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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Du terroir au mouroir</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Navarro</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Dans le sud de l'Aude, sur les coteaux des Hautes-Corbi&#232;res, la terre est argilo-calcaire. C'est ici qu'Herv&#233; a rachet&#233; quatre parcelles de vieilles vignes d&#233;laiss&#233;es par les viticulteurs car aucun tracteur viticole ne peut frayer entre les rangs serr&#233;s des ceps. Herv&#233; travaille &#224; la main : il &#233;bourgeonne ses vignes &#224; l'ancienne, les taille pour leur donner une belle forme. Quand vient l'heure des vendanges, il fait appel aux amis. Si partout ailleurs la cueillette du raisin rime avec (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no122-mai-2014" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;122 (mai 2014)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans le sud de l'Aude, sur les coteaux des Hautes-Corbi&#232;res, la terre est argilo-calcaire. C'est ici qu'Herv&#233; a rachet&#233; quatre parcelles de vieilles vignes d&#233;laiss&#233;es par les viticulteurs car aucun tracteur viticole ne peut frayer entre les rangs serr&#233;s des ceps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Herv&#233; travaille &#224; la main : il &#233;bourgeonne ses vignes &#224; l'ancienne, les taille pour leur donner une belle forme. Quand vient l'heure des vendanges, il fait appel aux amis. Si partout ailleurs la cueillette du raisin rime avec rentabilit&#233;, ici l'affaire &#224; plus &#224; voir avec la convivialit&#233;. &#192; une &#233;poque, l'homme fut tent&#233; de faire de la viticulture sa profession mais voil&#224;, le contexte &#233;conomique a vite douch&#233; ses ardeurs. &#171; &lt;i&gt;J'ai &#233;t&#233; coop&#233;rateur &#224; la cave de Paziols. Je faisais du bon vin, j'en donnais aux copains. Et puis la cave a fusionn&#233; avec celle de Mont-Tauch, du village de Tuchan&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Et la machine s'est emball&#233;e. Pour continuer &#224; toucher les aides europ&#233;ennes, Mont-Tauch a absorb&#233; d'autres coop&#233;ratives et modernis&#233; ses infrastructures. Les coop&#233;rateurs ont laiss&#233; un comit&#233; d'administration compos&#233; de &#171; sp&#233;cialistes &#187; piloter le nouveau montage, tandis qu'une &#233;quipe de commerciaux a d&#233;march&#233; les supermarch&#233;s, n'h&#233;sitant pas &#224; proposer un catalogue fourre-tout, du champagne au Banyuls en passant par le muscat. &#171; &lt;i&gt;De 2000 &#224; 2010, les vignerons ont touch&#233; de gros acomptes. Ils ont chang&#233; leur &#233;quipement, roul&#233; en 4x4. Puis le d&#233;lire m&#233;galomane s'est cass&#233; la gueule&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;sume Herv&#233;. Malversations, folie des grandeurs, la cave de Mont-Tauch se retrouve avec une ardoise de 20 millions d'euros et une liquidation judiciaire sur le r&#226;ble. Le 11 avril dernier, 400 manifestants exigeaient du Cr&#233;dit agricole une remise de dette.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1097 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH350/p08-vin-felder-alcool-50485.jpg?1782647982' width='400' height='350' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Felder.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La mondialisation a d&#233;truit la coop&#233;ration&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;sume Jean Lh&#233;ritier, pr&#233;sident de l'association &lt;a href=&#034;http://www.slowfood.