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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; Winter is coming &#187;</title>
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		<dc:creator>Jean-Pierre Levaray</dc:creator>


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&lt;p&gt;Comme si &#231;a ne suffisait pas, il y a toujours des pressions qui s'ajoutent &#224; notre ali&#233;nation quotidienne au travail. Aujourd'hui, la mention &#171; anglais, lu, &#233;crit, parl&#233; &#187; sur la fiche de poste des ouvriers et employ&#233;s de l'usine est presque devenue une r&#233;alit&#233; incontournable. Pas avec nos coll&#232;gues directs, non. Et si on veut dire merde &#224; son chef, on peut toujours. &#199;a se situe &#224; d'autres niveaux : lors des communications par l'intranet ou par t&#233;l&#233;phone, pour les commerciaux et pour les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Borealis" rel="tag"&gt;Borealis&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Comme si &#231;a ne suffisait pas, il y a toujours des pressions qui s'ajoutent &#224; notre ali&#233;nation quotidienne au travail. Aujourd'hui, la mention &#171; anglais, lu, &#233;crit, parl&#233; &#187; sur la fiche de poste des ouvriers et employ&#233;s de l'usine est presque devenue une r&#233;alit&#233; incontournable. Pas avec nos coll&#232;gues directs, non. Et si on veut dire merde &#224; son chef, on peut toujours. &#199;a se situe &#224; d'autres niveaux : lors des communications par l'intranet ou par t&#233;l&#233;phone, pour les commerciaux et pour les cadres, mais aussi directement sur nos &#233;crans de contr&#244;le o&#249; les alarmes et les informations s'affichent, depuis trois mois maintenant, dans la langue de Johnny Rotten.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1314 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;11&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH306/p07-cqfd56-c520b.jpg?1782642190' width='400' height='306' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Efix.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait quelque chose qu'on sentait d&#233;j&#224; venir sous la direction de Total, mais, maintenant que nous sommes g&#233;r&#233;s par l'autrichienne Borealis (&#224; capitaux d'Abu Dhabi), c'est devenu imp&#233;ratif. Le syst&#232;me de gestion de cette entreprise est tr&#232;s centralis&#233; et, en m&#234;me temps tr&#232;s divis&#233; en sous-secteurs avec des directeurs un peu partout. &#199;a s'appelle &#171; organisation matricielle &#187; (si vous voulez en savoir plus, allez voir Wikip&#233;dia). Comme Borealis est surtout bas&#233; en Autriche, Finlande, Hongrie et &#233;mirats (le tout g&#233;r&#233; de Belgique), cela implique une langue commune. En l'occurrence, un anglais dans son avatar mondialis&#233;, c'est-&#224;-dire tr&#232;s technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a a donc commenc&#233; chez les cadres dirigeants, puis les autres cadres et ing&#233;nieurs, puis les techniciens et les services ext&#233;rieurs, secr&#233;tariat et commerciaux. A pr&#233;sent, cela gagne la maintenance et la fabrication. La formation professionnelle interne y consacre beaucoup de moyens (pas loin de 20 % du budget) et selon le niveau hi&#233;rarchique, les cours se font en immersion (en Grande-Bretagne), en cours t&#233;l&#233;phonique, en cours particulier (&#171; &lt;i&gt;face to face&lt;/i&gt; &#187;) ou en cours collectif. Alors que des gens comme moi qui, il y a des lustres et dans le cadre de la formation perso, avaient demand&#233; des cours pour mieux manier l'idiome en question pour les vacances, s'&#233;taient vu syst&#233;matiquement rembarr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette nouvelle contrainte cr&#233;e un stress &#233;norme, d'autant qu'il s'agit d'un anglais technique et non plus scolaire et que la peur de dire le contraire de ce qu'on a voulu dire est permanent. Sur nos logiciels en anglais, il arrive fr&#233;quemment qu'on ne soit pas s&#251;r d'avoir bien compris et on pr&#233;f&#232;re alors s'abstenir plut&#244;t que de mal faire. Dans une usine &#224; risque, c'est plut&#244;t moyen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le PDG vient visiter l'usine assez souvent. Il visite les ateliers et les bureaux et parle &#171; british &#187;. Il faut l'&#233;couter et faire