ont pas &#233;chapp&#233; &#224; la surveillance qui a d&#233;ferl&#233; pendant le confinement. Cluster du coronavirus, Izaut-de-l'H&#244;tel a m&#234;me pris des allures de laboratoire r&#233;pressif. Dans ce village du pi&#233;mont pyr&#233;n&#233;en, au motif de l'injonction &#224; &#171; rester chez soi &#187;, les autorit&#233;s ont encore accentu&#233; la militarisation du maintien de l'ordre public. Du pas de leur porte, les voisins se cherchent du regard, interloqu&#233;s, presque t&#233;tanis&#233;s. Tout proche, un h&#233;licopt&#232;re (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no188-juin-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;188 (juin 2020)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-une" rel="tag"&gt;d'une&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les campagnes et les espaces naturels n'ont pas &#233;chapp&#233; &#224; la surveillance qui a d&#233;ferl&#233; pendant le confinement. Cluster du coronavirus, Izaut-de-l'H&#244;tel a m&#234;me pris des allures de laboratoire r&#233;pressif. Dans ce village du pi&#233;mont pyr&#233;n&#233;en, au motif de l'injonction &#224; &#171; rester chez soi &#187;, les autorit&#233;s ont encore accentu&#233; la militarisation du maintien de l'ordre public.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3397 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH353/-1582-d398a.jpg?1782829552' width='500' height='353' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Vincent Croguennec
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Du pas de leur porte, les voisins se cherchent du regard, interloqu&#233;s, presque t&#233;tanis&#233;s. Tout proche, un h&#233;licopt&#232;re militaire kaki surplombe, en vol stationnaire, les tuiles du toit de l'&#233;cole. Pendant ces quelques secondes qui semblent durer des heures, le ronflement sourd des palettes et du rotor envahit le village. Un bruit tellement brutal qu'il ne viendrait &#224; personne l'id&#233;e de sortir dans la rue. Puis soudain, sans que l'on comprenne pourquoi, l'engin de l'arm&#233;e se pr&#233;cipite vers le flanc bois&#233; d'une montagne baptis&#233;e le &#171; Pain de sucre &#187; pour sa forme rectangulaire. Il y reste vingt minutes, tel un frelon devant une ruche, alternant immobilit&#233; et acc&#233;l&#233;rations soudaines, avant de dispara&#238;tre vers l'ouest... jusqu'au lendemain. Le surlendemain, il reviendra encore. Le jour suivant aussi. Etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la sc&#232;ne &#233;voque un imaginaire de guerre lointaine, nous sommes bien dans l'Hexagone, plus pr&#233;cis&#233;ment &#224; Izaut-de-l'H&#244;tel, un petit bourg m&#233;di&#233;val du Pi&#233;mont pyr&#233;n&#233;en. Dans ce tr&#232;s rural sud du d&#233;partement de la Haute-Garonne, compl&#232;tement laiss&#233;-pour-compte par la prosp&#232;re m&#233;tropole toulousaine, certaines communes affichent un taux de pauvret&#233; largement sup&#233;rieur &#224; la moyenne nationale. &#192; l'&#233;vidence, pendant la crise sanitaire du Covid-19, l'&#201;tat est revenu en force &#224; Izaut-de-l'H&#244;tel. Malheureusement, ce n'&#233;tait pas l'&#201;tat-providence, mais bien l'&#201;tat policier et sa violence symbolique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut pr&#233;ciser que, sans que l'on sache pourquoi, le village &#233;tait un cluster, c'est-&#224;-dire un foyer de contamination du coronavirus. Sur 300 habitants, une vingtaine d'Izautois ont &#233;t&#233; diagnostiqu&#233;s positifs &#8211; et encore, en l'absence de tests suffisants, tout le monde n'a pas &#233;t&#233; d&#233;pist&#233;. Au centre hospitalier de Saint-Gaudens, la sous-pr&#233;fecture du coin, les quelques patients sous respirateur &#233;taient presque tous d'Izaut (deux personnes &#226;g&#233;es ont h&#233;las succomb&#233; &#224; la maladie). De quoi alimenter la parano&#239;a des communes voisines, d&#233;j&#224; bien nourrie par BFM-TV et le comptage quotidien du nombre de d&#233;c&#232;s de J&#233;r&#244;me Salomon, le directeur g&#233;n&#233;ral de la Sant&#233;. De quoi, surtout, justifier un &#233;tat d'urgence sanitaire du type &#171; Nous sommes en guerre ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Traquer le &#171; petit libertaire &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si un h&#233;licopt&#232;re militaire faisait du vol stationnaire quasi quotidiennement en journ&#233;e, des op&#233;rations se sont aussi d&#233;roul&#233;es en pleine nuit, comme le 23 avril sur les pentes du col de Larrieu : &#171; &lt;i&gt;L'engin &#233;tait tout proche. On ressentait le souffle des h&#233;lices, sans pourtant le distinguer avec l'obscurit&#233;,&lt;/i&gt; raconte Jordi, un b&#251;cheron quadrag&#233;naire. &lt;i&gt;C'&#233;tait tr&#232;s oppressant, les enfants se sont r&#233;veill&#233;s. Nous l'avons tous v&#233;cu comme une agression.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Izaut, des SUV de la gendarmerie nationale sillonnaient les rues devenues d&#233;sertes, mais aussi les petits chemins caillouteux. Un jour de la fin avril, une cinquantaine de gendarmes marchaient furtivement dans les massifs calcaires environnants &#8211; &#171; &lt;i&gt;une grande course d'orientation pr&#233;vue de longue date&lt;/i&gt; &#187;, nous a-t-on expliqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les malchanceux qui ont ramass&#233; une amende de 135 &#8364; &#224; Izaut, il y a Thomas, int&#233;rimaire dans le b&#226;timent (et donc sans revenu &#224; cause du confinement). C'est en allant chercher des affaires dans sa voiture, &#224; trois m&#232;tres de sa porte d'entr&#233;e, qu'il a &#233;t&#233; surpris par les gendarmes sans sa fameuse &#171; attestation &#233;crite &#187;. Ubuesque. De fait, les Pyr&#233;n&#233;es d&#233;bordent de ces r&#233;cits de r&#233;pression subjective, infantilisante et improbable &#8211; sans pour autant atteindre l'intensit&#233; des violences polici&#232;res qu'ont subies les quartiers populaires urbains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici comme ailleurs, un gouffre s'est rapidement creus&#233; entre &#171; l'esprit de la loi &#187; &#8211; &#224; savoir limiter les contaminations du Covid-19 &#8211; et l'application concr&#232;te de ladite loi par les forces de l'ordre. Pour preuve, la traque des &#171; &lt;i&gt;chercheurs de morilles&lt;/i&gt; &#187; comme on l'a surnomm&#233;e en Ari&#232;ge. Sur toute la cha&#238;ne pyr&#233;n&#233;enne, des dizaines de gendarmes &#224; pied, en quad ou en VTT ont patrouill&#233; sur les sentiers &#224; la recherche de ces mycologues &#171; irresponsables &#187;. Pour justifier ce dispositif, les autorit&#233;s ont argu&#233; qu'il s'agissait d'&#233;viter que les accidents en montagne ne saturent les urgences hospitali&#232;res. Dans les faits, l'&#233;pid&#233;mie n'ayant que faiblement touch&#233; le Sud-Ouest, les centres hospitaliers &#233;taient en sous-r&#233;gime (moins d'accidents de travail ou sur la voie publique, moins de bless&#233;s des sports de contacts comme le rugby, moins d'amoch&#233;s des rixes de fin de soir&#233;e &#233;m&#233;ch&#233;e&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sultat, au motif de l'injonction g&#233;n&#233;rale &#224; &#171; rester chez soi &#187; non att&#233;nu&#233;e par la prise en compte en compte de crit&#232;res sanitaires locaux, un bon nombre de libert&#233;s fondamentales ont &#233;t&#233; inutilement pulv&#233;ris&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de quoi &#233;mouvoir les gazettes locales : fid&#232;les servantes de l'ordre &#233;tabli, les &#171; pravdas &#187; de la r&#233;gion se sont &#233;merveill&#233;es de l'usage des drones et ont d&#233;fendu mordicus la pertinence des protocoles de