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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Se rendre ing&#233;rables</title>
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		<dc:date>2025-10-03T22:30:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>L'&#233;quipe de CQFD</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Benoit Guillaume</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Alors qu'il pensait passer ses r&#233;formes budg&#233;taires en douce pendant les vacances, Fran&#231;ois Bayrou a souffl&#233; sur le brasier de la col&#232;re. Durant l'&#233;t&#233;, le mouvement Bloquons tout a fait les choux gras dans les m&#233;dias qui ont tent&#233; de le d&#233;finir alors qu'il n'avait pas commenc&#233;... Retour sur ce mois de septembre agit&#233;. On ne va pas se mentir, au d&#233;but, on y croyait moyen. D&#233;cid&#233; par on ne sait qui, au creux d'un &#233;t&#233; chaud et somnolent, &#231;a paraissait un peu loin. Bayrou venait d'annoncer les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no245-octobre-2025" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;245 (octobre 2025)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Benoit-Guillaume" rel="tag"&gt;Benoit Guillaume&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH101/245_04_bg_manif18-b931d.jpg?1779777890' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='101' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Alors qu'il pensait passer ses r&#233;formes budg&#233;taires en douce pendant les vacances, Fran&#231;ois Bayrou a souffl&#233; sur le brasier de la col&#232;re. Durant l'&#233;t&#233;, le mouvement Bloquons tout a fait les choux gras dans les m&#233;dias qui ont tent&#233; de le d&#233;finir alors qu'il n'avait pas commenc&#233;... Retour sur ce mois de septembre agit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6243 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/245_04_bg_manif18.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH336/245_04_bg_manif18-62ed7.jpg?1779777891' width='500' height='336' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;O&lt;/span&gt;n ne va pas se mentir, au d&#233;but, on y croyait moyen. D&#233;cid&#233; par &lt;i&gt;on ne sait qui&lt;/i&gt;, au creux d'un &#233;t&#233; chaud et somnolent, &#231;a paraissait un peu loin. Bayrou venait d'annoncer les premi&#232;res mesures de la casse sociale qu'il comptait mettre en &#339;uvre pour &#233;chapper &#224; la &#171; &lt;i&gt;mal&#233;diction&lt;/i&gt; &#187; de la banqueroute nationale et nous, nous partions (pour les plus veinard&#183;es) sur nos lieux de vill&#233;giature pr&#233;f&#233;r&#233;s, la mine d&#233;confite. Mais c'&#233;tait sans compter sur les Fran&#231;aises et les Fran&#231;ais, toujours prompt&#183;es &#224; conspirer contre leur gouvernement. &#199;a a commenc&#233; par p&#233;pier en AG. D'abord &#224; 30, puis &#224; 50, puis &#224; 300. Des mots d'ordre gratt&#233;s sur des tracts sem&#233;s aux quatre vents se sont mis &#224; circuler, tandis que les murs se tapissaient de &#171; on ne veut plus &#187; et &#171; bloquons tout &#187;. Plus on avan&#231;ait, plus le message tournait qu'une gr&#232;ve dans le monde du travail serait la bienvenue. Dans le m&#234;me temps, des boucles Signal en veux-tu en voil&#224; ourdissaient des plans secrets pour paralyser voies, villes et flux. Au sommet, le Premier ministre apparaissait toujours plus seul avec son budget honni sur les bras. Deux jours avant la date fatidique, alors que rien de vraiment concret n'avait encore commenc&#233;, boum : il est forc&#233; de d&#233;missionner&#8230; Puis, le 10 septembre a eu lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Marseille : 80 000 personnes sont descendues dans la rue ce jour-l&#224; selon la CGT, 8 000 selon la pr&#233;fecture. Classique. Partout en France, 197 000 selon le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur, 250 000 selon la CGT. Un beau score pour une mobilisation spontan&#233;e. Plus encore &lt;a href='https://cqfd-journal.org/La-marmite-sous-les-directions' class=&#034;spip_in&#034;&gt;si l'on mesure la timidit&#233; de la position prise par l'intersyndicale&lt;/a&gt; qui, sentant le vent du 10 septembre souffler de plus en plus fort, s'&#233;tait r&#233;unie en catastrophe le 29 ao&#251;t, pour finalement n'appeler qu'&#224; une journ&#233;e de mobilisation nationale le 18 septembre&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Malgr&#233; tout, certaines organisations locales, ou de secteur, ont franchement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. De son c&#244;t&#233;, le jour J, Retailleau a quasiment vid&#233; Beauvau de ses flics : 80 000 forces de l'ordre casqu&#233;es et harnach&#233;es ont &#233;t&#233; d&#233;ploy&#233;es dans toute la France&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; titre de comparaison, au plus fort de la mobilisation contre la r&#233;forme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Mais, imperturbable, la journ&#233;e s'est d&#233;roul&#233;e, joyeuse et d&#233;ter. &#192; Lyon, les gr&#233;vistes de la raffinerie Total de Feyzin ont &#233;t&#233; rejoint&#183;es par des manifestant&#183;es sur leur piquet. &#192; Saint-Hilaire-Bonneval, en Haute-Vienne, des agriculteur&#183;ices ont barr&#233; l'autoroute avec leurs tracteurs. &#192; Strasbourg, une &#171; v&#233;lorution &#187; (un cort&#232;ge de cyclistes bloquant) a fil&#233; sur les routes et ronds-points. &#192; Paris, les portes de Bagnolet, de Clignancourt, d'Aubervilliers, ont &#233;t&#233; prises d'assaut au petit matin, pendant que les &#233;l&#232;ves du lyc&#233;e H&#233;l&#232;ne Boucher envoyaient des poubelles &#224; la figure des flics. Partout, des blocages strat&#233;giques, des manifs qui essayent de sortir des codes, une fluidit&#233; dans les modes d'action et une id&#233;e fixe : se rendre ing&#233;rables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sortir du 10, suivi du 18, &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Une-kermesse-comme-quartier' class=&#034;spip_in&#034;&gt;dans la myriade d'AG globales, de groupes th&#233;matiques et de rassemblements de quartier&lt;/a&gt;, on commence &#224; strat&#233;giser. Qu'est-ce qui marche le mieux ? Qu'est-ce qui coince encore ? &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Eurolinks-un-grain-dans-la-machine' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Les blocages sont galvanisants&lt;/a&gt;, mais ne durent pas. Les gr&#233;vistes sont trop peu, mais d&#233;brayent, secteur par secteur, avec quelques bonnes pouss&#233;es autogestionnaires. Comment faire le lien entre l'&#233;tincelle et l'artillerie lourde ? Des mains se tendent, des ponts se font, sans pleinement r&#233;ussir &#224; dissiper les vieux antagonismes. Pour autant, si chacun joue sa partie, tous se compl&#232;tent dans la pression qu'ils mettent sur le gouvernement, plus instable que jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Marseille, la r&#233;daction de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; a bien s&#251;r saut&#233; &#224; pieds joints dans la journ&#233;e du 10 &#8211; les plus vaillant&#183;es participent toujours aux AG, commissions, et vivent leur gr&#232;ve par procuration sur les piquets. Et elle en a tir&#233; quelques r&#233;flexions strat&#233;giques &#224; partager. &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Au-peage-de-Lancon-de-Provence-pas' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Certaines actions l'ont &#233;pat&#233;e&lt;/a&gt;, d'autres l'ont laiss&#233;e un peu sceptique. Tour d'horizon critique, mais fraternel, des initiatives aper&#231;ues dans la cit&#233; phoc&#233;enne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Malgr&#233; tout, certaines organisations locales, ou de secteur, ont franchement appel&#233; au 10, telle que l'Union d&#233;partementale de la CGT du Nord (gloire &#224; elle).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#192; titre de comparaison, au plus fort de la mobilisation contre la r&#233;forme des retraites, le 28 mars 2023, 13 000 membres des forces de l'ordre avaient &#233;t&#233; mobilis&#233;s dans toute la France. La mobilisation des Gilets jaunes du 8 d&#233;cembre 2018, avait quant &#224; elle, mobilis&#233; 89 000 policier&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Paris dans sa bulle</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Paris-dans-sa-bulle</link>
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		<dc:date>2019-11-13T11:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Margo Chou</dc:creator>


		<dc:subject>Benoit Guillaume</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;C'&#233;tait en novembre 2016, porte de La Chapelle : la municipalit&#233; parisienne ouvrait un Centre d'accueil pour migrants de 400 lits. Las, cette vaste structure gonflable jaune et blanche est bien trop petite. Et les migrants n'ont d'autre choix que d'attendre encore et encore une &#233;ventuelle place. Partout, des hommes qui dorment au sol. Depuis que les tentes Quechua ont &#233;t&#233; interdites, il n'y a plus d'intimit&#233; possible. Les gestes du quotidien sont expos&#233;s &#224; tous, au soleil. Sur deux (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/puis" rel="tag"&gt;puis&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/matin" rel="tag"&gt;matin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/porte" rel="tag"&gt;porte&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/dorment" rel="tag"&gt;dorment&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'&#233;tait en novembre 2016, porte de La Chapelle : la municipalit&#233; parisienne ouvrait un Centre d'accueil pour migrants de 400 lits. Las, cette vaste structure gonflable jaune et blanche est bien trop petite. Et les migrants n'ont d'autre choix que d'attendre encore et encore une &#233;ventuelle place.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3101 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH613/-1332-15b3d.jpg?1779603021' width='400' height='613' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Beno&#238;t Guillaume
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;P&lt;/span&gt;artout, des hommes qui dorment au sol. Depuis que les tentes Quechua ont &#233;t&#233; interdites, il n'y a plus d'intimit&#233; possible. Les gestes du quotidien sont expos&#233;s &#224; tous, au soleil. Sur deux kilom&#232;tres carr&#233;s, tout autour de la porte de La Chapelle, des corps humains sont &#233;grain&#233;s &#224; m&#234;me le sol, l&#224; o&#249; l'ombre subsiste.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'attente p&#232;se&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; chacun son histoire. Ahmed et Humaira sont assis au pied des premi&#232;res barri&#232;res m&#233;talliques, adoss&#233;s &#224; leurs deux valises neuves bomb&#233;es. Ils ont quitt&#233; le Kurdistan iranien il y a cinq mois. La famille kurde de la demoiselle voulait tuer l'amoureux afghan. Ils sont l&#224; depuis sept jours et dorment sur des cartons, emmitoufl&#233;s l'un contre l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, Mohammed a dormi deux mois dehors, puis cinq jours dans le centre. Mais depuis une semaine, il est h&#233;berg&#233; dans une auberge de Jeunesse &#224; Villiers-le-Bel. Il esp&#232;re ne pas &#234;tre dublin&#233;&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'expression renvoie &#224; l'accord de Dublin, accord europ&#233;en qui pr&#233;voit que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, comme la plupart de ceux qui ont entam&#233; une proc&#233;dure dans un autre pays avant d'arriver en France. Pris en &#233;tau entre son Pakistan natal et sa famille &#8211; son cousin dans le collimateur du gouvernement essayait de l'embrigader dans des &#171; actes terroristes &#187; &#8211;, il a d&#251; se r&#233;soudre &#224; partir. Lui voulait seulement continuer ses &#233;tudes de m&#233;decine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis voil&#224; Sa&#239;d, arriv&#233; porte de La Chapelle il y a dix jours. Il dort avec d'autres hommes sous le pont, &#224; c&#244;t&#233; de l'arr&#234;t de tramway. C'est la police qui le r&#233;veille le matin : il est install&#233; sur la piste cyclable et d&#233;range ceux qui vont bosser en v&#233;lo. Si bien qu'il se l&#232;ve et fait comme les autres. Se rapproche de l'entr&#233;e &#8211; ce n'est pas mieux. Puis part en qu&#234;te d'un endroit o&#249; se laver. L'attente lui p&#232;se et tout le questionne. Il ne se sent pas d'attendre ici, sans rien faire. Il a besoin de bouger. Il veut aller &#224; Amiens, pensant que ce sera moins difficile d'y trouver un h&#233;bergement. Il s'est rencard&#233; avec un gars pour s'y rendre demain. Il a 24 ans et &#233;tudiait l'&#233;lectronique en Guin&#233;e, mais a &#233;t&#233; oblig&#233; de fuir, pour raisons politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non loin, Bouba attend aussi. Il a les yeux tout rouges. Et r&#233;p&#232;te, sur un ton d&#233;sesp&#233;r&#233; : &#171; &lt;i&gt;C'est le seul pays europ&#233;en o&#249; on dort dehors.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;V&#233;ritable loterie&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelques mois, la parisienne porte de La Chapelle est devenue un carrefour o&#249; s'entrecroisent les contradictions de la politique municipale. Elle s'est affirm&#233;e point de rendez-vous en novembre 2016, quand la maire Anne Hidalgo a fait b&#226;tir en urgence un centre d'h&#233;bergement. Soit une &#233;trange masse gonfl&#233;e g&#233;ante, dessinant une coquille d'escargot blanche et jaune, gard&#233;e en permanence et g&#233;r&#233;e par Emma&#252;s Solidarit&#233;. Sa construction faisait suite au d&#233;mant&#232;lement de la &#171; jungle &#187; de Calais et &#224; l'installation de nombreux squats dans la capitale. Le lieu est d&#233;limit&#233; par une grille et une rang&#233;e de plots en b&#233;ton, marquant aussi les limites d'un &#233;norme chantier qui fait face au centre d'h&#233;bergement. Ici sera bient&#244;t construit un h&#244;tel de luxe. &#171; Un nouveau quartier urbain et logistique pour un 18&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; plus durable &#187;, vante un panneau, renommant le quartier &#171; La Chapelle internationale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les rails de la petite ceinture, en contrebas, un bidonville rom s'&#233;tend sur une bande de cinq m&#232;tres de large et des centaines en longueur. Pour y rentrer, un unique passage : un trou dans le grillage, sous un pont de l'autoroute. Les Roms sont les seuls &#224; l'emprunter : ils ont fait savoir qu'ils ne voulaient pas accueillir de migrants dans le bidonville. Porte close, la mis&#232;re ne se partage pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la route non loin, des bagnoles en continu, qui vont et viennent, klaxonnent, partent pour le nord et le terminus de la ligne 3 du tramway. Aux alentours, &#233;parpill&#233;s sur toute cette zone, des hommes allong&#233;s, assis, couch&#233;s, debout, plant&#233;s sur toutes les langues de terre possibles. Ils attendent de pouvoir entrer dans la structure d'h&#233;bergement. Mais il n'y a que quatre cents places. Chaque matin d&#233;marre donc une v&#233;ritable loterie, avec son lot de bousculades, attente, esp&#233;rances et violences polici&#232;res. Mohammed, par un coup de pot et gr&#226;ce &#224; une rencontre, a r&#233;ussi &#224; rentrer. Mais pas Sa&#239;d, qui n'y croit plus.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Moments de tension&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'endroit ouvre &#224; huit heures pile. Il y a des rang&#233;es de barri&#232;res m&#233;talliques et des flics en permanence. Mais c'est bien avant, vers quatre heures du matin, qu'arrivent les premiers migrants, d&#233;termin&#233;s &#224; acc&#233;der au mirage de l'&#201;tat. Rentrer permet de rester cinq &#224; dix nuits &#224; l'int&#233;rieur, avant d'&#234;tre pris en charge ailleurs. Ces moments d'attente sont donc charg&#233;s de tension et de fatigue. Au moindre remous, les flics gazent &#8211; cela arrive quasiment tous les jours. En pr&#233;vention, chacun a du s&#233;rum physiologique dans la poche, pour se nettoyer les yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce matin, le centre n'a pas ouvert. Certains sont d&#233;j&#224; au courant. Eux savent que si aucune annonce n'a &#233;t&#233; faite &#224; 8h15, cela signifie que le centre restera clos. Depuis quelques jours, Emma&#252;s ne fait plus rentrer que par maraude. Des salari&#233;s de l'association partent r&#233;cup&#233;rer des migrants qui dorment dans Paris, en dehors du p&#233;rim&#232;tre de La Chapelle. Les deux cents qui attendent ce matin en sont pour leurs frais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; qu'un homme pr&#233;vient que personne ne pourra passer. Du silence, on passe aux cris sourds. Puis, rapidement, la masse d'hommes se d&#233;lite. Trois jeunes Afghans s'en vont au parc avec leur poign&#233;e d'affaires. Certains commencent &#224; balayer le sol &#224; l'endroit o&#249; ils dorment, d'autres retournent s'allonger &#224; l'ombre du pont, se coupent les cheveux, discutent. Petit &#224; petit, le quotidien se met en place, dans des gestes infimes et une attente poignante.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Distribution de nourriture&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'int&#233;rieur comme &#224; l'ext&#233;rieur, l'association Utopia 56 est l'unique interm&#233;diaire entre l'&#201;tat et les &#171; migrants &#187;. En d&#233;saccord avec les violences du matin, certains des b&#233;n&#233;voles ont d&#233;cid&#233; de ne plus participer &#224; la gestion des files. Leurs missions : informer &#224; l'ext&#233;rieur, accompagner &#224; l'h&#244;pital, distribuer des couvertures et des produits d'hygi&#232;ne, r&#233;pondre aux questions juridiques, donner des adresses, enseigner le fran&#231;ais, nettoyer la zone laiss&#233;e &#224; l'abandon par la municipalit&#233; apr&#232;s une intox des m&#233;dias sur une &#233;pid&#233;mie de gale. &#171; &lt;i&gt;Chaque matin, nous gardions entre deux et cinq places pour des personnes tr&#232;s vuln&#233;rables : d&#233;pression, scoliose, coup de couteau, br&#251;lure, membre cass&#233;,&lt;/i&gt; explique Julie&lt;i&gt;, un cahier &#224; la main. Nous notions leurs noms, num&#233;ros de t&#233;l&#233;phone, types de probl&#232;mes, avant de revenir vers eux au plus vite. Mais depuis plusieurs jours, ce n'est plus possible : Emma&#252;s ne nous laisse plus aucune place &#224; distribuer. Je me sens inutile.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des associations de quartiers viennent &#233;galement donner de quoi manger et se r&#233;chauffer &#8211; c'est le cas du collectif Solidarit&#233; migrants Wilson, dont les distributions de nourriture ont un temps &#233;t&#233; interdites. Et puis, il y a aussi des habitants qui apportent leur aide spontan&#233;ment. Pendant toute la dur&#233;e du ramadan, Nora et quatre autres femmes du Pr&#233;-Saint-Gervais sont ainsi venues &#224; la tomb&#233;e de la nuit, avec leurs enfants, pour donner &#224; manger.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;*&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Des hommes avaient repris le droit de vivre dans des interstices urbains. Sans demander la permission. Mais voil&#224; qu'ils en ont &#233;t&#233; emp&#234;ch&#233;s. On leur a construit une bulle, mais ils ne peuvent pas tous y entrer. Ils n'ont d&#233;sormais d'autre choix que d'attendre pr&#232;s de cette bulle, doublement rejet&#233;s par un nid faussement attrayant. &#192; la porte de la porte, l'espace agenc&#233; ne permet pas de recr&#233;er des lieux de vie, seulement les sas d'attente ali&#233;nants. De menues entraides &#233;ph&#233;m&#232;res se glissent entre les corps, qui deviennent paysage sur un bitume fixe.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Margo Chou&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L'expression renvoie &#224; l'accord de Dublin, accord europ&#233;en qui pr&#233;voit que les demandeurs d'asile doivent finaliser toutes leurs d&#233;marches dans le premier pays europ&#233;en o&#249; leur passage a &#233;t&#233; enregistr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Bayram, musicien et danseur kurde : &#171; Ce n'est pas un vrai travail ! &#187;</title>
