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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; Se r&#233;approprier le terme de &#8220;libert&#233;&#8221; &#187;</title>
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		<dc:date>2021-12-23T14:04:50Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Momo Br&#252;cke</dc:creator>


		<dc:subject>Ma&#239;da Chavak</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Des murs de nos rues aux affiches &#233;lectorales, nombre de slogans rythm&#233;s par l'id&#233;e de libert&#233; ont fleuri ces derniers temps. Mais entre Bakounine, Tocqueville et les fascistes, le terme se pr&#234;te &#224; tous les usages. Il nous a donc sembl&#233; important de faire le point. C'est chose faite avec Aur&#233;lien Berlan, philosophe-jardinier, qui vient de publier Terre et libert&#233; aux &#233;ditions La Lenteur. Un bouquin qui invite &#224; repenser le concept de libert&#233; contre le fantasme de d&#233;livrance mat&#233;rielle et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no204-decembre-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;204 (d&#233;cembre 2021)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Maida-Chavak" rel="tag"&gt;Ma&#239;da Chavak&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Des murs de nos rues aux affiches &#233;lectorales, nombre de slogans rythm&#233;s par l'id&#233;e de libert&#233; ont fleuri ces derniers temps. Mais entre Bakounine, Tocqueville et les fascistes, le terme se pr&#234;te &#224; tous les usages. Il nous a donc sembl&#233; important de faire le point. C'est chose faite avec Aur&#233;lien Berlan, philosophe-jardinier, qui vient de publier &lt;i&gt;Terre et libert&#233;&lt;/i&gt; aux &#233;ditions La Lenteur. Un bouquin qui invite &#224; repenser le concept de libert&#233; contre le fantasme de d&#233;livrance mat&#233;rielle et politique, qui nous a conduits droit dans l'impasse sociale et &#233;cologique actuelle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4189 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;30&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200terreetliberta_c__resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH314/1200terreetliberta_c__resultat-250f2.jpg?1768860549' width='500' height='314' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Ma&#239;da Chavak
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 2013, le lanceur d'alerte Edward Snowden levait le voile sur l'existence d'une vaste entreprise de surveillance men&#233;e par les services de renseignements am&#233;ricains. La libert&#233;, telle qu'elle avait &#233;t&#233; con&#231;ue par les lib&#233;raux, est r&#233;volue &#8211; aspir&#233;e par les pipelines de la &#171; r&#233;volution num&#233;rique &#187;. Quel est donc, pour ceux et celles qui se sentent encore libres, le r&#233;gime de libert&#233; actuel ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand on se penche sur la pens&#233;e lib&#233;rale, cens&#233;e avoir triomph&#233; depuis l'effondrement de l'URSS, on voit que ce qu'elle entendait par libert&#233; n'&#233;tait pas la d&#233;mocratie, m&#234;me pas &#8220;repr&#233;sentative&#8221; (qui ne repr&#233;sente, on le sait, que les int&#233;r&#234;ts d'une mince oligarchie). Mais plut&#244;t l'inviolabilit&#233; de la sph&#232;re priv&#233;e, entendue comme un espace dans lequel ni l'&#201;tat ni la soci&#233;t&#233; ne sont cens&#233;s intervenir. Depuis le XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, cet espace s'est toutefois r&#233;duit comme peau de chagrin, pour se limiter aux relations personnelles et &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Avec la surveillance de masse, rendue possible par les outils num&#233;riques, le principe de l'inviolabilit&#233; de la sph&#232;re priv&#233;e est litt&#233;ralement balay&#233; : les grandes organisations, publiques ou priv&#233;es, peuvent p&#233;n&#233;trer incognito dans les aspects les plus &#8220;priv&#233;s&#8221; de nos vies afin d'influencer nos comportements. On peut donc se demander si la &#8220;critique du lib&#233;ralisme&#8221; ne rate pas une donn&#233;e nouvelle et essentielle : le pi&#233;tinement des principes du lib&#233;ralisme est au c&#339;ur m&#234;me du monde pr&#233;tendument lib&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce paradoxe m'a pouss&#233; &#224; r&#233;fl&#233;chir au sens de la libert&#233; &#224; notre &#233;poque. Peu &#224; peu, j'en suis venu &#224; l'id&#233;e que nous avions abandonn&#233; la conception moderne et lib&#233;rale de la libert&#233; au profit de ce que j'appelle la &#8220;d&#233;livrance&#8221; : ce qui explique notre sentiment persistant de libert&#233;, malgr&#233; la surveillance &#233;lectronique, c'est que nous sommes largement d&#233;livr&#233;s des exigences du quotidien par le techno-capitalisme &lt;i&gt;(voir extrait 1)&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En relisant de pr&#232;s les philosophies de la libert&#233; antiques et modernes, lib&#233;rales ou socialistes, je me suis ensuite rendu compte que cette qu&#234;te de d&#233;livrance, notamment sur le plan de la vie mat&#233;rielle, les traversait presque toutes. Pour une raison simple : parce que ces philosophies ont &#233;t&#233; formul&#233;es par des membres des classes dominantes et que celles-ci ont toujours cherch&#233; &#224; &#234;tre d&#233;livr&#233;es des n&#233;cessit&#233;s mat&#233;rielles de la vie, pour se consacrer &#224; des activit&#233;s jug&#233;es plus &#8220;hautes&#8221;. M&#234;me Marx a identifi&#233; la libert&#233; au d&#233;passement du &#8220;r&#232;gne de la n&#233;cessit&#233;&#8221;. La nouveaut&#233;, de nos jours, est que ce fantasme de d&#233;livrance exerce une telle h&#233;g&#233;monie que l'on est pr&#234;ts &#224; sacrifier nos libert&#233;s publiques pour un gain de d&#233;livrance. D'o&#249; notre absence de r&#233;action collective face aux r&#233;v&#233;lations de Snowden. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce &#171; fantasme de d&#233;livrance &#187;, trait distinctif de la libert&#233; au sens des Modernes, met en sc&#232;ne un individu d&#233;charg&#233; &#224; la fois de la politique et de la subsistance. Et c'est &#224; travers cette qu&#234;te de d&#233;livrance que tu retraces l'histoire de la catastrophe socio-&#233;cologique...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La qu&#234;te de d&#233;livrance se joue sur deux plans : on veut &#234;tre lib&#233;r&#233; de la n&#233;cessit&#233; de faire avec les autres, avec tout ce que cela implique de conflictualit&#233;, de r&#233;unions chronophages, etc., et on veut &#234;tre d&#233;charg&#233; des activit&#233;s li&#233;es &#224; la subsistance mat&#233;rielle, jug&#233;es p&#233;nibles et ennuyantes (le travail de la terre, les t&#226;ches domestiques, les soins aux personnes d&#233;pendantes, etc.). Ces deux aspirations, qui traversent le monde occidental, s'alimentent r&#233;ciproquement, car on ne peut assurer sa subsistance tout seul. Voil&#224; pourquoi l'av&#232;nement de la grande industrie et de la soci&#233;t&#233; de consommation a &#233;t&#233; accueilli comme une &#8220;lib&#233;ration&#8221; (non pas de la domination sociale, mais des &#8220;n&#233;cessit&#233;s de la vie&#8221;). C'est alors que l'histoire du sens de la libert&#233; se noue avec celle du d&#233;sastre &#233;cologique. Car la qu&#234;te de d&#233;livrance suppose une exploitation croissante des &#234;tres humains et de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Ce que les dominants ont toujours cherch&#233; &#224; faire faire aux groupes qu'ils dominaient, qu'il s'agisse des femmes, des esclaves ou des ouvriers, ce sont les t&#226;ches li&#233;es &#224; la subsistance. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Si la libert&#233; suppose d'&#234;tre d&#233;livr&#233; de la &#8220;n&#233;cessit&#233;&#8221; (au sens relatif de &#8220;choses &#224; faire&#8221; dont on ne voit pas comment se passer), elle suppose de se d&#233;lester des t&#226;ches qu'on ne veut pas assumer soi-m&#234;me. La d&#233;livrance suppose donc de les &#8220;faire faire&#8221;. Or c'est l&#224; la formule m&#234;me de la domination sociale, qui suppose toujours la s&#233;paration entre des ex&#233;cutants (qui font) et des dirigeants (qui ordonnent). Et ce que les dominants ont toujours cherch&#233; &#224; faire faire aux groupes qu'ils dominaient, qu'il s'agisse des femmes, des esclaves ou des ouvriers, ce sont les t&#226;ches li&#233;es &#224; la subsistance. L'histoire montre qu'il y a plusieurs mani&#232;res de s'y prendre, plus ou moins directes et violentes. Cette histoire crois&#233;e des voies de d&#233;livrance mat&#233;rielle et des formes de domination sociale constitue le c&#339;ur de &lt;i&gt;Terre et libert&#233;&lt;/i&gt;. Au terme de cette histoire, on arrive &#224; la soci&#233;t&#233; de consommation bas&#233;e sur la g&#233;n&#233;ralisation de la s&#233;paration consommateur / producteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup d'&#233;cologistes pensent, &#224; juste titre, que le d&#233;sastre &#233;cologique dans lequel nous nous enfon&#231;ons est &#233;troitement li&#233; au gouffre qui s'est creus&#233; entre la production et la consommation, jusqu'&#224; prendre une dimension g&#233;opolitique mondiale &#8211; d'o&#249; la valorisation &#233;cologique des circuits courts, du &#8220;local&#8221;, de l'autonomie, etc. Mais cela ne tient pas seulement &#224; ce que cette distance entra&#238;ne une consommation aberrante de carburants fossiles. Plus fondamentalement, cela tient &#224; ce que seule cette s&#233;paration permet de comprendre la fuite en avant des besoins qui caract&#233;rise notre forme de vie de consommateurs salari&#233;s qui, pour reprendre une formule du philosophe Andr&#233; Gorz, &#8220;&lt;i&gt;ne produisent rien de ce qu'ils consomment et ne consomment rien de ce qu'ils produisent&lt;/i&gt;&#8221;. Quand on fait les choses soi-m&#234;me, le premier besoin est de ne pas perdre sa vie &#224; produire de quoi satisfaire des besoins illimit&#233;s, ce qui pousse &#224; r&#233;fl&#233;chir nos besoins et &#224; les r&#233;duire. &#192; l'inverse, rien ne vient borner les besoins et les d&#233;sirs de celles et ceux qui font tout faire aux autres. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Le fait que le terme &#8220;libert&#233;&#8221; puisse &#234;tre accapar&#233; aujourd'hui par les partis autoritaires est d&#233;sesp&#233;rant. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En ces tristes temps &#233;lectoraux, nous assistons &#224; l'accaparement de la question de la libert&#233; par l'extr&#234;me droite en France et en Allemagne. Que dit cette confiscation sur notre &#233;poque ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est la sanction du fait que les forces pr&#233;tendument lib&#233;rales ont en fait abandonn&#233; les principes de base du lib&#233;ralisme. Plus profond&#233;ment, cela r&#233;v&#232;le &#224; quel point nous vivons dans un monde &#8220;orwellien&#8221;, o&#249; l'on fait dire aux mots le contraire de ce qu'ils signifient. Dans la c&#233;l&#232;bre dystopie de George Orwell, &lt;i&gt;1984 &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une nouvelle traduction (par Celia Izoard) a &#233;t&#233; &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec en 2019 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, le r&#233;gime totalitaire de Big Brother ne cesse de marteler : &#8220;&lt;i&gt;La libert&#233;, c'est l'esclavage&lt;/i&gt;&#8221;, &#8220;&lt;i&gt;La guerre, c'est la paix&lt;/i&gt;&#8221;, etc. Rappelons que le mot &#8220;libert&#233;&#8221; a d'abord &#233;t&#233; l'&#233;tendard des luttes contre les diverses formes de domination, politiques ou &#233;conomiques : celui des esclaves pour dettes contre les aristocraties antiques, des paysans contre les propri&#233;taires fonciers lors de la r&#233;volution mexicaine (&#224; laquelle on r&#233;duit souvent le slogan &#8220;&lt;i&gt;Terre et libert&#233;&lt;/i&gt;&#8221;), des r&#233;volutionnaires qui prenaient pour devise &#8220;&lt;i&gt;Vivre libre ou mourir&lt;/i&gt;&#8221;, etc. Le fait que le terme &#8220;libert&#233;&#8221; puisse &#234;tre accapar&#233; aujourd'hui par les partis autoritaires et pire encore, le fait qu'une partie de la gauche capitule devant cette OPA id&#233;ologique et affirme que la libert&#233; est &#8220;&lt;i&gt;une valeur de droite&lt;/i&gt;&#8221;, voire &#8220;&lt;i&gt;une invention du capitalisme&lt;/i&gt;&#8221;, est d&#233;sesp&#233;rant. Car en contr&#244;lant les mots, on d&#233;termine les pens&#233;es. Or dominer les esprits permet d'assujettir les populations &#8211; c'est cela, le message d'Orwell.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre ce rapt s&#233;mantique, je propose que l'on se r&#233;approprie le terme &#8220;libert&#233;&#8221;, ce qui implique de le repenser profond&#233;ment, &#224; rebours de la plupart des th&#233;ories de l'&#233;mancipation qui sont tomb&#233;es dans le pi&#232;ge du fantasme de d&#233;livrance. Je l'ai fait en m'inspirant moins des &#8220;grands&#8221; textes de la pens&#233;e politique, qui t&#233;moignent surtout du d&#233;sir de d&#233;livrance, que de la texture m&#234;me des formes de vie des classes populaires et des luttes qu'elles ont men&#233;es, presque partout, pour la d&#233;fense des biens communs. Car ces luttes t&#233;moignent de tout autre chose que d'un d&#233;sir d'&#234;tre d&#233;charg&#233; des n&#233;cessit&#233;s de la vie quotidienne : elles manifestent la volont&#233; d'acc&#233;der aux ressources (la terre d'abord, mais aussi les for&#234;ts, les rivi&#232;res, les outils, les connaissances, etc.) permettant de prendre en charge ces n&#233;cessit&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peux-tu en dire plus sur cette conception de la libert&#233; comme autonomie, que tu opposes &#224; la libert&#233; des Modernes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand on parle aujourd'hui d'autonomie alimentaire ou &#233;nerg&#233;tique, on prend le mot dans un sens mat&#233;riel qui semble &#233;loign&#233; de sa signification &#233;tymologique : l'autonomie, ce n'est pas &#8220;se donner ses propres lois&#8221;, mais &#8220;subvenir &#224; ses propres besoins&#8221;. Toutefois, ces deux significations sont en fait &#233;troitement imbriqu&#233;es. Car d&#232;s lors que l'on d&#233;pend mat&#233;riellement (pour satisfaire ses besoins) d'une autre instance, on ne peut plus &#234;tre pleinement libre. Comme le rappelle le dicton : &#8220;On ne mord pas la main de celui qui vous nourrit.&#8221; Bref, la libert&#233; est conditionn&#233;e par l'autonomie mat&#233;rielle &#8211; et celle-ci l'est par l'acc&#232;s aux ressources permettant de satisfaire nos besoins. Tel est le sens politique profond de la qu&#234;te d'autonomie mat&#233;rielle. &#192; condition toutefois de ne pas confondre autonomie et ind&#233;pendance : assurer sa subsistance ne se fait jamais seul, mais en lien avec les autres. L'autonomie invite en fait &#224; nous lib&#233;rer des liens de d&#233;pendance asym&#233;triques qui nous ligotent aux grandes organisations anonymes, pour recr&#233;er des interd&#233;pendances personnelles sur lesquelles il est possible d'avoir prise.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; La conception dominante de la libert&#233; reposait sur l'aspiration &#224; &#234;tre d&#233;livr&#233; de la terre et des activit&#233;s paysannes. Il est frappant de voir aujourd'hui que la libert&#233; est de moins en moins associ&#233;e &#224; la ville. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Une autre dimension de l'autonomie est sa dimension terrestre, son lien intime &#224; la terre comme base de la subsistance humaine. La conception dominante de la libert&#233; &#224; l'&#233;poque moderne reposait au fond sur l'aspiration &#224; &#234;tre d&#233;livr&#233; de la terre et des activit&#233;s paysannes qui y sont li&#233;es, ce qui a conduit &#224; identifier la libert&#233; avec la vie urbaine (&#8220;l'air de la ville rend libre&#8221;). Contre cette conception extra-terrestre de la libert&#233; &#8211; qui pousse ses ultimes partisans fanatis&#233;s, comme Elon Musk, &#224; vouloir aller vivre sur Mars &#8211;, il est frappant de voir aujourd'hui que la libert&#233; est de moins en moins associ&#233;e &#224; la ville &#8211; sa devise serait plut&#244;t &#8220;prendre la cl&#233; des champs&#8221;. C'est un changement d'esprit frappant, intimement li&#233; au d&#233;sir de renouer avec la libert&#233; comme autonomie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour Sartre, &#171; &lt;i&gt;l'existence pr&#233;c&#232;de l'essence&lt;/i&gt; &#187;. Tu compl&#232;tes : &#171; &lt;i&gt;La subsistance pr&#233;c&#232;de l'existence&lt;/i&gt; &#187;... Est-ce que ton livre serait un manifeste subsistancialiste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, mais &#224; condition de souligner que je n'invente rien : je ne fais que remettre &#224; jour des id&#233;es politiques qui ont &#233;t&#233; jet&#233;es aux oubliettes, m&#234;me par les th&#233;ories pr&#233;tendument radicales. Et je le fais pour rendre justice &#224; toutes celles et ceux qui voient bien qu'il y a quelque chose de probl&#233;matique dans notre mode de vie, o&#249; l'on fait faire &#224; d'autres presque tout ce qui concerne notre subsistance. En fait, je m'inscris dans un tournant subsistancialiste&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notamment port&#233; par Marie Mies et Veronika Bennholdt-Thomsen dans leur livre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; plus g&#233;n&#233;ral, port&#233; notamment par certaines &#233;cof&#233;ministes qui ont critiqu&#233; la conception de l'&#233;mancipation f&#233;minine qui fut celle de Beauvoir, typique de la volont&#233; extra-terrestre de d&#233;livrance &lt;i&gt;(voir extrait 2)&lt;/i&gt;. Car cette critique a une port&#233;e bien plus g&#233;n&#233;rale, qui permet de repenser une &#233;mancipation compatible avec la Terre &lt;i&gt;(voir extrait 3)&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Propos recueillis par Momo Br&#252;cke&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;