surveillance. Le 15 mai, juste apr&#232;s le d&#233;confinement, le quotidien &lt;i&gt;Sud-Ouest&lt;/i&gt; ironisait m&#234;me sur l'arrestation d'un &#171; &lt;i&gt;parfait petit libertaire&lt;/i&gt; &#187; qui sur Facebook &#171; &lt;i&gt;avait pris coutume de raconter jour apr&#232;s jour ses courses en montagne avec le lyrisme d'un militant anarchiste r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En parall&#232;le, des d&#233;lateurs se sont soudain r&#233;veill&#233;s, notamment celui que l'on surnomme ici le Marquis, un ancien l&#233;gionnaire grincheux tr&#232;s fier d'avoir pu d&#233;noncer &#171; &lt;i&gt;les po&#232;tes&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt; Un laboratoire policier du coronavirus&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Situ&#233;es aux confins des territoires administr&#233;s, les Pyr&#233;n&#233;es ont longtemps constitu&#233; des espaces de libert&#233; et de r&#233;sistance, comme ce fut le cas sous l'occupation nazie. Cette fois-ci, &#171; &lt;i&gt;Izaut a fait office de laboratoire, une mani&#232;re pour nos dirigeants de tester &#224; la fois la docilit&#233; de la population et l'ob&#233;issance des forces de l'ordre&lt;/i&gt; &#187;, analyse Jordi, le b&#251;cheron. Selon les autorit&#233;s, les h&#233;licopt&#232;res qui ont survol&#233; le village &#233;taient munis d'une cam&#233;ra thermique, enregistrant les diff&#233;rents rayonnements infrarouges &#233;mis par les corps. Afin de d&#233;busquer &#224; tout prix les cueilleurs de champignons ? &#171; &lt;i&gt;Il s'agissait surtout de s'entra&#238;ner,&lt;/i&gt; pond&#232;re un gendarme.&lt;i&gt; On n'envoie pas le GIGN si l'on rep&#232;re une personne seule &#224; plus d'un kilom&#232;tre de chez elle.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'emp&#234;che : le confinement a &#233;t&#233; l'occasion d'une militarisation suppl&#233;mentaire du maintien de l'ordre, d&#233;j&#224; bien d&#233;crite dans les quartiers populaires et lors des grandes mobilisations sociales. Il a l&#233;gitim&#233; des mesures de contr&#244;les incluant les autorisations de d&#233;placement et les barrages policiers, mais aussi le quadrillage du territoire montagnard et des op&#233;rations de grande ampleur en pleine nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Pays basque, au moment o&#249; ces lignes sont &#233;crites (fin mai), la fronti&#232;re entre l'Espagne et la France est toujours ferm&#233;e. Dessin&#233;e en 1659 par Louis XIV et son cousin Philippe IV d'Espagne, elle n'est bien souvent qu'un trait absurde, qui ne suit aucun relief logique ou divise des bassins de vie comme la vall&#233;e de la Bidassoa et le pays de Quint, isolant aussi le village de Zugarramurdi, c&#244;t&#233; espagnol. De fait, des dizaines de couples ou de proches parents restent encore s&#233;par&#233;s, parfois &#224; quelques centaines de m&#232;tres de distance. En pleine montagne, la fronti&#232;re reste f&#233;rocement gard&#233;e par l'arm&#233;e espagnole, comme &#224; l'&#233;poque du franquisme. &#171; &lt;i&gt;C'est compl&#232;tement absurde. Avec les troupeaux nous sommes oblig&#233;s de faire un d&#233;tour d'une heure pour rejoindre l'estive depuis notre cabane, &lt;/i&gt;t&#233;moigne Laurence, une berg&#232;re fromag&#232;re du pays de Quint.&lt;i&gt; Quel est le lien avec le Covid-19 ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois si&#232;cles et demi apr&#232;s le trait&#233; des Pyr&#233;n&#233;es, l'&#233;tat d'urgence sanitaire semble s'inscrire dans une m&#234;me logique d'assujettissement des individus &#224; l'ordre d'un lointain &#201;tat, au m&#233;pris des r&#233;alit&#233;s locales et des liens sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Jean-S&#233;bastien Mora&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les vies de Ramiz</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Les-vies-de-Ramiz</link>
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		<dc:date>2020-04-23T05:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Simone Sittwe</dc:creator>


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&lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 1980, Ramiz a quitt&#233; l'Iran pour la France, la boh&#232;me et la gal&#232;re. Quinze ans plus tard, il est rentr&#233; au pays, tentant de vivre de son art, la sculpture, tout en blasph&#233;mant &#224; voix basse. Portrait. &#171; Je suis rentr&#233; en Iran pour les mollahs ! &#187; &#338;il rieur et sourire en coin, Ramiz ne croit pas un tra&#238;tre mot de ce qu'il dit. Nous non plus d'ailleurs. Il n'y a qu'&#224; l'&#233;couter pester sur le fondamentalisme religieux et raconter sa vie en France et ses folles vir&#233;es dans (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no183-janvier-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;183 (janvier 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Eugene-Riousse" rel="tag"&gt;Eug&#232;ne Riousse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/annees" rel="tag"&gt;ann&#233;es&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 1980, Ramiz a quitt&#233; l'Iran pour la France, la boh&#232;me et la gal&#232;re. Quinze ans plus tard, il est rentr&#233; au pays, tentant de vivre de son art, la sculpture, tout en blasph&#233;mant &#224; voix basse. Portrait.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3292 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH610/-1497-f2e0c.jpg?1782675020' width='400' height='610' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Eug&#232;ne Riousse
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; J&lt;/span&gt;&lt;i&gt;e suis rentr&#233; en Iran pour les mollahs&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt; &#338;il rieur et sourire en coin, Ramiz ne croit pas un tra&#238;tre mot de ce qu'il dit. Nous non plus d'ailleurs. Il n'y a qu'&#224; l'&#233;couter pester sur le fondamentalisme religieux et raconter sa vie en France et ses folles vir&#233;es dans les bars gays de la capitale pour en &#234;tre persuad&#233;. Apr&#232;s quinze ann&#233;es dans l'Hexagone, Ramiz a fait son retour en Iran ; il passe d&#233;sormais le plus clair de son temps &#224; sculpter le fer dans son atelier ou &#224; travailler le bois dans une &#233;choppe foutraque, qui transpire un m&#233;lange capiteux d'essences bois&#233;es et de cardamome. Autant dire qu'entre les diff&#233;rentes p&#233;riodes de sa vie, c'est le jour et la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Grand huit et ring de catch&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quand, au d&#233;but des ann&#233;es 1980, il part d'Iran pour apprendre le fran&#231;ais, Ramiz ne pense pas s'&#233;terniser sur place. Pendant un an, il fait tous les jours le trajet entre son foyer de Cergy-Pontoise (Val-d'Oise) et les salles de classe de l'Alliance fran&#231;aise. Puis il fait ses bagages : direction Nancy (Meurthe-et-Moselle). Apr&#232;s deux ann&#233;es sur les bancs de l'universit&#233;, le gouvernement iranien finit par lui sucrer la bourse avec laquelle il vivotait. Rat&#233; pour les &#233;tudes aux Beaux-Arts dont il r&#234;vait. Ramiz aurait bien travaill&#233; aussi, mais sans certificat de scolarit&#233;, plus de carte de s&#233;jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce moment-l&#224; c'est l'&#233;t&#233;, le temps des vacances et des cieux d&#233;gag&#233;s. Comme tous les ans, des forains viennent s'installer pour quelques jours aux abords de la ville. Quand Ramiz explique ses gal&#232;res au patron, le patriarche n'h&#233;site pas un instant : &#171; &lt;i&gt;Il m'a embarqu&#233; avec eux. M&#234;me sans les papiers. Il m'a pr&#234;t&#233; une caravane dans laquelle je dormais. La journ&#233;e je travaillais, je pr&#233;parais les man&#232;ges et le grand huit. Je bossais aussi sur le ring de catch.