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		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Bayram, musicien et danseur kurde d'une trentaine d'ann&#233;es, vit en France depuis l'&#226;ge de 23 ans. Il nous livre ici sa passion pour la musique et son engagement pour faire perdurer sa culture malgr&#233; la pression familiale, la r&#233;pression et la volont&#233; d'assimilation de la Turquie. &#171; Vers l'&#226;ge de 12 ans, &#224; Diyarbakir [Sud-Est anatolien], j'ai commenc&#233; &#224; l'&#233;cole &#224; faire de la danse folklorique kurde qui se fait au son du dawul et de la zurna, un genre de fl&#251;te. J'ai sympathis&#233; avec le dawul, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no150-janvier-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;150 (janvier 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Kurdes" rel="tag"&gt;Kurdes&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Diyarbakir" rel="tag"&gt;Diyarbakir&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/folklorique-kurde" rel="tag"&gt;folklorique kurde&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Bayram, musicien et danseur kurde d'une trentaine d'ann&#233;es, vit en France depuis l'&#226;ge de 23 ans. Il nous livre ici sa passion pour la musique et son engagement pour faire perdurer sa culture malgr&#233; la pression familiale, la r&#233;pression et la volont&#233; d'assimilation de la Turquie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3072 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH429/-1306-1ca1c.jpg?1779777892' width='500' height='429' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Beno&#238;t Guillaume
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; V&lt;/span&gt;&lt;i&gt;ers l'&#226;ge de 12 ans, &#224; Diyarbakir &lt;/i&gt;[Sud-Est anatolien]&lt;i&gt;, j'ai commenc&#233; &#224; l'&#233;cole &#224; faire de la danse folklorique kurde qui se fait au son du &lt;/i&gt;dawul &lt;i&gt;et de la &lt;/i&gt;zurna&lt;i&gt;, un genre de fl&#251;te. J'ai sympathis&#233; avec le &lt;/i&gt;dawul&lt;i&gt;, une grosse caisse avec une baguette fine d'un c&#244;t&#233;, une baguette un peu plus &#233;paisse de l'autre. Pendant les pauses, j'allais voir les &lt;/i&gt;mertep &lt;i&gt;(musiciens gitans), pour leur demander si je pouvais l'utiliser. &#192; la m&#234;me &#233;poque, le soir, je cherchais des mariages, parce que chez nous il n'y a pas besoin d'&#234;tre invit&#233; dans les f&#234;tes. Tu peux y aller comme &#231;a &#8220;bonjour, bonjour&#8221;. Tu rentres dans l'&#233;quipe de danseurs et tu peux danser tant que tu veux. Les musiciens me demandaient de ramasser l'argent que les gens leur jetaient. C'est &#224; ce moment l&#224; que j'ai pris contact avec les groupes de musique et petit &#224; petit j'ai touch&#233; aux percussions, la &lt;/i&gt;darbouka &lt;i&gt;notamment. &#187; &lt;/i&gt;Mais, &#224; cette &#233;poque l&#224;, l'activit&#233; musicale &#233;tait d&#233;pr&#233;ci&#233;e par la soci&#233;t&#233; conservatrice kurde. &lt;i&gt;&#171; J'ai subi &#231;a. Mon p&#232;re me frappait et me disait &#8220;Pourquoi tu fais de la musique ? Ce n'est pas un vrai travail ! La musique, c'est pour les gitans&#8230; &#8221; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Bayram &lt;/strong&gt;pratique &#233;galement le &lt;i&gt;daf&lt;/i&gt;, qui n'a fait son retour que r&#233;cemment dans la musique kurde apr&#232;s avoir &#233;t&#233; longtemps d&#233;laiss&#233;. &lt;i&gt;&#171; C'est un des plus anciens instruments kurdes, tr&#232;s populaires chez les Kurdes d'Iran&#8230; Nous, on l'appelle &lt;/i&gt;arbane. &lt;i&gt;Certains instruments, comme le &lt;/i&gt;daf &lt;i&gt;ou le &lt;/i&gt;dawul, &lt;i&gt;&#233;taient mal vus encore r&#233;cemment, car ils &#233;taient jou&#233;s dans la rue par les aveugles, les mendiants ou les gitans. J'ai crois&#233; le &lt;/i&gt;daf &lt;i&gt;la premi&#232;re fois, alors que mon p&#232;re vendait des produits dans la rue, on voyait de temps en temps une personne aveugle qui en jouait et en &#233;change les gens lui apportaient du boulgour, du riz, des lentilles corail. Seulement voil&#224;, les Kurdes sont un peuple pauvre, ils n'ont pas de temps pour &#231;a, ils travaillent treize ou quatorze heures par jour pour leur famille&#8230; Ils n'avaient pas d'instrument. C'est le PKK qui a remis en valeur la musique et la danse kurdes, en m&#234;me temps qu'il menait le combat pour la reconnaissance de la langue. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Bayram constate tr&#232;s t&#244;t &lt;/strong&gt;que l'engagement dans la vie culturelle kurde est d'abord politique. Dans sa guerre d'assimilation, le pouvoir turc a voulu &#233;radiquer toute expression culturelle qui n'entre pas dans les sch&#233;mas de l'identit&#233; turque : &lt;i&gt;&#171; &#192; Istanbul, j'ai continu&#233; de fr&#233;quenter les cercles de danse kurde, ce qui m'a valu plusieurs arrestations. Je ne trouvais pas ma place dans la soci&#233;t&#233; turque, parce que je devais mettre un masque, dire que j'&#233;tais turc et vivre comme les Turcs en d&#233;laissant mon activit&#233; culturelle. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Cette r&#233;pression contre la musique kurde &lt;/strong&gt;a fait l'objet d'un documentaire de Myl&#232;ne Sauloy de 2001. &lt;i&gt;Quand le chant va-ten- guerre &lt;/i&gt;ouvre sur l'enterrement au P&#232;re-Lachaise en 2000 du chanteur d'origine kurde Ahmet Kaya, qui avait choisi l'exil, puis entra&#238;ne le spectateur dans un voyage au coeur de la r&#233;sistance des musiciens kurdes en Turquie. Au moment de la sale guerre des ann&#233;es 1980-90, la simple possession d'une cassette de chants kurdes pouvait vous mener en prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fuyant la r&#233;pression qui perdure, &lt;/strong&gt;Bayram arrive en France &#224; 23 ans avec le statut de r&#233;fugi&#233; politique. En 2008, &#224; Marseille, il forme avec ses amis Agit, Mahmout, Omer, Apo et Serdar le groupe QWX, qui est devenu depuis peu Awazin Raperin. &lt;i&gt;&#171; J'appr&#233;cie de jouer dans des styles et des rythmes diff&#233;rents, m&#234;me si le fond, la base, le mur porteur, ce sont les rythmes kurdes. On utilise aussi le rythme du hip-hop, mais on n'oublie pas le delilo, le rythme 2/4/2. C'est le rythme typique kurde, de m&#234;me que le 6/8. Pour moi bien s&#251;r, l'identit&#233; musicale kurde est tr&#232;s forte. J'arrive &#224; comparer aussi les musiques kurdes iraniennes, syriennes, irakiennes, on a tellement de richesse &#224; travers ces quatre pays. &#187; &lt;/i&gt;Il joue aussi au sein de trois autres groupes, par passion pour la musique et pour subvenir &#224; ses besoins, &lt;i&gt;&#171; parce que la vari&#233;t&#233; des styles m'int&#233;resse aussi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Son engagement &lt;/strong&gt;ne s'arr&#234;te pas l&#224;, Bayram participe comme il peut aux activit&#233;s de l'association des Kurdes de Marseille, en donnant des cours de danse b&#233;n&#233;volement : &lt;i&gt;&#171; Mais &#231;a prend beaucoup de temps. Je suis dans le syst&#232;me capitaliste, je loue un appartement, j'ai un fils, je dois nous nourrir. Ils &#233;taient d'accord pour me payer, mais finalement, apr&#232;s deux jours de r&#233;flexion, j'ai compris que &#231;a me fait profond&#233;ment mal de les faire payer. Je leur ai dit &#8220;Non, je ne veux pas d'argent, avec vous, je ne peux pas&#8221;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Pour Bayram, &lt;/strong&gt;c'est une &#233;vidence que la musique kurde est porteuse d'un message : &lt;i&gt;&#171; Avec Awazin Raperin, on choisit un message &#224; transmettre pour le Rojava, pour Koban&#233;. On a trois th&#232;mes principaux : la politique, la nature et l'amour. Souvent les gens viennent apr&#232;s le concert me demander &#8220;Quel est l'origine de cet instrument ?&#8221; Mon message commence l&#224; : &#8220;Je suis kurde, mon instrument est kurde&#8230;&#8221; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Daphn&#233;&lt;/strong&gt; &lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>M&#233;diterran&#233;e : d'une rive &#224; l'autre, faire la nique &#224; la mort</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Mediterranee-d-une-rive-a-l-autre</link>
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		<dc:date>2018-11-22T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Des membres de Lounapo et de Primitivi</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Benoit Guillaume</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>mer</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;21 mars. Sous une neige aussi abondante qu'inattendue, l'Albatros II largue les amarres et quitte le Vieux-Port de Marseille, direction la Tunisie. L'association Lounapo prend le large, invit&#233;e par des membres tunisiens du r&#233;seau Alarmphone pour animer des ateliers de s&#233;curit&#233; en mer. En voici un journal de bord &#233;crit et dessin&#233;. *** L'id&#233;e est simple : transmettre des connaissances maritimes et m&#233;t&#233;orologiques, dans l'espoir de rendre les tentatives de travers&#233;e de la M&#233;diterran&#233;e (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no168-septembre-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;168 (septembre 2018)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Benoit-Guillaume" rel="tag"&gt;Benoit Guillaume&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mer" rel="tag"&gt;mer&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/frontieres" rel="tag"&gt;fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/bateaux" rel="tag"&gt;bateaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Tunisie" rel="tag"&gt;Tunisie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Zarzis" rel="tag"&gt;Zarzis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/pecheurs" rel="tag"&gt;p&#234;cheurs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/tunisiens" rel="tag"&gt;tunisiens&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/situation" rel="tag"&gt;situation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/traversee" rel="tag"&gt;travers&#233;e&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;21 mars. Sous une neige aussi abondante qu'inattendue, l'&lt;i&gt;Albatros II&lt;/i&gt; largue les amarres et quitte le Vieux-Port de Marseille, direction la Tunisie. L'association Lounapo&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Association marseillaise qui s'est donn&#233; pour objet &#171; la cr&#233;ation de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; prend le large, invit&#233;e par des membres tunisiens du r&#233;seau Alarmphone&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Organisation internationale qui g&#232;re une ligne t&#233;l&#233;phonique d'urgence, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; pour animer des ateliers de s&#233;curit&#233; en mer. En voici un journal de bord &#233;crit et dessin&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2655 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH522/-915-e4f88.jpg?1779606899' width='400' height='522' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Beno&#238;t Guillaume.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'id&#233;e&lt;/strong&gt; est simple : transmettre des connaissances maritimes et m&#233;t&#233;orologiques, dans l'espoir de rendre les tentatives de travers&#233;e de la M&#233;diterran&#233;e moins p&#233;rilleuses. Primitivi, collectif de documentaristes, s'est associ&#233; &#224; Lounapo dans cette aventure : deux de ses membres embarquent pour r&#233;aliser un film.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au total, pendant pr&#232;s de deux mois, une vingtaine de personnes se relaient sur l'&lt;i&gt;Albatros II&lt;/i&gt;, exp&#233;rimentant la vie commune dans un espace mouvant et restreint &#8211; pas tous en m&#234;me temps, heureusement ! Les premiers jours, c'est un &#233;quipage de huit marin.e.s plus ou moins aguerri.e.s qui affronte une houle venant chatouiller le fond des tripes. Avaries, man&#339;uvres et coups de barre se succ&#232;dent au long des deux semaines que dure la travers&#233;e vers la Tunisie.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#192; Zarzis, les p&#234;cheurs en premi&#232;re ligne&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;t&#233; dernier, G&#233;n&#233;ration identitaire et ses homologues fachos europ&#233;ens avaient affr&#233;t&#233; un navire, avec pour objectif d'emp&#234;cher les actions de sauvetage des migrant.e.s. Mais apr&#232;s quelques ronds dans l'eau, de multiples rebondissements et une grosse avarie, le &lt;i&gt;C-Star&lt;/i&gt; et ses passagers &#233;taient rapidement devenus la ris&#233;e du bassin m&#233;diterran&#233;en. En Gr&#232;ce comme en Tunisie, on se mobilisait pour les emp&#234;cher d'accoster. &#192; Zarzis, les p&#234;cheurs leur ont interdit l'acc&#232;s au port, les privant ainsi de ravitaillement et des r&#233;parations n&#233;cessaires. Le &lt;i&gt;C-Star&lt;/i&gt; avait alors d&#233;riv&#233; lamentablement, perdant plusieurs semaines, avant que les identitaires ne se d&#233;cident &#224; quitter le navire, en abandonnant l'&#233;quipage sans vivres ni moteur en pleine mer&#8230; Ce sont ces m&#234;mes p&#234;cheurs de Zarzis qui forment le comit&#233; d'accueil attendant l'&lt;i&gt;Albatros II&lt;/i&gt; &#224; son arriv&#233;e au port. Pour le petit voilier, ils trouvent une place entre deux chalutiers. Et pour les arrivants, quelques sardines &#224; griller : l'hospitalit&#233;, en Tunisie, &#231;a ne rigole pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout au sud de la c&#244;te tunisienne, la ville de Zarzis se trouve &#224; quelque 80 kilom&#232;tres de la fronti&#232;re avec la Libye : un point chaud sur la carte des routes migratoires. C'est tout pr&#232;s d'ici que des embarcations de fortune prennent r&#233;guli&#232;rement la mer pour tenter de rejoindre Lampedusa ou la Sicile. Trop souvent, c'est aussi sur cette c&#244;te que les noy&#233;s s'&#233;chouent, pouss&#233;s par le vent ou les courants marins. Les p&#234;cheurs sont en premi&#232;re ligne : r&#233;guli&#232;rement, ils sauvent de la noyade les passagers de bateaux pneumatiques surcharg&#233;s. Il arrive aussi qu'il soit trop tard et qu'il n'y ait que des corps &#224; rapatrier. &#171; &lt;i&gt; &#199;a fait quinze ans que &#231;a dure, &lt;/i&gt;raconte Chamseddine Bourassine, pr&#233;sident de l'Association des marins-p&#234;cheurs. &lt;i&gt;Nous nous sommes donc organis&#233;s pour former au sauvetage tous les p&#234;cheurs de l'association &#8211; plus de mille personnes, tous &#226;ges confondus.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chamseddine est un type sto&#239;que, qui s'emporte parfois, mais reste d'un calme froid lorsqu'il &#233;voque les lacunes de l'&#201;tat tunisien : &#171; &lt;i&gt;Nous avons le sentiment de faire le travail des garde-c&#244;tes,&lt;/i&gt; explique-t-il. &lt;i&gt;Voir des morts, sauver des femmes enceintes, trouver des b&#233;b&#233;s morts, ce n'est pas notre travail. On a tendu la main pour sauver des vies... Mais personne ne s'est inqui&#233;t&#233; de savoir comment on le vivait.&lt;/i&gt; &#187; Certains de ses coll&#232;gues s'&#233;nervent plus franchement &#224; l'&#233;vocation des milices libyennes, qui profitent du chaos actuel pour faire leur beurre sur le trafic d'&#234;tres humains. Et qui, &#224; l'occasion, sortent les armes, menacent, kidnappent les p&#234;cheurs tunisiens lors de leurs op&#233;rations de sauvetage et confisquent leurs bateaux, rendus ensuite contre ran&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La petite p&#234;che, en Tunisie comme partout, souffre de la concurrence des bateaux-usines et des fronti&#232;res de p&#234;che internationales, qui bougent toujours &#224; leur d&#233;savantage. Depuis la fin des ann&#233;es 2000, les artisans tunisiens ont ainsi vu leurs zones de p&#234;che se r&#233;duire comme peau de chagrin. La Libye voisine est hautement instable, des garde-c&#244;tes corrompus ou ob&#233;issant &#224; des factions mal identifi&#233;es contr&#244;lent de fa&#231;on agressive une zone qui s'&#233;tend bien au-del&#224; des eaux territoriales du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2016, six chalutiers sont saisis et 69 marins tunisiens emprisonn&#233;s &#224; Tripoli. Apr&#232;s leur lib&#233;ration, les p&#234;cheurs de Zarzis s'arr&#234;tent de travailler pendant 21 jours. Port bloqu&#233;, ils pressent le gouvernement d'intervenir en leur faveur. Rien n'a chang&#233; depuis. Entre la pression libyenne et une &#233;conomie mal en point, la situation est inextricable. Impossible, alors, d'en vouloir aux jeunes qui d&#233;sertent la r&#233;gion et pr&#233;f&#232;rent tenter leur chance en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Br&#251;ler les fronti&#232;res&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain de notre arriv&#233;e &#224; Zarzis, nous participons &#224; une manifestation. Plusieurs bateaux de p&#234;ches, accompagn&#233;s de l&lt;i&gt;'Albatros II&lt;/i&gt;, bloquent le port. On hisse la voile-banderole, les slogans contre la fermeture des fronti&#232;res et la criminalisation des migrant.e.s fusent d'une embarcation &#224; l'autre. &#171; &lt;i&gt;La M&#233;diterran&#233;e est devenue un cimeti&#232;re pour la jeunesse de nos pays, &lt;/i&gt;s'&#233;meut Hassane, militant marocain. &lt;i&gt;La premi&#232;re responsable, c'est la politique discriminatoire de l'Union europ&#233;enne en termes de libert&#233; de circulation. La situation que l'on vit aujourd'hui est catastrophique. Ce n'est pas normal de voir mourir des enfants de moins de vingt ans partis pour d&#233;couvrir le monde.