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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Les cond&#233;s de la Commune</title>
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		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


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&lt;p&gt;&#171; Pendant la nuit du 18 au 19 mars, l'&#201;tat, l'arm&#233;e, la police, tout ce qui p&#232;se sur les vies humaines du dehors et d'en haut, tout s'est dissous, &#233;vanoui, &#233;vapor&#233;. Ce matin-l&#224;, tout est possible &#187;, note Henri Lefebvre dans son livre La Proclamation de la Commune (1965, r&#233;&#233;d. La Fabrique, 2018). Mais comment, apr&#232;s avoir rompu avec l'ordre ancien, &#233;tablir un ordre r&#233;volutionnaire ? &#171; La guerre et la police sont les deux bras de la Commune ; il faut de l'&#233;nergie &#187;, d&#233;clarait le blanquiste (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Pendant la nuit du 18 au 19 mars, l'&#201;tat, l'arm&#233;e, la police, tout ce qui p&#232;se sur les vies humaines du dehors et d'en haut, tout s'est dissous, &#233;vanoui, &#233;vapor&#233;. Ce matin-l&#224;, tout est possible&lt;/i&gt; &#187;, note Henri Lefebvre dans son livre &lt;i&gt;La Proclamation de la Commune&lt;/i&gt; (1965, r&#233;&#233;d. La Fabrique, 2018). Mais comment, apr&#232;s avoir rompu avec l'ordre ancien, &#233;tablir un ordre r&#233;volutionnaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La guerre et la police sont les deux bras de la Commune ; il faut de l'&#233;nergie&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;clarait le blanquiste &#201;douard Vaillant le 19 avril au Conseil de la Commune.
Comment la Commune a-t-elle g&#233;r&#233; son &#171; volet s&#233;curitaire &#187; ? Explications avec les historiens Quentin Deluermoz&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quentin Deluermoz est l'auteur au Seuil du Cr&#233;puscule des r&#233;volutions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; et Maxime Jourdan&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Maxime Jourdan a &#233;tabli l'&#233;dition de Phil&#233;mon, Vieux de la Vieille (Roman de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3589 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L407xH720/-1732-96afc.jpg?1782641581' width='407' height='720' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; la veille de la Commune, le sentiment d'hostilit&#233; des classes populaires vis-&#224;-vis de la police est manifeste &#8211; et ne se d&#233;mentira pas par la suite. &#171; &lt;i&gt;Le sergot est un trouble-f&#234;te&lt;/i&gt; &#187;, rapporte dans ses notes&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Publi&#233;es pour la premi&#232;re fois en 2010 aux &#233;ditions Horay, sous le titre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; le commissaire Adolphe Gronfier, en fonction &#224; la pr&#233;fecture de police de Paris de 1866 &#224; 1893 (sauf durant la Commune). Il y dresse, non sans ironie, le constat sans appel du foss&#233; entre les agents de la paix et le peuple parisien, peu sensible &#224; la n&#233;cessit&#233; d'une force publique : &#171; &lt;i&gt;Cette haine du sergent de ville est particuli&#232;re &#224; la populace de Paris&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ; celle-ci la pousse m&#234;me jusqu'&#224; un tel degr&#233; d'exag&#233;ration qu'elle ne perd pour ainsi dire pas une occasion de prendre parti pour le filou arr&#234;t&#233;, contre les agents qui l'arr&#234;tent. Cette mani&#232;re de voir et d'agir fait partie du cat&#233;chisme nouveau, et, dans peu d'ann&#233;es, nul ne sera certainement parfait citoyen, s'il ne r&#233;clame l'abolition de la police.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quentin Deluermoz, dont la th&#232;se de doctorat est consacr&#233;e aux &lt;i&gt;&#171; policiers en tenue dans l'espace parisien entre 1854 et 1913 &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;dit&#233;e sous le titre Policiers dans la ville. La Construction d'un ordre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &#187;, explique que &lt;i&gt;&#171; le Second Empire avait mis en place une r&#233;forme de la police municipale, fond&#233;e sur l'exemple londonien (le fameux &#8220;Bobby&#8221;), qui visait &#224; faire davantage appr&#233;cier la police &#224; la population&lt;/i&gt; &#187;. Il ajoute que, si &lt;i&gt;&#171; les situations dans les quartiers sont tr&#232;s diverses, les tensions &#233;taient &#233;videmment plus dures dans les quartiers ouvriers. Mais la pr&#233;sence polici&#232;re finit par s'implanter peu &#224; peu.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit, pr&#233;cise-t-il, &#171; &lt;i&gt;l'image &#8220;noire&#8221; de la police parisienne (brutale, proche des malfaiteurs), n&#233;e de la figure de Vidocq, n'a jamais vraiment disparu. La r&#233;pression polici&#232;re lors des grandes manifestations de la fin des ann&#233;es 1860 a rallum&#233; la logique de confrontation. Et avec la Commune tout se pr&#233;cipite : les sergents de ville &#8211; renomm&#233;s &#8220;gardiens de la paix&#8221; depuis l'av&#232;nement de la R&#233;publique en septembre 1870 &#8211; deviennent les symboles du &#8220;monde d'avant&#8221;, du r&#233;gime imp&#233;rial despotique.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La police politique imp&#233;riale concentre en effet toute la d&#233;testation de l'extr&#234;me gauche de l'&#233;poque qui d&#233;nonce ses mouchards, sa brigade des m&#339;urs, ses fameuses &#171; blouses blanches &#187; (provocateurs d&#233;guis&#233;s en ouvriers et infiltr&#233;s dans les manifestations &#8211; leur importance r&#233;elle est sujette &#224; caution), sa censure, les complots de son cabinet noir, etc. L'historien Maxime Jourdan souligne quant &#224; lui le &#171; &lt;i&gt;pouvoir consid&#233;rable&lt;/i&gt; &#187; dont elle dispose alors : &#171; &lt;i&gt;Sous la f&#233;rule du pr&#233;fet Joseph Pietri et &#224; l'instigation du &#8220;commissaire sp&#233;cial&#8221; Michel Lagrange, redoutable chef de la police politique, une pluie de condamnations s'abat sur les r&#233;publicains socialistes, au premier rang desquels se trouvent les pugnaces blanquistes. Aussi ces derniers adoptent-ils une attitude ambivalente &#224; l'endroit de l'institution polici&#232;re : s'ils font chorus avec les r&#233;publicains r&#233;clamant son abolition, ils identifient &#8211; &#224; raison &#8211; la pr&#233;fecture de police comme le centre n&#233;vralgique du pouvoir dont ils subissent les foudres.