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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>De la guerre de S&#233;cession au Capitole</title>
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		<dc:creator>John Marcotte, Mickael Correia</dc:creator>


		<dc:subject>20100</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<dc:subject>guerre civile</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Camionneur &#224; la retraite, John Marcotte a milit&#233; au sein d'un courant marxiste humaniste influenc&#233; par l'intellectuel carib&#233;en C.L.R. James. Depuis l'an dernier, il nous envoie r&#233;guli&#232;rement d'outre-Atlantique ses analyses sur une nation gangren&#233;e par le racisme depuis ses origines. Ce mois-ci, il revient sur l'invasion du Capitole le 6 janvier dernier. Un &#233;v&#233;nement inscrit selon lui dans la continuit&#233; de l'histoire de la domination blanche aux &#201;tats-Unis. Une &#233;vidence : ce supr&#233;matisme (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no195-fevrier-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;195 (f&#233;vrier 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/-20100-" rel="tag"&gt;20100&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Camionneur &#224; la retraite, John Marcotte a milit&#233; au sein d'un courant marxiste humaniste influenc&#233; par l'intellectuel carib&#233;en C.L.R. James. Depuis l'an dernier, il nous envoie r&#233;guli&#232;rement d'outre-Atlantique ses analyses sur une nation gangren&#233;e par le racisme depuis ses origines. Ce mois-ci, il revient sur l'invasion du Capitole le 6 janvier dernier. Un &#233;v&#233;nement inscrit selon lui dans la continuit&#233; de l'histoire de la domination blanche aux &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3563 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1711.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH707/-1711-cc6ca.jpg?1782652858' width='500' height='707' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Collage de 20100
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;vidence : ce supr&#233;matisme blanc n'a rien de nouveau. Les &#233;v&#233;nements auxquels nous assistons &#8211; assaut du Capitole en t&#234;te &#8211; marquent la r&#233;surgence de vieilles contradictions datant de la fondation de cet &#201;tat colonial. Elles ont conduit &#224; une guerre civile, gagn&#233;e militairement &lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La guerre de S&#233;cession de 1861-1865.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; puis perdue politiquement, et dont les Noirs sont les premiers &#224; subir les cons&#233;quences. Les Noirs, les Hispaniques et les populations autochtones &#8211; de m&#234;me que les femmes pendant longtemps &#8211; n'ont jamais eu acc&#232;s &#224; la d&#233;mocratie dans ce pays. Il faut donc continuer &#224; se battre pour une soci&#233;t&#233; v&#233;ritablement multiraciale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les &#233;v&#233;nements du 6 janvier, la presse &lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt; et les commentateurs, d&#233;couvrant la lune, se sont montr&#233;s choqu&#233;s par la diff&#233;rence de traitement appliqu&#233;e par la police, mettant en parall&#232;le leur comportement envers les supr&#233;macistes blancs et leur propension &#224; passer &#224; tabac et emprisonner les Noirs et les manifestants de gauche. Il est aujourd'hui de plus en plus &#233;vident que nombre d'agents de police et de militaires faisaient partie de cette foule. Davantage encore que l'arm&#233;e, la police est fortement infiltr&#233;e par les supr&#233;macistes blancs et affiche une sympathie marqu&#233;e pour leurs opinions ainsi qu'une hostilit&#233; envers les non-Blancs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, nous &#233;tions d&#233;j&#224; un certain nombre &#224; le savoir. Mais ces &#233;v&#233;nements ont oblig&#233; bien d'autres personnes &#224; ouvrir les yeux sur la diff&#233;rence de traitement policier entre Noirs et Blancs. Il faudrait &#234;tre aveugle pour nier ce qu'il s'est pass&#233; ce 6 janvier.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait si grave que &lt;i&gt;Fox News&lt;/i&gt; et d'autres m&#233;dias de droite ont pr&#233;tendu que la prise d'assaut du Capitole &#233;tait en fait men&#233;e par les antifas, dans une op&#233;ration sous fausse banni&#232;re ! Vraiment. Voil&#224; jusqu'o&#249; ils sont pr&#234;ts &#224; pousser le mensonge. Pire : 74 millions de personnes les croient !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trump a &#233;t&#233; leur leader du moment. Et il a fait beaucoup de d&#233;g&#226;ts en popularisant le supr&#233;matisme blanc, en le rendant acceptable, en aidant ses partisans &#224; recruter tout en leur conf&#233;rant un sentiment d'impunit&#233;. Ils &#233;taient tellement s&#251;rs d'&#234;tre les v&#233;ritables ma&#238;tres du pays qu'ils se sont m&#234;me pris en photo &#224; visage d&#233;couvert lorsqu'ils ont p&#233;n&#233;tr&#233; dans le Capitole. En r&#233;alit&#233;, ils n'&#233;taient que de pauvres petits abrutis manipul&#233;s et tout &#224; fait rempla&#231;ables. Certains l'ont compris quand le FBI a frapp&#233; &#224; leur porte. Je suis d'ailleurs convaincu que Trump aurait aim&#233; que l'attaque fasse davantage de morts dans leurs rangs, car il aurait pu utiliser &lt;i&gt;a posteriori&lt;/i&gt; ces martyrs pour nourrir son culte de la personnalit&#233;. Quel plus grand plaisir pour un narcissique que de voir des gens mourir pour lui ? L'hommage ultime.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais au-del&#224; de cela, une s&#233;rieuse tendance fasciste s'est d&#233;velopp&#233;e, qui ne d&#233;pend pas que de Trump. Des opinions de chemises brunes se sont profond&#233;ment enracin&#233;es au sein d'une grande partie des politiciens du Parti r&#233;publicain, ainsi que dans la police, chez les gardiens de prison, les patrouilleurs aux fronti&#232;res, etc. Si la r&#233;bellion contre le n&#233;olib&#233;ralisme ne cro&#238;t malheureusement pas &#224; gauche, elle a, par contre, pris une direction de droite dans ce pays. Des comparaisons historiques sont faites avec les ann&#233;es 1850, celles pr&#233;c&#233;dant la guerre civile. J'y vois des similitudes certes, mais il y a aussi des le&#231;ons &#224; tirer du mouvement de lib&#233;ration noire des ann&#233;es 1960. C'est pourquoi je pense que les &#233;crits de James Baldwin &lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;James Baldwin (1924-1987) est l'auteur, notamment, du recueil de nouvelles (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; ont beaucoup &#224; nous dire aujourd'hui. N'oublions pas que la supr&#233;matie blanche a r&#233;gn&#233; sur le sud des &#201;tats-Unis pendant un si&#232;cle, d&#233;ployant un fascisme aussi oppressif que tous ceux qui ont s&#233;vi plus tard. Ses lois ont servi de mod&#232;le pour les nazis lorsqu'ils sont arriv&#233;s au pouvoir, les plus &#171; mod&#233;r&#233;s &#187; d'entre eux estimant m&#234;me que certaines &#233;taient trop extr&#234;mes pour &#234;tre appliqu&#233;es par le nouveau r&#233;gime hitl&#233;rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; l'Allemagne ou &#224; l'Afrique du Sud, nous ne nous sommes jamais confront&#233;s &#224; cette r&#233;alit&#233; historique. Nous la laissons pourrir dans un coin en la niant, pr&#233;f&#233;rant le mythe endoctrin&#233; de l'exceptionnalisme am&#233;ricain, de la &#171; &lt;i&gt;ville qui brille sur la colline&lt;/i&gt; &#187; &lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Expression martel&#233;e par le pr&#233;sident Ronald Reagan dans les ann&#233;es 1980, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; et de ses &#171; &lt;i&gt;good guys&lt;/i&gt; &#187;. Une histoire que nous n'avons jamais cess&#233; de nous raconter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait que le drapeau des Conf&#233;d&#233;r&#233;s ait &#233;t&#233; brandi au sein du Capitole a beaucoup choqu&#233;, mais il n'avait rien de fortuit. C'est un geste qui n'avait jamais &#233;t&#233; fait auparavant, m&#234;me aux pires heures de la guerre de S&#233;cession. Profonde, la symbolique a &#233;branl&#233; de nombreux observateurs. Sans compter les tee-shirts proclamant &#171; &lt;i&gt;Camp Auschwitz &#8211;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Le&lt;/i&gt; &lt;i&gt;travail rend libre&lt;/i&gt; &#187; ou &#171; &lt;i&gt;6MWNE&lt;/i&gt; &#187; (&#171; &lt;i&gt;6 million was not enough&lt;/i&gt; &#187; &#8211; 6 millions [de juifs assassin&#233;s] ce n'&#233;tait pas assez).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En clair : c'est le m&#234;me peuple qui a commis un g&#233;nocide pour voler les terres des autochtones, asservi et tortur&#233; les Africains, invent&#233; le concept de race pour justifier ses actions et amen&#233; la nation am&#233;ricaine &#224; la guerre civile pour tenter de continuer &#224; dominer. Et il est pr&#234;t &#224; recommencer, en un claquement de doigts. C'est la m&#234;me foule, invoquant la m&#234;me religion chr&#233;tienne. La m&#234;me Histoire. Il ne peut y avoir aucun compromis avec ces gens.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;74 millions d'Am&#233;ricains ont vot&#233; pour &#231;a les yeux ferm&#233;s. Ou n'ont pas &#233;t&#233; assez troubl&#233;s par cette continuit&#233; &#233;vidente pour voter diff&#233;remment. Si nous ne parvenons pas &#224; faire en sorte que les vies des Noirs comptent, nous ne pourrons progresser sur rien. Il est vain de parler de r&#233;volution, d'une nouvelle soci&#233;t&#233;, de ralentissement du r&#233;chauffement climatique, de r&#233;duction de la pauvret&#233; ou de la fin des incarc&#233;rations de masse si nous ne pouvons m&#234;me pas nous assurer que les suffrages des Noirs comptent autant que les votes des Blancs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous remarquerez que tous les votes contest&#233;s par les R&#233;publicains provenaient de villes noires : D&#233;troit, Milwaukee, Atlanta, etc. En parlant de &#171; votes frauduleux &#187;, ils d&#233;signaient les votes des Noirs. C'&#233;tait exactement la m&#234;me rengaine dans le sud des &#201;tats-Unis pour contrer la Reconstruction &lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P&#233;riode de 1865 &#224; 1877 qui suivit la guerre de S&#233;cession, marqu&#233;e notamment (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; durant les ann&#233;es 1870. Seuls les &#171; votes l&#233;gaux &#187; comptent, seuls les votes blancs et chr&#233;tiens comptent. Si les R&#233;publicains obtiennent ce qu'ils veulent, nous reviendrons &#224; une sorte de syst&#232;me d'apar&#8202;theid. Ce qui se joue ici, c'est bien plus qu'une simple dispute entre deux partis politiques n&#233;olib&#233;raux.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;John Marcotte &lt;i&gt;(Massachusetts, janvier 2021) &lt;/i&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Traduction Micka&#235;l Correia&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur le m&#234;me sujet et du m&#234;me auteur, lire &#233;galement :&lt;/strong&gt; &#171; &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Le-trumpisme-est-plus-fort-que&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le trumpisme est plus fort que jamais&lt;/a&gt; &#187; (&lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;193, d&#233;cembre 2020).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La guerre de S&#233;cession de 1861-1865.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;James Baldwin (1924-1987) est l'auteur, notamment, du recueil de nouvelles &lt;i&gt;Face &#224; l'homme blanc&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Going to Meet the Man&lt;/i&gt;, 1965), racontant le racisme et la difficult&#233; pour les Noirs de vivre aux &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Expression martel&#233;e par le pr&#233;sident Ronald Reagan dans les ann&#233;es 1980, inspir&#233;e d'un sermon puritain du XVII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, pour d&#233;finir sa vision d'une Am&#233;rique telle &#171; &lt;i&gt;une ville haute et fi&#232;re, construite sur des rochers plus solides que les oc&#233;ans, balay&#233;e par le vent, b&#233;nie de Dieu et grouillant de gens de toutes sortes vivant dans l'harmonie et la paix&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;P&#233;riode de 1865 &#224; 1877 qui suivit la guerre de S&#233;cession, marqu&#233;e notamment par la fin du r&#233;gime esclavagiste dans le sud des &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>La justice, peine perdue ? </title>
		<link>https://cqfd-journal.org/La-justice-peine-perdue</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L'&#233;quipe de CQFD</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Jeremy Boulard Le Fur</dc:subject>
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		<dc:subject>Conseil</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Cens&#233;e prot&#233;ger les faibles face aux puissants, la justice fran&#231;aise garde une f&#226;cheuse tendance &#224; &#233;pargner les riches et enfoncer les pauvres. Surtout, elle privil&#233;gie une mani&#232;re brutale de r&#233;soudre les conflits : la peine, souvent de prison. Ailleurs dans le monde, d'autres fa&#231;ons de rendre justice se d&#233;veloppent pourtant&#8230; C'est une fable de Jean de la Fontaine, l'histoire d'une terrible &#233;pid&#233;mie de peste au royaume des animaux. &#171; Ils ne mouraient pas tous, &#233;crit-il, mais tous &#233;taient (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/droit" rel="tag"&gt;droit&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cens&#233;e prot&#233;ger les faibles face aux puissants, la justice fran&#231;aise garde une f&#226;cheuse tendance &#224; &#233;pargner les riches et enfoncer les pauvres. Surtout, elle privil&#233;gie une mani&#232;re brutale de r&#233;soudre les conflits : la peine, souvent de prison. Ailleurs dans le monde, d'autres fa&#231;ons de rendre justice se d&#233;veloppent pourtant&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3553 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;39&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH463/-1705-2ce58.jpg?1782650874' width='500' height='463' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de J&#233;r&#233;my Boulard Le Fur