&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, partir signifie litt&#233;ralement mettre le feu, se mettre le feu. &lt;i&gt;Harraga&lt;/i&gt;. Br&#251;leur de fronti&#232;res. C'est comme cela qu'on nomme celui ou celle qui tente la travers&#233;e. Tu pars car tu n'as plus rien &#224; perdre : sans avenir, tu es d&#233;j&#224; mort. Et de toutes les fa&#231;ons, partir c'est aussi mourir un peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2017, au moins 3 119 personnes ont trouv&#233; la mort en M&#233;diterran&#233;e, dont une bonne partie dans la zone qui se trouve au large de la Libye et de la Tunisie. Et si le nombre de tentatives semble quelque peu diminuer, la dangerosit&#233; de la travers&#233;e augmente, elle, de mani&#232;re alarmante. Au mois de juin, Matteo Salvini, nouveau ministre de l'Int&#233;rieur et leader de la Ligue du Nord, d&#233;cr&#232;te la fermeture des ports italiens aux bateaux transportant des personnes secourues en mer. Depuis, la situation s'est encore aggrav&#233;e. Ce sont plus de 600 personnes qui ont trouv&#233; la mort les semaines suivantes, soit pr&#232;s de la moiti&#233; des d&#233;c&#232;s recens&#233;s depuis le d&#233;but de l'ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ateliers de s&#233;curit&#233; en mer&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce contexte que nous sommes invit&#233;s &#224; animer des ateliers autour du th&#232;me de la s&#233;curit&#233; en mer. En premier lieu, nous cherchons &#224; rassembler et diffuser des informations utiles, afin que les travers&#233;es se d&#233;roulent dans les meilleures conditions possibles. Nous ne sommes pas sp&#233;cialistes de ce genre de question, mais nous souhaitons confronter notre modeste exp&#233;rience de la mer &#224; celle des autres participants : candidat.e.s au d&#233;part, proches, militant.e.s, p&#234;cheurs.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2656 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH398/-916-cc4e4.jpg?1779606899' width='500' height='398' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Beno&#238;t Guillaume.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au cours de deux sessions, qui ont lieu &#224; Zarzis puis &#224; Tunis, on discute des affaires personnelles et des vivres &#224; emporter, de l'&#233;quipement id&#233;al &#224; r&#233;unir pour le bateau. On essaie aussi de transmettre des informations &#224; propos de la navigation et de l'analyse des conditions m&#233;t&#233;orologiques. Des discussions se tiennent sur la fa&#231;on de g&#233;rer les situations d&#233;licates, amplifi&#233;es en situation de travers&#233;e pr&#233;caire : mal de mer, angoisse ou panique, besoins naturels, personne &#224; la mer&#8230; Ces &#233;changes nous permettront de fabriquer une petite brochure, afin que les informations circulent le plus largement possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En pr&#233;parant collectivement ces ateliers en amont du projet, nous avions tent&#233; d'anticiper les r&#233;alit&#233;s mat&#233;rielles de celles et ceux qui traversent. Mais en les confrontant &#224; chaque circonstance particuli&#232;re, nous r&#233;alisons que nous &#233;tions bien loin du compte. Les d&#233;parts depuis les c&#244;tes tunisiennes ou libyennes se font selon des modalit&#233;s tr&#232;s diff&#233;rentes suivant les personnes, leur lieu d'embarquement et leurs moyens financiers. Certaines ont la possibilit&#233; de payer le prix fort pour partir &#224; quelques-uns sur des bateaux rapides, &#233;quip&#233;s de puissants moteurs. D'autres s'entassent &#224; 150 ou 200 sur de gros bateaux en bois ou, dans le pire des cas, sur de longs Zodiacs de mauvaise qualit&#233; qui rendent la travers&#233;e extr&#234;mement dangereuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des personnes parviennent &#224; r&#233;unir du mat&#233;riel pour le bateau, comme une VHF (radio haute fr&#233;quence) ou un t&#233;l&#233;phone satellite, tandis que d'autres ne partent qu'avec une bouteille d'eau ou un briquet. Pour se donner du courage, beaucoup de jeunes fument des joints ou boivent de l'alcool avant d'embarquer, fragilisant un peu plus des conditions de navigation d&#233;j&#224; hasardeuses. Ceux qui &#233;chouent mais en r&#233;chappent ne sont pas sortis d'affaire pour autant. Poursuivis par la justice tunisienne, ils s'exposent &#224; de lourdes amendes et &#224; des peines de prison. Ces derni&#232;res ann&#233;es, la police guette : le seul fait de se d&#233;placer avec un gilet de sauvetage peut rendre suspect et justifier des contr&#244;les.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le cimeti&#232;re des inconnus&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On l'a dit, Zarzis n'est qu'&#224; quelques dizaines de miles de la fronti&#232;re libyenne, zone de d&#233;parts sous tension, et les courants du golfe am&#232;nent r&#233;guli&#232;rement sur les rives tunisiennes bateaux, v&#234;tements et cadavres, par centaines chaque ann&#233;e. En 2014, 17 000 migrants au bas mot auraient disparu en mer. En Sicile, en Tunisie et au Maroc, de rares bonnes volont&#233;s r&#233;cup&#232;rent leurs corps et les enterrent dans des cimeti&#232;res invisibles, loin des villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi&#8196;eux,&#8196;Chamseddine Marzoug se bat depuis 2011 pour offrir une s&#233;pulture d&#233;cente aux personnes noy&#233;es. &#171; &lt;i&gt;C'est un travail qui doit &#234;tre fait et je suis le seul qui enterre ici,&lt;/i&gt; explique-t-il. &lt;i&gt;C'est dur, mais il ne faut pas l&#226;cher. &lt;/i&gt; &#187; Devant nous, au milieu d'une ancienne d&#233;chetterie &#224; ciel ouvert, s'&#233;tend le cimeti&#232;re des inconnus. Des centaines de tombes, fleuries et anonymes, accueillent les corps rep&#234;ch&#233;s en mer ou &#233;chou&#233;s sur le rivage. &#171; &lt;i&gt; Ce sont des gens comme nous, il faut les respecter. Ce n'est pas un crime de vouloir une vie meilleure.&lt;/i&gt; &#187; S'il s'agit d'offrir un peu de dignit&#233; et une s&#233;pulture d&#233;cente &#224; des victimes de la fermeture des fronti&#232;res, Chamseddine voit aussi dans ce cimeti&#232;re un lieu de m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-dessus d'une tombe, une &#233;pitaphe : Rose-Marie est la seule &#224; avoir retrouv&#233; un nom. Ses proches ont &#233;t&#233; &#233;mus de se recueillir sur une s&#233;pulture individuelle, un &#171; luxe &#187; refus&#233; aux migrants d&#233;c&#233;d&#233;s, souvent entass&#233;s dans des fosses communes. Redonner un peu d'humanit&#233; &#224; celles et ceux qui ont perdu la vie, &#171; &lt;i&gt; c'est notre responsabilit&#233; &#224; tous, il faut qu'on bouge&lt;/i&gt; &#187;. &#192; part le Croissant rouge, qui intervient pour rep&#234;cher les corps quand on les lui signale, aucune instance internationale ne r&#233;pond aux appels. En avril, l'euro-d&#233;put&#233;e Marie-Christine Vergiat a invit&#233; Chamseddine Marzoug &#224; s'exprimer devant le Parlement europ&#233;en &#224; Strasbourg. Comme une bouteille jet&#233;e &#224; la mer...&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#192; Tunis, th&#233;&#226;tre-forum&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une semaine apr&#232;s les ateliers de s&#233;curit&#233; en mer, nous arrivons &#224; Tunis. Dans une gare routi&#232;re adoss&#233;e &#224; un grand cimeti&#232;re, le temps d'un caf&#233;, nous &#233;changeons avec des militants rencontr&#233;s &#224; Zarzis. Com&#233;diens du th&#233;&#226;tre de l'Opprim&#233;, ils ont travaill&#233; ensemble, Tunisiens, &lt;i&gt;harragas&lt;/i&gt; et Subsahariens, &#224; mettre en sc&#232;ne des histoires de migrants qu'ils pr&#233;sentent en pleine rue. Par la pratique du th&#233;&#226;tre-forum, accessible &#224; tous et qui fait appel &#224; la participation du public, ils abordent des th&#232;mes sociaux et politiques tels que le suicide chez les jeunes, la pauvret&#233;, l'&#233;galit&#233; des sexes, le racisme, les conflits interg&#233;n&#233;rationnels, mais aussi la question &lt;i&gt;harraga&lt;/i&gt; et les morts en mer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jamel, com&#233;dien professionnel qui encadre le groupe, se questionne : &#171; &lt;i&gt;J'ai voulu conna&#238;tre les oppressions qui les m&#232;nent &#224; cette fin merdique, qu'ils choisissent de plein gr&#233;&#8230; Racontons l'histoire ou la fable ou le sc&#233;nario qui m&#232;ne &#224; cette fin ind&#233;sirable. Il faut que ce soit des histoires vraies des participants, des citoyens qui ont v&#233;cu ces trucs-l&#224;. &lt;/i&gt; &#187; Les jeunes qui s'engagent, issus des classes populaires ou migrants subsahariens, n'ont &#224; la base aucune notion de la sc&#232;ne, de la th&#233;&#226;tralit&#233;, mais ils sentent qu'ils parlent d'eux-m&#234;mes, de leurs amis, racontant celui qui a tent&#233; plusieurs d&#233;parts risqu&#233;s pour l'Europe et qui s'en est sorti vivant mais meurtri, celui qui n'a pas trouv&#233; de travail depuis qu'il est adulte, celle qui a perdu son fils en mer.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Solidarit&#233; subsaharienne&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_2657 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH539/-917-e123d.jpg?1779606899' width='400' height='539' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Beno&#238;t Guillaume.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans la troupe, de jeunes Subsahariens parlent de leurs exp&#233;riences. Ils habitent ensemble en coloc dans diff&#233;rents quartiers de Tunis et y d&#233;veloppent des syst&#232;mes de d&#233;brouille et de solidarit&#233;. Certains sont &#233;tudiants, d'autres font des g&#226;ches pour survivre ou travaillent chez des Tunisiens ais&#233;s comme employ&#233;s de maison. Toutes et tous portent des histoires complexes et douloureuses, encore impr&#233;gn&#233;es de la poussi&#232;re et des embruns de leur route &#224; travers le d&#233;sert ou la mer, et vivent courageusement dans des conditions tr&#232;s pr&#233;caires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la r&#233;volution tunisienne, des progr&#232;s ont &#233;t&#233; faits au niveau de l'accueil et de leurs droits, mais l'instabilit&#233; du pays laisse un vide juridique que tentent de combler quelques ONG internationales et des associations politiques locales. L&#224;-bas, comme ici, d&#233;lit de solidarit&#233; oblige, il est ill&#233;gal d'apporter de l'aide &#224; ces populations en souffrance. Et quelle que soit leur situation, ces &#233;trangers restent tous redevables de &#171; p&#233;nalit&#233;s &#187; de s&#233;jour &#224; payer &#224; l'&#201;tat tunisien : environ 80 dinars par mois. Ces conditions ne leurs permettant pas de quitter le territoire, les p&#233;nalit&#233;s s'accumulent et les sommes deviennent vite impossibles &#224; r&#233;gler. Le salaire minimum en Tunisie est de 300 dinars (environ 140 &#8364;), mais les petits boulots mal pay&#233;s atteignent rarement ces minima.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains s'organisent en montant des associations de d&#233;fense ou de promotion des droits des Africains subsahariens. D'autres essaient d'inventer des espaces d'&#233;change avec les Tunisiens pour questionner le rejet et le racisme. Courant avril, juste apr&#232;s le d&#233;part de l'&lt;i&gt;Albatros II&lt;/i&gt;, les &#233;tudiants subsahariens et leurs soutiens locaux ont manifest&#233; pour la suppression de ces taxes iniques, inspir&#233;es par les accords r&#233;glementant la fermeture des fronti&#232;res, et ils ont obtenu gain de cause avec l'annulation des p&#233;nalit&#233;s accumul&#233;es. Mais tous les autres &#8211; celles et ceux qui ne sont pas &#233;tudiants &#8211; restent encore soumis &#224; ce r&#233;gime. Ont-ils des projets ? Quand les uns esp&#232;rent revoir leur famille, les autres r&#234;vent de l'Eldorado europ&#233;en, celui qui se raconte et se propage de bouche en bouche et sur les &#233;crans. Mais quelques-uns r&#234;vent plut&#244;t d'une Afrique unie, autonome, enfin prosp&#232;re et en paix, o&#249; tous pourraient vivre et se d&#233;placer librement.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;Bastien, Beno&#238;t, Chiraz, Lisa, Matthieu, Mathilde, Romain et Samuel &#8211; membres de Lounapo et Primitivi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#199;a bouge encore et toujours&lt;/h3&gt;&lt;div class='spip_document_2619 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;74&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH495/-880-816a6.jpg?1779602857' width='400' height='495' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La couverture du n&#176;168 de &#034;CQFD&#034;, illustr&#233;e par Vincent Croguennec.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trois mois apr&#232;s&lt;/strong&gt; le retour de l'Albatros II, la situation continue de se d&#233;grader en M&#233;diterran&#233;e. En juillet, l'&#233;quipage du Sarost 5 recueille &#224; son bord 40 personnes qui d&#233;rivaient depuis cinq jours sur un bateau pneumatique. Refoul&#233;s de France, de Malte et d'Italie, voyant les vivres diminuer et la situation sanitaire se d&#233;grader, le navire de ravitaillement tunisien et ses occupants finissent bloqu&#233;s au large de Zarzis, la Tunisie refusant &#233;galement d'accueillir les rescap&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sans position claire&lt;/strong&gt; du Haut-commissariat aux r&#233;fugi&#233;s, il faudra quinze jours de pression des associations et des ONG pour faire flancher le gouvernement. Mais l'histoire ne s'arr&#234;te pas l&#224; : autoris&#233;s &#224; d&#233;barquer pour des &#171; raisons humanitaires &#187;, les migrants &#224; peine descendus &#224; terre apprennent qu'ils vont &#234;tre d&#233;port&#233;s illico dans leurs pays d'origine. Aussit&#244;t accueillis, aussit&#244;t expuls&#233;s. Face &#224; ces politiques migratoires toujours plus mortif&#232;res, il est plus que jamais vital de tisser des liens et jeter des ponts entre les deux rives.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Association marseillaise qui s'est donn&#233; pour objet &#171; &lt;i&gt; la cr&#233;ation de projets collectifs autour de la mer et de la voile&lt;/i&gt; &#187; et porte &#171; &lt;i&gt;des principes &#233;galitaires et des valeurs d'&#233;mancipation&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Organisation internationale qui g&#232;re une ligne t&#233;l&#233;phonique d'urgence, joignable 24 heures sur 24, &#224; destination des personnes se retrouvant en situation de d&#233;tresse pendant une travers&#233;e de la M&#233;diterran&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Sur La Plaine, le march&#233; des derniers jours</title>
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		<dc:date>2018-10-15T23:11:59Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno Le Dantec</dc:creator>


		<dc:subject>Benoit Guillaume</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Bien d&#233;cid&#233;e &#224; &#171; requalifier &#187; la plus grande place de Marseille, la mairie a pour abc&#232;s de fixation le march&#233; qui y campe trois fois par semaine et attire une population qu'on ne veut plus voir en ville. C'est que le souk, le bazar et toute la smala des vendeurs de rue incarnent aux yeux des &#233;lites un commerce honteux qu'il faut &#233;radiquer &#224; tout prix. Mais plus que la fin d'un march&#233; populaire, c'est l'essence m&#234;me d'une ville portuaire que l'on condamne &#224; mort. Chronique sur le vif. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L106xH150/arton2353-628eb.jpg?1779777895' class='spip_logo spip_logo_right' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Bien d&#233;cid&#233;e &#224; &#171; requalifier &#187; la plus grande place de Marseille, la mairie a pour abc&#232;s de fixation le march&#233; qui y campe trois fois par semaine et attire une population qu'on ne veut plus voir en ville. C'est que le souk, le bazar et toute la smala des vendeurs de rue incarnent aux yeux des &#233;lites un commerce honteux qu'il faut &#233;radiquer &#224; tout prix. Mais plus que la fin d'un march&#233; populaire, c'est l'essence m&#234;me d'une ville portuaire que l'on condamne &#224; mort. Chronique sur le vif.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Jusqu'au bout, on n'arrive pas &#224; y croire. Samedi 29 septembre 2018, dernier jour officiel du march&#233; de La Plaine, place Jean-Jaur&#232;s. Chez les clients, les marchands, les mamies qui viennent y chercher de la chaleur humaine autant qu'une livre de haricots &#233;cheleurs, l'&#233;motion est palpable. Comme disent Monique et sa compagne, vendeuses de pr&#234;t-&#224;-porter f&#233;minin : &#171; &lt;i&gt; C'est la fin d'un monde. Ils ne veulent plus de nous. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De crainte que les forains ne se cabrent (des panneaux &#171; stationnement g&#234;nant &#187; annoncent l'entr&#233;e en action type &lt;i&gt;Blitzkrieg&lt;/i&gt; d'une arm&#233;e de poseurs de palissades pour fermer l'esplanade d&#232;s 13 h), le pacha de l'H&#244;tel de ville a fait un geste. Alors que, la veille encore, il sommait le pr&#233;fet de &#171; &lt;i&gt; faire respecter l'ordre r&#233;publicain &lt;/i&gt; &#187; en lan&#231;ant les CRS contre les &#171; &lt;i&gt;quelques individus&lt;/i&gt; &#187; qui paralysaient les autoroutes d'acc&#232;s &#224; Marseille, Jean-Claude Gaudin a accept&#233; de les recevoir lundi 1er octobre. &#171; &lt;i&gt;Si, &#233;videmment, ces derniers ont lev&#233; toute forme de blocus d'ici l&#224;. &lt;/i&gt; &#187; Il promet, en &#233;change, que le chantier de La Plaine ne d&#233;marrera pas avant qu'un accord soit trouv&#233;. Il &#233;tait temps. Si les journaux parisiens (nationaux ?) ignorent ce conflit qui menace de mettre le feu &#224; la deuxi&#232;me ville de France, &lt;i&gt;La Provence&lt;/i&gt; titre &#171; &lt;i&gt;Blocus&lt;/i&gt; &#187; en grosse manchette. Des travailleurs du port saluent pour leur part ceux de la place Jean-Jaur&#232;s : &#171; &lt;i&gt;La prochaine fois, on bloque ensemble, on a un ennemi commun.&lt;/i&gt; &#187; Oui, il &#233;tait temps.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2585 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-850.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH222/-850-bddc1.jpg?1779777895' width='500' height='222' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Benoit Guillaume