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourchass&#233;s sous l'Empire, les blanquistes ne cachent pas leur volont&#233; de revanche, &#224; l'instar de Th&#233;ophile Ferr&#233; qui, jug&#233; &#224; Blois durant l'&#233;t&#233; 1870, invective la cour en des termes peu &#233;quivoques : &#171; &lt;i&gt;Vous &#234;tes aujourd'hui la force, usez-en ! Mais quand je l'aurai, gare &#224; vous !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Aussi, il n'est pas &#233;tonnant que lorsque l'insurrection &#233;clate le 18 mars, la plupart des agents de police quittent Paris par crainte de repr&#233;sailles. Dans ce moment de vacance du pouvoir et de d&#233;sorganisation, les revendications communalistes s'expriment le 23 mars dans la bouche de l'internationaliste Eug&#232;ne Varlin au sein du Comit&#233; central r&#233;publicain des vingt arrondissements : &#171; &lt;i&gt;Nous voulons un conseil municipal &#233;lu. Nous voulons des franchises municipales s&#233;rieuses pour Paris, la suppression de la pr&#233;fecture de police, le droit pour la Garde nationale&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Depuis la R&#233;volution fran&#231;aise, les bataillons de gardes nationaux sont une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;i&gt;de nommer tous les officiers y compris le commandant en chef, la remise enti&#232;re des loyers &#233;chus au-dessous de 500 francs, une loi &#233;quitable sur les &#233;ch&#233;ances&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ; enfin nous demandons que l'arm&#233;e se retire &#224; vingt lieues de Paris.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre t&#233;moignage direct de la mentalit&#233; ouvri&#232;re, dans une lettre adress&#233;e &#224; sa s&#339;ur en province, D&#233;sir&#233; Lapie, menuisier insurg&#233; du 18&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissement, explique : &#171; &lt;i&gt;Nous ne voulons ni le pillage ni le vol, ni grandeurs. Voil&#224; ce que nous voulons, rien de plus : R&#233;publique une et indivisible ; s&#233;paration de l'&#201;glise et de l'&#201;tat&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ; instruction gratuite et obligatoire pour les instituteurs la&#239;ques ; suppression enti&#232;re des arm&#233;es permanentes, que tout citoyen soit soldat, mais dans son pays, c'est-&#224;-dire garde national. Suppression des sergents de ville et tout argoussin&lt;/i&gt; [sic] &lt;i&gt;ainsi que des gendarmes.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;Voil&#224; notre programme.&lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une page de l'histoire du blanquisme&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais dans un contexte r&#233;volutionnaire, la police est d'&#233;vidence un enjeu politique majeur. Le 20 mars, un des chefs du courant blanquiste, Raoul Rigault, devient d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; la S&#251;ret&#233; &#224; 25 ans seulement et prend le pouvoir de ce qui est d&#233;sormais appel&#233; &#171; l'ex-pr&#233;fecture &#187;. Dans ses m&#233;moires, intitul&#233;es &lt;i&gt;La Commune v&#233;cue,&lt;/i&gt; son secr&#233;taire Gaston Da Costa affirme que la &#171; &lt;i&gt;faute irr&#233;parable&lt;/i&gt; &#187; de Rigault a &#233;t&#233; de couler l'organisation polici&#232;re de la Commune dans le &#171; &lt;i&gt;moule malpropre&lt;/i&gt; &#187; de celle de l'Empire &#8211;, un moule qui, n&#233;anmoins, &#171; &lt;i&gt;avait l'avantage d'&#234;tre tout fait&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;&#201;crire l'histoire de la police sous la Commune revient peu ou prou &#224; &#233;crire une page de l'histoire du blanquisme &#187;, &lt;/i&gt;pr&#233;cise Maxime Jourdan. Les blanquistes semblaient avoir quelque app&#233;tence pour ces fonctions. Pour l'historien, ils &#171; &lt;i&gt;sont &#233;pris d'ordre, imbus d'autorit&#233; et de centralisme ; ils ne ren&#226;clent pas devant la coercition et sont m&#234;me adeptes de la Terreur, de la dictature d'une minorit&#233; d'avant-garde. Tous ces traits ne les pr&#233;disposent pas &#224; la suppression de la pr&#233;fecture de police ni &#224; sa &#8220;d&#233;mocratisation&#8221;. D'autant que Raoul Rigault, dont Blanqui dit qu'il &#8220;est n&#233; pr&#233;fet de police&#8221;, s'est fait une sp&#233;cialit&#233; du contre-espionnage politique ; il conna&#238;t la rue de J&#233;rusalem (si&#232;ge de la pr&#233;fecture sur l'&#238;le de la Cit&#233;) comme sa poche. Il attend son heure&#8230; Au lendemain de l'insurrection communaliste, c'est tout naturellement qu'il s'installe &#224; la pr&#233;fecture de police. Ses camarades r&#233;tablissent les 80 commissariats de Paris qu'ils s'efforcent de confier &#224; des amis de leur sensibilit&#233; politique&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, le volet s&#233;curitaire sous la Commune englobe plusieurs r&#233;alit&#233;s. Selon Maxime Jourdan, il va s'op&#233;rer &lt;i&gt;&#171; une dichotomie qui se voulait stricte &#8211; et qui fut moins nette et plus poreuse qu'envisag&#233; &#8211; entre maintien de l'ordre public (droit commun) et r&#233;pression des opposants au nouveau r&#233;gime (police politique)&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on voir s'esquisser dans la confusion l'&#233;mergence d'une &#171; police citoyenne &#187; ? Quentin Deluermoz dresse un tableau qui varie selon les quartiers : &#171; [Les postes de commissaires vacants] &lt;i&gt;sont occup&#233;s par des militants &#224; l'instigation de &#8220;l'ex-pr&#233;fecture de police&#8221; ou des municipalit&#233;s qui peuvent se trouver alors en conflit. D'autres le sont par des habitants ou des figures de confiance du quartier. Aussi y a-t-il beaucoup &#8220;d'ordres&#8221; en vigueur dans le Paris insurg&#233;. Dans le 17 &lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissement, le commissaire du quartier des &#201;pinettes applique le &#8220;bon droit&#8221; des ouvriers fond&#233; sur la n&#233;gociation et la conciliation. Celui du quartier de l'Od&#233;on&lt;/i&gt; [6&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;] &lt;i&gt;en revanche peine &#224; faire respecter les r&#232;glements par les populations de la rue&#8230; Enfin il ne faut pas oublier que les gardes nationales sont un autre acteur de l'ordre essentiel, ni que, dans cette p&#233;riode qui affirme rendre le pouvoir aux citoyens, les interventions de ces derniers sont plus nombreuses et fr&#233;quentes. Le rapport &#224; l'ordre et &#224; la loi est ainsi compl&#232;tement chamboul&#233; pendant la Commune.