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est une fable de Jean de la Fontaine, l'histoire d'une terrible &#233;pid&#233;mie de peste au royaume des animaux. &#171; &lt;i&gt;Ils ne mouraient pas tous&lt;/i&gt;, &#233;crit-il, &lt;i&gt;mais tous &#233;taient frapp&#233;s.&lt;/i&gt; &#187; Convoquant ses sujets, le lion pr&#233;tend que la maladie est un ch&#226;timent divin et que seule une mise &#224; mort pourrait calmer le ciel : &#171; &lt;i&gt;Que le plus coupable de nous se sacrifie. &lt;/i&gt; &#187; Beau joueur, le f&#233;lin avoue qu'il a croqu&#233; divers moutons et bergers qui ne lui avaient rien fait. &#171; &lt;i&gt; Sire, dit le renard, vous &#234;tes trop bon roi ; vos scrupules font voir trop de d&#233;licatesse ; et bien, manger moutons, canaille, sotte esp&#232;ce, est-ce un p&#233;ch&#233; ? &lt;/i&gt; &#187; Flatteurs en t&#234;te, l'assembl&#233;e conclut que non. Le fabuliste poursuit : &#171; &lt;i&gt; On n'osa trop approfondir du tigre, ni de l'ours, ni des autres puissances, les moins pardonnables offenses. &lt;/i&gt; &#187; Puis l'&#226;ne confesse avoir, un jour, croqu&#233; quelques brins d'herbe dans un pr&#233; qui ne lui appartenait pas. &#171; &lt;i&gt; Sa peccadille fut jug&#233;e un cas pendable. Manger l'herbe d'autrui ! quel crime abominable ! Rien que la mort n'&#233;tait capable d'expier son forfait : on le lui fit bien voir. Selon que vous serez puissant ou mis&#233;rable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Depuis le XVII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle et l'&#233;criture des &lt;i&gt;Animaux malades de la peste&lt;/i&gt;, la justice a-t-elle tellement chang&#233; ? Au fond, c'est toujours la m&#234;me histoire faisand&#233;e. Christine Lagarde, patronne du Fonds mon&#233;taire international, reconnue coupable d'avoir fait perdre pr&#232;s de 400 millions d'euros &#224; l'&#201;tat en favorisant un arbitrage frauduleux au b&#233;n&#233;fice de Bernard Tapie ? Dispens&#233;e de peine. A., jeune Marocain, ayant vol&#233; un t&#233;l&#233;phone &#224; Barb&#232;s ? Trois mois de prison ferme&lt;i&gt; [lire p. V]&lt;/i&gt;. Dignes reflets des in&#233;galit&#233;s de la soci&#233;t&#233;, les tribunaux de 2021 continuent de rendre une justice de classe &#8211; et de race. Un ph&#233;nom&#232;ne syst&#233;mique, r&#233;pondant &#224; des logiques assez bien identifi&#233;es par les sciences sociales &lt;i&gt;[p. IV]&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, il y a des contre-exemples. Il arrive que des puissants soient condamn&#233;s et chaque jour, dans tel ou tel tribunal de France, des mis&#233;reux arrachent la cl&#233;mence des juges. Insistant sur cet aspect des choses, la revue &lt;i&gt;Les Cahiers de la Justice&lt;/i&gt;, co&#233;dit&#233;e par l'&#201;cole nationale de la magistrature, publiait en 2017 un &#233;dito intitul&#233; &#171; Justice de classe, vraiment ? &#187;. Elle y posait les questions suivantes : &#171; &lt;i&gt;Que serait le monde ouvrier sans le droit du travail, les syndicats et les prudhommes ? Peut-on dire que le droit du licenciement (et toute la jurisprudence qui s'en est suivie) est fait contre les salari&#233;s ? &lt;/i&gt; &#187; Certes non : des jugements viennent chaque jour temp&#233;rer la toute-puissance patronale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais combien de d&#233;cisions judiciaires couvrent les agissements frauduleux d'employeurs ? Et quelles connaissances faut-il mobiliser, quel imbitable jargon faut-il se mettre &#224; parler, quelle &#233;nergie faut-il d&#233;baucher pour obtenir un morceau de justice ! Du c&#244;t&#233; d'Arles, les travailleurs agricoles immigr&#233;s employ&#233;s par l'entreprise Laboral Terra dans des conditions parfois proches du servage le savent bien : sans l'aide du Codetras, un collectif de soutien juridique, ils n'auraient jamais pu faire condamner leurs patrons &#8211; et encore, le jugement ne fut pas &#224; la hauteur de leurs attentes &lt;i&gt;[p. VII]&lt;/i&gt;. Quant aux accusations de harc&#232;lement sexuel formul&#233;es par deux employ&#233;es, elles prennent toujours la poussi&#232;re sur le bureau d'un juge d'instruction d'Avignon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Dira-t-on que la protection de l'enfance en danger cherche &#224; opprimer les enfants des plus pauvres ?&lt;/i&gt;, interrogeaient encore Les &lt;i&gt;Cahiers de la Justice&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Il faut ne pas avoir mis les pieds dans un tribunal pour ignorer que les droits sont valables pour tous.&lt;/i&gt; &#187; Il faut surtout sacr&#233;ment se voiler la face pour nier que les magistrats jugent parfois au m&#233;pris du droit et de ceux de la d&#233;fense. Il faut n'avoir jamais caus&#233; avec une avocate en droit des &#233;trangers pour m&#233;conna&#238;tre que quand il s'agit de mettre injustement en doute le jeune &#226;ge d'un mineur &#233;tranger isol&#233;, les juges des enfants se font trop souvent complices des D&#233;partements (en dessous de 18 ans, le Conseil d&#233;partemental est tenu de le prendre en charge). Il faut n'avoir jamais assist&#233; &#224; une comparution imm&#233;diate pour ignorer qu'on y condamne &#224; des mois de cabane au terme d'un petit quart d'heure de proc&#232;s b&#226;cl&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'institution a des circonstances att&#233;nuantes. Elle manque de moyens : chaque ann&#233;e, la France consacre &#224; la justice 70 &#8364; par habitant &#8211; l'Allemagne 131, la Suisse 220 (l'Arm&#233;nie 8). Et puis, juger n'est pas chose ais&#233;e : risquer chaque jour d'innocenter un coupable ou de condamner un innocent, il y a de quoi cauchemarder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tout de m&#234;me. Que dire de la justice au moment des Gilets jaunes ? Que penser de tous ces magistrats au garde-&#224;-vous, des peines d'interdiction de manifester qu'ils ont pu infliger ? Que comprendre de l'indigent traitement judiciaire des violences polici&#232;res ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, l'univers du droit daigne aussi, parfois, prot&#233;ger un tantinet les libert&#233;s. Quand le Conseil d'&#201;tat r&#233;affirme l'interdiction des drones policiers, ou quand le Conseil constitutionnel censure telle ou telle folie l&#233;gislative macronienne, on se dit que oui, le principe de la s&#233;paration des pouvoirs, &#231;a a du bon. Et que la justice permet heureusement d'att&#233;nuer l'arbitraire politico-administratif. Mais les personnes qui contr&#244;lent l'ex&#233;cutif, le l&#233;gi&#8202;latif et le judiciaire appartiennent au m&#234;me monde. Elles partagent des int&#233;r&#234;ts communs. Combien de lois scandaleuses ont-ils laiss&#233; passer, les soi-disant &#171; Sages &#187; de la rue de Montpensier ? Combien d'injustes assignations &#224; r&#233;sidence ont-ils valid&#233;es, les tribunaux administratifs, pendant l'&#233;tat d'urgence antiterroriste ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La galaxie judiciaire fran&#231;aise a une autre tare majeure. Elle est trop souvent p&#233;nale, mue par une unique obsession : le ch&#226;timent. Et donc la prison &lt;i&gt;[pp. II &amp; III]&lt;/i&gt;. Comme si rendre justice ne consistait qu'&#224; punir !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux &#201;tats-Unis, les Najavos, qui disposent de leur propre syst&#232;me judiciaire, ont renou&#233; depuis les ann&#233;es 1980 avec un mod&#232;le traditionnel radicalement diff&#233;rent : le &lt;i&gt;peacemaking&lt;/i&gt; &lt;i&gt;[pp. X &amp; XI]&lt;/i&gt;. Victime et agresseur peuvent choisir de dialoguer, accompagn&#233;s de leurs proches et d'un m&#233;diateur, pour parvenir &#224; une r&#233;solution du conflit en se mettant d'accord sur une r&#233;paration : des mots, une indemnisation mat&#233;rielle, des actes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inspir&#233;es par de telles pratiques de peuples autochtones, des formes de justice dites &#171; restaurative &#187; et &#171; trans&#8202;formative &#187; se d&#233;veloppent actuellement dans le monde anglo-saxon &lt;i&gt;[pp. VIII &amp; IX]&lt;/i&gt;. Si la justice restaurative a tendance &#224; &#234;tre incor&#8202;por&#233;e par le syst&#232;me p&#233;nal, la justice transformative se pratique pour l'instant en dehors des institutions, au sein de groupes sociaux opprim&#233;s n'ayant rien &#224; attendre du monde judiciaire classique. Certainement pas exempts de tout reproche, ces mod&#232;les alternatifs ont le m&#233;rite d'ouvrir un autre imaginaire qui permettra peut-&#234;tre, un jour, de vraiment rendre justice.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le dernier mot &#224; la d&#233;fense : la justice, parfois, sait faire de la po&#233;sie. La preuve en fut donn&#233;e le 7 septembre 1995 par la cour d'appel de Riom (Puy-de-D&#244;me). Dans un hameau perdu, un habitant se plaignait du poulailler de ses voisins. Le tribunal de Clermont-Ferrand lui avait donn&#233; raison, ordonnant la destruction du poulailler. Mais le jugement d'appel prit joliment le parti des gallinac&#233;s : &#171; &lt;i&gt;Attendu que la poule est un animal anodin et stupide, au point que nul n'est encore parvenu &#224; le dresser, pas m&#234;me un cirque chinois ; que son voisinage comporte beaucoup de silence, quelques tendres gloussements et des caqu&#232;tements qui vont du joyeux (ponte d'un &#339;uf) au serein (d&#233;gustation d'un ver de terre) en passant par l'affol&#233; (vue d'un renard) ; que ce paisible voisinage n'a jamais incommod&#233; que ceux qui, pour d'autres motifs, nourrissent du courroux &#224; l'&#233;gard des propri&#233;taires de ces gallinac&#233;s ; que la cour ne jugera pas que le bateau importune le marin, la farine le boulanger, le violon le chef d'orchestre, et la poule un habitant du lieu-dit La Rochette, village de Sall&#232;des (402 &#226;mes) dans le d&#233;partement du Puy-de-D&#244;me... &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ces motifs donc, le poulailler fut momentan&#233;ment sauv&#233;. La Cour de cassation, toutefois, finit par annuler ce joli jugement. Sans doute n'aime-t-elle pas la po&#233;sie. &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Trump-Netanyahou : l'arnaque du si&#232;cle</title>
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		<dc:date>2020-07-29T15:02:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Stambul</dc:creator>


		<dc:subject>Martin Barzilai</dc:subject>
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&lt;p&gt;Avec ses m&#233;thodes de businessman, pour ne pas dire de gangster, Donald Trump a un avantage : il ne fait pas semblant. Il rompt avec une longue p&#233;riode o&#249; l'existence d'un pr&#233;tendu &#171; processus de paix &#187; a permis au rouleau compresseur colonial d'encercler et de d&#233;pecer la Palestine. Voici l'analyse de Pierre Stambul, membre de l'Union juive fran&#231;aise pour la paix (UJFP). 1&#8226; Les accords d'Oslo, la grande mystification C'&#233;tait il y a vingt-sept ans : contrairement &#224; ce que l'on a voulu (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Martin-Barzilai-105" rel="tag"&gt;Martin Barzilai&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avec ses m&#233;thodes de businessman, pour ne pas dire de gangster, Donald Trump a un avantage : il ne fait pas semblant. Il rompt avec une longue p&#233;riode o&#249; l'existence d'un pr&#233;tendu &#171; processus de paix &#187; a permis au rouleau compresseur colonial d'encercler et de d&#233;pecer la Palestine. Voici l'analyse de Pierre Stambul, membre de l'Union juive fran&#231;aise pour la paix (UJFP).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3374 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH334/-1561-82392.jpg?1782642228' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Martin Barzilai
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;1&#8226; Les accords d'Oslo, la grande mystification&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait il y a vingt-sept ans : contrairement &#224; ce que l'on a voulu faire croire, jamais les Isra&#233;liens n'ont promis &#224; Oslo qu'il y aurait un &#201;tat palestinien sur les 22 % de la Palestine historique conquis par l'arm&#233;e isra&#233;lienne en 1967. Jamais ils n'ont renonc&#233; &#224; l'annexion de J&#233;rusalem-Est. Jamais ils n'ont promis le moindre gel de la colonisation. Au contraire, pendant les 26 mois qui s&#233;parent la signature des accords de son assassinat en novembre 1995, le Premier ministre travailliste Yitzhak Rabin laisse s'installer 60 000 nouveaux colons. Jamais il n'a &#233;t&#233; question d'&#233;vacuer les territoires occup&#233;s. Au contraire, au lendemain du massacre de 29 Palestiniens &#224; H&#233;bron en 1994, Rabin a envoy&#233; 2 000 soldats pour prot&#233;ger les colons ; aujourd'hui, les uns comme les autres sont toujours dans cette ville o&#249; l'apartheid est une r&#233;alit&#233; quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En face, l'OLP (Organisation de lib&#233;ration de la Palestine) a reconnu Isra&#235;l sans m&#234;me une mention d&#233;non&#231;ant le nettoyage ethnique pr&#233;m&#233;dit&#233; de 1948. Elle a chang&#233; sa charte. Elle a abandonn&#233; &#224; leur sort les millions de r&#233;fugi&#233;s palestiniens dispers&#233;s (rien n'a &#233;t&#233; sign&#233; &#224; Oslo sur le droit au retour des r&#233;fugi&#233;s) et les Palestiniens d'Isra&#235;l, citoyens de seconde zone. L'OLP qui repr&#233;sentait les Palestiniens dans leur diversit&#233; g&#233;ographique et politique a &#233;t&#233; mise en veilleuse au profit d'une &#171; Autorit&#233; palestinienne &#187; dont la principale t&#226;che est de faire en sorte que l'occup&#233; assure la s&#233;curit&#233; de l'occupant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1995, les accords de Taba ont parachev&#233; ce &#171; processus &#187; : la Cisjordanie a &#233;t&#233; morcel&#233;e en trois zones A, B et C &#8211; la zone C &#233;tant, de fait, annex&#233;e par l'occupant. Des textes aussi incroyables que ceux qui validaient le contr&#244;le total des importations ou exportations par l'occupant ou le fait qu'un colon consomme huit fois plus d'eau qu'un Palestinien ont &#233;t&#233; sign&#233;s. &#199;a devait &#234;tre provisoire, n'est-ce pas ?