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Zad de La Plaine&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Outre les blocages d'autoroutes, pr&#233;fecture et mairie ont beaucoup fantasm&#233; sur le spectre d'une Zad urbaine. Les RG &#233;voquent un noyau de 200 &#233;nerv&#233;s pr&#234;ts &#224; construire des cabanes dans les tilleuls et &#224; s'opposer &#224; l'avanc&#233;e des tractopelles. Mais l&#224;, un tour d'&#233;crou de plus vient pincer le muscle dans la poitrine des &#233;lus : et si les forains refusaient de remballer ? Et si une Zad &#224; Marseille, c'&#233;tait un souk permanent ? Doc Youcef le v&#233;lomane le pr&#233;conisait entre deux r&#233;parations : &#171; &lt;i&gt; Il faut arr&#234;ter le chantier en plantant des tentes et en d&#233;clarant le march&#233; ouvert 7 jours/7 et 24 h/24 ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plaisanterie &#224; part, la fraternisation des habitants avec les gens du march&#233; pr&#233;occupe ceux qui d&#233;nigraient les opposants &#8211; &#171; &lt;i&gt;une bande de punks &#224; chien qui aime casser des canettes et faire caca par terre&lt;/i&gt; &#187; (dixit le po&#232;te Chenoz&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G&#233;rard Chenoz, adjoint au maire charg&#233; des Grands projets d'attractivit&#233; et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; )&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le march&#233; tri-hebdomadaire de La Plaine n'est pas qu'un march&#233; de quartier. L'esp&#232;ce de plan social &#224; la hussarde qu'impose le service des emplacements publics &#224; 300 marchands forains en pr&#233;tendant les disperser aux quatre vents, qui sous une bretelle d'autoroute, qui sur le port de l'Estaque, n'est que l'aspect le plus criant d'une guerre de position. Il s'agit de casser une dynamique qui lie encore le centre-ville aux quartiers populaires, pour le faire basculer du c&#244;t&#233; des quartiers Sud, plus hupp&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Sans La Plaine, on est morts &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; C'est pas que pour d&#233;fendre mon gagne-pain ! &lt;/i&gt; &#187;, lance Manu par-dessus son &#233;talage. Avec sa d&#233;gaine de hipster tout-terrain et sa gouaille nordiste, il mart&#232;le : &#171; &lt;i&gt;Du boulot je peux m'en r&#233;inventer ailleurs. C'est ma dignit&#233; d'homme que je d&#233;fends, l&#224;.&lt;/i&gt; &#187; Vendredi 14 septembre, lors de la venue de Macron et Merkel &#224; Marseille, Hichem a sorti le barbecue, deux ou trois transats, un parasol, qu'il a pos&#233;s au milieu de la Canebi&#232;re bloqu&#233;e par des dizaines de forains, en face de la chambre de commerce. Deux coll&#232;gues gitans s'y sont install&#233;s avec une guitare et ont balanc&#233; une rumba. La sc&#232;ne voulait dire beaucoup : le collectif forain, divis&#233; et m&#233;pris&#233;, a retrouv&#233; sa fiert&#233;. Et la joie de faire front, m&#234;me si c'est le dos au mur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Milou, forain journalier depuis dix ans, raconte : &#171; &lt;i&gt; Un jour, j'ai fait remarquer &#224; un placier qu'il y en a qui sont titulaires &lt;/i&gt;[d'un emplacement au march&#233;] &lt;i&gt;alors qu'ils sont arriv&#233;s apr&#232;s moi. Il me r&#233;pond que je suis bien con&#8230; &#199;a veut dire quoi, d'apr&#232;s toi ?&lt;/i&gt; &#187; On les a bien balad&#233;s, les forains de La Plaine. Persuad&#233;e qu'elle les tient par l'entrejambe, l'&#233;lue charg&#233;e des march&#233;s, Marie-Louise Lota, leur parle avec d&#233;dain : &#171; &lt;i&gt; Vous vendez trop du bas de gamme.&lt;/i&gt; &#187; Son &#226;me damn&#233;e passait la main dans le dos des uns et des autres : &#171; &lt;i&gt;On compte sur vous pour le futur march&#233;, ce qu'on ne veut plus, c'est des barbus.&lt;/i&gt; &#187; Ou : &#171; &lt;i&gt; Vous les Gitans, on vous mettra sur la place de La Joliette, vous verrez, vous serez bien. &lt;/i&gt; &#187; Ce &#224; quoi les int&#233;ress&#233;s ont r&#233;pondu : &#171; &lt;i&gt; Non, nous on reste avec les Noirs et les Arabes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gens savent bien que ce march&#233; est un tout. Les soldeurs et les fripiers font locomotive. Ils attirent le public et tout le monde en profite. Les commer&#231;ants s&#233;dentaires de la rue Saint-Michel aussi : les jours de march&#233;, leurs ventes augmentent, et pas qu'un peu. C'est une alchimie &#224; la fois rugueuse et fragile, un march&#233;. On n'y touche pas impun&#233;ment. &#171; &lt;i&gt;On veut rester l&#224;. &#192; la limite, on pourrait accepter de bouger &#224; c&#244;t&#233; pendant les travaux, mais ensemble. Et on s'appellera &#8220; march&#233; de La Plaine en exil &#8221;,&lt;/i&gt; l&#226;che Dalila dans un sourire. &lt;i&gt;Sans La Plaine, on est morts. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur son stand, le Nig&#233;rian Dolapo taille un clich&#233; en pi&#232;ces : &#171; &lt;i&gt;Les gens croient que si on vend si peu cher, c'est qu'on deale des trucs tomb&#233;s du camion. H&#233; non, c'est pas vol&#233; ! Regarde les Manouches, c'est les rois du d&#233;stockage. Ils font la tourn&#233;e des boutiques avec des liasses de billets et ils proposent de d&#233;barrasser le commer&#231;ant de la collection qui lui reste sur les bras. Il y en a qui sont m&#234;me branch&#233;s avec des directeurs de vente d'hypermarch&#233;s !&lt;/i&gt; &#187; Et ces m&#234;mes directeurs espionnent le commerce de rue pour voir ce qui marche et &#224; quel prix&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Diviser pour mieux r&#233;gner&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La promesse initiale du cahier des charges de la Soleam &#8211; deux tiers du march&#233; maintenu et le tiers restant relog&#233; &#224; proximit&#233; &#8211; s'est r&#233;duite comme peau de chagrin. Dans un deuxi&#232;me temps, seuls 80 forains allaient rester sur la place pendant les travaux. Soi-disant choisis selon des crit&#232;res d'anciennet&#233; et d'assiduit&#233;&#8230; Mais chassez le client&#233;lisme, il revient au petit trot. &#192; la sortie d'une r&#233;union en mairie, le forain Bakouche l&#226;che &#224; une journaliste : &#171; &lt;i&gt; La discussion ? C'est pas une discussion, Madame, c'est une requalification. Ils requalifient les forains.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;Tu veux que je te dise comment les 80 qui resteront ont &#233;t&#233; choisis ? Par cat&#233;gorie d'origine. Ils ont pris 20 de telle origine, 20 de telle autre, et ils ont nettoy&#233; le probl&#232;me comme &#231;a.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La place sera totalement ferm&#233;e pendant les travaux pour des raisons de s&#233;curit&#233; et de salubrit&#233;&lt;/i&gt; &#187;, a finalement tranch&#233; une lettre adress&#233;e aux forains le 1er ao&#251;t 2018. Pompier pyromane, Mme Lota a eu le culot de rejeter la faute de l'annulation du phasage des travaux sur les forains : selon elle, ils allaient s'&#233;triper pour une place, mettant la client&#232;le en danger. Elle les somme de choisir un &#171; site de repli &#187; parmi huit propos&#233;s. Des sites inhospitaliers, o&#249; rien n'a &#233;t&#233; pr&#233;par&#233; pour leur arriv&#233;e. Et puis, &#171; &lt;i&gt; la dame qui m'ach&#232;te du tissu, si elle cherche aussi des chaussures, je vais lui dire de prendre le bus et d'aller &#224; l'Estaque ?,&lt;/i&gt;interroge Rapha&#235;l. &lt;i&gt;Avec quoi ils pensent, &#224; la mairie, avec le cul ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sciemment divis&#233;s par communaut&#233;s, par statuts (journaliers, titulaires, pistonn&#233;s&#8230;), les gens du march&#233; ont r&#233;agi &#224; l'annulation du phasage des travaux. Tout le monde s'est retrouv&#233; nivel&#233; par le bas, partageant la m&#234;me pr&#233;carit&#233; quant &#224; leur avenir. R&#233;sultat, les rangs se sont resserr&#233;s. Les journaliers, qui ne participaient pas aux mobilisations parce qu'ils allaient de toute fa&#231;on &#171; gicler &#187;, se sont joints &#224; la protestation. En masse, plus de la moiti&#233; des marchands se sont affili&#233;s &#224; un m&#234;me syndicat, celui des march&#233;s de France, qui &#171; &lt;i&gt;d&#233;fend une &#233;thique des march&#233;s populaires&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Disperser les ind&#233;sirables&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les premi&#232;res manifs, la mairie a gagn&#233; une semaine de r&#233;pit avec la promesse d'une r&#233;union sous les auspices de la pr&#233;fecture. Jeudi 13 septembre &#224; 22 h 30, apr&#232;s trois heures de palabres, Mme Lota fait mine de c&#233;der sur un point. Alors qu'elle affirmait que les forains devraient se r&#233;inscrire individuellement une fois la place r&#233;nov&#233;e (ce qui est ill&#233;gal), voil&#224; qu'elle jure, par &#233;crit, que tous les titulaires seront r&#233;admis. Tous ? Sauf ceux qui auront chang&#233; de m&#233;tier, asphyxi&#233;s par trois ans de disette&#8230; Et les journaliers, sacrifi&#233;s sans consid&#233;ration. Si un des d&#233;l&#233;gu&#233;s est sorti les bras lev&#233;s en signe de victoire, un camarade l'a prestement ramen&#233; &#224; la r&#233;alit&#233; : &#171; &lt;i&gt;Oh, tu es entr&#233; forain et tu ressors syndicaliste ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car la question est de savoir comment survivre pendant le chantier. Pour la relocalisation provisoire, Mme Lota consent &#224; donner une semaine au syndicat pour &#171; mod&#233;liser &#187; sur plan une &#233;ventuelle installation sur le boulevard Chave, &#224; c&#244;t&#233; de la place. Mais d&#232;s le lendemain, la maire de secteur s'offusque &#224; l'id&#233;e de voir d&#233;bouler la smala dans son quartier. Deux jours plus tard, le directeur du service des emplacements passe en coup de vent pour distiller ce qu'on savait d&#233;j&#224; : malgr&#233; ce qu'avait annonc&#233; &lt;i&gt;La Provence&lt;/i&gt; (&#171; &lt;i&gt;Ce sera Chave &lt;/i&gt; &#187;), la promesse n'engageait personne. Retour &#224; la case &#171; dispersion &#187;. &#192; une semaine du d&#233;but pr&#233;sum&#233; des travaux, l'incertitude r&#232;gne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ombre du chantier avance comme un monstre titubant, &#224; la fois &lt;i&gt;chapacan&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Chapacan &#187; : &#171; bras cass&#233; &#187;, en marseillais.&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; et pr&#234;t &#224; pi&#233;tiner tout ce qui permet ici la pr&#233;sence des ind&#233;sirables. Il est l&#224; pour durer, jusqu'&#224; ce que les gens oublient l'usage qu'ils avaient des lieux. Jusqu'&#224; provoquer suffisamment de faillites et de fuites d'habitants pour faire table rase avant que des investisseurs bien rencard&#233;s raflent la mise. Mais cette seconde &#233;tape dans des op&#233;rations sp&#233;culatives fait souvent pschitt &#224; Marseille. Les paysages urbains derni&#232;rement requalifi&#233;s ressemblent &#224; des d&#233;serts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'importe, G&#233;rard Chenoz a toujours le mot pour rire : &#171; &lt;i&gt;Les touristes, ils ne demandent pas qu'on enl&#232;ve les Arabes, &lt;/i&gt;blague-t-il &#224; la fin d'une r&#233;union avec des commer&#231;ants du quartier inquiets des effets d&#233;vastateurs du chantier. &lt;i&gt;Ils veulent juste qu'on balaye un peu plus les rues. Alors je pi&#233;tonnise et &#231;a va devenir un quartier branch&#233;. &lt;/i&gt; &#187; Et Hichem de traduire : &#171; &lt;i&gt; Chenoz ne parle pas comme un &#233;lu, mais comme un gouverneur colonial&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Ils ont voulu la guerre &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il y a, parmi ces marchands ambulants qu'on regarde de haut, de vrais philosophes&#8200;de combat. Dolapo a &#233;tudi&#233; au South Bank Polytechnics de Londres avant que les al&#233;as de la vie l'am&#232;nent &#224; vendre des parfums et des sous-v&#234;tements f&#233;minins sur les march&#233;s du sud-est de la France : &#171; &lt;i&gt;Shakespeare disait que le bien que font les hommes est souvent oubli&#233; apr&#232;s leur mort, mais le mal, lui, persiste. C'est peut-&#234;tre ce petit go&#251;t d'immortalit&#233; que recherche Mme Lota en nous maltraitant ! &lt;/i&gt; &#187; Avant de partir d'un grand rire : &#171; &lt;i&gt;Mais c'est lui faire trop d'honneur. Cette dame n'a pas la carrure d'un personnage shakespearien ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Samedi 29 septembre, &#224; la fin du dernier march&#233;, s'est d&#233;roul&#233;e une sc&#232;ne encore inimaginable quelques jours auparavant. Une r&#233;union commune, o&#249; des forains et des foraines, les repr&#233;sentants de leur syndicat, des riveraines, des membres de l'assembl&#233;e de La Plaine, des jeunes d&#233;cid&#233;s &#224; ne pas laisser couper les arbres et quelques Insoumis ont partag&#233; un micro ouvert pour parler strat&#233;gie. Tristesse et col&#232;re &#233;taient &#233;troitement m&#234;l&#233;es. Mais aussi le sentiment qu'une situation in&#233;dite autorisait quelques espoirs. Tout n'est pas encore perdu. Que le vieux maire se sente oblig&#233; de recevoir des gens qu'il a ignor&#233;s, puis trait&#233;s &#8211; la veille encore &#8211; d'ill&#233;gitimes fauteurs de trouble, r&#233;v&#232;le l'instabilit&#233; de sa fin de r&#232;gne. Et prouve aussi que la cause de La Plaine est maintenant reconnue dans toute la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En verve, Hichem entreprenait ainsi un automobiliste coinc&#233; lors d'un blocage, le 7 septembre dernier : &#171; &lt;i&gt;O&#249; vous allez,&#8200;avec votre petite famille, quand vous voulez vous promener dans un endroit sympa, o&#249; les gens se m&#233;langent paisiblement ? Y a pas 36 solutions : sur les plages, au stade ou au march&#233; de La Plaine. Il faut d&#233;fendre La Plaine, Monsieur, c'est le c&#339;ur de Marseille ! &lt;/i&gt; &#187; Ayant grandi dans le quartier, le jeune homme &#224; la barbe en p&#233;tard a &#233;t&#233; berc&#233; par les chansons de Bob Marley dans l'&#233;picerie de son p&#232;re. Lui aussi utilise les armes de l'esprit : &#171; &lt;i&gt; Ils ont voulu la guerre et ils vont la perdre, parce qu'ils ne nous laissent aucune issue. Comment il s'appelait d&#233;j&#224;, le philosophe chinois des champs de bataille ? Il disait&lt;/i&gt; &#8220; Si tu veux prendre une ville, encercle-la, mais&#8200;laisse une porte de sortie pour que les faibles puissent s'enfuir. Sinon, s'il est accul&#233;, un gentil berger est capable de te tuer six ou sept soldats &#8221;. &lt;i&gt;Cette mairie, si elle voulait mettre le feu aux poudres, elle ne s'y prendrait pas autrement.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Derni&#232;re minute&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'heure o&#249; nous bouclions notre &#233;dition papier, lundi 1er octobre, un sursis avait &#233;t&#233; obtenu. Le march&#233; devait revenir sur La Plaine... pour une semaine. Pendant ce temps, un nouveau phasage des travaux devait &#234;tre &#233;tudi&#233;. Selon le maire Gaudin, afin d'assurer la permanence &lt;i&gt;&#171; d'une quarantaine de forains sur la place &#187;&lt;/i&gt; pendant le chantier. Les 250 autres seraient toujours dispers&#233;s sur diff&#233;rents sites. &#192; l'encontre du seul mot d'ordre qui unit les forains : &lt;i&gt;&#171; On reste tous ensemble. &#187;&lt;/i&gt; Cette cacophonie prouve bien que rien n'a &#233;t&#233; pens&#233; s&#233;rieusement pour garantir l'avenir du march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Ce march&#233; c'est ma f&#234;te &#224; moi &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mesdames&lt;/strong&gt;,&lt;i&gt; achetez chez moi. Ici mieux qu'en face. Lui il est arabe et moi je suis juif. Et vous savez ce que c'est un Juif ? Un Arabe intelligent ! &lt;/i&gt; &#187; &#199;a grince &#224; l'oreille ? Oui, mais c'est dit en rigolant, sur un lieu public noir de monde. Ces m&#234;mes mots prononc&#233;s sur un plateau de t&#233;l&#233;vision seraient malsains. Ici, les frictions se th&#233;&#226;tralisent, et c'est dans la confrontation &#224; l'air libre que les pr&#233;jug&#233;s se d&#233;sarment. &#171; &lt;i&gt;Mais qu'est-ce que je ferais sans vous, &lt;/i&gt;s'alarme une vieille dame.&lt;i&gt; Ce march&#233;, c'est ma sortie, ma f&#234;te &#224; moi ! &lt;/i&gt; &#187; Popeye, le marchand d'olives, lui r&#233;pond sur un ton aigre-doux : &#171; &lt;i&gt;Faudra aller chez Monop'.&lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;Mais c'est loin. Et c'est trop cher. Et puis c'est triste &#224; mourir, personne ne se parle.&lt;/i&gt; &#187; Voil&#224; comment r&#233;agissent les usagers &#224; la fermeture imminente de La Plaine. Voil&#224; pourquoi une mamie maghr&#233;bine a cuisin&#233; un couscous pour 40 personnes, qu'elle distribue dans le parc, aux forains, aux clientes, aux enfants du quartier. Pas besoin de carte d'identit&#233;, c'est &#171; &lt;i&gt; en solidarit&#233; avec le march&#233;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thierry en a l'&#339;il humide : &#171; &lt;i&gt;Petit, je jouais dans les magnolias pendant que mes parents vendaient l&#224;. J'ai appris le m&#233;tier en aidant ma grand-m&#232;re, qui avait h&#233;rit&#233; la place de son p&#232;re, arriv&#233; ici dans les ann&#233;es 1930.&lt;/i&gt; &#187; De Thessalonique, en Gr&#232;ce. &#171; &lt;i&gt;On est commer&#231;ants de m&#232;re en fils, depuis longtemps, parce qu'en Espagne, avant l'expulsion des juifs et musulmans au XVIe si&#232;cle, ils n'avaient pas le droit de poss&#233;der la terre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme si l'expulsion se poursuivait, Marie-Louise Lota, &#233;lue charg&#233;e des march&#233;s, l'a dit et r&#233;p&#233;t&#233; : &#171; &lt;i&gt;Je n'ai rien contre vous, mais vous attirez une population qu'on ne veut plus voir en ville. &lt;/i&gt; &#187; La vieille garde municipale parle cash. Elle veut se&#171; &lt;i&gt;d&#233;barrasser de la moiti&#233; des habitants, le c&#339;ur de ville m&#233;rite autre chose, on a besoin de gens qui cr&#233;ent de la richesse &lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Claude Valette, ex-adjoint au maire d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; l'urbanisme, dans Le Figaro du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;&#8230; Mais qui cr&#233;e la richesse ? Les fonds de pension et les g&#233;ants du BTP ? Ou les dizaines de milliers de petites mains qui, en se bricolant une vie, ont toujours anim&#233; les rues d'un centre-ville d&#233;sert&#233; par la bourgeoisie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un client parle de l'esprit du march&#233; : &#171; &lt;i&gt;L'autre jour, une femme pleurait parce qu'elle venait de se faire voler son porte-monnaie. Deux jeunes forains essouffl&#233;s le lui ont ramen&#233;. Ils avaient cours&#233; le voleur et r&#233;cup&#233;r&#233; l'argent. C'est &#231;a aussi, La Plaine. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; lire aussi&lt;/h3&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;&#171; Marseille &#8211; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Marseille-La-Plaine-quartier-libre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La Plaine, quartier libre&lt;/a&gt; &#187;&lt;/strong&gt;, paru dans &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;138 (d&#233;cembre 2015).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;&#171; La Plaine souveraine &#8211; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Marseille-Quartier-Debout' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Marseille, quartier debout !&lt;/a&gt; &#187;&lt;/strong&gt;, paru dans &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;144 (juin 2016).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;&#171; Plaine, &#244; ma Plaine &#8211; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Un-quartier-a-cran' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Un quartier &#224; cran&lt;/a&gt; &#187;&lt;/strong&gt;, paru dans &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;168 (septembre 2018).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;&#171; Urbanisme &#224; la tron&#231;onneuse &#8211; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/La-Plaine-emmuree' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La Plaine emmur&#233;e&lt;/a&gt; &#187;&lt;/strong&gt;, paru dans &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;170 (novembre 2018).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;G&#233;rard Chenoz, adjoint au maire charg&#233; des Grands projets d'attractivit&#233; et pr&#233;sident de la Soleam, &#233;tablissement public &#224; la man&#339;uvre dans les op&#233;rations de r&#233;novation urbaine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Chapacan &#187; : &#171; bras cass&#233; &#187;, en marseillais.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Claude Valette, ex-adjoint au maire d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; l'urbanisme, dans &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt; du 18/11/2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Dossier &#034;Reprendre la cl&#233; des champs&#034; : le sommaire</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Dossier-Reprendre-la-cle-des</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Dossier-Reprendre-la-cle-des</guid>