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Maxime Jourdan d'ajouter : &#171; &lt;i&gt;Tel commissaire va se montrer humain, voire magnanime, dans l'application des ordres ; tel autre va abuser de son autorit&#233;, multipliant les perquisitions, les brimades, les arrestations, se comportant en v&#233;ritable terreur de quartier. La t&#226;che des commissaires est d'autant plus malais&#233;e que, g&#233;n&#233;ralement, la population regimbe &#224; collaborer avec la police, f&#251;t-elle r&#233;volutionnaire. Le peuple de Paris a conserv&#233; une m&#233;fiance instinctive envers les forces de l'ordre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En outre, les communards n'ont pas &#233;t&#233; laxistes avec les d&#233;linquants et se sont voulus vertueux sur le plan des m&#339;urs. Maxime Jourdan nous explique qu'ils &#171; &lt;i&gt;vont faire preuve d'un rigorisme, d'un moralisme et d'une pudibonderie r&#233;volutionnaires&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;Ainsi s'expliquent le respect affich&#233;, proclam&#233;, assum&#233; de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e &#8211; on leur reprochera bien suffisamment, par la suite, de n'avoir pas fait main basse sur la &#8220;forteresse capitaliste&#8221; qu'&#233;tait la Banque de France &#8211;, et les d&#233;crets r&#233;primant les jeux de hasard, la mendicit&#233;, la prostitution, le vagabondage, etc.&lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Il faut rappeler qu'&#224; la fin de l'Empire, &#171; &lt;i&gt;les r&#233;volutionnaires toutes tendances confondues n'ont cess&#233; de vitup&#233;rer &#8220;la f&#234;te imp&#233;riale&#8221; &lt;/i&gt;[et] &lt;i&gt;la d&#233;cadence morale du r&#233;gime qui a transform&#233; Paris en un &#8220;vaste lupanar international&#8221;&lt;/i&gt; &#187;&#8230; Non sans une certaine hypocrisie d'ailleurs, car certains jeunes blanquistes, Rigault en t&#234;te, ont eux-m&#234;mes une r&#233;putation de noceurs et de &#171; coureurs de grisettes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une certaine mesure, il n'y a pas de discontinuit&#233; majeure en ce qui concerne les missions de s&#233;curit&#233; publique. Dans ses m&#233;moires&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#233;moires in&#233;dits du chef de la S&#251;ret&#233; sous la Commune, Paris, F&#233;lix Juven, 1900.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;, Philippe Cattelain, chef de la S&#251;ret&#233; sous la Commune qui se voit charg&#233; des affaires de droit commun, rappelle que Th&#233;ophile Ferr&#233; estimait que &#171; &lt;i&gt;les lois r&#233;volutionnaires ne seront jamais trop dures pour les voleurs de profession&lt;/i&gt; &#187;. D'ailleurs, &lt;i&gt;&#171; les observateurs louent la s&#251;ret&#233; des rues de Paris, &lt;/i&gt;rappelle Maxime Jourdan&lt;i&gt;. &#201;lie Reclus, t&#233;moin critique envers la Commune&lt;/i&gt; [qui l'a nomm&#233; directeur de la Biblioth&#232;que nationale]&lt;i&gt;, note &#224; la date du dimanche 14 mai que &#8220;jamais ville ne fut plus rang&#233;e, plus paisible &#224; l'int&#233;rieur&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Commune de Paris au jour le jour, 1908.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;&#8221; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une police politique ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cattelain, fonctionnaire atypique peu politis&#233; au c&#339;ur de la machine r&#233;pressive, souligne les contradictions du nouvel ordre r&#233;volutionnaire avec un peu d'amertume : &#171; &lt;i&gt;Il faut constater une chose, c'est que les gens au pouvoir, tout en critiquant ce qui a pu exister avant eux, finissent par trouver utile ce qu'ils ont mis tant d'acharnement &#224; d&#233;molir, et se contentent de mettre un nom d'ami &#224; la place d'un nom d'adversaire, pour continuer d'administrer avec les m&#234;mes habitudes, et souvent les m&#234;mes abus.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La possibilit&#233; d'une &#171; autre police &#187;, communale et d&#233;mocratique, se heurte &#224; la bri&#232;vet&#233; de l'&#233;v&#233;nement et au contexte de guerre civile, contamin&#233; par l'espionnite et la &#171; fi&#232;vre obsidionale &#187;. Toutefois des protestations ne manquent pas de s'&#233;lever au sein de la Commune face aux tendances dictatoriales de Rigault &#8211; quand on lui reprochait ses m&#233;thodes ill&#233;gales, il s'exclamait : &#171; &lt;i&gt;Nous ne faisons pas de la l&#233;galit&#233;, nous faisons la r&#233;volution.&lt;/i&gt; &#187; Par exemple, il pr&#233;pare, d&#232;s le lendemain de l'adoption du Comit&#233; de salut public&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 1er mai, pour faire face &#224; l'avanc&#233;e des troupes versaillaises, le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;, les mandats d'arr&#234;t destin&#233;s aux minoritaires qui avaient vot&#233; contre. Mais, dans les rangs des n&#233;o-jacobins et des blanquistes m&#234;me, on s'insurge contre cette &#171; folie &#187;. Pour contrebalancer certains effets de l'arbitraire en vigueur, le d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; la Justice Protot (un blanquiste) et des &#233;lus du Conseil communal (Arnould et Vermorel) tentent d'obtenir l'interdiction des perquisitions sans mandat, le droit de visite aux d&#233;tenus par les membres de la Commune et la lev&#233;e du secret auquel &#233;taient soumis les prisonniers jug&#233;s dangereux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, Rigault, moins aust&#232;re que sa l&#233;gende noire le laisse entendre, est d&#233;crit par Cattelain comme &#171; &lt;i&gt;un r&#233;volutionnaire ardent, quelques fois brutal, mais toujours accessible aux sentiments d'humanit&#233;&lt;/i&gt; &#187;, qui mettait un point d'honneur &#224; offrir un bon traitement &#224; ses ennemis incarc&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maxime Jourdan avance quelques circonstances att&#233;nuantes : &#171; &lt;i&gt;S'ils &#233;taient nombreux &#224; r&#233;criminer contre Rigault, force est de constater que sa t&#226;che &#233;tait si rude, si complexe, si ingrate, qu'il y avait peu de candidats &#224; sa succession &#8211; et c'est un doux euph&#233;misme.