&lt;strong&gt;&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;Extrait 1 (tir&#233; du chapitre 1)&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La destruction de la vie priv&#233;e et le triomphe d'une conception apolitique de la libert&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pourquoi les outils &#233;lectroniques nous donnent-ils un tel sentiment de libert&#233;, malgr&#233; la surveillance qu'ils permettent et dont nous sommes plus ou moins conscients ? Principalement pour deux raisons, intimement li&#233;es. La premi&#232;re se situe sur un plan tr&#232;s pratico-pratique : pour la plupart, ils nous permettent de gagner du temps en nous d&#233;chargeant de micro-contraintes quotidiennes (se d&#233;placer pour faire ses courses, faire la queue au p&#233;age, noter un itin&#233;raire, etc.). La seconde est plus m&#233;taphysique : ces outils, et tout particuli&#232;rement internet, semblent nous d&#233;livrer de notre corpor&#233;it&#233; qui nous assigne &#224; un espace-temps d&#233;limit&#233; et &#224; une identit&#233; fixe. Dans la vie r&#233;elle, on vit quelque part et il est complexe d'avoir (et d'assumer) plusieurs identit&#233;s. Mais le virtuel donne l'impression de pouvoir &#234;tre ici et ailleurs en m&#234;me temps, et il nous permet de laisser libre cours &#224; tous les aspects de notre vie int&#233;rieure. Les adeptes de la &#8220;cybergnose&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qui d&#233;signe ironiquement les id&#233;es de celles et ceux pr&#233;sentant internet (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#8221; en viennent m&#234;me &#224; fantasmer une d&#233;livrance absolue, sous la forme d'une existence purement spirituelle o&#249; l'&#226;me serait enfin d&#233;livr&#233;e de la prison du corps. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt; &lt;strong&gt;&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;Extrait 2 (tir&#233; du chapitre 3)&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Autonomie : l'imaginaire r&#233;volutionnaire de la subsistance&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; Maria Mies a &#233;vit&#233; cet &#233;cueil &lt;i&gt;[l&lt;/i&gt;'&lt;i&gt;assimilation de l&lt;/i&gt;'&lt;i&gt;autonomie &#224; l&lt;/i&gt;'&lt;i&gt;ind&#233;pendance]&lt;/i&gt; gr&#226;ce &#224; une r&#233;flexion sur l'id&#233;al de libert&#233; f&#233;ministe. &#192; ses yeux, repenser la libert&#233; &#8220;&lt;i&gt;&#224; l&lt;/i&gt;'&lt;i&gt;int&#233;rieur du domaine de la n&#233;cessit&#233;&lt;/i&gt;&#8221; suppose de remettre en question la conception dont elle &#233;tait partie comme d'une &#233;vidence, avec la plupart de ses camarades du nord : l'id&#233;al de la &#8220;femme ind&#233;pendante&#8221;, align&#233; sur l'id&#233;al masculin d'ind&#233;pendance h&#233;rit&#233; des Lumi&#232;res, tel que l'a d&#233;fendu Simone de Beauvoir. L'&#233;mancipation des femmes supposerait de &#8220;rattraper&#8221; les hommes. Mais cette &#8220;&#233;mancipation par rattrapage&#8221; pose probl&#232;me, au m&#234;me titre que la perspective de &#8220;d&#233;veloppement par rattrapage&#8221; pour les pays du Sud, cens&#233;s s'&#233;manciper en visant le m&#234;me mod&#232;le industriel que ceux du Nord. Car elle suppose que le concept de libert&#233; incarn&#233; par l'homme moderne serait universel, valable pour &lt;i&gt;toutes et tous&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, cet id&#233;al de libert&#233; est manifestement fallacieux : l'ind&#233;pendance si fi&#232;rement proclam&#233;e par le bourgeois ne repose que sur la dissimulation arrogante de ce qu'il doit, en mati&#232;re de soin, de nourriture, etc., &#224; des femmes et plus g&#233;n&#233;ralement &#224; des subalternes qu'il toise du haut de sa pr&#233;tendue ind&#233;pendance. Au sens mat&#233;riel, l'ind&#233;pendance est un concept vide : personne n'est ind&#233;pendant, tout &#234;tre vivant est pris dans des rapports d'interd&#233;pendance qui le constituent. L'ind&#233;pendance n'existe pas, si ce n'est dans les sp&#233;culations th&#233;ologiques sur Dieu &#8211; ce qui r&#233;v&#232;le que se croire ind&#233;pendant, c'est se prendre pour Dieu, mod&#232;le patriarcal par excellence. Il faut donc d&#233;boulonner l'id&#233;al d'autonomie individuelle des hommes des Lumi&#232;res : en pratique, il se gagne toujours sur le dos des autres, celles et ceux qui sont &#224; la fois exploit&#233;s et invisibilis&#233;s. De m&#234;me que la libert&#233; antique n'allait pas sans esclavage, il suppose d'avoir un certain nombre de gens &#224; son service. Par cons&#233;quent, ce concept de libert&#233; pr&#233;tendument universel n'est pas universalisable. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;
&lt;strong&gt;&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;Extrait 3 (tir&#233; de la conclusion)&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Si nous voulons cesser d'aggraver le d&#233;sastre socio-&#233;cologique... &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si nous voulons cesser d'aggraver le d&#233;sastre socio-&#233;cologique, ce n'est donc pas la libert&#233; qu'il faut restreindre, comme y invitent tant d'intellectuels et de &#8220;personnalit&#233;s&#8221; qui multiplient les appels &#224; d&#233;cr&#233;ter l'&#233;tat d'urgence &#233;cologique, voire &#224; mettre en place une dictature &#233;cologique. Car donner les pleins pouvoirs aux pyromanes qui nous gouvernent ne les transmuera jamais en pompiers : apr&#232;s comme avant, ils resteront obnubil&#233;s par la qu&#234;te de puissance &#8211; la leur et celle des &#201;tats dont ils se disent les serviteurs. C'est avec une certaine conception de la libert&#233; qu'il faut rompre, une conception absurde qui, en identifiant la libert&#233; &#224; la d&#233;livrance et &#224; la puissance qui la conditionne, sonne le glas non seulement de la libert&#233;, mais aussi de l'habitabilit&#233; de notre plan&#232;te. La cause de la Terre et celle de la libert&#233; ne sont pas oppos&#233;es, mais solidaires &#8211; &#224; condition de comprendre qu'un mode de vie libre n'est pas bas&#233; sur le d&#233;passement de la n&#233;cessit&#233;, mais sur la minimisation des d&#233;pendances mat&#233;rielles asym&#233;triques qui constituent le fondement des relations de domination. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Une nouvelle traduction (par Celia Izoard) a &#233;t&#233; &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec en 2019 par les &#201;ditions de la rue Dorion, puis en France par Agone, en 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Notamment port&#233; par Marie Mies et Veronika Bennholdt-Thomsen dans leur livre &lt;i&gt;La Perspective de subsistance&lt;/i&gt;, publi&#233; en allemand et en anglais &#224; la fin des ann&#233;es 1990 (en cours de traduction aux &#233;ditions La Lenteur), ainsi que par l'ouvrage de Genevi&#232;ve Pruvost, &lt;i&gt;Quotidien politique&lt;/i&gt;, qui vient d'&#234;tre publi&#233; &#224; La D&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Qui d&#233;signe ironiquement les id&#233;es de celles et ceux pr&#233;sentant internet comme le lieu d'une existence purement spirituelle o&#249; nous serions enfin d&#233;livr&#233;s des limites que nous impose notre &#171; enveloppe &#187; charnelle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>&#171; Sentir avec son c&#339;ur, son nez, ses yeux, sa trouille, ses doutes... &#187; </title>
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		<dc:date>2020-11-13T04:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Momo Br&#252;cke</dc:creator>


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&lt;p&gt;Ce 13 novembre, l'ami S&#233;bastien Navarro publie P&#233;age Sud aux &#233;ditions du Chien Rouge, extension de CQFD dans le monde du livre. Un beau roman en gilet jaune. Apr&#232;s Panchot publi&#233; en 2019 chez Alter Ego , notre vieux compagnon de route livre un r&#233;cit intense, bas&#233; sur son v&#233;cu des ronds-points. Petit entretien entre amis &#224; deux pas du p&#233;age. Vroum... Apr&#232;s des ann&#233;es de reportages, d'enqu&#234;tes et de recensions &#224; CQFD, mais aussi chez les ami&#183;es de Jef Klak et du regrett&#233; Article 11, tu te (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no192-novembre-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;192 (novembre 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Bouquin" rel="tag"&gt;Bouquin&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/j-ai" rel="tag"&gt;j'ai&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Pigasse" rel="tag"&gt;Pigasse&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce 13 novembre, l'ami S&#233;bastien Navarro publie &lt;i&gt;P&#233;age Sud&lt;/i&gt; aux &#233;ditions du Chien Rouge, extension de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; dans le monde du livre. Un beau roman en gilet jaune. Apr&#232;s &lt;i&gt;Panchot&lt;/i&gt; publi&#233; en 2019 chez Alter Ego&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#171; &#8220;Panchot&#8221; : la somme des mensonges sur lesquels personne n'est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, notre vieux compagnon de route livre un r&#233;cit intense, bas&#233; sur son v&#233;cu des ronds-points. Petit entretien entre amis &#224; deux pas du p&#233;age. Vroum...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3482 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH362/-1641-a957c.jpg?1768731552' width='500' height='362' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Par C&#233;cile K.
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apr&#232;s des ann&#233;es de reportages, d'enqu&#234;tes et de recensions &#224;&lt;i&gt; CQFD&lt;/i&gt;, mais aussi chez les ami&#183;es de &lt;i&gt;Jef Klak&lt;/i&gt; et du regrett&#233;&lt;i&gt; Article 11&lt;/i&gt;, tu te lances dans la fiction. &#192; lire tes deux premiers livres, on est marqu&#233; par la mani&#232;re dont l'enqu&#234;te et le reportage continuent de te hanter. Enqu&#234;te historique pour &lt;i&gt;Panchot&lt;/i&gt; et reportage partisan pour&lt;i&gt; P&#233;age Sud&lt;/i&gt;... on se demande comment toi, tu qualifierais ton travail ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si j'ai propos&#233; au Chien Rouge d'&#233;diter ce texte, c'est parce que j'ai consid&#233;r&#233; qu'il s'inscrivait dans une continuit&#233; avec le travail journalistique effectu&#233; &#224; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;. Je n'aurais jamais &#233;crit &lt;i&gt;Panchot&lt;/i&gt; ni &lt;i&gt;P&#233;age Sud&lt;/i&gt; sans les outils pratiques et th&#233;oriques acquis par ma participation aux publications de critique sociale que tu cites. J'y ai appris &#8211; sur le tas ! &#8211; non seulement &#224; mener un entretien ou &#224; constituer une bibliographie, mais aussi l'art de d&#233;barquer avec discr&#233;tion et humilit&#233; en pleine &lt;i&gt;terra incognita&lt;/i&gt; pour un reportage. La r&#233;sistance dans le pi&#233;mont du Canigou en 1944 ou le rond-point d'un p&#233;age ont &#233;t&#233; des espaces o&#249; je me suis invit&#233; en ayant tr&#232;s peu de rep&#232;res. D'un c&#244;t&#233; j'ai d&#251; frayer, moi l'anarchiste plut&#244;t planeur, avec une m&#233;moire historique sous mainmise communiste, et de l'autre avec une communaut&#233; fluo en train d'exploser le cadre aseptis&#233; des mouvements sociaux habituels. La premi&#232;re chose &#224; faire dans ce genre de configuration o&#249; rien n'est familier est de fermer son clapet et d'ouvrir grand mirettes et esgourdes. Observer et &#233;couter. Ce travail d'enqu&#234;te dont tu parles commence ici : dans cet effacement personnel et cet effort d'intelligibilit&#233; auquel se confronte tout individu immerg&#233; dans une situation dont il ne ma&#238;trise ni l'alpha ni l'om&#233;ga.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ces deux bouquins, j'aurais pu me contenter d'une restitution purement factuelle et opter pour la forme classique du r&#233;cit. Apr&#232;s tout, ce dernier permet aussi des embard&#233;es subjectives. Mais non, il a fallu que se calque sur la trame narrative une enveloppe fictionnelle. Plusieurs raisons &#224; cela : mon go&#251;t pour l'esth&#233;tique du polar (y compris quand le h&#233;ros est un vrai pied nickel&#233;), la volont&#233; de rompre avec l'&#226;pret&#233; du sujet en le pimentant de fantaisies imaginaires, l'indispensable bande-son destin&#233;e &#224; ambiancer la prose. Enfin, la libert&#233; romanesque offre un luxe inestimable : celui de donner du champ. Elle permet d'incarner une multiplicit&#233; de voix, souvent contradictoires, de dessiner une dialectique au cours d'un dialogue grotesque, d'exacerber les humeurs en les poussant vers des points d'incandescence. Il y a l&#224; une multitude d'explorations qui font qu'au final &lt;i&gt;P&#233;age Sud&lt;/i&gt; n'est ni un roman ni un r&#233;cit mais un texte hybride qui r&#233;siste &#224; tout &#233;tiquetage. &#192; l'instar du mouvement des Gilets jaunes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans &lt;i&gt;P&#233;age Sud&lt;/i&gt;, le narrateur &#233;voque sa rencontre avec les Gilets jaunes. Tu la d&#233;plies en diff&#233;rentes phases : le rejet (&#171; &lt;i&gt;Je n'y vois qu'une urticaire poujadiste, une col&#232;re de petits bras facho-compatibles, la beauferie en marche&lt;/i&gt; &#187;), la circonspection (&#171; &lt;i&gt;Mon fantasme de jeune militant libertaire &#8211; un boycott massif des grandes surfaces &#8211; r&#233;alis&#233; sous mes yeux par&#8230; par quoi au juste&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Ou bien par qui&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Par eux, l&#224;.&lt;/i&gt; &#187;), l'adh&#233;sion (&#171; &lt;i&gt;Il se passe vraiment quelque chose dans ce putain de pays. Quelque chose que je suis en train de rater. Cette id&#233;e me devient soudain insupportable.&lt;/i&gt; &#187;) et, enfin, la fusion (&#171; &lt;i&gt;La foule comme un corps autonome. Sans discours, ni leader, ni parcours d&#233;clar&#233;. Les gens au diapason. Une manif homog&#232;ne, nerveuse et tactique. C'est stup&#233;fiant. Ce c&#244;t&#233; animal. Je ne pensais pas ce type d'agencement humain possible.&lt;/i&gt; &#187;). Ce que tu d&#233;cris l&#224; est tr&#232;s int&#233;ressant car le rejet du mouvement a &#233;t&#233; commun &#224; une large partie de la gauche radicale, qui y voyait &#224; ses d&#233;buts un fascisme en puissance. Qu'est-ce qui s'est jou&#233; pour toi ? Comment as-tu, finalement, bascul&#233; en jaune ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tr&#232;s honn&#234;tement, je pense qu'il me faudra des ann&#233;es pour faire le bilan de ce que ces mois de fi&#232;vre fluo ont chamboul&#233; dans ma perception du champ politique. Il y a ce pi&#232;ge paradoxal de la pens&#233;e militante &#8211; dans lequel je suis tomb&#233; tout jeune &#8211; qui, tout en favorisant l'esprit critique, peut amener le cerveau &#224; fonctionner en &#226;nonnant des slogans. Dans ce genre de sch&#233;ma simpliste, celui qui n'a pas tes id&#233;es est soit un ignorant &#224; conscientiser soit un ennemi &#224; combattre. Je me pensais immunis&#233; contre ce type de r&#233;flexes. Or force est de constater que j'ai gob&#233; en vrac la daube d&#233;vers&#233;e &#224; grands seaux m&#233;diatiques sur les Gilets jaunes. Beaufs, fachos, poujadistes, pendant les quinze premiers jours du mouvement, les fluos sont pour moi un vrai repoussoir. Quand je me fais violence et d&#233;cide d'aller fureter du c&#244;t&#233; du rond-point, j'y vais &#224; reculons, en curieux &#224; la fois r&#233;tif et inquiet. Et c'est lors d'une AG tenue sous un r&#233;verb&#232;re &#224; quelques m&#232;tres du p&#233;age que je tombe sur le cul. La foule mass&#233;e cause... d&#233;mocratie directe. Il y a l&#224; des femmes, des hommes, des Blancs, des Maghr&#233;bins, des jeunes, des vieux, des handicap&#233;s. Un monde de &#8220;gens ordinaires&#8221; qui exige non seulement d'avoir une vie meilleure mais aussi voix au chapitre d&#233;mocratique. Un monde qui trouve sa coh&#233;rence en reconvoquant la sans-culotterie non pas pour exalter un quelconque patriotisme frelat&#233; mais parce qu'il a pig&#233; que 1789 &#233;tait ce plus grand d&#233;nominateur commun capable de mettre une foule au diapason. Cerise sur le g&#226;teau : les Gilets absorbent avec une fluidit&#233; inou&#239;e les concepts de la doxa libertaire. Refus des hi&#233;rarchies, rotations des mandats, AG d&#233;cisionnaires, jusqu'aux reven&#8202;dications politiques qui vont rapidement gagner en radicalit&#233;. Comment ne pas basculer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi qui croyais que c'&#233;tait au prix de lectures politiques sans cesse renouvel&#233;es, en p&#233;n&#233;trant de plus en plus profond&#233;ment les plis et replis du capitalisme, que se formait une conscience r&#233;volutionnaire, je me rends compte qu'un frigo vide peut suffire &#224; provoquer l'&#233;tincelle. Je me souviens &#234;tre rentr&#233; chez moi, avoir regard&#233; ma biblioth&#232;que et m'&#234;tre dit que pour la premi&#232;re fois de ma vie les bouquins m'avaient emp&#234;ch&#233;. &#192; force de tout vouloir intellectualiser, de vouloir concep&#8202;tualiser le r&#233;el de mani&#232;re quasiment obsessionnelle, je m'&#233;tais amput&#233; de ces instincts essentiels pour comprendre les situations. Sentir avec son c&#339;ur, son nez, ses yeux, sa trouille, ses doutes, ses &#233;bahissements, ses fatigues, ses accolades, sa parano&#239;a. Tout ce fatras organique qui fait que des humains entrent en connivence d'un simple regard. C'est ce d&#233;pouillement-l&#224; dont je fais d'abord l'exp&#233;rience au rond-point. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'action se d&#233;roule dans une ville sans nom. Pourquoi as-tu choisi d'anonymiser ce lieu qui apparemment a un rond-point et un p&#233;age au Sud ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La premi&#232;re version du manuscrit citait la ville et les lieux. La d&#233;territorialisation s'est impos&#233;e au fur et &#224; mesure d'&#233;changes avec le collectif &#233;ditorial. L'id&#233;e premi&#232;re &#233;tait d'universaliser le r&#233;cit. Si &lt;i&gt;P&#233;age Sud&lt;/i&gt; ne se situe nulle part, alors il se situe partout. Je pense que pas mal de situations &#233;voqu&#233;es dans le livre peuvent entrer en r&#233;sonance avec des r&#233;alit&#233;s qui ont pu &#234;tre observ&#233;es dans diff&#233;rents coins de l'Hexagone. La seconde raison est li&#233;e &#224; une volont&#233; de floutage pour des raisons de &#8220;s&#233;curit&#233;&#8221;. Les personnages ont beau avoir &#233;t&#233; &#8220;fictionnaris&#233;s&#8221; &#224; des degr&#233;s plus ou moins divers, il m'a paru important de d&#233;gager le r&#233;cit de toute assise territoriale afin de ne pas mettre dans l'embarras certaines personnes pouvant se reconna&#238;tre, m&#234;me de loin, m&#234;me maquill&#233;es, dans tel th&#233;&#226;tre op&#233;rationnel. M&#234;me si je ne suis pas dupe : tout le monde sait d'o&#249; j'&#233;cris. Car j'insiste sur ce fait : les quelque trois mois de lutte que je narre sont aussi un travail de documentation. Dans cette affaire, je ne fais pas qu'une mise en r&#233;cit, je transmets une s&#233;quence de notre histoire sociale que je juge d&#233;cisive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dernier point sur la &#8220;ville sans nom&#8221; : G&#233;rard Delteil, grand auteur de polar, a fait la m&#234;me chose dans son tr&#232;s beau et sobre bouquin&lt;i&gt; Les &#201;c&#339;ur&#233;s&lt;/i&gt;, paru au Seuil en mai 2019. Sauf que lui est plus au Nord... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment &#233;crit-on sur un mouvement comme celui-l&#224; tout en le vivant de l'int&#233;rieur ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Question essentielle et terriblement d&#233;licate. D&#232;s que je comprends ce qui est en train de se jouer &#224; quelques kilom&#232;tres de la cit&#233;-dortoir o&#249; je cr&#232;che, une &#233;vidence s'impose : tout &#231;a est incroyable et tout &#231;a va se perdre. Se perdre comme des paroles emport&#233;es par le vent, comme des fluos anonymes embarqu&#233;s par les flics, comme des manifs sauvages dissoutes &#224; l'or&#233;e de la nuit. Le &#8220;militant/journaliste&#8221; qui sommeille en moi ne peut accepter pareille situation. Alors je note. Tout ce que je peux. Des morceaux de vie, des prises de paroles, des col&#232;res fondamentales. Je fais gaffe &#224; respecter les anonymats. Je d&#233;cris des manifs. Je recopie des tags. Je note la temp&#233;rature, l'&#233;tat du ciel, le dispositif policier. Personne ne sait que j'&#233;cris. Je me sens voyeur et intrus. Mais je le fais, m&#251; par la certitude que ce mouvement ne pourra se raconter v&#233;ritablement que de l'int&#233;rieur. Je prends garde &#224; rester discret car si je me fais choper, mon compte est bon. J'aurai beau essayer de bredouiller ma d&#233;marche, &#224; l'&#233;tat de mouchard ou de veule journaliste je serai r&#233;duit. Quand je rentre chez moi, rebelote. Je d&#233;goupille une bi&#232;re et recopie mes notes dans de beaux cahiers. Jaunes. L&#224; je prends soin de recons&#8202;tituer les ambiances et de revenir sur mes sensations. J'analyse et &#8220;m'autoanalyse&#8221;. Parall&#232;lement, je tiens &#224; jour une revue de presse locale. Les articles cit&#233;s dans &lt;i&gt;P&#233;age Sud&lt;/i&gt; sont de vrais morceaux de bravoure de la PQR &lt;i&gt;[presse quotidienne r&#233;gionale]&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concomitamment &#224; ce travail dans l'ombre, je suis un Gilet parmi les autres. Compl&#232;tement happ&#233; par le mouvement. Je chante, je d&#233;file, je lacrymog&#232;ne. Je discute, je m'engueule, j'&#233;tale vainement ma science. Je cr&#233;e mon premier compte Facebook, j'applaudis Dettinger &lt;i&gt;[le&lt;/i&gt; &lt;i&gt;boxeur de gendarmes du pont parisien]&lt;/i&gt;, manque de d&#233;faillir quand Rodrigues se fait &#233;borgner. Je suis donc totalement dedans et avec. Avec cette r&#233;serve pr&#232;s que du fait de ma condition sociale &#8220;privil&#233;gi&#233;e&#8221; (je suis salari&#233;) et d'une grande timidit&#233; pour tout ce qui concerne le chahut muscl&#233; avec les casqu&#233;s, je d&#233;serte souvent le champ de bataille quand &#231;a sent le roussi. Si j'accepte de courir certains risques dans des moments de fi&#232;vre collective, moi seul d&#233;cide du moment de mon retrait. La tr&#232;s grande plasticit&#233; du mouvement permet ce genre d'ajus&#8202;tements o&#249; chacun est libre de d&#233;terminer son degr&#233; d'engagement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le narrateur livre une chronique hebdomadaire du mouvement pour un blog nomm&#233; &lt;i&gt;Ramball&lt;/i&gt;. C'est quoi ce blog ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce blog n'existe pas. Ou alors pas encore. C'est une invention circonstanci&#233;e, m&#234;me si j'ai puis&#233; dans mon environnement pour en tracer les contours. Les chroniques fourbies par le narrateur de &lt;i&gt;P&#233;age Sud&lt;/i&gt; ont toutes &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;es au fil de l'&#233;criture du manuscrit. Elles sont donc toutes in&#233;dites &#224; part une, pour laquelle j'avoue avoir repris les grandes lignes d'un article que j'avais publi&#233; dans &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;. Il faudra donc rajouter, au titre de mes arrangements douteux avec la v&#233;rit&#233;, le p&#233;ch&#233; d'autoplagiat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces chroniques sont des textes au calibrage purement journalistique. Elles permettent un r&#233;gime de discours bien sp&#233;cifique avec des approches tant&#244;t th&#233;oriques tant&#244;t personnelles. On rejoint l&#224; un des fils rouges du livre : &#231;a veut dire quoi restituer le r&#233;el ? Quelle responsabilit&#233; endosse-t-on quand on s'arroge le droit de transformer des vies en trois dimensions en une s&#233;rie de signes abstraits qui seront librement interpr&#233;t&#233;s par une masse indiff&#233;renci&#233;e de lecteurs ? C'est pas rien comme b&#233;ance philosophique et morale. Entre le commentateur planqu&#233; et le sermonneur exalt&#233;, j'esp&#232;re avoir trouv&#233; la juste distance. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Momo Br&#252;cke&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;i&gt;&#171; P&#233;age Sud &#187; est distribu&#233; en librairie ; mais vous pouvez aussi le commander en ligne et tout de suite &lt;a href=&#034;https://www.helloasso.com/associations/cqfd/evenements/abonnements-et-micro-boutique-de-cqfd&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur notre page HelloAsso&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Extrait&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le rond-point s'anime. Un n&#339;ud d'agitation, des cris, des bruits de perceuse. Des costauds trimbalent des chevrons de bois. Les placent ensemble et les fixent au sol. Les jaunes construisent quelque chose. Les autres font un cercle autour. C'est quoi ce bordel ? &#192; quoi ils jouent maintenant ? L'armature est debout. On dirait les montants d'une balan&#231;oire. Ou bien une esp&#232;ce de portique. Les gestes des bricoleurs sont pr&#233;cis. On voit que c'est des manuels. Pas des planqu&#233;s d'intello aux mains d&#233;licates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je regarde mes mains avec circonspection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour il faudra abolir la division du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est quand j'avise le couperet en bois tout en haut de la potence que je comprends.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont construit une guillotine. Ils ont ressuscit&#233; la veuve d'entre les morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#234;te &#224; &lt;i&gt;Macaron 1&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;r&lt;/sup&gt;&lt;/i&gt; sur le billot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mon for int&#233;rieur se dessine un sourire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah les cons, ils sont marrants quand m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai envie de m'approcher pour voir cette veuve jaune de plus pr&#232;s. Je r&#233;siste &#224; la tentation. Ne pas se laisser avoir par les sentiments. Je me raisonne et m'arraisonne. M'interdis de flancher. Ils sont marrants peut-&#234;tre mais d'un bord diff&#233;rent du mien. Ne pas baisser sa garde. Un pied foutu dans la populace et c'est tout le corps qui suit.
Mais quand m&#234;me. Redonner vie &#224; l'&#339;uvre funeste du D&lt;sup&gt;r&lt;/sup&gt; Guillotin. Fallait oser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai beau me cabrer, quelque chose est en train de mollir &#224; l'int&#233;rieur de ma tripe d'ind&#233;crottable anar. Le ver &#8211; luisant &#8211; fraie dans ma pomme. Dans quelques semaines, quand s'amorcera ce travail introspectif visant &#224; isoler le point de bascule o&#249; mon empathie pour les jaunes a pris le dessus, la guillotine imposera sa silhouette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gilets font masse concentrique autour de l'effigie. Le couperet est hiss&#233; jusqu'en haut de son butoir. Une main maintient la corde. Quelques cris impatients fusent. Un immense drapeau fran&#231;ais claque au vent. La main l&#226;che la corde. Le couperet s'effondre. Tranche le vide. Tranche le corps absent du taulier de l'&#201;lys&#233;e. La foule, un cri cacophonique. Exultation en z&#233;brures. Myriades de joies qui se d&#233;bordent et se transvasent. Un rugissement se hisse au-dessus du capharna&#252;m et envoie la pur&#233;e du &lt;i&gt;Allons zenfants de la patrie&lt;/i&gt;. Un ch&#339;ur &#224; l'unisson entonne l'hymne national. Moi qui me roidis une &#233;ni&#232;me fois, pr&#234;t &#224; creuser ma tombe et &#224; y fossoyer mon cadavre de honte. Les esgourdes agress&#233;es par ce chant cocardier. M&#234;me si je sais dans mon tr&#233;fonds que &lt;i&gt;La Marseillaise&lt;/i&gt;, avant d'&#234;tre une beuglante de stade, fut un chant r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ah ben tiens, t'es l&#224; toi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je sursaute. La t&#234;te &#224; Pigasse. Qui d&#233;passe d'un anorak rouge &#224; capuche fourr&#233;e. Pigasse avec ses bacchantes &lt;i&gt;Brigades du Tigre&lt;/i&gt;, ses traits fatigu&#233;s de noceur insomniaque, sa pond&#233;ration autor&#233;gul&#233;e. Pigasse &#224; qui je demande, parce que c'est &#224; moi de parler et que m&#234;me si sa pr&#233;sence me d&#233;pla&#238;t je me dois de donner le change :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tu pr&#233;pares un article sur l'acte III ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Non. C'est pas moi qui couvre la mobilisation des gilets jaunes. Je prends juste des notes. Je voulais les voir de mes yeux. Ils sont ridicules avec leur guillotine. Ils veulent r&#233;tablir la peine de mort, tu crois ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; T'as qu'&#224; leur demander.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Si je dis que je suis journaliste, je me fais lyncher. J'ai eu des &#233;chos de la manif parisienne, &#231;a chauffe autour de l'Arc de Triomphe. Des types lancent des pav&#233;s sur les flics. D'autres les shootent &#224; coup de fronde et de boulons. L'ultra-droite est aux manettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Mais que fait &lt;i&gt;Macaron 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt;&lt;/i&gt; !?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Il est &#224; un G20 en Argentine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; G20 en Argentine, j'ai faim en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pigasse ne rel&#232;ve pas mon trait d'esprit. Je ne lui en veux pas, il est relativement m&#233;diocre. Mon trait d'esprit, pas Pigasse. Quoi que. Il ferme bri&#232;vement les yeux comme pour retourner en lui-m&#234;me. Il me demande ce que je fais l&#224;. Je r&#233;ponds que je regarde et cultive ma perplexit&#233;. Pigasse fait ce truc avec sa bouche dont je ne sais jamais si c'est un sourire r&#233;flexe ou une grimace m&#233;prisante. Il se roule une clope. Me donne envie de fumer. Mais j'ai ma fiert&#233; et pas de tabac sur moi. Les fois o&#249; on casse la graine ensemble, je ne lui demande m&#234;me pas de me passer le sel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; En plus ils chantent comme des ch&#232;vres, maugr&#233;e-t-il en l&#226;chant un nuage de fum&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pas faux.&lt;i&gt; La Marseillaise&lt;/i&gt; se d&#233;lite en une s&#233;rie de cris de jungle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pronostique &#224; Pigasse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Si &#231;a se trouve, dans un mois ils chanteront &lt;i&gt;L'Internationale&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Dans un mois No&#235;l sera pass&#233; et tous ces blaireaux seront de retour dans leur foyer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cf. &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Panchot-la-somme-des-mensonges-sur' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#8220;Panchot&#8221; : la somme des mensonges sur lesquels personne n'est d'accord&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD &lt;/i&gt;n&#176;184 (f&#233;vrier 2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les rendez-vous manqu&#233;s des quais</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Momo Br&#252;cke</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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&lt;p&gt;Bastion communiste depuis la seconde moiti&#233; du XXe si&#232;cle, les dockers ont vu leur m&#233;tier d&#233;truit par la conteneurisation et attaqu&#233; par les politiques n&#233;o-lib&#233;rales europ&#233;ennes. Retour sur la r&#233;forme de leur statut et sur la question syndicale &#224; travers l'exemple du port de Saint-Nazaire. * &#171; C'est la CGT qui a mis au monde l'homme docker, on ne renie pas ses parents ! &#187; Jean Cr&#233;pin, pr&#234;tre-ouvrier, premi&#232;re carte de docker *** Quiconque s'est pench&#233; sur l'histoire des dockers (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no152-mars-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;152 (mars 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Laura-Ancona" rel="tag"&gt;Laura Ancona&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-homme-docker" rel="tag"&gt;l'homme docker&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Bastion communiste depuis la seconde moiti&#233; du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, les dockers ont vu leur m&#233;tier d&#233;truit par la conteneurisation et attaqu&#233; par les politiques n&#233;o-lib&#233;rales europ&#233;ennes. Retour sur la r&#233;forme de leur statut et sur la question syndicale &#224; travers l'exemple du port de Saint-Nazaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3095 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH350/-1326-946a5.jpg?1768700575' width='500' height='350' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Laura Ancona
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;*
