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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Avenue Ibrahim-Ali : le poing final</title>
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		<dc:creator>Enzo Serna</dc:creator>


		<dc:subject>Yohanne Lamoul&#232;re</dc:subject>
		<dc:subject>Marseille</dc:subject>
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		<dc:subject>sc&#232;ne mont&#233;e</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Vingt-six ans apr&#232;s le meurtre raciste et l&#226;che d'un jeune Marseillais de 17 ans par des colleurs d'affiches du Front national, une avenue porte enfin le nom de la victime, rappelant l'id&#233;ologie criminelle de ce parti et les complicit&#233;s dont il ne cesse de b&#233;n&#233;ficier. &#171; Le combat continue, le combat continue, le combat continue&#8230; &#187; Le micro dress&#233; au bout du poing, sur la petite sc&#232;ne mont&#233;e &#224; la h&#226;te au bord de ce qui s'appelait hier encore l'avenue des Aygalades, Soly Mba&#233; termine son (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no196-mars-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;196 (mars 2021)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Vingt-six ans apr&#232;s le meurtre raciste et l&#226;che d'un jeune Marseillais de 17 ans par des colleurs d'affiches du Front national, une avenue porte enfin le nom de la victime, rappelant l'id&#233;ologie criminelle de ce parti et les complicit&#233;s dont il ne cesse de b&#233;n&#233;ficier.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3593 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;68&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH500/-1736-2f9d4.jpg?1779606177' width='500' height='500' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Rassemblement pour Ibrahim Ali, Marseille, 2015.
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Yohanne Lamoul&#232;re
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; Le combat continue, le combat continue, le combat continue&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Le micro dress&#233; au bout du poing, sur la petite sc&#232;ne mont&#233;e &#224; la h&#226;te au bord de ce qui s'appelait hier encore l'avenue des Aygalades, Soly Mba&#233; termine son discours devant quelques centaines de personnes et un parterre d'&#233;lus. Dans ce coin des quartiers nord de Marseille, jamais ils n'avaient &#233;t&#233; aussi nombreux &#224; assister &#224; la comm&#233;moration annuelle du meurtre d'Ibrahim Ali, tomb&#233; ici m&#234;me d'une balle dans le dos le 21 f&#233;vrier 1995. Mais cette ann&#233;e, micros et cam&#233;ras sont l&#224; pour rendre compte d'une c&#233;r&#233;monie au doux parfum de victoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au premier rang, on trouve le nouveau maire de Marseille, Beno&#238;t Payan (PS), venu r&#233;parer un d&#233;ni historique en inaugurant &#171; &lt;i&gt;l'avenue Ibrahim-Ali&lt;/i&gt; &#187; et s'offrir &#224; bon compte une l&#233;gitimit&#233; dans ces quartiers oubli&#233;s par ses pr&#233;d&#233;cesseurs et parfois ex-camarades socialistes. &#171; &lt;i&gt;Ibrahim Ali est mort du racisme. Ce crime n'est pas le fruit du hasard, il est la cons&#233;quence d'une construction politique. Le racisme tue, il a tu&#233; Ibrahim Ali comme il a tu&#233; Brahim Bouarram, jet&#233; dans la Seine la m&#234;me ann&#233;e en marge d'un rassemblement du Front national&lt;/i&gt; &#187;, rappelle Payan, qui reconna&#238;t volontiers que la pose de cette plaque, promesse de campagne de son &#233;curie multipartiste, le Printemps marseillais, relevait d'une &#171; &lt;i&gt;responsabilit&#233; politique et d'un devoir moral&lt;/i&gt; &#187;. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a vingt-six ans, Soly Mba&#233; &#233;tait membre du m&#234;me groupe de rap qu'Ibrahim Ali, B.Vice. En ce dimanche ensoleill&#233; de f&#233;vrier 2021, il en appelle une nouvelle fois &#224; la vigilance face &#224; l'extr&#234;me droite qui monte, qui monte, et aux cha&#238;nes d'infos &#8211; particuli&#232;rement &#171; &lt;i&gt;T&#233;l&#233; Bollor&#233;&lt;/i&gt; &#187; (CNews) &#8211; qui l'alimentent, qui l'alimentent... &#171; &lt;i&gt;Les mots fascisme, racisme, haine, FN, RN sont toujours d'actualit&#233; et il est de notre devoir d'attirer l'attention de nos enfants sur cette r&#233;alit&#233;, de leur donner les moyens et les mots pour l'affronter. Qu'on les sorte de notre ville d&#233;finitivement, qu'ils n'aient plus voix au chapitre&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! Quand vous allumez vos t&#233;l&#233;s, il n'y a plus que &#231;a, leurs id&#233;es. Il faut qu'on se ressaisisse&lt;/i&gt; &#187;, implore ce grand fr&#232;re fatigu&#233; de se r&#233;p&#233;ter. Avant d'appeler, t&#234;te rentr&#233;e dans les &#233;paules, &#224; la mani&#232;re d'un sprinter afro-am&#233;ricain aux JO de Mexico, &#224; s'attaquer de front au s&#233;paratisme social qui mine le versant nord de la ville. Et avale en rafales ses enfants les plus pauvres. &#192; la diff&#233;rence que ce n'est pas un sprint qu'a remport&#233;, &#224; bout de souffle, &#233;puis&#233;, ce combattant de la m&#233;moire. Mais un marathon entam&#233; vingt-six ans plus t&#244;t au m&#234;me endroit...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce soir fatal du 21 f&#233;vrier 1995, les jeunes rappeurs de B.Vice rentraient d'une r&#233;p&#233;tition. Pour ne pas rater le (rare) bus qui devait les ramener &#224; leur lointaine cit&#233; de la Savine, les minots s'&#233;taient mis &#224; courir. Las, leur route allait croiser celle de trois militants du Front national, habitu&#233;s du collage d'affiches sinistres : &#171; &lt;i&gt;Avec Le Pen, trois millions d'immigr&#233;s rapatri&#233;s&lt;/i&gt; &#187;, placardaient-ils en cette p&#233;riode de campagne pr&#233;sidentielle. Sur les trois hommes, deux &#233;taient arm&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nostalgique de l'Alg&#233;rie fran&#231;aise, Robert Lagier pratiquait le tir en club. Au proc&#232;s, sa petite-fille, d&#233;crivant par le menu un grand-p&#232;re obs&#233;d&#233; par l'id&#233;ologie frontiste, racontera qu'il l'emmenait r&#233;guli&#232;rement au stand de tir pour lui apprendre &#224; viser les &#171; melons &#187; : &#171; &lt;i&gt;&#192; plusieurs reprises je lui ai demand&#233; ce qu'il entendait par &#8220;melons&#8221;, il m'a r&#233;pondu que c'&#233;taient des Arabes&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le t&#233;moignage de sa petite-fille accable le principal accus&#233; du meurtre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. &#187; Ce soir-l&#224;, le sexag&#233;naire fit cracher trois fois son pistolet, ciblant les adolescents comme on tire des lapins. Atteint dans le dos par une balle de .22 long rifle, Ibrahim Ali, fils unique d'une famille d'immigr&#233;s comoriens, ne se releva jamais. Apr&#232;s le crime, Jean-Marie Le Pen eut ces mots cyniques : &#171; &lt;i&gt;Au moins, ce malheureux incident a attir&#233; l'attention g&#233;n&#233;rale sur la pr&#233;sence &#224; Marseille de 50 000 &lt;/i&gt; &lt;i&gt;Comoriens. Que font-ils l&#224;&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette nuit-l&#224;, Marseille aurait pu br&#251;ler. &#171; &lt;i&gt;Certains &#233;taient partisans de prendre les armes et d'aller attaquer des permanences du FN. Mais le sujet a &#233;t&#233; tranch&#233; quand la famille, et particuli&#232;rement la m&#232;re d'Ibrahim, a fait dire par Soly qu'elle ne voulait pas qu'on salisse la m&#233;moire de son fils&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; 26 ans apr&#232;s son meurtre, Ibrahim Ali a enfin une avenue &#224; son nom &#187;, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#187;, se souvient un militant de l'&#233;poque. Un groupe d'antifascistes, les Francs-tireurs partisans (FTP), fit toutefois sauter des permanences du FN tenues par des complices non jug&#233;s dans les ann&#233;es suivantes &#8211; sans faire de bless&#233;s. Les plastiqueurs mang&#232;rent tout de m&#234;me plusieurs ann&#233;es de prison ferme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1998, le tueur et ses deux acolytes seront eux aussi condamn&#233;s : quinze ans pour Robert Lagier (qui mourra en d&#233;tention), dix ans pour Mario d'Ambrosio (qui avait &#233;galement fait feu ce soir-l&#224;), deux ans pour Pierre Giglio. Sur son lit de mort, Lagier continuera &#224; revendiquer son crime devant un personnel hospitalier sid&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cit&#233; &#224; compara&#238;tre, Jean-Marie Le Pen n'avait pas r&#233;pondu &#224; la convocation du tribunal : une &#171; &lt;i&gt;l&#226;chet&#233;&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;non&#231;ait l'avocat Gilbert Collard, qui n'avait pas encore vir&#233; de bord et repr&#233;sentait alors les parties civiles. Son confr&#232;re Alain Lhote se souvient encore du t&#233;moignage de Bruno M&#233;gret, &#224; l'&#233;poque n&#176; 2 du Front national, &#171; &lt;i&gt;venu aux assises saluer dans le box ceux qu'il appelait &#8220;des patriotes&#8221;&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Vingt-six ans apr&#232;s la mort d'Ibrahim Ali, Marseille &#8220;rend justice &#224; un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#187;. Dans l'attendu de son verdict, le jury d'Aix-en-Provence ne s'y trompa pas, d&#233;non&#231;ant la responsabilit&#233; morale du Front national : &#171; &lt;i&gt;Ce comportement criminel a &#233;t&#233; confort&#233; par l'id&#233;ologie s&#233;curitaire, raciste et x&#233;nophobe &#224; laquelle adh&#233;raient les accus&#233;s.&lt;/i&gt; &#187; Le parti n'abandonna d'ailleurs jamais ses trois colleurs d'affiches, les soutenant par les mots et le portefeuille avant comme apr&#232;s leur condamnation &#8211; entre autres, un grand loto de soutien fut organis&#233; en 1997 et Mario d'Ambrosio fut embauch&#233; &#224; sa sortie de prison par la mairie frontiste de Vitrolles. Pour justifier le crime, certains &#233;lus du parti parl&#232;rent m&#234;me de &#171; &lt;i&gt;l&#233;gitime d&#233;fense&lt;/i&gt; &#187;, pour un tir dans le dos &#224; plusieurs dizaines de m&#232;tres de distance&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2014, le frontiste St&#233;phane Ravier fut &#233;lu maire des 13&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; et 14&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissements de Marseille, situ&#233;s &#224; quelques encablures du lieu du crime (15&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;). Un coup dur pour les proches d'Ibrahim Ali, qui ne cess&#232;rent, chaque 21 f&#233;vrier, de se rassembler pour honorer sa m&#233;moire et demander &#224; la mairie de rebaptiser une rue &#224; son nom. Une modeste reconnaissance symbolique que l'ancien maire Jean-Claude Gaudin (LR) leur refusa cat&#233;goriquement pendant ses vingt-cinq ans de mandat, au pr&#233;texte de &#171; &lt;i&gt;ne pas diviser la ville&lt;/i&gt; &#187;. En r&#233;alit&#233; : pour caresser l'&#233;lectorat du parti frontiste, avec lequel il avait honteusement dirig&#233; la r&#233;gion dans les ann&#233;es 1980. Certes, l'&#233;quipe de Gaudin avait bien fait poser une plaque au nom du jeune rappeur en 2001, mais dans un lieu d&#233;nu&#233; de toute symbolique, et en catimini sans inauguration ni invitation &#224; la famille&#8230; Comble du m&#233;pris : sur le panneau, la date de naissance du jeune homme &#233;tait erron&#233;e (1978 au lieu de 1977)&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il aura donc fallu un changement de majorit&#233; pour que le conseil municipal de Marseille accorde enfin cette maigre consolation aux proches d'Ibrahim Ali. Les &#233;lus Rassemblement national (RN, ex-FN), le s&#233;nateur St&#233;phane Ravier en t&#234;te, ont vomi leur opposition en s&#233;ance et provoqu&#233; un incident. Comme s'ils signaient plus de deux d&#233;cennies plus tard la revendication du meurtre d'un adolescent qui avait pour seul &#171; d&#233;faut &#187; aux yeux de ses tueurs d'avoir la peau noire. &#171; &lt;i&gt;Le combat continue, le combat continue, le combat continue&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Enzo Serna&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/archives/article/1998/06/17/le-temoignage-de-sa-petite-fille-accable-le-principal-accuse-du-meurtre-d-ibrahim-ali_3670610_1819218.