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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Usine occup&#233;e : Les ouvriers prennent de la graine</title>
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		<dc:creator>Bruno Le Dantec</dc:creator>


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&lt;p&gt;Il y a un an, les Grands Moulins Maurel (GMM), &#224; Marseille, cessaient leur activit&#233;. Mais la moiti&#233; des soixante salari&#233;s licenci&#233;s refusent d'abandonner l'usine. &#192; la recherche d'un repreneur, ils veulent emp&#234;cher le groupe Nutrixo de d&#233;manteler le site. CQFD est pass&#233; derri&#232;re les barricades. Ils sont retranch&#233;s, mais accueillants. La trentaine de salari&#233;s des Grands Moulins Maurel, quartier La Valentine, &#224; l'Est de Marseille, s'ent&#234;tent et occupent leur usine. Dans la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no126-novembre-2014" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;126 (novembre 2014)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Storione" rel="tag"&gt;Storione&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il y a un an, les Grands Moulins Maurel (GMM), &#224; Marseille, cessaient leur activit&#233;. Mais la moiti&#233; des soixante salari&#233;s licenci&#233;s refusent d'abandonner l'usine. &#192; la recherche d'un repreneur, ils veulent emp&#234;cher le groupe Nutrixo de d&#233;manteler le site. &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; est pass&#233; derri&#232;re les barricades.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ils sont retranch&#233;s, mais accueillants. La trentaine de salari&#233;s des Grands Moulins Maurel, quartier La Valentine, &#224; l'Est de Marseille, s'ent&#234;tent et occupent leur usine. Dans la gu&#233;rite-conciergerie, on boit le caf&#233; dans des verres en plastique tout en &#233;coutant un reportage de &lt;a href=&#034;http://www.radiogalere.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Radio Gal&#232;re&lt;/a&gt; sur la lutte. &#171; &lt;i&gt;Tu parles bien, Gilles, tout est clair &lt;/i&gt; &#187;, se f&#233;licite Kamel.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1300 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;11&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH445/p16-moulins-maurel-fde36.jpg?1782648402' width='400' height='445' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par R&#233;mi.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Coup tordu illustrant la complicit&#233; de l'&#201;tat avec le patron, le 2&#8200;octobre, alors que les repr&#233;sentants des salari&#233;s &#233;taient re&#231;us en pr&#233;fecture dans l'espoir de persuader autorit&#233;s et propri&#233;taire de la viabilit&#233; d'une reprise, une &#233;quipe de mercenaires, sous forte protection des CRS, a d&#233;m&#233;nag&#233; deux machines Sortex, les plus performantes, les plus ch&#232;res, &#171; &lt;i&gt;le noyau de l'usine, pour d&#233;courager le repreneur&lt;/i&gt; &#187;, selon Gilles, agr&#233;eur amoureux de son m&#233;tier&#8200;&#8211;&#8200;il &#233;tait charg&#233; de l'analyse et de la classification des arrivages de bl&#233;. Mais avec le soutien de syndicalistes du port et de l'usine Fralib&#8200;&#8211;&#8200;sur le point de relancer leur activit&#233; sous forme de Scop&#8200;&#8211;,&#8200;les ouvriers ont r&#233;investi les lieux d&#232;s le 6&#8200;octobre et s'y sont barricad&#233;s. Le 17&#8200;octobre, pour avoir entrav&#233; la sortie du camion qui emmenait les deux trieurs optiques Sortex, le TGI de Marseille a condamn&#233; Jean-Phi &#224; 10 000 euros d'amende et 600&#8200;euros d'astreinte chaque fois qu'un huissier constatera sa pr&#233;sence