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;C'est la CGT qui a mis au monde l'homme docker, on ne renie pas ses parents !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Cr&#233;pin, pr&#234;tre-ouvrier, premi&#232;re carte de docker&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;Q&lt;/span&gt;uiconque s'est pench&#233; sur l'histoire des dockers s'est fatalement int&#233;ress&#233; aux partis communistes et &#224; la III&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; internationale. Lisez &lt;i&gt;Sans Patrie ni fronti&#232;re&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Babel, 1997.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; de Jean Valtin, voyez les strat&#233;gies d&#233;ploy&#233;es par le Komintern pour rallier marins et ouvriers portuaires &#224; la cause sovi&#233;tique ; regardez la propagande de Carpita dans son &lt;i&gt;Rendez-vous des quais&lt;/i&gt;, film sur les gr&#232;ves des dockers marseillais durant la guerre d'Indochine. Les ports, incontournables plaques tournantes des flux marchands, ont &#233;t&#233; les avant-postes du combat social. &#171; &lt;i&gt;&#192; l'&#233;poque, c'&#233;taient pas les patrons qui commandaient, c'&#233;tait le syndicat&#8230; Il faut reconna&#238;tre que c'&#233;tait de la tyrannie, mais au b&#233;n&#233;fice des dockers &lt;/i&gt; &#187;, raconte un retrait&#233; &#224; Jean Rolin dans son bouquin &lt;i&gt;Terminal Frigo&lt;/i&gt;. L'&#233;poque, c'est celle de l'apr&#232;s-guerre, celle qui a vu la F&#233;d&#233;ration nationale des ports et docks (FNDP) de la CGT devenir la patronne des quais gr&#226;ce &#224; la loi du 20 ao&#251;t 1947.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Date de naissance.&lt;/strong&gt; Le m&#233;tier se professionnalise, les dockers sortent d'une certaine pr&#233;carit&#233;. &#171; &lt;i&gt;On &#233;tait en intermittence, on avait une indemnit&#233; ch&#244;mage pay&#233;e par une caisse nationale de contribution des dockers. Les patrons cotisaient sur la base salariale, ils nous indemnisaient les jours o&#249; l'on ne travaillait pas. &lt;/i&gt; &#187; Un bon syst&#232;me selon Gilles Denigot, docker retrait&#233; du port de Saint-Nazaire et secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la CGT, puis du syndicat dissident qu'il a contribu&#233; &#224; cr&#233;er, le CNTPA (Coordination nationale des travailleurs portuaires et assimil&#233;s), pendant 25 ans. Influenc&#233;e par le PCF, cette loi soustrait les dockers &#224; toute d&#233;pendance vis-&#224;-vis des entreprises de manutention et place la CGT &#8211; syndicat unique et omnipotent &#8211; au centre du dispositif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Denigot se souvient.&lt;/strong&gt; &#171; &lt;i&gt;On avait le BCMO, bureau central de la main&lt;/i&gt;-&lt;i&gt;d'&#339;uvre, o&#249; les dockers venaient chaque jour. Tel bateau, untel, untel et untel. Et hop, les gars partaient bosser. C'est l&#224; qu'on faisait la rotation du travail. Tous les jours. Donc on avait 300 dockers &#224; huit heures le matin. C'&#233;tait un lieu social et les gars venaient parce qu'il y avait souvent des prises de parole du syndicat avant l'embauche. Apr&#232;s, &#231;a s'est informatis&#233;. Aujourd'hui, le mec tape son code sur un serveur et il sait o&#249; il bosse. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gilles Denigot&lt;/strong&gt; est devenu docker en 1970. &#171; &lt;i&gt;Je suis arriv&#233; l&#224; avec un mec qui faisait partie de la Gauche prol&#233;tarienne, un &#233;tabli. On est venu gagner trois sous et on a fait notre premi&#232;re journ&#233;e de docker occasionnel ensemble. Lui est devenu &#233;crivain &#8211; c'est Jean Rolin &#8211; et moi docker. &lt;/i&gt; &#187; En 1972, il obtient sa carte G, celle qui permet d'avoir la priorit&#233; d'embauche lorsqu'il y a du travail sur le port. &#171; &lt;i&gt;Je suis entr&#233; dans un milieu tr&#232;s particulier, &lt;/i&gt;se souvient-il&lt;i&gt;. &#192; l'&#233;poque les ports &#233;taient domin&#233;s par la culture communiste et par une CGT tr&#232;s muscl&#233;e. J'y ai adh&#233;r&#233; parce que tout le monde le faisait, mais aussi parce que &#231;a me paraissait utile de participer aux combats collectifs et &#224; la r&#233;flexion g&#233;n&#233;rale. Mais j'ai r&#233;ussi &#224; &#233;viter la double adh&#233;sion au Parti communiste. Avec le recul, je me rends compte que &#231;a m'a sans doute valu des probl&#232;mes avec la CGT. Parce que devenir secr&#233;taire du syndicat, si&#233;ger nationalement avec les secr&#233;taires g&#233;n&#233;raux des 35 ports de commerce quand on n'est pas au Parti communiste, c'&#233;tait sp&#233;cial...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;La fin d'un monde&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La loi de 1947&lt;/strong&gt; organise les docks jusqu'aux ann&#233;es d'hiver. Fin 1980, tout le petit milieu affairiste et gestionnaire s'accorde pour la rendre responsable des deux grands maux touchant les ports fran&#231;ais : la faible comp&#233;titivit&#233; et le trop grand pouvoir accord&#233; &#224; la CGT, alors en mesure de bloquer n'importe quel port. Rajoutez &#224; &#231;a la m&#233;canisation du m&#233;tier &#8211; &#224; travers la conteneurisation &#8211; et vous obtenez un ch&#244;mage qui augmente en fl&#232;che depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1980. De quoi faire des trous dans la caisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et l'Europe,&lt;/strong&gt; les dettes, elle n'aime pas &#231;a. La perspective du march&#233; unique en 1993 viendra parachever la r&#233;forme du statut des dockers. Initi&#233; par Jean-Yves Le Drian, alors secr&#233;taire d'&#201;tat &#224; la mer, la nouvelle gouvernance portuaire est adopt&#233;e au Parlement en juin 1992, avec pour principal objectif de r&#233;duire le nombre de dockers et de casser le monopole d'embauche. Pour ce faire, elle propose que chaque port d&#233;finisse le nombre de cartes G (dockers professionnels) pour lequel il estime pouvoir fournir du travail &#8211; mani&#232;re de mettre fin au syst&#232;me de l'intermittence. Ceux qui n'en sont pas titulaires devront se tourner vers la mensualisation dans des entreprises de manutention ou seront invit&#233;s &#224; se r&#233;orienter dare-dare vers une autre profession. L'arr&#234;t de mort du BCMO, lieu social et syndical appel&#233; &#224; devenir &#171; &lt;i&gt; sanctuaire d'une religion disparue&lt;/i&gt; &#187; &#8211; &lt;i&gt;dixit &lt;/i&gt;Jean Rolin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais la FNDP-CGT&lt;/strong&gt; n'entend pas &#234;tre rel&#233;gu&#233;e, ainsi, dans les poubelles de l'Histoire. Elle refuse tout changement, arguant que le discours alarmiste du gouvernement vise &#224; ouvrir la br&#232;che de la privatisation des ports. Une position qui ne fait pas l'unanimit&#233; au sein de l'appareil conf&#233;d&#233;ral de la CGT, alors en plein questionnement strat&#233;gique. Un conflit s'ensuit, extr&#234;mement violent. Non pas de cette violence inh&#233;rente &#224; tout mouvement social, mais d'une violence fratricide qui exhale les effluves d'une fin de r&#232;gne. Les effets s'en font toujours sentir aujourd'hui dans la communaut&#233; des dockers, dynastie familiale dont les membres ont toujours &#233;t&#233; CGTistes et communistes.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Saint-Nazaire ou l'exp&#233;rience cogestionnaire&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le port autonome&lt;/strong&gt; de Nantes-Saint-Nazaire, quatri&#232;me port national&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 1986, Marseille pesait 98,6 millions de tonnes de trafic global, Le Havre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; , entre alors en dissidence &#8211; suivi peu apr&#232;s par une partie des dockers de Dunkerque. &#171; &lt;i&gt;Nous, on a vu que cette r&#233;forme irait jusqu'au bout et que la f&#233;d&#233;ration allait sacrifier tous les ports de moyenne importance au profit des bastions Marseille et Le Havre,&lt;/i&gt; explique Denigot. &lt;i&gt;Puis on a pris ici la d&#233;cision collective de ne pas suivre le mouvement.&lt;/i&gt; &#187; Contrairement &#224; Dunkerque o&#249; le caract&#232;re fratricide de la baston fut tr&#232;s marqu&#233;, les quais nazairiens &#233;taient g&#233;r&#233;s de mani&#232;re plus coop&#233;rative &#171; &lt;i&gt;que dans la culture communiste, au sens vertical des choses&lt;/i&gt; &#187;, comme le pr&#233;cise Gilles. Et ce n'est pas la premi&#232;re fois que les dockers de Saint-Nazaire se frottent &#224; la ligne de la F&#233;d&#233;ration nationale, ils l'avaient d&#233;j&#224; fait lors de la lutte contre la centrale nucl&#233;aire du Pellerin, du soutien &#224; Solidarnosc ou des tentatives de syndicats libres en Union sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Saint-Nazaire,&lt;/strong&gt; donc, entre en dissidence un an avant que n'&#233;clate le conflit. Une r&#233;union houleuse opposant dockers nazairiens et repr&#233;sentants f&#233;d&#233;raux est m&#234;me film&#233;e &#8211; en octobre 1991 &#8211; afin que les propos des premiers ne soient pas d&#233;natur&#233;s par les seconds. Le syndicat nazairien se retrouve ainsi coinc&#233; entre F&#233;d&#233;ration et patronat local, tandis que le syndicat nantais d&#233;cide de suivre la ligne nationale &#8211; soit 48 heures de gr&#232;ves par semaine. Mais cette fermet&#233; illusoire de la CGT nantaise ne suffit pas &#224; masquer la r&#233;alit&#233; d'une strat&#233;gie opaque, consistant &#224; gonfler les muscles tout en n&#233;gociant discr&#232;tement par derri&#232;re &#8211; ici, avec les entreprises de manutention afin de faire baisser les effectifs des dockers de 28 %&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Manuella Noyer, Christophe Patillon, &#171; La fin d'un monde ? Les dockers de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; Saint-Nazaire&lt;/strong&gt; l'ambiance est plut&#244;t &#224; la coop&#233;rative. &#171; &lt;i&gt;On a n&#233;goci&#233; la r&#233;forme&lt;/i&gt;, nous dit fi&#232;rement Denigot, &lt;i&gt;mais on est pas rentr&#233; comme le gouvernement le voulait. On a cr&#233;&#233; une sorte de coop&#233;rative ouvri&#232;re, qui n'en &#233;tait juridiquement pas une, mais dans laquelle les dockers &#233;taient tous actionnaires majoritaires. &lt;/i&gt; &#187; &#199;a donnera Atlantique service manutention (ASM), soci&#233;t&#233; anonyme dont le capital est d&#233;tenu par les dockers et les manutentionnaires. &#171; &lt;i&gt;On a g&#233;r&#233; notre propre truc, dans lequel les employeurs &#233;taient actionnaires minoritaires et si&#233;geaient au conseil d'administration. On avait des contrats commerciaux, avec un pouvoir des travailleurs et des syndicats. On disait, &#8216; on respecte la loi, on est mensualis&#233; ', mais la loi ne dit pas sous quelle forme. Et cette forme, on l'a choisie collectivement. Magnifique bagarre. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sauf que&#8230;&lt;/strong&gt; cette mani&#232;re d'&#234;tre &#171; partenaire-associ&#233; &#187; finit par faire grincer quelques dents. Dix ans apr&#232;s la bagarre, la CGT resurgit sur les quais de l'estuaire. D'anciens proches de Denigot &#171; &lt;i&gt;ont point&#233; du doigt le temps de travail &#224; rallonge et les entorses au droit du travail&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibidem.&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &#187;. Ce qui s'est pass&#233; &#224; Saint-Nazaire est finalement &#224; l'image du nouvel esprit manag&#233;rial : chacun doit s'impliquer au maximum dans la bonne marche de son entreprise &#8211; quand il ne se transforme pas lui-m&#234;me en entrepreneur. Et, au final, la question syndicale, elle, est toujours l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Momo Br&#252;cke&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Babel, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En 1986, Marseille pesait 98,6 millions de tonnes de trafic global, Le Havre 47,2 millions de tonnes, Dunkerque 32,4 millions et Nantes-Saint-Nazaire 24 millions.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Manuella Noyer, Christophe Patillon, &#171; La fin d'un monde ? Les dockers de Loire-Atlantique et la r&#233;forme de 1992 &#187;, &lt;i&gt;Vingti&#232;me si&#232;cle. Revue d'histoire &lt;/i&gt;2012/4 (N&#176;116).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibidem.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les Porsche ont raison de br&#251;ler !</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Les-Porsche-ont-raison-de-bruler</link>
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&lt;p&gt;Fin octobre, lors d'un passage &#224; Nantes. Une personne de Radio Cayenne . Quelques bi&#232;res plus tard, rencard &#233;tait pris en fin d'apr&#232;s-midi devant une boucherie du centre-ville. Pack en main, l'&#233;quipe de Cayenne nous fit entrer dans la baraque, contourner les lourds &#233;tals, traverser l'arri&#232;re-boutique et grimper un escalier nous menant tout droit dans leur antre : une petite cuisine dans laquelle tout le mat&#233;riel n&#233;cessaire &#224; l'&#233;mission flottait dans une agr&#233;able obscurit&#233;. Bien cal&#233; dans (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no151-fevrier-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;151 (f&#233;vrier 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Medias-8" rel="tag"&gt;M&#233;dias&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mouvement" rel="tag"&gt;mouvement&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;F&lt;/span&gt;in octobre, lors d'un passage &#224; Nantes. Une personne de Radio Cayenne&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Radio Cayenne : Mixlr.com/radio-cayenne&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; crois&#233;e au bistrot m'avait demand&#233; de venir pr&#233;senter le dernier &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; en compagnie du camarade Nicolas De La Casini&#232;re &#8211; tenancier du fameux irr&#233;gulomadaire satirique nantais, &lt;i&gt;La Lettre &#224; Lulu&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Lulu l'Nantais &#187;, CQFD n&#176; 141 (mars 2016).&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Quelques bi&#232;res plus tard, rencard &#233;tait pris en fin d'apr&#232;s-midi devant une boucherie du centre-ville. Pack en main, l'&#233;quipe de Cayenne nous fit entrer dans la baraque, contourner les lourds &#233;tals, traverser l'arri&#232;re-boutique et grimper un escalier nous menant tout droit dans leur antre : une petite cuisine dans laquelle tout le mat&#233;riel n&#233;cessaire &#224; l'&#233;mission flottait dans une agr&#233;able obscurit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien cal&#233; dans le petit r&#233;duit, on &#233;coute Jacqueline qui ouvre le bal avec une heure d'informations. Un retour sur mobilisations d'ici et d'ailleurs et les nouvelles catastrophiques du monde-tel-qu'il-va. Jacqueline, un tas de feuilles pos&#233; devant elle, raconte, illustre, se moque, impassible malgr&#233; les bruits de portes et les commentaires chuchot&#233;s des gens pr&#233;sents dans la pi&#232;ce. Une pr&#233;cision ou un compl&#233;ment d'infos &#224; apporter et le second micro du studio se met en mouvement, passe de main en main. Assis dans cette cuisine, on aurait presque envie de monter sur le toit pour maintenir une fourchette en l'air en esp&#233;rant &#233;mettre jusqu'&#224; la rue d'&#224; c&#244;t&#233;. Mais nous ne sommes plus dans les ann&#233;es 1970 &#8211; m&#234;me si l'histoire des radios libres se rejoue aussi ici &#8211; Cayenne est sur Internet en attendant d'&#234;tre pirate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, sa frangine rennaise, Radio Croco&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Radio Croco : Mixlr.com/radiocroco&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, piratait la bande FM lorsqu'elle &#233;mettait de la Maison du Peuple occup&#233;e pendant le mouvement du printemps dernier. Et Cayenne s'est nourrie de ces diverses exp&#233;riences radiophoniques pour monter son projet. &lt;i&gt;&#171; Sur Nantes,&lt;/i&gt; nous raconte Papi, un des animateurs de la radio, &lt;i&gt;l'universit&#233; d'&#233;t&#233; du PS a prolong&#233; le mouvement. Une assembl&#233;e plut&#244;t h&#233;t&#233;rog&#232;ne s'est cr&#233;&#233;e afin de pr&#233;parer la r&#233;ception des socialos &#224; la fin du mois d'ao&#251;t. Bon, finalement le PS n'est pas venu, mais la dynamique a perdur&#233; et c'est au sein de cette assembl&#233;e que l'id&#233;e de monter une radio a &#233;merg&#233;. &#187;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une quinzaine de personnes &#8211; rompues ou non &#224; la cr&#233;ation radiophonique &#8211; se sont lanc&#233;es dans l'aventure avec une id&#233;e-force : faire de Cayenne un outil au service des luttes. Depuis leur premi&#232;re &#233;mission, au d&#233;but du mois d'ao&#251;t, les sujets se sont encha&#238;n&#233;s entre enqu&#234;te, fiction, reportage et histoire&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En attendant mieux, vous trouverez leurs podcasts &#224; cette adresse : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. Cr&#233;er des liens avec les autres m&#233;dias locaux se fait petit &#224; petit, &#224; l'instar des relations qui unissent la radio nantaise &#224; Radio Klaxon (ZAD) &#8211; qui vont bien au-del&#224; du partage d'une page &lt;i&gt;streaming&lt;/i&gt; ; ou encore ces &#233;missions communes r&#233;alis&#233;es avec Radio Jungala (Calais). L'objectif est toujours le m&#234;me : cr&#233;er du commun avec ceux et celles qui permettent &#224; nos combats de devenir sonores.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cayenne, c'est &#233;galement une exp&#233;rience radiophonique. On sait quand &#231;a commence, mais on ne sait jamais vraiment quand &#231;a va se terminer. &lt;i&gt;&#171; L'&#233;mission d&#233;bute &#224; 19 h et se termine entre 23 h et 2 h du matin,&lt;/i&gt; l&#226;che Papi. &lt;i&gt;On a m&#234;me d&#233;j&#224; fait une prise d'antenne de 24h ! &#187;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;On air&lt;/i&gt; tous les lundis et vendredis, Cayenne compte bien &#233;mettre en non-stop d'ici une poign&#233;e de semaines. &lt;i&gt;&#171; &#199;a permettra de faire de la rediff' et de diffuser des &#233;missions de camarades,&lt;/i&gt; continue Papi. &lt;i&gt;Bien s&#251;r, l'id&#233;e est surtout d'avoir de plus en plus de monde sur les cr&#233;neaux qu'on propose. &#187;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et au fait Papi, pourquoi Cayenne ? &lt;i&gt;&#171; Il y a plusieurs mythes autour du nom. D&#233;j&#224;, il y a cette Porsche qui a cram&#233; pendant le mouvement &#224; Nantes. C'&#233;tait pas une Porsche Cayenne, mais quand m&#234;me, tu vois l'id&#233;e ? Puis, il y a aussi le c&#244;t&#233; bagnards... &#187;&lt;/i&gt; En tout cas, Cayenne-la-pl&#233;b&#233;ienne est belle comme une Porsche qui br&#251;le !&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Momo Br&#252;cke&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Radio Cayenne : &lt;a href=&#034;http://mixlr.com/radio-cayenne/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mixlr.com/radio-cayenne&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Lulu-l-Nantais' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Lulu l'Nantais&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 141 (mars 2016).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Radio Croco : &lt;a href=&#034;http://mixlr.com/radiocroco/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mixlr.com/radiocroco&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En attendant mieux, vous trouverez leurs podcasts &#224; cette adresse : &lt;a href=&#034;http://mixlr.com/radio-cayenne/showreel/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mixlr.com/radio-cayenne/showreel&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les Trompettes de l'Apocalypse</title>