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'historien, &#171; &lt;i&gt;le probl&#232;me ne r&#233;side pas tant dans le nombre d'arrestations (entre 1 000 et 4 000, selon les sources), qui peuvent se justifier dans un &#233;tat de guerre, que dans leur nature, dans la qualit&#233; des personnes incarc&#233;r&#233;es. En la mati&#232;re, le manque de discernement fut patent : on frappait &#8220;&#224; tort et &#224; travers&#8221;, reconna&#238;t Da Costa. Cependant que les eccl&#233;siastiques et les policiers du r&#233;gime d&#233;chu polarisaient l'attention de Rigault et de Ferr&#233; et subissaient leur vindicte, des espions et des tra&#238;tres av&#233;r&#233;s s&#233;vissaient, sans qu'on les inqui&#233;t&#226;t, dans les minist&#232;res, les &#233;tats-majors et les bataillons de la Garde nationale.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on alors parler d'une tentative de mise en place d'une police politique ? Maxime Jourdan r&#233;pond par l'affirmative tout en mettant en garde vis-&#224;-vis des comparaisons anachroniques avec les r&#233;gimes totalitaires et policiers du xx&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle : &#171; &lt;i&gt;En raison de la polycratie &#224; l'&#339;uvre sous la Commune, des nombreuses autorit&#233;s rivales ou concurrentes, du caract&#232;re &#8220;anarchique&#8221; du mouvement communaliste, il me semble excessif de parler de &#8220;pouvoir policier&#8221;. Cette police politique, redoutable en th&#233;orie, il ne faut en exag&#233;rer ni la capacit&#233; ni l'importance.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Des lendemains qui saignent&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 26 mai, en pleine Semaine sanglante, on pouvait lire dans le journal r&#233;publicain mod&#233;r&#233; &lt;i&gt;Le Si&#232;cle&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;La terreur blanche succ&#232;de d&#233;j&#224; dans Paris &#224; la terreur rouge ; il n'y a l&#224; rien de surprenant.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;La police des rues pacifi&#233;es est remise depuis hier aux agents de ville, lesquels sont charg&#233;s d'arr&#234;ter les gens suspects, pourvu qu'ils n'abusent pas de ce droit, comme au temps de l'Empire !&lt;/i&gt; &#187; Vaine pr&#233;caution de journaliste : les pav&#233;s sont tout sanglants.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3590 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;84&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L499xH720/-1733-a4002.jpg?1782700103' width='499' height='720' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&#034;&#201;change de plaisanteries devant le cadavre d'un communard&#034;, tableau anonyme, 1871
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On conna&#238;t le sort de Rigault abattu sans jugement par les Versaillais le 24 mai aux abords du jardin du Luxembourg et celui de Th&#233;ophile Ferr&#233;, bravache devant la sentence du 3&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; conseil de guerre et fusill&#233; le 28 novembre. Cons&#233;quence des fusillades, des d&#233;nonciations massives (400 000 lettres de d&#233;lation), des emprisonnements, de l'exil et la proscription : &#224; l'automne 1871, l'industrie parisienne enregistre une perte de 100 000 ouvriers par rapport &#224; l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Maxime Jourdan souligne que Versailles, qui traitait les communards comme &#171; &lt;i&gt;un ramassis de voleurs et d'assassins&lt;/i&gt; &#187;, avait la volont&#233; &#171; &lt;i&gt;de d&#233;nier tout caract&#232;re politique aux actes de la Commune, en les criminalisant &#187;&lt;/i&gt;. Cela vaudra &#233;galement pour les fonctionnaires qui auront servi la Commune, m&#234;me en effectuant des t&#226;ches administratives subalternes : ils seront jug&#233;s pour usurpation de fonctions publiques. &lt;i&gt;&#171; Quant &#224; ceux qui auront montr&#233; dans l'exercice de leurs fonctions une adh&#233;sion politique au r&#233;gime nouveau, ils seront jug&#233;s par un conseil de guerre et encourront la d&#233;portation ou les travaux forc&#233;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels changements s'op&#232;rent dans l'organisation de la police au lendemain de la Commune ? La cons&#233;quence imm&#233;diate est la dissolution de la Garde nationale afin d'&#233;viter un prochain &#233;pisode de peuple en armes. &lt;i&gt;&#171; Surtout, &lt;/i&gt;observe Quentin Deluermoz, &lt;i&gt;Thiers fait passer l'effectif de la police municipale de 5 700 &#224; 6 800 agents. Cette augmentation correspond &#224; une tentative de militarisation des forces de police. Cette orientation est cependant vite abandonn&#233;e. La presse r&#233;publicaine et lib&#233;rale a vivement r&#233;agi au nom de l'id&#233;e, croissante depuis les ann&#233;es 1860, d'une police proche du public. Surtout, le Conseil municipal de Paris, situ&#233; &#224; gauche de l'&#233;chiquier politique, a men&#233; au m&#234;me moment une tentative de municipalisation. L'opposition avec la pr&#233;fecture de police dure quatre ans, de 1874 &#224; 1878. La remise en cause de l'&#233;tatisation de la police municipale parisienne ne va pas plus loin : les pr&#233;fets de police et les gouvernements refusent de se priver du contr&#244;le d'une telle force de police dans la capitale.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une pr&#233;fecture de police devenue le laboratoire du maintien de l'ordre en France et dont on conna&#238;t le r&#244;le lors de la rafle du V&#233;l'd'Hiv' et du 17 octobre 1961 &#8211; son pouvoir semble aujourd'hui intouchable.