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le t&#233;moignage de sa petite-fille accable le principal accus&#233; du meurtre d'Ibrahim Ali&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; (17/06/1998).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.laprovence.com/article/faits-divers-justice/6271827/marseille-26-ans-apres-lavenue-des-aygalades-va-prendre-le-nom-dibrahim-ali-ce-matin.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;26 ans apr&#232;s son meurtre, Ibrahim Ali a enfin une avenue &#224; son nom&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;La Provence&lt;/i&gt; (21/02/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/02/21/vingt-six-ans-apres-la-mort-d-ibrahim-ali-marseille-rend-justice-a-un-de-ses-enfants_6070735_823448.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt; Vingt-six ans apr&#232;s la mort d'Ibrahim Ali, Marseille &#8220;rend justice &#224; un de ses enfants&#8221; &lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; (21/02/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Prahda : Pas le grand luxe</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Prahda-Pas-le-grand-luxe</link>
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		<dc:date>2018-01-11T08:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe Goby</dc:creator>


		<dc:subject>Marseille</dc:subject>
		<dc:subject>Ali</dc:subject>
		<dc:subject>demandeurs d'asile</dc:subject>
		<dc:subject>demandeurs</dc:subject>
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		<dc:subject>raconte Ali</dc:subject>
		<dc:subject>Prahda</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;diterran&#233;e direction</dc:subject>
		<dc:subject>Formule</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le 15 octobre, El Mamba, collectif de soutien aux migrants des Bouches-du-Rh&#244;ne organisait un repas au Prahda de G&#233;menos, en compagnie des migrants log&#233;s dans cet ancien h&#244;tel Formule 1. L'occasion de les rencontrer. Et de d&#233;couvrir les pi&#232;ges de ce nouveau syst&#232;me d'h&#233;bergement bancal. &#171; Je suis arriv&#233; par la Libye en 2014 en franchissant le d&#233;sert, raconte Ali, Soudanais. Puis j'ai travers&#233; la M&#233;diterran&#233;e direction l'Italie, sur un bateau beaucoup trop petit pour les 90 personnes qui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 15 octobre, El Mamba, collectif de soutien aux migrants des Bouches-du-Rh&#244;ne organisait un repas au Prahda de G&#233;menos, en compagnie des migrants log&#233;s dans cet ancien h&#244;tel Formule 1. L'occasion de les rencontrer. Et de d&#233;couvrir les pi&#232;ges de ce nouveau syst&#232;me d'h&#233;bergement bancal.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je suis arriv&#233; par la Libye en 2014 en franchissant le d&#233;sert&lt;/i&gt;, raconte Ali, Soudanais. &lt;i&gt;Puis j'ai travers&#233; la M&#233;diterran&#233;e direction l'Italie, sur un bateau beaucoup trop petit pour les 90 personnes qui avaient embarqu&#233;. Nous sommes rest&#233;s onze heures &#224; bord, nous pensions couler &#224; chaque instant.&lt;/i&gt; &#187; Le bateau de secours est finalement arriv&#233; &#224; temps, mais Ali n'a rien oubli&#233; de cet enfer. Et il craint d&#233;sormais d'&#234;tre renvoy&#233; aux Pays-Bas en vertu de la proc&#233;dure Dublin, qui assigne au pays o&#249; ils ont &#233;t&#233; pour la premi&#232;re fois enregistr&#233;s les demandeurs d'asile. Un droit complexe, changeant, et souvent interpr&#233;t&#233; en d&#233;faveur des requ&#233;rants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce jour-l&#224;, il y a aussi Osmane. Il a pris la m&#234;me route depuis le Darfour, pays ravag&#233; par la guerre depuis vingt ans. Lui vit &#224; Marseille avec un titre de s&#233;jour pour dix ans. &#192; ses c&#244;t&#233;s, Ali, qui est h&#233;berg&#233; au Prahda (Programme d'accueil et d'h&#233;bergement des demandeurs d'asile, lanc&#233; en septembre 2016) de G&#233;menos, dans les alentours
de Marseille. Il dort dans une chambre de ce Formule 1 reconverti. Dehors, on	d&#233;jeune ensemble sur invitation du Mamba.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre convive en provenance de la Corne de l'Afrique, Abdul. Lui aime la politique et se d&#233;brouille bien en fran&#231;ais. Il revient de loin : &#171; &lt;i&gt;En 2003, j'ai manifest&#233; contre l'augmentation des frais de scolarit&#233; au Soudan. J'ai &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;, mis dans une cage, frapp&#233;. &lt;/i&gt; &#187; Il est parvenu &#224; s'&#233;chapper, puis &#224; fuir le pays. Mais ne l'a pas oubli&#233;. Il explique d'ailleurs que la r&#233;gion du Darfour est riche : uranium et p&#233;trole y pullulent, mais sont exploit&#233;s par des compagnies europ&#233;ennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ali, Osmane, Abdul. Tous soudanais et ayant pris tr&#232;s jeunes la route de l'exil, souvent pouss&#233;s par leur famille. La traductrice conna&#238;t bien la question, elle explique : &#171; &lt;i&gt;Beaucoup d'entre eux sont issus de familles de petits &#233;leveurs, qui ont &#233;t&#233; expuls&#233;es de leur terre.&lt;/i&gt; &#187; C'est le cas de celle d'Abdul : &#171; &lt;i&gt;Mes parents &#233;taient &#233;leveurs de ch&#232;vres et de moutons au Darfour, mais ils vivent d&#233;sormais dans un camp. C'est pourquoi je suis parti pour Khartoum en 2003.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien loin des fantasmes d'invasion mis en avant par les d&#233;c&#233;r&#233;br&#233;s &#224; la &lt;i&gt;Valeurs actuelles&lt;/i&gt;, les exil&#233;s du Soudan fuyant la guerre se sont dispers&#233;s dans le monde entier. Les parents d'Osmane sont ainsi partis en Arabie Saoudite. D'autres ont opt&#233; pour le Ghana. L'Europe n'est pas un r&#234;ve, simplement un refuge : &#171; &lt;i&gt;On est venus en Europe en qu&#234;te de protection&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;sume l'un d'eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Formule 1 en panne s&#232;che&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le centre d'h&#233;bergement a ouvert en juillet 2017 (comme 61 autres anciens h&#244;tels achet&#233;s par l'&#201;tat). Il est excentr&#233;, situ&#233; en pleine zone industrielle, aux Paluds. Il y r&#232;gne une certaine forme de d&#233;brouille. On y bricole des v&#233;los, car il faut bien se rendre &#224; la gare pour prendre le train direction Marseille. La cuisine situ&#233;e au premier a beau &#234;tre commune, elle manque d'&#233;quipement. Comme dans un Formule 1, les portes sont toujours &#224; code. Et la moiti&#233; des chambres sont vides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lieu est g&#233;r&#233; par l'association Adoma, reine du logement pour indigents. L&#224; aussi, c'est la d&#233;brouille : il n'y a pas de personnel le week-end. Et deux &#233;ducatrices ont &#233;t&#233; licenci&#233;es r&#233;cemment pour des inclinations &#171; trop humanitaires &#187; &#8211; un comble. Au niveau national, le programme Prahda ne fait pas non plus l'unanimit&#233;. L'association Forum R&#233;fugi&#233;s &#8211; pourtant accus&#233;e elle-m&#234;me de fournir un appui &#171; low-cost &#187; aux exil&#233;s &#8211; d&#233;plore ainsi le &#171; &lt;i&gt;nivellement par le bas de l'accompagnement socio-administratif&lt;/i&gt; &#187;. &#192; G&#233;menos, Ali le r&#233;sume en disant : &#171; &lt;i&gt;Quand tu tombes malade au Prahda, il faut attendre vingt jours pour &#234;tre soign&#233;... &lt;/i&gt; &#187; Pire : tout comportement jug&#233; &#171; d&#233;viant &#187; doit &#234;tre signal&#233; en pr&#233;fecture. Une alerte souvent synonyme d'expulsion. Et les demandeurs d'asile ne peuvent s'extraire du dispositif : &#171; &lt;i&gt;Tu te mets en infraction si tu quittes le Prahda&lt;/i&gt; &#187;, explique Fabiola. Si l'endroit n'est pas une prison au sens strict, il fait par contre clairement figure d'antichambre de l'expulsion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, ne reste plus que la fraternit&#233;, p&#234;ch&#233;e l&#224; o&#249; on la trouve. Tout le sens de ce repas pr&#233;par&#233; par les r&#233;fugi&#233;s. Un jeune homme sourit : &#171; &lt;i&gt;Pour arriver au c&#339;ur de quelqu'un, il faut passer par son ventre&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les br&#232;ves du n&#176;130</title>
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		<dc:date>2015-04-07T04:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Iffik Le Guen, L'&#233;quipe de CQFD</dc:creator>


		<dc:subject>En bref</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;my Cattelain</dc:subject>
		<dc:subject>Marseille</dc:subject>
		<dc:subject>Ibrahim Ali</dc:subject>
		<dc:subject>Ali</dc:subject>
		<dc:subject>d'Ibrahim Ali</dc:subject>
		<dc:subject>quartiers Nord</dc:subject>
		<dc:subject>Gilbert Collard</dc:subject>
		<dc:subject>jeune Marseillais</dc:subject>
		<dc:subject>famille d'Ibrahim</dc:subject>