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		<dc:creator> Momo Br&#252;cke, Emmanuel Sans&#233;au</dc:creator>


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&lt;p&gt;Apr&#232;s la surprise, la fausse-question : de quoi Donald Trump est-il le nom ? Malgr&#233; le brouhaha &#233;mis par les experts patent&#233;s, nous avons tenu &#224; faire le point sur ce qu'il faut d&#233;truire. &#171; La pr&#233;sidentielle ? Pfffff&#8230; &#187; C'est l'&#233;cho entendu le mois dernier dans les rues de Fall River (Massachusetts), ex-cit&#233; industrielle de la c&#244;te Est des Etats-Unis, et bastion d&#233;mocrate . Pourtant, l'abstention n'y a pas &#233;t&#233; plus forte qu'ailleurs . On y a juste remarqu&#233; une victoire d&#233;mocrate d&#233;croch&#233;e (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Remy-Cattelain" rel="tag"&gt;R&#233;my Cattelain&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s la surprise, la fausse-question : de quoi Donald Trump est-il le nom ? Malgr&#233; le brouhaha &#233;mis par les experts patent&#233;s, nous avons tenu &#224; faire le point sur ce qu'il faut d&#233;truire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3000 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L401xH400/-1238-84af0.jpg?1768652164' width='401' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par R&#233;my Cattelain
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; L&lt;/span&gt;&lt;i&gt;a pr&#233;sidentielle ? Pfffff&#8230; &#187; &lt;/i&gt;C'est l'&#233;cho entendu le mois dernier dans les rues de Fall River (Massachusetts), ex-cit&#233; industrielle de la c&#244;te Est des Etats-Unis, et bastion d&#233;mocrate&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Emmanuel Sans&#233;au, &#171; L'empire du moindre mal &#187;, CQFD n&#176; 148, novembre 2016.&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Pourtant, l'abstention n'y a pas &#233;t&#233; plus forte qu'ailleurs&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;40 % d'abstention &#224; Fall River alors que la moyenne nationale fr&#244;le les 46 % (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. On y a juste remarqu&#233; une victoire d&#233;mocrate d&#233;croch&#233;e avec la plus petite marge depuis l'&#233;lection de Richard Nixon en 1972 &#8211; 21,7 points. Preuve s'il en faut que le &#171; dernier rempart &#187; (Hillary Clinton) contre &#171; l'apocalypse &#187; (Donald Trump) n'y a pas convaincu grand monde. La digue a saut&#233;, Trump s'est point&#233;, et s'est mis &#224; danser sur les cendres du triomphe annonc&#233; par la quasi-totalit&#233; des m&#233;dias (lire ci-dessous). Plus que sa victoire, c'est la d&#233;faite de Clinton et des d&#233;mocrates qui s'est jou&#233;e le 8 novembre dernier. De l&#224; &#224; en faire un signe annonciateur d'orage, il n'y a qu'un pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et nous pourrions &lt;/strong&gt;r&#233;p&#233;ter &#224; l'envi ce qui s'est dit : x&#233;nophobe, raciste, climatosceptique, homophobe, protectionniste, idiot, sexiste, inepte, etc. Voir Trump devenir la nouvelle incarnation de l'Uncle Sam n'a &#8211; vraiment &#8211; rien de rassurant. Nous pourrions faire le portrait robot de ceux qui lui ont donn&#233; le pouvoir&#8230; Dire que le vote r&#233;publicain n'est pas vraiment une affaire de classe sociale &#8211; m&#234;me s'il a progress&#233; chez les plus pauvres &#8211; tant il varie peu selon le niveau de revenus. Appuyer surtout sur la pr&#233;dominance de la question raciale : 58 % des Blancs ont donn&#233; leurs voix au m&#226;le contre seulement 8 % des Noirs&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Election 2016 : Exit Polls &#187; sur le site du New York Times.&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. &lt;i&gt;White Power &lt;/i&gt;avez-vous dit ? Oui ! Nous pourrions, encore, &#233;voquer le vote des &#233;vang&#233;listes blancs (81 % pour Trump)&#8230; Mais stop !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous pouvons jeter &lt;/strong&gt;l'anath&#232;me sur les &#233;lecteurs de Trump. Il n'y a rien &#224; comprendre &#224; leur d&#233;sir raciste. On peut chercher derri&#232;re ce vote une classe ouvri&#232;re oubli&#233;e par les &#233;lites de Washington et de Wall Street, mais on n'y trouvera que le terreau d'un ressentiment culturel nourri au racisme syst&#233;mique. Albert Woodfox, ex-membre du Black Panther Party, le sait mieux que quiconque : &lt;i&gt;&#171; Quand je suis sorti de prison apr&#232;s 44 ans, un de mes plus gros chocs a &#233;t&#233; de r&#233;aliser que les choses n'avaient pas tellement chang&#233;. La plus grosse diff&#233;rence, c'est que le racisme y est moins ouvert. Il est d&#233;sormais cod&#233;. Regardez ce que raconte Donald Trump quand il proclame qu'il faut &#8220;reprendre l'Am&#233;rique&#8221; &lt;/i&gt;[avec son slogan &lt;i&gt;&#8220;Take America Back&#8221;&lt;/i&gt;, ndlr]. &lt;i&gt;Mais qui s'est empar&#233; des &#201;tats-Unis ? Ce que Trump veut dire, c'est qu'il est temps pour l'Am&#233;rique blanche de reprendre le contr&#244;le. De son point de vue et de celui de ses supporteurs racistes, l'Am&#233;rique est contr&#244;l&#233;e par les minorit&#233;s. Trump a obtenu le soutien du Ku Klux Klan, du parti nazi et de toutes ces autres organisations racistes, et il ne les a jamais d&#233;nonc&#233;s. &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Thomas Cantaloube, &#171; 44 ans isol&#233;s en prison, ils d&#233;couvrent Donald Trump en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;&lt;strong&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ni d&#233;nonc&#233;s, ni d&#233;savou&#233;s &lt;/strong&gt;ou alors du bout des l&#232;vres. Trump est m&#234;me all&#233; plus loin, en nommant son ancien directeur de campagne, Stephen K. Bannon &#8211; patron du site d'extr&#234;me droite (&lt;i&gt;alt right&lt;/i&gt;) Breitbart News &#8211;, chef de cabinet de la Maison-Blanche. Ou comment faire le bonheur des supr&#233;macistes blancs qui, depuis, se l&#226;chent sans vergogne &#8211; comme le montre la multiplication des agressions racistes et des croix gamm&#233;es sur les murs des grandes villes &#233;tasuniennes. Pourtant ces relents d'&#233;gouts n'ont pas fait paniquer les march&#233;s financiers pour un sou&#8230; un petit coup de flip de quelques heures et toutes les bourses repartaient &#224; la hausse. OEill&#232;res bien en place, l'optimisme est de mise. Apr&#232;s tout, Trump le milliardaire n'est pas l&#224; pour se tirer une balle dans le pied.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quant &#224; Clinton, &lt;/strong&gt;sa mani&#232;re &#8211; tr&#232;s &#233;nervante &#8211; d'incarner le &lt;i&gt;politically correct &lt;/i&gt;lui a fait perdre des points. Elle &#233;tait d&#233;test&#233;e&#8230; et d&#233;testable. Suffisamment, en tout cas, pour faire perdre six millions de voix au camp d&#233;mocrate par rapport &#224; l'&#233;lection de 2012 &#8211; alors que les r&#233;publicains en perdent un million. C'est l'abstention qui l'a plant&#233;. Hillary, c'est le statu quo. La continuation d'une politique de lib&#233;ralisation de l'&#233;conomie qui fut engag&#233;e par William, l'autre Clinton (Bill), d&#232;s son premier mandat. Qu'elle ait remport&#233; le &#171; vote populaire &#187; &#8211; c'est-&#224;-dire le nombre de voix &#8211; et que sa d&#233;faite se situe au niveau du coll&#232;ge &#233;lectoral ne change rien &#224; l'affaire. Finalement, dans ces &#233;lections, il n'y a jamais d'alternatives. Et &#224; la fin, ce sont les march&#233;s qui gagnent. &#192; la botte de l'&#233;conomie, les politicards s'imaginent &#234;tre &#8211; &#244; fantasme &#8211; le &lt;i&gt;&#171; dernier rempart entre &lt;/i&gt;[nous] &lt;i&gt;et l'apocalypse. &#187; &lt;/i&gt;Ils ne se rendent m&#234;me pas compte qu'ils en sont, juste, les trompettes.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Momo Br&#252;cke&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Du bullshit dans les yeux&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;petitelettrine&gt;&#199;&lt;/petitelettrine&gt;a devait &#234;tre une &#233;lection gagn&#233;e d'avance. Ou du moins une d&#233;faite assur&#233;e de Donald Trump. Un mois avant la pr&#233;sidentielle am&#233;ricaine, le magazine &lt;i&gt;Time &lt;/i&gt;soutenait que le candidat r&#233;publicain avait &#171; d&#233;j&#224; perdu &#187;. Les plus fins astrologues du commentariat battaient alors des records de clairvoyance, enjoignant leurs lecteurs &#224; &lt;i&gt;&#171; ne pas paniquer &#224; propos de Donald Trump &#187; &lt;/i&gt;(slate.com) car &lt;i&gt;&#171; les gens se montrent plus pragmatiques &#224; mesure qu'ils s'approchent des urnes &#187; &lt;/i&gt;(vox.com). La palme de la divination journalistique revient peut-&#234;tre &#224; l'hebdomadaire &lt;i&gt;Newsweek &lt;/i&gt; : &lt;i&gt;&#171; Trump ne va pas seulement perdre. Il sera vaincu par le plus grand raz-de-mar&#233;e &#233;lectoral de l'histoire pr&#233;sidentielle moderne. &#187; &lt;/i&gt;Apr&#232;s tout, Hillary Clinton avait la faveur des sondages, le soutien d'une &#233;crasante majorit&#233; des m&#233;dias nationaux, de Wall Street et m&#234;me d'&#233;lus r&#233;publicains affol&#233;s par la campagne inf&#226;me de leur candidat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au d&#233;but de la soir&#233;e &#233;lectorale&lt;/strong&gt;, ce 8 novembre, le barom&#232;tre du &lt;i&gt;New York Times &lt;/i&gt;donnait &#224; 85 % les chances d'une victoire d&#233;mocrate. Sur le plateau de CNN, les mines des pr&#233;sentateurs s'assombrirent en fin de soir&#233;e. Entre un milliardaire tout droit sorti d'une s&#233;rie Z et une d&#233;mocrate aussi tranchante qu'un couteau &#224; beurre, la figure de &#171; l'homme &#224; poigne &#187; a pu mobiliser un &#233;lectorat m&#233;pris&#233; et tourment&#233;. Il suffisait pourtant de s'&#233;loigner des grandes villes, m&#234;me sur la c&#244;te acquise au parti d&#233;mocrate, pour voir que les pr&#233;dictions avaient du plomb dans l'aile. &#201;tudiants &lt;i&gt;&#171; d&#233;go&#251;t&#233;s &#187; &lt;/i&gt;par &lt;i&gt;&#171; l'opportunisme &#187; &lt;/i&gt;d'Hillary Clinton ; prolos s&#233;duits par le &lt;i&gt;&#171; parler vrai &#187; &lt;/i&gt;de Donald Trump ; classes moyennes convaincues que les vieilles recettes reaganiennes &lt;i&gt;&#171; r&#233;pareront les d&#233;g&#226;ts &#187; &lt;/i&gt;de l'administration Obama.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si les journalistes s'en remettent &#224; une condamnation commode des sondages&lt;/strong&gt;, leur aveuglement tient aussi d'un isolement de classe conc&#233;d&#233; &#224; demi-mot. Quand les faiseurs d'opinion new-yorkais s'enferment dans leurs enclaves lib&#233;rales et empochent jusqu'&#224; dix fois le salaire m&#233;dian des habitants de l'Ohio, comment prendraient-ils au s&#233;rieux la col&#232;re sociale d'&#201;tats ruraux, sinistr&#233;s et conservateurs ? Comme le dit cr&#251;ment le journaliste am&#233;ricain Marc Dion sur creators.com, &lt;i&gt;&#171; les &#233;ditorialistes des grands journaux &#233;taient horrifi&#233;s &#224; l'id&#233;e que des chr&#233;tiens pauvres et blancs de l'Oklahoma pouvaient voter. Bordel, ces gens-l&#224; ne sont m&#234;me pas all&#233;s &#224; l'universit&#233; ! &#187; &lt;/i&gt;Qu'on se rassure : le directeur du &lt;i&gt;New York Times &lt;/i&gt;(un poste &#224; 500 000 dollars l'ann&#233;e, d'apr&#232;s ses pr&#233;d&#233;cesseurs), critiqu&#233; pour sa couverture biais&#233;e de l'&#233;lection, s'est fendu d'une lettre d'excuse &#224; ses lecteurs. Il assure &lt;i&gt;&#171; r&#233;fl&#233;chir &#224; ce r&#233;sultat capital &#187; &lt;/i&gt;et &lt;i&gt;&#171; r&#233;affirme son engagement &#187; &lt;/i&gt;pour les bonnes vieilles valeurs du journalisme. Qui, encore une fois, en ont pris un sacr&#233; coup.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Emmanuel Sans&#233;au&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Emmanuel Sans&#233;au, &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/L-Empire-du-moindre-mal' class=&#034;spip_in&#034;&gt;L'empire du moindre mal&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD &lt;/i&gt;n&#176; 148, novembre 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;40 % d'abstention &#224; Fall River alors que la moyenne nationale fr&#244;le les 46 % si l'on se r&#233;f&#232;re aux &#233;lecteurs en &#226;ge de voter, et 50 % si l'on s'en tient &#224; ceux effectivement inscrits sur les listes &#233;lectorales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.nytimes.com/interactive/2016/11/08/us/politics/election-exit-polls.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Election 2016 : Exit Polls&lt;/a&gt; &#187; sur le site du &lt;i&gt;New York Times.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Thomas Cantaloube, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/141116/44-ans-isoles-en-prison-ils-decouvrent-donald-trump-en-sortant?onglet=full&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;44 ans isol&#233;s en prison, ils d&#233;couvrent Donald Trump en sortant&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt;, 14 novembre 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Winter is coming</title>
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		<dc:date>2019-05-20T03:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Momo Br&#252;cke, Iffik Le Guen, Julien Tewfiq</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Demain comme aujourd'hui, le travail demeurera une centralit&#233; dans nos existences. Coercitif ou librement consenti, ali&#233;nant ou gratifiant, le chagrin continuera de charpenter le socle de notre vie commune. Parce que le futur est d&#233;j&#224; &#224; notre porte, CQFD vous propose trois envol&#233;es dystopiques. Walter Benjamin a eu cette formule : &#171; Il faut organiser le pessimisme. &#187; Nous y sommes. Et le monde devint machine Les injonctions au plein-emploi r&#233;sonnent encore alors m&#234;me que le travail (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no147-octobre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;147 (octobre 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Alors" rel="tag"&gt;Alors&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Moyen-Age" rel="tag"&gt;Moyen &#194;ge&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Demain comme aujourd'hui, le travail demeurera une centralit&#233; dans nos existences. Coercitif ou librement consenti, ali&#233;nant ou gratifiant, le chagrin continuera de charpenter le socle de notre vie commune. Parce que le futur est d&#233;j&#224; &#224; notre porte, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; vous propose trois envol&#233;es dystopiques.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2905 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;6&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH394/-1149-71800.jpg?1768816119' width='500' height='394' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;i&gt; Walter Benjamin a eu cette formule : &#171; &lt;i&gt;Il faut organiser le pessimisme.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br&gt; Nous y sommes.&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Et le monde devint machine