&lt;/i&gt; &#187; Ramiz &#233;voque cette p&#233;riode le sourire aux l&#232;vres : &#171; &lt;i&gt;Le soir c'&#233;tait la f&#234;te, on sortait beaucoup. Les copains, les femmes, l'alcool...&lt;/i&gt; &#187; Avec les forains, il passera six ann&#233;es &#224; regarder le paysage d&#233;filer. Une vie de bourlingue qui le conduit jusqu'au Luxembourg avant qu'il ne pose ses bagages &#224; Chamb&#233;ry (Savoie).&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le tour des vide-greniers&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tant&#244;t ouvrier clandestin dans une usine de fabrication de couteaux, tant&#244;t croupier dans une salle de jeux au sous-sol d'un vieux troquet, Ramiz aura tout fait. Quand les temps &#233;taient durs et que le travail venait &#224; manquer, avec un copain, il faisait le tour des vide-greniers. Sans rien d'autre dans les poches qu'un peu de monnaie, les deux amis d&#233;barquaient bien avant l'arriv&#233;e des premiers badauds, jetaient leur d&#233;volu sur, par exemple, un lot de pinces &#224; linge, puis louvoyaient de stand en stand &#224; la recherche du m&#234;me objet. Apr&#232;s avoir rafl&#233; toutes les pinces de la brocante, ils &#233;talaient leur collection sur une nappe. La tactique &#233;tait infaillible : une fois toute concurrence &#233;limin&#233;e, leur butin s'&#233;coulait sans le moindre effort. Ramiz conserve un souvenir amus&#233; de ces p&#233;riodes de vache maigre. En France, sa vie n'&#233;tait pas simple et le frigo rarement plein, mais rien &#224; voir avec ce qu'il vit aujourd'hui en Iran.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Des fins de mois difficiles&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;&#192; cause de l'embargo, le prix de la viande a quadrupl&#233; en quelques mois. Comme je bidouille &#224; droite &#224; gauche, j'arrive &#224; en manger un peu. Mais beaucoup de gens ne peuvent m&#234;me plus acheter de quoi se nourrir. Et ici, tu peux toujours chercher les colis alimentaires...&lt;/i&gt; &#187; La vente de ses sculptures permet &#224; Ramiz d'arrondir des fins de mois de plus en plus difficiles. Pas de quoi mettre du safran dans le rago&#251;t d'aubergines, mais &#231;a compl&#232;te sa maigre retraite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le compte en banque se vide un peu trop, Ramiz remet sa casquette de factotum et s'en va travailler quelque temps dans l'h&#244;tel le plus luxueux de la ville. &#192; soixante balais bien tap&#233;s, c'est le genre de job dont Ramiz se passerait bien : &#171; &lt;i&gt;Je pr&#233;f&#233;rerais &#234;tre dans mon atelier.&lt;/i&gt; &#187; Et pour cause : ses &#233;tranges personnages faits de boulons, de fil de fer et d'acier fondu sont avant tout des exutoires. Fils d'un p&#232;re forgeron qui ne lui a jamais transmis son savoir, Ramiz s'est mis &#224; sculpter le jour o&#249; il a arr&#234;t&#233; l'h&#233;ro&#239;ne. Dans son quartier, ce n'est pas pourtant pas la tentation qui manque : &#171; &lt;i&gt;Depuis la r&#233;volution, l'alcool a peut-&#234;tre disparu des commerces, mais en bas de chez moi, il est plus facile de trouver un gramme de came ou de crack qu'un paquet de cigarettes.&lt;/i&gt; &#187; Alors qu'importe si l'art ne paie pas &#8211; au moins, il permet de tenir.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Faire sortir les sculptures du pays &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ramiz &#233;voque avec &#233;motion les sculptures d'un copain, remis&#233;es depuis quarante ans dans une pi&#232;ce ferm&#233;e &#224; double tour. Dissimul&#233;s sous des draps &#233;pais, ces visages et ces corps taill&#233;s dans le bois sont jug&#233;s &lt;i&gt;haram&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Proscrits par la religion.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; : certaines des statues repr&#233;sentent des femmes nues. Ramiz se d&#233;sesp&#232;re : &#171; &lt;i&gt;On essaie de trouver des solutions pour les faire sortir du pays et qu'elles soient expos&#233;es ailleurs. Mais va exp&#233;dier des pi&#232;ces pareilles hors des fronti&#232;res ! On n'a plus qu'&#224; attendre le jour o&#249; l'on pourra les montrer ici.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me quand il s'agit de la sauvegarde d'un patrimoine mill&#233;naire, la poigne des mollahs ne faiblit pas : sur les fascicules qui font la promotion des nombreux vestiges arch&#233;ologiques que compte le pays, pas une trace des repr&#233;sentations f&#233;minines pourtant visibles sur les bas-reliefs de certaines cit&#233;s antiques. Passionn&#233; d'arch&#233;ologie, Ramiz a punais&#233; une grande affiche d'une de ces &#339;uvres sur un mur de la petite pi&#232;ce qui lui sert de bureau. Comme un pied de nez &#224; ceux qui voudraient refaire l'Histoire &#224; l'aune de leur interpr&#233;tation des lois divines.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Cracher sur Khomeini&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ramiz n'est pas croyant. Il a d'ailleurs d&#233;velopp&#233; un sacr&#233; penchant pour le blasph&#232;me. Ce qui ne manque pas de faire enrager Tarane, sa femme, qui prie plusieurs fois par jour. Dans ces moments-l&#224;, le sculpteur s'&#233;clipse et laisse son humour bravache de c&#244;t&#233;. Question de respect. En contrepartie, elle ne dit rien quand il se terre dans son atelier pour se d&#233;lecter de saucisson de contrebande &#224; l'abri des regards indiscrets. Mais la tol&#233;rance de Ramiz pour la bigoterie s'arr&#234;te aux fronti&#232;res du fondamentalisme. Pour en &#234;tre convaincu, il suffit de l'&#233;couter s'emporter au sujet de la fatwa prononc&#233;e par l'ayatollah Khomeini &lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Guide spirituel et politique de la r&#233;volution islamique de 1979.&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#224; l'encontre de Salman Rushdie &lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 1989, sa t&#234;te &#233;tait mise &#224; prix par l'aya&#8202;tollah Khomeini.&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, l'auteur des tr&#232;s subversifs &lt;i&gt;Versets sataniques&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;complex&#233;, Ramiz &#233;voque l'affaire dans un des caf&#233;s de la ville dont les murs ne semblent pas avoir d'oreilles. &#192; l'int&#233;rieur du fumoir, le sculpteur est en terrain conquis : ici, on crache sur les billets &#224; l'effigie de Khomeini et on appelle les mollahs &#171; &lt;i&gt;les chiens&lt;/i&gt; &#187;. Dans ce bar nich&#233; entre une voli&#232;re &#224; pigeons de concours et un atelier de r&#233;paration de deux-roues, tout le monde en prend pour son grade. Y compris Shapur, qui sourit malgr&#233; les railleries. Il est le plus pieux des clients du lieu. En t&#233;moigne la trace de la &lt;i&gt;turbah&lt;/i&gt;, la pierre sur laquelle les chiites se prosternent, incrust&#233;e sur son front. Mais derri&#232;re ses airs de d&#233;vot, Shapur est aussi le plus grand arnaqueur du quartier. Vendeur de peinture, il coupe tous les pots qu'il re&#231;oit avec de l'eau. Une moralit&#233; &#224; g&#233;om&#233;trie variable qui ne manque pas de fait sourire Ramiz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il n'a pas de dieu, le vieux sculpteur a des ma&#238;tres, &#224; l'instar de BB King, L&#233;onard Cohen ou L&#233;o Ferr&#233;, dont il conna&#238;t encore certaines chansons par c&#339;ur. Dans un fran&#231;ais presque parfait, il d&#233;clame avec passion les premiers vers de &#171; La solitude &#187; : &#171; &lt;i&gt;Je suis d'un autre pays que le v&#244;tre, d'un autre quartier, d'une autre solitude&lt;/i&gt; &lt;i&gt;/&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Je m'invente aujourd'hui des chemins de traverse&lt;/i&gt; &lt;i&gt;/&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Je ne suis plus de chez vous&lt;/i&gt; &lt;i&gt;/&lt;/i&gt; &lt;i&gt;J'attends des mutants.