&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;2&#8226; Faire capituler les Palestiniens par la ruse&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pendant des ann&#233;es, la &#171; communaut&#233; internationale &#187; a multipli&#233; les pressions pour que les Palestiniens renoncent &#224; leurs revendications essentielles, qui n'ont pourtant rien d'extraordinaire : la libert&#233;, l'&#233;galit&#233; et la justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque fois qu'Isra&#235;l construit de nouvelles colonies ou bombarde Gaza, il ne faut rien dire : ce serait une atteinte au &#171; processus de paix &#187; ou &#224; l'aspiration au Graal : &#171; deux &#201;tats vivant c&#244;te &#224; c&#244;te &#187;. Pour les dirigeants isra&#233;liens, c'est du pain b&#233;nit : les crimes de guerre, la torture l&#233;galis&#233;e, les arrestations d'enfants, le vol des terres, les tapis de bombes sur Gaza &#8230; tout est permis, il n'y aura pas de sanctions. Par contre, s'il y a un attentat contre l'occupant ou une roquette partant de Gaza, les Palestiniens sont imm&#233;diatement condamn&#233;s comme &#171; hostiles au processus de paix &#187;. Les &#171; n&#233;gociations &#187; ont pris des noms divers : Wye Plantation, Charm-el-Cheikh, le Quartet, Annapolis&#8230; Autant de masques pour exiger des Palestiniens qu'ils capitulent et acceptent de devenir les Am&#233;rindiens du Proche-Orient, enferm&#233;s dans leurs r&#233;serves et priv&#233;s de tout droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'odieux, la France s'est signal&#233;e. Officiellement, elle est pour deux &#201;tats et pour les r&#233;solutions de l'ONU. Dans les faits, elle soutient inconditionnellement l'&#201;tat d'Isra&#235;l, se tait quand l'occupant commet les pires massacres et organise &#224; l'ambassade de Tel-Aviv un bal de solidarit&#233; avec l'occupant en pleine tuerie de &#171; Plomb durci &#187; (attaque isra&#233;lienne sur Gaza en d&#233;cembre 2008 et janvier 2009). Le gouvernement fran&#231;ais a fait du Crif (Conseil repr&#233;sentatif des institutions juives de France), relais propagandiste des dirigeants isra&#233;liens, son interlocuteur privil&#233;gi&#233;. Il essaie de criminaliser l'antisionisme et le mouvement BDS (Boycott, d&#233;sinvestissement et sanctions) contre l'&#201;tat d'Isra&#235;l.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;3&#8226; Faire capituler les Palestiniens par la force&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Avec Donald Trump, il n'est plus question de faire semblant. Le pr&#233;sident &#233;tatsunien renverse la table et pi&#233;tine le peu qui reste de droit international. Il transf&#232;re l'ambassade de son pays &#224; J&#233;rusalem, reconna&#238;t l'annexion du plateau du Golan (conquis &#224; la Syrie en 1967) et proclame la l&#233;galit&#233; des colonies. En bon homme d'affaires, il exige des Palestiniens une reddition. Son discours est celui d'un gangster ; en substance : &#171; Palestiniens, vous avez perdu, pourquoi r&#233;sister ? On va transformer vos r&#233;serves en zones franches o&#249; nos capitalistes pourront faire de juteuses affaires. Vous &#234;tes battus, acceptez, vous n'avez pas le choix. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trump pense que la p&#233;riode est favorable. Il a de solides alli&#233;s qui ont les m&#234;mes m&#233;thodes et les m&#234;mes &#171; valeurs &#187; que lui et qui, bien s&#251;r, soutiennent inconditionnellement Isra&#235;l. Il y a le pr&#233;sident br&#233;silien, Jair Bolsonaro. En visite officielle en Isra&#235;l, celui-ci a d&#233;clar&#233; devant Yad Vashem (m&#233;morial du g&#233;nocide nazi) que les nazis &#233;taient de gauche : &#171; &lt;i&gt;Il n'y a aucun doute, n'est-ce pas&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; Il a &#224; peine &#233;t&#233; d&#233;menti par ses h&#244;tes. Il y a le Premier ministre hongrois, Viktor Orb&#225;n. Celui-l&#224; a entrepris de r&#233;habiliter le r&#233;gime pronazi de l'amiral Horthy, responsable avec l'occupant de l'extermination des Juifs hongrois. Orb&#225;n a multipli&#233; les d&#233;clarations antis&#233;mites, mais Benyamin Netanyahou l'a qualifi&#233; de grand ami.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trump profite aussi de la situation du monde arabe. La dictature &#233;gyptienne participe activement au blocus de Gaza. Le roi d'Arabie saoudite, dont l'arm&#233;e participe &#224; un v&#233;ritable g&#233;nocide&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Note de la r&#233;daction : l'emploi du terme &#171; g&#233;nocide &#187; appartient &#224; l'auteur. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; au Y&#233;men, fait pression sur les Palestiniens pour qu'ils capitulent. Le camp &#171; antiam&#233;ricain &#187; est tr&#232;s affaibli et beaucoup de pays arabes ont pour pr&#233;occupation essentielle l'imminence d'une attaque contre l'Iran.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis il y a l'Union europ&#233;enne, dont la politique est un m&#233;lange de complicit&#233; et de l&#226;chet&#233;, pour ne pas dire de pure complicit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;4&#8226; En Isra&#235;l, &#171; fascisation &#187; et instrumentalisation de l'antis&#233;mitisme&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'historien isra&#233;lien Zeev Sternhell, pourtant sioniste, compare &#171; &lt;i&gt;la fascisation&lt;/i&gt; &#187; (ce sont ses termes) &#224; l'&#339;uvre en Isra&#235;l avec ce qui s'est d&#233;roul&#233; dans l'Allemagne des ann&#233;es 1930. Une id&#233;ologie raciste, militariste et supr&#233;matiste s'est impos&#233;e sans r&#233;el contrepoids. L'in&#233;galit&#233; des individus selon leur origine r&#233;elle ou suppos&#233;e est d&#233;sormais inscrite dans la loi d'Isra&#235;l qui se d&#233;finit comme &#171; &lt;i&gt;l'&#201;tat-nation du peuple juif&lt;/i&gt; &#187;. Par ailleurs, la Cour supr&#234;me vient de valider l'utilisation par les autorit&#233;s religieuses de tests ADN cens&#233;s prouver &#171; la jud&#233;it&#233; &#187; des demandeurs du statut officiel de &#171; juif &#187; (dont beaucoup d'immigrants russophones). M&#234;me si ces tests ADN concernent un conflit interne &#224; l'extr&#234;me droite isra&#233;lienne, ils sont significatifs du triomphe des conceptions racialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir est disput&#233; entre deux criminels de guerre, Benyamin Netanyahou et &#171; Benny &#187; Gantz &#8211; ce dernier a &#233;t&#233; chef d'&#233;tat-major de l'arm&#233;e isra&#233;lienne, notamment quand celle-ci a tu&#233; pr&#232;s de 2 500 civils &#224; Gaza en 2014. Les deux comp&#232;res ont &#233;t&#233; invit&#233;s par Trump et approuvent bien s&#251;r son plan. Il existe bien une petite minorit&#233; anticolonialiste courageuse, mais elle ne repr&#233;sente pas une alternative de pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce r&#233;gime d'extr&#234;me droite et ses relais (comme le Crif) s'acharnent &#224; instrumentaliser l'antis&#233;mitisme et &#224; r&#233;cup&#233;rer la m&#233;moire du g&#233;nocide nazi. Et les dirigeants occidentaux soutiennent cette odieuse manipulation.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;5&#8226; Et pourtant&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans un contexte extr&#234;mement d&#233;favorable, pour l'instant le peuple palestinien plie mais ne rompt pas. Gaza est une prison &#224; ciel ferm&#233; o&#249; l'occupant exp&#233;rimente comment on peut enfermer deux millions de personnes, les priver d'eau potable et d'&#233;lectricit&#233; et tirer sur des civils comme &#224; la f&#234;te foraine. En Cisjordanie, les Palestiniens sont confront&#233;s tous les jours &#224; la violence des colons et de l'arm&#233;e, au vol des terres et aux destructions de maisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; cela, le peuple palestinien croit en l'avenir. Il persiste &#224; tout faire pour scolariser les enfants, pour cultiver la terre, pour produire, pour ne pas &#234;tre transform&#233; en peuple d'assist&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre M&#233;diterran&#233;e et Jourdain, il y a 50 % de Juifs isra&#233;liens et 50 % de Palestiniens. Les uns ont tout, les autres quasiment rien. L'apartheid a dur&#233; des d&#233;cennies en Afrique du Sud ou dans le sud des &#201;tats-Unis, mais il a fini par s'&#233;crouler. Trump ne conna&#238;t que le fric et la violence. Parions que, face &#224; une v&#233;ritable lutte anti-apartheid, il ne saura pas faire.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Pierre Stambul&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Note de la r&#233;daction : l'emploi du terme &#171; g&#233;nocide &#187; appartient &#224; l'auteur. Amnesty et Human Rights Watch &#233;voquent des &#171; &lt;i&gt;crimes de guerre&lt;/i&gt; &#187;. Quant &#224; l'ONU, elle accuse l'Arabie saoudite de provoquer &#171; &lt;i&gt;la pire crise humanitaire du XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le surr&#233;alisme, c'est la vie</title>
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&lt;p&gt;Ne r&#233;duire ni l'art, ni la politique. Mais vivre les deux pleinement, en totale libert&#233; et sans compromission. &#192; l'image du po&#232;te Benjamin P&#233;ret, intransigeant combattant du r&#234;ve, de l'amour et de la r&#233;volution. &#171; Il ne s'ensuit pas que [le po&#232;te] d&#233;sire mettre la po&#233;sie au service d'une action politique, m&#234;me r&#233;volutionnaire. Mais sa qualit&#233; de po&#232;te en fait un r&#233;volutionnaire qui doit combattre sur tous les terrains : celui de la po&#233;sie par les moyens propres &#224; celle-ci et sur le terrain (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no156-juillet-aout-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;156 (juillet-ao&#251;t 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/n-a-jamais" rel="tag"&gt;n'a jamais&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ne r&#233;duire ni l'art, ni la politique. Mais vivre les deux pleinement, en totale libert&#233; et sans compromission. &#192; l'image du po&#232;te Benjamin P&#233;ret, intransigeant combattant du r&#234;ve, de l'amour et de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3216 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;41&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH509/-1433-cee42.jpg?1782654957' width='400' height='509' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Benjamin P&#233;ret avec un autre mec / D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&#171; &lt;i&gt;Il ne s'ensuit pas que &lt;/i&gt;[le po&#232;te] &lt;i&gt;d&#233;sire mettre la po&#233;sie au service d'une action politique, m&#234;me r&#233;volutionnaire. Mais sa qualit&#233; de po&#232;te en fait un r&#233;volutionnaire qui doit combattre sur tous les terrains : celui de la po&#233;sie par les moyens propres &#224; celle-ci et sur le terrain de l'action sociale sans jamais confondre les deux champs d'action sous peine de r&#233;tablir la confusion qu'il s'agit de dissiper et, par la suite, de cesser d'&#234;tre po&#232;te, c'est-&#224;-dire r&#233;volutionnaire.&lt;/i&gt; &#187;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Benjamin P&#233;ret (Mexico, 1945)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;B&lt;/span&gt;enjamin P&#233;ret est m&#233;connu car il n'a jamais rien entrepris pour promouvoir son image, il a n&#233;glig&#233; la r&#233;ussite personnelle. Partisan du projet surr&#233;aliste, il est rest&#233; fid&#232;le quarante ans &#224; l'id&#233;al de sa jeunesse : la mise en commun de la pens&#233;e. Il a toujours &#233;t&#233; intransigeant dans ses manifestations en faveur de la po&#233;sie, de la r&#233;volution, du r&#234;ve, de l'amour. Et cette fureur po&#233;tique ne lui fut jamais pardonn&#233;e, aussi bien de son vivant que depuis sa disparition. Il eut l'humilit&#233; f&#233;roce et la modestie opini&#226;tre. Il n'a jamais m&#233;lang&#233; art et politique, il s'agissait pour lui d'abord d'assurer &#224; l'esprit une libert&#233; totale. L'humour noir, le sens de la provocation, la haine du pr&#233;destin&#233; (religion et stalinisme), la sublimation de l'amour, la volont&#233; de d&#233;chiffrer la vie constituaient chez lui une tentative d&#233;sesp&#233;r&#233;e, et &#224; la fois pleine d'esp&#233;rance, de r&#233;concilier l'esprit et le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit de tenir entre ses mains les sept tomes de l'&#233;dition de ses &#339;uvres compl&#232;tes (parues aux &#233;ditions Jos&#233; Corti), de consid&#233;rer la richesse foisonnante de leur contenu (des recueils de po&#232;mes, des volumes de contes, de nombreux essais, deux anthologies : l'une sur l'amour sublime, l'autre sur les mythes, l&#233;gendes et contes populaires d'Am&#233;rique) pour r&#233;aliser ce que fut sa vie, p&#233;rilleuse, passionn&#233;e, mais aussi nomade et sans le sou. On ne peut, alors, que lui tirer son chapeau : comment s'y est-il pris, le bougre ?&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Rien d'un petit soldat&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La compromission, voil&#224; l'ennemi. Benjamin P&#233;ret n'en fait pas. Jamais. Quitte &#224; se f&#226;cher avec les siens. D'o&#249; une vie marqu&#233;e par les mises au ban et les ruptures. Proche du trotskisme depuis la fin des ann&#233;es 1920, Benjamin P&#233;ret n'en devient pas pour autant militant docile, le doigt sur la couture du pantalon. Quand en f&#233;vrier 1932, la direction de la Ligue communiste conditionne son adh&#233;sion &#224; une rupture avec le mouvement surr&#233;aliste, il l'envoie pa&#238;tre. Il n'adh&#232;re pas, voil&#224; tout. M&#234;me chose quand il rejoint les forces du POUM, parti marxiste anti-stalinien, dans l'Espagne r&#233;volutionnaire de 1936 : pas question de perdre son pr&#233;cieux regard critique. Il rompt d'ailleurs avec ce parti quelques mois plus tard, &#233;crivant : &#171; &lt;i&gt;Il s'est av&#233;r&#233; que toute collaboration avec le POUM &#233;tait impossible. Ils voulaient bien accepter des gens &#224; leur droite, mais pas &#224; leur gauche&#8230; Bureaucratisation ultrarapide de tous les organismes et fonctionnarisme scandaleux.&lt;/i&gt; &#187; Et d'int&#233;grer pour une br&#232;ve p&#233;riode le bataillon Nestor-Makhno de la colonne Durruti, avant de quitter l'Espagne en avril 1937.