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Mathieu L&#233;onard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Quentin Deluermoz est l'auteur au Seuil du &lt;i&gt;Cr&#233;puscule des r&#233;volutions (1848-1871),&lt;/i&gt; 2012 et de &lt;i&gt;Commune(s) 1870-1871. Une travers&#233;e des mondes au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle,&lt;/i&gt; 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Maxime Jourdan a &#233;tabli l'&#233;dition de &lt;i&gt;Phil&#233;mon, Vieux de la Vieille (Roman de la Commune, de l'exil et du retour)&lt;/i&gt; de Lucien Descaves, La D&#233;couverte, 2019. Il est l'auteur des articles &#171; La police sous la Commune &#187; et &#171; Les blanquistes sous la Commune &#187; dans le dictionnaire coordonn&#233; par Michel Cordillot, &lt;i&gt;La Commune de Paris 1871 : Les Acteurs, l'&#233;v&#233;nement, les lieux,&lt;/i&gt; L'atelier, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Publi&#233;es pour la premi&#232;re fois en 2010 aux &#233;ditions Horay, sous le titre &lt;i&gt;Dictionnaire de la racaille. Manuscrit secret d'un commissaire de police parisien au XIX &lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;dit&#233;e sous le titre &lt;i&gt;Policiers dans la ville. La Construction d'un ordre public &#224; Paris (1854-1914),&lt;/i&gt; Publications de la Sorbonne, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Depuis la R&#233;volution fran&#231;aise, les bataillons de gardes nationaux sont une arm&#233;e de r&#233;serve de citoyens. La guerre contre la Prusse de 1870 a vu leurs rangs gonfler jusqu'&#224; 590 000 hommes. La F&#233;d&#233;ration de la Garde nationale parisienne a constitu&#233; le bras arm&#233; de la Commune.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;M&#233;moires in&#233;dits du chef de la S&#251;ret&#233; sous la Commune,&lt;/i&gt; Paris, F&#233;lix Juven, 1900.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Commune de Paris au jour le jour,&lt;/i&gt; 1908.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le 1&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;r&lt;/sup&gt; mai, pour faire face &#224; l'avanc&#233;e des troupes versaillaises, le Conseil de Commune vote les pleins pouvoirs &#224; un ex&#233;cutif restreint sur le mod&#232;le du Comit&#233; de salut public de 1793. Une minorit&#233;, compos&#233;e de socialistes anti-autoritaires, d&#233;plore que la Commune ait &lt;i&gt;&#171; abdiqu&#233; son pouvoir entre les mains d'une dictature&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>B&#233;ziers : La citoyennet&#233; est un sport de combat</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Beziers-La-citoyennete-est-un</link>
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		<dc:date>2015-04-06T04:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Navarro</dc:creator>


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&lt;p&gt;En 2014, Robert M&#233;nard remportait la mairie de B&#233;ziers (H&#233;rault) avec le soutien du Front National. Multipliant des arr&#234;t&#233;s municipaux tout &#224; la fois antisociaux et grotesques, l'&#233;dile s'est montr&#233; un habile provocateur. Un temps sonn&#233;, le peuple biterrois rel&#232;ve la t&#234;te. Et le poing. Mercredi 18 f&#233;vrier, 8 h du matin. Le mercure du thermom&#232;tre peine &#224; d&#233;givrer sous les 4&#176;. A gauche, min&#233;rale et d&#233;serte, la place du 14-Juillet. En ligne d'horizon, les immenses cubes de la m&#233;diath&#232;que (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no130-mars-2015" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;130 (mars 2015)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Revenu" rel="tag"&gt;Revenu&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/police" rel="tag"&gt;police&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Robert-Menard" rel="tag"&gt;Robert M&#233;nard&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Menard" rel="tag"&gt;M&#233;nard&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Julien-Revenu" rel="tag"&gt;Julien Revenu&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Revenu-9927" rel="tag"&gt;Revenu&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En 2014, Robert M&#233;nard remportait la mairie de B&#233;ziers (H&#233;rault) avec le soutien du Front National. Multipliant des arr&#234;t&#233;s municipaux tout &#224; la fois antisociaux et grotesques, l'&#233;dile s'est montr&#233; un habile provocateur. Un temps sonn&#233;, le peuple biterrois rel&#232;ve la t&#234;te. Et le poing.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1428 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH353/p04-reportage-beziers-julien-revenu-2015-1-e989c.png?1782643855' width='500' height='353' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Julien Revenu.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mercredi 18 f&#233;vrier, 8 h du matin. Le mercure du thermom&#232;tre peine &#224; d&#233;givrer sous les 4&#176;. A gauche, min&#233;rale et d&#233;serte, la place du 14-Juillet. En ligne d'horizon, les immenses cubes de la m&#233;diath&#232;que Andr&#233;-Malraux imposent leurs 8 000 m2 de surface. Au coin de la rue d'Alsace, un duo de bigotes attend dans le froid les premi&#232;res &#226;mes &#224; guider vers la lumi&#232;re de Dieu. Leur pancarte annonce : &#171; &lt;i&gt;O&#249; trouver les r&#233;ponses aux grandes questions de la vie ?&lt;/i&gt; &#187; Peut-&#234;tre sur l'affiche surplombant leurs t&#234;tes o&#249; tr&#244;ne le nouvel &#171; ami &#187; de la police municipale biterroise. Un 7.65 semi-automatique avec un &#233;cusson bleu-blanc-rouge sur la crosse. Avant de faire couler le sang, le dernier coup de pub du maire Robert &#171; Dirty Harry &#187; M&#233;nard a fait couler beaucoup d'encre. Une nouvelle fois, les journalistes sont venus radiographier cette ville de B&#233;ziers.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1429 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH750/p04-reportage-beziers-julien-revenu-2015-2b-671eb.png?1782643855' width='500' height='750' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Julien Revenu.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Couvre-feu pour les mineurs de 13&#8200;ans, arr&#234;t&#233; anti-crachats ou anti-linge aux fen&#234;tres : &#224; la t&#234;te de la ville depuis un an, Robert M&#233;nard a su d&#233;montrer qu'avant d'&#234;tre un habile gestionnaire, il &#233;tait un communicant des plus retors. Objectif de la man&#339;uvre : insuffler dans l'espace urbain le poison lent et continu d'une peur diffuse. Non pas celle du d&#233;classement social ou de la mis&#232;re mais de cette pl&#232;be bigarr&#233;e qui occupe encore le c&#339;ur de la ville. De 1975 &#224; 1999, la ville a perdu plus de 15 000 habitants. Tandis que les classes moyennes fuyaient l'intra-muros pour s'installer dans les villages p&#233;riph&#233;riques (ah ! L'irr&#233;sistible tropisme du bonheur pavillonnaire !), la m&#233;tropole montpelli&#233;raine finissait d'aspirer la jeunesse biterroise. Ceinturant la ville, les grandes zones commerciales (Villeneuve-l&#232;s-B&#233;ziers, Polygone, etc.) finissaient de terrasser le r&#233;seau des petits commerces de la cit&#233;. B&#233;ziers, ville sinistr&#233;e, la triste devise n'allait plus quitter les basques de la sous-pr&#233;fecture de l'H&#233;rault. Hormis pour le top ten des villes les plus pauvres de France, la cit&#233; biterroise restait hors course, promise &#224; la longue pente du d&#233;clin. Un sympt&#244;me ne trompait pas : les k&#233;babs fleurissaient sur les dignes all&#233;es Paul-Riquet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Romancier et homme de th&#233;&#226;tre, Gilles Moraton est aussi biblioth&#233;caire, sp&#233;cialis&#233; dans les livres anciens. On prend place dans une grande salle de lecture de la m&#233;diath&#232;que. Les portes ne sont pas encore ouvertes au public. &#171; &lt;i&gt;J'imagine que vous &#234;tes venus me voir pour la lettre ?