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son dernier CD du po&#232;te anarchiste a &#233;t&#233; rafl&#233; par des &lt;i&gt;bassidjis&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paramilitaires proches du pouvoir.&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; lors d'une descente, il y a quelques ann&#233;es. Ramiz soupire : &#171; &lt;i&gt;Ce n'est plus tr&#232;s important.&lt;/i&gt; &#187; Avant de conclure : &#171; &lt;i&gt;Ils peuvent bien tout nous prendre, il nous restera toujours notre libert&#233; de penser.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Simone Sittwe&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;i&gt;En novembre dernier, quelques mois apr&#232;s notre rencontre avec Ramiz et quelques semaines avant la parution de cet article sur papier (CQFD n&#176;183, janvier 2020), un mouvement de contestation a &#233;merg&#233; en Iran, initialement pour protester contre une hausse du prix des carburants. La r&#233;pression a fait au bas mot plusieurs centaines de morts.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Proscrits par la religion.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Guide spirituel et politique de la r&#233;volution islamique de 1979.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En 1989, sa t&#234;te &#233;tait mise &#224; prix par l'aya&#8202;tollah Khomeini.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Paramilitaires proches du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>C'&#233;tait le service militaire...</title>
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&lt;p&gt;Le 22 f&#233;vrier 1996, quand Jacques Chirac annon&#231;a la fin de la conscription, Antoine Dubost &#233;tait en plein milieu de son service. Il en garde quelques souvenirs dr&#244;les, mais surtout beaucoup de gla&#231;ants. T&#233;moignage d'un appel&#233; lambda. D&#233;clar&#233; apte &#224; la fonction de parachutiste apr&#232;s les &#171; trois jours &#187;, et bien d&#233;cid&#233; &#224; ne pas en &#234;tre, je me suis finalement retrouv&#233;, gr&#226;ce &#224; ma capacit&#233; &#224; lever le bon &#171; piston &#187;, affect&#233; dans un r&#233;giment d'infanterie en Alsace. Moi qui avais cru &#224; une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no185-mars-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;185 (mars 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un-sergent" rel="tag"&gt;d'un sergent&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 22 f&#233;vrier 1996, quand Jacques Chirac annon&#231;a la fin de la conscription, Antoine Dubost &#233;tait en plein milieu de son service. Il en garde quelques souvenirs dr&#244;les, mais surtout beaucoup de gla&#231;ants. T&#233;moignage d'un appel&#233; lambda.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;D&lt;/span&gt;&#233;clar&#233; apte &#224; la fonction de parachutiste apr&#232;s les &#171; trois jours &#187;, et bien d&#233;cid&#233; &#224; ne pas en &#234;tre, je me suis finalement retrouv&#233;, gr&#226;ce &#224; ma capacit&#233; &#224; lever le bon &#171; piston &#187;, affect&#233; dans un r&#233;giment d'infanterie en Alsace. Moi qui avais cru &#224; une aubaine sous les cocotiers, je me suis retrouv&#233; &#224; caserner dans l'est de la France. Faut dire que les opportunit&#233;s &#171; exotiques &#187; qui s'&#233;taient offertes &#224; moi ne m'avaient pas tellement enthousiasm&#233; : Kourou avec la L&#233;gion &#233;trang&#232;re ou Split (Croatie) en pleine guerre des Balkans. En plus, elles auraient impliqu&#233; que je rallonge de six mois mon service de dix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes coll&#232;gues venaient principalement de la banlieue parisienne et du nord de la France. Peu avaient fait des &#233;tudes. On &#233;tait moins d'une dizaine dans le contingent &#224; avoir d&#233;pass&#233; le niveau licence. Le r&#233;giment recevait des jeunes qui pouvaient voir leur peine de prison r&#233;duite s'ils faisaient leur service.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les classes ? Un m&#233;lange de sport, de revue de chambr&#233;e, d'instruction militaire, de revue de chaussures, d'instruction aux armes, de revue de slip, d'instruction aux combats et de brimades. Sans oublier le cours de g&#233;opolitique : de vieilles diapositives de l'Europe, avec insistance sur feu le rideau de fer, et l'instructeur qui nous disait : &#171; &lt;i&gt;Les cartes sont obsol&#232;tes, maintenant le mal ne vient plus des rouges mais des gris.&lt;/i&gt; &#187; Pour &#233;clairer son propos, il d&#233;signait la partie basse de la diapo, au sud de la M&#233;diterran&#233;e, l&#224; d'o&#249; venait une bonne partie des parents de mes coll&#232;gues. J'ai os&#233; une question sur la convention de Gen&#232;ve. Mauvaise id&#233;e : &#171; &lt;i&gt;Quand tu verras ton fr&#232;re d'armes avec ses couilles dans sa bouche, tu me reparleras de la convention de Gen&#232;ve.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour de grand froid, j'attendais, les mains dans les poches de mon pantalon, quand j'ai vu d&#233;bouler une caporale-cheffe, qui m'a intim&#233; l'ordre de les retirer de l&#224; : &#171; &lt;i&gt;&#192; l'arm&#233;e, on ne se branle pas les couilles&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! Est-ce que je me branle les ovaires, moi&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?!&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si je montais en grade, je pouvais devenir prof pour enseigner les bases de la langue aux 25 % du contingent qui avaient &#233;chou&#233; au test de fran&#231;ais niveau sixi&#232;me. Bonus : j'aurais une piaule pour moi. Je suis pass&#233; sergent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s deux mois de classes suppl&#233;mentaires, compos&#233;es de sport, parcours du combattant, marche commando, pose de mines antichar, tirs en tous genres et vieux chants racistes (&#171; &lt;i&gt;Une famille de Viets, dans un foss&#233;, du napalm pour les nettoyer ; le napalm, c'est bon, c'est chaud, le napalm, &#231;a colle &#224; la peau&lt;/i&gt; &#187;), j'ai &#233;t&#233; affect&#233; dans une compagnie de combat. Mes coll&#232;gues sous-officiers m'ont alors assur&#233; qu'ils me couvriraient si je faisais tomber un gris dans les escaliers. Un jour, de retour de Strasbourg apr&#232;s une c&#233;r&#233;monie de comm&#233;moration de la rafle du V&#233;l' d'Hiv, le sergent-chef a r&#233;uni les sergents et devant nous, il a br&#251;l&#233; ses gants blancs : &#171; &lt;i&gt;Ils ont serr&#233; la main d'un juif.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, je me suis retrouv&#233; dans la Compagnie de commandement et de logistique, dispensant des cours de lecture niveau CP &#224; de jeunes adultes d&#233;j&#224; perdus.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens avoir r&#233;cup&#233;r&#233; un soldat viol&#233; par sa chambr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens d'un insoumis devenu p&#232;re de famille, arr&#234;t&#233; par la gendarmerie &#224; l'occasion d'un contr&#244;le &#224; la fronti&#232;re suisse, &lt;i&gt;vingt ans&lt;/i&gt; apr&#232;s sa d&#233;sertion. Il s'&#233;tait lac&#233;r&#233; le corps et je devais l'emmener &#224; l'infirmerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens d'un sergent-chef d&#233;pressif qui me parla de son passage d&#233;sastreux au Rwanda &#8211; il avait &#233;t&#233; t&#233;moin visuel d'ex&#233;cutions sommaires.