&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;petitelettrine&gt;L&lt;/petitelettrine&gt;es injonctions au plein-emploi r&#233;sonnent encore alors m&#234;me que le travail est mort. Politicards et &#233;conomistes ont tout fait pour conserver ce mythe malgr&#233; la robotisation. Aujourd'hui, on ne travaille plus, on veille les robots. Nous vivons en pleine science-fiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#199;a a commenc&#233; au si&#232;cle dernier &lt;/strong&gt;avec Taylor, Ford, etc. un pr&#233;tendu cercle vertueux alors qu'il n'&#233;tait que vicieux : l'humain devenait esclave de la machine tandis que la marchandise occupait l'ensemble de la vie sociale. &#171; &lt;i&gt;Les machines deviennent le monde et le monde devient machin&lt;/i&gt;e &#187; proph&#233;tisait G&#252;nther Anders, lucide observateur de l'obsolescence humaine. D&#233;j&#224; en 1936, &lt;i&gt;Les Temps modernes &lt;/i&gt;nous montrait un Chaplin domin&#233; et soumis &#224; un automate jusqu'&#224; le rendre fou. Les travailleurs, en plus d'&#234;tre exploit&#233;s devenaient serviteurs. Puis, le mouvement a &#233;t&#233; irr&#233;versible : en un peu moins d'un si&#232;cle, la robotisation a expuls&#233; dans les marges des dizaines de millions de travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'interm&#232;de de l'ub&#233;risation &lt;/strong&gt;finit de lever le voile : les travailleurs r&#233;duits &#224; l'&#233;tat d'entreprises pr&#233;caires en concurrence les unes avec les autres. Les grands gagnants furent les consortiums qui, all&#233;g&#233;s des charges, firent jouer la concurrence &#224; plein. Des masses de salari&#233;s de plus en plus pr&#233;caris&#233;s se firent la guerre tandis que les machines colonisaient peu &#224; peu les entrailles de la production mondialis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Mort au travail, vive les robots ! &#187;&lt;/strong&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur le terrain, &lt;/strong&gt;les mouvements sociaux n'ont pu faire le poids. Ceci explique, sans doute, le r&#244;le d'idiots utiles jou&#233;s par les sociaux-d&#233;mocrates et une partie de la gauche &#171; radicale &#187;, dont les slogans d'alors &#8211; &#171; Mort au travail : vive les robots ! &#187; &#8211; donnent aujourd'hui le vertige. En fait, ils &#233;taient dos au mur, se raccrochant follement aux haillons d'une mauvaise lecture de Marx : &#171; &lt;i&gt;La r&#233;duction de la journ&#233;e de travail est la condition fondamentale de [l'&#233;panouissement de la puissance humaine] &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karl Marx, Le Capital.&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. &#187; Il y avait pourtant d'autres chemins pour &#233;viter ce lent retour vers le servage. Le sabotage, par exemple, m&#234;me s'il n'eut fonctionn&#233;, aurait eu le m&#233;rite de sauver l'honneur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La solution fut trouv&#233;e : &lt;/strong&gt;robotisation et instauration d'un revenu universel minable. Plus de s&#233;cu ou de minima sociaux, une obole mensuelle contre obligation de veiller les machines &#8212; entre 10 et 45 heures hebdo selon les besoins de l'&#233;conomie. M&#234;me dans le secteur de la sant&#233;, lieu du soin et d'une relation proprement humaine, on n'a pas r&#233;sist&#233;. &#192; force de traiter les soignants et les soignantes comme des machines, les entreprises de sant&#233; ont fini par pr&#233;f&#233;rer l'original &#224; la copie. Ce qui est pratique : les robots sont ne sont ni sujets aux suicides ni aux &#233;tats d'&#226;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aujourd'hui, on veille. &lt;/strong&gt;Les yeux hypnotis&#233;s par les &#233;crans. Notre lexique binaris&#233; pour mieux correspondre avec la machine. Et le temps &#171; libre &#187;, l'&#233;panouissement ? me demandez-vous. une libert&#233; surveill&#233;e ! Le revenu garanti ? une &#233;p&#233;e de Damocl&#232;s ! Au moindre faux pas, c'est la condamnation, les vivres coup&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais je m'en fous&lt;/strong&gt;. Demain, je tue un robot.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Momo Br&#252;cke&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La Conjuration des &#233;gaux&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;petitelettrine&gt;C&lt;/petitelettrine&gt;'&#233;tait apr&#232;s la Grande Guerre pour les Ressources qui a d&#233;vast&#233; tous les continents. Des fragments d'anciens &#201;tats d'Europe du Nord s'&#233;taient regroup&#233;s au sein de l'Union bor&#233;alienne. La vie s'y &#233;coulait paisiblement derri&#232;re de hauts murs absolument infranchissables. Nous, les &#201;gaux, avions repris nos vies en main pour les consacrer &#224; l'&#233;panouissement de tous. Instruits des erreurs du pass&#233;, nous nous &#233;tions attel&#233;s &#224; construire une soci&#233;t&#233; harmonieuse entre nous comme avec la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement faisait une large place &#224; la d&#233;mocratie directe et &#224; l'autonomie des collectivit&#233;s de base. Toute diff&#233;rence de sexe, de position sociale, d'&#226;ge, de croyance, &#233;tait proscrite jusque dans le langage. L'exploitation des animaux &#233;tait interdite. Les techniques agricoles, quand elles &#233;taient employ&#233;es, devaient strictement respecter les cycles naturels. La richesse &#233;tait &#233;quitablement r&#233;partie au moyen d'un revenu citoyen, ce qui laissait &#224; chacun de nous le choix de travailler ou non. Seuls les emplois sup&#233;rieurs &#233;taient permis aux &#201;gaux : m&#233;decin, avocat, ing&#233;nieur, officier. Toutes les terres avaient &#233;t&#233; collectivis&#233;es au profit des &#201;gaux et l'ensemble des infrastructures (logement, routes, t&#233;l&#233;communications&#8230;) &#233;taient con&#231;ues dans le sens du plus petit impact environnemental possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quant aux activit&#233;s laborieuses &lt;/strong&gt;les plus p&#233;nibles, nous les avions confi&#233;es aux r&#233;sidents. Ces &#233;trangers que nous laissions entrer au compte-gouttes dans l'Union n'avaient pas droit de cit&#233; mais pouvaient acc&#233;der &#224; une vie confortable en se consacrant &#224; l'agriculture, l'industrie, l'artisanat, le commerce ou la gestion de l'argent. Ils &#233;taient &#233;galement soumis &#224; un certain nombre de services d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral : construction et entretien des voies ainsi que des b&#226;timents publics, fabrication et maintenance des &#233;quipements collectifs, perception des taxes, garde des remparts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque l'un d'entre eux s'&#233;tait particuli&#232;rement distingu&#233; dans ces services, il pouvait pr&#233;tendre au statut de r&#233;sident-responsable et il &#233;tait alors admis &#224; participer aux d&#233;cisions des assembl&#233;es avec un avis consultatif. Afin d'&#233;viter tout d&#233;s&#233;quilibre, des restrictions &#233;taient impos&#233;es aux r&#233;sidents. La taille de leurs entreprises ne pouvait exc&#233;der un certain nombre de salari&#233;s. Leur capacit&#233; &#224; louer des terrains et logements &#233;tait limit&#233;e en surface. Ils &#233;taient redevables de taxes cons&#233;quentes pour chaque nouvel enfant jusqu'&#224; un nombre maximum de deux. D&#232;s lors qu'ils atteignaient un certain seuil, leurs revenus &#233;taient lourdement impos&#233;s au b&#233;n&#233;fice du budget public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lib&#233;r&#233;s des contraintes &lt;/strong&gt;les plus p&#233;nibles, nous nous adonnions aux plaisirs de l'esprit et de de la chair qui n'est pas forc&#233;ment triste. Tout &#233;tait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un seul probl&#232;me subsistait &lt;/strong&gt;chez les &#201;gaux : parfois un insondable ennui s'emparait de nous. Il &#233;tait alors temps de sacrifier un r&#233;sident.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Iffik Le Guen&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Vive le Moyen &#194;ge !&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;petitelettrine&gt;A&lt;/petitelettrine&gt;u d&#233;but, nous avions cru que ce n'&#233;tait qu'une crise comme en avaient connu l'Argentine, la Gr&#232;ce ou l'Espagne. Mais ce n'&#233;tait pas une crise comme les autres. C'&#233;tait la grande, la derni&#232;re, la fatale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; qui la faute ? &lt;/strong&gt;Aux banques qui s'&#233;taient effondr&#233;es comme des dominos ? Aux p&#233;troliers qui avaient trich&#233; sur l'&#233;tat de leurs r&#233;serves de brut ? Aux &#201;tats incapables de g&#233;rer le fracas climatique ? Aux travailleurs qui avaient d&#233;sert&#233; leurs postes au c&#339;ur de la temp&#234;te ? Voir ces nu&#233;es de ch&#244;meurs mendier sur le bord des routes, &#231;a nous rappelait les photos de la crise de 1929 dans les manuels scolaires. Puis les &#233;tals des magasins se vid&#232;rent. Le prix des denr&#233;es alimentaires et des mati&#232;res premi&#232;res augmenta aussi vite que celui de l'essence. Partout, les officiels nous promettaient un prochain &#171; retour &#224; la normale &#187;. La situation ne fit qu'empirer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On aurait pu s'attendre &#224; des sc&#232;nes de pillage&lt;/strong&gt; ou de barricades urbaines. Ce fut la d&#233;sertion. Du boulot, de la ville. un improbable retour &#224; la terre, la nourrici&#232;re, la paysanne. Nous, les citadins, &#233;tions des migrants, allant sur les routes avec quelques affaires, &#224; la recherche d'un village qui voudrait bien de nous. On aurait pu s'attendre &#224; ce que les derniers paysans nous accueillent &#224; coups de fourches. Pas du tout. Les populations urbaines et rurales trouv&#232;rent &#224; s'imbriquer assez facilement. M&#233;canis&#233;es et informatis&#233;es &#224; outrance, les campagnes manquaient de bras maintenant que les machines ne marchaient plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y avait ce savoir &lt;/strong&gt;vieux de dix mille ans &#224; r&#233;apprendre et r&#233;inventer : travailler la terre, &#233;lever du b&#233;tail, fabriquer des outils. Recycler, exp&#233;rimenter ; souder un nouveau lien communautaire. Dans chaque village, anciens et nouveaux habitants ont d&#251; trouver comment vivre et travailler ensemble, r&#233;partir les t&#226;ches, les habitations, les champs&#8230; Le plus souvent, ces petites communaut&#233;s s'organisaient autour d'un conseil municipal et d'un maire, comme au temps d'avant. Mais on a connu des organisations plus horizontales avec mise en commun des ressources et prises de d&#233;cision collectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je me souviens &lt;/strong&gt;avec &#233;motion de la fois o&#249; j'ai ramass&#233; mes premi&#232;res courges. &#192; la ville, j'&#233;tais &lt;i&gt;community manager &lt;/i&gt;pour une bo&#238;te de t&#233;l&#233;phonie, je n'avais jamais eu les moyens d'avoir un jardin. Je me souviens aussi des premiers hivers, les plus durs, et de l'indispensable solidarit&#233; des villageois pour se tenir chaud. &#192; la ville, je me ruinais en chauffage &#233;lectrique ! Quand, au bout de deux ans, des agents de ce qui restait de l'&#201;tat sont venus au village pour &#171; organiser un recensement en vue de r&#233;tablir les services de l'&#201;tat et l'assiette d'imposition &#187;, on les a re&#231;us comme il le fallait ! Nous avions travaill&#233; pour notre communaut&#233; et en bonne entente avec les villages voisins, ce n'&#233;tait pas pour que des grosses l&#233;gumes viennent nous refaire le coup des sauvages &#224; civiliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je me souviens &lt;/strong&gt;qu'au d&#233;but, certains disaient que nous vivions une &#171; catastrophe &#187;, &#171; un retour au Moyen &#194;ge &#187;&#8230; Alors moi, je vous le dis : &#171; Vive ! Vive le Moyen &#194;ge ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Julien Tewfiq&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Karl Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>V&#233;lo-entrepreneurs : notre devenir Siret</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Momo Br&#252;cke</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Baptiste Alchourroun</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>travail</dc:subject>
		<dc:subject>Happymoov</dc:subject>
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		<dc:subject>&#233;cologique</dc:subject>
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		<dc:subject>City Cruisers</dc:subject>
		<dc:subject>coursier</dc:subject>
		<dc:subject>autoentrepreneurs</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Rebaptis&#233; v&#233;lo-taxi &#224; &#233;nergie propre, ou transport doux, le rickshaw reprend du service depuis le milieu des ann&#233;es 1990. CQFD a rencontr&#233; deux auto-entrepreneurs d'Happymoov, &#171; entreprise novatrice et dynamique &#187; qui fait de la publicit&#233; &#224; p&#233;dale son fonds de commerce. Le 27 septembre 2016, un rapport de l'OMS faisait le tour des m&#233;dias : 92 % de la population mondiale &#233;volue dans une atmosph&#232;re trop pollu&#233;e. En cause, l'anthropoc&#232;ne : &#171; Les modes de transport inefficaces, les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no147-octobre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;147 (octobre 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Baptiste-Alchourroun" rel="tag"&gt;Baptiste Alchourroun&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/travail" rel="tag"&gt;travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Happymoov" rel="tag"&gt;Happymoov&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/coursier" rel="tag"&gt;coursier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/autoentrepreneurs" rel="tag"&gt;autoentrepreneurs&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Rebaptis&#233; v&#233;lo-taxi &#224; &#233;nergie propre, ou transport doux, le &lt;i&gt;rickshaw &lt;/i&gt;reprend du service depuis le milieu des ann&#233;es 1990. &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; a rencontr&#233; deux auto-entrepreneurs d'Happymoov, &#171; entreprise novatrice et dynamique &#187; qui fait de la publicit&#233; &#224; p&#233;dale son fonds de commerce.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2903 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH468/-1147-43a35.jpg?1768650972' width='400' height='468' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Baptiste Alchourroun
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L&lt;/span&gt;e 27 septembre 2016, un rapport de l'OMS&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Organisation mondiale de la sant&#233;.&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; faisait le tour des m&#233;dias : 92 % de la population mondiale &#233;volue dans une atmosph&#232;re trop pollu&#233;e. En cause, l'anthropoc&#232;ne&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Anthropoc&#232;ne : p&#233;riode g&#233;ologique o&#249; la r&#233;volution industrielle fait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; : &#171; &lt;i&gt;Les modes de transport inefficaces, les combustibles m&#233;nagers, la combustion des d&#233;chets, les centrales &#233;lectriques aliment&#233;es au charbon et les activit&#233;s industrielles. &lt;/i&gt; &#187; Alors que la temp&#233;rature globale n'en finit plus de grimper, une certaine &#233;conomie de niche tente le coup du taxi &#233;cologique dans les m&#233;tropoles satur&#233;es de microparticules. &lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Happymoov &lt;/strong&gt;vous emm&#232;ne &#224; bord de ses City Cruisers &#224; travers la ville pour vous permettre de vous d&#233;placer rapidement et facilement {{}}&lt;/i&gt;[&#8230;]&lt;i&gt;, sans &#233;mettre la moindre pollution. &lt;/i&gt; &#187; Vocabulaire anglophone de rigueur, &#171; &lt;i&gt;&#233;quipe de franchis&#233;s jeune, solidaire et ambitieuse &lt;/i&gt; &#187;, certification &#233;cologique : le &lt;i&gt;rickshaw &lt;/i&gt;d&#233;barque sous nos latitudes. Mais contrairement &#224; son cousin d'Asie du Sud- Est, il est essentiellement connect&#233; au flux touristique : &#171; &lt;i&gt;On n'a quasiment que des touristes, beaucoup plus que des Marseillais &lt;/i&gt; &#187; confirme S&#233;bastien, coursier nouvellement arriv&#233; dans l'&#233;quipe. &lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fort de plus de cent v&#233;lo-taxis &lt;/strong&gt;sur l'ensemble du territoire, Happymoov vend ces &#171; &lt;i&gt;5 m&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt; d'affichage visibles &#224; 360&#176; &lt;/i&gt; &#187; aux annonceurs. Ce &#171; &lt;i&gt;support &#224; fort capital sympathie, &#233;cologique, mobile &lt;/i&gt; &#187; permet &#171; &lt;i&gt;un taux de m&#233;morisation bien sup&#233;rieur aux supports traditionnels &lt;/i&gt; &#187; tout en conf&#233;rant aux clients &#171; &lt;i&gt;une image positive, dynamique et moderne &lt;/i&gt; &#187;. Bertrand, autoentrepreneur aux &#171; &lt;i&gt;deux casquettes &lt;/i&gt; &#187;, coursier et manager, nous le confirme : &#171; &lt;i&gt;Aux annonceurs, on vend le c&#244;t&#233; &#233;cologique, on vend le c&#244;t&#233; visible &#224; peu pr&#232;s partout. &lt;/i&gt; &#187; &lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les clients d'Happymoov &lt;/strong&gt;sont les annonceurs, les coursiers, eux, s'occupent