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		<dc:subject>Marseillais d'origine</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ibrahim Ali, assassin&#233; trois fois&#8230; Le 21 f&#233;vrier 1995, ce jeune Marseillais d'origine comorienne est abattu par des colleurs d'affiches du FN dans les quartiers Nord de Marseille. En 2011, l'avocat de la famille d'Ibrahim Ali, Gilbert Collard, qui avait trait&#233; Le Pen p&#232;re de &#171; l&#226;che &#187; lors du proc&#232;s des meurtriers, devient membre du comit&#233; de soutien &#224; l'&#233;lection de Le Pen fille. En 2014, le frontiste St&#233;phane Ravier, qui appelle &#224; prendre en compte le drame v&#233;cu par la famille d'Ibrahim (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Ibrahim Ali, assassin&#233; trois fois&#8230;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le 21 f&#233;vrier 1995, ce jeune Marseillais d'origine comorienne est abattu par des colleurs d'affiches du FN dans les quartiers Nord de Marseille. En 2011, l'avocat de la famille d'Ibrahim Ali, Gilbert Collard, qui avait trait&#233; Le Pen p&#232;re de &#171; &lt;i&gt;l&#226;che&lt;/i&gt; &#187; lors du proc&#232;s des meurtriers, devient membre du comit&#233; de soutien &#224; l'&#233;lection de Le Pen fille. En 2014, le frontiste St&#233;phane Ravier, qui appelle &#224; prendre en compte le drame v&#233;cu par la famille d'Ibrahim Ali comme celui v&#233;cu par les familles de &#171; &lt;i&gt;militants sinc&#232;res&lt;/i&gt; &#187; dans la m&#234;me comm&#233;moration est &#233;lu &#224; la mairie de secteur du 13e/14e. &#224; deux pas d'o&#249; est tomb&#233; le jeune Marseillais. Qui dit mieux ou pire ? A la fin du mois, Jean-Pierre Baumann, qui avait accueilli ces m&#234;mes &#171; &lt;i&gt;militants sinc&#232;res&lt;/i&gt; &#187; pour les aider &#224; b&#226;tir une fiction autour de la l&#233;gitime d&#233;fense avant qu'il ne se rende &#224; la police, sera l'arbitre de l'&#233;lection d&#233;partementale dans les Bouches-Du-Rh&#244;ne. Trajectoires particuli&#232;res ou &#233;ni&#232;mes sympt&#244;mes d'un pays qui glisse peu &#224; peu dans un climat pr&#233;-fasciste ? En tous cas, l'expression du m&#233;pris r&#233;current d'un Marseille post-colonial et/ou notabilis&#233; envers un Marseille populaire et/ou basan&#233;. Laissons la conclusion &#224; Soly M'Ba&#233;, coll&#232;gue d'Ibrahim au sein du groupe de rap B-Vice et militant infatigable pour qu'un jour une rue de Marseille porte la m&#233;moire de ce crime raciste, telle qu'il l'a laiss&#233;e s'exprimer &#224; la fin du rassemblement du 21 f&#233;vrier dernier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; [&#8230;] &lt;i&gt;20 ans qu'ils nous d&#233;bitent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;leurs serments d'hypocrites&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#224; chaque veille d'&#233;lection&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;mago opportunistes,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#231;a fait 20&#8200;ans qu'ils &#233;vitent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De prendre position&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De froisser les fascistes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'ils soient de leur camp ou de l'opposition&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De vrais &#233;quilibristes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mati&#232;re d'opinion et d'engagement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pompiers pyromanes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;aux principes &#233;lastiques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils g&#232;rent leur carri&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;en bons p&#232;res de famille&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et promettent &#224; qui veut le paradis la&#239;c&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un pays b&#233;ni o&#249; Dieu a les traits de Charlie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Honni soit celui qui du mal y pense&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ou l'offense&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout impie est mis au pilori&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ou finit sur la potence&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte contre les discriminations sociales&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et raciales&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut attendre la fin des temps&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;pour devenir une cause nationale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s tout nous sommes tous &#233;gaux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;sous le drapeau tricolore&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si certains seront toujours&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;des n&#233;gros de la naissance &#224; leur mort&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combien de d&#233;cennies faut-il encore&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour qu'enfin Ibrahim&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cesse d'&#234;tre un enfant des Comores&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour devenir un minot de la Savine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Noir et musulman :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;double peine, double crime&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la m&#232;re Patrie,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tu seras l'&#233;ternel fils ill&#233;gitime&lt;/i&gt; [&#8230;] &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Iffik Le Guen&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Choc des cultures&lt;/h3&gt;&lt;div class='spip_document_1434 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH492/actu-mossoul-e8d50.png?1779602665' width='400' height='492' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par R&#233;my Cattelain.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le faux sceptique !&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;N'en d&#233;plaise &#224; certains pourfendeurs de l'obscurantisme, c'est aujourd'hui enfoncer une porte ouverte que de critiquer l'accointance entre la recherche scientifique et les groupes industriels. Rappelons-nous de Richard Doll, cet &#233;pid&#233;miologiste britannique qui, largement r&#233;tribu&#233; par Monsanto, n'h&#233;sitait pas &#224; nier le caract&#232;re pathog&#232;ne de l'agent orange massivement balanc&#233; sur le Vietnam. Alors quand il est question de changement climatique on voit poindre ici et l&#224; toute une ribambelle de climato-sceptiques dont l'argumentaire scientifique survit difficilement &#224; la publication de leurs financements extra-universitaires. Ainsi, ce chercheur du Harvard-Smithsonian Center for Astrophysics, Wei-Hock &#171; Willie &#187; Soon, d&#233;fendait la th&#232;se que le soleil, et non l'homo-industrialis, &#233;tait la cause du r&#233;chauffement climatique jusqu'&#224; ce que ses liens financiers avec l'industrie p&#233;troli&#232;re (Exxon, Texaco, American Petroleum Institut) et charbonni&#232;re (Southern Company) soient rendus public. Scientifique renomm&#233;, ce porte-&#233;tendard du n&#233;gationnisme climatique, s'est fait griller&#8230; Qu'on ensevelisse ce faux-sceptique !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Schizo-city</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Schizo-city</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Schizo-city</guid>
		<dc:date>2013-09-16T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicolas Arraitz</dc:creator>


		<dc:subject>L.L. de Mars</dc:subject>
		<dc:subject>Marseille 2013 n'aura pas lieu</dc:subject>
		<dc:subject>d'un</dc:subject>
		<dc:subject>monde</dc:subject>
		<dc:subject>Marseille</dc:subject>
		<dc:subject>Ali</dc:subject>
		<dc:subject>rue</dc:subject>
		<dc:subject>quartiers Nord</dc:subject>
		<dc:subject>Nord</dc:subject>
		<dc:subject>ao&#251;t</dc:subject>
		<dc:subject>l'emballement policier</dc:subject>
		<dc:subject>Nomades</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le 9 ao&#251;t dernier, un peu avant minuit, un &#233;tudiant est poignard&#233; &#224; la gorge pr&#232;s de la gare Saint-Charles. Tr&#232;s vite, un suspect, Ali, est arr&#234;t&#233;, c'est un clochard, un fou. Au c&#339;ur d'un &#233;t&#233; plac&#233; sous le double signe du tourisme culturel et des r&#232;glements de comptes, La Provence titre &#171; Marseille : 4 000 malades mentaux dans la rue &#187;&#8230; Et une fois Ali innocent&#233;, on peut se demander o&#249; r&#233;side la vraie schizophr&#233;nie. Samedi 10 ao&#251;t, l'&#233;motion est d'autant plus vive que l'emballement (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no114-septembre-2013" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;114 (septembre 2013)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/L-L-de-Mars" rel="tag"&gt;L.L. de Mars&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/monde" rel="tag"&gt;monde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Marseille" rel="tag"&gt;Marseille&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/aout" rel="tag"&gt;ao&#251;t&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Nomades" rel="tag"&gt;Nomades&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 9 ao&#251;t dernier, un peu avant minuit, un &#233;tudiant est poignard&#233; &#224; la gorge pr&#232;s de la gare Saint-Charles. Tr&#232;s vite, un suspect, Ali, est arr&#234;t&#233;, c'est un clochard, un fou. Au c&#339;ur d'un &#233;t&#233; plac&#233; sous le double signe du tourisme culturel et des r&#232;glements de comptes, &lt;i&gt;La Provence&lt;/i&gt; titre &#171; Marseille : 4 000 malades mentaux dans la rue &#187;&#8230; Et une fois Ali innocent&#233;, on peut se demander o&#249; r&#233;side la vraie schizophr&#233;nie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Samedi 10 ao&#251;t, l'&#233;motion est d'autant plus vive que l'emballement policier et m&#233;diatique est &#224; son comble. Premier cafouillage : les enqu&#234;teurs parlent d'un vol de portable comme possible mobile. Le t&#233;l&#233;phone de la victime a disparu et aurait &#233;t&#233; g&#233;olocalis&#233; dans les quartiers Nord &#8211; &#171; &lt;i&gt;Encore eux !&lt;/i&gt; &#187;, hurlent les loups bien-pensants. Un badaud interrog&#233; par la t&#233;l&#233; locale s'exclame : &#171; &lt;i&gt;Tout &#231;a pour un portable&#8230; Avant, il en fallait plus pour tuer quelqu'un !&lt;/i&gt; &#187; Mais le surlendemain, alors que le jeune J&#233;r&#233;mie vient de rendre l'&#226;me, on s'apercevra que le t&#233;l&#233;phone tra&#238;nait dans un placard de sa chambre, &#224; l'h&#244;pital&#8230; Nord &#8211; un grand bravo aux techniciens de la police judiciaire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_735 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH336/p16-schizocqfd114-4f3d5.jpg?1779602824' width='400' height='336' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par L.L. de Mars