Je me souviens de soldats cirant les pneus des v&#233;hicules dispos&#233;s pour une revue afin d'am&#233;liorer leur aspect lors de la venue d'un g&#233;n&#233;ral. Je me souviens avoir fait marcher au pas une partie de la compagnie en leur faisant chanter C'est la ouate, de Caroline Loeb.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens aussi que le pr&#233;sident Chirac a annonc&#233; la fin du service militaire pendant que j'y &#233;tais. Ce fut un court mais joyeux bordel pour beaucoup de soldats qui pensaient, &#224; tort, que l'annonce &#233;tait &#224; effet imm&#233;diat et qu'ils partiraient le lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, nombre de militaires engag&#233;s &#233;taient d&#233;pit&#233;s. Eux aimaient l'esprit de la conscription. L'un m'a dit, lors d'un exercice &#224; Bitche (Moselle), tout le mal qu'il pensait de l'arm&#233;e de m&#233;tier alors qu'on partageait le camp avec des troupes d'engag&#233;s anglais : &#171; &lt;i&gt;des milices d'&#201;tat, alors que l'arm&#233;e fran&#231;aise repr&#233;sente le peuple, la R&#233;publique&lt;/i&gt; &#187;. Un autre m'a confi&#233; que selon lui la conscription permettait &#224; l'institution de garder le contact avec la &#171; &lt;i&gt;vraie vie&lt;/i&gt; &#187;. Souvent, les engag&#233;s &#233;taient impressionn&#233;s par les civils que nous &#233;tions, notre libert&#233; de raisonnement, de parole, notre autonomie. Certains craignaient la potentielle d&#233;rive extr&#233;miste d'une arm&#233;e encore plus opaque. Ceux-l&#224;, au fond, appr&#233;ciaient la retenue que leur imposait notre pr&#233;sence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quelques jours de ma lib&#233;ration, tous les officiers et sous-officiers, engag&#233;s et appel&#233;s, furent convoqu&#233;s &#224; une r&#233;union avec le nouveau chef de corps. Il nous demanda si l'on avait des remarques &#224; faire. J'&#233;tais assis &#224; c&#244;t&#233; d'un sergent appel&#233; qui, comme moi, avait envie de parler. Nous avons lev&#233; la main. Tous les deux, nous tenions &#224; signaler qu'il y avait dans le r&#233;giment de graves cas de racisme et d'antis&#233;mitisme. Si vous n'avez jamais &#233;t&#233; fusill&#233; du regard par une assembl&#233;e de militaires, c'est l&#224; o&#249; il fallait &#234;tre. La r&#233;ponse du nouveau colonel a fus&#233; : &#171; &lt;i&gt;Du racisme, OK, comme partout, de l'antis&#233;mitisme, non.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la sortie, mes anciens coll&#232;gues sous-officiers de la compagnie de combat sont venus me pr&#233;venir : si je voulais garder mon int&#233;grit&#233; physique, j'avais int&#233;r&#234;t &#224; ne plus jamais les croiser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis le jour tant attendu est arriv&#233;. J'ai rendu mon paquetage et je suis parti. Dans la chambre d'h&#244;tel que je partageais avec mon fr&#232;re a&#238;n&#233; venu me chercher, on a regard&#233; le journal r&#233;gional &#224; la t&#233;l&#233;vision. Le fait du jour &#233;tait l'interpellation, par les gendarmes, d'un sergent de mon r&#233;giment pour sa participation &#224; la profanation du cimeti&#232;re juif de Carpentras.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Antoine Dubost&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Les nouveaux d&#233;serteurs</title>
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		<dc:date>2020-03-10T16:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Gautier Ducatez</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>qu'il</dc:subject>
		<dc:subject>sursis</dc:subject>
		<dc:subject>jour</dc:subject>
		<dc:subject>tribunal</dc:subject>
		<dc:subject>l'arm&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Nolan</dc:subject>
		<dc:subject>Maumont</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;lodie Maumont</dc:subject>
		<dc:subject>d&#233;serteurs</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;On leur avait promis l'aventure. Ils ont r&#233;colt&#233; l'ennui des casernes et des patrouilles Sentinelle, les refus de permission, les brimades voire les coups. Puisqu'il est quasi impossible de r&#233;silier un contrat d'engagement, des milliers de jeunes militaires d&#233;sertent. Un d&#233;lit qui m&#232;ne tout droit au tribunal. Instantan&#233;s d'audience &#224; Marseille et &#224; Lyon. Pour Nolan, l'arm&#233;e &#233;tait &#171; un r&#234;ve de gosse &#187;. Les classes ? &#171; J'ai kiff&#233;. &#187; Le d&#233;senchantement est venu plus tard, quelques mois apr&#232;s (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no185-mars-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;185 (mars 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/sursis" rel="tag"&gt;sursis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/jour" rel="tag"&gt;jour&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-armee" rel="tag"&gt;l'arm&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Nolan" rel="tag"&gt;Nolan&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Maumont" rel="tag"&gt;Maumont&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Elodie-Maumont" rel="tag"&gt;&#201;lodie Maumont&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/deserteurs" rel="tag"&gt;d&#233;serteurs&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;On leur avait promis l'aventure. Ils ont r&#233;colt&#233; l'ennui des casernes et des patrouilles Sentinelle, les refus de permission, les brimades voire les coups. Puisqu'il est quasi impossible de r&#233;silier un contrat d'engagement, des milliers de jeunes militaires d&#233;sertent. Un d&#233;lit qui m&#232;ne tout droit au tribunal. Instantan&#233;s d'audience &#224; Marseille et &#224; Lyon.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3262 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L415xH400/-1468-20e14.jpg?1782641120' width='415' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Gautier Ducatez
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;P&lt;/span&gt;our Nolan, l'arm&#233;e &#233;tait &#171; &lt;i&gt;un r&#234;ve de gosse&lt;/i&gt; &#187;. Les classes ? &#171; &lt;i&gt;J'ai kiff&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Le d&#233;senchantement est venu plus tard, quelques mois apr&#232;s son affectation dans l'artillerie. &#171; &lt;i&gt;Pour te recruter, ils te vendent du r&#234;ve, des photos d'h&#233;licopt&#232;re. Ils ne te disent pas que tu vas faire la boniche, passer ton temps &#224; r&#233;curer l'escalier de la caserne avec les ongles pendant que tes chefs te disent que t'es qu'une merde.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, la petite amie de Nolan a &#233;t&#233; hospitalis&#233;e pour une grossesse extra-ut&#233;rine. On ne l'a pas laiss&#233; aller la voir. Le soldat n'&#233;tait pourtant pas en mission de l'autre c&#244;t&#233; du globe. Sa section &#233;tait en France, en exercice, jouant simplement &#224; &#171; &lt;i&gt;bouffer de la terre&lt;/i&gt; &#187;. Puis Nolan s'est bless&#233; au genou : &#171; &lt;i&gt;Les sous-offs me disaient que la douleur &#233;tait dans ma t&#234;te&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; D&#233;pit&#233;, fatigu&#233; de ses coll&#232;gues &#171; &lt;i&gt;cassos&lt;/i&gt; &#187; (&#171; cas sociaux &#187;) qui tuent l'ennui en picolant, Nolan finit par ne pas rentrer de permission. Il est signal&#233; d&#233;serteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce 17 f&#233;vrier 2020, au tribunal de Marseille, Nolan attend son proc&#232;s. En th&#233;orie, il risque trois ans de prison ferme. Pendant l'&#233;tat d'urgence, assimil&#233; &#224; un temps de guerre, les d&#233;serteurs risquaient dix ans de cabane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'existe plus, en France, de tribunaux militaires &#224; proprement parler. &#192; la place, il y a des chambres sp&#233;cialis&#233;es, o&#249; des magistrats civils jugent les infractions commises par les bidasses dans l'exercice de leurs fonctions et les affaires strictement militaires. Cet apr&#232;s-midi-l&#224; &#224; Marseille, sur huit affaires examin&#233;es, six concernent des d&#233;sertions. Le quota habituel.