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les uniformes, il les conchie pareillement. Un rejet qui remonte &#224; sa prime jeunesse. Quand la Premi&#232;re Guerre mondiale &#233;clate, sa m&#232;re l'oblige &#224; s'engager comme simple soldat. P&#233;ret d&#233;teste. Et r&#233;sume cet &#233;pisode militaire de quelques mots lapidaires : &#171; &lt;i&gt;Un v&#233;ritable bagne, exactement comme la prison&lt;/i&gt; [sauf que] &lt;i&gt;l'&#233;tat militaire, bien qu'ex&#233;crable, reste pr&#233;f&#233;rable &#224; celui de prisonnier. &#187;&lt;/i&gt; Quelques ann&#233;es plus tard, en mai 1921, il participe au proc&#232;s Barr&#232;s, organis&#233; par Breton. Il y incarne le Soldat inconnu. &#201;norme scandale chez les patriotards de tout poil.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Expuls&#233; du Br&#233;sil&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Plus tard, de 1929 &#224; 1931, P&#233;ret part au Br&#233;sil avec sa compagne, &#201;lisa Houston, une jeune cantatrice br&#233;silienne. Il y milite, inscrit dans les luttes et les mouvements. Et met en place avec ses amis locaux ce qui va devenir la section br&#233;silienne de l'Opposition internationale de gauche (trotskyste). Il vit alors du m&#233;tier de correcteur tout en donnant des conf&#233;rences sur le surr&#233;alisme. Il a d&#233;sormais un enfant &#224; charge, la survie est rude. Et devient franchement compliqu&#233;e quand il d&#233;cide de se lancer dans l'&#233;criture d'un livre, &lt;i&gt;Amiral noir,&lt;/i&gt; qui se veut une &#233;tude sur la mutinerie en 1910 de marins (noirs) dans la baie de Guanabara. Accus&#233; de violer des secrets d&#233;fense et rep&#233;r&#233; pour ses activit&#233;s politiques, P&#233;ret est expuls&#233; du Br&#233;sil en d&#233;cembre 1931.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retour en Europe. O&#249; le militarisme se rappelle bient&#244;t &#224; son mauvais souvenir &#8211; il arrive que l'arm&#233;e vous rattrape par le petit bout de l'uniforme. Quand le continent plonge dans la Seconde Guerre mondiale, P&#233;ret se retrouve ainsi mobilis&#233;. Le voil&#224; affect&#233; &#224; Nantes, au service charg&#233; &#171; du recensement des suspects &#187;. Il s'en donne &#224; c&#339;ur joie en faisant dispara&#238;tre du fichier des subversifs les noms de tous les camarades, qu'il remplace par des patronymes de cur&#233;s. En mai 1940, il est incarc&#233;r&#233; quelques mois &#224; la prison de Rennes, pour reconstitution de ligue dissoute. Il en est lib&#233;r&#233; en payant une ran&#231;on aux nazis, puis prend la tangente pour le Mexique, via Marseille.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Essentiellement subversif &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au Mexique, o&#249; il passe six ans, P&#233;ret m&#232;ne une existence proche du d&#233;nuement, seulement aid&#233; par ses amis mexicains peintres et po&#232;tes. Ce qui ne l'emp&#234;che pas de mettre la derni&#232;re main en 1945 &#224; son &lt;i&gt;D&#233;shonneur des po&#232;tes&lt;/i&gt;, r&#233;ponse cinglante &#224; une brochure parue &#224; Paris pendant l'occupation, intitul&#233;e &lt;i&gt;L'honneur des po&#232;tes&lt;/i&gt;. Y figuraient en bonne place les noms de ses anciens amis surr&#233;alistes, Aragon et &#201;luard : &#171; &lt;i&gt;Pas un de ces po&#232;mes ne d&#233;passe le niveau lyrique de la publicit&#233; pharmaceutique &#187;&lt;/i&gt;, &#233;crit-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du m&#234;me &#233;lan, il s'en prend violemment au nationalisme, au patriotisme et au lyrisme chr&#233;tien qui &#233;manent de la brochure : &#171; &lt;i&gt;Pour nous surr&#233;alistes, le po&#232;te authentique est, de nos jours plus que jamais, r&#233;volutionnaire de temp&#233;rament ou perd sa qualit&#233; de po&#232;te (par exemple, &#201;luard, devenu camelot du stalinisme). Son domaine est la po&#233;sie. Est-ce &#224; dire qu'il doit se d&#233;sint&#233;resser du monde dont il est un &#233;l&#233;ment essentiellement subversif ? Je suis pour ma part persuad&#233; du contraire.&lt;/i&gt; &#187; L'establishment intellectuel, domin&#233; par les intellectuels staliniens, &#171; aur&#233;ol&#233;s &#187; de leur action dans la R&#233;sistance, ne lui pardonnera jamais ce violent br&#251;lot, et contribuera largement &#224; maintenir une chape de silence sur l'&#339;uvre de P&#233;ret. La publication du texte &#171; Les Syndicats contre la r&#233;volution &#187;, paru dans &lt;i&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt; en 1952, n'arrange pas les choses : v&#233;ritable charge contre la corruption naturelle du syndicalisme, qui reproduit les hi&#233;rarchies, fige la lutte dans le bureaucratisme et autorise toutes les m&#233;diocres ambitions &#8211; le texte ne laisse pas grand monde indemne.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Le merveilleux est partout &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dernier jalon du parcours de P&#233;ret : le rapport aux mythes. Chaque fois qu'il se rend au Mexique ou au Br&#233;sil, c'est aussi en tant que surr&#233;aliste. C'est-&#224;-dire en tant que po&#232;te, fort de sa conviction po&#233;tique. C'est aussi cela qui le rend irr&#233;ductible. Son s&#233;jour au Mexique est ainsi pour lui un v&#233;ritable voyage d'initiation. D&#232;s 1942, il se lance dans la r&#233;daction de l'&lt;i&gt;Anthologie des mythes et l&#233;gendes et contes populaires d'Am&#233;rique&lt;/i&gt;, qu'il ne finit que treize ans plus tard, peu de temps avant sa mort. C'est dans la pr&#233;face &#224; cet ouvrage, connue s&#233;par&#233;ment, sous le nom de &#171; La parole est &#224; P&#233;ret &#187;, qu'il formule le plus clairement le rapport qu'il &#233;tablit entre le mythe et la po&#233;sie : &#171; &lt;i&gt;Le merveilleux, je le r&#233;p&#232;te, est partout de tous les instants. C'est, ce devrait &#234;tre la vie elle-m&#234;me, &#224; condition cependant de ne pas rendre cette vie d&#233;lib&#233;r&#233;ment sordide comme s'y ing&#233;nie cette soci&#233;t&#233; avec son &#233;cole, sa religion, ses tribunaux, ses guerres, ses occupations et lib&#233;rations, ses camps de concentration et son horrible mis&#232;re mat&#233;rielle et intellectuelle. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benjamin P&#233;ret s'&#233;teint le 18 septembre 1959. Sur sa tombe, &#224; c&#244;t&#233; de celle de son ami Andr&#233; Breton, on peut lire : &#171; &lt;i&gt;Je ne mange pas de ce pain-l&#224;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Donato&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Revenir &#224; Noailles</title>
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		<dc:creator>Dominique Carpentier</dc:creator>


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&lt;p&gt;Le 5 novembre 2018, l'effondrement de deux immeubles de la rue d'Aubagne causa huit morts, comme autant de marques ind&#233;l&#233;biles sur le quartier de Noailles. Mais la secousse n'en finit pas de toucher les habitants du Marseille populaire, expuls&#233;s comme des fautifs de leur logement insalubre, apr&#232;s des ann&#233;es d'inertie municipale. T&#233;moignage d'un habitant nostalgique du foisonnement de son immeuble, Tour de Babel d&#233;cr&#233;pite. Mars 2019. Voil&#224; deux mois d&#233;j&#224; que nous avons &#233;t&#233; d&#233;log&#233;s. Un matin (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no175-avril-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;175 (avril 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Caroline-Biscarrat" rel="tag"&gt;Caroline Biscarrat&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-immeuble" rel="tag"&gt;l'immeuble&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 5 novembre 2018, l'effondrement de deux immeubles de la rue d'Aubagne causa huit morts, comme autant de marques ind&#233;l&#233;biles sur le quartier de Noailles. Mais la secousse n'en finit pas de toucher les habitants du Marseille populaire, expuls&#233;s comme des fautifs de leur logement insalubre, apr&#232;s des ann&#233;es d'inertie municipale. T&#233;moignage d'un habitant nostalgique du foisonnement de son immeuble, Tour de Babel d&#233;cr&#233;pite.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2940 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;82&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH321/-1183-cdc3d.jpg?1782962110' width='500' height='321' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Dans l'immeuble en question. Noailles, Marseille, 2019. Photo Caroline Biscarrat
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;M&lt;/span&gt;ars 2019. Voil&#224; deux mois d&#233;j&#224; que nous avons &#233;t&#233; d&#233;log&#233;s. Un matin de janvier, pompiers, policiers, experts, membres du syndic, agents municipaux ainsi qu'une poign&#233;e de propri&#233;taires nous ont donn&#233; une heure pour ramasser nos effets personnels et quitter l'immeuble &lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;but avril 2019, plus de 2 400 personnes avaient ainsi &#233;t&#233; &#233;vacu&#233;es &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une panique savamment orchestr&#233;e, nous nous croisions dans les escaliers mena&#231;ants. Les minibus du Samu social nous attendaient pour nous conduire dans diff&#233;rents h&#244;tels. Nous enfournions sacs mal ficel&#233;s, cabas et valises dans les coffres. Le fils de ma voisine du dessus, autiste, avait perdu de vue sa m&#232;re. Il se pr&#233;cipita dans le v&#233;hicule o&#249; j'avais pris place. Il s'accrochait &#224; moi en hurlant. J'&#233;tais son seul rep&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Vie suspendue&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Deux mois se sont &#233;coul&#233;s et je retrouve l'immeuble dans lequel j'ai v&#233;cu durant quinze ans, qu'une poign&#233;e d'ouvriers sont charg&#233;s de remettre en &#233;tat. Les gravats des plafonds d&#233;fonc&#233;s se sont r&#233;pandus sur les meubles. Le plus choquant, c'est cette impression que tout s'est arr&#234;t&#233;, fig&#233; par cet exil forc&#233;. Certains ont fui sans m&#234;me avoir eu le temps de faire la vaisselle. Il y a plein d'objets du quotidien, des traces d'une vie soudain suspendue. Et pourtant avant cette glaciation d&#233;cid&#233;e par arr&#234;t&#233; municipal, les lumi&#232;res faisaient de ce lieu une sorte de foisonnement...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au premier &#233;tage, une femme originaire du Cap-Vert vivait seule avec son fils handicap&#233;. Mais il y avait toujours du monde chez elle. Maria me h&#233;lait pour l'aider &#224; remplir des papiers auxquels elle ne comprenait rien. En &#233;change, elle m'offrait un verre de ce rhum arrang&#233; qui me fracassait la t&#234;te d&#232;s dix heures du matin. Elle m'invitait souvent &#224; des f&#234;tes o&#249; je me retrouvais le seul Blanc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En face de chez elle, une succession de locataires a d&#233;fil&#233;. Il y eut d'abord cette famille mouride, une confr&#233;rie musulmane du S&#233;n&#233;gal, tr&#232;s ax&#233;e sur le commerce et qui ach&#232;te &#224; vil prix des gadgets en Italie, qu'elle revend &#224; la sauvette. Et puis, venues du Portugal, des ni&#232;ces de Maria prirent leur place, jusqu'&#224; cette famille qui donna au lieu des allures de bonbonni&#232;re. Elle n'&#233;chappa pas &#224; l'expulsion ni au marteau piqueur, qui martyrisera la d&#233;coration joyeuse qui faisait &#233;clater les couleurs.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Marchands de pain et de sommeil&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au deuxi&#232;me &#233;tage, les familles qui se sont succ&#233;d&#233; &#233;taient toutes originaires du Maghreb. Le moment du ramadan &#233;tait une f&#234;te. En &#233;change de quelques services, d'&#233;changes et d'informations, la porte &#233;tait toujours ouverte et la table garnie. Dora, une petite fille aux yeux p&#233;tillants, ses deux fr&#232;res et sa maman furent les derniers occupants de cet appartement dont le propri&#233;taire poss&#233;dait des dizaines de taudis dans le quartier. Le boulanger ! Outre le fait que son pain est infect, il m&#232;ne son personnel &#224; la baguette (d&#233;formation professionnelle ?). Surtout, il devient facilement mena&#231;ant quand ses locataires rechignent &#224; payer leur loyer &#8211; &lt;i&gt;sous pr&#233;texte&lt;/i&gt; d'une fuite d'eau, d'un plancher qui s'effondre, d'un plafond dont les plaques de pl&#226;tre viennent s'&#233;craser sur le mobilier, de moisissures sur les murs ou encore du saturnisme dont souffre le petit dernier, en raison des peintures au plomb jamais remplac&#233;es...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le palier d'en face, une famille de trois g&#233;n&#233;rations, compos&#233;e de six personnes, occupait un espace minuscule. Le p&#232;re quittait le domicile t&#244;t le matin. Je ne le rencontrais qu'occasionnellement, mais depuis l'effondrement du 5 novembre, il &#233;tait inquiet. &#171; &lt;i&gt;S'ils ne font rien, nous subirons bient&#244;t le m&#234;me sort. Je travaille dans le b&#226;timent et je ne suis pas tranquille dans cet immeuble. &lt;/i&gt; &#187; D&#233;sormais un immense poste de t&#233;l&#233;vision tr&#244;ne esseul&#233; dans ce qui fut &#224; la fois le salon, la salle &#224; manger et une chambre am&#233;nag&#233;e. Quelques sacs &#233;normes reposent &#224; m&#234;me le plancher : ce qu'on n'a pas pu r&#233;cup&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au troisi&#232;me &#233;tage, Setti &#233;tait l'historique de l'immeuble. Elle habitait ici depuis plus d'un quart de si&#232;cle. Elle a vu les locataires se succ&#233;der, les fuites d'eau lui pourrir la vie, l'habitat se d&#233;grader... Volontaire, elle n'a jamais cess&#233; de r&#233;clamer ses droits aupr&#232;s des autorit&#233;s, rest&#233;es sourdes malgr&#233; ses nombreuses relances. Lorsqu'elle s'absentait pour l'Alg&#233;rie, je lui rendais de menus services. &#192; son retour, elle me faisait toujours des cadeaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant l'appartement de l'autre c&#244;t&#233; de mon palier, il y eut toujours une sorte de myst&#232;re. Il appartenait au pizzaiolo officiant au rez-de-chauss&#233;e. Si le pain du boulanger &#233;tait particuli&#232;rement mauvais, les pizzas de son voisin lui faisaient concurrence. La p&#226;te &#233;tait molle et la garniture sortait d'&#233;normes bo&#238;tes de conserve peu rago&#251;tantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a jamais vraiment eu de locataire fixe. Plut&#244;t un d&#233;fil&#233; d'hommes c&#233;libataires, souvent jeunes, qui n'occupaient les lieux que quelques nuits. Il en fut ainsi d'un colosse blond que je pris pour un travailleur d&#233;tach&#233; venu des pays de l'Est. On se saluait sans autre forme de politesse. Un soir un &#233;norme vacarme se produisit. L'homme martelait la porte de grands coups de pieds. Le mur de la cage d'escalier tremblait. La porte ne c&#233;da pas, mais son chambranle vola en &#233;clat. Les briques et le pl&#226;tre form&#232;rent un trou b&#233;ant. Le g&#233;ant p&#233;n&#233;tra dans ce qui fut un moment son refuge. &#171; &lt;i&gt;Ce salaud m'a confisqu&#233; la cl&#233; et j'ai toutes mes affaires &#224; l'int&#233;rieur ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne revis jamais cet homme, pas plus qu'aucun autre locataire. Mais &#224; partir de cet incident, le pizzaiolo entreprit des travaux qui fragilis&#232;rent un peu plus &#224; la fois mon appartement &#8211; mitoyen &#8211; et celui de Setti, situ&#233; juste en dessous.