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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Cuisine : Respecte l'aliment, coll&#232;gue !</title>
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		<dc:date>2014-09-17T02:30:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Nicolas Arraitz</dc:creator>


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&lt;p&gt;Autour d'une recette, de la meilleure des fa&#231;ons de pr&#233;parer un plat, la pol&#233;mique fait souvent rage, y compris au sein d'une m&#234;me famille. Alors, imaginez quand le d&#233;bat est port&#233; en place publique, &#224; Marseille, une des capitales mondiales de l'exc&#232;s verbal ! Pendant des ann&#233;es &#8211; &#224; cheval entre le deuxi&#232;me et le troisi&#232;me mill&#233;naire &#8211;, un concours de la meilleure soupe au pistou s'est c&#233;l&#233;br&#233; chaque mois de septembre dans le cadre de la F&#234;te du Plateau, &#224; La Plaine. Ouverte &#224; toutes et &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no124-juillet-aout-septembre" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;124 (juillet-aout-septembre 2014)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Autour d'une recette, de la meilleure des fa&#231;ons de pr&#233;parer un plat, la pol&#233;mique fait souvent rage, y compris au sein d'une m&#234;me famille. Alors, imaginez quand le d&#233;bat est port&#233; en place publique, &#224; Marseille, une des capitales mondiales de l'exc&#232;s verbal ! Pendant des ann&#233;es &#8211; &#224; cheval entre le deuxi&#232;me et le troisi&#232;me mill&#233;naire &#8211;, un concours de la meilleure soupe au pistou s'est c&#233;l&#233;br&#233; chaque mois de septembre dans le cadre de la F&#234;te du Plateau, &#224; La Plaine. Ouverte &#224; toutes et &#224; tous, cette coupe du monde de quartier &#233;tait un pr&#233;texte &#224; d&#233;gustation et joutes oratoires, tout en maintenant un niveau &#233;lev&#233; d'exigence gastronomique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1155 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH566/_o_supp-carolina_maiz-991a6.jpg?1768650646' width='400' height='566' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Nieves.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;La soupe au pistou&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Note &#224; l'usage des Fran&#231;ais handicap&#233;s de la bouche : l'accent tonique se (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, sans doute d'origine g&#234;noise, est un plat-phare de la culture proven&#231;ale. Et de m&#234;me que chaque vall&#233;e avait son propre parler, chaque famille poss&#232;de sa v&#233;rit&#233; sur le comment et le pourquoi de cette soupe estivale &#224; savourer entre chien et loup. D'aucuns lui donnent l'aspect d'un plantureux potage, d'autres pr&#233;f&#232;rent la finesse d'un bouillon o&#249; les l&#233;gumes restent fermes et le pesto se sert &#224; part, au go&#251;t de chaque convive. C'est dire s'il y a mati&#232;re &#224; bavardage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les candidats au grand concours pr&#233;sentaient leur gamelle &#8211; et si elle &#233;tait en terre cuite ou en fonte, ils attiraient la bienveillance des jur&#233;s qui, par contre, voyaient d'un &#339;il s&#233;v&#232;re le conditionnement en Tupperware&#8230; &#8211; et le nom de chaque ma&#238;tre-d'&#339;uvre &#233;tait soigneusement dissimul&#233; pour &#233;viter tout favoritisme. Le jury &#233;tait compos&#233; d'expertes en la mati&#232;re, souvent coopt&#233;es dans le vivier des vainqueurs des pr&#233;c&#233;dentes &#233;ditions. Ce qui garantissait une certaine intransigeance, alli&#233;e &#224; la culture du secret familial, ainsi qu'une mise sous (grosse) pression des candidats &#8211; on en a vu plus d'un fondre en larmes sous la duret&#233; des critiques. Il fallait une sacr&#233;e dose d'ego pour s'exposer ainsi &#224; la vindicte &#8211; ou aux vivats &#8211; de la foule !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Secret de polichinelle : chez nous, on met sur le feu tous les l&#233;gumes ensemble dans une marmite &#224; moiti&#233; pleine d'eau &#8211; haricots (verts, plats, blancs et marbr&#233;s), patates, courgettes et tomates &#8211;, pendant qu'&#224; c&#244;t&#233; on pr&#233;pare la pommade dans un mortier : pas mal d'ail, de l'huile d'olive, un plant de basilic, puis du parmesan r&#226;p&#233;. On retire les l&#233;gumes au fur et &#224; mesure qu'ils s'attendrissent, tomates, courgettes et pommes de terre venant s'ajouter &#224; la pommade dans un grand plat, o&#249; ils sont &#233;cras&#233;s au pilon : voil&#224; la pommade pr&#234;te, puissante, odorante. Les quatre types de haricots continuent &#224; cuire dans leur eau tout le temps qu'il leur faut pour s'attendrir eux aussi, puis on &#233;teint le feu et on leur ajoute la pommade. On laisse ensuite reposer pour que la pommade s'&#233;panouisse dans l'eau des haricots. Ce n'est qu'au moment de servir qu'on ajoutera une poign&#233;e de spaghettis coup&#233;s