&lt;/i&gt; &#187; L'homme h&#233;site, rappelle qu'il est soumis &#224; un devoir de r&#233;serve. Avant de se regonfler : le maire n'est pas son sup&#233;rieur puisque la m&#233;diath&#232;que d&#233;pend de la communaut&#233; d'agglo. &#171; &lt;i&gt;M&#233;nard a la m&#234;me d&#233;marche que tous les maires frontistes &#233;lus pr&#233;c&#233;demment dans les villes du Sud. Sauf qu'en plus, c'est un communicant. Tout en critiquant les m&#233;dias, il sait s'en servir.&lt;/i&gt; &#187; Gilles est calme, souriant. Dans sa t&#234;te, les digues ont saut&#233; lorsqu'il a d&#233;couvert la derni&#232;re campagne de pub de M&#233;nard. Coupler l'image d'un pistolet avec le mot &#171; ami &#187;, la provoc fut celle de trop : &#171; &lt;i&gt;J'ai fait une lettre ouverte qui part du constat qu'une arme ne peut pas &#234;tre un ami. C'est d'abord un objet destin&#233; &#224; tuer. Pour moi, c'est une apologie de la violence, un appel &#224; la haine. C'est aussi une fa&#231;on de pr&#233;parer les gens &#224; la guerre, &#224; sa guerre &#224; lui&lt;/i&gt;. &#187; La lettre a &#233;t&#233; mise en ligne le mercredi 11 f&#233;vrier, 200&#8200;partages sur Facebook en deux heures. &#171; &lt;i&gt;&#199;a m'a tr&#232;s &#233;tonn&#233;. Je ne m'y attendais pas. Le fait que j'exprime ce que beaucoup pensent a agi comme un catalyseur.&lt;/i&gt; &#187; Courte, sobre, la missive interpelle le premier &#233;lu biterrois jusque dans les recoins les plus pathog&#232;nes de sa politique : &#171; &lt;i&gt;Vous voulez choquer, vous voulez qu'on parle de vous dans les m&#233;dias nationaux, votre immense ego ne peut se satisfaire du silence et pour ce faire, vous n'h&#233;sitez pas &#224; faire appel aux instincts les plus bas, &#224; la part sombre des individus, la protection du clan contre l'ennemi. Mais l'ennemi, Robert M&#233;nard, l'ennemi est surtout dans votre t&#234;te, vous &#234;tes votre propre ennemi, et le fait que vous ayez re&#231;u le pouvoir du peuple ne vous autorise pas &#224; ramener le peuple dans la pr&#233;histoire.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Identit&#233; biterroise : de la croix occitane au k&#233;bab&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1430 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH707/p04-reportage-beziers-julien-revenu-2015-5-fe9d5.png?1782643855' width='500' height='707' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Julien Revenu.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Retour dans les rues gel&#233;es. En quelques heures, un nouveau slogan appara&#238;t sur les panneaux publicitaires : &#171; &lt;i&gt;D&#233;sormais notre ville a des milliers de nouveaux amis. 72 % des sond&#233;s par RMC et M6 ont vot&#233; pour l'affiche sur notre Police municipale !&lt;/i&gt; &#187; Il y a quelque chose de proprement orwellien &#224; voir ces injonctions politiques surgir et saturer la ville. On en oublierait presque la quarantaine de cam&#233;ras de vid&#233;osurveillance quadrillant la cit&#233;. A quelques m&#232;tres de l'&#233;glise de la Madeleine, rendez-vous est pris avec la n&#233;buleuse du contre-journal num&#233;rique &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.envieabeziers.info/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;En vie &#224; B&#233;ziers&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;. Ursula&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A sa demande, son pr&#233;nom a &#233;t&#233; chang&#233;.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; en r&#233;sume les premiers jalons : &#171; &lt;i&gt;L'id&#233;e du journal est venue d'une mobilisation spontan&#233;e, de gens issus de milieux diff&#233;rents, politiques ou associatifs. Il y a eu la volont&#233; d'entrer dans une joute verbale contre le verbe naus&#233;abond v&#233;hicul&#233; par M&#233;nard &#224; travers son bulletin municipal.&lt;/i&gt; &#187; Tir&#233; &#224; allure bimensuelle par la mairie, &lt;i&gt;Le journal de B&#233;ziers&lt;/i&gt; est un joyau de propagande m&#233;nardienne, &#171; &lt;i&gt;un truc entre Closer et le Nouveau D&#233;tective&lt;/i&gt; &#187;, selon Gilles Moraton. Le num&#233;ro du 15 f&#233;vrier titre sur la pr&#233;c&#233;dente gestion de Raymond Couderc, patron UMP de la ville de 1995 &#224; 2014. D&#233;penses incontr&#244;l&#233;es, absent&#233;isme important, dette structurellement toxique : face au bilan ruineux de son pr&#233;d&#233;cesseur, M&#233;nard promet une gestion rigoureuse. Plus loin, deux pages s'&#233;talent &#224; la gloire de la police municipale. &#171; &lt;i&gt; La nuit, dans certaines rues de B&#233;ziers, depuis des ann&#233;es, c'&#233;tait l'heure du &#8220;business&#8221;, de l'embrouille, de la baston parfois&lt;/i&gt; &#187;, commence l'article aux allures de mauvais polar. Avant de promettre qu'avec une hausse de 37 &#224; 67&#8200;agents de police, &#171; &lt;i&gt;l'affaire sera un peu moins dans le sac pour la faune nocturne&lt;/i&gt; &#187;. Sur les deux pages centrales, ce sont les filles de l'&#233;quipe de volley-ball, les &#171; B&#233;ziers Angels &#187; qui posent au sortir de la douche. Sous la machiste titraille &#171; Cool mouill&#233;es &#187;, les sportives minaudent avec leur plastique de potiche. En fin de journal, on d&#233;couvrira la prose faisand&#233;e de Laurent Obertone, essayiste r&#233;ac et auteur du pamphlet z&#233;mouro-compatible &lt;i&gt;La France Big Brother&lt;/i&gt;. Apr&#232;s Philippe de Villiers, Obertone &#233;tait le dernier invit&#233; du cycle de conf&#233;rences cyniquement appel&#233; &#171; B&#233;ziers lib&#232;re la parole &#187;. Les maux &#224; l'origine du d&#233;clinisme fran&#231;ais selon Obertone : &#171; &lt;i&gt;Le concept d'&#233;galit&#233;, la soci&#233;t&#233; de consommation, le progressisme, mai 68, l'antiracisme&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Fermez le bal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;L'autre id&#233;e en faisant En vie &#224; B&#233;ziers&lt;/i&gt;, poursuit Ursula, &lt;i&gt;c'&#233;tait de montrer la part cr&#233;ative et heureuse de vivre de la population. A part une personne, nous sommes tous amateurs. On a cette intuition que B&#233;ziers est devenue une sorte de laboratoire de l'extr&#234;me droite et, outre les billets d'humeur qui soulagent&lt;/i&gt; (rires&#8230;), &lt;i&gt;on a fait des articles de fond pour comprendre pourquoi et comment la pens&#233;e d'extr&#234;me droite progresse en France et en Europe. Ce questionnement-l&#224;, on ne le sent pas du tout au centre des pr&#233;occupations des partis politiques.