sur le site occup&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le quartier de La Valentine est &#224; l'image du devenir de Marseille. Le noyau villageois, autrefois berc&#233; par le rythme du mara&#238;chage, puis par une activit&#233; industrielle qui s'&#233;tendait tout le long de la vall&#233;e de l'Huveaune, est aujourd'hui cern&#233; par les zones commerciales, les rotondes, les voies rapides et l'autoroute-Est. &#192; quelques encablures des Moulins, la brasserie Ph&#233;nix a &#233;t&#233; rachet&#233;e il y a quelques ann&#233;es par Heineken, qui y a install&#233; des infrastructures ais&#233;ment d&#233;montables&#8230; La brasserie et les GMM puisent l'eau de la m&#234;me rivi&#232;re souterraine pour alimenter leur production. Avec l'expansion effr&#233;n&#233;e des centres commerciaux, la pression immobili&#232;re est &#233;norme dans le&#8200;coin.&#8200;Un&#8200;&#171; Village&#8200;des marques &#187;,&#8200;projet&#8200;de 125&#8200;magasins&#8200;de&#8200;&#171; grandes marques &#187; &#224; prix cass&#233;s qui se poserait sur les 26 000&#8200;m2 de l'ancienne usine chimique Procida, est retard&#233; &#224; cause de la contamination des sols et des protestations du voisinage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Le pain, les p&#226;tes, la semoule sont des produits de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;, je pensais que notre usine &#233;tait l&#224; pour toujours&lt;/i&gt; &#187;, s'&#233;tonne encore Kamel. &#171; &lt;i&gt;Ils veulent peut-&#234;tre qu'on se nourrisse de g&#233;lules et de soupes lyophilis&#233;es&#8230;&lt;/i&gt; &#187;, ironise Gilles. &#171; &lt;i&gt;Une fois que nous serons tous au ch&#244;mage, qui ira d&#233;penser son fric dans ces centres commerciaux qui poussent comme des champignons autour de la ville ?&lt;/i&gt; &#187;, s'interroge &#201;ric, d&#233;l&#233;gu&#233; CFTC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;On &#233;crasait mille tonnes par jour, 500 de farine et 500 de semoule, de quoi fournir toute la r&#233;gion et bien au-del&#224;&lt;/i&gt; &#187;, s'enthousiasme Roger, ancien chef semoulier qui fait visiter les cinq &#233;tages du moulin, o&#249; le plancher, les rampes en bois et la plaque de cuivre au-dessus du panneau-organigramme donnent un air v&#233;n&#233;rable au b&#226;timent. &#171; &lt;i&gt;Les machines les plus anciennes datent des ann&#233;es 1950, les plus modernes &#233;taient celles que les sbires de Nutrixo ont d&#233;m&#233;nag&#233; le 2 octobre. &lt;/i&gt; &#187; Tout en expliquant le processus de fabrication, l'homme caresse la caisse d'une plansichter, machine oscillatoire qui permet de tamiser et de calibrer le grain. Elle semble miraculeusement suspendue au-dessus du sol, tenue par quatre fois huit tiges de jonc fix&#233;es au plafond et aux angles du ch&#226;ssis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Nutrixo&#8200;&#8211;&#8200;groupe propri&#233;taire des moulins Storione, concurrent historique des GMM bas&#233; &#224; proximit&#233; du port&#8200;&#8211; a rachet&#233; la bo&#238;te en 2008, aucun directeur n'a &#233;t&#233; nomm&#233;. De temps en temps, le boss de Storione venait superviser les op&#233;rations, avec &#224; la cl&#233; quelque 300 000 euros de frais de d&#233;placement annuels&#8230; Si ce laisser-aller &#233;tait bien la preuve d'une volont&#233; de mener les GMM &#224; la faillite, il a aussi permis de prouver, cinq ans durant, que les travailleurs &#233;taient capables de faire tourner la baraque pratiquement sans l'aide de personne. &#171; &lt;i&gt;Quand j'ai vu la temp&#234;te s'approcher, je me suis int&#233;ress&#233; &#224; la lutte des Fralib, qui aura dur&#233; plus de 1 300 jours. C'est un exemple pour