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Avant m&#234;me que les sauvages des quartiers Nord aient &#233;t&#233; d&#233;douan&#233;s, un suspect est d&#233;sign&#233;, &#171; &lt;i&gt;gr&#226;ce &#224; la vid&#233;osurveillance&lt;/i&gt; &#187;. Il s'agit d'&#171; &lt;i&gt;un homme gravement d&#233;s&#233;quilibr&#233;&lt;/i&gt; &#187;, selon le communiqu&#233; de la pr&#233;fecture. Terme que reprendront le procureur, le ministre de l'Int&#233;rieur et les journalistes. La silhouette de l'individu a &#233;t&#233; &#233;pingl&#233;e par les cam&#233;ras. On ne le voit pas tuer, seulement passer, avec sa gueule d'Arabe hirsute et son regard &#233;perdu. Ali, un paum&#233; du centre-ville, devient le coupable id&#233;al pour une enqu&#234;te qu'on veut fulgurante : il ne faut pas ternir la saison touristico-culturelle de MP-2013&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quelques jours plus tard, la mairie annon&#231;ait triomphalement 5 millions de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Moins de vingt-quatre heures apr&#232;s les faits, l'homme est appr&#233;hend&#233; dans un foyer. Le 13 ao&#251;t, &lt;i&gt;La Provence&lt;/i&gt; titre &#171; Marseille : 4000 malades mentaux dans la rue &#187;. &#171; &lt;i&gt;La ville est pleine de fous !&lt;/i&gt; &#187;, s'affole-t-on au comptoir des bars. Mais quand les cam&#233;ras s'attardent &#224; interroger ceux qui croisaient quotidiennement Ali entre la Canebi&#232;re et la gare, o&#249; il allait mendier, ils n'y croient pas : &#171; &lt;i&gt;C'est un pauvre, un pauvre de chez pauvre, pas un assassin.&lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;Pas le fou ! Il ne ferait pas de mal &#224; une mouche.&lt;/i&gt; &#187; Dans un bel exercice de d&#233;doublement journalistique, le m&#234;me num&#233;ro de &lt;i&gt;La Provence&lt;/i&gt; qui laissait entendre en une que Marseille est un asile &#224; ciel ouvert, nuance son constat en pages int&#233;rieures : 30 % des SDF souffrent de troubles psychiques, en grande partie dus &#224; la duret&#233; de leur vie dans la rue. Cependant, selon les statistiques, les schizophr&#232;nes sont six fois moins &#171; agresseurs &#187; que la population g&#233;n&#233;rale et, par contre, trente-six fois plus &#171; victimes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Marseille, l'h&#244;pital psychiatrique &#201;douard-Toulouse ne dispose que d'un psychiatre, deux psychologues et deux infirmi&#232;res pour intervenir dans la rue. M&#233;decins du Monde salarie dix personnes pour &#234;tre pr&#233;sentes sur les trottoirs. Le programme &#171; Un chez-soi d'abord &#187; prend en charge quatre-vingts personnes sur toute la ville. Pour pallier une r&#233;duction drastique des lits et des moyens disponibles dans les h&#244;pitaux, des associations sont charg&#233;es d'ouvrir des lieux d'accueil, comme celui o&#249; Ali dormait &#8211; il a depuis &#233;t&#233; intern&#233; d'office et &#171; &lt;i&gt;fait l'objet de soins sans consentement&lt;/i&gt; &#187;, selon la pr&#233;fecture. Au m&#233;pris de la pr&#233;somption d'innocence, le pr&#233;nom, le nom, les ant&#233;c&#233;dents et le d&#233;partement d'origine du suspect sont jet&#233;s en p&#226;ture au public et les sites Internet d'extr&#234;me droite s'en emparent. Le 14 ao&#251;t, le Front national appelle &#224; une manifestation &#171; contre l'ins&#233;curit&#233; et la barbarie &#187; o&#249; sont brandies des pancartes qui empestent l'appel &#224; la ratonnade : &#171; &lt;i&gt;Pas de quartier pour les racailles !&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces vagissements haineux rappellent un triste pass&#233; : il y a quarante ans, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#187; Parall&#232;lement, Patrick Menucci, d&#233;put&#233;-maire PS du 1er secteur de Marseille, d&#233;signe, dans une interview, l'adresse du foyer o&#249; Ali a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;. R&#233;sultat, le matin suivant, des graffitis recouvrent la fa&#231;ade du lieu d'accueil. &#171; &lt;i&gt;Assassins, cassez-vous !&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Melons dehors !&lt;/i&gt; &#187; Le 27 ao&#251;t, l'&#233;quipe du foyer publiera une lettre ouverte : &#171; &lt;i&gt;Nous, professionnels de l'action sanitaire et sociale, confront&#233;s au quotidien &#224; la mis&#232;re et &#224; la maladie, sommes inquiets de ces d&#233;rives.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;Ce lieu survit avec une dotation annuelle de moins de trente euros par jour et par personne et il est depuis des jours victime de violence.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une semaine apr&#232;s le meurtre, le procureur-adjoint de la R&#233;publique, Jean-Jacques Fagni, reconna&#238;t du bout des l&#232;vres que rien ne prouve la culpabilit&#233; d'Ali. En effet, la vid&#233;osurveillance n'a pas capt&#233; l'agression, et lors de son arrestation, on n'a trouv&#233; ni arme, ni trace de sang ou d'ADN, ni objet subtilis&#233; &#224; la victime. L'enqu&#234;te se poursuit, assortie d'un appel &#224; t&#233;moins. Pourtant, le mal est fait. &#171; &lt;i&gt;Ali remontait doucement la pente&lt;/i&gt;, t&#233;moigne Jean-Marc, salari&#233; des Nomades c&#233;lestes, une association de soutien mutuel pour sans-logis. &lt;i&gt;Mais l&#224;, ils l'ont d&#233;truit. Ils l'ont clou&#233; au pilori, ils ont exag&#233;r&#233; ses d&#233;lits, dont le dernier date d'il y a dix ans !&lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;Les prostitu&#233;es de la rue nous ont retir&#233; le bonjour&lt;/i&gt; &#187;, t&#233;moigne Matias, autre permanent de l'asso. Nicole&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; chang&#233;s.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, une habitu&#233;e du lieu, tente une explication : &#171; &lt;i&gt;Il faut les comprendre, elles sont fragiles elles aussi, elles ont peur. Une des leurs a &#233;t&#233; assassin&#233;e par un client il y a quelques ann&#233;es.&lt;/i&gt; &#187; De la Canebi&#232;re, &#171; &lt;i&gt;l&#224; o&#249; en faisant la manche on pouvait gagner 10 euros par jour, on ne revient plus qu'avec quelques centimes&lt;/i&gt; &#187;, se plaint Tom, un pilier des Nomades. &#171; &lt;i&gt;C'est les journaux qui ont cr&#233;&#233; la psychose. M&#234;me si Ali a &#233;t&#233; innocent&#233;, on nous prend tous pour des &#233;gorgeurs, les gens nous fuient. Les flics mettent tout le monde dans le m&#234;me sac. Hier, ils ont d&#233;chir&#233; les dessins d'un Norv&#233;gien qui gagne son pain en faisant le portrait des gens sur le port.&lt;/i&gt; &#187; D'apr&#232;s Sofiane, la police traite la maladie mentale comme une circonstance aggravante : &#171; &lt;i&gt;D&#232;s qu'ils ont su que mon copain &#233;tait suivi par un psychiatre, ils lui ont dit :&lt;/i&gt; &#8220;Aaah ! Tu es fou ? Viens avec nous, on va te soigner.&#8221; &lt;i&gt;Moi, ils n'ont pas pu m'embarquer, j'ai un certificat du toubib qui dit que mon &#233;tat est incompatible avec une garde &#224; vue. En partant, ils m'ont point&#233; du doigt,&lt;/i&gt; &#8220;Toi, on t'a &#224; l'&#339;il !&#8221;&lt;i&gt;, alors qu'on avait rien fait. &lt;/i&gt; &#187; Lucide, Karim explique le pourquoi de ce harc&#232;lement : &#171; &lt;i&gt;Ils veulent nettoyer le centre de ses pauvres, alors ils commencent par nous. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Touch&#233;s de plein fouet par ce climat d&#233;l&#233;t&#232;re, les membres de l'association Nomades c&#233;lestes pr&#233;voient une action publique pour r&#233;habiliter Ali et d&#233;noncer la stigmatisation des plus faibles. Voici un extrait de leur communiqu&#233; de presse : &#171; &lt;i&gt;Oui, mesdames et messieurs, nous sommes peut-&#234;tre, &#224; vos yeux, b&#234;tes, sales et m&#233;chants, mais ce n'est pas une raison pour nous faire assumer la responsabilit&#233; de l'ins&#233;curit&#233;. C'est pour cela que nous vous invitons &#224; une manifestation pacifique et apaisante, suivi d'un repas convivial pour prouver que notre monde et votre monde ne font qu'un.&lt;/i&gt; &#187; O&#249; se trouve la schizophr&#233;nie la plus dangereuse ? Du c&#244;t&#233; de ces &#171; malades &#187; capables de prendre la parole collectivement pour tenter de recoller les morceaux d'une ville gouvern&#233;e par la peur ? Ou du c&#244;t&#233; des d&#233;cideurs qui pr&#233;tendent associer aux festivit&#233;s de 2013 les m&#234;mes classes populaires que leur politique urbaine cherche &#224; &#233;vincer ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Quelques jours plus tard, la mairie annon&#231;ait triomphalement 5 millions de visiteurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ces vagissements haineux rappellent un triste pass&#233; : il y a quarante ans, le 25 ao&#251;t 1973, Salah Bougrine, l'esprit d&#233;rang&#233; par une agression &#224; coups de hache subie &#224; Nice, monte dans un bus. Il est venu &#224; Marseille prendre le bateau pour retourner en Alg&#233;rie. Quand le chauffeur le houspille pour qu'il paye, Bougrine l'&#233;gorge. &#171; &lt;i&gt;Le meurtre de D&#233;sir&#233;-&#201;mile Gerlache &#233;tait survenu &#224; la fin d'un &#233;t&#233; de haine&lt;/i&gt;, note l'&#233;crivain Bruce Chatwin. &lt;i&gt;Ce fut un choc pour nous de voir &#224; Marseille des citoyens ordinaires faire la grimace et d&#233;clarer qu'ils aimeraient bien tuer des Arabes.&lt;/i&gt; &#187; Gabriel Domenech, futur s&#233;nateur FN, &#233;crivait dans &lt;i&gt;Le M&#233;ridional&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Nous en avons assez. Assez des voleurs alg&#233;riens. Assez des vandales alg&#233;riens. Assez des fanfarons alg&#233;riens. Assez des syphilitiques alg&#233;riens. Assez des violeurs alg&#233;riens. Assez des maquereaux alg&#233;riens. Assez des fous alg&#233;riens. Assez des tueurs alg&#233;riens&lt;/i&gt;. &#187; Sept Maghr&#233;bins seront abattus au hasard des rues dans les semaines suivantes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; chang&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Un crime &#224; r&#233;veiller les morts</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Amin Allal</dc:creator>


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&lt;p&gt;L'assassinat de Chokri Bela&#239;d a plong&#233; la Tunisie dans une crise sans pr&#233;c&#233;dent depuis la r&#233;volution de 2011. Le Premier ministre a d&#233;missionn&#233;, mais c'est le ministre de l'Int&#233;rieur, une des cibles pr&#233;f&#233;r&#233;es de Bela&#239;d, qui a &#233;t&#233; charg&#233; de former un nouveau gouvernement&#8230; &#171; On a tu&#233; la marionnette des guignols ! &#187;, prof&#232;re un adolescent tunisien apr&#232;s l'assassinat de Chokri Bela&#239;d. La phrase, d&#233;sinvolte, peut choquer. Comme beaucoup, le jeune homme a d&#233;couvert Bela&#239;d pour la premi&#232;re fois (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'assassinat de Chokri Bela&#239;d a plong&#233; la Tunisie dans une crise sans pr&#233;c&#233;dent depuis la r&#233;volution de 2011. Le Premier ministre a d&#233;missionn&#233;, mais c'est le ministre de l'Int&#233;rieur, une des cibles pr&#233;f&#233;r&#233;es de Bela&#239;d, qui a &#233;t&#233; charg&#233; de former un nouveau gouvernement&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;On a tu&#233; la marionnette des guignols !&lt;/i&gt; &#187;, prof&#232;re un adolescent tunisien apr&#232;s l'assassinat de Chokri Bela&#239;d. La phrase, d&#233;sinvolte, peut choquer. Comme beaucoup, le jeune homme a d&#233;couvert Bela&#239;d pour la premi&#232;re fois en mars 2011 &#224; la t&#233;l&#233;vision, quelques semaines apr&#232;s la fuite du dictateur Ben Ali. Il pr&#233;cise : &#171; &lt;i&gt;Bela&#239;d, c'est comme un h&#233;ros de cin&#233;ma d'un genre nouveau, &#224; la fois dr&#244;le et grave, avant on ne connaissait pas &#231;a.&lt;/i&gt; &#187; Tel un moderne h&#233;ros de trag&#233;die, Bela&#239;d a surgi de fa&#231;on spectaculaire dans la petite lucarne. Avec la chute du r&#233;gime autoritaire et &#224; la faveur de la lib&#233;ralisation des m&#233;dias, la majorit&#233; des Tunisiens d&#233;couvre qu'on peut d&#233;sormais parler politique, s'indigner, critiquer et avoir des d&#233;bats contradictoires. Voil&#224; ce qu'incarnait Bela&#239;d pour la majorit&#233; de l'auditoire du &#171; spectacle d&#233;mocratique &#187;. Cela explique en partie l'immense &#233;motion populaire suscit&#233;e par sa mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va sans dire que Chokri &#233;tait tout sauf une marionnette. Militant et responsable syndical, &#233;tudiant dans les ann&#233;es 80, il est vite devenu l'un des leaders nationaux de la gauche radicale. Pourtant, il se distingue des autres dirigeants de gauche qui ont connu la p&#233;riode des proc&#232;s politiques de 1968 &#224; 1975 &#8211; comme Hamma Hammami, Mohamed Kilani, N&#233;jib Chebbi&#8230; Chokri &#233;tait alors trop jeune. Il commence &#224; militer lors d'une p&#233;riode o&#249; le reflux de la vague gauchiste se fait de plus en plus net face &#224; la mont&#233;e des militants de l'islam politique. Devenu chef d'un groupuscule ill&#233;gal, il s'oppose au r&#233;gime de Ben Ali. Avocat, il plaide contre le r&#233;gime r&#233;pressif, comme en 2008 lorsqu'il d&#233;fend les mobilis&#233;s du bassin minier de Gafsa en r&#233;volte. Il fait partie de cette grande famille d'avocats tunisiens engag&#233;s en politique, mais se situe dans sa frange combative. Celle qui a marqu&#233; les esprits en prenant position en toge le 14 janvier 2011 devant le portail du minist&#232;re de l'Int&#233;rieur quelques heures avant l'aller simple pr&#233;sidentiel Tunis-Djeddah.