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Ils m'ont forc&#233; &#224; enlever mon attelle &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Voici le premier pr&#233;venu. On l'appellera William. Au terme de son premier contrat d'un an, il a rempil&#233; pour cinq ann&#233;es suppl&#233;mentaires. Quelques mois plus tard, il a tout l&#226;ch&#233;. Lors de son audition par les pandores, il a indiqu&#233; qu'il n'&#233;tait &#171; &lt;i&gt;pas fait pour l'arm&#233;e&lt;/i&gt; &#187; et qu'il voulait &#171; &lt;i&gt;reprendre ses &#233;tudes pour obtenir un bac scientifique&lt;/i&gt; &#187;. &#192; la barre, il explique qu'un jour, il s'est fractur&#233; la main, mais que ses chefs l'ont &#171; &lt;i&gt;forc&#233;&lt;/i&gt; &#187; &#224; enlever son attelle. William a tent&#233; de n&#233;gocier son d&#233;part avec sa hi&#233;rarchie : en vain. Dans l'arm&#233;e, toute d&#233;mission est soumise au bon vouloir du haut commandement. Cet agr&#233;ment n'est presque jamais octroy&#233;, car l'institution a tant de mal &#224; recruter qu'elle refuse de laisser partir ses prises. Une seule solution : d&#233;serter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela, la substitut du procureur de Marseille le sait. Mais elle fait la morale &#224; William, &#233;voquant la &#171; &lt;i&gt;d&#233;sorganisation de l'arm&#233;e&lt;/i&gt; &#187; entra&#238;n&#233;e par ces fuites en s&#233;rie (pr&#232;s de 2 000 par an, selon des donn&#233;es obtenues en 2018 par &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;). Elle encha&#238;ne : &#171; &lt;i&gt;Du temps du service national, l'engagement militaire &#233;tait contraint. Aujourd'hui, c'est une arm&#233;e professionnelle d'engag&#233;s volontaires. Monsieur l'a choisi, il a r&#233;it&#233;r&#233; son engagement. Je requiers trois mois de prison avec sursis, pour qu'il comprenne les difficult&#233;s qu'il a pu poser.&lt;/i&gt; &#187; Le jugement est mis en d&#233;lib&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au tour de Nolan, &#224; qui la magistrate demande si, le jour o&#249; il a d&#233;sert&#233;, il avait conscience qu'il finirait devant un tribunal. R&#233;ponse : &#171; &lt;i&gt;&#192; ce moment-l&#224;, on ne pense pas au risque p&#233;nal. Mais juste &#224; soi, &#224; sa sant&#233;.&lt;/i&gt; &#187; La proc' r&#233;clame trois mois de sursis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me peine demand&#233;e contre Esteban, rejug&#233; en sa pr&#233;sence apr&#232;s l'avoir &#233;t&#233; en son absence : il n'avait pas re&#231;u la convocation. C'est en se faisant embarquer pour un banal exc&#232;s de vitesse qu'il a appris qu'il figurait sur la liste des personnes recherch&#233;es : sans le savoir, il avait ramass&#233; trois mois ferme. D'apr&#232;s &#201;lodie Maumont, avocate au barreau de Paris, il n'y a que quand le jugement est ainsi prononc&#233; &#171; &lt;i&gt;par d&#233;faut&lt;/i&gt; &#187;, en absence du pr&#233;venu, que des peines d'emprisonnement ferme sont inflig&#233;es &#224; des d&#233;serteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arrive ensuite R&#233;mi qui, au bout de six mois, a compris que la vie de caserne &#233;tait &#171; &lt;i&gt;trop calme&lt;/i&gt; &#187; pour lui. Puis Valentin qui, en trois ans de service, n'a fait &#171; &lt;i&gt;qu'une seule mission&lt;/i&gt; &#187; &#8211; Sentinelle &#8211; et a sombr&#233; dans la d&#233;pression. Enfin, il y a Youssoufa. Lui avait d&#233;j&#224; pass&#233; pr&#232;s de quatre ann&#233;es dans l'arm&#233;e et n'&#233;tait plus qu'&#224; un an de la quille ; il a d&#233;sert&#233; pour rejoindre son amoureuse &#224; l'autre bout de la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La parqueti&#232;re est en mode automatique : sans prendre la peine d'argumenter, elle requiert trois mois de sursis pour tout le monde. Le tribunal ne s'emb&#234;te pas plus : apr&#232;s un d&#233;lib&#233;r&#233; express, tous les d&#233;serteurs du jour &#233;copent de deux mois de sursis.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le tarif habituel&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Contraire aux grands principes de la justice, cette non-individualisation des peines est des plus habituelles. M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; &#201;lodie Maumont se rappelle ainsi que pendant l'&#233;tat d'urgence, le tarif standard pour les d&#233;serteurs, &#171; &lt;i&gt;c'&#233;tait quatre mois de sursis. Maintenant c'est un peu moins.&lt;/i&gt; &#187; Avec des juges qui se moquent bien de ce qui a pouss&#233; ces bidasses &#224; fuir leur r&#233;giment : l'ennui, &#171; &lt;i&gt;les brimades&lt;/i&gt; &#187;, le racisme...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Aujourd'hui, &lt;/i&gt;poursuit l'avocate,&lt;i&gt; les jeunes veulent bien s'engager, mais pas &#224; n'importe quel prix. Le probl&#232;me, c'est aussi qu'on ne leur explique pas clairement qu'on ne d&#233;missionne pas de l'arm&#233;e comme dans le civil.&lt;/i&gt; &#187; Elle s'agace : &#187; &lt;i&gt;La d&#233;sertion n'a rien &#224; faire devant un tribunal correctionnel, on n'est pas en guerre, les temps ont chang&#233;. C'est reporter sur le service public de la justice un probl&#232;me de ressources humaines : ce n'est pas son r&#244;le&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; J'aime bien t'insulter &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce 21 f&#233;vrier, M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Maumont plaide au tribunal de Lyon. Sur vingt affaires militaires, quinze d&#233;serteurs. La plupart n'ont pas d'avocat. Ceux qui disposent d'un d&#233;fenseur ouvrent le bal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le client d'&#201;lodie Maumont n'est pas l&#224;. C'est un Breton. Dix jours apr&#232;s la naissance de sa fille, on l'a envoy&#233; en Opex (op&#233;ration ext&#233;rieure) pendant quatre mois. Pour se rapprocher des siens, il a demand&#233; une mutation : refus&#233;e. Il sollicite alors la r&#233;siliation de son contrat : refus&#233;e. Un jour, il obtient un quartier libre : son r&#233;giment de Haute-Savoie ne le reverra jamais. Lors de son audition, il expliquera que sa famille passe avant son travail. Le parquet s'en indigne : &#171; &lt;i&gt;Quand on s'engage, on doit tenir parole, d'autant que la formation est longue et complexe. &#202;tre p&#232;re est &#233;videmment un &#233;v&#233;nement heureux&#8230; mais si en 1914 nos grands-parents &#233;taient retourn&#233;s chez eux parce qu'ils attendaient un enfant, o&#249; en serions-nous maintenant&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa plaidoirie, M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Maumont rappelle l'absence de chauffage dans la chambr&#233;e de la caserne, les toilettes insalubres. L'&#233;change houleux avec un sergent alcoolis&#233; au petit matin. Ce chef qui crache : &#171; &lt;i&gt;J'aime bien t'insulter, &#231;a me met de bonne humeur.&lt;/i&gt; &#187; La d&#233;sertion &#233;tant ind&#233;niable, l'avocate ne peut demander la relaxe : elle sollicite donc la dispense de peine (le pr&#233;venu est reconnu coupable mais pas sanctionn&#233;) ou, en cas de condamnation, la non-inscription de celle-ci au bulletin n&#176; 2 du casier judiciaire. Les juges, tout en infligeant un mois de sursis au d&#233;serteur, rejetteront cette demande : pour exercer certains m&#233;tiers ou pour adopter un enfant, l'ex-militaire devra en passer par une fastidieuse proc&#233;dure d'effacement du casier.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Interdit d'enterrement paternel&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les affaires s'encha&#238;nent. Voici Geoffrey, qui a perdu son p&#232;re alors qu'il &#233;tait en mission en C&#244;te d'Ivoire : ses chefs ne l'ont pas laiss&#233; rentrer pour les obs&#232;ques. Voil&#224; Marjorie, &#224; qui l'on a promis un poste avant de lui en imposer un autre. Puis on voit d&#233;filer celui qui a subi du harc&#232;lement, celui qui a &#233;t&#233; puni pour un formulaire d'arr&#234;t-maladie mal rempli, tous ceux qui ont fini en d&#233;pression...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les condamnations pleuvent : un, deux, trois, quatre ou cinq mois de sursis &#8211; peut-&#234;tre piqu&#233;s au vif par M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Maumont qui a d&#233;nonc&#233; devant eux l'habituelle automatisation des peines et r&#233;v&#233;l&#233; notre journalistique pr&#233;sence dans la salle d'audience, les juges ont cette fois-ci vari&#233; leurs tarifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au tour d'&#201;ric qui, en pleine mission au Mali, s'est fait r&#233;veiller &#224; minuit par deux petits chefs voulant lui casser la gueule. Il a port&#233; plainte, mais c'est lui qui a pris quarante jours d'arr&#234;t. &#171; &lt;i&gt;Militaire est un bon m&#233;tier,&lt;/i&gt; explique-t-il au tribunal. &lt;i&gt;Mais aujourd'hui, on ne trouve plus grand plaisir &#224; servir son pays. Tout &#231;a &#224; cause de sous-officiers qui abusent de leur pouvoir&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Le pr&#233;sident l'interrompt : &#171; &lt;i&gt;Monsieur, on n'est pas l&#224; pour faire le proc&#232;s de l'arm&#233;e.&lt;/i&gt; &#187; Le pr&#233;venu se tait. Un mois de sursis.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Clair Rivi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Contraception masculine : les bourses ou la vie</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Contraception-masculine-les</link>