nous&lt;/i&gt;, explique Gilles. &lt;i&gt;Une fois sur le carreau, on a pens&#233; les imiter en montant une Scop. Mais ici, c'est plus compliqu&#233;. Les investissements sont lourds. Le prix de la mati&#232;re premi&#232;re est tr&#232;s &#233;lev&#233;, &#224; cause des fonds de pension qui sp&#233;culent sur le bl&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Autre passionn&#233; du m&#233;tier, St&#233;phane, chef d'&#233;quipe &#224; la r&#233;ception des bl&#233;s et au chargement des coproduits (son, gruau&#8230;), s'accroche &#224; l'espoir d'un repreneur : &#171; &lt;i&gt;Nous avons commissionn&#233; un cabinet d'experts pour chercher des investisseurs, mais Nutrixo tra&#238;ne des pieds pour fournir la documentation n&#233;cessaire. Un homme d'affaires franco-alg&#233;rien a fait une offre, mais ils font la sourde oreille.&lt;/i&gt; &#187; Selon &#201;douard, d&#233;l&#233;gu&#233; CGT, c'est clair : Storione a rachet&#233; les GMM pour les casser et &#233;liminer un concurrent. Pire : les moulins Storione &#233;tant situ&#233;s sur le p&#233;rim&#232;tre Eurom&#233;diterran&#233;e, o&#249; la sp&#233;culation immobili&#232;re condamne l'activit&#233; industrielle &#224; dispara&#238;tre, on soup&#231;onne Nutrixo d'avoir voulu transf&#233;rer toute la minoterie l&#224;-bas pour booster artificiellement la production et empocher un maximum d'indemnit&#233;s le jour o&#249; Euromed voudra exproprier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; La Valentine aussi, la sp&#233;culation est asphyxiante, alors comment &#234;tre s&#251;r qu'un &#233;ventuel repreneur n'ait pas lui aussi dans l'id&#233;e de r&#233;aliser une belle culbute en revendant ces 16 000 m2 &#224; un promoteur ? M&#234;me si le projet de Scop para&#238;t tr&#232;s ambitieux, peut-&#234;tre vaut-il la peine de continuer &#224; creuser cette alternative, en mettant la pression sur les collectivit&#233;s locales pour qu'elles se mouillent&#8230; Outre la destruction d'emplois et la perte d'un savoir-faire de 150&#8200;ans, la disparition des GMM aurait des r&#233;percussions n&#233;gatives jusque sur l'activit&#233; portuaire. On peut aussi argumenter sans peine sur la souverainet&#233; alimentaire et l'ancrage local de la production&#8230; &#171; En 2011, ils ont ferm&#233; la gare de fret de Saint-Marcel, o&#249; arrivaient les wagons de bl&#233;. On y avait m&#234;me des instruments de &lt;i&gt;pesage&lt;/i&gt;, rappelle St&#233;phane. &lt;i&gt;Apr&#232;s l'arr&#234;t de la production en novembre 2013, on nous a balad&#233;s de reclassement en plan de sauvegarde de l'emploi. Pendant ce temps, la direction pr&#233;parait le d&#233;mant&#232;lement. On &#233;tait soixante salari&#233;s avant la fermeture, la moiti&#233; a baiss&#233; les bras, certains sont entr&#233;s en d&#233;pression&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gilles fait un historique de cette casse programm&#233;e : &#171; &lt;i&gt;En 2002, la famille Skalli a revendu les moulins &#224; Panzani, qui nous a pomp&#233; la client&#232;le avant de revendre &#224; Nutrixo. Panzani ne comprenait rien au bl&#233; tendre et &#224; la farine. Nutrixo, c'est le contraire : ils ignorent tout de la semoule&#8200;&#8211;&#8200;Storione ne fait que la minoterie. Ils se sont amus&#233;s &#224; sp&#233;culer sur le prix du bl&#233;, par l'entremise d'un courtier bas&#233; en Loire-Atlantique. C'est comme &#231;a qu'entre 2008 et 2009, on a perdu 3&#8200;millions d'euros ! En plus, Panzani avait fait signer &#224; Nutrixo une clause de non-concurrence sur la semoule&#8230; Au fait, note bien que Nutrixo a &#233;t&#233; condamn&#233; en 2012 pour entente ill&#233;gale avec un &#8220;concurrent&#8221; allemand&lt;/i&gt;&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le samedi 25 octobre, c'&#233;tait journ&#233;e portes ouvertes chez les Maurel. &#171; &lt;i&gt;Aujourd'hui oui, on peut entrer ici comme dans un moulin !