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bela&#239;d va ensuite trouver mati&#232;re &#224; contester la nouvelle donne marqu&#233;e par la domination d'Ennahdha et ses orientations &#224; la fois n&#233;olib&#233;rales et conservatrices. Ces derniers mois, il avait multipli&#233; les performances m&#233;diatiques. &#171; Bon client &#187; avec sa d&#233;gaine d&#233;bonnaire, sa moustache qui d&#233;voilait qu'il &#233;tait d'abord un nationaliste arabe et son &#171; parler vrai &#187;, Chokri n'&#233;tait pas l&#224; pour minauder. Avec sa voix gutturale, son accent rappelant &#224; la fois ses origines du Nord-Ouest paysan et son enfance dans un quartier populaire de Tunis, il d&#233;non&#231;ait la responsabilit&#233; du gouvernement dans la mis&#232;re des gens. Dossiers sous le coude et documents &#224; l'appui, il fustigeait les liens ambivalents des responsables gouvernementaux avec les turbulentes Ligues de protection de la r&#233;volution &#8211; qui op&#232;rent des interventions muscl&#233;es contre tout ce qui n'est pas islamiste &#8211;, l'abandon des r&#233;gions pauvres, les risques de d&#233;rive autoritaire et n&#233;potique&#8230; Bela&#239;d avait le sens de la formule : &#171; &lt;i&gt;On ne s'est pas d&#233;barrass&#233; d'Ali Baba&lt;/i&gt; [Ben Ali] &lt;i&gt;pour que Baba Ali&lt;/i&gt; [&#171; Papa &#187; Ali (Elarayedh, alors ministre de l'Int&#233;rieur)] &lt;i&gt;prenne sa place&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;non&#231;ait-il en imputant au ministre la responsabilit&#233; des d&#233;lits impliquant des membres de sa famille dans le Sud tunisien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que la Tunisie semblait enlis&#233;e dans les manigances de technocrates, politiciens, patrons et oligarchie syndicale, protagonistes attitr&#233;s de la &#171; transition d&#233;mocratique &#187;, l'assassinat de Chokri Bela&#239;d est un &#233;v&#232;nement perturbateur. Les souvenirs &#233;mus de l'assassinat du leader syndical Farhat Hached en 1952 ont ressurgi. Des cort&#232;ges immenses se sont mis en branle, masquant les contradictions avant-gardistes de la gauche radicale tunisienne. Les masses populaires paup&#233;ris&#233;es, dont Chokri Bela&#239;d &#233;tait l'un des brillants porte-voix, et qui peinaient &#224; se mobiliser &#224; nouveau, se sont pour un temps ressoud&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mort tragique du tribun, qui a provoqu&#233; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, semble avoir eu un effet paradoxalement salutaire. En sommeil, l'effervescence contestataire semble aujourd'hui stimul&#233;e par la vivacit&#233; de cet &#233;ternel emp&#234;cheur de &#171; d&#233;mocratiser &#187; en rond.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Tunisie, le business de l'exil</title>
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		<dc:creator>Nathaly Saint-Hilaire</dc:creator>


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&lt;p&gt;&#192; d&#233;faut de pouvoir obtenir un visa, les Tunisiens qui veulent gagner l'Europe n'ont d'autre choix que de prendre la mer, au p&#233;ril de leur vie. &#192; Zarzis, certains en profitent pour s'enrichir sur leur dos, et l'&#233;conomie locale s'en trouve d&#233;stabilis&#233;e. Reportage. D&#232;s le 27 d&#233;cembre, les habitants de Zarzis, petite ville c&#244;ti&#232;re (70 000 habitants) &#224; une cinquantaine de kilom&#232;tres de la Libye, sont descendus dans la rue pour manifester contre le r&#233;gime de Ben Ali. Le 12 janvier, deux (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; d&#233;faut de pouvoir obtenir un visa, les Tunisiens qui veulent gagner l'Europe n'ont d'autre choix que de prendre la mer, au p&#233;ril de leur vie. &#192; Zarzis, certains en profitent pour s'enrichir sur leur dos, et l'&#233;conomie locale s'en trouve d&#233;stabilis&#233;e. Reportage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_137 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;27&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH266/Dauphins89-7740a.png?1779602871' width='400' height='266' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par Nathaly Saint-Hilaire
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#232;s le 27 d&#233;cembre&lt;/strong&gt;, les habitants de Zarzis, petite ville c&#244;ti&#232;re (70 000 habitants) &#224; une cinquantaine de kilom&#232;tres de la Libye, sont descendus dans la rue pour manifester contre le r&#233;gime de Ben Ali. Le 12 janvier, deux personnes sont tu&#233;es et dix-sept bless&#233;es par les forces de l'ordre. Le lendemain, le Conseil populaire de la r&#233;volution est form&#233; et le si&#232;ge du RCD est saccag&#233;. Les deux commissariats sont &#233;galement incendi&#233;s, mais cette fois par les policiers eux-m&#234;mes afin de ne laisser aucune trace des exactions pass&#233;es. Pr&#233;c&#233;dant de peu Ben Ali et sa famille, les forces de police et de la Garde nationale s'enfuient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zarzis lib&#233;r&#233;e, profitant opportun&#233;ment de l'absence soudaine des gardes-c&#244;tes, les premiers harragas&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les candidats &#224; l'exil. Litt&#233;ralement, en arabe : &#171; Ceux qui br&#251;lent &#187;.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; partent le 17 janvier. D'apr&#232;s les estimations, entre 4 000 &#224; 6 000 Zarzissiens mettent les bouts dans les semaines suivantes. Les d&#233;parts de bateaux, parfois au nombre de cinq &#224; six par jour, ne vont pas discontinuer. Et &#224; partir du 17 f&#233;vrier, c'est une seconde vague de milliers de personnes venues cette fois de toute la Tunisie qui s'embarque &#224; Zarzis pour tenter de rejoindre l'&#238;le italienne de Lampedusa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adib, professeur d'allemand, rappelle qu'&lt;i&gt;&#171; au d&#233;but, c'&#233;tait une impulsion, mais en ce qui concerne cette deuxi&#232;me vague, il ne s'agit plus que de profit et rien d'autre. L'id&#233;e &#233;tait l&#224;, avant la r&#233;volution. Les passeurs ont profit&#233; du rel&#226;chement policier. Les d&#233;parts avaient lieu en plein jour. Toutes les transactions se faisaient sur les terrasses des caf&#233;s, dans la rue. &#187;&lt;/i&gt; Le prix de la travers&#233;e se n&#233;gociait d'abord autour de 2 000 dinars (1 008 euros), puis 1 000 lors de la deuxi&#232;me vague, pour atteindre actuellement 2 500 dinars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les p&#234;cheurs vendaient leurs bateaux quand ils ne partaient pas avec, pour ne pas se les faire voler ou pour faire rapidement fortune. Lors de la premi&#232;re vague, les harragas n&#233;gociaient directement avec les capitaines des bateaux, ensuite ce sont souvent des commer&#231;ants de la ville et des &#233;migr&#233;s de retour au pays qui ont investi dans ce nouveau business. &#192; 70 000 dinars (35 300 euros) le prix de vente moyen d'un bateau d&#233;barrass&#233; de tous ses &#233;quipements et pouvant embarquer de soixante-dix &#224; cent vingt personnes, les profits &#233;taient maximaux. Les passeurs ont &#233;galement d&#233;velopp&#233; un autre business : la location de v&#233;hicules au personnel des organisations internationales et aux journalistes afin de desservir les h&#244;tels, l'a&#233;roport de Djerba-Zarzis et les camps de r&#233;fugi&#233;s libyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trafics prennent un tel essor qu'ils en bouleversent l'&#233;conomie locale, la premi&#232;re vague d'exil engendrant une p&#233;nurie de main-d'&#339;uvre dans tous les secteurs : la p&#234;che surtout, mais aussi les caf&#233;s et le b&#226;timent. Les habitants de Zarzis sont d&#233;sempar&#233;s par ce bouleversement &#233;conomique et social. La plupart de ceux qui restent veulent construire &lt;i&gt;&#171; une nouvelle Tunisie &#187;&lt;/i&gt; et refusent toute forme de complicit&#233; avec &lt;i&gt;&#171; les riches de guerre &#187;, &#171; ces profiteurs de la r&#233;volution qui se sont enrichis avec le commerce des harragas &#187;&lt;/i&gt;, explique Ali Fellah, repr&#233;sentant de la coordination locale de l'Union des dipl&#244;m&#233;s ch&#244;meurs. La situation est toutefois complexe car ici personne ne peut ignorer ce que chacun fait et pense : &lt;i&gt;&#171; M&#234;me si je ne te connais pas, ce qui est s&#251;r c'est que je connais ton fr&#232;re, ou ton cousin, ou ton beau-fr&#232;re &#187;&lt;/i&gt;, r&#233;sume Moez, un ancien officier de l'arm&#233;e. De plus, on trouve parmi les passeurs tous les profils : ch&#244;meurs, employ&#233;s, p&#234;cheurs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car les d&#233;parts impliquent le recours &#224; de nombreuses petites mains.
Mais aujourd'hui, les passeurs ont de plus en plus de peine &#224; trouver de bons bateaux. Les meilleurs sont d&#233;j&#224; tous partis pour Lampedusa, o&#249; ils sont syst&#233;matiquement d&#233;truits. Restent les embarcations les moins s&#251;res et les naufrages, souvent mortels, se sont multipli&#233;s ces derni&#232;res semaines. Les harragas commencent aussi &#224; manquer. Le trafic d&#233;cline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Conseil populaire de la r&#233;volution interpelle fr&#233;quemment la d&#233;l&#233;gation de Zarzis et le gouvernorat de M&#233;denine, afin qu'ils mettent un terme &#224; l'ins&#233;curit&#233; g&#233;n&#233;r&#233;e par les trafics. Sans succ&#232;s. La Garde nationale maritime est bien revenue, mais reste aussi passive que l'arm&#233;e. Le 11 avril, des passeurs ont m&#234;me r&#233;cup&#233;r&#233; un bateau saisi par les gardes nationaux. Ces derniers, retranch&#233;s dans leur poste sur le port, les ont laiss&#233;s remettre le navire &#224; flot et pousser leur 4x4 dans le bassin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup pensent que les harragas constituent pour le gouvernement tunisien un atout majeur dans le cadre de ses n&#233;gociations avec l'Union europ&#233;enne afin d'obtenir de nouveaux cr&#233;dits et autres pr&#234;ts. D'o&#249; l'inaction des forces de s&#233;curit&#233;, qui serait une fa&#231;on de mettre le peuple au pied du mur : l'obliger &#224; choisir entre libert&#233; et s&#233;curit&#233;. Et en laissant partir des dizaines de milliers de harragas, l'&#201;tat tunisien se d&#233;barrasse &#224; peu de frais d'une partie de la jeunesse dont il ne sait finalement que faire.
