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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>ZAD du Testet : &#171; Les arbres volaient au-dessus de nos t&#234;tes &#187;</title>
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		<dc:creator>Yasmine Berdoulat</dc:creator>


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&lt;p&gt;Au Testet, le Conseil g&#233;n&#233;ral du Tarn a d&#233;cid&#233; de raser toute une for&#234;t pour offrir une r&#233;serve de flotte aux agriculteurs locaux. CQFD a envoy&#233; sur place une de ses jeunes recrues afin de rendre compte de la lutte des opposants au projet. Faisant fi de toute neutralit&#233; journalistique, cette derni&#232;re est mont&#233;e dans un arbre pour tenter de lui sauver l'&#233;corce. T&#233;moignage depuis les cimes. A environ 15 m&#232;tres de haut, le ch&#234;ne qui m'accueille, ce jeudi 4 septembre, offre une vue imprenable (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no125-octobre-2014" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;125 (octobre 2014)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au Testet, le Conseil g&#233;n&#233;ral du Tarn a d&#233;cid&#233; de raser toute une for&#234;t pour offrir une r&#233;serve de flotte aux agriculteurs locaux. &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; a envoy&#233; sur place une de ses jeunes recrues afin de rendre compte de la lutte des opposants au projet. Faisant fi de toute neutralit&#233; journalistique, cette derni&#232;re est mont&#233;e dans un arbre pour tenter de lui sauver l'&#233;corce. T&#233;moignage depuis les cimes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A environ 15 m&#232;tres de haut, le ch&#234;ne qui m'accueille, ce jeudi 4 septembre, offre une vue imprenable sur le carnage. En bas, forces de l'ordre et b&#251;cherons s'activent pour transformer la for&#234;t en d&#233;sert. Leur objectif : ratiboiser tout &#231;a pour permettre la construction d'un barrage&#8200;&#8211;&#8200;un plan d'eau en d&#233;coulera, permettant d'irriguer les cultures intensives de quelques agriculteurs locaux. Le but des militants de cette nouvelle Zone &#224; d&#233;fendre (Zad) : sauvegarder cette for&#234;t et la zone humide qu'elle prot&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1212 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH403/p04--testet-00381.jpg?1768651075' width='500' height='403' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Samson.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La veille, le 5 septembre, nous sommes arriv&#233;s au Testet, &#224; quelques kilom&#232;tres de Gaillac (Tarn), remplis d'&#233;nergie et le sourire aux l&#232;vres. &#224; pied, nous devons d'abord franchir huit grosses barricades construites par les Zadistes pour fermer cet acc&#232;s aux v&#233;hicules et aux gendarmes. Ce travail colossal sera d&#233;truit en un rien de temps par une flop&#233;e de gendarmes mobiles&#8200;&#8211;&#8200;huit camions, s'il vous pla&#238;t&#8200;&#8211;&#8200;le lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les camarades que nous croisons ont l'air fatigu&#233;, triste, et, contrairement &#224; la derni&#232;re fois o&#249; nous sommes pass&#233;s, disent &#224; peine bonjour. La pr&#233;sence polici&#232;re quotidienne oblige ces militants&#8200;&#8211;&#8200;qui, pour certains, habitent la zone depuis fin 2013 &#8211; &#224; s'activer aussi la nuit ! Et tous sont un peu las d'assister &#224; la destruction du lieu malgr&#233; tous leurs efforts. Rapidement, nous entendons les machines, alors que nous sommes encore bien loin du chantier de d&#233;boisement. Ambiance. Le soir m&#234;me, chacun se pr&#233;pare un sac de survie : de l'eau et de la nourriture, mais aussi de quoi r&#233;sister aux &#233;ventuelles attaques des forces de l'ordre&#8200;&#8211;&#8200;de l'argile pour prot&#233;ger la peau des lacrymos, une bouteille de Maalox, des bandages, des citrons&#8230; D&#232;s 6&#8200;heures du matin, apr&#232;s avoir pass&#233; la nuit sur place, tous les &#171; grimpeurs &#187; se regroupent pour se distribuer baudriers, cordes et s'attribuer les essences &#224; d&#233;fendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A 7&#8200;heures, nous nous dispersons dans la for&#234;t par petits groupes, pour ne pas rester trop isol&#233;s. Il va falloir tenir jusqu'&#224; la &#171; d&#233;bauche &#187;, le d&#233;part des machines et de la flicaille. Chacun choisit son arbre. Avec Luc et Camille, nous d&#233;cidons de tendre des cordes entre les arbres pour en sauver plusieurs ! Il faut se d&#233;p&#234;cher car, vers 8&#8200;heures, les cond&#233;s arrivent pour s&#233;curiser la zone d'abattage. Ils pr&#233;c&#232;dent les machines qui arrivent plus ou moins rapidement selon l'efficacit&#233; des camarades qui, au sol, tentent de les freiner &#224; grands coups d'op&#233;rations escargots &#8211;&#8200;des v&#233;lorutions ou des clowns formant un cercle circassien. G&#233;n&#233;ralement, elles se finissent dans des nuages de gaz lacrymog&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que Luc commence son ascension vers le sommet de l'arbre qui l'accueillera pour la journ&#233;e, les flics arrivent en catimini. J'ai &#224; peine le temps de lui crier de se d&#233;p&#234;cher que nous nous faisons gazer aussi sec. &#171; &lt;i&gt;Attrapez et gazez la fille, gazez, gazez, gazez !