&lt;/i&gt; &#187; Plusieurs centaines de visiteurs sont venus, beaucoup en famille. Les m&#233;dias locaux ont d&#233;fil&#233;. L'avenir est incertain, mais chaque d&#233;monstration de solidarit&#233;, chaque concert, chaque donation&#8200;&#8211;&#8200;comme celle de l'arri&#232;re-petite-fille de Joseph Maurel, le fondateur des Moulins en 1860&#8200;&#8211;, renforce la d&#233;termination des occupants. &#171; &lt;i&gt;C'est notre usine !&lt;/i&gt; &#187; &#192;&#8200;l'heure o&#249; industriels, actionnaires et gouvernement ne pensent qu'en termes de profits imm&#233;diats, les seuls qui semblent avoir une approche sens&#233;e, sensible et sociale du probl&#232;me sont ces trente ouvriers-l&#224;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La panoplie du maton</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/La-panoplie-du-maton</link>
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		<dc:date>2005-04-18T11:57:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jann-Marc Rouillan</dc:creator>


		<dc:subject>Chronique carc&#233;rale</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Dans les corridors de l'administration p&#233;nitentiaire, la mode est au western m&#226;tin&#233; CRS : costumes noirs, cagoules, rangers clout&#233;s, gants matelass&#233;s, fusils &#224; pompes, balles anti-&#233;meutes&#8230; Les taules se transforment en commissariats de couvre-feu, la d&#233;tention en garde &#224; vue illimit&#233;e. L'air du temps est du bleu des gyrophares. Nos matons ont toujours r&#234;v&#233; de ressembler &#224; des policiers. Et le discours de leurs syndicats sur le manque d'effectifs pour accomplir les t&#226;ches de r&#233;insertion (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans les corridors de l'administration p&#233;nitentiaire, la mode est au western m&#226;tin&#233; CRS : costumes noirs, cagoules, rangers clout&#233;s, gants matelass&#233;s, fusils &#224; pompes, balles anti-&#233;meutes&#8230; Les taules se transforment en commissariats de couvre-feu, la d&#233;tention en garde &#224; vue illimit&#233;e. L'air du temps est du bleu des gyrophares.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nos matons ont toujours r&#234;v&#233; de ressembler &#224; des policiers. Et le discours de leurs syndicats sur le manque d'effectifs pour accomplir les t&#226;ches de r&#233;insertion sociale des prisonniers sonne faux et s'accorde de nos jours &#224; la tartuferie p&#233;nitentiaire. Les hommes et les femmes de base r&#233;clament des rangers clout&#233;s, une noire matraque, une paire de menottes et un fusil &#224; pompe. Perben leur a offert toute la panoplie ! Les prisons ressemblent de plus en plus &#224; des commissariats. Ces deux derni&#232;res ann&#233;es, nous avons &#233;t&#233; les t&#233;moins de ce changement de cap. Avec la d&#233;t&#233;rioration acc&#233;l&#233;r&#233;e des conditions de d&#233;tention, nous allons vers une simple garde &#224; vue ad vitam et cetera, comme c'est d&#233;j&#224; le cas dans les prisons de quelques &#201;tats du Sud am&#233;ricain. Tout d&#233;buta dans la farce. Apr&#232;s s'&#234;tre battus pour un r&#233;gime de retraite identique &#224; celui de la police - ce qui est juste en soi -, deux syndicats majoritaires ont obtenu le droit pour les fonctionnaires d'arborer des galons de CRS et d'abandonner ainsi les signes distinctifs de l'engeance carc&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis tr&#232;s vite les choses tourn&#232;rent &#224; l'aigre avec la cr&#233;ation