Tous souhaitent que les politiques europ&#233;ennes de restriction en mati&#232;re de visas changent radicalement. &lt;i&gt;&#171; On est coinc&#233;s ici&lt;/i&gt;, explique Zyed, &lt;i&gt;un jeune m&#233;decin, on ne peut pas partir en Europe l&#233;galement et quand je vois des touristes fran&#231;ais me regarder de haut, j'enrage. Nous n'avons m&#234;me pas le droit de faire du tourisme. On veut juste voir quelque chose de diff&#233;rent. Faire la m&#234;me chose que vous, prendre un sac &#224; dos et partir. Vous pouvez quand m&#234;me comprendre qu'avec l'Alg&#233;rie et la Libye &#224; c&#244;t&#233;, on ait envie d'aller voir ailleurs ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;NDLR : Une fois n'est pas coutume, une version longue de ce texte est disponible sur &lt;a href=&#034;http://setrouver.wordpress.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://setrouver.wordpress.com&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les candidats &#224; l'exil. Litt&#233;ralement, en arabe : &#171; Ceux qui br&#251;lent &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; Ne pas en rester l&#224; &#187;</title>
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		<dc:creator>Gilles Lucas</dc:creator>


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&lt;p&gt;Takriz ! En dialecte tunisien, l'expression veut dire sans ambages &#171; Ras les couilles ! &#187;. Il y a plus de 600 000 visiteurs quotidiens sur cette page Facebook avec une pointe &#224; 2 millions dans la semaine qui a suivi le d&#233;part de Ben Ali. Les &#171; Libres &#187;, comme ils s'appellent, sont sur Internet, mais aussi dans la rue, les manifs et les &#233;meutes. Rencontre avec F&#339;tus, l'un des animateurs de ce r&#233;seau. CQFD : Votre slogan est &#171; Takrizo ergo sum &#187;, mais qui &#234;tes-vous ? F&#339;tus : D'un groupe (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Takriz ! En dialecte tunisien, l'expression veut dire sans ambages &#171; Ras les couilles ! &#187;. Il y a plus de 600 000 visiteurs quotidiens sur cette &lt;a href=&#034;https://www.facebook.com/takrizo&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;page Facebook&lt;/a&gt; avec une pointe &#224; 2 millions dans la semaine qui a suivi le d&#233;part de Ben Ali. Les &#171; Libres &#187;, comme ils s'appellent, sont sur Internet, mais aussi dans la rue, les manifs et les &#233;meutes. Rencontre avec F&#339;tus, l'un des animateurs de ce r&#233;seau.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : Votre slogan est &#171; Takrizo ergo sum &#187;, mais qui &#234;tes-vous ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;F&#339;tus&lt;/strong&gt; : D'un groupe de potes de quartier, &#224; Tunis, impliqu&#233;s dans diverses actions de contestation du pouvoir en 1998, on est pass&#233;s &#224; la cr&#233;ation d'un r&#233;seau en 2002 suite au d&#233;part forc&#233; de plusieurs d'entre nous. Nous sommes comme des araign&#233;es qui tissent une toile, une esp&#232;ce d'organisation anarchique de groupes de potes dans laquelle il n'y a pas beaucoup d'interdit. Takriz a imprim&#233; une gazette et beaucoup de textes qui ont &#233;t&#233; distribu&#233;s dans les caf&#233;s et les bo&#238;tes aux lettres au d&#233;but de la R&#233;volution. Nous n'&#233;tions pas les seuls. Apr&#232;s le d&#233;part de Ben Ali, les jeunes se sont empar&#233;s d'imprimantes dans les lyc&#233;es, les facs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et quelles sont vos actions aujourd'hui ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On s'attaque &#224; toute forme d'injustice. On trouve des jeunes qui se reconnaissent dans Takriz partout dans le pays. Le 25 mars, le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur a diffus&#233; un communiqu&#233; contre les r&#233;seaux qui appellent &#224; faire des sit-in, qui &lt;i&gt;&#171; incitent &#224; la violence et &#224; des &#233;meutes &#187;&lt;/i&gt;, et les menace d'arrestation. On est, &#233;videmment, directement vis&#233;s. Une de nos forces, c'est notre clandestinit&#233;. Avec &#231;a, on les baise, et &#231;a les &#233;nerve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;O&#249; en est la R&#233;volution tunisienne ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu du courage parti d'une impulsion sentimentale devant les morts et les bless&#233;s. Mais depuis le d&#233;part de Ben Ali, rien n'a &#233;t&#233; fait par rapport aux snipers, &#224; la police, &#224; ce qui s'est pass&#233; le 14 janvier. Le ministre de l'Int&#233;rieur, limog&#233; le 28 mars, a supprim&#233; la police politique, mais personne n'est pass&#233; devant les juges. Il a dissous le Rassemblement constitutionnel d&#233;mocratique [RCD, parti de Ben Ali] sans qu'il n'y ait aucune poursuite contre ces gens. C'&#233;tait du bluff.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos revendications sont celles de beaucoup de jeunes. Que ceux de la police ayant tir&#233; ou donn&#233; l'ordre de tirer soient arr&#234;t&#233;s et que l'&#201;tat reconnaisse ses crimes. Qu'il y ait un audit des grands patrons pour qu'ils expliquent d'o&#249; ils tiennent leur fortune. Que les gens du comit&#233; central du RCD, tous les hauts fonctionnaires, soient d&#233;finitivement cass&#233;s politiquement, et qu'on chope Ben Ali. Aujourd'hui, la soci&#233;t&#233; est divis&#233;e en trois parties. Le RCD et les profiteurs qui constituent la partie la plus mena&#231;ante. La partie inculte de la population qui a peur de tout et qui regrette la Tunisie d'avant. Et une troisi&#232;me partie qui est en train de bouillir, comme les jeunes et ceux &#224; l'int&#233;rieur du pays, qui sont plus d&#233;favoris&#233;s et rejettent ces op&#233;rations de manipulations par la peur. Ils se sont encore fait avoir, et ils le savent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas oublier que ce qui a fait partir Ben Ali, ce ne sont pas les marches de l'Union g&#233;n&#233;rale des travailleurs tunisiens [UGTT, syndicat unique sous Ben Ali] : ce sont tous les commissariats qui ont br&#251;l&#233;, les maisons des benalistes qui ont &#233;t&#233; d&#233;fonc&#233;es. Quand tu casses leur ordre, c'est l&#224; que les choses changent. S'il n'y a pas d'&#233;meutes, rien ne va changer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que va-t-il se passer maintenant ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La presse ne s'est pas lib&#233;r&#233;e, la t&#233;l&#233; est encore pire. Elles parlent sans arr&#234;t de la peur et du d&#233;sordre. &#192; propos de la Constituante, personne ne conna&#238;t les gens qui sont en train de pr&#233;parer le Code &#233;lectoral. L'arm&#233;e n'est pas claire. Il y a des preuves qui montrent qu'elle a prot&#233;g&#233; les snipers. Il ne faut pas oublier que le g&#233;n&#233;ral Rachid Ammar&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chef d'&#233;tat-major de l'arm&#233;e.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; avait &#233;t&#233; nomm&#233; par Ben Ali apr&#232;s l'an&#233;antissement de tout l'&#233;tat-major lors d'un accident d'h&#233;licopt&#232;re en 2002&#8230; Le gouvernement dit qu'il va donner de l'argent pour des projets de d&#233;veloppement. Mais ce n'est pas le probl&#232;me de la bouffe qui a fait la R&#233;volution. Comme on dit, &#171; on ne veut pas qu'on nous offre du poisson, on veut apprendre &#224; p&#234;cher &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu dresses un tableau tr&#232;s sombre de la situation&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est positif, c'est que dans une grande partie de la population, la peur est partie. Les conseils de protection de la R&#233;volution, ind&#233;pendants et autonomes, qui g&#232;rent des villes et des r&#233;gions risquent, h&#233;las, de ne pas durer&#8230; &#192; long terme les jeunes ne vont pas accepter la transition qui est impos&#233;e aujourd'hui. Mais cela va prendre du temps pour que les mentalit&#233;s changent. Les jeunes disent que ce sont eux qui ont fait la R&#233;volution. Qu'ils soient ignor&#233;s fait que &#231;a ne peut pas en rester l&#224;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle est la plate-forme politique de Takriz ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voulons avant tout un &#201;tat de droit avec un vote libre et transparent, avec une participation &#233;quitable de tous. La d&#233;mocratie, c'est la souverainet&#233; du peuple avec la s&#233;paration des pouvoirs. Il faudrait inventer un syst&#232;me propre &#224; la Tunisie et que tout soit reconstruit sur des bases d&#233;mocratiques. Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Chef d'&#233;tat-major de l'arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le basculement d'un monde</title>
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		<dc:creator>Gilles Lucas</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<dc:subject>quartier</dc:subject>
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		<dc:subject>Ounss</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;&#171; Le 14 janvier [jour o&#249; Ben Ali a quitt&#233; le pays], avec une amie, on est parties dans l'apr&#232;s-midi rejoindre la manifestation devant le minist&#232;re de la Terreur, raconte Ounss, une jeune Tunisienne. On &#233;tait inqui&#232;tes, mais joyeuses, avec la musique &#224; fond dans la voiture. On a travers&#233; la banlieue Est : la vie de tous les jours y suivait, apparemment, son cours. &#187; Quelques heures plus tard, les flics chargent la foule sur l'avenue Bourguiba. Panique. Ounss et son amie se r&#233;fugient, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no87-mars-2011" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;87 (mars 2011)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le 14 janvier&lt;/i&gt; [jour o&#249; Ben Ali a quitt&#233; le pays],&lt;i&gt; avec une amie, on est parties dans l'apr&#232;s-midi rejoindre la manifestation devant le minist&#232;re de la Terreur&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Petit nom du minist&#232;re de l'Int&#233;rieur.&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;,&lt;/i&gt; raconte Ounss, &lt;i&gt;une jeune Tunisienne. On &#233;tait inqui&#232;tes, mais joyeuses, avec la musique &#224; fond dans la voiture. On a travers&#233; la banlieue Est : la vie de tous les jours y suivait, apparemment, son cours. &#187;&lt;/i&gt; Quelques heures plus tard, les flics chargent la foule sur l'avenue Bourguiba. Panique. Ounss et son amie se r&#233;fugient, accompagn&#233;es d'un jeune gar&#231;on, dans un parking souterrain. Depuis leur cachette, ils entendent les tirs et les coups. Au bout de plusieurs heures, le p&#232;re du jeune homme vient les chercher et les emm&#232;ne chez lui pour y passer la nuit. Alors que la famille semble tr&#232;s religieuse, la m&#232;re, qui porte le hidjeb, l&#226;che dans la conversation :&lt;i&gt; &#171; Il ne faut surtout pas que les islamistes arrivent au pouvoir. &#187; &#171; C'est un sentiment extr&#234;mement r&#233;pandu ici &#187;&lt;/i&gt;, confirme Ounss.