de balader un espace publicitaire et leur propre client&#232;le : les touristes. Car les pilotes sont tous autoentrepreneurs. Sous sa casquette de manager, Bertrand pr&#233;cise : &#171; &lt;i&gt;Nous sommes uniquement fournisseurs d'un moyen de gagner de l'argent avec une certaine &#233;thique, forc&#233;ment, puisqu'il s'agit de v&#233;los. &lt;/i&gt; &#187; Et pourquoi des autoentrepreneurs ? &#171; &lt;i&gt;La raison, c'est qu'on ne peut pas et on ne veut pas v&#233;rifier ce qu'ils font sur le terrain. C'est impossible de filmer la transaction, il y a toujours un subterfuge possible de la part du pilote pour nous mentir. &lt;/i&gt; &#187; &#201;videmment, la confiance n'est pas de mise quand on voit tout le passif de la r&#233;sistance ouvri&#232;re au travail. un salari&#233;, c'est pas fiable ! &#171; &lt;i&gt;On n'a absolument pas de pouvoir sur la motivation du pilote alors que 50 % de son chiffre d'affaires en d&#233;pend. On ne peut pas g&#233;rer le fait qu'il se pose sur son v&#233;lo. On a d&#233;j&#224; eu des gens qui passent leur journ&#233;e enti&#232;re &#224; lire un livre. Ils font quand m&#234;me un petit chiffre d'affaires puisque le v&#233;lo attire l'oeil et donc des gens viennent les trouver, mais ils ne sont pas tr&#232;s proactifs. Beaucoup de raisons font qu'on passe au statut d'autoentrepreneur : pour nous, comme pour le pilote, c'est plus r&#233;tributif. &lt;/i&gt; &#187; &lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toute fa&#231;on, &lt;/strong&gt;c'est surtout plus r&#233;tributif pour Happymoov qui tire ses revenus uniquement de la publicit&#233;. Pour le reste, autant sous-traiter, &#231;a co&#251;te toujours moins cher. Les v&#233;lo-taxis sont donc lou&#233;s &#224; des autoentrepreneurs, afin qu'ils paradent en ville pour des annonceurs. Et &#171; &lt;i&gt;il nous faut beaucoup d'autoentrepreneurs, &lt;/i&gt;poursuit Bertrand. &lt;i&gt;On a besoin de pas mal de gens, parce qu'ils ne font qu'un ou deux jours par semaine &#8211; entre 4 et 8 heures par jour. C'est plus g&#233;n&#233;ralement 4 heures parce qu'en effet, c'est tr&#232;s &#233;prouvant. Le statut d'autoentrepreneur leur laisse le choix de commencer et de terminer quand ils veulent. Parce qu'on sait que c'est &#233;reintant. On n'a pas envie de les fatiguer. &lt;/i&gt; &#187; &lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S&#233;bastien, lui, &lt;/strong&gt;est au ch&#244;mage. Apr&#232;s une prestation en ing&#233;nierie de quelques mois, il raccroche, trouvant l'environnement malsain. Happymoov pour lui ? C'est &#171; &lt;i&gt;un compl&#233;ment, pour faire un peu d'argent de poche. Ce n'est pas du tout une projection de carri&#232;re. Je pense que tu peux difficilement en faire une seule activit&#233;. &#199;a ne serait pas viable. En juillet-ao&#251;t, tu peux te faire beaucoup d'argent si tu travailles tous les jours, mais en d&#233;cembre, tu n'auras quasiment plus personne. &lt;/i&gt; &#187; &#201;videmment, comme dans toute &#233;conomie d&#233;termin&#233;e par les p&#233;r&#233;grinations des classes moyennes mondialis&#233;es, l'activit&#233; y est instable. Et &#231;a se ressent sur le chiffre d'affaires : &#171; &lt;i&gt;&#199;a peut n'&#234;tre rien, si jamais je ne trouve aucun client. Mais globalement je fais entre 22 et 108 euros. Sachant que je n'ai travaill&#233; qu'en septembre. Juillet- ao&#251;t, je pense que &#231;a peut &#234;tre beaucoup plus. Mais c'est relativement pr&#233;caire. &lt;/i&gt; &#187; Pour Bertrand, notre coursier/manager, la moyenne est plus &#233;lev&#233;e : &#171; &lt;i&gt;Une bonne journ&#233;e, bien rentable, &#224; fond et au taquet, je fais entre 100 et 150 euros. une journ&#233;e moyenne, c'est plut&#244;t 80 euros. &lt;/i&gt; &#187; &lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le moment, &lt;/strong&gt;ce genre de travail reste cantonn&#233; &#224; cette cat&#233;gorie fourre-tout des jobs &#233;tudiants, du compl&#233;ment de salaire, de la petite d&#233;brouille. Mais, nous n'avons pas fini d'entendre l'injonction lib&#233;rale &#224; &#234;tre l'entrepreneur de sa propre vie, comme le claironnait, il y a peu, un Cop&#233; (LR) en campagne aux assises de Produire en France : &#171; &lt;i&gt;Comment voulez-vous que l'on produise en France quand on croule sous les taxes, les charges et les r&#233;glementations&lt;/i&gt;.[...] &lt;i&gt;Il faut en finir avec le Code du travail, avec les 35 heures. Il faut se d&#233;complexer par rapport au travail. Chaque jeune &#224; l'&#226;ge de 16 ans doit recevoir un num&#233;ro de Siret, une inscription au registre du commerce. &lt;/i&gt; &#187; Allez, roule &#171; Poupou &#187;, en attendant de foutre la Production devant la cour d'assises.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Momo Br&#252;cke&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Organisation mondiale de la sant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Anthropoc&#232;ne : p&#233;riode g&#233;ologique o&#249; la r&#233;volution industrielle fait de l'activit&#233; humaine une force capable d'influer sur le syst&#232;me-terre. Cf. l'entretien avec C. Bonneuil dans &lt;i&gt;CQFD &lt;/i&gt;n&#176;138, &#171; Les oligarques du capitaloc&#232;ne sont nos adversaires &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Hip-hop : plan&#232;te Mars</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Hip-hop-planete-Mars</link>
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		<dc:date>2019-02-25T04:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Momo Br&#252;cke</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Sydney Onthemoon</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<dc:subject>Marseille</dc:subject>
		<dc:subject>hip-hop</dc:subject>
		<dc:subject>Bronx</dc:subject>
		<dc:subject>Labo Klandestino</dc:subject>
		<dc:subject>Pak'Dj Een</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Marseille a &#233;t&#233; l'un des fers de lance du mouvement hip-hop en France. L'envie de faire le point nous a pris. Rencontre au bistrot avec Pak'Dj Een, Labo Klandestino et K-M&#233;l&#233;on, de La M&#233;thode , groupe phoc&#233;en arpentant les sc&#232;nes depuis le d&#233;but des ann&#233;es 2000. *** C'est par la mer que le jazz est arriv&#233; &#224; Marseille. &#192; fond de cale , ramen&#233; dans les ann&#233;es 20 par les dockers et marins noirs qui zonaient dans le quartier r&#233;serv&#233; &#8211; d&#233;truit en 1943 par la Wehrmacht. Soixante ans et une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no150-janvier-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;150 (janvier 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Sydney-Onthemoon" rel="tag"&gt;Sydney Onthemoon&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/faire" rel="tag"&gt;faire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/annees" rel="tag"&gt;ann&#233;es&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/qu-on" rel="tag"&gt;qu'on&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Ville" rel="tag"&gt;Ville&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Marseille" rel="tag"&gt;Marseille&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/hip-hop" rel="tag"&gt;hip-hop&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Bronx" rel="tag"&gt;Bronx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Labo-Klandestino" rel="tag"&gt;Labo Klandestino&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Pak-Dj-Een" rel="tag"&gt;Pak'Dj Een&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Marseille a &#233;t&#233; l'un des fers de lance du mouvement hip-hop en France. L'envie de faire le point nous a pris. Rencontre au bistrot avec Pak'Dj Een, Labo Klandestino et K-M&#233;l&#233;on, de La M&#233;thode&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La M&#233;thode vient de sortir son premier album, Adr&#233;naline, en vente partout.&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, groupe phoc&#233;en arpentant les sc&#232;nes depuis le d&#233;but des ann&#233;es 2000.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2790 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-1045-e76e1.jpg?1768700589' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Sydney Onthemoon
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est par la mer&lt;/strong&gt; que le jazz est arriv&#233; &#224; Marseille. &#192; fond de cale&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Samson, Gilles Suzanne, &#192; fond de cale : un si&#232;cle de jazz &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, ramen&#233; dans les ann&#233;es 20 par les dockers et marins noirs qui zonaient dans le quartier r&#233;serv&#233; &#8211; d&#233;truit en 1943 par la Wehrmacht. Soixante ans et une guerre mondiale plus tard, c'est l'US Navy qui investit les quais de la Joliette et d&#233;gueule des milliers de marins sur la ville. Parmi eux, des New-Yorkais d&#233;barquant directement de la ville m&#232;re du hip-hop. Faf Larage raconte : &lt;i&gt;&#171; Apr&#232;s 1986, les mecs d&#233;barquaient avec les K7 de nouveaut&#233;s, et on leur faisait &#233;couter celles qu'on recevait. On comparait. La musique circulait comme &#231;a. Il y en a quelques-uns qui se retrouvaient avec nous chez Kheops. Ils hallucinaient ! &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Julien Valnet, M.A.R.S., Histoires et l&#233;gendes du hip-hop marseillais, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &#187; &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le hip-hop &lt;/strong&gt;s'est donc r&#233;pandu comme &#231;a &#224; Marseille, par la mer. Et les passeurs de son ont fait de cette ville pr&#233;destin&#233;e une de ses capitales &#8211; celle des m&#233;t&#232;ques. Pak'Dj Eeen raconte : &#171; &lt;i&gt;&#199;a dansait, &#231;a rappait au Vieux-Port. &#192; l'op&#233;ra, il y avait des &lt;/i&gt;breakers&lt;i&gt;. Aujourd'hui, c'est un peu revenu, comme &#224; Saint- Charles. Mais, c'est moins brut qu'&#224; l'&#233;poque. &#187; &lt;/i&gt;Les ann&#233;es 1990, c'est l'&#226;ge d'or. La mont&#233;e en puissance d'IAM, puis de la FF (la Fonky Family) pour ne parler que de ceux qui ont &#8211; massivement &#8211; export&#233; la mythologie de la plan&#232;te Mars. &lt;i&gt;&#171; Il y avait pas mal de lieux, pas mal de concerts, toutes les salles &#233;taient ouvertes, &#231;a bougeait &#233;norm&#233;ment, &lt;/i&gt;se souvient Labo Klandestino. &lt;i&gt;Dans les ann&#233;es 90, on avait plus de libert&#233;, plus de moyens, la ville &#233;tait vachement plus ouverte &#224; la culture. Quand tu compares avec 2013 Capitale de la culture, tu te dis que c'est une blague. C'&#233;tait avant, la culture &#224; Marseille ! &#187; &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marseille &#233;tait l'une des capitales &lt;/strong&gt;du ra&#239; avant que le rap y prenne son envol. Logique donc que leurs histoires s'entrem&#234;lent. Si, dans le Bronx, le hip-hop est l'h&#233;ritage de la musique noire, &#224; Marseille il est li&#233; aux &lt;i&gt;cheb &lt;/i&gt;et aux &lt;i&gt;cheba &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Masculin et f&#233;minin de &#171; jeune &#187;, pour d&#233;signer la g&#233;n&#233;ration ra&#239; venant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, comme le dit Jali, du Massilia : &lt;i&gt;&#171; Quand il arrivait, le &lt;/i&gt;cheb &lt;i&gt;faisait pl&#233;thore de d&#233;dicaces. &#192; tous les quartiers d'Oran, d'Alger, de Marseille&#8230; &#192; la jama&#239;caine. &#192; la sound system. &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Julien Valnet, M.A.R.S., op. cit.&#034; id=&#034;nh8-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &#187; &lt;/i&gt;Cette r&#233;sonance du hip-hop &#224; Marseille &#233;tait in&#233;vitable. Elle est le fruit d'un &#233;cho qui ne pouvait qu'avoir lieu entre une musique noire issue de l'esclavage et un port marqu&#233; par les migrations et la colonisation. C'est d'ailleurs une des particularit&#233;s du son marseillais, ces sonorit&#233;s orientales au milieu d'autres styles plus classiques. Labo Klandestino : &lt;i&gt;&#171; Dans le hip-hop, tu peux allier plein de cultures : le rock, le jazz, le reggae. &#199;a peut aller dans tous les sens. Nous, avec l'&#233;quipe, on s'y retrouve, parce qu'il y a un gros m&#233;lange, en fait. Il n'y a pas un morceau qui se ressemble sur les albums de la M&#233;thode, aujourd'hui. &#187; &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la g&#233;n&#233;ration &lt;/strong&gt;qui s'est point&#233;e au d&#233;but des ann&#233;es 2000, les lieux du mouvement n'&#233;taient d&#233;j&#224; plus tout-&#224;-fait les m&#234;mes. Il y a eu comme un retour au Block party des d&#233;buts : &lt;i&gt;&#171; C'est dans les guinguettes de quartier qu'on s'est rencontr&#233;s et qu'on s'est fait conna&#238;tre &#187;, &lt;/i&gt;explique K-M&#233;l&#233;on. &lt;i&gt;&#171; C'&#233;tait la tourn&#233;e, &lt;/i&gt;reprend Pak'Dj Een. &lt;i&gt;On arrivait fin mai, d&#233;but juin et on faisait le tour de toutes les f&#234;tes. On avait la Plan&#232;te Jeune aussi, qui &#233;tait organis&#233;e par la Ville, par les mairies de secteur et la finale se faisait au D&#244;me. C'&#233;tait plein. &#187; &lt;/i&gt;K-M&#233;l&#233;on encha&#238;ne : &lt;i&gt;&#171; &#192; l'&#233;poque, il n'y avait pas de rapport au business, c'&#233;tait le rapport &#224; la qualit&#233;. Quand on faisait un concert, il fallait tout niquer, c'&#233;tait &#231;a le mot d'ordre. Parce qu'on &#233;tait dans une &#233;poque o&#249;, si sur sc&#232;ne t'assurais pas, on te jetait des pierres, on te disait : &#8220;Oh ! Qu'est-ce tu fous l&#224; ? Sors de l&#224; !&#8221; Donc, il y avait ce c&#244;t&#233; qualitatif qui &#233;tait super important. Qu'on a un petit peu perdu aujourd'hui. &#187; &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour eux, &lt;/strong&gt;ce sentiment de la perte vient d'Internet et de la marchandisation de la culture hip-hop. Selon Pak'Dj Een, &lt;i&gt;&#171; les jeunes qui commencent le rap, ils sont direct dans un truc de star-system. Il n'y a pas le truc qu'on avait nous, le truc de la rue. Quand on &#233;tait gamin, on se retrouvait entre potes, pas sur YouTube &#224; essayer de faire des vues. Aujourd'hui, la d&#233;marche est diff&#233;rente, tu te mets au rap, t'essayes de faire des vues et de vendre des disques. &#187; &lt;/i&gt;Labo Klandestino : &lt;i&gt;&#171; Avant, on &#233;tait sur sc&#232;ne et il n'y avait pas ce rapport &#224; l'argent. Parfois je donne des ateliers &#224; Miramas et un petit qui avait l'oreille musicale me dit : &#8220;Ouais, maintenant je vais faire &#231;a, je vais le mettre sur YouTube et je vais faire le million de vues.&#8221; Direct, le m&#244;me il te parle de &#231;a. Il a neuf ans. &#187; &lt;/i&gt;Mais heureusement, &lt;i&gt;&#171; Il y a encore des activistes qui font des choses, &lt;/i&gt;rebondit K-M&#233;l&#233;on. J&lt;i&gt;e prends l'exemple de Yolo Dream, les petits jeunes Dam's et compagnie qui font des &lt;/i&gt;Open mic. &lt;i&gt;Et voil&#224;, il y a plein de petites actions &#224; faire, mais faut continuer. Le probl&#232;me, c'est que souvent, quand il n'y a pas de sous qui rentrent pendant un moment, il y a beaucoup de jeunes qui l&#226;chent. &#187; &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme bien souvent, &lt;/strong&gt;la question poisseuse de l'argent s'impose. Comment tenir sur la dur&#233;e quand ton &#233;nergie part ailleurs, car il faut trouver de quoi bouffer ? Clef de vo&#251;te de l'ind&#233;pendance, et pourtant, pour Pak'Dj Een, c'est clair, &lt;i&gt;&#171; l'argent pourrit les gens &#187;&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;&#171; Ils nous ont donn&#233; toutes ces subventions, mais maintenant on est devenus trop d&#233;pendants. Non, on n'a pas besoin d'eux pour faire quelque chose. Il faut se mettre &#231;a dans la t&#234;te. Si l'on croit que l'on a besoin d'eux et de leurs subventions, on fera jamais rien. Parce qu'on est prisonnier. Du coup, ils ont du poids. On n'a pas besoin de cet argent. Il faut garder cette mentalit&#233; de faire des trucs de ouf, mais avec rien. On n'est ni d&#233;pendant de l'&#201;tat, ni des associations. &#187; &lt;/i&gt;Boum, boum ! Et &lt;i&gt;&#171; Qui a dit que le rap du Sud &#233;tait mort ? Ici le flux est &#233;norme ! &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb8-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Keny Arkana, Marseille, featuring Kalash l'Afro &amp; RPZ.&#034; id=&#034;nh8-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &#187; &lt;/i&gt;Mars est encore l&#224; !&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Momo Br&#252;cke&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les voix du ghetto&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le rap est n&#233;&lt;/strong&gt; dans le Bronx au d&#233;but des ann&#233;es 1970. &lt;i&gt;&#171; Sedgwick Avenue. Num&#233;ro 1520. Onze &#233;tages de briques. &#8220;Le berceau du hip-hop.&#8221; Chez Kool Herc. &#187; &lt;/i&gt;Dj Kool Herc celui par qui tout a commenc&#233;. Le g&#233;nie qui a eu l'id&#233;e de poser deux copies du m&#234;me disque sur ses platines et d'encha&#238;ner les rythmiques, &#233;tirant ainsi ses boucles jusqu'au petit matin. C'est son histoire et celle d'un monde en flammes que Laurent Rigoulet nous raconte dans son roman-documentaire, &lt;i&gt;Br&#251;le &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb8-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Laurent Rigoulet, Br&#251;le, Don Quichotte &#233;ditions, 2016.