		<dc:date>2018-03-04T07:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L'&#233;quipe de CQFD, Mickael Correia</dc:creator>


		<dc:subject>une1_sommaire</dc:subject>
		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Sommaire</dc:subject>
		<dc:subject>Benoit Guillaume</dc:subject>
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		<dc:subject>Aude Vidal</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; L'agriculture, une aventure collective &#187;. Tel &#233;tait le th&#232;me du Salon de l'agriculture 2018, qui s'ach&#232;ve en ce d&#233;but de mois de mars. Celles et ceux qui ont d&#233;cid&#233; de faire de l'agriculture leur m&#233;tier n'ont pourtant jamais &#233;t&#233; aussi seuls. Et de moins en moins nombreux. En cinquante ans, la France a perdu plus de trois millions de paysans. Et chaque semaine, deux cents fermes mettent la cl&#233; sous la porte. Depuis la lib&#233;ralisation du march&#233; agricole plan&#233;taire lanc&#233;e dans les ann&#233;es 1990, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no163-mars-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;163 (mars 2018)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/paysan" rel="tag"&gt;paysan&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-agriculture" rel="tag"&gt;l'agriculture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Jerome-Laronze" rel="tag"&gt;J&#233;r&#244;me Laronze&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Aude-Vidal-7679" rel="tag"&gt;Aude Vidal&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L109xH150/arton2075-9fbd1.jpg?1779777896' class='spip_logo spip_logo_right' width='109' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; L'agriculture, une aventure collective &#187;. Tel &#233;tait le th&#232;me du Salon de l'agriculture 2018, qui s'ach&#232;ve en ce d&#233;but de mois de mars. Celles et ceux qui ont d&#233;cid&#233; de faire de l'agriculture leur m&#233;tier n'ont pourtant jamais &#233;t&#233; aussi seuls. Et de moins en moins nombreux. En cinquante ans, la France a perdu plus de trois millions de paysans. Et chaque semaine, deux cents fermes mettent la cl&#233; sous la porte. Depuis la lib&#233;ralisation du march&#233; agricole plan&#233;taire lanc&#233;e dans les ann&#233;es 1990, la course &#224; la productivit&#233; fait des ravages, &#233;liminant brutalement ceux qui ne parviennent (ou ne veulent) pas s'adapter aux injonctions du syst&#232;me agro-industriel. D'o&#249; un ph&#233;nom&#232;ne de concentration massif, qui voit les riches agro-businessmen, nouveaux seigneurs des campagnes, accaparer les terres agricoles et les fermes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'agriculture r&#233;pond &#224; notre besoin primaire le plus &#233;l&#233;mentaire : se nourrir. En ce sens, elle est la t&#234;te de pont d'un capitalisme toujours plus empress&#233; &#224; nous d&#233;poss&#233;der de nos moyens de subsistance. Apr&#232;s la privatisation des terres &#224; partir du XVIIIe si&#232;cle&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;nomm&#233; en Angleterre &#171; mouvement des enclosures &#187;, ce vaste ph&#233;nom&#232;ne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, l'exode rural et la m&#233;canisation des campagnes, puis le culte du progr&#232;s technique et de la productivit&#233; &#224; outrance durant les Trente Glorieuses, l'agriculture est entr&#233;e dans une nouvelle phase d'industrialisation. Macron ne s'y trompait gu&#232;re quand, lors de la traditionnelle visite pr&#233;sidentielle au Salon de l'agriculture le 24 f&#233;vrier, il d&#233;clarait : &#171; &lt;i&gt;L'agriculture fran&#231;aise est une terre de conqu&#234;te.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De &#171; conqu&#234;te &#187; et d'argent, surtout : pour les acteurs de l'agro-industrie, il y a un sacr&#233; paquet de bl&#233; &#224; la cl&#233;. Avec la privatisation du vivant via la certification des semences ou gr&#226;ce aux OGM. Avec la normalisation des pratiques agricoles en proc&#233;dures industrielles. Et avec la robotisation. Pour les agriculteurs, par contre, ces &#171; conqu&#234;tes &#187; sont d'abord synonymes de pr&#233;carisation des conditions de travail : en 2017, 30 % des agriculteurs fran&#231;ais gagnaient moins de 354 &#8364; par mois&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon une &#233;tude de la MSA, relay&#233;e dans plusieurs articles du Monde en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#8211; ils n'&#233;taient que 18 % dans cette situation en 2014&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Faucheuse est dans le pr&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette industrialisation &#224; marche forc&#233;e se traduit dans nos campagnes par un d&#233;sastre social sans pr&#233;c&#233;dent. Les agriculteurs se retrouvent englu&#233;s dans des logiques d'endettement, provoqu&#233;es par la n&#233;cessit&#233; d'investir en permanence pour rester comp&#233;titif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils sont aussi soumis &#224; des contr&#244;les administratifs de plus en plus intrusifs. Et stigmatis&#233;s comme des &#171; ploucs &#187; maltraitant leurs animaux. Bref, les paysans fran&#231;ais vont mal : deux d'entre eux se suicident chaque jour (soit trois fois plus que pour les autres professions).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne l'environnement, le tableau n'est gu&#232;re plus reluisant : malgr&#233; les incantations &#233;tatiques louant l'agro-&#233;cologie, la consommation de pesticides ne cesse de cro&#238;tre&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'usage de pesticides a augment&#233; de 25 % entre 2009 et 2014 ! La France en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. L'&#233;t&#233; 2017 a ainsi connu un nouveau record de prolif&#233;ration des algues vertes, &#224; cause de l'agriculture intensive bretonne. Et les empires agroalimentaires n'h&#233;sitent pas &#224; mettre en danger la sant&#233; des consommateurs pour sauvegarder leurs marges b&#233;n&#233;ficiaires &#8211; la r&#233;cente contamination &#224; la salmonelle de produits infantiles de Lactalis en est une parfaite illustration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Terreau de luttes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais face &#224; ce rouleau compresseur, &#224; l'aseptisation de nos campagnes comme de nos assiettes, des paysans et paysannes s'organisent et luttent : r&#233;sistance collective face aux services de l'&#201;tat, occupations de terres, entraide mutuelle &#224; rebours des discours syndicalistes dominants, exp&#233;rimentations sociales et agricoles en marge du syst&#232;me industriel. Des bergers r&#233;tifs au pu&#231;age &#233;lectronique de leurs moutons jusqu'aux squatteurs de terres &#224; Notre-Dame-des-Landes, le paysan s'affirme de plus en plus comme une figure subversive face au lib&#233;ralisme mortif&#232;re. &#192; l'heure de la mobilit&#233; permanente, des start-up de l'e-business et de l'ub&#233;risation du travail, &#171; travailler la terre &#187; est en passe de devenir un geste singulier dans le paysage capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En nourrissant un imaginaire politique empreint d'autonomie alimentaire, en posant les bases de nouvelles solidarit&#233;s entre rebelles des champs et contestataires des villes, les paysans invitent &#224; enterrer nos vies administr&#233;es et &#224; reprendre la cl&#233; des champs. Bien loin des trav&#233;es du Salon de l'agriculture, voil&#224; o&#249; r&#233;side la vraie &#171; aventure collective &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par Micka&#235;l Correia&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2192 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH599/-465-fff51.jpg?1779604833' width='500' height='599' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Benoit Guillaume.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Au sommaire : &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Discussion avec Aude Vidal : &#171; La paysannerie, c'est l'histoire d'une longue d&#233;possession &#187; &gt;&lt;/strong&gt; Sur la couverture : une t&#234;te de vache avec un code-barres fich&#233; dans l'&#339;il. &lt;i&gt;On ach&#232;ve bien les &#233;leveurs&lt;/i&gt; est un bouquin illustr&#233; o&#249; les paysans se racontent en direct. Rencontre avec Aude Vidal, coordinatrice de ce salutaire projet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Racines de lutte : Dans les ann&#233;es 1970, &#171; le mariage des LIP et du Larzac &#187; &gt;&lt;/strong&gt; Ils s'allient aux dockers. Attaquent les grands propri&#233;taires. Et s'inspirent de la th&#233;ologie de la Lib&#233;ration. Dans les ann&#233;es 1970, des paysans montent au front, affirmant que la lutte des classes traverse le monde agricole. Leur h&#233;ritage reste vivace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Reportage &#224; Notre-Dame-des-Landes : La Zad joue &#224; qui terre gagne &gt;&lt;/strong&gt; Il y a eu les bons mill&#233;simes &#224; oignons, l'ann&#233;e des patates bouff&#233;es par le taupin, les &#233;t&#233;s &#224; mildiou, trop mouill&#233;s pour faire de belles tomates, la s&#233;cheresse l'an pass&#233;... De semailles en r&#233;coltes, l'agriculture d'occupation s'est enracin&#233;e dans le cycle des saisons, se fichant pas mal de l'ill&#233;galit&#233;, regardant plus loin que l'urgence des menaces et mobilisations. L'abandon du projet d'a&#233;roport sauve le bocage tout en ouvrant une nouvelle s&#233;quence. Celle du maintien des acquis agricoles de la lutte et de l'apport &#233;ventuel de nouveaux projets. Mais aussi celle de la composition avec les services de l'&#201;tat et la chambre d'agriculture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Agricultrices en lutte : Face au sexisme, inverser la vapeur &gt;&lt;/strong&gt; Discrimination via le statut professionnel, orientation professionnelle genr&#233;e, remarques machistes : la condition des femmes en agriculture n'est gu&#232;re reluisante. Depuis les ann&#233;es 1960, nombre de paysannes s'organisent pour lutter contre ce sexisme bien pr&#233;sent. Aujourd'hui, certaines d'entre elles le font en recourant aux pratiques de l'&#233;ducation populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pas de pays sans paysans : Portrait &#224; la barbe fleurie &gt;&lt;/strong&gt; J&#233;r&#244;me est &lt;i&gt;parpagnas&lt;/i&gt;. Install&#233; &#171; &lt;i&gt;pour voir&lt;/i&gt; &#187;, en 1991, sur une petite surface l&#233;gu&#233;e par son p&#232;re, il y a pris go&#251;t. Produisant des l&#233;gumes de qualit&#233;. &#201;cumant dans un premier temps les march&#233;s. Puis participant au lancement des premi&#232;res Amap locales. Entre n&#233;cessit&#233; de gagner sa vie et envie d'exp&#233;rimenter, rencontre avec un paysan pas fatigu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Emprise administrative et industrielle : Face aux normes, &#171; reconstruire une culture de lutte commune &#187; &gt;&lt;/strong&gt; Si l'agriculture &#233;tait avant-guerre le secteur d'activit&#233; le moins encadr&#233;, il est d&#233;sormais celui qui est le plus r&#233;glement&#233; et contr&#244;l&#233;. Sous couvert de tra&#231;abilit&#233; et de protection des consommateurs, de nombreux paysans refusant de se plier aux exigences de l'agriculture industrielle se trouvent harcel&#233;s et r&#233;prim&#233;s par une administration toujours plus intrusive. Entretien avec Claude, membre du Collectif d'agriculteurs et agricultrices contre les normes, qui rassemble des paysans combattant la mise au pas administrative et industrielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Justice et v&#233;rit&#233; pour J&#233;r&#244;me Laronze : Un paysan est mort &gt;&lt;/strong&gt; En mai 2017, J&#233;r&#244;me Laronze, &#233;leveur en Sa&#244;ne-et-Loire, &#233;tait assassin&#233; de trois balles tir&#233;es par un gendarme. Son tort ? S'&#234;tre oppos&#233; aux contr&#244;les agricoles. Bref retour sur ce drame en milieu paysan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Robots agricoles : Comme un champ de bataille &gt;&lt;/strong&gt; Comment faire rimer gains de productivit&#233; agricole et environnement ? En mettant des robots dans les champs, pardi ! Telle est la nouvelle pilule que tentent de faire gober les agro-industriels. Au d&#233;triment des paysans, &#231;a va de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Graines de r&#233;sistance : Gare aux semences g&#233;n&#233;tiquement bricol&#233;es &gt;&lt;/strong&gt; O&#249; en est la lutte contre les OGM ? On se rappelle de la moustache de Jos&#233; Bov&#233; et d'images d'arrestations dans les champs de dizaines de faucheurs volontaires. Mais depuis, l'agro-industrie a d&#233;gain&#233; d'autres plantes g&#233;n&#233;tiquement bricol&#233;es, aussi v&#233;n&#233;neuses pour l'environnement qu'insidieuses pour les paysans&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D&#233;nomm&#233; en Angleterre &#171; mouvement des enclosures &#187;, ce vaste ph&#233;nom&#232;ne d'accaparement du foncier est consid&#233;r&#233; comme l'une des &#233;tapes fondatrices du capitalisme industriel.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Selon une &#233;tude de la MSA, relay&#233;e dans plusieurs articles du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; en octobre 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L'usage de pesticides a augment&#233; de 25 % entre 2009 et 2014 ! La France en est la plus grosse consommatrice en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La guerre des croquettes</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/La-guerre-des-croquettes</link>
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		<dc:date>2018-01-05T17:23:04Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L'&#233;quipe de CQFD</dc:creator>


		<dc:subject>une3_cabrule</dc:subject>
		<dc:subject>&#199;a br&#251;le !</dc:subject>
		<dc:subject>Benoit Guillaume</dc:subject>
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		<dc:subject>Dark Macron</dc:subject>
		<dc:subject>Jedi</dc:subject>

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&lt;p&gt;Il y a bien longtemps, dans un local lointain, tr&#232;s lointain&#8230; Octobre 2017, de lourds nuages planent sur la galaxie CQFD : les comptes sont vides et la lente &#233;rosion des abonnements n'arrange rien. Pire ! La fin programm&#233; des emplois aid&#233;s (merci Dark Macron !) rendra presque impossible la r&#233;alisation des prochains num&#233;ros. Le mensuel du Chien rouge ne passera sans doute pas l'hiver&#8230; Un nouvel espoir. Novembre 2017, la r&#233;sistance s'organise. Un appel est lanc&#233; : il faut 1 000 abonn&#233;s (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no161-janvier-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;161 (janvier 2018)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/une3_cabrule" rel="tag"&gt;une3_cabrule&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Ca-brule" rel="tag"&gt;&#199;a br&#251;le !&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Benoit-Guillaume" rel="tag"&gt;Benoit Guillaume&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Chien-Rouge" rel="tag"&gt;Chien Rouge&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Jedi" rel="tag"&gt;Jedi&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il y a bien longtemps, dans un &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=EjMNNpIksaI&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;local lointain, tr&#232;s lointain&lt;/a&gt;&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Octobre 2017, de lourds nuages planent sur la galaxie &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : les comptes sont vides et la lente &#233;rosion des abonnements n'arrange rien. Pire ! La fin programm&#233; des emplois aid&#233;s (merci Dark Macron !) rendra presque impossible la r&#233;alisation des prochains num&#233;ros. Le mensuel du Chien rouge ne passera sans doute pas l'hiver&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un nouvel espoir.&lt;/strong&gt; Novembre 2017, la r&#233;sistance s'organise. Un appel est lanc&#233; : il faut 1 000 abonn&#233;s suppl&#233;mentaires (et des croquettes fra&#238;ches) pour continuer le combat contre l'Empire de la presse &lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt;. Princesse C&#233;cile, la maquettiste, pourtant bless&#233;e &#224; la main, m&#232;ne la lutte graphiquement. Le nouveau Jedi de r&#233;daction, JB Skywalker, &#339;uvre gracieusement &#224; ses c&#244;t&#233;s. Obiwan KenobIffik et GobYoda remuent ciel et terre pour trouver de nouveaux points de vente. Han Bruno Le Dantec part en reportage du Mexique aux Alpes. C3Mat&#233;oPO et ChewbaTewfiq s'escriment &#224; relayer sur les r&#233;so-socios les grognements du Chien rouge... Les autres se d&#233;m&#232;nent sur tous les fronts. Pour r&#233;parer le Faucon InDesignium, un crowdfunding est m&#234;me lanc&#233; sur &lt;a href=&#034;https://www.helloasso.com/associations/cqfd/collectes/cqfd-vivra&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;HelloAsso&lt;/a&gt;. On ne va pas se laisser faire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La mouise contre-attaque.&lt;/strong&gt; C'est alors que V&#233;2D2, vaillant dro&#239;de en charge du courrier et de la gestion, transmet l'incroyable nouvelle : l'&#201;toile de la mort pr&#233;fectorale aurait autoris&#233; P&#244;le emploi &#224; nous proposer deux emplois aid&#233;s. Champagne et cotillons ? Presque. Un seul contrat est finalement valid&#233;. Pour le Jedi de r&#233;daction, c'est &lt;i&gt;niet&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le retour du chien rouge.&lt;/strong&gt; Alors que la position de nos h&#233;ros semble d&#233;sesp&#233;r&#233;e, c'est gr&#226;ce aux lecteurs et lectrices Ewoks que la situation se r&#233;tablit. V&#233;2D2 l'annonce dans un stridulant effet sonore : &lt;strong&gt;600 abonn&#233;s de plus en deux mois&lt;/strong&gt; &#8211; et ce n'est pas fini. Sans oublier les &lt;strong&gt;centaines de ch&#232;ques&lt;/strong&gt; de soutien et les dons du crowdfunding. De quoi embaucher le Jedi de r&#233;daction. Et poursuivre le combat contre l'Empire !&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=N7-y-A3D5bk&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Merci&lt;/a&gt; &#224; vous toutes et tous.&lt;/h3&gt;&lt;div class='spip_document_1963 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH248/-253-60b97.jpg?1779602881' width='500' height='248' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Benoit Guillaume.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#171; Partir du petit bout de la lutte &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Partir-du-petit-bout-de-la-lutte</link>