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Slow-Food France&lt;/a&gt;. Pour rester comp&#233;titives, les caves coop&#233;ratives se sont concentr&#233;es. Paradoxe : les coop&#233;rateurs ont mim&#233; les industriels alors que leur statut, h&#233;rit&#233; de longues luttes, rendait r&#233;dhibitoire toute strat&#233;gie capitalistique. Partant d'une production de petit paysan, le mod&#232;le viticole fran&#231;ais se voit lamin&#233; par les &lt;i&gt;wineries&lt;/i&gt;, gros complexes industriels faisant flor&#232;s en terre anglo-saxonne et dont la production sature le march&#233;. Et les go&#251;ts. &#171; &lt;i&gt;La r&#233;alit&#233; des vins produits en France est complexe : il faut conna&#238;tre les noms de r&#233;gion, de sous-r&#233;gions et des c&#233;pages. Un vin s'affiche par le nom de domaine et d'appellation. Sur des grands march&#233;s de pays non connaisseurs, il est ardu de savoir ce que veut dire&lt;/i&gt; &#8220;Domaine des Schistes, c&#244;tes de roussillon village&#8221;&lt;i&gt;, par exemple. Pourquoi ? Parce que le vin industriel affiche le nom du c&#233;page. Par exemple, les chardonnays d'Australie ou les pinots noirs d'Afrique du Sud.&lt;/i&gt; &#187; Une logique de bulldozer qui vient flinguer le travail de pr&#233;cision des appellations d'origine contr&#244;l&#233;es (AOC) pour lesquelles, au-del&#224; du c&#233;page, tout est question de terroir. Rappelons que l'AOC, malgr&#233; son clinquant, est tout sauf un logo commercial. Il garantit le savoir-faire d'une zone g&#233;ographique d&#233;limit&#233;e. Pas &#233;tonnant donc que les penseurs du grand trait&#233; transatlantique y aient vu un insupportable bourgeon du protectionnisme fran&#231;ais. Tandis que le pinard industriel est pr&#234;t &#224; envahir nos godets, petits producteurs comme grands domaines prestigieux (voir le ch&#226;teau Palmer et ses boutanches fr&#244;lant les 150 euros l'unit&#233;) n&#233;gocient le virage vers les vins propres et respectueux au gr&#233; d'une tendance soci&#233;tale qui s'affirme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le sillage de ce business o&#249; le pinard fran&#231;ais devient avant tout affaire de devises (5,6 milliards d'euros d'exportations en 2012), la terre, elle, s'appauvrit. &#171; &lt;i&gt;Beaucoup de vignerons cherchent &#224; vendre leur terre qui vaut trois &#224; quatre fois moins cher qu'il y a trois ans. Tout autour, on voit des vignes abandonn&#233;es, arrach&#233;es, d&#233;vitalis&#233;es, constate Herv&#233; avec pessimisme. La viticulture devient synonyme de survie.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La suite du dossier&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Vins-libertaires-et-bieres&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Rep&#232;res de Bacchus&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le vin nature est une goutte de vin dans un &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Le-vin-nature-est-une-goutte-de&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;oc&#233;an de produits &#339;notechniques&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/En-vin-et-contre-tout&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;En vin et contre tout&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Passeur-de-vins&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Passeur de vins&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#171; Le vin nature est une goutte de vin dans un oc&#233;an de produits &#339;notechniques &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Le-vin-nature-est-une-goutte-de</link>
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		<dc:date>2014-07-07T05:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Plonk et Replonk</dc:subject>