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;D&#233;g&#226;ts &#224; tous les &#233;tages&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le cinqui&#232;me et dernier &#233;tage est sans doute celui qui fourmille le plus d'anecdotes. Au moment de mon installation, il &#233;tait occup&#233; par une famille comorienne. Le p&#232;re travaillait dans la cuisine d'un restaurant touristique du Vieux-Port. Ses conditions de travail &#233;taient indignes, ses heures &#233;lastiques et son salaire d&#233;risoire. La m&#232;re restait souvent seule &#224; la maison pour s'occuper des quatre enfants en bas &#226;ge. Seul l'a&#238;n&#233;, Issac, &#233;tait scolaris&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un midi, je croisai Issac qui pleurait dans les escaliers. Sa maman avait oubli&#233; d'aller le chercher &#224; l'&#233;cole. Petit bout d'&#224; peine plus de six ans, il ne savait pas quoi faire ni o&#249; aller alors que l'&#233;cole ne reprenait qu'&#224; 13 h 30. Issac, mon fils L&#233;o et moi avons partag&#233; le repas. Les larmes avaient s&#233;ch&#233; et une grande complicit&#233; &#233;tait n&#233;e entre nous. C'est donc avec une sorte de d&#233;chirement que j'assistai &#224; leur d&#233;m&#233;nagement dans un appartement plus grand &#224; un saut de puce de l&#224;, rue du Mus&#233;e. On se revoit de loin en loin. Issac est devenu un grand jeune homme au sourire toujours charmant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une famille s&#233;n&#233;galaise s'installa &#224; leur place. Il n'y avait pas de p&#232;re. Juste une femme et ses deux filles. Je croisais souvent cette voisine pour remplir des constats &#8211; les inondations du plafond de ma cuisine se faisant r&#233;currentes au point que mon assurance se lassa de devoir payer les d&#233;g&#226;ts des eaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles partirent &#224; la fin de 2016, rapidement remplac&#233;es par une autre famille venue d'Alg&#233;rie. En janvier 2017, j'entendis les cris de la m&#232;re au-dessus de ma t&#234;te. Son fils, autiste, venait de traverser le plancher de la cuisine. On appela les pompiers qui assur&#232;rent le relogement de la famille, le temps que le propri&#233;taire fasse les r&#233;parations. Ce fut le d&#233;but de notre longue descente aux enfers...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 26 mai 2018, un premier arr&#234;t&#233; constatant l'insalubrit&#233; de l'immeuble fut pris par la mairie, mettant en demeure le syndic de proc&#233;der &#224; des travaux dans les parties communes dans un d&#233;lai de deux mois. Il resta sans r&#233;ponse jusqu'au drame de la rue d'Aubagne, le 5 novembre. On assista alors au d&#233;fil&#233; des sp&#233;cialistes, et m&#234;me du syndic sur lequel on put enfin mettre un visage. Le 27 d&#233;cembre, un message des pompiers m'intimait l'ordre d'ouvrir mon logement. En voyage, loin de Marseille, je ne r&#233;pondis pas &#224; cette injonction... Ce fut le dernier message avant notre &#233;vacuation.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Dominique Carpentier&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; lire aussi&lt;/h3&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/Zineb-Redouane-notre-d-r-ame' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La police tue, la justice tra&#238;ne : Zineb Redouane, notre d(r)ame&lt;/a&gt; &gt;&lt;/strong&gt; Touch&#233;e par une grenade lacrymog&#232;ne le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre, jour de manifestation contre le logement indigne &#224; Marseille, Zineb Redouane s'est &#233;teinte le lendemain &#224; l'h&#244;pital. Sa fille Milfet se bat pour que justice soit faite et que cesse l'ind&#233;cent d&#233;ni politique autour des causes de sa mort.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/A-Marseille-la-mairie-s-effondre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Urbanisme et catastrophe : &#224; Marseille, la mairie s'effondre et la ville se soul&#232;ve&lt;/a&gt; &gt;&lt;/strong&gt; Huit morts sous les d&#233;combres. Pourtant, pas de bombardier am&#233;ricain &#224; l'horizon, ni de dynamiteur allemand&#8230; Juste des sp&#233;culateurs, publics et priv&#233;s. Mais qu'on &#233;rige un mur de b&#233;ton autour de la Plaine pour imposer un chantier hostile ou qu'on laisse pourrir un quartier jusqu'&#224; l'effondrement de deux immeubles sur ses habitants, c'est d'une m&#234;me guerre qu'il s'agit. Celle que m&#232;ne la mairie au Marseille populaire. &#192; Noailles, huit personnes en sont mortes, &#233;cras&#233;es sous les gravats et le m&#233;pris. &#192; l'effroi a succ&#233;d&#233; la col&#232;re. Et un constat qui se propage : l'injustice n'a que trop dur&#233;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/Vent-de-panique-effet-d-aubaine' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Vent de panique, effet d'aubaine&lt;/a&gt; &gt;&lt;/strong&gt; Et si la catastrophe de Noailles permettait &#224; la mairie de Marseille de r&#233;aliser enfin la gentrification massive dont elle r&#234;ve ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D&#233;but avril 2019, plus de 2 400 personnes avaient ainsi &#233;t&#233; &#233;vacu&#233;es &#224; la va-vite depuis le 5 novembre 2018. Leur prise en charge s'est ensuite souvent r&#233;v&#233;l&#233;e d&#233;faillante [&lt;i&gt;NDLR&lt;/i&gt;].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#171; Les Gilets jaunes m'ont apport&#233; une paix int&#233;rieure et un gros bordel dans ma t&#234;te &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Les-Gilets-jaunes-m-ont-apporte</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lady Py&#233;lo</dc:creator>


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&lt;p&gt;&#171; Gilets jaunes, quel est votre m&#233;tier ? &#8211; Ahou ahou ! &#187;, r&#233;pond &#224; pleine gorge ma m&#232;re en t&#234;te de cort&#232;ge de la manifestation toulousaine, ce samedi d'Acte XVIII. Quelques minutes plus tard, je l'entends gueuler le sourire aux l&#232;vres : &#171; Il fait beau, il fait chaud, sortez les canons &#224; eau... &#187; Et quand on passe devant les CRS qui gardent farouchement l'entr&#233;e de la Chambre de commerce, elle beugle sourcils fronc&#233;s : &#171; Tout le monde d&#233;teste la police &#187;. OK. Il y a quelque chose qui a boug&#233;. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Gilets jaunes, quel est votre m&#233;tier ?&lt;/i&gt; &#8211; &lt;i&gt;Ahou ahou !&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;pond &#224; pleine gorge ma m&#232;re en t&#234;te de cort&#232;ge de la manifestation toulousaine, ce samedi d'Acte XVIII. Quelques minutes plus tard, je l'entends gueuler le sourire aux l&#232;vres : &#171; &lt;i&gt;Il fait beau, il fait chaud, sortez les canons &#224; eau...&lt;/i&gt; &#187; Et quand on passe devant les CRS qui gardent farouchement l'entr&#233;e de la Chambre de commerce, elle beugle sourcils fronc&#233;s : &#171; &lt;i&gt;Tout le monde d&#233;teste la police&lt;/i&gt; &#187;. OK. Il y a quelque chose qui a boug&#233;. Et &#231;a a l'air sacr&#233;ment profond. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2890 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH400/-1134-222c4.jpg?1782638959' width='400' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Baptiste Alchourroun
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;J&lt;/span&gt;e n'aurais jamais pens&#233; me retrouver l&#224;, au c&#244;t&#233; de ma m&#232;re, environn&#233;e de beaux jets de canettes. Le mouvement des Gilets jaunes est pass&#233; par l&#224; : un rouleau compresseur pour elle, qui n'a jamais fait partie d'un syndicat ou d'un parti politique, mais surtout un joyeux bordel dans sa t&#234;te. C'est beau &#224; voir et j'ai envie d'en parler avec elle. Parce qu'il n'y a pas que sur les ronds-points que les langues se sont d&#233;li&#233;es, mais aussi dans la vie intime, avec les amis et... ma m&#232;re. Questions et r&#233;ponses.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le mouvement des Gilets jaunes commence le 17 novembre par un blocage des ronds-points. Comment tu le vois au d&#233;but ? Pourquoi d&#233;cides-tu d'y prendre part, alors qu'&#224; 58 ans tu n'as jamais manifest&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comme beaucoup de monde, je n'ai pas pris tout de suite la mesure de ce qui se passait. Je voyais surtout une lutte pour le pouvoir d'achat. une lutte importante pour les gens pour qui un euro, &#231;a compte, mais je ne m'y retrouvais pas compl&#232;tement. Je me disais qu'on allait leur l&#226;cher trois pi&#232;ces et que tout le monde rentrerait &#224; la niche. Tr&#232;s vite, les revendications sont all&#233;es bien plus loin que le carburant, si bien que pour la premi&#232;re fois de ma vie, j'ai d&#233;cid&#233; de descendre dans la rue car quelque chose de profond &#233;tait en train de se jouer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment s'est pass&#233;e ta toute premi&#232;re manifestation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#199;a a &#233;t&#233; une vraie r&#233;v&#233;lation. Jamais je n'aurais pens&#233; que &#231;a pouvait faire autant de bien de sentir cette chaleur, cet esprit de r&#233;sistance collective. Lors de ma premi&#232;re manif, le 8 d&#233;cembre &#224; Marseille, je d&#233;barque toute seule. Je fais d'abord un bout de la Marche pour le climat et je converge ensuite avec les Gilets jaunes. C'est tr&#232;s festif, je m'&#233;clate. Et puis je me retrouve devant le commissariat de Noailles avec l'impression que c'est la guerre. Je n'avais jamais v&#233;cu de sc&#232;nes d'&#233;meutes et je n'en mesurais absolument pas les risques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sormais, &#231;a fait dix-huit samedis que je manifeste. Malgr&#233; les violences polici&#232;res et la peur, je ne peux pas quitter ces marches. J'aurais l'impression de trahir. Je vois tous ces gens tellement courageux, r&#233;sistants, et je ne peux pas imaginer que tout le monde rentre &#224; la maison parce qu'on nous aura l&#226;ch&#233; un peu moins d'imp&#244;ts... &#192; Toulouse, il y a tous les jours des actions, des assembl&#233;es, des blocages. Les Gilets jaunes ne sont pas tr&#232;s nombreux, ils vont souvent au casse-pipe, se font maltraiter. Pour tous ces gens, il ne faut pas l&#226;cher. Il n'en est pas question, d'autant qu'on arrive au bout d'un syst&#232;me o&#249; l'on s'autod&#233;truit ; des centaines de revendications convergent. Jusqu'ici, chacun &#233;tait dans ses gal&#232;res, ses souffrances, ses fins de mois difficiles, sa col&#232;re. On a d&#233;sormais pris conscience de notre force et de la l&#233;gitimit&#233; de notre parole. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce qui fait que toi, venant plut&#244;t de la classe moyenne, tu te reconnais dans les revendications&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;des Gilets jaunes ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai l'impression d'avoir touch&#233; du doigt une r&#233;alit&#233; dont je n'avais qu'une vision th&#233;orique. &#201;videmment la pr&#233;carit&#233; me parlait d&#233;j&#224;, mais j'ai l'impression de la comprendre davantage maintenant, en lisant des t&#233;moignages de gens qui racontent leur quotidien et en faisant des rencontres chaque semaine en manifestant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une conversation courante, on se demande ce qu'on fait comme boulot. Dans les manifs Gilets jaunes, ce n'est pas le cas. On se fout d'o&#249; tu viens, de qui tu es, de ce que tu fais dans la vie. C'est tellement bon de r&#233;pondre &#8220;&lt;i&gt;Ahou Ahou&lt;/i&gt;&#8221; quand on te demande quelle est ta profession. Et puis, il y a une gentillesse et une solidarit&#233; extraordinaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment se traduit cette fraternit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a pas une manif o&#249; je n'en ai pas b&#233;n&#233;fici&#233;. On a connu des moments tr&#232;s chauds &#224; Toulouse. Mon premier samedi ici, le 15 d&#233;cembre, on nous a clairement emp&#234;ch&#233;s de manifester. Au bout d'une heure, on &#233;tait pris en &#233;tau : d'un c&#244;t&#233; une pluie de gaz lacrymog&#232;nes, de l'autre le canon &#224; eau. J'ai pris conscience des risques : quand il y a des mouvements de foule dans les petites rues, &#231;a devient tr&#232;s sportif. Les CRS et la Bac sont toujours &#224; proximit&#233; imm&#233;diate du cort&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis retrouv&#233;e &#224; plusieurs reprises dans des situations extr&#234;mement tendues. D&#233;nu&#233;e d'exp&#233;rience, j'avais tr&#232;s peur, j'&#233;touffais. Mais il y a toujours cinq ou six personnes qui font gaffe &#224; toi. Qui te voient affaiblie et qui viennent te parler, prendre soin de toi, te mettre du Maalox sur le visage. Des jeunes, des moins jeunes et pas forc&#233;ment des &lt;i&gt;street medics&lt;/i&gt;. une fois, sur le pont Neuf, un jeune homme est venu me dire que ma capuche &#233;tait mal ajust&#233;e et que s'il y avait un jet de lacrymog&#232;nes, le palet pouvait se coincer dedans. Il m'a simplement retourn&#233; la capuche et m'a souhait&#233; une bonne manif. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En quoi ces samedis ont-ils modifi&#233; ton rapport &#224; la police ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je ne pourrai plus jamais les voir de la m&#234;me fa&#231;on. J'ai un sentiment de haine visc&#233;rale. une rage. Je les ai vus faire tellement de d&#233;gueulasseries... Chaque semaine, on se fait traiter comme des chiens. Ils gazent alors qu'il y a des passants, des gamins. une fois m&#234;me dans le m&#233;tro : les usagers se sont retrouv&#233;s coinc&#233;s &#224; l'int&#233;rieur et ce sont les Gilets jaunes qui ont fait tomber la grille pour les lib&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les plus odieux, ce sont ceux de la Bac. On dirait qu'ils y prennent du plaisir. Avant d'avoir vu des chiens enrag&#233;s courir apr&#232;s des gens, tu ne peux pas imaginer que ce sont des chiens enrag&#233;s. Quelle gloire &#224; aller sauter sur un jeune &#224; dix contre un, &#224; le tabasser, &#224; l'humilier en lui mettant la chaussure sur la gueule ? Je comprends mieux maintenant la haine que ressentent les gens dans les quartiers populaires. Eux qui les ont sur le dos depuis des dizaines et des dizaines d'ann&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment te positionnes-tu par rapport aux pratiques plus &#233;meuti&#232;res qui sont pr&#233;sentes dans ces manifestations Gilets jaunes, particuli&#232;rement &#224; Toulouse et &#224; Paris pour l'acte XVIII ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je n'avais jamais cautionn&#233; la violence avant les Gilets jaunes. Mais d&#232;s ma deuxi&#232;me manifestation, quand j'ai vu les flics ouvrir le canon &#224; eau sur des gens assis dans la rue, c'&#233;tait fini pour moi. La violence est de leur c&#244;t&#233;. Pour moi, &#231;a a &#233;t&#233; une prise de conscience &#233;norme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi des choses plus joyeuses. J'adore par exemple voir des gens taguer des slogans lors de ces manifestations. Sur &#231;a aussi, j'ai &#233;volu&#233;. C'est de la po&#233;sie urbaine, c'est pertinent. Le &#8220;&lt;i&gt;Toc toc Moudenc &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Luc Moudenc, maire (LR) de Toulouse&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;i&gt;, on arrive&lt;/i&gt;&#8221; tagu&#233; sur la porte du Capitole avec un petit feu devant, c'&#233;tait g&#233;nial, inventif. Les banques, les assurances, l'immobilier, je suis pour attaquer ces symboles. Quand il y a eu un saccage de deux banques sur la grande rue commer&#231;ante du centre-ville, j'&#233;tais l&#224;, en soutien, &#224; admirer et je l'avoue, &#224; prendre pas mal mon pied. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu travailles en &#233;cole de commerce, un milieu que tu as toujours consid&#233;r&#233; comme tr&#232;s hostile. Comment g&#232;res-tu le retour au boulot le lundi matin ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#199;a a &#233;t&#233; tr&#232;s compliqu&#233; &#224; g&#233;rer pendant deux mois. Tous les matins, c'&#233;tait un effort monstrueux pour aller au boulot. J'ai toujours beaucoup lutt&#233; &#224; l'int&#233;rieur de cette institution : je suis souvent mont&#233;e au cr&#233;neau, j'ai m&#234;me fait un proc&#232;s que j'ai gagn&#233;. Chaque fois qu'un coll&#232;gue subit une injustice, j'essaye de le d&#233;fendre. J'y ai pass&#233; beaucoup d'&#233;nergie, presque en vain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis voil&#224;, merci les Gilets jaunes, vous m'avez permis de l&#226;cher, de prendre du recul. Quand les coll&#232;gues me demandent : &#8220;&lt;i&gt;Comment tu vas aujourd'hui ?&lt;/i&gt;&#8221;, je r&#233;ponds que mon corps est l&#224; et qu'il va bien. J'y trouve encore un peu de sens parce que mon boulot c'est d'aider des &#233;tudiants en reconversion. Certains sont dans la gal&#232;re, notamment pas mal de m&#232;res de famille qui reprennent les &#233;tudes. Mais &#224; l'heure actuelle, j'ai vraiment la t&#234;te ailleurs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alors que tu n'avais jamais utilis&#233; les r&#233;seaux sociaux, tu t'es retrouv&#233;e &#224; g&#233;rer la page Facebook &#171; Gilets jaunes Toulouse &#187;. Or l'actualit&#233; sur le mouvement est tellement mal trait&#233;e dans les m&#233;dias &lt;i&gt;main-stream&lt;/i&gt; que la plupart des Gilets jaunes s'informent sur ces r&#233;seaux sociaux, qui drainent aussi &#233;norm&#233;ment de contenus fachos, complotistes et haineux. Est-ce que tu y es confront&#233;e sur cette page ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai d'abord bien senti que j'&#233;tais ignorante sur plein de choses : les &#8220;fa&#8221; [&lt;i&gt;fascistes&lt;/i&gt;], les &#8220;antifas&#8221; [&lt;i&gt;antifascistes&lt;/i&gt;], les &#8220;ACAB&#8221; [&#8220;&lt;i&gt;All cops are bastards&lt;/i&gt;&#8221;]... Pour moi, ces mots n'avait aucune signification. Quand il fallait valider des profils de gens, je ne savais pas d&#233;coder si c'&#233;tait un facho. Donc, il a fallu que j'apprenne. J'ai beaucoup lu et mon entourage m'a aid&#233;. Quand j'ai des doutes sur la personne et le contenu, on en discute dans le groupe. On re&#231;oit &#233;videmment pas mal de contenus craignos et fachos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a beaucoup &#233;volu&#233; sur cette page, &#224; l'image du mouvement. La violence, on l'a condamn&#233;e, mais maintenant les Gilets jaunes eux-m&#234;mes ne la condamnent plus. On se sent tellement d&#233;grad&#233;s, manipul&#233;s et violent&#233;s que la perception de la violence a carr&#233;ment &#233;volu&#233; chez les non-violents. C'est ce qu'on a vu sur la journ&#233;e du 16 mars : la plupart soutiennent le saccage des Champs-&#201;lys&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a eu l'id&#233;e, dans ce groupe Facebook, d'aller &#224; la rencontre de gens dans les quartiers populaires... &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est quelqu'un du groupe qui a propos&#233; un tractage dans les quartiers populaires. On &#233;tait plusieurs &#224; s'&#234;tre port&#233;s volontaires. Et puis, j'ai pris du recul. Les gens qui vivent dans ces quartiers ont &#233;t&#233; tellement maltrait&#233;s qu'ils n'ont pas du tout envie qu'on vienne leur servir la soupe avec nos tracts. Je n'ai pas envie d'&#234;tre cette avant-garde &#233;clair&#233;e qui va pr&#234;cher la bonne parole. Forc&#233;ment, on a eu des r&#233;actions du type : &#8220;&lt;i&gt;Ah, vous vous rendez compte qu'on existe quand vous avez besoin de nous !&lt;/i&gt;&#8221; C'est normal. Personne ne disait rien quand ils &#233;taient arr&#234;t&#233;s tous les jours dans la rue parce qu'ils avaient des gueules d'arabes. Difficile de leur demander de faire le nombre dans ces conditions. Ils ont eu raison de nous dire d'aller nous faire voir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment envisages-tu la suite du mouvement ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les Gilets jaunes occupent les trois quarts de mon cerveau. Il me reste pas grand chose pour le reste ! Je suis &#224; la fois tr&#232;s inqui&#232;te et remplie d'espoir. Pour la premi&#232;re fois, je me dis qu'il peut se passer quelque chose. On est dans l'utopie la plus compl&#232;te, mais on n'a plus le choix : il faut renverser le syst&#232;me capitaliste. Il faut arr&#234;ter de mettre les valeurs &lt;i&gt;travail &lt;/i&gt;et &lt;i&gt;rentabilit&#233;&lt;/i&gt; au centre de l'Homme. Malheureusement on est dans un vide id&#233;ologique intersid&#233;ral et je ne vois rien qui nous permettrait de nous &#233;chapper de ce qu'on conna&#238;t &#224; l'heure actuelle. Ou alors, il faut que j'apprenne et que je lise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement des Gilets jaunes a chang&#233; ma vie en profondeur. Il m'a apport&#233; &#224; la fois une paix int&#233;rieure extr&#234;mement agr&#233;able &#8211; et un gros bordel dans ma t&#234;te. J'ai parfois m&#234;me l'impression que mon cerveau va exploser parce que j'ai trop de choses &#224; apprendre en si peu de temps. C'est inimaginable ce que les Gilets jaunes ont mis en place en l'espace de deux semaines : blocages &#233;conomiques, manifestations sauvages, baraquements sur les ronds-points, caisses de soutien. Et puis, je sais que c'est d&#233;risoire, mais la premi&#232;re fois que j'ai gueul&#233; &#8220;&lt;i&gt;Anticapitaliste&lt;/i&gt;&#8221;, &#231;a montait du fond de mon ventre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a &#233;videmment le risque que ces manifs deviennent un rituel, mais pour l'instant, elles restent int&#233;ressantes : je n'en n'ai jamais v&#233;cu deux pareilles. &#192; chaque fois, il y a des rencontres, des parcours, des symboles diff&#233;rents. Je n'ai pas encore senti de lassitude en me disant : &#8220;&lt;i&gt;&#192; 16 h, il y a l'h&#233;lico, &#224; 17 h, on se fait gazer&lt;/i&gt;&#8221;. Je trouve que les gens se r&#233;inventent. Chaque lundi, on se demande ce que &#231;a va donner le week-end d'apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me r&#233;jouis de cet acte XVIII et du saccage des Champs-&#201;lys&#233;es mais j'en ressors un peu inqui&#232;te. Je me demande comment &#231;a va &#234;tre moulin&#233; par les Gilets jaunes, les m&#233;dias, les politiques, quel arsenal r&#233;pressif ils vont sortir, quelle manipulation ils vont en faire. &#199;a peut &#234;tre un formidable espoir si les Gilets jaunes ne se d&#233;solidarisent pas, comme &#231;a peut signer l'arr&#234;t de mort du mouvement. Qui aurait dit qu'un jour, je me retrouverais &#224; exulter de joie devant les images du Fouquet's en flammes ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Lady Pyelo&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Jean-Luc Moudenc, maire (LR) de Toulouse&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La &#171; mama &#187; du Jargon</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/La-mama-du-Jargon</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard, Nicolas Norrito</dc:creator>


		<dc:subject>Yann Levy</dc:subject>
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		<dc:subject>M&#233;nilmontant</dc:subject>

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&lt;p&gt;Surnomm&#233;e la &#171; mama d'Action directe &#187; par les m&#233;dias et par les flics, Hellyette Bess est surtout l'infatigable animatrice de la biblioth&#232;que Le Jargon libre. Portrait. Les hauts de M&#233;nilmontant. Lundi 7 mars 2016. Les modestes locaux du Jargon libre donnent sur l'angle de la tr&#232;s anim&#233;e rue Henri-Chevreau, o&#249; les &#233;l&#232;ves du coll&#232;ge Jean-Baptiste-Cl&#233;ment &#8211; du nom du po&#232;te communard auteur du Temps des cerises &#8211; chahutent &#224; la sortie des classes. Au coin, un bidasse pi&#233;tine devant une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no142-avril-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;142 (avril 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Yann-Levy-81" rel="tag"&gt;Yann Levy&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Surnomm&#233;e la &#171; mama d'Action directe &#187; par les m&#233;dias et par les flics, Hellyette Bess
est surtout l'infatigable animatrice de la biblioth&#232;que Le Jargon libre. Portrait.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les hauts de M&#233;nilmontant. Lundi 7 mars 2016. Les modestes locaux du Jargon libre donnent sur l'angle de la tr&#232;s anim&#233;e rue Henri-Chevreau, o&#249; les &#233;l&#232;ves du coll&#232;ge Jean-Baptiste-Cl&#233;ment &#8211; du nom du po&#232;te communard auteur du &lt;i&gt;Temps des cerises&lt;/i&gt; &#8211; chahutent &#224; la sortie des classes. Au coin, un bidasse pi&#233;tine devant une cr&#232;che juive. Sur la vitrine de la biblioth&#232;que anarchiste, une affichette annonce la couleur : &#171; Lieu d'archives, d'&#233;tudes et de conspirations &#187;. Les &#233;tag&#232;res sont bien garnies et rang&#233;es selon les th&#233;matiques : &#171; Lutte arm&#233;e, r&#233;sistance, autonomie, prison, etc. &#187; On n'est pas chez M&#233;m&#233;, ici ! Hellyette Bess rit volontiers quand on lui annonce qu'on va la faire parler. De quoi ? Des livres, de l'aventure du Jargon libre, de son engagement, un peu d'elle. &#171; &lt;i&gt;Je n'ai absolument aucune conscience des dates ou des chiffres &lt;/i&gt; &#187;, pr&#233;cise-t-elle d'embl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2600 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-862-480ae.jpg?1783485518' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Yann Levy.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand commence son rapport aux livres ?&lt;/strong&gt; &#171; &lt;i&gt;D&#232;s l'enfance, j'ai eu envie de tout lire. Je prenais les classiques de mon fr&#232;re et de ma soeur a&#238;n&#233;s, &lt;/i&gt;Le Cid&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;Rom&#233;o et Juliette&lt;i&gt;, etc. Je trouvais &#231;a extraordinaire, alors que pour eux, c'&#233;tait la corv&#233;e. Je ne savais pas ne pas lire : si j'&#233;pluchais des l&#233;gumes sur un journal, je m'arr&#234;tais pour lire le journal d'abord. &lt;/i&gt; &#187; Durant la Seconde Guerre mondiale, la famille Bess s'&#233;loigne de Paris et rejoint Grenoble : &#171; &lt;i&gt;&#192; l'&#233;poque, j'&#233;tais chez les &#233;claireuses isra&#233;lites de France, puis chez les &#233;claireuses la&#239;ques, parce qu'on ne s'est pas &#8220;d&#233;clar&#233;s&#8221; &lt;/i&gt;[en tant que juifs aupr&#232;s des autorit&#233;s de Vichy]&lt;i&gt;. Je lisais Saint-Exup&#233;ry et les po&#232;mes d'Aragon, puis, apr&#232;s la guerre, Malraux et Camus. &lt;/i&gt; &#187; C'est le p&#232;re d'une amie, militant communiste, qui l'initie &#224; une litt&#233;rature plus r&#233;volutionnaire : &#171; &lt;i&gt;Je me pensais communiste par rapport au fascisme et &#224; la R&#233;sistance. Le p&#232;re de mon amie me donnait des livres et me demandait ce que j'en pensais. Au bout de deux ou trois bouquins, il m'a dit : &#8220;Mais Hellyette, t'es pas communiste, t'es anarchiste !&#8221; C'est donc un communiste qui m'a donn&#233; mon premier livre anarchiste : &lt;/i&gt;La Libert&#233; &lt;i&gt;de Bakounine ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pass&#233;e &#224; l'anarchie, elle s'affranchit au passage de son premier mariage.