semblant de s'int&#233;resser &#224; ce qu'il dit. L'ing&#233;nieur pr&#233;sent s'essaie &#224; traduire plus ou moins bien. Et c'est devenu tout le temps comme &#231;a. Au sup&#233;rieur hi&#233;rarchique qui nous interpelle, il faut imm&#233;diatement r&#233;pondre en anglais. Au mail envoy&#233; par un coll&#232;gue, il faut r&#233;pondre en anglais. Cette pression constante finit par s'apparenter &#224; un lavage de cerveau qui d&#233;grade encore un peu plus les conditions de travail dans toutes les strates de l'usine. Notre environnement est ponctu&#233; de mot d'ordre en anglais (&#171; &lt;i&gt;keep discovering&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;innovation day&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;business projects&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;call conf&lt;/i&gt; &#187;&#8230;) et il n'est plus question que d'acronymes anglais dont on ne comprend plus le sens. Le pire c'est peut-&#234;tre lorsqu'on re&#231;oit une fiche technique en anglais pour un produit ou une machine. Elle doit nous &#234;tre remise traduite (c'est la loi), mais il manque souvent des phrases enti&#232;res ou m&#234;me des pages. Pas facile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; o&#249; l'on en est. Tout cela est li&#233; aussi &#224; la &#171; nouvelle politique &#187;, la &#171; nouvelle &#233;thique &#187; que nos nouveaux patrons veulent imposer. Chaque entreprise veut d&#233;velopper un &#233;tat d'esprit propre. Avec Total, cet &#171; esprit &#187; s'appuyait sur des pratiques dures et quasi-barbouzardes. L&#224;, on veut nous l'inculquer de mani&#232;re &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; plus humaine, avec le sourire, mais c'est en fait beaucoup plus insidieux. Le rouleau compresseur id&#233;ologique de la bo&#238;te avance lentement mais s&#251;rement. Jusqu'&#224; ce que les prolos retrouvent ou recr&#233;ent leur propre jargon pour mieux tourner en d&#233;rision cette nouvelle forme de &#171; &lt;i&gt;friendly&lt;/i&gt; &#187; domination.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Grande braderie chez Total !</title>
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		<dc:creator>Jean-Pierre Levaray</dc:creator>


		<dc:subject>Je vous &#233;cris de l'usine</dc:subject>
		<dc:subject>Efix</dc:subject>
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		<dc:subject>Total</dc:subject>
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&lt;p&gt;Il y a eu des signes avant-coureurs comme le d&#233;part de notre directeur alors qu'il n'avait m&#234;me pas deux ans de fonction sur le site. Il y a eu aussi les d&#233;parts de certains cadres de l'usine et, plus nombreux encore, du si&#232;ge social. Comme des rats quittant le navire. Mais on n'a pas trop fait gaffe. Et puis il y a eu les communiqu&#233;s de presse pour nous annoncer que Total allait vendre sa filiale engrais. L'acqu&#233;reur serait Borealis, un groupe autrichien aux capitaux venant d'un fond (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no109-mars-2013" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;109 (mars 2013)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/departs" rel="tag"&gt;d&#233;parts&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il y a eu des signes avant-coureurs comme le d&#233;part de notre directeur alors qu'il n'avait m&#234;me pas deux ans de fonction sur le site. Il y a eu aussi les d&#233;parts de certains cadres de l'usine et, plus nombreux encore, du si&#232;ge social. Comme des rats quittant le navire. Mais on n'a pas trop fait gaffe. Et puis il y a eu les communiqu&#233;s de presse pour nous annoncer que Total allait vendre sa filiale engrais. L'acqu&#233;reur serait Borealis, un groupe autrichien aux capitaux venant d'un fond d'investissement d'Abu Dhabi. Ce n'est pas &#224; proprement parler un scoop. En d&#233;cembre dernier le Pdg de Total avait annonc&#233;, malgr&#233; des b&#233;n&#233;fices records, qu'il y aurait de nombreuses cessions en 2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; plus d'une d&#233;cennie que Total veut se d&#233;barrasser de Grande-Paroisse. Depuis que Total a absorb&#233; Elf, auquel la branche engrais appartenait. Total a d&#233;j&#224; fourgu&#233; toute sa filiale chimie &#224; Arkhema, pour que le sale boulot de licenciements et de fermetures d'usines