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au matin du 15 janvier, les deux amies d&#233;cident de regagner leur quartier, en traversant le quartier du Kram. En une nuit, le monde a bascul&#233;. Partout des voitures br&#251;l&#233;es, parfois entass&#233;es les unes sur les autres. Les postes de police, les banques et le si&#232;ge du RCD fument encore. Certains sont all&#233;s sur le port de la Goulette s'emparer des Porsche dans un garage flambant neuf, appartenant &#224; Sahker el Materi, gendre de Ben Ali, et se livrent &#224; de joyeux rod&#233;os dans les rues du quartier. Des jeunes s'&#233;changent les voitures de luxe pour un ou deux dinars, avant d'en d&#233;monter quelques pi&#232;ces et d'y mettre le feu, sous l'&#339;il ahuri de la police de la route. Les comit&#233;s de vigilance du quartier ont dress&#233; des barrages et, sous les &#233;clats de rire de la foule, se r&#233;galent &#224; arr&#234;ter les rares camions de flics pour les contr&#244;ler et les fouiller, non sans exiger que les fonctionnaires les saluent respectueusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les points de contr&#244;le &#233;tablis par les comit&#233;s de quartiers, l'habituel gibier des forces de s&#233;curit&#233; se transforme en chasseur. Eya, une jeune femme de Rad&#232;s, raconte : &lt;i&gt;&#171; J'&#233;tais sur un barrage. Un gros Toyota est arriv&#233; avec cinq types dedans. On les a arr&#234;t&#233;s. Le chauffeur a dit qu'ils travaillaient au port. On les a laiss&#233; passer tout en se disant qu'ils ne semblaient pas clairs. Ils sont revenus quelques instants plus tard. On leur a demand&#233; de sortir de la voiture. On n'avait que des couteaux et des barres de bois et de fer. Un des types a sorti une arme et s'est mis &#224; tirer. La panique a &#233;t&#233; g&#233;n&#233;rale, mais les soldats sont arriv&#233;s rapidement. Deux des types ont &#233;t&#233; abattus imm&#233;diatement. Un autre a &#233;t&#233; retrouv&#233; au matin par des habitants, cach&#233; dans un jardin&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant quelques jours, snipers, membres de la garde pr&#233;sidentielle de Ben Ali et miliciens arm&#233;s du RCD vont se r&#233;pandre dans la ville et ses faubourgs, semant le chaos et la mort. Selon Ounss, un grand nombre d'entre eux venaient du palais du dictateur, &#224; Carthage. Leur but : cr&#233;er la panique et des diversions afin d'aller lib&#233;rer Ali Seriati, leur chef arr&#234;t&#233; et emprisonn&#233;. Tirs au hasard dans les rues, depuis les toits et des voitures lanc&#233;es &#224; grande vitesse. Sept personnes sont tu&#233;es au Kram par des rafales de fusils-mitrailleurs l&#226;ch&#233;es en passant. Dans le quartier d'El Khadra, Eya montre les impacts sur les b&#226;timents et explique que des balles ont travers&#233; les murs et tu&#233; des gens chez eux&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Petit nom du minist&#232;re de l'Int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les amis de la Tunisie</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Daniel Gaillard, Jean-S&#233;bastien Mora</dc:creator>


		<dc:subject>Faux amis</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>Jacques Chirac</dc:subject>
		<dc:subject>Ali</dc:subject>
		<dc:subject>ben</dc:subject>
		<dc:subject>Tunisie</dc:subject>
		<dc:subject>Ben Ali</dc:subject>
		<dc:subject>Cyrine Ben</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;ric Raoult</dc:subject>
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		<dc:subject>c'est Jacques</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#199;a y est, Ben Ali est parti. Dans la classe politique fran&#231;aise c'est la grande r&#233;jouissance, tu penses ! Un dictateur au pouvoir depuis 23 ans&#8230; Pendant tout ce temps, les voix de nos dirigeants n'ont cess&#233; de s'&#233;lever contre ce terrible tyran. Nicolas Sarkozy, par exemple, n'a pas m&#226;ch&#233; ses mots quand, en 2008, il fut fait citoyen d'honneur de la ville de Tunis : &#171; Il m'arrive de penser que certains des observateurs sont bien s&#233;v&#232;res avec la Tunisie qui d&#233;veloppe sur tant de points de vue (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Ali" rel="tag"&gt;Ali&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/ben" rel="tag"&gt;ben&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Ben-Ali" rel="tag"&gt;Ben Ali&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Cyrine-Ben" rel="tag"&gt;Cyrine Ben&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Eric-Raoult" rel="tag"&gt;&#201;ric Raoult&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/c-est-Jacques" rel="tag"&gt;c'est Jacques&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#199;a y est, Ben Ali est parti.&lt;/strong&gt; Dans la classe politique fran&#231;aise c'est la grande r&#233;jouissance, tu penses ! Un dictateur au pouvoir depuis 23 ans&#8230; Pendant tout ce temps, les voix de nos dirigeants n'ont cess&#233; de s'&#233;lever contre ce terrible tyran. Nicolas Sarkozy, par exemple, n'a pas m&#226;ch&#233; ses mots quand, en 2008, il fut fait citoyen d'honneur de la ville de Tunis : &lt;i&gt;&#171; Il m'arrive de penser que certains des observateurs sont bien s&#233;v&#232;res avec la Tunisie qui d&#233;veloppe sur tant de points de vue l'ouverture et la tol&#233;rance. &#187;&lt;/i&gt; &#201;ric Raoult, le d&#233;put&#233;-maire UMP du Raincy (Seine-Saint-Denis), &#233;tait lui aussi intraitable. Ce membre du groupe parlementaire d'amiti&#233; France-Tunisie avait soutenu le peuple tunisien lors de la r&#233;&#233;lection de Ben Ali en 2009 :&lt;i&gt; &#171; Incontestablement, en Tunisie, beaucoup de gens aiment le pr&#233;sident. &#187; &lt;/i&gt; En 2003, c'est Jacques Chirac qui s'&#233;nervait : &lt;i&gt;&#171; Le premier des droits de l'homme, c'est manger, &#234;tre soign&#233;, recevoir une &#233;ducation et avoir un habitat. De ce point de vue, il faut bien reconna&#238;tre que la Tunisie est tr&#232;s en avance sur beaucoup de pays. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche n'&#233;tait pas en reste pour faire vivre les valeurs immortelles des droits de l'homme. Dominique Strauss-Kahn, patron PS du FMI, n'y &#233;tait pas all&#233; de main morte en novembre 2008. Devant Ben Ali himself, il s'&#233;tait f&#226;ch&#233; tout rouge : &lt;i&gt;&#171; Le jugement que le FMI porte sur la politique tunisienne est tr&#232;s positif. C'est un exemple &#224; suivre. &#187;&lt;/i&gt; Jusqu'&#224; la fin, la critique fut s&#233;v&#232;re. Le 9 janvier dernier, le Fr&#233;d&#233;ric Mitterrand de la Culture fulminait : &lt;i&gt;&#171; Dire que la Tunisie est une dictature univoque semble tout &#224; fait exag&#233;r&#233;. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allez, bien s&#251;r, depuis la chute du dictateur, ils ont tous fait amende honorable. Chacun y va de son couplet laudateur &#224; l'endroit des courageux martyrs de la r&#233;volution de jasmin, histoire se placer au mieux aupr&#232;s du nouveau gouvernement tunisien. Et &#231;a a d&#233;ja commenc&#233; ! Tenez, par exemple, Hakim El Karoui. On appr&#233;ciera le pragmatisme de ce Franco-Tunisien, directeur de la banque Rothschild, ancien conseiller technique de Jean-Pierre Raffarin et du ministre des Finances Thierry Breton. El Karoui a conseill&#233; Ben Ali lui-m&#234;me, les jours pr&#233;c&#233;dant son d&#233;part et ne cachait pas ses amiti&#233;s avec l'homme d'affaires Marouane Mabrouck, patron d'Orange-Tunisie et mari de Cyrine Ben Ali, une des filles du chef d'&#201;tat d&#233;chu. Or depuis, El Karoui cherche &#224; se d&#233;marquer de ses anciennes accointances et a assur&#233; le sauvetage m&#233;diatique de l'actuel Premier ministre Ghannouchi. Tout laisse &#224; penser qu'il est &#224; l'origine de la nomination au gouvernement de transition nationale de trois loups franco-tunisiens de la finance. Surnomm&#233; &#171; l'ambassadeur bis &#187;, Hosni Djemmali a lui aussi tr&#232;s vite fait oublier sa coupable proximit&#233; avec la dictature. Ex-journaliste, Djemmali contr&#244;le tout un pan de l'h&#244;tellerie de luxe et demeure un intime de la famille Debr&#233; et de Guillaume Sarkozy. On peut donc se r&#233;jouir d'avance : les suites pr&#233;sidentielles seront pr&#234;tes pour accueillir tous les &#171; nouveaux &#187; amis du peuple tunisien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Offrez des fleurs !</title>
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		<dc:creator>Gilles Lucas</dc:creator>


		<dc:subject>JMB</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<dc:subject>Ali</dc:subject>
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		<dc:subject>Kasserine</dc:subject>

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&lt;p&gt;Alors que le monde arabe tremble sur ses bases et que les chancelleries occidentales apparaissent de plus en plus &#224; la ramasse, CQFD revient sur l'&#233;picentre de la contestation &#224; travers certains aspects singuliers de l'exp&#233;rience tunisienne. Soul&#232;vement ? Insurrection ? &#171; C'est une r&#233;volution ! &#187;, affirment d'une m&#234;me voix les Tunisiens contact&#233;s au t&#233;l&#233;phone par-del&#224; la M&#233;diterran&#233;e et ceux rencontr&#233;s &#224; Marseille. R&#233;volution de jasmin ? Les m&#233;dias occidentaux se sont ru&#233;s pour trouver un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Alors que le monde arabe tremble sur ses bases et que les chancelleries occidentales apparaissent de plus en plus &#224; la ramasse, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; revient sur l'&#233;picentre de la contestation &#224; travers certains aspects singuliers de l'exp&#233;rience tunisienne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_78 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;9&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH477/86_tunisie-692bf.png?1779603803' width='400' height='477' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par JMB