&lt;/i&gt; &#187; Et David de confirmer : &#171; &lt;i&gt;Il y a une vraie atonie dans la sph&#232;re politicienne ; cela nous a pouss&#233;s, &#224; travers le journal, &#224; r&#233;fl&#233;chir ensemble &#224; comment M&#233;nard est arriv&#233; aussi facilement, qu'est-ce qui a pr&#233;par&#233; le terrain.&lt;/i&gt; &#187; A quelques pas du caf&#233; o&#249; on sirote nos boissons, se trouve le quartier Capnau, enchev&#234;trement de petites ruelles &#233;troites. Ballade &#171; typique &#187; dans une partie du vieux B&#233;ziers qui en ferait presque oublier le taux de pauvret&#233; de ses habitants. Val&#233;rie est institutrice dans le quartier. Elle explique les logements d&#233;labr&#233;s, les anciennes &#233;choppes ferm&#233;es. &#171; &lt;i&gt;Plus de 90&#8200;% de mes &#233;l&#232;ves sont issus de l'immigration, des pauvres, des Gitans. Les autres enfants sont &#224; l'&#233;cole priv&#233;e Le Pic qui est juste &#224; c&#244;t&#233;. Tous les matins, je passe &#224; pied devant cette &#233;cole et&#8230;&lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;&#8230;tu fais attention &#224; ne pas te faire &#233;craser par les 4X4 !&lt;/i&gt; &#187;, la coupe &#201;ric avec malice. Salve de rires. Val&#233;rie reprend : &#171; &lt;i&gt;Exactement&#8230; Tu as toutes ces grosses bagnoles gar&#233;es en double file avec le moteur qui tourne, les gosses qui sortent, propres sur eux. D&#232;s que je d&#233;passe l'&#233;cole priv&#233;e, j'ai l'impression que je rentre dans un nouveau monde. Physiquement. Ce sont des gens tr&#232;s, tr&#232;s pauvres, qui vivent dans des logements insalubres. Les marchands de sommeil leur louent des trucs pourris ; j'ai rencontr&#233; une maman r&#233;cemment qui loue un F1 &#224; 700 euros !&lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;Alors qu'&#224; B&#233;ziers, les loyers sont ridiculement bas !&lt;/i&gt; mart&#232;le &#201;ric. &lt;i&gt;Pour 500&#8200;euros, tu peux louer un super appart mais il faut passer par des circuits auxquels eux n'ont pas acc&#232;s, parce que pas de travail ou en situation irr&#233;guli&#232;re. Du coup, ils n'ont pas droit au parc locatif officiel et passent par des loueurs peu scrupuleux.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arpentant les rues du c&#339;ur historique, on croise un site de fouilles arch&#233;ologiques rappelant que les rives de l'Orb ont s&#233;duit les premi&#232;res colonies humaines d&#232;s l'&#232;re du n&#233;olithique. La ville romaine, Baeterrae, &#233;rig&#233;e en 52, donnera tout son essor &#224; la cit&#233;. Place Saint-Cyr, l'essor a bel et bien laiss&#233; la place &#224; l'essoreuse. &#171; &lt;i&gt;Quand je vivais dans le coin, il y avait une boucherie chevaline, une &#233;picerie, deux bars et un buraliste&lt;/i&gt;, se rem&#233;more David. &lt;i&gt;Tout a disparu. Ne reste que la boulangerie.&lt;/i&gt; &#187; La boulang&#232;re est accueillante mais pr&#233;f&#232;re passer le crachoir &#224; son mari. L'homme d&#233;boule de son atelier, avenant : &#171; &lt;i&gt;C'est pour monsieur M&#233;nard ?&lt;/i&gt; &#187; On corrige la m&#233;prise et repose la question : comment expliquer la survie de la boulangerie alors que tous les autres commerces ont ferm&#233; ? Le propri&#233;taire des lieux se lance dans une rapide introspection avant de l&#226;cher : &#171; &lt;i&gt;Vous savez, j'aime ma ville mais le commerce a chang&#233;. Je pense que la relance d'une ville doit passer par son identit&#233;. Je fais des g&#226;teaux traditionnels, des coques, des c&#339;urs-amandes. Il y a des clients qui m'&#233;crivent pour me remercier, m&#234;me des Am&#233;ricains&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Puis sur le ton de la confidence : &#171; &lt;i&gt;Vous avez vu le drapeau occitan sur la vitrine ? Si les gens le voient, ils rentrent. Sinon ils croient que c'est un k&#233;bab. Il faudrait un artisan sur la place qui fasse des croix occitanes pour attirer du monde.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La police : entre Palm Beach et le &#171; Canada &#233;quatorial &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Para&#238;t que c'est les meilleurs k&#233;babs de tout B&#233;ziers. Sur la terrasse, quelques clients attabl&#233;s profitent d'une flaque de soleil. A l'int&#233;rieur, Omar et Abdallah s'affairent derri&#232;re le comptoir. On s'installe. Les k&#233;babs ne font pas mentir leur r&#233;putation. Quelle a &#233;t&#233; leur r&#233;action quand ils ont vu les nouvelles affiches de la mairie ? Abdallah : &#171; &lt;i&gt;Chaud et froid, froid et chaud, &#224; force, on finit par &#234;tre blas&#233;s.&lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;Moi ? J'ai pris une photo !&lt;/i&gt; &#187;, lance hilare Omar. On insiste. Omar aff&#251;te sa lance de jouteur : &#171; &lt;i&gt;Tu veux des phrases longues, tu veux de la s&#233;mantique ? Les flics, c'est devenu une pub ici. C'est le T&#233;l&#233;thon. Hier soir, en rentrant du boulot en voiture, je suis rest&#233; bloqu&#233; devant une affiche qui tournait en boucle au-dessus de la Poste : Un seul num&#233;ro utile, la police.&lt;/i&gt; &#187; Omar ouvre des yeux ronds qui traduisent une certaine sid&#233;ration. &#171; &lt;i&gt;B&#233;ziers, c'est la ville des prototypes. On a eu Palm Beach avec les flics en VTT, le Canada &#233;quatorial &#8211; &#233;cris pas, &#231;a n'existe pas !&#8200;&#8211;&#8200;avec la brigade &#233;questre et maintenant on a la police arm&#233;e.