&lt;/i&gt; &#187;, couinent les bleus. Mais nous sommes d&#233;j&#224; trop haut pour qu'ils puissent nous atteindre, et ils ne montent pas nous chercher. D&#233;&#231;us de n'avoir pu nous d&#233;crocher, ils partent voir o&#249; sont perch&#233;s les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers 9 heures, nous entendons les premiers b&#251;cherons. Dans notre zone, ils ratiboisent &#224; l'aide de machines, les arbres ne valent s&#251;rement pas le coup d'&#234;tre abattus un par un&#8230; J'ai peur de cet &#233;norme engin, cette broyeuse qui r&#233;duit tout en copeaux, et qui fonce sur Camille. Impossible de savoir si le machiniste va voir le petit marquage rose que les gendarmes ont mis sur les arbres que nous occupons. Nous crions pour lui signaler notre pr&#233;sence, mais comment pourrait-il nous entendre ? La broyeuse semble avancer &#224; l'aveuglette. Elle passe entre Luc et moi, fr&#244;le nos deux arbres et les fait bouger. Plus inqui&#233;tant encore : les arbres auxquels nous nous sommes arrim&#233;s avec des cordes n'ont pas &#233;t&#233; rep&#233;r&#233;s, ils ne sont pas marqu&#233;s. Il est donc tout &#224; fait possible que l'un de ceux auxquels Luc est reli&#233; soit abattu. Ce ne sera pas le cas. Mais une des machines touchera le c&#226;ble &#233;lectrique passant &#224; quelques m&#232;tres de moi, et celui-ci prendra feu. Les flics partent en courant et sont remplac&#233;s par les pompiers ! Mais ce n'est pas suffisant pour nous faire descendre. Ni pour arr&#234;ter les machinistes. Mettre nos vies en danger ne semble pas les d&#233;ranger&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la for&#234;t, on entend des cris, des militants qui hurlent &#171; &lt;i&gt;Assassins !&lt;/i&gt; &#187;, qui intiment l'ordre aux b&#251;cherons d'arr&#234;ter leur travail, quand d'autres essayent de discuter pour expliquer ce qu'on fait l&#224;, perch&#233;s. Beaucoup ne savent pas qu'ils travaillent pour le barrage, et encore moins pourquoi nous nous y opposons. Un des b&#251;cherons se plante en bas de l'arbre de Luc. Il est emb&#234;t&#233;, parce que dans son plan, il doit tomber cet arbre&#8230; Alors il demande &#224; Luc de descendre. Face &#224; son refus, il lui explique qu'il va devoir couper l'arbre quand m&#234;me, mais tout doucement, pas d'inqui&#233;tude. Et il est s&#233;rieux&#8230; Ce sont les gendarmes qui viendront lui dire que, peut-&#234;tre, c'est un peu trop dangereux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les zadistes ont aussi r&#233;ussi &#224; rep&#233;rer le nom d'un des grad&#233;s&#8200;&#8211;&#8200;les non-grad&#233;s se font appeler par leur matricule. Cela suffit pour qu'une trentaine de grimpeurs, de tous les coins du bois l'appellent, lui donnent ordres et contrordres, provoquant un beau foutoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'apr&#232;s-midi arrive un nouveau type de machine, plus puissant que les autres. Elle fait des bouquets de fr&#234;nes de 30&#8200;m&#232;tres de haut comme on cueille des marguerites. La vision des arbres qui volent au-dessus de nos t&#234;tes est surr&#233;aliste. Du haut de mon perchoir, le spectacle est difficile &#224; supporter : toute la v&#233;g&#233;tation, aussi riche et dense soit-elle, se retrouve broy&#233;e dans les gueules de m&#233;tal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard dans la journ&#233;e, une &#233;quipe du GIGN vient discuter avec nous et tente de nous convaincre de descendre. S'ils posent trop de questions, ils ont l'avantage d'avertir correctement les machinistes de la pr&#233;sence des cordes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je cherche un moment de relative intimit&#233; pour pouvoir faire pipi, accroch&#233;e dans mon baudrier ; il n'y a plus d'arbres autour de moi pour me cacher&#8230; Et, si un camarade a le courage de descendre pour courir &#224; toute vitesse vers un autre arbre, moi je m'en garde bien, nous sommes un peu trop surveill&#233;s et la nuit au poste ne me dit pas trop. Je vois des copains partir, menott&#233;s&#8230; Pour s'&#234;tre accroch&#233;s dans un aulne !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je commence aussi &#224; avoir des fourmis dans les jambes, et trouver une position pour dormir cinq minutes est mission impossible. Et les machines semblent ne jamais vouloir s'arr&#234;ter. Du coup, la jalousie monte : Camille a pu s'installer &#224; 15&#8200;m&#232;tres de hauteur&#8230; dans son hamac !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Luc n'a plus d'eau mais nous arrivons, par un syst&#232;me de cordes, &#224; lui faire passer ma gourde au-dessus des gendarmes mobiles, un peu &#233;bahis. On restera 14&#8200;heures dans nos feuillus : les machinistes ne finiront leur travail qu'&#224; 19 h 30. Ils veulent finir les travaux le plus vite possible. On doit les fatiguer un peu, quand m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce jour-l&#224;, notre mission de sauvetage d'arbres aura bien fonctionn&#233;. Mais seuls ceux o&#249; nous &#233;tions sont encore debout, isol&#233;s au milieu d'un d&#233;sert qui s'agrandit jour apr&#232;s jour. Si nous ne remontons pas demain, il n'y aura bient&#244;t plus rien.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Mise &#224; jour&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Nous venons &lt;a href=&#034;http://www.reporterre.net/spip.php?article6494&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d'apprendre&lt;/a&gt; qu'un opposant au barrage &#224; trouv&#233; la mort dans la nuit du 25 au 26 octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous reviendrons dans le prochain num&#233;ro, en kiosque le 7 novembre, sur la lutte du Testet.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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