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		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;En 1999, Michel Le Gris, caviste &#224; Strasbourg, &#233;crivait : &#171; L'art vinicole de cette fin de si&#232;cle est marqu&#233; par la soumission croissante du go&#251;t du vin aux exigences de la logique &#233;conomique. &#187; Pass&#233; le nouveau mill&#233;naire, retour sur le constat de standardisation commerciale du vin et ses r&#233;sistances. Entretien. CQFD : Vous vous qualifiez d'&#171; &#233;leveur de vin &#187;. Quelle est votre approche du m&#233;tier de caviste ? Michel Le Gris : Depuis les ann&#233;es 1970, j'avais observ&#233; une certaine (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/cave" rel="tag"&gt;cave&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En 1999, Michel Le Gris, caviste &#224; Strasbourg, &#233;crivait : &#171; &lt;i&gt; L'art vinicole de cette fin de si&#232;cle est marqu&#233; par la soumission croissante du go&#251;t du vin aux exigences de la logique &#233;conomique.&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Le Gris, Dionysos sacrifi&#233; : Essai sur le go&#251;t du vin &#224; l'heure de sa (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187; Pass&#233; le nouveau mill&#233;naire, retour sur le constat de standardisation commerciale du vin et ses r&#233;sistances. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1093 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH360/p06-07-sueur-de-fronts-99667.jpg?1782638346' width='500' height='360' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Plonk et Replonk.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : Vous vous qualifiez d'&#171; &lt;i&gt;&#233;leveur de vin&lt;/i&gt; &#187;. Quelle est votre approche du m&#233;tier de caviste ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Michel Le Gris :&lt;/strong&gt; Depuis les ann&#233;es 1970, j'avais observ&#233; une certaine &#233;volution du m&#233;tier de vigneron. Dans nombre de domaines bourguignons, r&#233;gion que je connais bien, il y avait jusque dans ces ann&#233;es-l&#224; huit ou dix mill&#233;simes &#224; la vente dont certains avaient eu le temps de d&#233;velopper toutes leurs qualit&#233;s en bouteilles. On pouvait tr&#232;s vite comprendre la diff&#233;rence entre un vin mature et complexe et un vin jeune et simplet ; distinction qui est maintenant en passe de sortir du champ culturel. En Bourgogne comme en bien d'autres r&#233;gions, en l'espace d'une g&#233;n&#233;ration, les vignerons ont renonc&#233; &#224; la derni&#232;re phase de leur travail qui concernait la maturation du vin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vignerons ont alors commenc&#233; &#224; donner des indications assez vagues &#224; leur client&#232;le &#224; propos de la maturation des vins, ils disaient : &#171; &lt;i&gt;C'est &#224; vous de le faire m&#251;rir dans votre cave.&lt;/i&gt; &#187; Ils externalisaient ainsi la derni&#232;re phase de leur boulot sur leurs clients. Quand je me suis install&#233; en 1984, je me suis dit que c'&#233;tait &#224; des gens comme moi de terminer ce travail que les vignerons laissaient inachev&#233;, mais il fallait des moyens et surtout du temps. Cela m'a bien pris une quinzaine d'ann&#233;es pour comprendre la complexit&#233; de l'&#233;volution du vin en bouteille, qui peut passer par des phases tr&#232;s d&#233;favorables avant d'arriver &#224; la maturit&#233; escompt&#233;e et &#224; son niveau d'expression le plus riche. Ce temps de maturation, qui est extr&#234;mement variable, concerne des vins dont le terroir &#8211; c'est-&#224;-dire le sol, le sous-sol, le climat &#8211; a une force suffisante pour jouer sur l'&#233;volution du vin. Quand c'est le c&#233;page qui prime, le fait d'attendre n'a pas un tr&#232;s grand int&#233;r&#234;t. A la fin des ann&#233;es 1990, j'ai commenc&#233; &#224; avoir en cave des choses vraiment int&#233;ressantes sous les pieds. C'est aussi &#224; ce moment qu'a commenc&#233; &#224; se r&#233;pandre l'id&#233;e qu'il ne fallait pas attendre le vin et qu'il fallait le boire jeune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, j'ai essay&#233; tr&#232;s t&#244;t de tendre vers la viticulture biologique, mais avant le nouveau mill&#233;naire, le choix dans ce domaine &#233;tait assez limit&#233;. Il y a ainsi maintenant environ 160 vignerons alsaciens qui travaillent leur terre en bio, alors qu'en 1984, il devait y en avoir 5 ou 6.