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		<dc:date>2016-12-12T02:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alexane Brochard, Ferdinand Cazalis</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Benoit Guillaume</dc:subject>
		<dc:subject>Actualit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>luttes</dc:subject>
		<dc:subject>lutte</dc:subject>
		<dc:subject>travail</dc:subject>
		<dc:subject>salari&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>pays</dc:subject>
		<dc:subject>syndicats</dc:subject>
		<dc:subject>Bollor&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>ReAct</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;WTF with community organising ? Retour aux sources d'un syndicalisme non-corporatiste, combatif et internationaliste, avec ses agitateurs itin&#233;rants allumant des m&#232;ches depuis l'ext&#233;rieur des entreprises ? Ou avatar &#171; lutte des classes &#187; des ONG mainstream ? Posons la question. Qu'est-ce que le ReAct ? C'est une petite association qui s'est cr&#233;&#233;e &#224; Grenoble en 2011 autour de quelques militants, avec l'id&#233;e que beaucoup d'injustices sociales et environnementales reposent sur le pouvoir (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no149-decembre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;149 (d&#233;cembre 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Benoit-Guillaume" rel="tag"&gt;Benoit Guillaume&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Actualites" rel="tag"&gt;Actualit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/France" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/luttes" rel="tag"&gt;luttes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/lutte" rel="tag"&gt;lutte&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/travail" rel="tag"&gt;travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/salaries" rel="tag"&gt;salari&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/pays-904" rel="tag"&gt;pays&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/syndicats" rel="tag"&gt;syndicats&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Bollore" rel="tag"&gt;Bollor&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/ReAct" rel="tag"&gt;ReAct&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;WTF with community organising&lt;/i&gt; ? Retour aux sources d'un syndicalisme non-corporatiste, combatif et internationaliste, avec ses agitateurs itin&#233;rants allumant des m&#232;ches depuis l'ext&#233;rieur des entreprises ? Ou avatar &#171; lutte des classes &#187; des ONG &lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt; ? Posons la question.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1775 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH467/-88-36942.jpg?1779777897' width='500' height='467' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Beno&#238;t Guillaume
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce que le ReAct ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est une petite association qui s'est cr&#233;&#233;e &#224; Grenoble en 2011 autour de quelques militants, avec l'id&#233;e que beaucoup d'injustices sociales et environnementales reposent sur le pouvoir excessif et croissant des multinationales. D'o&#249; l'envie d'un r&#233;seau transnational d'intervention, en d&#233;veloppant des r&#233;seaux militants en vue d'actions directes coordonn&#233;es contre des multinationales cibl&#233;es. L'association s'est alors mise en route autour d'un projet en particulier : une rencontre en 2011 avec des paysans camerounais qui se sont fait voler leur terre par les entreprises de Bollor&#233;, tr&#232;s implant&#233;es sur le continent africain. Ils &#233;taient compl&#232;tement d&#233;munis face &#224; une entreprise bas&#233;e en France, mais qui a ses plantations d'huile de palme au Cameroun. Le travail du ReAct a &#233;t&#233; alors de mettre en lien les riverains camerounais de Bollor&#233; avec ceux du Lib&#233;ria, de Sierra Leone, ou du Cambodge, victimes des m&#234;mes exactions.&lt;br class='manualbr' /&gt;En 2013-14, en m&#234;me temps que des actions coordonn&#233;es dans plusieurs pays, des membres des diasporas camerounaises, ivoiriennes, cambodgiennes vivant en France se sont invit&#233;s &#224; la tour Bollor&#233;, le jour de l'AG du groupe. Munis de b&#234;ches, de r&#226;teaux, de pioches, ils ont jardin&#233; la pelouse en disant : &#171; &lt;i&gt;On n'a plus de terres disponibles dans notre pays, alors on vient planter le manioc sur votre pelouse, M. Bollor&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Au m&#234;me moment, ils &#233;taient des centaines &#224; occuper les terres et bloquer les usines au Cameroun, au Liberia, au Cambodge et en C&#244;te d'Ivoire. Vincent Bollor&#233; a finalement accept&#233; une n&#233;gociation internationale avec des repr&#233;sentants de chaque pays en novembre 2014. Des engagements ont &#233;t&#233; pris, les avanc&#233;es sur le terrain sont notables (r&#233;trocession de parcelles, compensations pour les terres accapar&#233;es, arr&#234;t des pollutions des eaux), mais la lutte est encore loin d'&#234;tre gagn&#233;e et les actions se sont multipli&#233;es en 2015-16 pour pousser la multinationale &#224; aller plus loin. &lt;br class='manualbr' /&gt;Dans notre jargon, les militants du ReAct ne sont pas les &#171; leaders &#187; de la mobilisation, mais les &#171; organisateurs &#187;. La diff&#233;rence est importante. Les organisateurs ne portent pas la col&#232;re : ils sont plus distants de l'objet de la lutte, ont le temps de faire ce travail d'organisation, et sont parfois pay&#233;s comme permanents. Les leaders, eux, subissent la domination. Ils vont partir de leur col&#232;re pour construire leurs revendications, avec toutes les personnes concern&#233;es et pr&#234;tes &#224; s'engager.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des r&#233;seaux d'entraide syndicale existent. Comment vous en diff&#233;renciez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;On est compl&#233;mentaires des syndicats, on travaille avec eux dans la majorit&#233; des cas. La diff&#233;rence, c'est le pas de c&#244;t&#233; qu'on fait : on essaye de sortir la lutte du cadre de l'entreprise d&#232;s le d&#233;but en cr&#233;ant les liens avec les quartiers, avec les associations, en mobilisant d'autres r&#233;seaux. Le mot cl&#233; : d&#233;cloisonner le syndicalisme. On commence par le petit bout de la lutte : par exemple se poster devant les restaurants et discuter avec les salari&#233;s de la restauration rapide, pour comprendre leurs probl&#232;mes, et comment on peut les organiser. On ne veut pas r&#233;fl&#233;chir dans un cadre donn&#233;, qui serait le cadre syndical, parfois un peu scl&#233;rosant, car divis&#233; en secteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu as des exemples en France de luttes fond&#233;es sur ces alliances entre associations, communaut&#233;s et syndicats ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Sur ce point, on est tr&#232;s inspir&#233;s par ce qui se passe aux &#201;tats-Unis autour du collectif Fight for 15$, fond&#233; sur cette coordination entre syndicats et associations de quartier. Notamment autour des luttes dans la restauration rapide. McDonald's est le deuxi&#232;me plus gros employeur mondial, imposant donc une norme en terme d'emploi.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#192; cause de l'&#233;vasion fiscale de McDo, les salari&#233;s ne peuvent ni avoir de prime d'int&#233;ressement, ni n&#233;gocier leur salaire, ni avoir de majoration du travail de nuit, etc. Pour les gr&#232;ves des travailleurs de McDo, nous avons fait venir des associations de quartier (comme l'Alliance citoyenne &#224; Aubervilliers, qui m&#232;ne des batailles sur des questions de loyers, d'ascenseur, etc.), des syndicats lyc&#233;ens, des gens d'Attac. Une autre campagne du ReAct a vis&#233; B2S, une centrale t&#233;l&#233;phonique bas&#233;e &#224; Roanne, Gennevilliers, Valenciennes et au Maroc. En France, les salari&#233;s subissaient un fort chantage &#224; la d&#233;localisation. Au Maroc, ils avaient de tr&#232;s mauvaises conditions de travail, avec un chantage &#224; la r&#233;pression et pas d'organisation. Quelques militants du ReAct, habitant au Maroc, sont all&#233;s rencontrer les salari&#233;s &#224; l'endroit o&#249; ils faisaient leur pause clope. Ils les ont inform&#233;s de ce qu'il se passait en France. Ces salari&#233;s ont fini par monter un syndicat, qui a permis de mettre en lien les salari&#233;s des deux pays. Les travailleurs d'ici sont all&#233;s protester en soutien aux travailleurs licenci&#233;s au Maroc &#224; cause de leurs revendications syndicales. &#199;a a cr&#233;&#233; du remue-m&#233;nage, et les salari&#233;s marocains ont &#233;t&#233; r&#233;int&#233;gr&#233;s. Tout &#231;a &#224; partir d'une discussion autour d'une pause clope !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous n'avez pas peur de dire aux gens de se syndiquer, et qu'ensuite, les syndicats ne soient pas &#224; la hauteur ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Il y a des d&#233;buts de luttes qui ne sont parfois pas reprises par les f&#233;d&#233;rations, parce que le temps syndical et les repr&#233;sentations locales font que ce n'est pas forc&#233;ment la priorit&#233;. Mais souvent, &#231;a pousse les syndicats &#224; s'engager. En 2001, il y a eu des occupations de McDonald's &#224; Paris, notamment &#224; Strasbourg-Saint-Denis, o&#249; les salari&#233;s ont men&#233; leur bataille en se syndiquant, car c'&#233;tait plus simple pour faire gr&#232;ve. L'action vaut toujours mieux que le n&#233;ant. On a envie de g&#233;n&#233;rer de l'action collective et d'obtenir des victoires. M&#234;me si le syndicat n'embraye pas derri&#232;re, &#231;a reste positif. Les gens se seront rencontr&#233;s, ils auront pris conscience de probl&#232;mes qu'ils partagent et de la possibilit&#233; de lutter. &#199;a cr&#233;e quand m&#234;me du collectif, &#231;a produit des choses et donne de la force d'action. On veut lancer des luttes, essayer, ressayer et r&#233;essayer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu as parl&#233; d'organisation, de leader, de &lt;i&gt;community organizing&lt;/i&gt;. Comment adaptez-vous cette m&#233;thode, venue des &#201;tats-Unis, au contexte fran&#231;ais ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Le &lt;i&gt;community organizing&lt;/i&gt; s'inspire des &#233;crits du sociologue de Chicago Saul Alinsky et de l'organisation Acorn. C'est un syndicalisme tout terrain. Cette m&#233;thode ne s'applique pas seulement dans le monde de l'entreprise, mais aussi &#224; l'&#233;chelle d'un quartier quand il y a un probl&#232;me de ramassage des d&#233;chets ou d'&#233;lectricit&#233;, etc. Il s'agit de partir de col&#232;res communes &#224; un groupe de personnes, d'y r&#233;fl&#233;chir ensemble, de les transformer en revendications sur une cible, et de s'organiser ensemble pour mener des actions, avec l'objectif de gagner sur les objectifs fix&#233;s collectivement. &lt;br class='manualbr' /&gt;On peut traduire &lt;i&gt;community organizing&lt;/i&gt; par &#171; organiser les citoyens &#187;, au sens o&#249; on organise les gens dans la cit&#233;, sur un territoire, comme le syndicalisme organise les travailleurs sur le lieu de travail. La &#171; community &#187; dans les pays anglo-saxons est un mot valise positif dont l'&#233;quivalent en fran&#231;ais pourrait &#234;tre la cit&#233;. L'erreur courante est de traduire &#231;a par &#171; organisation communautaire &#187;, alors que la m&#233;thode, si elle sait s'appuyer sur les r&#233;seaux communautaires et relationnels, ne se r&#233;duit pas &#224; un travail social communautaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu parles de petites victoires, de m&#233;thodes, d'organisation. Il y a quelque chose de tr&#232;s pragmatique, anti-id&#233;ologique, non ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Je ne dirais pas anti-id&#233;ologique, mais il y a cette id&#233;e de se dire que le but n'est pas de mener une bataille pour la beaut&#233; du geste. Si les gens s'organisent, montent des strat&#233;gies, c'est possible de gagner &#8211; partout. Quand on parle d'organisation de pr&#233;caires, c'est important. Si on ne gagne pas, si on n'a pas de petites victoires, &#231;a ne se reproduira plus, et il y a de grandes chances que les travailleurs ne se r&#233;engagent pas. C'est une forme de p&#233;dagogie de la lutte : chaque petite victoire am&#232;ne potentiellement une autre petite victoire. En fait, id&#233;ologiquement, on est assez ancr&#233; dans le syndicalisme r&#233;volutionnaire des origines d'un &#201;mile Pouget, qui valorise l'action directe et l'obtention de victoires concr&#232;tes (la 1&#232;re jambe de la charte d'Amiens) comme la base du travail politique &#224; mener. &lt;br class='manualbr' /&gt;Si on parvient &#224; obtenir une augmentation importante des salaires chez McDo, &#231;a veut dire qu'on oblige une multinationale &#224; redistribuer un peu plus les profits qu'elle g&#233;n&#232;re. C'est d&#233;j&#224; pas mal, car si cette lutte gagne, et qu'il y a un accord au niveau mondial sur les salaires de base chez McDo, cela aura un impact sur le capitalisme. Si les salari&#233;s peuvent faire reculer un g&#233;ant comme McDo, cela donne envie de se battre ailleurs. &lt;br class='manualbr' /&gt;Pour consolider ces pratiques, on d&#233;veloppe aussi des axes de recherche strat&#233;gique au service de la lutte, pour que des universitaires puissent fouiller dans les conflits en cours, et rapporter de la mati&#232;re qui aide les revendications des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais McDo existe toujours...&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Comme je le disais, on reste proche de cette id&#233;e de base du syndicalisme : il faut mener les batailles ici et maintenant, en fonction de ce dont on a besoin pour vivre mieux. Et pas fantasmer qu'on va abattre le capitalisme du jour au lendemain.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Emplois poubelle pour prospectus jetable</title>
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		<dc:creator>Julien Brygo, Olivier Cyran</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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&lt;p&gt;L'extrait que nous vous pr&#233;sentons ici, en exclusivit&#233;, est tir&#233; du livre de Julien Brygo et Olivier Cyran, Boulots de merde ! Du cireur au trader, enqu&#234;te sur l'utilit&#233; et la nuisance sociales des m&#233;tiers (&#201;ditions La D&#233;couverte). Disponible, depuis peu, dans toutes les bonnes librairies. Les d&#233;pliants criards qui inondent votre bo&#238;te aux lettres pour vous fourguer des mezzanines en kit ou vous inviter &#224; la semaine du cassoulet de Super U ne tombent pas du ciel : ils vous sont d&#233;livr&#233;s (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no147-octobre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;147 (octobre 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'extrait que nous vous pr&#233;sentons ici, en exclusivit&#233;, est tir&#233; du livre de Julien Brygo et Olivier Cyran, &lt;i&gt;Boulots de merde ! Du cireur au trader, enqu&#234;te sur l'utilit&#233; et la nuisance sociales des m&#233;tiers&lt;/i&gt; (&#201;ditions La D&#233;couverte). Disponible, depuis peu, dans toutes les bonnes librairies.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les d&#233;pliants criards qui inondent votre bo&#238;te aux lettres pour vous fourguer des mezzanines en kit ou vous inviter &#224; la semaine du cassoulet de Super U ne tombent pas du ciel : ils vous sont d&#233;livr&#233;s par des dizaines de milliers de paires de jambes qui sillonnent quartiers, r&#233;sidences pavillonnaires et zones rurales pour une poign&#233;e de pi&#233;cettes, le plus souvent sans qu'on les remarque. Un &#171; &lt;i&gt;capital humain&lt;/i&gt; &#187; qui fait la &#171; &lt;i&gt;force &lt;/i&gt; &#187; et la &#171; &lt;i&gt; fiert&#233; &lt;/i&gt; &#187; d'Adrexo, lit-on sur son site Internet. [...]&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1749 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH459/-66-2973d.jpg?1779602982' width='400' height='459' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Beno&#238;t Guillaume
