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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Un homme en col&#232;re</title>
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		<dc:date>2014-05-28T05:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Levaray</dc:creator>


		<dc:subject>Je vous &#233;cris de l'usine</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Manuel est &#233;nerv&#233;. Il est toujours &#233;nerv&#233;. Pourtant, je viens d'apprendre qu'il est sous anxiolytique. Qui l'e&#251;t cru ? Ni moi ni ses autres coll&#232;gues, en tous cas. Parce qu'il faut bosser avec lui pour se rendre compte que les calmants ne brillent pas toujours par leur efficacit&#233; ! Il est en col&#232;re lorsqu'il a fallu se lever &#224; quatre heures du mat' pour bosser du matin, il est en col&#232;re parce qu'il est d'apr&#232;s-midi et que la journ&#233;e est fichue, il est en col&#232;re la nuit quand il faut (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no121-avril-2014" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;121 (avril 2014)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Je-vous-ecris-de-l-usine" rel="tag"&gt;Je vous &#233;cris de l'usine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Efix" rel="tag"&gt;Efix&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Manuel est &#233;nerv&#233;. Il est toujours &#233;nerv&#233;. Pourtant, je viens d'apprendre qu'il est sous anxiolytique. Qui l'e&#251;t cru ? Ni moi ni ses autres coll&#232;gues, en tous cas. Parce qu'il faut bosser avec lui pour se rendre compte que les calmants ne brillent pas toujours par leur efficacit&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1045 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;11&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH777/p13-cqfd50-efix-cd334.jpg?1782643754' width='400' height='777' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Efix.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il est en col&#232;re lorsqu'il a fallu se lever &#224; quatre heures du mat' pour bosser du matin, il est en col&#232;re parce qu'il est d'apr&#232;s-midi et que la journ&#233;e est fichue, il est en col&#232;re la nuit quand il faut s'emp&#234;cher de dormir devant les &#233;crans de contr&#244;le. Quand Manuel dirige sa col&#232;re sur le contrema&#238;tre ou les patrons, on est plut&#244;t de son c&#244;t&#233;. Mais il s'&#233;nerve aussi contre les coll&#232;gues, souvent pour des broutilles. D'autant qu'il n'y va pas avec le dos de la cuill&#232;re et se fait volontiers d&#233;lateur aux d&#233;pens de celui qu'il a dans le collimateur. Difficile de soutenir quelqu'un qui va jusqu'&#224; &#233;crire au directeur pour d&#233;noncer n'importe qui &#224; propos de n'importe quoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne ne sait d'o&#249; lui vient cette col&#232;re permanente. De son p&#232;re ? Peut-&#234;tre, vu qu'il en parle tout le temps. C'&#233;tait un combattant contre le franquisme qui a d&#251; franchir les Pyr&#233;n&#233;es pour sauver sa vie. Il s'est install&#233; dans la r&#233;gion rouennaise, o&#249; on cherchait des ouvriers pour reconstruire apr&#232;s la guerre. Il s'est mari&#233; et a eu quatre enfants, dont Manuel. On imagine sans peine son p&#232;re, membre du PC et entour&#233; de vieux Espagnols en exil, s'&#233;nerver lors de r&#233;unions qui ne m&#232;nent &#224; rien &#171; &lt;i&gt;tant qu'on ne prend pas les armes&lt;/i&gt; &#187;, ou entrer en col&#232;re noire devant la t&#233;l&#233; aux heures des informations. Cela a pu d&#233;teindre sur le fils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pr&#232;s de 40 ans que Manuel bosse &#224; l'usine. Contrairement &#224; certains qui ont &#233;volu&#233; (ou pas) dans le m&#234;me atelier tout au long de leur carri&#232;re, Manuel, lui, a fait presque tous les ateliers de l'usine, du plus ancien au plus moderne. Il est pass&#233; partout. Il a chang&#233; de lieu de travail &#224; de nombreuses reprises parce que &#231;a n'allait pas avec ses coll&#232;gues ou avec le contrema&#238;tre ou avec le chef de service, ou les trois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le seul atelier o&#249; il n'a pas travaill&#233; allait fermer sous peu et, sachant cela, Manuel l'a soigneusement &#233;vit&#233; afin de ne pas glisser vers la sortie lors d'un plan &#171; social &#187;. Aujourd'hui il regrette, parce que LE plan social ne vient toujours pas. Une attente insupportable qui le met encore plus en rogne. Dire qu'il en a marre de bosser ferait figure d'euph&#233;misme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;C'est pas possible que je vive moins bien que mon p&#232;re. Lui, il est parti en retraite &#224; 55 ans, et moi, faut que je parte &#224; 60. Normalement on vit toujours mieux que ses parents.&lt;/i&gt; &#187; Sauf que &#231;a a chang&#233; ces derni&#232;res ann&#233;es, suite aux coups re&#231;us et au manque de combativit&#233;, les enfants risquent de vivre moins bien que leurs parents. Mais dire cela, c'est d&#233;j&#224; prendre du recul, ce qui n'est pas le fort de Manuel : pass&#233; 55 ans, il s'est transform&#233; en boule de col&#232;re comme d'autres se sentent pousser une carapace. Il ne supporte plus du tout le travail et gare &#224; celui qui le croise alors. Pour lui comme pour les autres, c'est devenu impossible de continuer. D&#232;s lors, Il multiplie les d&#233;marches aupr&#232;s de la DRH, pour obtenir un plan social individuel, rien que &#231;a ! Il envoie des courriers au patron o&#249; il est question de son d&#233;sir de partir. Il demande &#224; des militants syndicaux de l'accompagner aupr&#232;s de sa hi&#233;rarchie pour demander &#224; partir. Rien n'y fait, et il n'est pas question de d&#233;mission. Du coup, une seule alternative : le renvoi ! Il monte des dossiers avec la m&#233;decine du travail, prescriptions m&#233;dicamenteuses et &#233;tat de ses lombaires &#224; l'appui. Toujours rien. La direction fait la sourde oreille en calculant le montant pharaonique de sa prime de d&#233;part lors d'une rupture conventionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc quelque chose de bizarre que l'on vit actuellement. Entre une direction qui semble faire le dos rond en attendant que &#231;a se passe et Manuel qui, toujours en col&#232;re, vient &#224; l'usine en maugr&#233;ant. Il ne met plus ses bleus, reste devant sa console en faisant le minimum. Et puis, souvent, il se met deux ou trois jours en arr&#234;t maladie (&#224; l'usine la bo&#238;te nous paie les jours de carence de la S&#233;cu), pour faire payer l'usine. Puis il revient comme s'il &#233;tait surpris de ne pas &#234;tre vir&#233;, et recommence. Il lui faut tenir encore trois ans. C'est loin d'&#234;tre gagn&#233;. Au moins lui a choisi la col&#232;re, m&#234;me individuelle, plut&#244;t que la soumission.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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