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans &lt;i&gt;Dionysos sacrifi&#233;&lt;/i&gt;, vous d&#233;nonciez une standardisation commerciale du go&#251;t. Vous parliez des crus de Pauillac, de Chinon, de Ch&#226;teauneuf-du-Pape ou de Californie &#171; &lt;i&gt;qui tendent vers une m&#234;me et monocorde architecture &#224; laquelle les conduit l'&#339;nologie moderne.&lt;/i&gt; &#187; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'architecture d&#233;signe ce que je nomme aussi la &#171; forme &#187;, c'est-&#224;-dire l'ensemble des sensations tactiles procur&#233;es en bouche, mais &#231;a ne concerne pas les parfums. J'ai voulu montrer &#224; l'&#233;poque que les standards esth&#233;tiques de l'&#339;nologie moderne faisaient que les vins devaient avoir une forme unique, la plus confortable, la plus voluptueuse, la plus flatteuse possible, &#224; l'int&#233;rieur de laquelle on pouvait se livrer &#224; de nombreuses extravagances aromatiques, dues &#224; toute une pharmacop&#233;e de levures s&#233;lectionn&#233;es pour d&#233;velopper de mani&#232;re intensive tel ou tel parfum. Cette fa&#231;on dont le commerce des levures chimiques s'est d&#233;velopp&#233; constitue presque une aromatisation occulte, au d&#233;triment des levures naturelles qu'on trouve sur la vigne et dans la cave, pour peu que les traitements chimiques ne les aient pas bousill&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela s'inscrit bien s&#251;r dans la logique de l'agro-alimentaire durant la seconde moiti&#233; du XXe si&#232;cle, qui travaille sur une mati&#232;re naturelle de plus en plus pauvre et d&#233;grad&#233;e et sur laquelle se rajoute une cuisine chimique pour compenser. Pour reprendre l'exemple de la Bourgogne, c'est dans les ann&#233;es 1960 que sont arriv&#233;s les premiers pesticides pour soigner les maladies de la vigne, associ&#233;s &#224; des engrais potassiques, pr&#233;sent&#233;s d'abord comme des miracles mais qui n'ont fait &#224; moyen terme que des d&#233;sastres, ce qui a modifi&#233; radicalement la culture des vignes. Dans un premier temps, le travail en cave est rest&#233; tr&#232;s traditionnel alors que la mati&#232;re premi&#232;re avait beaucoup chang&#233;, du coup il est arriv&#233; pleins d'accidents en cave et il a bien fallu faire appel aux m&#233;decins &#339;nologues, aux &#171; &lt;i&gt;v&#233;t&#233;rinaires des barriques et des foudres&lt;/i&gt; &#187;, pour soigner ces vins attaqu&#233;s par des d&#233;rives bact&#233;riennes ou autre et qui s'en trouvent imbuvables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#233;pingliez &#233;galement le formatage et les postures artificiellement cr&#233;&#233;es qui ne rel&#232;vent plus &#171; &lt;i&gt;d'une formation personnelle de la sensibilit&#233;, mais d'une sorte de flair policier apte &#224; rep&#233;rer leur degr&#233; de conformit&#233; aux standards de l'&#339;nologie correcte.&lt;/i&gt; &#187; Quel est la place des acteurs de cette normalisation gustative promue par le critique star Robert Parker ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parker est devenu le symbole, de fa&#231;on un peu exag&#233;r&#233;e, d'un go&#251;t dominant, en raison de sa c&#233;l&#233;brit&#233;. Mais il n'est pas le seul, il y a toute une critique fran&#231;aise qui ne vaut pas mieux que lui. Il a impos&#233; un type de vin puissant, massif, concentr&#233;, charg&#233; en tanin, comme ceux de Californie, qui avaient sa pr&#233;f&#233;rence. Ce qui fait que, quand on le lit par exemple au sujet des vins de la vall&#233;e de la Loire, on est scandalis&#233; du m&#233;pris avec lequel il les traite. D'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, les docteurs &#232;s-vins et ont accompagn&#233; avec bienveillance toutes les modifications &#339;notechniques dont je parlais dans mon livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A contre-courant de cette industrialisation du go&#251;t, comment percevez-vous cette vague