&lt;/strong&gt; &#171; &lt;i&gt;Je lisais &#233;norm&#233;ment d'ouvrages anarchistes et aussi surr&#233;alistes. &#192; l'&#233;poque, Andr&#233; Breton &#233;crivait dans &lt;/i&gt;Le Libertaire. &#187; Les jeunes libertaires qu'elle fr&#233;quente sont esp&#233;rantistes et &#171; ajistes &#187; &#8211; du Mouvement ind&#233;pendant des auberges de jeunesse (Miaj), qui scissionne en 1951 de la F&#233;d&#233;ration nationale des auberges de jeunesse, trop institutionnelle &#224; leur go&#251;t. Ainsi se constitue un r&#233;seau autog&#233;r&#233; d'usagers, sans subventions, &#171; &lt;i&gt;tr&#232;s solidaires, tr&#232;s internationalistes &lt;/i&gt; &#187;, dans lequel Hellyette voit &#171; &lt;i&gt;les anc&#234;tres des autonomes &lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;Pour un franc de location par an, on trouvait des baraques &#224; la campagne qu'on remontait compl&#232;tement. On soutenait les insoumis des guerres coloniales. On animait des cin&#233;-clubs. Il y avait beaucoup d'&#233;changes. Pour moi, c'est l&#224; que tout a germ&#233;. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 1968, &#224; la suite des gr&#232;ves de mai_juin, Hellyette &#171; &lt;i&gt;tombe malade officiellement &lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt; et ne se rend plus au boulot, ce qui lui permet de se d&#233;gager du temps libre. Elle s'occupe alors de Publico, la librairie de la F&#233;d&#233;ration anarchiste (FA). Mais les rapports avec certains membres parisiens de la FA se d&#233;t&#233;riorent, tandis qu'elle accueille des r&#233;volutionnaires de toutes sortes dans la librairie : &#171; &lt;i&gt;On m'a m&#234;me trait&#233;e de mao&#239;ste ! &lt;/i&gt; &#187; Elle se souvient d'une empoignade tr&#232;s vive avec Maurice Joyeux, alors membre influent de la FA, qui m&#232;ne une traque contre les d&#233;viances &#171; &lt;i&gt;marxistes &lt;/i&gt; &#187; au sein du mouvement : &#171; &lt;i&gt;On n'osait pas se frapper, mais on se tenait l'un l'autre, et on tournait en rond comme dans une danse... &lt;/i&gt; &#187; Hellyette b&#233;n&#233;ficie du soutien de figures du mouvement comme May Picqueray ou l'historien marseillais Ren&#233; Bianco. &#171; &lt;i&gt;Tout &#231;a a foutu une merde noire, il a fallu que je me barre parce que j'avais tout le temps quelqu'un sur le dos. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une nouvelle librairie ouvre au d&#233;but des ann&#233;es 1970&lt;/strong&gt;, rue de la Reine-Blanche dans le 13e &#8211; &#171; &lt;i&gt;C'est l'UMP maintenant &lt;/i&gt; &#187;, rigole-t-elle : le premier Jargon libre, dont les initiales rappellent celles des Jeunes libertaires. Durant une dizaine d'ann&#233;es, on y croise &lt;i&gt;&#171; des anars de tout poil, depuis les communistes libertaires jusqu'aux individualistes, des situationnistes autour de la revue &lt;/i&gt;L'Assommoir&lt;i&gt;, les Gouines rouges, les homosexuels du FHAR&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Front homosexuel d'action r&#233;volutionnaire.&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;i&gt;ou encore les autonomes de Jussieu &lt;/i&gt; &#187;. L'histoire de la librairie se m&#234;le aussi avec celles de certains courants clandestins de lutte arm&#233;e, et des &#171; &lt;i&gt;prisonniers r&#233;volutionnaires &lt;/i&gt; &#187; : les Gari&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Groupes d'action r&#233;volutionnaires internationalistes, qui luttaient contre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; ou Action directe (AD). &#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait une &#233;poque tr&#232;s bouillonnante et joyeuse &lt;/i&gt; &#187;, rappelle Hellyette. Le collectif se divise bient&#244;t sur le soutien &#224; apporter aux militants d'Action directe. Gilbert Roth&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notre ami Gilbert, qui animait le Centre international de recherches sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, alors compagnon d'Hellyette, publie en 1982 une tribune dans &lt;i&gt;Le Monde &lt;/i&gt;appelant &#224; se d&#233;solidariser des moyens violents employ&#233;s. Hellyette, elle, reste sur la m&#234;me ligne : la fid&#233;lit&#233; aux amis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 1984, elle se fait arr&#234;ter pour sa participation au groupe Action directe.&lt;/strong&gt; &#171; &lt;i&gt;C'est une suite logique, quand on milite &#224; c&#244;t&#233; de la l&#233;galit&#233;, on prend des risques, et on se doute qu'un jour ou l'autre, &#231;a va arriver. C'est aussi pour &#231;a que j'ai d&#233;cid&#233; que je n'aurai jamais d'enfants. &lt;/i&gt; &#187; Le Jargon libre est ferm&#233; par d&#233;cision du juge antiterroriste Jean-Louis Brugui&#232;re. Hellyette reste en prison jusqu'en 1989.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; sa sortie, apr&#232;s une interdiction de s&#233;jour de cinq ans, elle rentre &#224; Paris&lt;/strong&gt; et ouvre un nouveau Jargon libre &#224; proximit&#233; du boulevard Voltaire. &#192; l'&#233;poque, beaucoup craignent sa fr&#233;quentation : &#171; &lt;i&gt;On n'osait pas trop me tourner le dos ouvertement, mais je sentais bien que j'avais la gale AD. &lt;/i&gt; &#187; Durant une quinzaine d'ann&#233;es, le Jargon libre change de lieux au gr&#233; des opportunit&#233;s d'accueil. Du rez-de-chauss&#233;e de la Cit&#233; de l'Espoir &#224; Montreuil, Hellyette se souvient d'une cohabitation parfois compliqu&#233;e avec les jeunes des tours : &#171; &lt;i&gt;Les plus grands n'&#233;taient pas contents que j'habite l&#224; parce que &#231;a les g&#234;nait, alors ils mena&#231;aient les copains qui venaient me voir. Je leur ai parl&#233; un par un, ils ont vu qu'il y avait des affiches pour Mumia, des trucs sur la prison, ils ont compris et ils ne m'ont plus jamais fait chier. Les ados, il n'y avait rien &#224; faire, ils pissaient sur la vitrine tous les jours. Les filles, elles, ont &#233;t&#233; charmantes avec moi, elles venaient se r&#233;unir au fond du local, je leur pr&#234;tais des livres dont je n'attendais pas le retour&#8230; Le seul probl&#232;me, c'est quand elles t&#233;l&#233;phonaient en Afrique : j'ai jamais pu payer les factures ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Jargon est ensuite accueilli aux Condensateurs&lt;/strong&gt;, grand lieu collectif du bas-Montreuil, puis dans les locaux de la revue &lt;i&gt;Tiqqun&lt;/i&gt;, &#224; c&#244;t&#233; de l'&#233;glise Saint-Ambroise &#224; Paris, et &#224; nouveau &#224; Montreuil, &#224; La Parole errante. Des lieux avec beaucoup de passage et des centaines d'emprunts &#171; &lt;i&gt;sauvages &lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;&#192; part au local de &lt;/i&gt;Tiqqun&lt;i&gt;, o&#249; les gens respectaient le principe, il y a eu &#233;norm&#233;ment de vols ! J'ai r&#233;alis&#233; que je venais d'une autre &#233;poque, o&#249; les gens ne se piquaient pas entre eux. L&#224;, sous pr&#233;texte que &#8220;la propri&#233;t&#233; c'est le vol&#8221;, on piquait les bouquins du Jargon pour les revendre. Mais bon&#8230; &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le dernier Jargon libre en date ouvre ses portes en octobre 2011.&lt;/strong&gt; Ne b&#233;n&#233;ficiant d'aucune subvention ni recettes, le lieu a besoin de soutien pour payer le loyer, et organise des bourses aux livres ou des concerts, comme le 22 mars, &#224; La Parole errante, avec la repr&#233;sentation du spectacle musical &lt;i&gt;Putain de guerre&lt;/i&gt;, de Dominique Grange et Tardi, amis constants d'Hellyette. &#171; &lt;i&gt;Pour faire vivre le lieu, le mieux c'est de venir consulter. Maintenant, il y a des vieilles personnes du quartier qui viennent juste pour s'asseoir un peu. La premi&#232;re personne du quartier &#224; &#234;tre entr&#233;e dans le local, c'est un Black qui revient r&#233;guli&#232;rement pour consulter les livres sur le colonialisme. Je re&#231;ois aussi des jeunes chercheurs qui travaillent sur la violence politique des ann&#233;es 1970-1980 &#224; travers mes archives. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avant de nous quitter, nous commentons un bouquin sur le n&#233;gationnisme&lt;/strong&gt; dans les rayonnages. Hellyette nous confie &#224; propos de l'antis&#233;mitisme, sans jamais prononcer le mot, que &#171; &lt;i&gt;&#8220;&#231;a&#8221; &lt;/i&gt;[la] &lt;i&gt;rend dingue &lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;Je ne vais jamais plus dans une manif pour la Palestine, parce que j'ai d&#233;j&#224; entendu des trucs horribles, et je deviens folle&#8230; M&#234;me si c'est un copain qui gueule &#8220;&#231;a&#8221;, il prend mon poing dans la gueule ! Je suis contre tous les &#201;tats et Isra&#235;l est un &#201;tat imp&#233;rialiste ; on peut le critiquer, OK, mais faut pas d&#233;railler, et souvent &#231;a glisse trop facilement&#8230; &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Front homosexuel d'action r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Groupes d'action r&#233;volutionnaires internationalistes, qui luttaient contre le franquisme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Notre ami Gilbert, qui animait le Centre international de recherches sur l'anarchisme de Marseille, nous a quitt&#233;s le 14 avril 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Syrie : Le martyre de Yarmouk</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Syrie-Le-martyre-de-Yarmouk</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Syrie-Le-martyre-de-Yarmouk</guid>
		<dc:date>2018-02-25T07:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Glammour</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Omar Ibrahim</dc:subject>
		<dc:subject>jamais</dc:subject>
		<dc:subject>Camp</dc:subject>
		<dc:subject>Palestiniens</dc:subject>
		<dc:subject>jamais consid&#233;r&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>Abou Selma</dc:subject>
		<dc:subject>Yarmouk</dc:subject>
		<dc:subject>sommes jamais</dc:subject>
		<dc:subject>Damas</dc:subject>
		<dc:subject>peuple syrien</dc:subject>
		<dc:subject>Tra&#238;tres</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Nous, Palestiniens du camp, nous ne nous sommes jamais consid&#233;r&#233;s comme &#233;trangers au peuple syrien et les Syriens ne nous ont jamais consid&#233;r&#233; comme des intrus. &#192; Damas, quand la r&#233;volution a commenc&#233;, c'&#233;tait pour moi une occasion de retourner une dette envers un peuple qui a accueilli les Palestiniens depuis 1948 &#187;, raconte Abou Selma. &#171; Le r&#233;gime a d'abord cru qu'il pouvait continuer &#224; s'appuyer sur les organisations palestiniennes et notamment sur Ahmed Jibril du FPLP-CG, qui a (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/jamais-consideres" rel="tag"&gt;jamais consid&#233;r&#233;s&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/peuple-syrien" rel="tag"&gt;peuple syrien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Traitres" rel="tag"&gt;Tra&#238;tres&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2127 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH400/-402-2889b.jpg?1782641280' width='400' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Omar Ibrahim
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Nous, Palestiniens du camp, nous ne nous sommes jamais consid&#233;r&#233;s comme &#233;trangers au peuple syrien et les Syriens ne nous ont jamais consid&#233;r&#233; comme des intrus. &#192; Damas, quand la r&#233;volution a commenc&#233;, c'&#233;tait pour moi une occasion de retourner une dette envers un peuple qui a accueilli les Palestiniens depuis 1948&lt;/i&gt; &#187;, raconte Abou Selma. &#171; &lt;i&gt;Le r&#233;gime a d'abord cru qu'il pouvait continuer &#224; s'appuyer sur les organisations palestiniennes et notamment sur Ahmed Jibril du FPLP-CG, qui a toujours &#233;t&#233; vu comme un collabo d'Assad.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, en mai 2011, une partie de la population du camp, se retourne contre le FPLP, qu'elle tient pour responsable des victimes des manifestations de comm&#233;moration de la Nakba &#224; la fronti&#232;re isra&#233;lienne, sacrifi&#233;es &#224; une &#233;ni&#232;me man&#339;uvre politique de Bachar. &#171; &lt;i&gt;Nous nous sommes rendus au si&#232;ge du FPLP pour le saccager. Nous scandions &#8220;Un, un, un Palestiniens et Syriens sont un&#8221; et &#8220;Tra&#238;tres, Tra&#238;tres, Tra&#238;tres&#8221; contre les organisations politiques palestiniennes du camp. Yarmouk &#233;tait officiellement entr&#233; en r&#233;volution. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment ce camp de 250 000 habitants (dont 150 000 r&#233;fugi&#233;s palestiniens) en 2012 qui recouvre un quartier entier du sud de Damas, s'est retrouv&#233; d&#233;vast&#233; et r&#233;duit &#224; moins de 18 000 survivants aujourd'hui ? &#171; &lt;i&gt;Pour contrer l'Arm&#233;e syrienne libre, dont les effectifs grandissaient d&#233;j&#224; dans les quartiers voisins, Jibril a tent&#233; de cr&#233;er les chahibas, des milices charg&#233;es de provoquer enl&#232;vements, affrontements et tensions. Mais le camp est rest&#233; une importante base logistique et de soins pour les r&#233;sistants des autres quartiers. En d&#233;cembre 2012, Assad change de tactique et, apr&#232;s avoir maintenu l'ASL aux portes sud de Yarmouk, il l'attire dans le camp. Dans le m&#234;me temps, ses bombardements r&#233;p&#233;t&#233;s incitent les habitants les plus loyalistes &#224; fuir vers Damas, par l'unique point de passage au nord du camp. Il a utilis&#233; ensuite les chahibas pour bloquer la porte nord et assi&#233;ger la zone sud. Sans plus d'issues, les 50 000 personnes rest&#233;es &#224; Yarmouk apr&#232;s le passage des MIG sont prises au pi&#232;ge.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le camp devient alors le th&#233;&#226;tre de deux ann&#233;es de si&#232;ge impos&#233; par l'arm&#233;e : &#171; &lt;i&gt;En octobre 2013, il y eut le premier mort de faim, une enfant. Au total, il y a eu 172&#8200;morts de faim. Yarmouk c'est une zone urbaine, il n'y a pas d'agriculture, donc il n'y avait rapidement plus rien &#224; manger. On a fini par manger la mauvaise herbe qui pousse sur le palier des maisons. C'&#233;tait vendu 300&#8200;livres le kilo. Les familles pauvres la mangeaient en salade, les autres, qui arrivaient &#224; en acheter 2 kg par jour, la mangeaient bouillie et rebouillie. On tombait malades au bout de quinze jours.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'offensive de Daech dans Yarmouk, au 1er avril 2015, qui finit d'achever toute forme de r&#233;sistance. Apr&#232;s d'intenses combats, b&#233;n&#233;ficiant vraisemblablement d'un retournement d'alliance de son rival, Jabhat Al-Nosra, Daech prend le contr&#244;le de 90 % du camp. En moins de dix jours, plus de 38&#8200;civils et combattants auraient &#233;t&#233; ex&#233;cut&#233;s ou d&#233;capit&#233;s par les djihadistes, selon l'OSDH (Observatoire syrien des droits de l'homme), dont plusieurs membres du principal groupe palestinien d'opposition, Aknaf Beit Al-Maqdis. Les t&#233;moignages affirment que 75&#8200;civils et enfants sont emprisonn&#233;s dans une &#233;cole, d'autres sont port&#233;s disparus. Pour beaucoup d'observateurs, il est impossible que les combattants de Daech, qui ne tenaient aucune position &#224; Yarmouk comme dans la banlieue de Damas, aient pu investir ce quartier assi&#233;g&#233;, sans la complicit&#233; de l'arm&#233;e qui en contr&#244;lait les trois entr&#233;es. Le dictateur y aurait trouv&#233; son int&#233;r&#234;t &#224; la fois pour briser la r&#233;sistance palestinienne et pour se poser encore une fois en acteur du moindre mal, face &#224; une menace djihadiste &#224; moins de 10&#8200;km de la capitale. Face &#224; une contre-offensive unifi&#233;e, Daech va finalement laisser le terrain aux rebelles d'Al Nosra. Depuis, les habitants du camp sont tr&#232;s vite redevenus la cible privil&#233;gi&#233;e du r&#233;gime : les pilonnages sans discernement ont repris sur Yarmouk, Assad savoure sa vengeance.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>SOS d'un canin en d&#233;tresse</title>