&lt;/i&gt; &#187; Attendant que les rires se calment, l'homme poursuit et on ne sait plus s'il continue son one-man-show ou si de sombres pr&#233;sages sous-tendent sa parole : &#171; &lt;i&gt; Avant, je passais devant les flics avec ma capuche, maintenant je l'enl&#232;ve. On est devenus des cibles.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1431 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH707/p04-reportage-beziers-julien-revenu-2015-8-e0fb2.png?1782643855' width='500' height='707' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Julien Revenu.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Conseill&#232;re &#224; P&#244;le Emploi, Maryvonne t&#233;moigne du climat d&#233;l&#233;t&#232;re depuis l'&#233;lection de M&#233;nard. Plusieurs fois, elle a &#233;t&#233; t&#233;moin de propos racistes. La derni&#232;re fois, c'&#233;tait dans le bus : &#171; &lt;i&gt;Les &#233;trangers vous faites chier ! Vous venez juste ici pour faire des gosses !&lt;/i&gt; &#187; Auparavant, c'&#233;tait des voisins qui lan&#231;aient &#224; une poign&#233;e de gamins ayant eu la mauvaise id&#233;e de frapper le ballon sous leurs volets : &#171; &lt;i&gt;Ici les beurs, on n'en veut pas ! &lt;/i&gt; &#187; Ursula a &#233;t&#233; marqu&#233;e par un autre &#233;pisode. C'&#233;tait lors de la venue de Philippe de Villiers le 9&#8200;d&#233;cembre dernier au th&#233;&#226;tre de la ville pour la sortie de son livre &lt;i&gt;Le roman de Jeanne d'Arc&lt;/i&gt;. &#171; &lt;i&gt;Il y a eu quelques agitateurs dans la salle et de Villiers a retourn&#233; tout le th&#233;&#226;tre contre eux. Ils se sont fait huer et sortir. De Villiers a comment&#233; l'incident en l&#226;chant : &#8220;D'ailleurs si Jeanne D'Arc revenait, vous savez ce qu'elle ferait ? Elle nettoierait les banlieues.&#8221; La foule a applaudi. Un vrai climat de lynchage. Bien que la sc&#232;ne soit film&#233;e et en ligne sur Internet, je n'en ai vu aucun &#233;cho dans la presse.&lt;/i&gt; &#187; David, quant &#224; lui, se souvient d'un autre f&#226;cheux moment. C'&#233;tait au moment de No&#235;l, M&#233;nard avait fait installer une cr&#232;che religieuse dans la mairie. L'affaire avait fait grand bruit et une plainte avait &#233;t&#233; d&#233;pos&#233;e pour non-respect du principe de la&#239;cit&#233;. David &#233;tait devant la mairie lorsqu'un jeune &#233;tait arriv&#233; et avait tagu&#233; &#171; la&#239;cit&#233; &#187; sur le parvis. &#171; &lt;i&gt;Imm&#233;diatement cinq sbires de M&#233;nard ont fait irruption, tr&#232;s agressifs. J'ai essay&#233; de calmer le jeu et puis neuf policiers ont d&#233;barqu&#233; et nous ont molest&#233;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1432 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH422/p04-reportage-beziers-julien-revenu-2015-7-19ca3.png?1782643855' width='400' height='422' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Julien Revenu.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Rue de la Rotonde, on trouve les locaux de la Cimade ; une cinquantaine de migrants y sont h&#233;berg&#233;s. Des grappes d'enfants jouent dans la cour. Depuis la Seconde Guerre mondiale, le foyer a vu d&#233;filer toutes les migrations biterroises : Espagnols, Nord-Africains et maintenant pays de l'Est et Afrique subsaharienne. Venu d'Agde, G&#233;rard vient r&#233;guli&#232;rement donner des cours &#224; des minots de tous pays. La chasse aux pauvres, il l'a d&#233;j&#224; constat&#233;e : &#171; &lt;i&gt;Quand j'arrive &#224; la gare, je passe par le Jardin des Po&#232;tes. Avant les &#233;lections, c'&#233;tait un quartier populaire ; depuis quelque temps, plus rien. Tout est quadrill&#233; par les flics, les petits trafics se sont d&#233;plac&#233;s ailleurs.&lt;/i&gt; &#187; Un des messages les plus serin&#233;s par la municipalit&#233; est le nettoyage de la ville : au niveau architectural, &#231;a passe par le ravalement des fa&#231;ades, au niveau humain, par une &#233;limination des pauvres gr&#226;ce &#224; un incessant harc&#232;lement policier. David : &#171; &lt;i&gt;M&#233;nard a rattach&#233; les services de m&#233;diation de la ville &#224; la police municipale. Une nouvelle verticalit&#233; tr&#232;s fasciste dans l'&#226;me. Concernant les SDF, il a le projet de cr&#233;er une association &#224; laquelle ils seraient oblig&#233;s d'adh&#233;rer. Ainsi ils seraient fich&#233;s, renouant ainsi avec l'ancien d&#233;lit de vagabondage. Il l'a dit clairement : il n'en veut pas un seul dehors&lt;/i&gt;. &#187; Dans cette ambiance, un lieu comme la Cimade fait figure de pr&#233;cieuse enclave. R&#233;guli&#232;rement, elle ouvre ses portes pour accueillir conf&#233;rences ou d&#233;bats qui ne pourraient pas avoir lieu ailleurs. Parce que le droit des migrants, c'est aussi le droit de tous, le lieu tend &#224; s'ouvrir de plus en plus sur le quartier, la ville. &#171; &lt;i&gt;On cherche &#224; recr&#233;er du lien. On n'en est m&#234;me plus &#224; parler de solidarit&#233; mais simplement de se rencontrer. &#199;a passe par des choses simples : la bouffe, la musique, les gosses, les droits aussi&lt;/i&gt; &#187;, t&#233;moigne Daniel, un de ses permanents. Fin mars, avec d'autres associations, la Cimade compte r&#233;&#233;diter le Festival des peuples. Nouvelle ligne de mire : l'acquisition d'un immeuble associatif, lieu vu comme &#171; &lt;i&gt;convivial et participatif &lt;/i&gt; &#187;. Extrait de la plateforme : &#171; &lt;i&gt;Eh oui, on nous r&#233;p&#232;te &#224; longueur de temps que B&#233;ziers s'ennuie et se meurt jour apr&#232;s jour. Mais &#224; B&#233;ziers, loin des bourdonnements politiques et m&#233;diatiques, de nombreux habitants, associations, citoyens se bougent et font vivre cette ville.&lt;/i&gt; &#187; La nuit d'apr&#232;s, des mains anonymes proc&#233;daient &#224; de sauvages d&#233;tournements des derni&#232;res pubs flattant la police municipale. M&#234;me pas mort, le peuple biterrois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustrations de &lt;a href=&#034;http://julienrevenu.blogspot.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Julien Revenu&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1433 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L228xH236/p04-revenu-68d86.png?1782643855' width='228' height='236' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
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		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;A sa demande, son pr&#233;nom a &#233;t&#233; chang&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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