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette industrie du remplissage de nos poubelles constitue un march&#233; hautement convoit&#233;. La Poste s'y positionne en bon deuxi&#232;me, via sa filiale priv&#233;e Mediapost, dont les dix mille colporteurs servent &#224; roder les m&#233;thodes de pressage des ressources humaines &#233;tendues ensuite au m&#233;tier de facteur. Les quelque vingt milliards d'imprim&#233;s publicitaires d&#233;vers&#233;s chaque ann&#233;e alimentent un syst&#232;me de rotation d'emplois aussi jetables que les prospectus eux-m&#234;mes. Il suffit de se promener sur le parking d'un centre de distribution Adrexo - on en compte deux cent cinquante dans le pays &#8211; et de parler avec les trimardeurs en train de charger des dizaines de kilos de paquets dans leur voiture. Ce sont tous des pauvres, fran&#231;ais ou immigr&#233;s, avec les habituelles variantes : jeunes en r&#233;insertion, allocataires des minima sociaux qui rament pour quelques sous de plus, &#233;tudiants pris &#224; la gorge par le montant de leur loyer, m&#232;res isol&#233;es qui ne trouvent pas de meilleure solution pour nourrir leurs gosses, retrait&#233;s qui ne s'en sortent pas. Ceux-l&#224;, les retrait&#233;s, sont particuli&#232;rement nombreux. Le &#171; &lt;i&gt;capital humain&lt;/i&gt; &#187; d'Adrexo ? Les naufrag&#233;s du monde du travail qui se d&#233;battent pour ne pas couler &#224; pic. [...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre des murs de publicit&#233;s pour Auchan, Carrefour et La Foir'fouille tout frais sortis d'imprimerie, Andr&#233;e et Florimont&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; chang&#233;s &#224; la demande des salari&#233;s.&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, un couple de retrait&#233;s septuag&#233;naires, entassent 194 kilos de papier dans un chariot, qu'ils vont ensuite pousser p&#233;niblement jusqu'&#224; leur voiture pour les ramener &#224; la maison. &#171; &lt;i&gt;Nous avons &#233;t&#233; oblig&#233;s de nous y mettre parce qu'avec notre petite retraite d'ouvriers, on n'y arrive plus. Au d&#233;but, c'&#233;tait dur. &#199;a prend du temps de bien conna&#238;tre ses tourn&#233;es&lt;/i&gt; &#187;, explique Andr&#233;e. &#192; 72 ans, elle a d&#233;cid&#233; de repiquer au turbin en d&#233;couvrant une annonce de recrutement d'Adrexo d&#233;pos&#233;e... dans sa bo&#238;te aux lettres. &#171; &lt;i&gt;Nous travaillons &#224; deux une trentaine d'heures par semaine. Pour faire les tourn&#233;es, on met toujours au moins une &#224; deux heures de plus que ce qui est indiqu&#233; sur la feuille de route, poursuit-elle. Comme tout le monde ici, on travaille en moyenne 30% plus longtemps que ce qui est pr&#233;vu. On le dit chaque semaine &#224; notre direction, mais rien ne change, on est toujours pay&#233;s pareil.&lt;/i&gt; &#187; [...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me qui permet &#224; Adrexo de tailler en pi&#232;ces le salaire l&#233;gal d'Andr&#233;e et Florimont porte un nom : la pr&#233;quantification du temps de travail. Une merveille de r&#233;gime d&#233;rogatoire, source in&#233;puisable de &#171; merdification &#187; pour les corps de m&#233;tiers qui lui sont soumis &#8211; comme les routiers, les ouvriers du b&#226;timent ou les for&#231;ats de la restauration. Le principe est d'une simplicit&#233; lumineuse : l'employeur quantifie en amont le temps de travail qu'il juge n&#233;cessaire &#224; l'ex&#233;cution d'une t&#226;che, et tant pis pour le salari&#233; incapable de s'y tenir. Si sa dur&#233;e effective de travail sort des clous fix&#233;s par le patron, ce n'est &#233;videmment pas parce que celui-ci a op&#233;r&#233; un calcul &#233;triqu&#233; ou malhonn&#234;te : cela prouve simplement que le travailleur n'est pas assez efficace ou qu'il a un poil dans la main. En aucun cas il ne pourra r&#233;clamer le versement des heures suppl&#233;mentaires correspondant au travail r&#233;ellement fourni.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le secteur du prospectus, ce r&#233;gime d&#233;mentiel se fonde sur la convention collective de 2004, sign&#233;e apr&#232;s plus de huit ans de n&#233;gociations filandreuses par le syndicat patronal de la distribution directe (SDD) et les cinq syndicats repr&#233;sentatifs du personnel (CGT, CFTC, CGC, FO et CFDT). Ces derniers ont donc donn&#233; carte blanche au patronat pour arnaquer ses salari&#233;s tout &#224; sa guise ? Pas vraiment. Au d&#233;part, il s'agissait de corriger le syst&#232;me du paiement &#224; la t&#226;che qui r&#233;gnait jusque-l&#224; sur le secteur. Les signataires ont certes ent&#233;rin&#233; le principe de la pr&#233;quantification, mais en le dotant de garde-fous cens&#233;s &#233;viter des abus trop flagrants. Des contr&#244;les &#233;taient notamment pr&#233;vus pour v&#233;rifier l'ad&#233;quation entre la feuille de route impos&#233;e &#224; la main-d'&#339;uvre et son temps de travail effectif. En cas de distorsion notable et r&#233;p&#233;t&#233;e, il revenait &#224; l'inspection du travail et aux &#233;lus du personnel d'alerter l'employeur afin qu'il revoie son calcul. Telle &#233;tait du moins l'id&#233;e sur le papier. Dans les faits, les choses se sont pass&#233;es diff&#233;remment : les directions d'Adrexo et de Mediapost ont gard&#233; ce qui les int&#233;ressait &#8211; la pr&#233;quantification &#8211; et jet&#233; &#224; la corbeille tout le reste. En d&#233;pit des dizaines de rapports accablants pondus par les inspecteurs du travail et l'accumulation des plaintes aux prud'hommes, le patronat continue tranquillement de plumer ses volailles. Parce que le rapport de forces le lui permet. Et parce qu'on est plus &#224; l'aise pour faire la loi quand on a l'&#201;tat dans sa poche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la multiplication des contentieux prud'homaux, les g&#233;ants du secteur ont re&#231;u en effet un soutien de poids : un d&#233;cret minist&#233;riel de janvier 2007 qui les autorise noir sur blanc &#224; ne &#171; &lt;i&gt;pas compter les heures de travail&lt;/i&gt; &#187; de leurs salari&#233;s et donc &#224; les voler sur leur paie. Paraph&#233; par le ministre du Travail de l'&#233;poque, G&#233;rard Larcher, ce texte est l'&#339;uvre de son directeur g&#233;n&#233;ral du Travail, Jean-Denis Combrexelle, que l'on retrouvera quelques ann&#233;es plus tard comme porte-flingue de Manuel Valls, pour les beaux yeux duquel il signera le rapport sur la &#171; r&#233;forme &#187; du Code du travail. En attendant, son r&#244;le consiste plus modestement &#224; exaucer les v&#339;ux des industriels du prospectus. &#192; l'instar de ces directives europ&#233;ennes coproduites par les lobbyistes de Bruxelles, le d&#233;cret de Combrexelle aurait &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; sous la dict&#233;e de Nicolas Routier, P-DG de Mediapost de 2004 &#224; 2009. &#171; &lt;i&gt;Il ne s'en est jamais cach&#233; et nous l'a avou&#233; en r&#233;union priv&#233;e&lt;/i&gt; &#187;, nous assure Jean-Louis Frisulli, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de SUD-PTT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en 2009, patatras ! Le Conseil d'&#201;tat, saisi par les syndicats, annule le d&#233;cret Mediapost-Adrexo pour cause d'infraction criante &#224; la l&#233;gislation sur le d&#233;compte du temps de travail. Qu'&#224; cela ne tienne : le 8 juillet 2010, un second d&#233;cret mitonn&#233; par le m&#234;me Combrexelle et sign&#233; cette fois par &#201;ric Woerth, successeur de G&#233;rard Larcher, restaure le patronat du tract publicitaire dans ses pr&#233;rogatives r&#233;galiennes. On ne saurait trouver illustration plus &#233;clatante du r&#244;le protecteur de l'&#201;tat... Pendant que les inspecteurs du travail s'&#233;gosillent sur le terrain contre l'exploitation forcen&#233;e du personnel, leur autorit&#233; de tutelle se plie en quatre pour servir la soupe aux exploiteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2012, rebelote : le second d&#233;cret est annul&#233; &#224; son tour par le Conseil d'&#201;tat, qui enjoint le minist&#232;re de formaliser l'ad&#233;quation entre grilles pr&#233;quantifi&#233;es et heures r&#233;ellement travaill&#233;es. Mais le minist&#232;re s'en moque. De 2012 &#224; 2016, rien ne se passe. &#171; &lt;i&gt;On a beaucoup p&#226;ti de la pr&#233;sence de Combrexelle au plus haut niveau de la direction du Travail&lt;/i&gt; &#187;, nous raconte un des participants aux r&#233;unions minist&#233;rielles. &#171; &lt;i&gt;C'est lui qui a refus&#233; de remettre ses &#233;quipes d'inspecteurs du travail sur le terrain, lui encore qui a bloqu&#233; toute avanc&#233;e pour les salari&#233;s. Son seul souci a toujours &#233;t&#233; de permettre au patronat du secteur de continuer &#224; faire bosser &#224; plein les quelque trente mille colporteurs. Sa pr&#233;sence et son action &#224; la t&#234;te de la direction g&#233;n&#233;rale du Travail ont &#233;t&#233; une catastrophe pour les salari&#233;s de la distribution directe.&lt;/i&gt; &#187; Ses comp&#233;tences se sont av&#233;r&#233;es fort utiles en revanche au gouvernement &#171; socialiste &#187; de Manuel Valls, puisque Combrexelle, une fois claqu&#233;e la porte du minist&#232;re, a pr&#233;par&#233; les antis&#232;ches qui ont inspir&#233; la loi El Khomri. D'une certaine fa&#231;on, Andr&#233;e et Florimont ont servi de cobayes aux logiques d&#233;rogatoires que les pouvoirs publics entendent g&#233;n&#233;raliser &#224; l'ensemble du salariat. &#192; l'image des prospectus d'Adrexo ou de Mediapost, les droits du travailleur ont vocation &#224; finir dans la benne &#224; ordures.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1750 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH450/-67-9804c.jpg?1779604186' width='400' height='450' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Beno&#238;t Guillaume
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nous avons rencontr&#233; Jean-Denis Combrexelle. C'&#233;tait fin 2011, dans le cadre d'une &#171; pige &#187; pour France Inter. &#192; l'&#233;poque, le grand serviteur du patronat en &#233;tait d&#233;j&#224; &#224; sa cinqui&#232;me ann&#233;e &#224; la t&#234;te de la direction du Travail. Il nous re&#231;oit dans son immense bureau ovale avec vue plongeante sur la Seine et la Maison de la radio. Traits ternes et regard fuyant, l'homme respire la joie de vivre d'un formulaire administratif qui attend son coup de tampon. L'interview commence sur un mode feutr&#233;, comme il sied entre un personnage de haut rang et des journalistes d'une antenne aussi respectable et arrangeante que France Inter. Mains crois&#233;es sur son bureau, il d&#233;roule en confiance son plan com' sur les d&#233;crets qui enfoncent les livreurs de prospectus : &#171; &lt;i&gt;Au d&#233;part, c'&#233;tait le paiement &#224; la t&#226;che. Tout le monde &#233;tait d'accord pour dire que ce syst&#232;me portait atteinte aux droits &#233;l&#233;mentaires du salari&#233;. On a donc trouv&#233; le syst&#232;me de la pr&#233;quantification, avec quatre gros crit&#232;res pour &#233;valuer le temps de travail en fonction des zones g&#233;ographiques. C'est pas uniquement sur demande du patronat qu'on &#233;crit ces d&#233;crets. C'est apr&#232;s une large participation des partenaires sociaux. Vous savez, cette maison, c'est celle des partenaires sociaux, hein. Bon, souvent, il y a l'un des deux c&#244;t&#233;s qui trouve que c'est pas satisfaisant, hein, mais bon. Aux deux entreprises, on leur a dit, un : &#8220;Soyez vigilants pour que le d&#233;cret soit respect&#233;&#8221; ; et deux : &#8220;R&#233;fl&#233;chissez &#224; une nouvelle convention collective, qui portera aussi sur des questions de mutuelle, de protection sociale, de conditions de travail et autres.&#8221; On part de loin, c'est un secteur tr&#232;s particulier. Le temps moyen des distributeurs, c'est quinze &#224; dix-neuf heures par semaine. C'est beaucoup de temps partiel. Donc, nous, on a adoss&#233; les d&#233;crets &#224; la convention collective, voil&#224;.&lt;/i&gt; &#187; C'est confirm&#233;, le gars nous prend pour des billes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on a oubli&#233; de lui dire, &#224; Jean-Denis, c'est que le technicien qui nous accompagne est en fait un salari&#233; de Mediapost que nous avions suivi quelques semaines plus t&#244;t sur une tourn&#233;e en banlieue. Ce jour-l&#224;, Thierry se trimballait cent cinquante kilos de pub &#224; distribuer en une heure et trente-cinq minutes. Du coup, on lui a fil&#233; un coup de main. Apr&#232;s quarante minutes de route sur le p&#233;riph&#233;rique bond&#233;, on a commenc&#233; la tourn&#233;e &#224; 7h42. La batucada des claquements de bo&#238;tes aux lettres, combin&#233;e aux chants des oiseaux et aux exclamations inqui&#232;tes des habitants (&#171; &lt;i&gt;Oh ! Pas de pub, hein ! J'ai un &#8220;stop pub&#8221; sur ma bo&#238;te aux lettres !&lt;/i&gt; &#187;), conf&#233;rait &#224; l'exercice un rythme saccad&#233; un peu saoulant. Pas le temps de s'arr&#234;ter pour causer avec quiconque, encore moins de faire une pause au troquet. On a v&#233;rifi&#233; sur chrono : c'est seulement &#224; 9h45, apr&#232;s deux heures et trois minutes d'une tourn&#233;e &#224; tout berzingue partag&#233;e &#224; deux, qu'on pouvait reprendre notre souffle et faire les comptes. &#171; &lt;i&gt;Voil&#224;, vingt-huit minutes de vol&#233;es, soit 25% du temps de travail. Et, encore, on a boss&#233; &#224; deux en ne ch&#244;mant pas, tu as vu, a dit Thierry. Comment les syndicats ont-ils pu signer &#231;a ? C'est dingue, quand m&#234;me ! Ah, si je pouvais changer les choses...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le bureau de Jean-Denis Combrexelle, Thierry tente d'abord de jouer le jeu dont nous &#233;tions convenus, mais au bout de quelques minutes il craque. Tombant le masque devant le directeur abasourdi, il lui ass&#232;ne une le&#231;on de choses : &#171; &lt;i&gt;&#192; la fin de la semaine vous avez d&#233;j&#224; perdu dix heures. Vous multipliez &#231;a par le nombre de semaines de travail : je perds au bas mot 3 000 euros par an. Vous voyez ?&lt;/i&gt; &#187; Moue agac&#233;e de Jean-Denis Combrexelle, que l'on sent pr&#234;t &#224; appuyer sur le bouton rouge qui rameutera la cavalerie des vigiles. Thierry embraie : &#171; &lt;i&gt;Pourquoi y a-t-il un turn-over exceptionnel chez Mediapost et Adrexo, &#224; votre avis ? Parce que tout le monde constate que &#231;a ne colle pas ! Dans mon d&#233;p&#244;t, la majorit&#233; des salari&#233;s sont &#233;trangers, ils ne comprennent pas cet &#233;cart incroyable entre le temps estim&#233; et le temps r&#233;el. Ils patientent un mois, deux mois, et puis ils partent, rinc&#233;s. Ce sont des heures VOL&#201;ES ! La pr&#233;quantification du travail, c'est le travail des femmes et des enfants &#224; la maison. Pourquoi ne peut-on pas faire marcher le principe d'une heure travaill&#233;e, une heure pay&#233;e, comme dit le Code du travail ? C'est si difficile ?&lt;/i&gt; &#187; Combrexelle para&#238;t un peu sonn&#233;. Les mots de Thierry rebondissent sur la baie vitr&#233;e, cognent son gigantesque bureau et viennent susciter au bout de ses l&#232;vres exsangues un appel au calme teint&#233; d'une &#233;motion de papier m&#226;ch&#233; : &#171; &lt;i&gt;Oui, bon. Euh, on va faire le point avec les deux entreprises. Mais je ne suis pas s&#251;r que &#231;a soit uniquement une question de temps de travail... Quand vous dites qu'une partie du travail est r&#233;alis&#233;e par la famille, on n'est pas dans les clous, l&#224; ! Et l&#224; ce n'est pas tol&#233;rable.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apparemment, la famille, &#231;a lui parle, &#224; Jean-Denis Combrexelle. Y a-t-il l&#224; une br&#232;che susceptible d'&#234;tre exploit&#233;e pour la lutte silencieuse des sherpas du prospectus ? Ne r&#234;vons pas. L'&#233;vidence d'un travail dissimul&#233; &#224; tr&#232;s grande &#233;chelle laisse le directeur de glace. On le prend &#224; t&#233;moin des cinq cents proc&#233;dures prud'homales enregistr&#233;es en 2011, avant de lui reposer la question du temps de travail pill&#233;. Sur quoi il entonne la chanson du dialogue social et de la n&#233;gociation constructive : &#171; &lt;i&gt;Le premier point, c'est de travailler avec les partenaires sociaux pour savoir quelle est la r&#232;gle la plus adapt&#233;e. L'&#201;tat ne va pas prendre sa plume, comme &#231;a, pour r&#233;diger un d&#233;cret qui part de rien...&lt;/i&gt; &#187; Ah bon ? Il l'a pourtant prise par deux fois, sa plume, Jean-Denis Combrexelle, pour voler au secours du patronat, non ? &#171; &lt;i&gt;Non, non !&lt;/i&gt; &#187;, se r&#233;crie-t-il. &#171; &lt;i&gt;Il faut quand m&#234;me &#224; un moment que dans notre pays, on comprenne, et notamment les m&#233;dias, que tout ne r&#233;sulte pas du...&lt;/i&gt; [Il ne finit pas sa phrase.] &lt;i&gt;Le souci que l'on a, c'est de renvoyer davantage &#224; la n&#233;gociation collective, parce qu'on pense que les accords entre partenaires sociaux sont plus proches que ce que pourrait faire le l&#233;gislateur dans son bureau. C'est pas pour faire plaisir &#224; je ne sais qui. Le sujet, c'est de trouver une norme qui soit au plus proche de la r&#233;alit&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Et s'il arr&#234;tait deux secondes de se payer notre t&#234;te ? Et s'il pr&#234;tait l'oreille aux avocats de &#171; &lt;i&gt;je ne sais qui&lt;/i&gt; &#187; qui brandissent ses d&#233;crets de complaisance aux prud'hommes pour justifier la surexploitation des colporteurs ? &#171; &lt;i&gt;On a fait passer un message de responsabilit&#233; aux employeurs&lt;/i&gt; &#187;, &#226;nonne-t-il d'une voix blanche. &#171; &lt;i&gt;On leur a rappel&#233; qu'on est dans un syst&#232;me d&#233;rogatoire au Code du travail et qu'il est de la responsabilit&#233; des employeurs d'appliquer loyalement ces textes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loyaut&#233; des employeurs ? Peut-il d&#233;tailler ce concept pittoresque ? &#171; &lt;i&gt;Le but de cette maison, c'est... Bon, Xavier Bertrand&lt;/i&gt; [ministre du Travail de mai 2007 &#224; janvier 2009] &lt;i&gt;a d&#233;clar&#233; la guerre au travail ill&#233;gal, donc c'est pas la tradition de cette maison de le sanctuariser, ce travail ill&#233;gal. Voil&#224;. En revanche, il faut simplement admettre que c'est un secteur un peu particulier. C'est pas exactement la profession de facteur, donc il faut trouver une bonne r&#232;gle.&lt;/i&gt; &#187; Comme si le facteur n'&#233;tait pas assujetti lui aussi &#224; une d&#233;gradation brutale de ses conditions de travail... Une id&#233;e de &#171; bonne r&#232;gle &#187; ? &#171; &lt;i&gt;C'est pas au directeur g&#233;n&#233;ral du Travail d'&#233;crire la bonne r&#232;gle. Vous venez de d&#233;crire vos conditions de travail, il faut entendre les employeurs maintenant. Nous, si on trouve une bonne r&#232;gle, on est pr&#234;ts &#224; la valider tout de suite.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela tombe bien, Thierry a justement planch&#233; sur une proposition de &#171; bonne r&#232;gle &#187;, que nous lui soumettons &#224; br&#251;le-pourpoint. &#171; &lt;i&gt;Dans ce d&#233;cret figure comme premier principe le fait que tout salari&#233; doit &#234;tre r&#233;mun&#233;r&#233; pour son travail effectif. Ce serait donc la fin de la pr&#233;quantification. Ensuite, toutes les heures de travail non r&#233;mun&#233;r&#233;es devront lui &#234;tre rembours&#233;es. Par exemple, Thierry s'est fait voler huit mille euros.&lt;/i&gt; &#187; Auxquels s'ajoutent bien entendu les d&#233;dommagements qui lui sont dus au titre du pr&#233;judice subi, et que l'on n'a pas eu le temps d'&#233;valuer. On poursuit : &#171; Les entreprises seront dans l'obligation de d&#233;compter le temps de travail r&#233;el par tous les moyens n&#233;cessaires dans les quinze jours suivant ce d&#233;cret. Manque plus que votre signature et c'est bon. Qu'en dites-vous ?