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&lt;p&gt;On le sait : les appels &#224; soutien, c'est triste comme un jour sans vin. Et par les temps qui courent, c'est un peu trop tous les jours. Si on en est r&#233;duit, contraint et forc&#233;, &#224; cette extr&#233;mit&#233;, ce n'est pas par plaisir de la jouer lacrymal. Mais parce qu'il y a danger mortel pour le Chien rouge. Car oui : CQFD ne va pas bien. Du tout. Son pourtant tr&#232;s chiche mod&#232;le &#233;conomique p&#233;riclite dans les grandes largeurs. Pour plusieurs raisons. Il y a d'abord cet oukase jupit&#233;rien sur les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/grandes-largeurs" rel="tag"&gt;grandes largeurs&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L109xH150/arton1864-9d8e1.jpg?1782772885' class='spip_logo spip_logo_right' width='109' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;On le sait : les appels &#224; soutien, c'est triste comme un jour sans vin. Et par les temps qui courent, c'est un peu trop tous les jours. Si on en est r&#233;duit, contraint et forc&#233;, &#224; cette extr&#233;mit&#233;, ce n'est pas par plaisir de la jouer lacrymal. Mais parce qu'il y a danger mortel pour le Chien rouge. Car oui : &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; ne va pas bien. Du tout.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Son pourtant tr&#232;s chiche mod&#232;le &#233;conomique p&#233;riclite dans les grandes largeurs. Pour plusieurs raisons. Il y a d'abord cet oukase jupit&#233;rien sur les emplois aid&#233;s qui nous affecte directement. On n'en abusait pourtant pas. Deux emplois en CUI-CAE (une maquettiste et un secr&#233;taire de r&#233;daction) pour un mensuel tel que le n&#244;tre, ce n'est pas la mer &#224; boire. Juste une mani&#232;re de d&#233;dommager, pour 826 &#8364; par mois (m&#234;me pas un Smic !), ceux qui se d&#233;vouent au quotidien pour le journal. Ces deux postes, synonymes de boulot de malade, sont difficilement conciliables avec un emploi alimentaire, &#224; moins de s'infliger un burn-out mensuel. Mais voil&#224; : Macron, ce Sarkozy ripolin&#233;, a mis fin &#224; notre &lt;i&gt;combinazione&lt;/i&gt; de prolos de la presse ind&#233;pendante en m&#234;me temps qu'il a jet&#233; des dizaines de milliers de personnes par la trappe &#224; pauvret&#233;. Bref, nous revoil&#224; dans le dur !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi ce constat : nos ventes s'&#233;rodent tout doucement. Alors m&#234;me que l'air du temps rend indispensables la critique et l'exp&#233;rimentation sociales fa&#231;on &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, on ne parvient pas &#224; &#233;largir notre base de lecteurs. Il faut dire que pointer le bout de son museau dans les (toujours moins nombreux) kiosques, parmi les gros mastodontes de la presse arros&#233;s d'argent public, n'est pas exactement une sin&#233;cure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la situation nous est si d&#233;favorable, c'est surtout parce que nous tenons mordicus &#224; notre mod&#232;le anti-&#233;conomique. Le plus ind&#233;pendant possible. Pas de sub ni de pub, pas de patron ni d'affiliation &#224; un quelconque groupe politique. Actuellement, la vente du journal, qu'il s'agisse d'un achat en kiosque, de la main &#224; la main ou d'un abonnement, couvre le prix de l'impression et de la diffusion. Tout ce que vous ajoutez en soutien sert &#224; financer un poste administratif &#224; mi-temps et le loyer de notre local &#224; Marseille. Sans le soutien, nous ne serions rien. Et &#224; la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi sauver le Chien rouge ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dr&#244;le de question. Mais soit, faisons rapidement l'article. &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; est l'un des seuls mensuels nationaux totalement ind&#233;pendant. Et l'unique fabriqu&#233; &#224; Marseille ! Depuis bient&#244;t quinze ans que le journal a pris d'abordage les kiosques, il multiplie les reportages &#224; travers le monde, la France et nos quartiers en donnant le plus possible la parole &#224; celles et ceux qui ne l'ont jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, c'est aussi des entretiens, des chroniques enflamm&#233;es, des envol&#233;es photographi&#233;es ou dessin&#233;es. C'est surtout le suivi de luttes (zapatistes, kurdes, notre-dame-deslandistes, ouvri&#232;res, etc.) dont on parle si peu et si mal ailleurs. Et c'est enfin des dossiers th&#233;matiques pour creuser en profondeur certaines questions, pas forc&#233;ment li&#233;es &#224; l'actualit&#233;. Tout &#231;a gr&#226;ce &#224; des dizaines de participants et participantes (r&#233;dacteurs, photographes, maquettistes, illustrateurs, relecteurs, vendeurs &#224; la cri&#233;e, plus ceux qui g&#232;rent l'administratif et la compta) qui se d&#233;vouent b&#233;n&#233;volement chaque mois, juste parce qu'ils y croient. Dur comme fer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a d'ailleurs plein de projets en t&#234;te : plus de reportages, des dossiers sp&#233;ciaux (paysans, instrumentalisation de l'histoire, sports populaires, luttes sociales, drogues), un nouveau site, une nouvelle maquette, des nouvelles croquettes, une mutualisation de sur-diffusion avec l'asso Palimpseste, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et &#231;a va faire quinze ans ! Quinze ans &#224; bosser comme des &#226;nes (et l'autre endive qui nous traite de &#171; &lt;i&gt;fain&#233;ants&lt;/i&gt; &#187;...) pour lustrer le Chien rouge dans le sens du poil. Lui aiguiser les crocs. Le balader en ville pour mordre les mollets des cuistres. &#192; force, nous finissons par faire partie du paysage. Comme si &#231;a ne devait jamais changer. Sauf que l'histoire de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n'a jamais &#233;t&#233; aussi proche de se terminer. Car oui, nous en sommes l&#224; ! Au train o&#249; vont les choses, le Chien rouge ne passera pas l'hiver. En janvier ou f&#233;vrier 2018, il faudra fermer le local de la rue Consolat, mettre fin &#224; l'aventure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; moins que&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1914 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-207.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH846/-207-22b43.jpg?1782643873' width='500' height='846' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Etienne Savoye.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette campagne de sauvetage, qui d&#233;bute tout de suite, l&#224;, maintenant et avec vous, doit &#234;tre grande et victorieuse ! Pour continuer &#224; exister et faire des plans sur les com&#232;tes, nous avons, plus que jamais, besoin de votre soutien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut, au minimum, 1 000 abonn&#233;s suppl&#233;mentaires pour nous maintenir sur notre fr&#234;le esquif. Alors, hardi, abonnez-vous et abonnez largement autour de vous !
Mais vous pouvez faire encore plus ! Faites conna&#238;tre &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, donnez vos vieux num&#233;ros, affichez vos unes ou posters pr&#233;f&#233;r&#233;s, twittez &#224; qui mieux-mieux, inondez les r&#233;seaux sociaux autant que les bistros, les radios, les squats ou les locaux associatifs&#8230; Vous pouvez aussi contacter Palimpseste (palimpseste.diffusion@gmail.org) pour diffuser vous-m&#234;me &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; et d'autres revues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et de notre c&#244;t&#233; ? On va continuer, tant que vogue la gal&#232;re, &#224; am&#233;liorer ce journal que nous partageons avec vous chaque mois. Nous n'allons quand m&#234;me pas laisser les cl&#233;bards fins de race de &lt;i&gt;Valeurs actuelles&lt;/i&gt; et les caniches serviles de la presse &lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt; occuper tous les trottoirs. Pas moyen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec vous, le Chien rouge est une meute !&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;#CQFDvivra !&lt;/h3&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Hommage &#224; nos z'h&#233;ros</title>
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		<description>
&lt;p&gt;Souvenons-nous d'eux &#224; jamais, nos h&#233;ros. Ils partirent de (tr&#232;s) bon matin, arm&#233;s de leurs seuls courage et abn&#233;gation pour d&#233;fendre notre cause &#224; tous. Ils &#233;taient quatre. Quatre cavaliers solitaires et unis, partant loin de la maison pour les r&#233;gions lointaines de la banlieue lyonnaise. Emmenant avec eux la bonne parole : journaux, livres, t-shirts&#8230; Ils all&#232;rent repr&#233;senter CQFD et le Chien rouge sur le front du Salon Primev&#232;re en cette fin f&#233;vrier glaciale. Ils pass&#232;rent trois jours &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no130-mars-2015" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;130 (mars 2015)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/une3_cabrule" rel="tag"&gt;une3_cabrule&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Ca-brule" rel="tag"&gt;&#199;a br&#251;le !&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD" rel="tag"&gt;CQFD&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/jamais" rel="tag"&gt;jamais&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/salon" rel="tag"&gt;salon&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Souvenons-nous-d-eux" rel="tag"&gt;Souvenons-nous d'eux&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Souvenons-nous" rel="tag"&gt;Souvenons-nous&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/bon-matin" rel="tag"&gt;bon matin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-eux" rel="tag"&gt;d'eux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/seuls-courage" rel="tag"&gt;seuls courage&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Souvenons-nous d'eux &#224; jamais, nos h&#233;ros. Ils partirent de (tr&#232;s) bon matin, arm&#233;s de leurs seuls courage et abn&#233;gation pour d&#233;fendre notre cause &#224; tous. Ils &#233;taient quatre. Quatre cavaliers solitaires et unis, partant loin de la maison pour les r&#233;gions lointaines de la banlieue lyonnaise. Emmenant avec eux la bonne parole : journaux, livres, t-shirts&#8230; Ils all&#232;rent repr&#233;senter &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; et le Chien rouge sur le front du Salon Primev&#232;re en cette fin f&#233;vrier glaciale. Ils pass&#232;rent trois jours &#224; lutter, pied &#224; pied, dans les all&#233;es de l'immense Salon &#233;colo/alterno pour faire conna&#238;tre notre journal. &#171; &lt;i&gt;Vous connaissez CQFD ?&lt;/i&gt; &#187;, demandaient-ils inlassablement &#224; un public g&#233;n&#233;ralement indiff&#233;rent (&#171; &lt;i&gt;Oh, moi, je suis l&#224; pour acheter du vin naturel et du fromage bio...&lt;/i&gt; &#187;), parfois curieux (&#171; &lt;i&gt;Vous &#234;tes Charlie ?&lt;/i&gt; &#187;), rarement hostile (&#171; &lt;i&gt;Il est en coton bio vot' t-shirt au moins ?!&lt;/i&gt; &#187;), quelque fois &#233;berlu&#233; (&#171; &lt;i&gt;&#231;a existe encore CQFD ? Je vous croyait mort !&lt;/i&gt; &#187;)&#8230; Mais jamais, nos h&#233;ros ne se sont laiss&#233; abattre ! Ivres de furie commerciale et de bi&#232;res autonomes, ils vendirent presque tous les journaux et quelques livres, discut&#232;rent des heures avec des lecteurs critiques ou enthousiastes, avant de rentrer &#224; Marseille, fourbus mais contents. Non, nous n'oublierons jamais Ir&#232;ne, Catherine, Antoine, Julien, ni celles et ceux qui les ont aid&#233;s dans leur noble t&#226;che : la &lt;a href=&#034;http://www.lagryffe.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;librairie La Gryffe&lt;/a&gt;, Tito, Aur&#233;lie, les gars de &lt;a href=&#034;http://www.ladecroissance.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La D&#233;croissance&lt;/a&gt;, les b&#233;n&#233;voles du salon... Mais si jamais on remet la main sur la vieille bourgeoise qui nous a vol&#233; un hors-s&#233;rie photo, on vous jure que &#231;a va barder ! Non mais !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1388 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;65&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/salon_primeve_re_2014_-_2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH375/salon_primeve_re_2014_-_2-6013f.jpg?1783431746' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Salon Primev&#232;re 2014 &#224; Eurexpo. Beno&#238;t Prieur (Agamitsudo) (CC)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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