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		<dc:date>2019-08-14T05:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe Goby</dc:creator>


		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Fin novembre 2016, le collectif Thomas Boulo&#249;, originaire de Brest &#233;tait depassage &#224; Manifesten, c&#233;l&#232;bre lieu alternatif de Marseille, pour &#233;changer sur les pratiques trop m&#233;connues de contraception masculine. Longtemps on a pens&#233; la contraception, hormis l'usage assez courant de la capote, comme un truc sp&#233;cialement r&#233;serv&#233; aux filles ! Mais ce soir-l&#224;, &#224; Manifesten, quatre gar&#231;ons dans le vent et une fille font face &#224; un public pour partager leur exp&#233;rience de contraception masculine. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no152-mars-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;152 (mars 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/capote" rel="tag"&gt;capote&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/courant" rel="tag"&gt;courant&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/truc-specialement" rel="tag"&gt;truc sp&#233;cialement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Fin novembre 2016, le collectif Thomas Boulo&#249;, originaire de Brest &#233;tait depassage &#224; Manifesten, c&#233;l&#232;bre lieu alternatif de Marseille, pour &#233;changer sur les pratiques trop m&#233;connues de contraception masculine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3022 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;6&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L349xH329/-1258-777c7.jpg?1782642748' width='349' height='329' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L&lt;/span&gt;ongtemps on a pens&#233; la contraception, hormis l'usage assez courant de la capote, comme un truc sp&#233;cialement r&#233;serv&#233; aux filles ! Mais ce soir-l&#224;, &#224; Manifesten, quatre gar&#231;ons dans le vent et une fille font face &#224; un public pour partager leur exp&#233;rience de contraception masculine. L'exercice est peu courant : entendre parler publiquement des mecs de leur qu&#233;quette et de leurs &#233;bats. J'emploie le mot &#171; qu&#233;quette &#187; non pas pour que vous gloussiez comme des dindes ou des &#233;l&#232;ves boutonneux de 4&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; option europ&#233;enne dans la salle du coll&#232;ge Marie Curie de Vivejoie-la-Grande, o&#249; la dame de 59 ans du Planning familial est venue causer, mais dans le but sciemment avou&#233; de pr&#233;parer la g&#233;n&#233;ration suivante &#224; comprendre sa contraception. Et toc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Benjamin raconte&lt;/strong&gt; comment il coud des slips chauffants tout en papotant avec ses copains. Il a 39 ans. Il est s&#233;ropositif. En couple depuis 10 ans, il a vu sa charge virale baisser ces derniers temps. Il est devenu non contaminant. Avec sa compagne ils ont enfin pu baiser sans capote : &#171; &lt;i&gt; J'ose pas vous raconter&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Baptiste, lui, genre alpiniste, utilise un &#171; remonte-couilles &#187; car il est d&#233;montr&#233; qu'en remontant ses bourses dans la cavit&#233; abdominale, il &#233;viterait de faire un enfant &#224; sa copine, qui n'en veut pas plus que lui ! Il porte son attirail de guerrier treize heures par jour et depuis des ann&#233;es n'a pas eu &#224; se pr&#233;occuper d'une grossesse non d&#233;sir&#233;e. Dans cette position, la production de spermatozo&#239;des chute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La contraception thermique&lt;/strong&gt; consiste &#224; porter un sous-v&#234;tement durant th&#233;oriquement quinze heures par jour, ce qui met ses testicules &#224; 35 degr&#233;s et stoppe la spermatog&#233;nese. Les testicules chauff&#233;s sont engourdis et ne r&#233;agissent plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Emmanuel a 33 ans&lt;/strong&gt;. Il est h&#233;t&#233;rosexuel : &#171; &lt;i&gt;J'ai pratiqu&#233; le retrait avec calcul des jours, une semaine avant et une apr&#232;s.&lt;/i&gt; &#187; Comme il ne savait pas bien compter, un jour, c'est le drame. Une autre de ses copines n'en pouvait plus de la pilule. Ils essayent encore sa m&#233;thode donc le retrait, mais &#231;a capote ! Chacun sait que pour se retirer il faut &#234;tre soit tr&#232;s vif, soit tr&#232;s vieux. On est rarement les deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Emmanuel s'est lanc&#233;&lt;/strong&gt; dans les injections de testost&#233;rone. Une m&#233;thode invent&#233;e par le docteur Mieusset &#224; Toulouse. Chaque semaine il faut s'injecter dans le haut de la fesse un produit gras. &#171; &lt;i&gt;&#199;a m'a d&#233;s&#233;quilibr&#233;, je sentais une libido en hausse, les poils poussaient et je me sentais tr&#232;s excit&#233; apr&#232;s l'injection. &lt;/i&gt; &#187; Le genre Hulk mais pas en vert ! Le traitement hormonal n'est pas sans cons&#233;quences. Il ne l'est pas plus ni moins que pour les filles qui prennent la pilule. D'ailleurs, la compagne d'Emmanuel ne voulait plus de contraception tant &#231;a l'a d&#233;r&#233;gl&#233;e. Comme pour la contraception f&#233;minine,les effets secondaires des injections de testost&#233;rone montrent des prises de poids, de l'agressivit&#233;, un vote filloniste, de l'hypertension&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aur&#233;lien, lui, s'est fait couper&lt;/strong&gt; &#171; &lt;i&gt; les choses &lt;/i&gt; &#187;, comme il dit un peu radicalement pour &#233;voquer sa vasectomie, soit la ligature des canaux d&#233;f&#233;rents qui v&#233;hiculent les spermatozo&#239;des. Celle-ci n'a pas boulevers&#233; sa sexualit&#233;. &#171; &lt;i&gt;Une l&#233;g&#232;re incision dans les bourses. Le chirurgien coupe le canal et c'est caut&#233;ris&#233; en quinze minutes &lt;/i&gt; &#187;. Plus long aura &#233;t&#233; le chemin de ce militant libertaire pr&#233;occup&#233; de la domination des femmes, notamment en mati&#232;re de contraception. Il aura fallu qu'il se pr&#233;pare pour que le m&#233;decin accepte de l'op&#233;rer. &#171; &lt;i&gt;Avoir trente-cinq ans et trois enfants les convainquent g&#233;n&#233;ralement, mais c'est une obligation l&#233;gale quand on le demande.&lt;/i&gt; &#187; La mentalit&#233; est bien, encore, &#224; la procr&#233;ation. Aur&#233;lien rappelle le prix d'une intervention : &#171; &lt;i&gt;87 euros contre 1 200 euros pour une ligature des trompes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour le collectif&lt;/strong&gt;, les m&#233;thodes de contraception masculines ne sont pas meilleures que celles pour les femmes, mais les employer nous permet d'en partager la responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Christophe Goby&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Michel, trimardeur d'infortune : &#171; J'ai tout fait, tout connu &#187;</title>
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		<description>