en quatre, cuits &#224; part pour qu'ils soient &lt;i&gt;al dente&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il manque &#224; la recette &#171; le secret de famille &#187; propre &#224; chacune et &#224; ne pas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Voil&#224; la version uniciste et onctueuse de la soupe au pistou, l&#224; o&#249; d'autres pr&#233;f&#232;rent servir le pistou s&#233;par&#233;ment sur la table, &#224; c&#244;t&#233; d'une soupi&#232;re o&#249; les l&#233;gumes, coup&#233;s en d&#233;s, restent entiers dans un jus plus liquide, plus l&#233;ger. C'est avec cette derni&#232;re version que, cette ann&#233;e-l&#224;, Marie-la-Morue, membre toulousaine du &lt;i&gt;chourmo&lt;/i&gt; et future patronne du regrett&#233; restaurant du Midi, sis au 36 de la rue Consolat, rafla tous les suffrages &#8211; en v&#233;rit&#233;, la soupe au pistou de Marie tue sa m&#232;re : la meilleure apr&#232;s celle de&#8230; la mienne, bien &#233;videmment, adepte, elle, de la version plantureuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette m&#234;me ann&#233;e, alors que s'&#233;taient pr&#233;sent&#233;s une dizaine de candidats &#224; ce qui s'av&#233;rera &#234;tre l'avant-derni&#232;re &#233;dition de ce m&#233;morable concours, Carolina, cuisini&#232;re &lt;i&gt;free-style&lt;/i&gt; elle aussi en provenance de Toulouse, provoqua une sanglante pol&#233;mique. La principale int&#233;ress&#233;e pr&#233;tend que le mets qu'elle pr&#233;senta &#233;tait un d&#233;lice, et qu'elle aurait pu aller beaucoup plus loin dans la comp&#233;tition si le jury &#8211; &#171; &lt;i&gt;des puristes ind&#233;crottables&lt;/i&gt; &#187; &#8211; n'avait ouvert de grands yeux horrifi&#233;s en d&#233;couvrant des grains de ma&#239;s flottant dans le divin potage. &#171; &lt;i&gt;J'y ai mis la graine de ma culture chilienne, la base de notre alimentation, en hommage &#224; ma maman&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Hommage qui ne fut pas du go&#251;t du jury. L'anath&#232;me fut lanc&#233; contre cette h&#233;r&#233;sie. &#171; &lt;i&gt;On ne peut pas faire n'importe quoi avec la tradition !&lt;/i&gt; &#187;, tonne encore aujourd'hui l'un des jur&#233;s offusqu&#233;s. &#171; &lt;i&gt;D'autant que le principe de la soupe au pistou, comme de toutes les recettes populaires, c'est de faire avec les ingr&#233;dients locaux et de saison. Et, que je sache, en Provence, on n'a jamais vu pousser de ma&#239;s, ni en &#233;t&#233;, ni en hiver ! La preuve, c'est que faute de ma&#239;s frais, c'est avec du ma&#239;s en bo&#238;te que la coll&#232;gue nous avait inflig&#233; sa mixture ! &lt;/i&gt; &#187; Dissension radicale autour de la d&#233;licate relation entre tradition et innovation. &#171; &lt;i&gt;Apr&#232;s la&lt;/i&gt; World music, &lt;i&gt;qui nous fait traverser en touristes des univers sonores exotiques, voil&#224; la&lt;/i&gt; World food&lt;i&gt;, o&#249; on se pique d'utiliser des ingr&#233;dients venus de l'autre bout du monde pour fasciner des consommateurs en mal de sensations.&lt;/i&gt; &#187; Pour Carolina, il ne s'agissait pas de vendre de l'exotisme, mais de provoquer la surprise, et la bonne humeur. Rat&#233;. Comme lors de cette autre m&#233;saventure culinaire v&#233;cue dans un petit village mexicain : un Marseillais, remarquant que les autochtones avaient tous du basilic plant&#233; devant le pas de leur porte, se proposa un jour de cuisiner une soupe au pistou. Mais son plat fut finalement jet&#233; aux cochons : personne ne voulait y go&#251;ter, car le basilic est utilis&#233; l&#224;-bas pour soigner les victimes du mauvais &#339;il, et sert &#233;galement &#224; d&#233;corer les tombes&#8230; L'&#233;tranger avait voulu faire avaler &#224; ses h&#244;tes l'&#233;quivalent d'une soupe de chrysanth&#232;mes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est l&#224;. Jusqu'o&#249; peut-on aller trop loin dans la customisation culinaire sans mettre &#224; mal le legs de g&#233;n&#233;rations et de g&#233;n&#233;rations de mamans, de ce savoir-faire transmis familialement, de ces saveurs qui forgent le go&#251;t et la cosmovision d'un territoire ? &#192; partir de quelle audace doit-on cesser d'appeler soupe au pistou cette soupe au basilic ? Et cela va bien au-del&#224; du protectionnisme chauvin et commercial d'une appellation contr&#244;l&#233;e &#8211; Champagne contre Cava catalan, par exemple. On touche l&#224; au plus profond, au plus intime de l'&#234;tre : car au final, nous sommes ce que nous mangeons.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Note &#224; l'usage des Fran&#231;ais handicap&#233;s de la bouche : l'accent tonique se met sur le i, par sur le ou.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Il manque &#224; la recette &#171; le secret de famille &#187; propre &#224; chacune et &#224; ne pas r&#233;v&#233;ler ici. (Note de la claviste qui revendique une meilleure soupe au pistou que celle de Nicolas Arraitz.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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