des ERIS (&#201;quipes r&#233;gionales d'intervention et de s&#233;curit&#233;), p&#226;les copies du RAID et autres GIPN, tous v&#234;tus de noir et masqu&#233;s de cagoules de moto. Depuis les passages &#224; tabac se multiplient lors d'op&#233;rations cibl&#233;es et des fouilles &#224; grand spectacle o&#249; ils d&#233;truisent tout ce qui leur tombe sous les chaussures &#224; clous. Un ancien moniteur de sport de la centrale de Moulins, qui au quotidien jouait les gentils et serrait les mains, tout &#224; la fois un peu complice et un peu malfrat, devint par enchantement l'un des pires bastonneurs des ERIS lyonnais. Anonymat et impunit&#233; totale garantis, pourquoi se g&#234;nerait-il ? La cohorte d&#233;barque le m&#233;pris d&#233;gobill&#233; avec l'&#233;vidente volont&#233; d'humilier. D'ailleurs, en dehors des coups, le seul rapport des encagoul&#233;s avec les prisonniers se r&#233;sume aux strip-teases ponctu&#233;s d'insultes et de commentaires pendards : &lt;i&gt;&#171; &#192; quatre pattes ! &#187;&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; &#171; Tourne-toi ! &#187;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#171; Couch&#233;, mains dans le dos ! &#187;&lt;/i&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au courant des demandes pressantes des permanents syndicaux, un maton de la vieille &#233;cole me confessait voici quelques ann&#233;es : &lt;i&gt;&#171; Le jour o&#249;, dans le mirador, ils nous &#233;quiperont de fusils &#224; lunette, je d&#233;missionnerai. &#187;&lt;/i&gt; Il est parti &#224; la retraite. Et ses coll&#232;gues brandissent d&#233;sormais les fameux fusils. Bien s&#251;r, un repr&#233;sentant du personnel expliqua &#224; la t&#233;l&#233; que c'&#233;tait pour mieux viser les jambes ! Je fus malheureusement t&#233;moin de l'un des premiers passages &#224; l'acte &#224; la centrale d'Arles. Le pauvre Enzo, petit voleur sarde n'ayant jamais tu&#233; personne, a &#233;t&#233; cribl&#233; de balles alors qu'il &#233;tait assis &#224; califourchon sur le mur d'enceinte. Ce fut un tel carnage que lorsque la juge de Tarascon demanda &#224; visionner la sc&#232;ne, les bandes des six cam&#233;ras s'&#233;taient volatilis&#233;es. Il n'y a d&#233;cid&#233;ment aucune surprise avec la p&#233;nitentiaire ! Il para&#238;t que sur les bandes on aurait pu reconna&#238;tre l'ordure qui lui donna le coup de gr&#226;ce. Pourquoi craignent-ils ces images ? Le communiqu&#233; officiel du minist&#232;re et les tracts de l'UFAP auraient sans doute affirm&#233; que la pauvre b&#234;te souffrait trop, qu'il fallait bien faire quelque chose et qu'il s'agissait donc d'une mesure humanitaire&#8230; Et les journaleux n'auraient-ils pas comme un seul homme repris cette version ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques semaines auparavant, deux d&#233;tenus guyanais avaient &#233;t&#233; assassin&#233;s de sang froid au pied du mur. Avec de telles armes, impossible de louper la cible, et lorsqu'ils ont des comptes &#224; r&#233;gler entre eux, ils font mouche de la m&#234;me fa&#231;on. De son mirador, &#224; Moulins, un amoureux &#233;conduit tua sur le coup sa dulcin&#233;e en uniforme. Peut-&#234;tre &#233;tait-elle affili&#233;e au syndicat qui avait r&#233;clam&#233; haut et fort ces armes redoutables contre la canaille ? Puis la parodie polici&#232;re envahit les coursives de la d&#233;tention. Comme d'habitude, cela d&#233;buta dans les quartiers d'isolement (QI). Ils trouv&#232;rent une bonne raison de menotter un ou deux individus &#171; tr&#232;s dangereux &#187; puis ils entrav&#232;rent tous les pensionnaires du QI au tristement c&#233;l&#232;bre D5 de Fleury. Au moment d'y d&#233;barquer, j'observai &#224; travers