des vins naturels ou des vins vivants que certains qualifient de &#171; &lt;i&gt;renaissance du vin&lt;/i&gt; &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors d'une intervention &#224; la demande de mon ami Patrick Meyer, un vigneron de Nothalten en Alsace, j'avais parl&#233; de &#171; &lt;i&gt; vins libres&lt;/i&gt; &#187; &#224; ce sujet, parce que ces vins sont libres de tout un tas de trucs dont on se passe tr&#232;s bien : &#171; &lt;i&gt;Libres de produits chimiques, puisque normalement issus d'une agriculture biologique, souvent biodynamique. Libres de vinifications contraignantes ou autoritaires, celles qui les obligent &#224; devenir comme ceci ou comme cela, souvent au moyen d'une pl&#233;thore d'adjuvants de vinification et sans trop d'&#233;gard pour leur nature propre ou leur mill&#233;sime de naissance. Libres, au moins jusqu'&#224; un certain point, de plaire ou ne pas plaire, car cherchant en premier lieu &#224; exprimer, &#224; interpr&#233;ter un terroir particulier.&lt;/i&gt; &#187; Je me f&#233;licite de l'existence d'un courant de ce genre. Certains journalistes comme Michel Bettane&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Coauteur, avec Thierry Desseauve, du Grand Guide des vins de France, tr&#232;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; m'ont m&#234;me gratifi&#233; du titre de chef de file de ce mouvement [rires], mais c'est m'accorder plus d'audience et de pouvoir que je ne n'en ai r&#233;ellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut rappeler que ce courant est une scission de la viticulture en bio, qui trouve que le label bio &#224; lui tout seul n'est plus une garantie suffisante de qualit&#233;, notamment en ce qui concerne le travail en cave et en raison notamment d'un usage abusif de soufre. Les doses autoris&#233;es de soufre en label bio sont encore trop &#233;lev&#233;es. D&#232;s lors, le principe du vin &#171; nature &#187; est de refuser toute m&#233;thode violente, tout traitement, hormis une dose hom&#233;opathique de SO2 &#224; l'un ou l'autre moment strat&#233;gique de la vinification. Dans le cas du vin blanc &#171; nature &#187; d'Alsace, on effectue souvent une petite protection de l'ordre de 15 mg/ litre environ avant la mise en bouteille, ce qui est d&#233;risoire par rapport aux 180 mg/litres autoris&#233;s par la r&#233;glementation europ&#233;enne et ne compromet en rien la digestibilit&#233; du vin. L'absence totale de soufre existe, mais surtout pour les vins rouges, les blancs &#233;tant un peu plus fragiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste que cette tendance des vins &#171; nature &#187; compar&#233;e &#224; l'ensemble de la production, c'est une goutte de vin dans un oc&#233;an de produits &#339;notechniques. Et le reste de la production viticole est de plus en plus industriel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le succ&#232;s des vins issus du bio n'a donc pas eu pour effet de mod&#233;rer les mauvaises pratiques de la viniculture conventionnelle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, cela a m&#234;me cr&#233;&#233; deux mondes compl&#232;tement &#224; part. Pour certains vins industriels, il faudrait presque inventer un autre nom et appeler cela &#171; &lt;i&gt;produit &#339;nologique &#224; base de raisin&lt;/i&gt; &#187;, par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je regrette par ailleurs, c'est de voir certains vignerons &#171; nature &#187; jouer la carte de la vitesse et du go&#251;t du c&#233;page, notamment dans certains crus du Beaujolais qui sont r&#233;ellement des grands vins &#224; boire cinq, dix ans ou plus de cave et non trois mois apr&#232;s la mise en bouteille ! J'en viens parfois &#224; me demander si le courant des vins &#171; nature &#187; n'est pas la derni&#232;re ruse qu'a trouv&#233; la raison marchande pour poursuivre le ph&#233;nom&#232;ne d'acc&#233;l&#233;ration qu'elle a introduit depuis une vingtaine d'ann&#233;es dans le monde des vins. Est-ce qu'il n'y a pas une sorte d'int&#233;riorisation subjective de l'acc&#233;l&#233;ration g&#233;n&#233;rale dans nos soci&#233;t&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous opposiez &#224; la fin de votre ouvrage l'avilissement sensoriel du monde industriel &#224; l'&#233;ducation esth&#233;tique ou &#171; &lt;i&gt; formation personnelle &#224; la sensibilit&#233;&lt;/i&gt; &#187;. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1094 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH387/p06-07-vigneron2-copie-854ca.jpg?1782656631' width='500' height='387' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Ferri.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Oui, je citais&lt;i&gt; Les Lettres sur l'&#233;ducation esth&#233;tique de l'homme&lt;/i&gt; du po&#232;te Schiller, contemporain de la R&#233;volution fran&#231;aise, qui est un texte philosophique tr&#232;s m&#233;connu, &#224; l'exception de la r&#233;f&#233;rence qu'en fait Herbert Marcuse dans&lt;i&gt; L'Homme unidimensionnel&lt;/i&gt;. Je rappelais aussi &#224; la fin du premier chapitre la phrase d'Adorno que j'aime beaucoup : &#171; &lt;i&gt;Le premier service que l'industrie apporte au client est de tout sch&#233;matiser pour lui.&lt;/i&gt; &#187; D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, on pourrait r&#233;sumer que mon livre traitait de la sch&#233;matisation industrielle et commerciale du vin. L'objet actuel de mes r&#233;flexions, que je trouve bien plus d&#233;primant, c'est la sch&#233;matisation industrielle du monde, au sens du cadre subjectif dans lequel nous vivons et nous nous d&#233;veloppons. A ce titre, dans le processus de num&#233;risation dans lequel nous sommes pr&#233;cipit&#233;s, voire m&#234;me jet&#233;s, c'est le monde en tant que monde qui devient un objet industriel et commercial. Le monde ne nous est plus donn&#233; gratuitement, c'est la condition humaine qui est remise en question. D&#232;s lors que la totalit&#233; de la vie sociale est de plus en plus absorb&#233;e par le temps pass&#233; devant l'&#233;cran, il n'est pas exag&#233;r&#233; de dire que nous entrons dans une &#232;re de mutation anthropologique. Tout notre rapport au temps se trouve profond&#233;ment boulevers&#233; par une forme d'instantan&#233;isation. Pour rapporter cela au vin, vous pouvez saisir le contraste entre mon id&#233;e de faire m&#251;rir le vin pendant des ann&#233;es en cave pour r&#233;v&#233;ler ce qu'il a de meilleur, et le fait d'avoir &#224; appuyer sur son clavier pour faire surgir imm&#233;diatement devant soi l'objet de son d&#233;sir. Dans le monde d'avant, en gros le capitalisme bourgeois d'avant les ann&#233;es 1970, la vie quotidienne &#233;tait essentiellement domin&#233;e par la lenteur, la routine, un certain ennui &#8211; d'o&#249; toutes les critiques de la vie quotidienne qui ont pu l&#233;gitimement &#234;tre formul&#233;es par Henri Lefebvre ou encore les situationnistes. Aujourd'hui, face &#224; la pr&#233;cipitation du monde capitaliste post-moderne, il ne nous reste que cette forme subjective de r&#233;sistance par la lenteur, la patience, l'attention aux autres. Mais cela ne reste qu'une r&#233;sistance subjective.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La suite du dossier&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Vins-libertaires-et-bieres&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Rep&#232;res de Bacchus&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Michel Le Gris, &lt;i&gt;Dionysos sacrifi&#233; : Essai sur le go&#251;t du vin &#224; l'heure de sa production industrielle&lt;/i&gt;, Syllepse, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Coauteur, avec Thierry Desseauve, du &lt;i&gt;Grand Guide des vins de France&lt;/i&gt;, tr&#232;s hostile &#224; la tendance des vins naturels.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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