n'&#233;clabousse pas son &#171; image &#187;. Par contre, la multinationale n'a pas pu vendre ses engrais &#224; cause d'un &#233;v&#233;nement majeur : la catastrophe d'AZF. L&#224;, &#231;a aurait &#233;t&#233; vraiment trop voyant, presque grossier, que d'essayer de passer les usines &#224; risque sous le tapis pendant les proc&#232;s. Maintenant, quatre mois apr&#232;s la fin du proc&#232;s en appel, les affaires peuvent reprendre leurs cours normal et Total d'officialiser cette vente, sans doute pr&#233;par&#233;e depuis des ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon, quitter le giron de Total, trust p&#233;trolier qui se tra&#238;ne des tas de casseroles (de la Birmanie &#224; &#171; P&#233;trole contre nourriture &#187;), &#224; titre perso, &#231;a ne me fait ni chaud ni froid. D'autant que l'&#232;re Total ne nous a amen&#233; que des technocrates et des cadres dirigeants se sentant au-dessus des lois. Changer de taulier, dans nos usines c'est quelque chose qui se fait souvent. Sauf qu'on n'&#233;tait plus trop habitu&#233;, le r&#232;gne Elf-Total ayant dur&#233; pr&#232;s de 20 ans. En plus, on va certainement y perdre des plumes. Quand on voit la v&#233;tust&#233; des ateliers et les pannes r&#233;currentes, on se doute que le nouvel acqu&#233;reur va faire le m&#233;nage &#224; plus ou moins long terme. De toute fa&#231;on, Borealis, groupe dix fois plus petit que Total, n'a s&#251;rement ni les moyens ni la volont&#233; de faire les investissements n&#233;cessaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, au niveau direction, on nous vend ce groupe autrichien comme &#233;tant le meilleur, qu'on va pouvoir aller de l'avant gr&#226;ce &#224; leur savoir-faire, etc. Un groupe sp&#233;cialis&#233; dans les plastiques et le p&#233;trole qui ne poss&#232;de que deux petites unit&#233;s de fabrication d'engrais ! En fait on assiste actuellement &#224; un red&#233;ploiement international au niveau du march&#233; des engrais azot&#233;s. Il s'agit d'un march&#233; juteux car les c&#233;r&#233;aliers sont riches, les cours des c&#233;r&#233;ales tr&#232;s &#233;lev&#233;s et le mod&#232;le productiviste toujours dominant. Mais ce march&#233; n'int&#233;resse pas Total qui se recentre sur les recherches et explorations p&#233;troli&#232;res. Calcul diff&#233;rent pour Borealis, sans doute davantage attir&#233; par le carnet de commandes d'engrais, qu'il utilisera pour ses produits ou revendra, que par les unit&#233;s de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le m&#234;me sc&#233;nario partout : les multinationales, apr&#232;s avoir engrang&#233; de confortables profits, anticipent la mutualisation des pertes. Quand arrivera le moment de la fermeture, le futur acqu&#233;reur sera tellement insolvable que ce sera &#224; la collectivit&#233; de se charger des licenciements et de la d&#233;pollution (plusieurs centaines de millions d'euros pour ma bo&#238;te).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'instant, dans la bo&#238;te, &#231;a r&#233;agit peu. Seuls les syndicats semblent motiv&#233;s, d'autant qu'il va y avoir des tas de r&#233;unions, d'expertises et que cela va durer au moins six mois. Les copains ne s'en fichent pas pour autant. Mais, pour le moment, c'est juste un changement de patron et de couleur des bleus. Par ailleurs, plus d'un quart des salari&#233;s aura quitt&#233; l'usine dans les trois ans, pour cause de d&#233;parts en retraite. Ceux qui resteront seront &#226;g&#233;s et un plan de licenciements pourrait &#234;tre une bonne porte de sortie. Quant aux plus jeunes, fatalistes, ils disent savoir depuis longtemps qu'ils ne passeront pas toute leur vie dans une seule bo&#238;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste les cadres qui semblent pour l'instant les plus paniqu&#233;s de devoir quitter le giron de Total. Ils pensaient tous progresser et &#171; faire carri&#232;re &#187; dans la sph&#232;re p&#233;troli&#232;re. Caramba, encore rat&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_609 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;10&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH420/p11-cqfd39-a7292.png?1782643871' width='400' height='420' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Efix
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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