&#8211; Bon, si vous voulez, bon... Nous on dit : commencez par n&#233;gocier et on transposera cette r&#232;gle dans le d&#233;cret.
&#8211; Mais souvent les n&#233;gociations ne servent &#224; rien.
&#8211; Je sais, mais nous pensons que l'une des solutions de progr&#232;s, c'est d'essayer de n&#233;gocier. On pr&#233;f&#232;re une r&#232;gle qui a &#233;t&#233; n&#233;goci&#233;e plut&#244;t qu'un d&#233;cret &#233;crit sur le bureau d'un directeur du travail. Je dis pas que le temps de travail, c'est pas important, mais bon, il n'y a pas que &#231;a ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas que &#231;a, en effet : il y a aussi les d&#233;g&#226;ts physiques et psychologiques. Thierry : &#171; &lt;i&gt;Quand vous avez fait dix ou douze kilom&#232;tres dans votre journ&#233;e et que la moiti&#233; vous est vol&#233;e, vous savez, votre corps, il fait la gueule le soir.&lt;/i&gt; &#187; Long silence de Combrexelle, qui finit par balbutier :
&#171; Oui, oui, non, mais je peux pas prendre position, ici, &#224; la radio...
&#8211; Au final, on se d&#233;barrasse de nos prospectus dans les lacs, dans les bennes, dans les rivi&#232;res. L'&#234;tre humain, au bout, il p&#232;te les plombs, vous comprenez ?
&#8211; On va faire le bilan, loyalement. Et on en tirera les cons&#233;quences... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouve la sortie par nos propres moyens, sans y &#234;tre aid&#233;s par les agents de s&#233;curit&#233;, ce qui prouve bien que le dialogue social n'est pas un vain mot dans la bouche de cet homme-l&#224;. Les deux camouflets inflig&#233;s &#224; Jean-Denis Combrexelle par le Conseil d'&#201;tat &#8211; ainsi qu'un troisi&#232;me dans une affaire li&#233;e &#224; une autre gentillesse patronale, au profit cette fois d'Air France&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Contre l'avis d'un inspecteur du travail, Combrexelle a autoris&#233; le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#8211; ne l'emp&#234;cheront pas, apr&#232;s dix ans de loyaux services &#224; la direction g&#233;n&#233;rale du Travail, d'int&#233;grer les rangs du... Conseil d'&#201;tat et d'y prendre, fin 2014, la pr&#233;sidence de la section &#171; sociale &#187;. La ranc&#339;ur n'est pas de mise dans le monde des boulots de merde de la haute aristocratie d'&#201;tat, o&#249; l'on trouve toujours une petite mission d'int&#233;rim &#224; faire entre deux jobs. Comme la r&#233;daction, command&#233;e en avril 2015 par le Premier ministre Manuel Valls, de quarante-quatre propositions visant &#224; &#171; &lt;i&gt;donner plus de souplesse aux entreprises&lt;/i&gt; &#187; et &#224; &#171; &lt;i&gt;&#233;largir la place de l'accord collectif dans notre droit du travail et la construction des normes sociales&lt;/i&gt; &#187;. Le rapport Combrexelle&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le rapport Combrexelle sert de br&#233;viaire &#224; la r&#233;forme El Khomri, puisqu'il (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; tr&#244;nera en bonne place &#224; c&#244;t&#233; des pav&#233;s de l'Institut Montaigne, de la fondation Terra Nova ou de Robert Badinter sur l'&#233;tag&#232;re des fossoyeurs du code du travail. [...]&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1751 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH360/-68-0e6fe.jpg?1779604186' width='400' height='360' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Beno&#238;t Guillaume
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le patronat, de son c&#244;t&#233;, ne cache pas sa bonne humeur. Non content de participer &#224; une exaltante aventure humaine, ses employ&#233;s ont la chance d'&#234;tre &#171; &lt;i&gt;r&#233;mun&#233;r&#233;s pour faire du sport&lt;/i&gt; &#187;, s'amuse Fr&#233;d&#233;ric Pons, P-DG d'Adrexo de 2008 &#224; 2012, dans une interview &#224; l'hebdomadaire Marianne. &#171; &lt;i&gt;Le conditionnement puis la livraison de prospectus sont un exercice un peu physique pour cette main-d'&#339;uvre vieillissante, mais, honn&#234;tement, j'estime qu'Adrexo rend service &#224; ces gens : gr&#226;ce &#224; ce boulot, ils se maintiennent en forme et &#233;conomisent un abonnement au Gymnase Club. R&#233;mun&#233;r&#233;s pour faire du sport : il n'y a pas de quoi crier au servage&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marianne, 10 octobre 2009.&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. &#187; Dans le m&#234;me ordre d'id&#233;es, on pourrait envisager d'envoyer Fr&#233;d&#233;ric Pons casser des cailloux dans un bagne : cela lui &#233;conomiserait son v&#233;lo d'appartement et son abonnement au club de golf.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses mots d'esprit prennent une saveur toute particuli&#232;re deux ans plus tard, lorsque Raymond, un colporteur de soixante-quinze ans pay&#233; 280 euros par mois pour vingt-six heures de travail par semaine, meurt foudroy&#233; par une crise cardiaque au milieu d'une tourn&#233;e de distribution &#224; Noisy-le-Grand. Atteint d'un diab&#232;te et d&#233;j&#224; victime d'un infarctus quelques ann&#233;es plus t&#244;t, il charriait ce jour-l&#224; vingt-cinq cartons d'imprim&#233;s pesant chacun 12,5 kilos. Adrexo avait jug&#233; inutile de lui faire passer une visite m&#233;dicale. &#171; &lt;i&gt;Bien qu'avertie le 30 ao&#251;t 2011 du d&#233;c&#232;s de Raymond par la police, la soci&#233;t&#233; a continu&#233; &#224; &#233;mettre chaque mois des bulletins de paie &#224; son nom &#224; z&#233;ro euro jusqu'en avril 2012, o&#249; elle a &#233;tabli la fin du contrat pour &#8220;absence injustifi&#233;e&#8221;. Ce qui donne une vague id&#233;e de l'attention qu'elle porte &#224; ses salari&#233;s&lt;/i&gt; &#187;, note l'auteur de l'un des tr&#232;s rares articles consacr&#233;s &#224; cette affaire &lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Micha&#235;l Hajdenberg, &#171; Adrexo condamn&#233; apr&#232;s la mort d'un salari&#233; de 75 ans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. La famille de Raymond attendra cinq ans pour obtenir &#171; justice &#187; : en mars 2016, le conseil des prud'hommes de Bobigny a condamn&#233; Adrexo &#224; lui verser... 6 200 euros pour solde de tout compte &lt;a href=&#034;#nb6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dont 2 000 euros de dommages et int&#233;r&#234;ts pour d&#233;faut de visite m&#233;dicale et 3 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; chang&#233;s &#224; la demande des salari&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Contre l'avis d'un inspecteur du travail, Combrexelle a autoris&#233; le licenciement d'un pilote d'Air France en ao&#251;t 2009, sanction invalid&#233;e ensuite par le Conseil d'&#201;tat en juin 2010. Source : &lt;i&gt;Le Canard encha&#238;n&#233;&lt;/i&gt;, 15 octobre 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le rapport Combrexelle sert de br&#233;viaire &#224; la r&#233;forme El Khomri, puisqu'il propose que le Code du travail se contente de &#171; &lt;i&gt;fixer seulement les grands principes relevant de l'ordre public&lt;/i&gt; &#187;, que &#171; &lt;i&gt;les branches d&#233;fini(ssent) l'ordre public conventionnel&lt;/i&gt; &#187; et que &#171; &lt;i&gt;l'accord d'entreprise (devienne) la norme prioritaire&lt;/i&gt; &#187;. Se passer du Code du travail pour lui substituer des accords d'entreprise : une marotte que le patronat s'appr&#234;te enfin &#224; voir mise en &#339;uvre &#8211; par un gouvernement socialiste, cette fois (loi Travail, 2016, adopt&#233;e avec l'article 49.3 de la Constitution).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt;, 10 octobre 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Micha&#235;l Hajdenberg, &#171; Adrexo condamn&#233; apr&#232;s la mort d'un salari&#233; de 75 ans &#187;, &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt;, 25 mars 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Dont 2 000 euros de dommages et int&#233;r&#234;ts pour d&#233;faut de visite m&#233;dicale et 3 000 euros pour manquement &#224; l'obligation de sant&#233; et de s&#233;curit&#233; au travail. La mort d'un salari&#233;, c'est donn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Lib&#233;rons les terres !</title>
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		<dc:date>2016-03-24T11:03:05Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mickael Correia</dc:creator>


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&lt;p&gt;Le num&#233;ro 133 de CQFD &#233;tant proche de l'&#233;puisement, nous avons souhait&#233; proposer &#224; nos lecteurs sur Internet et &#224; qui voudra l'int&#233;gralit&#233; du dossier &#034;Lib&#233;rons les terres !&#034;. Le pdf est &#224; t&#233;l&#233;charger ci-dessous. &#171; &#199;a fait un an qu'on m&#232;ne des actions en France, personne ne nous &#233;coute... &#187; lan&#231;ait d&#233;sesp&#233;r&#233;ment le mois dernier un &#233;leveur pr&#233;sent au Salon de l'agriculture. Au milieu des insultes et du stand du minist&#232;re de l'Agriculture saccag&#233;, not' bon Fran&#231;ois, comme &#224; son habitude, se (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no133-juin-2015" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;133 (juin 2015)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/une_focus" rel="tag"&gt;une_focus&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Benoit-Guillaume" rel="tag"&gt;Benoit Guillaume&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/agricole" rel="tag"&gt;agricole&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/qu-on-mene" rel="tag"&gt;qu'on m&#232;ne&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/bon-Francois" rel="tag"&gt;bon Fran&#231;ois&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-Agriculture-saccage" rel="tag"&gt;l'Agriculture saccag&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le num&#233;ro 133 de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; &#233;tant proche de l'&#233;puisement, nous avons souhait&#233; proposer &#224; nos lecteurs sur Internet et &#224; qui voudra l'int&#233;gralit&#233; du dossier &#034;Lib&#233;rons les terres !&#034;. Le pdf est &#224; t&#233;l&#233;charger ci-dessous.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1663 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH533/150503_cqf_nat_men_001_01-2-01985.jpg?1779603015' width='400' height='533' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Benoit Guillaume.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;&#199;a fait un an qu'on m&#232;ne des actions en France, personne ne nous &#233;coute...&lt;/i&gt; &#187; lan&#231;ait d&#233;sesp&#233;r&#233;ment le mois dernier un &#233;leveur pr&#233;sent au Salon de l'agriculture. Au milieu des insultes et du stand du minist&#232;re de l'Agriculture saccag&#233;, not' bon Fran&#231;ois, comme &#224; son habitude, se d&#233;marquait par sa phras&#233;ologie absconse : &#171; &lt;i&gt;En d&#233;fendant l'agriculture, je d&#233;fends toute la nation.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les crises du porc et du lait secouent la fili&#232;re agricole depuis un an, enfermant les agriculteurs dans la spirale infernale du &#171; d&#233;penser plus pour produire plus &#187;. La lib&#233;ralisation grandissante des march&#233;s agricoles conduit &#224; une terrible &#233;quation : face &#224; la comp&#233;titivit&#233; mondiale, il faut produire plus de volume pour baisser ses prix. Ainsi, dans l'Ouest du pays, les gros &#233;leveurs laitiers ont d&#233;j&#224; investi dans des outils de traite plus performants et ont surtout &#233;tendu leur surface agricole pour remporter ce nouveau front de la guerre &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car &#224; l'heure o&#249; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; met &#224; disposition l'int&#233;gralit&#233; du dossier &#034;Lib&#233;rons les terres&#034; publi&#233; en juin dernier, la question de l'accaparement des terres est plus que jamais d'actualit&#233;. Les crises agricoles en cours ne sont en effet qu'une des facettes de l'industrialisation &#224; grands pas de l'agriculture. Cette marche forc&#233;e op&#232;re un double mouvement redoutable : un accaparement massif des terres agricoles pour produire toujours plus, verrouillant en m&#234;me temps l'acc&#232;s au foncier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la moiti&#233; des terres cultiv&#233;es en France sont d&#233;sormais concentr&#233;es aux mains de 10 % des exploitants. &#192; l'&#233;chelle europ&#233;enne, la Politique agricole commune (PAC) continue &#224; r&#233;mun&#233;rer les agriculteurs moins pour la qualit&#233; de leurs produits qu'en fonction du nombre d'hectares qu'ils poss&#232;dent, les poussant &#224; l'agrandissement permanent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, alors qu'en dix ans, un quart des agriculteurs a disparu en France, les d&#233;marches pour l'installation demeurent un parcours du combattant pour tout jeune paysan et aujourd'hui, seul un tiers des installations arrive &#224; b&#233;n&#233;ficier d'aides publiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cet accaparement des terres et &#224; cette course &#224; la productivit&#233;, de nombreuses luttes paysannes, syndicales ou autonomes ambitionnent de remettre en question la propri&#233;t&#233; priv&#233;e de la terre ou de se r&#233;approprier la production alimentaire. Ces luttes sont de moins en moins cloisonn&#233;es &#224; la profession agricole et peuvent rassembler autant des jeunes paysans sans terre que des ruraux exc&#233;d&#233;s par la b&#233;tonisation de leur territoire. Un terreau de r&#233;sistances riches en imaginaires fertiles pour d&#233;fricher de nouveaux rapports collectifs &#224; la terre et s'&#233;manciper d'un mod&#232;le agricole productiviste d&#233;finitivement &#224; bout de souffle.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1664 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;31&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/pdf/dossieraccaparementterres_cqfd133.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 9.6 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1779602969' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Dossier Lib&#233;rons les terres !
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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