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&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Soul&#232;vement ? Insurrection &lt;/strong&gt; ? &lt;i&gt;&#171; C'est une r&#233;volution ! &#187;&lt;/i&gt;, affirment d'une m&#234;me voix les Tunisiens contact&#233;s au t&#233;l&#233;phone par-del&#224; la M&#233;diterran&#233;e et ceux rencontr&#233;s &#224; Marseille. R&#233;volution de jasmin ? Les m&#233;dias occidentaux se sont ru&#233;s pour trouver un nom &#224; ce renversement de situation en Tunisie, avec cet esprit de labellisation d'un &#233;v&#233;nement en vue d'en commercialiser les produits d&#233;riv&#233;s, depuis le tee-shirt jusqu'au porte-cl&#233;s. Certains y voient la main occulte des services am&#233;ricains, impr&#233;sarios de fausses r&#233;volutions, pendant que d'autres, comme Alex, de Tunis, reconnaissent dans l'&#233;toile rouge le logo de la Heineken&#8230; Qu'importent ces palabres entre pro et anti-conspirateurs. Kamel, pr&#233;sident de l'association Jasmin (!) cr&#233;&#233;e &#224; Marseille quelques jours avant l'&#233;vaporation de Ben Ali, s'en amuse :&lt;i&gt; &#171; Puisqu'ils parlent d'une fleur, que ses effluves se r&#233;pandent partout&#8230; en Egypte aujourd'hui, et aussi au Soudan, au Y&#233;men, en Jordanie, en Alg&#233;rie, au Maroc&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Je ne m'occupais pas du tout de politique,&lt;/i&gt; dit Ounss, tunisoise. &lt;i&gt;Nous, les Tunisiens, on se ha&#239;ssait nous-m&#234;mes. On se m&#233;prisait. On avait un mal de vivre terrible. On &#233;tait frustr&#233;s et agressifs. &#187;&lt;/i&gt; Elle poursuit :&lt;i&gt; &#171; Chacun disait de l'autre que c'&#233;tait un con, une b&#234;te, qu'il n'&#233;tait pas civilis&#233;&#8230; &#187;&lt;/i&gt; Et sa voix s'&#233;claire : &lt;i&gt;&#171; Et tout &#224; coup, j'ai d&#233;couvert, on a d&#233;couvert un peuple qu'on ne connaissait pas. C'est incroyable ! Pendant tout le mois de d&#233;cembre, nous n'&#233;tions pas vraiment au courant de ce qui se passait dans le Sud. Et moi, c'est vers l'Alg&#233;rie que je regardais en pensant que c'&#233;tait l&#224;-bas qu'il allait se passer quelque chose. &#187;&lt;/i&gt; Dans les premiers jours de janvier, la nouvelle circule qu'&#224; Kasserine plusieurs dizaines de personnes ont &#233;t&#233; abattues par la police. &lt;i&gt;&#171; Ce &#8220;bloody Sunday&#8221; a &#233;t&#233; un point de non-retour. C'est comme si la peur nous avait quitt&#233;s, nous les Tunisiens, qui sommes depuis longtemps regard&#233;s dans le Maghreb comme des l&#226;ches et des peureux. On s'est mis &#224; parler. Facebook et Twitter ont fonctionn&#233; &#224; fond. Le soir o&#249; Ben Ali a fait son discours &#224; la t&#233;l&#233;, et alors que les rues &#233;taient sillonn&#233;es par ses hommes qui klaxonnaient pour faire croire &#224; des r&#233;jouissances populaires, un mot d'ordre a circul&#233;, paraphrasant les paroles du dictateur : nous aussi, on vous a compris ! Et on l'a montr&#233;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le peuple tunisien s'est battu et continue &#224; se battre contre le r&#233;gime. Il n'y a pas d'id&#233;es pour le futur &#187;,&lt;/i&gt; constate, sans critique ni amertume, Kamel. Une des particularit&#233;s de cette r&#233;volution est de n'&#234;tre port&#233;e par aucun de ces projets de renversement politique et social qui ont couru et courent encore la plan&#232;te depuis plus d'un si&#232;cle. &lt;i&gt;&#171; Le programme des r&#233;volutionnaires est simple : davantage de libert&#233;, et application des droits de l'homme. Il faut en finir avec cette &#233;poque o&#249; les gens &#233;taient arr&#234;t&#233;s, tortur&#233;s ou disparaissaient &#187;&lt;/i&gt;, dit Ounss. &#192; la question de savoir si une des aspirations est de voir se mettre en place un r&#233;gime parlementaire de type occidental, Kamel r&#233;pond : &lt;i&gt;&#171; C'est &#233;videmment au peuple de d&#233;cider&#8230; Mais l'essentiel doit &#234;tre que chaque citoyen contr&#244;le les rouages de la soci&#233;t&#233;&#8230; &#187;&lt;/i&gt; Mouvement sans leader : &lt;i&gt;&#171; On dit ici que, depuis des ann&#233;es, il y avait dix millions de s&#233;lectionneurs de foot et que, maintenant, il y a dix millions de Premiers ministres&#8230; &#187;&lt;/i&gt;, plaisante Alex. Tout semble &#224; r&#233;inventer alors que les partis politiques toujours en place, ceux de retour d'exil et certains groupes d'int&#233;r&#234;ts cherchent &#224; d&#233;poss&#233;der les insurg&#233;s de leurs initiatives et de leurs victoires. Et Ounss d'ajouter : &lt;i&gt;&#171; Il y a ici des mesures qu'il n'y a pas dans les autres pays arabes. L'avortement est l&#233;gal depuis 1973, la contraception est autoris&#233;e. La polygamie est abolie. Il y a la S&#233;curit&#233; sociale ainsi que l'enseignement g&#233;n&#233;ralis&#233; et gratuit&#8230; Je pr&#233;cise cela pour dire que la r&#233;volution n'est pas le r&#233;sultat de la seule col&#232;re contre la pauvret&#233;. Que cette r&#233;volution ait lieu dans un des pays les moins pauvres est important. Ce n'est pas la mis&#232;re qui a fait agir les Tunisiens : c'est l'absence de dignit&#233;&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;volution ! Le mot est donc sur toutes les l&#232;vres et applaudi par tous. Et puisque l'expression sous-tend un mouvement autre que le seul renouvellement physique des &#233;lites sociales, ceux qui se sont battus dans les rues se trouvent &#233;videmment confront&#233;s &#224; diverses forces cherchant &#224; sauver ou &#224; favoriser leurs int&#233;r&#234;ts priv&#233;s. Hager, participante marseillaise de l'association Jasmin, l'affirme :&lt;i&gt; &#171; On a tu&#233; la t&#234;te, mais on n'a pas tu&#233; la b&#234;te. &#187;&lt;/i&gt; Tr&#232;s vite le sommaire et efficace &lt;i&gt;&#171; Ben Ali d&#233;gage &#187;&lt;/i&gt; se transforme en un &lt;i&gt;&#171; RCD d&#233;gage &#187;&lt;/i&gt;, autrement inqui&#233;tant pour l'&#201;tat et ses affid&#233;s. &#192; Sfax, Kasserine, Sidi Bouzid, Bouzeyen, Mazzouna, manifestants et gr&#233;vistes exigent l'&#233;viction des politiciens et des dirigeants de soci&#233;t&#233;s proches du RCD&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rassemblement constitutionnel d&#233;mocratique, parti de Ben Ali.&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. La gr&#232;ve dure deux semaines dans l'usine Coca-Cola. &lt;i&gt;&#171; Le directeur est un grand voleur. Il doit partir &#187;&lt;/i&gt;, dit Sofiane, qui compte un membre de sa famille parmi les salari&#233;s de la bo&#238;te. Rassembl&#233;s devant les locaux de la Soci&#233;t&#233; tunisienne de Transport urbain, le 3 f&#233;vrier, les salari&#233;s d&#233;clinent le verbe &#171; d&#233;gager &#187; &#224; l'intention du syndicat en affirmant que &lt;i&gt;&#171; nous sommes tous victimes des syndicalistes qui ne font que d&#233;fendre les patrons et les sup&#233;rieurs &#187;&lt;/i&gt;. Les occupations de chantiers, mines, bureaux et usines se multiplient pour exiger l'application de toute une s&#233;rie de mesures salariales et sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, comme toujours, tout en affichant son soutien, la contre-r&#233;volution s'organise. Fin janvier, face aux marcheurs de Sidi Bouzid, Kasserine et Gafsa, venus r&#233;clamer la purge totale des benalistes, des Tunisois protestent en faveur d'un rapide retour au calme. La pol&#233;mique enfle entre ceux qui veulent que &lt;i&gt;&#171; ces ploucs venus du Sud retournent chez eux &#187;&lt;/i&gt; et d'autres qui rappellent qu'ils ont &#233;t&#233; les initiateurs de la r&#233;volution. Le 31 janvier, des groupes arm&#233;s de couteaux et de b&#226;tons incendient des b&#226;timents et harc&#232;lent la population de Kasserine : quelques jeunes bloqu&#233;s par des habitants auraient affirm&#233; avoir &#233;t&#233; pay&#233;s par le RCD. &#192; Tunis, le m&#234;me jour, un rassemblement de jeunes, sur l'avenue Bourguiba, est attaqu&#233; par les forces de l'ordre. Le lendemain, une manifestation de femmes est violemment dispers&#233;e au centre-ville. &lt;i&gt;&#171; Il y avait des groupes en civil qui frappaient tout le monde au milieu des flics qui, eux, d&#233;ambulaient tranquillement &#187;&lt;/i&gt;, raconte Ounss. Dans la journ&#233;e, les rencontres entre les repr&#233;sentants des forces de l'ordre &#8211; police, personnels p&#233;nitentiaires, douanes, arm&#233;es &#8211; et leurs minist&#232;res respectifs du GUN &#8211; acronyme de Gouvernement d'unit&#233; nationale &#8211; avaient abouti &#224; un rel&#232;vement des salaires et des primes&lt;i&gt; &#171; afin de les motiver &#224; faire davantage preuve d'abn&#233;gation et de discipline au service de la patrie et du citoyen &#187;&lt;/i&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moindre fait divers devient l'objet de rumeurs inqui&#233;tantes, r&#233;pandant la &#171; Grande Peur &#187;&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans les jours suivants les &#233;v&#232;nements parisiens de juillet 1789, des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; au b&#233;n&#233;fice de l'arm&#233;e. La fugue d'un &#233;tudiant devient un enl&#232;vement. L'information concernant l'incendie d'une synagogue est d&#233;mentie le lendemain. Un supermarch&#233; du centre-ville aurait &#233;t&#233; attaqu&#233; par des hommes arm&#233;s. Alex raconte : &lt;i&gt;&#171; Il y a eu une rumeur d'agression d'&#233;l&#232;ves dans un lyc&#233;e proche. Certains se sont r&#233;fugi&#233;s pr&#233;cipitamment dans le centre commercial. &#192; la vue de cette soudaine affluence, le personnel et des clients ont paniqu&#233; et le magasin a imm&#233;diatement ferm&#233;. &#187;&lt;/i&gt;&#8230; Et dans cette confusion, d&#233;veloppant suspicion et isolement, difficile de distinguer les ultimes op&#233;rations des benalistes et les r&#233;actions de la population contre les pouvoirs toujours en place&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 4 f&#233;vrier, des incidents &#233;clatent &#224; Sidi Bouzid apr&#232;s la mort de deux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les jours suivant le d&#233;part de Ben Ali, des comit&#233;s de vigilance compos&#233;s de commer&#231;ants, d'habitants et de voisins avaient pris le contr&#244;le des quartiers afin de d&#233;busquer des miliciens benalistes et les livrer &#224; l'arm&#233;e. L'&#233;bauche d'une autre organisation sociale ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Rassemblement constitutionnel d&#233;mocratique, parti de Ben Ali.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Dans les jours suivants les &#233;v&#232;nements parisiens de juillet 1789, des rumeurs de complots aristocratiques se r&#233;pandent dans les campagnes. On annonce ici l'arriv&#233;e imminente de bandes de brigands et l&#224; de troupes anglaises qui, toutes, vont br&#251;ler les r&#233;coltes. Les paysans s'arment et se rassemblent. Face &#224; l'absence d'ennemi, ils se tournent vers les ch&#226;teaux du seigneur et br&#251;lent les titres qui &#233;tablissaient leur domination &#233;conomique. Pour mettre fin &#224; cette r&#233;volte, l'Assembl&#233;e nationale abolit le 4 ao&#251;t, les privil&#232;ges, les droits f&#233;odaux, la v&#233;nalit&#233; des offices et les in&#233;galit&#233;s fiscales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le 4 f&#233;vrier, des incidents &#233;clatent &#224; Sidi Bouzid apr&#232;s la mort de deux personnes retenues dans un commissariat. Le 6, les forces de l'ordre ouvrent le feu sur une manifestation r&#233;clamant le d&#233;part du chef local de la police de Kef, ville de l'Ouest tunisien. Deux personnes sont tu&#233;es&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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