la grille la t&#234;te du brigadier. Il rayonnait d'un tel bonheur, une v&#233;ritable jouissance &#224; jouer au flic. Maintenant, dans tous les secteurs, les galonn&#233;s sont &#233;quip&#233;s d'une paire de menottes et de gants, de ces fameux gants matelass&#233;s sur les phalanges afin d'&#233;viter les fractures quand ils cognent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me &#224; l'h&#244;pital de Fresnes, grand mouroir des prisons fran&#231;aises, le chef d'&#233;tage roule des &#233;paules avec son &#233;quipement d'intervention. Dans certains &#233;tablissements dits s&#233;curitaires, ils s'&#233;quipent aujourd'hui de fusils &#224; pompes garnis jusqu'&#224; la gueule de balles anti-&#233;meutes. Sans doute h&#233;ritier d'une famille de grands braconniers, un &lt;i&gt;&#171; galon jaune &#187;&lt;/i&gt; de Moulins, portant le nom d'un acteur qui parle de lui &#224; la troisi&#232;me personne, aussi con mais beaucoup moins beau, aimait &#224; se balader sur les coursives le fusil en bandouli&#232;re. Pour un oui ou pour un non, il braquait l'engin sous le nez d'un prisonnier : &lt;i&gt;&#171; Alors maintenant tu fais moins le malin ! &#187;&lt;/i&gt; Partout cette ambiance western gagne du terrain. On peut l&#233;gitimement se demander de ce qu'il adviendra une fois que le minist&#232;re aura acc&#233;d&#233; &#224; la demande pressante de cr&#233;er des unit&#233;s arm&#233;es de transfert et de surveillance. Certains fonctionnaires se plaisent d&#233;j&#224; &#224; r&#234;ver tout haut du pompon, du gyrophare bleu et de la mitraillette &#224; la porti&#232;re frapp&#233;e du blason : &#171; Administration p&#233;nitentiaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a peu, le rapport Truche, magistrat de la Commission nationale de d&#233;ontologie de la s&#233;curit&#233;, &#233;clairait certains faits d'une lumi&#232;re crue. Les tabassages au mitard de la centrale de Moulins l'ann&#233;e pass&#233;e auraient &#233;t&#233; commis par des grad&#233;s et des surveillants qui s'&#233;taient d&#233;guis&#233;s avec des uniformes des ERIS. Ils aiment tellement les tenues noires et bleu marine qu'ils en planquaient dans les placards ! Et ce qui devait arriver arriva. D&#233;but f&#233;vrier, un coll&#232;gue d&#233;barqua. &lt;i&gt;&#171; H&#233; les gars, au 2e il y a des ERIS sans cagoules ! &#187;&lt;/i&gt; Bien s&#251;r, on est all&#233; jeter un coup d'&#339;il, et la surprise pass&#233;e, nous f&#251;mes forc&#233;s de reconna&#238;tre l'&#233;vidence : un paquet de matons avait opt&#233; pour la tenue de combat, blouson d'intervention, pantalons de treillis et rangers&#8230; Avant on rigolait du surveillant accrochant le sifflet &#224; une fourrag&#232;re gliss&#233;e &#224; l'&#233;paulette, de ses commandements &lt;i&gt;&#171; affirmatif, rompez ! &#187;&lt;/i&gt; et du claquement de ses talons devant un sup&#233;rieur. Et maintenant les voici tous d&#233;guis&#233;s en CRS ! Mais comme le pr&#233;cisera avec sinc&#233;rit&#233; l'un d'eux : &lt;i&gt;&#171; Rien &#224; voir, il s'agit de tenues de la BAC, parce que nous sommes les seuls vrais de l'anti-criminalit&#233;, non ? &#187;&lt;/i&gt; Et &#224; la vision d'un groupe sombre stationn&#233; au bout de la coursive, qui nous rappela une autre &#233;poque et le carrefour du Boul'mich, avec un vieux copain nous entonn&#226;mes le refrain du quartier latin : face &#224; &lt;i&gt;&#171; vos hommes bien lunett&#233;s, bien casqu&#233;s, bien boucl&#233;s, bien grenad&#233;s, bien sold&#233;s, nous nous sommes mis &#224; crier : &#224; bas l'&#201;tat policier, &#224; bas l'&#201;tat policier ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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