&lt;p&gt;J&#233;sus a multipli&#233; les pains, Michel des petits boulots de survie. Du Beaujolais au nucl&#233;aire en passant par le montage de store, ce n'est plus un CV mais la condition du prolo moderne r&#233;sum&#233; dans ces lignes. Michel a 50 balais aujourd'hui. Toute sa vie a &#233;t&#233; remplie par une suite de petits boulots. Souvent des boulots de merde, rarement des emplois satisfaisants. &#171; J'ai commenc&#233; &#224; 16 ans avec la castration des ma&#239;s. L'ambiance &#233;tait bonne mais la paye maigre &#187;, me raconte-t-il au bar du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Michel-4528" rel="tag"&gt;Michel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/boulots" rel="tag"&gt;boulots&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;J&#233;sus a multipli&#233; les pains, Michel des petits boulots de survie. Du Beaujolais au nucl&#233;aire en passant par le montage de store, ce n'est plus un CV mais la condition du prolo moderne r&#233;sum&#233; dans ces lignes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2906 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;58&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L200xH286/-1150-6569f.jpg?1782656914' width='200' height='286' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La Une du n&#176;147 de CQFD, illustr&#233;e par L.L. de Mars
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;M&lt;/span&gt;ichel a 50 balais aujourd'hui. Toute sa vie a &#233;t&#233; remplie par une suite de petits boulots. Souvent des boulots de merde, rarement des emplois satisfaisants. &lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;J'ai commenc&#233; &lt;/strong&gt;&#224; 16 ans avec la castration des ma&#239;s. L'ambiance &#233;tait bonne mais la paye maigre {{}}&lt;/i&gt; &#187;, me raconte-t-il au bar du Peuple o&#249; il commande son troisi&#232;me demi. Il est 8h30 ce matin. &#171; &lt;i&gt;Comme tout le monde, j'ai fait les vendanges dans le Beaujolais. Dos cass&#233;, vin &#224; volont&#233;. &lt;/i&gt; &#187; C'est le lot des ch&#244;meurs et des alcooliques que de s'engager dans des vendanges &#224; la dure. &#171; &lt;i&gt;Des fois, les patrons sont pas vaches. Tu dors en dortoir. Y'a moyen de trouver une petite parfois. Cela dit, on &#233;tait tellement crev&#233; ou bourr&#233;... &lt;/i&gt; &#187; &lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, c'est l'int&#233;rim hivernal &lt;/strong&gt;en ville. &#171; &lt;i&gt;&#192; Lyon, je me suis inscrit dans ces bo&#238;tes qui fleurissaient &#224; l'&#233;poque. D&#233;m&#233;nageur un jour, tu trimballais un piano sur quatre &#233;tages dans un couloir fait pour passer un harmonica. &lt;/i&gt; &#187; L'usine aussi, quand il flotte. &#171; &lt;i&gt;Un jour l'agence m'a envoy&#233; dans une petite usine o&#249; je devais appuyer sur deux boutons en simultan&#233; toutes les secondes. &lt;/i&gt; &#187; Le contrema&#238;tre passe le voir une fois, puis deux pour l'engueuler. &#199;a ne va pas assez vite. Michel se tire au bout d'une heure. Il n'a pas la carri&#232;re dans le sang. &#171; &lt;i&gt;J'ai aussi mont&#233; des &#233;chafaudages pour avions, des stands avec toute une bande de trimards, genre salon du cuir, ou de la bouffe chinoise, avec des moquettes rouges &#224; bande. Je te dis : j'ai tout fait, tout connu. &lt;/i&gt; &#187; Il y aura pire plus tard. &#171; &lt;i&gt;Tout &#231;a c'est de la gnognotte par rapport &#224; ce que j'ai connu apr&#232;s. Quand la bo&#238;te m'a fait confiance, il m'ont envoy&#233; sur des tafs plus s&#251;rs : le nucl&#233;aire. Je suis descendu de Lyon pour Tricastin. Pas tricastel. &lt;/i&gt; &#187; Les primes et la paye sont bonnes, tr&#232;s bonnes, m&#234;me. &#171; &lt;i&gt;&#199;a me paraissait louche mais quitte &#224; crever, autant avoir des mains d'or. Ce fut l&#224; mon erreur. Le fric tu le perds apr&#232;s, &#224; te faire soigner. &lt;/i&gt; &#187; Les maux de t&#234;te arrivent vite. En quelques ann&#233;es, Michel attrape tout ce qui passe comme maladie. Son terrain immunitaire d&#233;gringole sec. Il va conna&#238;tre l'h&#244;pital, comme client cette fois.&lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux ans plus tard, &lt;/strong&gt;il en sort. Repart au taf vu qu'h&#233;riter dans sa famille, &#231;a serait plut&#244;t des emmerdes. Alors le voil&#224; monteur de stores dans des hangars en Sa&#244;ne-et- Loire : &#171; &lt;i&gt;C'est un pote qui m'a tra&#238;n&#233; l&#224;-bas. Je me coin&#231;ais tout le temps les doigts dans ces saloperies. Parfois, je r&#234;vais de faire des &#233;tudes comme des potes qui avaient compris qu'il fallait pondre des m&#233;moires sur le cercle ou les pendentifs pr&#233;colombiens pour se faire une place au soleil. &lt;/i&gt; &#187; Pour Michel, c'est un peu tard et il est grave malade. Au bar, la peau trou&#233;e par des marques disgracieuses, et un tremblement de la jambe gauche, Michel fait peine. Quand il sourit, c'est le trou noir. &#171; &lt;i&gt;Elles sont toutes tomb&#233;es. Rapport &#224; mon taf de nettoyeur &#224; Tricastin. Si j'avais pas bu mes &#233;moluments, j'aurais pu me faire remplacer mes ratiches. &lt;/i&gt; &#187; &lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, tout change &lt;/strong&gt;et Michel trouve une place chez une comtesse comme jardinier. &#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait par piti&#233; qu'elle m'avait embauch&#233;. Je devais couper quelques roses, arroser ici et l&#224;, passer le r&#226;teau. &lt;/i&gt; &#187; Tout se passe bien pendant quelques ann&#233;es, mais un jour la vieille dame calanche et son neveu reprend le petit ch&#226;teau. &#171; &lt;i&gt;C'est devenu Bagdad et Guantanamo pour moi . Il me bombardait d'insultes et m'interdisait de sorties, il a arr&#234;t&#233; de me payer, me demandait de bosser comme un n&#232;gre, je m'&#233;crasais &#8211; et plus je m'&#233;crasais, plus il cognait. &lt;/i&gt; &#187; un matin, c'est le drame. &#171; &lt;i&gt;Je lui envoie le r&#226;teau dans les dents comme &#224; la t&#233;l&#233; dans Charlot. Il saigne du nez et il me renvoie enfin. &#199;a me redonne de l'&#233;lan pour me tirer parce que vois-tu, fils, j'&#233;tais plus capable de d&#233;coincer de cette planque. &lt;/i&gt; &#187; &lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel se retrouve &lt;/strong&gt;en foyer pendant quatre ans. La descente aux enfers. Pas vraiment du boulot mais des chantiers d'assist&#233;s. &#171; &lt;i&gt;Je me retrouvais avec tous les damn&#233;s de la terre. Gratter des pierres, monter des murets, se rouler une tige, s'envoyer deux blagues et attendre le week-end. &lt;/i&gt; &#187; Michel aimerait bien faire un &lt;i&gt;bore-out &lt;/i&gt;comme on diagnostique aujourd'hui dans les universit&#233;s. Qu'importe, il a &#233;t&#233; veilleur de nuit dans un centre pour mineurs. &#171; &lt;i&gt;C'est cool, au d&#233;but puis apr&#232;s tu te fais pote avec les gamins et puis ils te chouravent tout, te piquent tes clopes, foutent le bronx. &#192; la fin, tu te fais virer parce que t'&#233;tais sympa. &lt;/i&gt; &#187; Michel a &#233;t&#233; d&#233;moli par son exp&#233;rience chez les d&#233;linquants. &#171; &lt;i&gt;Je leur ressemblais, &#224; ses m&#244;mes ; parents disparus quand j'&#233;tais moutard, premi&#232;re clope &#224; douze ans, l'alcool qui te prend la tronche trop vite, les vols de caisse, puis les injections : je me suis m&#234;me inject&#233; du Ricard, des m&#233;docs &#224; plus en finir pour avoir des sensations. &lt;/i&gt; &#187; Alors, quand on lui propose des essais th&#233;rapeutiques pour la tachycardie, il saute sur l'occasion de se refaire un peu. un week-end de cobaye, allong&#233; avec une perfusion, peut &#234;tre tr&#232;s bien pay&#233;. Et tr&#232;s co&#251;teux pour la sant&#233; : &#171; &lt;i&gt;Ma sant&#233; &#233;tait d&#233;j&#224; flageolante. Ils n'auraient m&#234;me pas d&#251; me prendre. &lt;/i&gt; &#187; &lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sormais, &lt;/strong&gt;Michel est sous tutelle et touche une allocation adulte handicap&#233;. Fini les petits boulots. Il vit &#224; Roquevaire (Bouches-du- Rh&#244;ne) et tire sa carcasse parfois dans Marseille. L&#224;, il se tra&#238;ne dans de longues errances, grattant une pi&#232;ce ici ou l&#224;. Le travail m&#232;ne &#224; tout&#8230; mais surtout &#224; rien.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Christophe Goby&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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