&#034; id=&#034;nh8-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;. Des pionniers du hip-hop se partageant le Bronx &#8211; &lt;i&gt;&#171; Flash dans le sud, Bambaataa &#224; l'est et Herc &#224; l'ouest &#187; &lt;/i&gt;&#8211; aux m&#244;mes aff&#251;tant leurs rimes dans la rue : c'est le ghetto et ses voix que &lt;i&gt;Br&#251;le &lt;/i&gt;nous expose &#224; la gueule. Et, bordel, c'est r&#233;ussi. &lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seventies. &lt;/strong&gt;Le Bronx br&#251;le de la promesse d'une ville nouvelle port&#233;e par l'architecte de New York, Robert Moses. Un malade. &lt;i&gt;&#171; Les flammes engendraient les flammes. &#187; &lt;/i&gt;&#192; l'heure du bilan, &lt;i&gt;&#171; quatre-vingt-dix pour cent des immeubles avaient br&#251;l&#233; &#187; &lt;/i&gt;autour de Sedgwick avenue. C'est la &lt;i&gt;Cross Bronx Expressway&lt;/i&gt;, l'autoroute qui traverse le &lt;i&gt;borough &lt;/i&gt;d'est en ouest, qui en est la cause. Un projet de Moses devant relier les banlieues friqu&#233;es &#224; Manhattan, &lt;i&gt;&#171; pour que l'argent glisse sur de merveilleuses routes, effil&#233;es comme les pointes de l'avenir, pour que l'argent circule et s'&#233;coule sans un bruit, dans une onde de plaisir, et que New York retrouve sa puissance dor&#233;e. &#187; &lt;/i&gt;Mais pour l'heure &#231;a pue la cendre, le retour de flamme d'une sp&#233;culation sauvage qui a entra&#238;n&#233; nombre de promoteurs &#8211; ces rats &#8211; &#224; incendier leurs immeubles afin de toucher les primes d'assurance. Le Bronx &#233;tait d&#233;vast&#233;, le monde &#224; la d&#233;rive et au milieu des d&#233;combres : les gangs. &lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Nous aurions tous br&#251;l&#233; que &#231;a n'aurait pas chang&#233; la face du monde. &#187;&lt;/strong&gt; {{}}&lt;/i&gt;Et pourtant&#8230; Cette br&#251;lure ne cicatrisait pas. Rejeton des incendies, des guerres de gangs, des &lt;i&gt;sound systems &lt;/i&gt;jama&#239;cains et du &lt;i&gt;Black Power, &lt;/i&gt;le hip-hop a graff&#233; son histoire dans la rue, devant des murs crachant le son de la r&#233;volte. &lt;i&gt;&#171; Tu nous vois danser ? Tu nous vois bondir ? Tu l'entends gueuler, ton quartier ? Le monde qu'ils ont abandonn&#233;, tu l'entends crier ? Ils l'ont n&#233;glig&#233;, ils l'ont l&#226;ch&#233;, ils ont largu&#233; les amarres, et bient&#244;t il se dressera face &#224; eux, le nouveau monde, le monde de demain. &#187; &lt;/i&gt;Et on peut se demander, aujourd'hui ce qu'il est advenu de ce monde, quand une partie de cette jeunesse s'est &#233;clat&#233;e dans la drogue en n&#233;gociant mal le virage &#8211; verglac&#233; &#8211; des ann&#233;es d'hiver. Et pendant que certains succombaient &#224; l'app&#226;t du gain, vendant aux majors leur culture, d'autres se sont &#233;vertu&#233;s &#224; cultiver, &#224; propager, l'expression de cette rage, que personne, jusqu'ici, n'entendait. Et dans cet h&#233;ritage, Kool Herc est un ma&#238;tre. Respect.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;M. B.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La M&#233;thode vient de sortir son premier album, &lt;i&gt;Adr&#233;naline&lt;/i&gt;, en vente partout.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Michel Samson, Gilles Suzanne, &lt;i&gt;&#192; fond de cale : un si&#232;cle de jazz &#224; Marseille, 1917-2011, &lt;/i&gt;&#201;ditions Wildproject, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Julien Valnet, &lt;i&gt;M.A.R.S., Histoires et l&#233;gendes du hip-hop marseillais, &lt;/i&gt;&#201;ditions Wildproject, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Masculin et f&#233;minin de &#171; jeune &#187;, pour d&#233;signer la g&#233;n&#233;ration ra&#239; venant apr&#232;s les &lt;i&gt;cheikh &lt;/i&gt;et &lt;i&gt;cheikha &lt;/i&gt;(vieux et vieilles) du chaabi et autres musiques traditionnelles alg&#233;riennes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Julien Valnet, &lt;i&gt;M.A.R.S., op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Keny Arkana, &lt;i&gt;Marseille, &lt;/i&gt;featuring Kalash l'Afro &amp; RPZ.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Laurent Rigoulet, &lt;i&gt;Br&#251;le&lt;strong&gt;, &lt;/strong&gt;&lt;/i&gt;Don Quichotte &#233;ditions, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; J'ai vu rouge, j'ai eu envie de le tuer ! &#187;</title>
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		<dc:date>2019-01-31T03:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Momo Br&#252;cke, Christophe Massot</dc:creator>


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		<dc:subject>T&#233;l&#233;com</dc:subject>

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&lt;p&gt;1er mai 2016. Alors que tout le monde battait le pav&#233; en d&#233;testant la police, Christophe Massot nous proposait, dans son &#233;mission La Parole au travail [[S&#233;rie documentaire diffus&#233;e et podcast&#233;e], d'&#233;couter un fonctionnaire qui, pouss&#233; &#224; bout par sa direction, a pens&#233; commettre l'irr&#233;parable. Non pas le suicide, mais le meurtre. R&#233;cit. *** &#171; Je suis rentr&#233; en tant que fonctionnaire par le biais d'un concours. Ma mission consistait &#224; &#234;tre m&#233;canicien, r&#233;parateur des v&#233;hicules de La Poste et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; mai 2016. Alors que tout le monde battait le pav&#233; en d&#233;testant la police, Christophe Massot nous proposait, dans son &#233;mission &lt;i&gt;La Parole au travail&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S&#233;rie documentaire diffus&#233;e et podcast&#233;e par Radio Grenouille.&#034; id=&#034;nh9-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, d'&#233;couter un fonctionnaire qui, pouss&#233; &#224; bout par sa direction, a pens&#233; commettre l'irr&#233;parable. Non pas le suicide, mais le meurtre. R&#233;cit.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2765 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L450xH661/-1021-b5491.jpg?1768653459' width='450' height='661' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par James Albon
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Je suis rentr&#233; en tant que fonctionnaire&lt;/strong&gt; par le biais d'un concours. Ma mission consistait &#224; &#234;tre m&#233;canicien, r&#233;parateur des v&#233;hicules de La Poste et de France T&#233;l&#233;com dans un service national appel&#233; le Snag. Les responsables nationaux sont venus me voir. On ne les connaissait ni d'Adam ni d'&#200;ve. Ils ont commenc&#233; par faire descendre le DRH...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ils sont venus m'attaquer &lt;/strong&gt;en premier : &#8220;&lt;i&gt;Voil&#224;, vous &#234;tes le plus jeune, la r&#232;gle chez nous c'est le dernier rentr&#233;, le premier parti. Votre avenir n'est plus ici, on va fermer l'activit&#233;. On est soucieux de votre avenir, et on pense que vous aurez un bon profil pour devenir vendeur dans les agences de distribution de France T&#233;l&#233;com.&lt;/i&gt;&#8221; Comme &#231;a, vendeur. M&#233;canicien, vendeur. Le mec, beau parleur et compagnie. Moi, gamin, pas le recul n&#233;cessaire dans l'affaire, il faut le dire &#8211; c'est d'ailleurs &#231;a qui m'a fait me syndiquer. N'ayant pas le recul, je l'ai presque pris comme un service. Le type : &#8220;&lt;i&gt;Vous n'allez pas pouvoir continuer, il faut que vous vous projetiez, vous &#234;tes jeune, vous avez encore beaucoup d'ann&#233;es &#224; faire, vous &#234;tes fonctionnaire, on ne peut pas vous licencier. On va vous aider... Comment ils appellent &#231;a ? Vous r&#233;orienter, quoi ! Voyez avec votre chef de service pour qu'il prenne les dispositions et pr&#233;pare votre stage de d&#233;couverte. On se revoit apr&#232;s.&lt;/i&gt;&#8221; Putain, je me rappelle du mec, une baraque, 110 kilos, 1 m 90, hyper imposant, c'&#233;tait un DRH. &#8220;&lt;i&gt;On se revoit apr&#232;s le stage de d&#233;couverte pour voir si &#231;a vous convient.&lt;/i&gt;&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comme par hasard &lt;/strong&gt;dans la foul&#233;e &#8211; moi, je n'avais pas vu toute l'instrumentalisation de l'affaire &#8211; il sort un appel &#224; candidature dans une agence distribution et il me dit : &#8220;&lt;i&gt;Je pense que &#231;a serait bien de vous y positionner. &#199;a ne vous engage &#224; rien.&lt;/i&gt;&#8221; Moi, le con, je fais la d&#233;marche en me disant que candidater sur un poste, &#231;a ne veut pas dire l'accepter. Eux, je pense qu'ils avaient d&#233;j&#224; tout ficel&#233; dans leurs t&#234;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je vais faire ce stage &lt;/strong&gt;de d&#233;couverte. Rien de pr&#234;t. La responsable du service qui avait fondu les plombs... malade. On me met l&#224;-bas avec un mec &#224; qui on venait juste de pr&#233;senter l'affaire. Les coll&#232;gues qui me connaissaient sur mon statut de m&#233;canicien viennent me voir : &#8220;&lt;i&gt;Mais ne fais pas cette connerie, va pas l&#224;, tu tiendras pas. Il y a des objectifs de vente. T'as d'autres choses &#224; faire &#224; France T&#233;l&#233;com avant de finir l&#224;-bas.&lt;/i&gt;&#8221; M&#234;me ceux qui me faisaient faire le stage me disaient : &#8220;&lt;i&gt;T'es un coll&#232;gue, on ne peut pas te laisser tomber dans un traquenard comme &#231;a. &#192; France T&#233;l&#233;com, on ne traite pas les gens comme &#231;a.&lt;/i&gt;&#8221; Au bout d'un jour et demi, j'ai dit stop, ce n'est pas ce que je veux ! Je reviens, donc, reprendre mon boulot le mercredi au garage. Putain, le chef de service, le masque !&lt;br&gt; &#8211; &#8220;Mais qu'est-ce que tu fais l&#224; ? T'es pas &#224; l'agence ?&lt;br&gt; &#8211; Non ! Je n'en veux pas, ce n'est pas fait pour moi ! que je lui dis.&lt;br&gt; &#8211; Ah bon, mais qu'est-ce qui s'est pass&#233; ?&lt;br&gt; &#8211; Il y a personne l&#224;-bas qui s'occupe de moi. Puis je ne m'imaginais pas du tout &#231;a, moi.&lt;br&gt; &#8211; Ah bon, d'accord, mais tu sais, je suis oblig&#233; de faire remonter.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Putain, le directeur r&#233;gional &lt;/strong&gt;qui m'appelle en personne. Une branl&#233;e au t&#233;l&#233;phone :&lt;br&gt; &#8211; &#8220;Monsieur, vous &#234;tes en train de nous faire passer pour des moins-que-rien. Vous ne savez pas ce que vous voulez. Vous avez candidat&#233; sur un poste et maintenant vous ne le voulez plus.&lt;br&gt; &#8211; Mais attendez, il n'a jamais &#233;t&#233; question de &#231;a entre nous, il a pas bien compris votre DRH. Moi, j'&#233;tais d'accord pour faire un stage de d&#233;couverte. Pour essayer, mais c'&#233;tait pas acquis.&lt;br&gt; &#8211; On n'a pas d'autres issues, le garage va fermer, vous vous rendez compte, qu'est-ce que vous allez devenir si vous voulez cr&#233;er une famille ?&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Oh l'autre, &lt;/strong&gt;il commen&#231;ait &#224; me taquiner, comme &#231;a. Je lui ai r&#233;pondu que je voulais pas en discuter au t&#233;l&#233;phone, qu'il n'avait qu'&#224; venir me voir.&lt;br&gt; &#8211; &#8220;&#199;a ne va pas se passer comme &#231;a ! Je vais descendre vous voir avec une batterie de 532.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans la fonction publique, &lt;/strong&gt;le 532, c'est une demande d'explication &#224; un fonctionnaire. Ce mec, il m'a fait culpabiliser. J'ai vu rouge, j'ai envie de le tuer. C'&#233;tait en 1999, j'&#233;tais en concubinage depuis 1995, et j'avais une gamine. On &#233;tait en appart, ma femme n'avait pas de boulot, je me suis dit : s'il veut changer ma vie, il faut que je le tue. Mais attention, j'avais pr&#233;par&#233; le sc&#233;nario dans ma t&#234;te, j'avais pr&#233;par&#233; la matraque et tout le bordel.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J'arrive &#224; huit heures &lt;/strong&gt;et je dis &#224; mon chef de service que &#231;a n'allait pas se passer comme &#231;a ! Et je prends le machin, le pose &#224; c&#244;t&#233; de moi et je l'attends avec mon sc&#233;nario tout pr&#234;t. Il essaye de me calmer : incalmable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et l'autre, il descendait de Lyon. &lt;/strong&gt;Il rentre dans le bureau, un petit avec des talonnettes, je m'en rappellerai toujours. Il me faisait penser &#224; Sarkozy. Petit avec les talonnettes, l&#224;, &lt;i&gt;clac&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;clac&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;clac&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;clac&lt;/i&gt;. Le mec hyper coiff&#233;, pas explos&#233; comme on est nous, ras&#233; de pr&#232;s et tout. Je me suis dit, nickel, petit par la taille, je me suis senti plus fort que lui. Mon palpitant a commenc&#233; &#224; taper, mont&#233;e d'adr&#233;naline... je ne voyais pas d'autres issues. Il rentre, l'autre le briefe. Ils vident le bureau. Je rentre. Il y avait &#8211; je ne vous mens pas &#8211; un immense tas d'imprim&#233;s 532 et le t&#233;l&#233;phone. Il n'y avait plus que &#231;a. Ils avaient tout vid&#233;. Je pense que l'autre lui avait dit : &#8220;&lt;i&gt;Il va t'encadrer. Donc, enl&#232;ve tout parce que tu vas en prendre plein la gueule.&lt;/i&gt;&#8221; J'arrive, il me fait asseoir.&lt;br&gt; &#8211; &#8220;&#199;a ne va pas durer longtemps, mais on va aller au bout du processus. J'ai qu'une question &#224; vous poser.&#8221;&lt;br&gt;Il prend son crayon et &#233;crit : &#8220;&lt;i&gt;Expliquez-moi pourquoi vous refusez le poste &#224; l'agence de distribution.&lt;/i&gt;&#8221; Il me tourne le papier et me dit :&lt;br&gt; &#8211; &#8220;Vous r&#233;pondez maintenant.&#8221;&lt;br&gt; Silence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est comme si je sautais &lt;/strong&gt;en parachute. Je n'ai pas regard&#233; la feuille, j'ai regard&#233; le mur devant moi. Je n'&#233;tais pas rentr&#233; dans le bureau avec la matraque parce que sinon &#231;a ne pouvait pas le faire. Je me suis dit &#231;a y est, c'est le moment ! Et l&#224;, j'ai vu tout d&#233;filer : ma femme, ma gamine, les flics qui me mettaient les menottes, lui qui avait sa t&#234;te explos&#233;e, mort sur le bureau, l&#224;. Je voyais l'image. &#199;a a dur&#233; 30 secondes &#8211; c'est long &#8211;, je ne le regardais plus. Lui, il a compris : &lt;br&gt; &#8211; &#8220;Monsieur, il y a quelque chose qui ne va pas ?&lt;br&gt; &#8211; Vous n'allez pas tarder &#224; le savoir.&#8221;&lt;br&gt;Je me l&#232;ve. Oh con, il saute de l'autre c&#244;t&#233;.&lt;br&gt; &#8211; &#8220;Rasseyez-vous !&#8221;&lt;br&gt;L&#224;, il a compris qu'il &#233;tait mort. J'allais chercher la barre pour lui r&#233;gler son compte.&lt;br&gt; &#8211; &#8220;Rasseyez-vous ! Qu'est-ce qui se passe ?&#8221;&lt;br&gt; Je me retourne, je le regarde :&lt;br&gt; &#8211; &#8220;Ce que vous venez de me dire, ce n'est pas tenable, vous outrepassez vos droits.&lt;br&gt; &#8211; Comment, comment ? Qu'est-ce que vous dites, expliquez-moi !&#8221;&lt;br&gt;Le mec, tactique, il voulait me faire parler pour pff... vider un peu le truc.&lt;br&gt; &#8211; &#8220;Me demander une question par &#233;crit et me la faire &#233;crire... Moi je sais ce que c'est un 532, je me suis renseign&#233; &#8211; ce n'&#233;tait pas vrai &#8211;, vous devez me laisser le temps de la r&#233;flexion. Je n'ai pas &#224; vous r&#233;pondre maintenant.&#8221;&lt;br&gt;Et l&#224;, je pense qu'il a fait le lien avec ce que l'autre lui avait dit, que j'allais le faire p&#233;ter.&lt;br&gt; &#8211; &#8220;On va rester calme. C'est vrai, vous avez raison, je ne peux pas vous imposer de r&#233;pondre dans l'instant.&#8221;&lt;br&gt;L&#224;, &#231;a m'a remis la haine. Putain, mais si j'avais l&#226;ch&#233;, j'&#233;tais foutu.&lt;br&gt; &#8211; &#8220;C'est que moi, je suis emmerd&#233;, comment je vais expliquer &#224; France T&#233;l&#233;com que vous ne voulez plus y aller ?&#8221;&lt;br&gt;Son souci c'&#233;tait &#231;a. Tenir l'objectif de sa hi&#233;rarchie, virer les m&#233;caniciens, et fermer les garages. L'humain on s'en fout.&lt;br&gt; &#8211; &#8220;Vous &#234;tes un fonctionnaire, je ne peux pas vous l'imposer, il faut que &#231;a soit une d&#233;marche volontaire de votre part.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est l&#224; que j'ai tout compris, &lt;/strong&gt;que j'ai refait le film dans ma t&#234;te. Voil&#224; pourquoi l'autre est venu te mettre la pression, voil&#224; pourquoi on t'a fait candidater. Et donc apr&#232;s, j'ai eu un moment de rel&#226;chement et je me suis mis &#224; pleurer parce que je ne pouvais plus tenir.&lt;br&gt; &#8211; &#8220;Notre entretien est termin&#233;, sortez prendre l'air.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je suis sorti, &lt;/strong&gt;j'ai saut&#233; dans une voiture et je suis parti pendant une heure et demie. Ils ne savaient pas o&#249; j'&#233;tais. Ils ont d&#251; flipper. Et moi je suis parti pleurer comme un gamin dans mon coin, parce que j'en avais besoin, et voil&#224; quoi. Je me suis fait du bien, je me suis a&#233;r&#233;. Je me suis dit, il faut qu'on arrive &#224; collectivement embringuer cette affaire. Bon, je l'ai fait remonter, les syndicats s'en sont empar&#233;s au niveau national sur les pressions qu'ils mettaient &#224; France T&#233;l&#233;com... Ils ont r&#233;ussi &#224; faire en sorte que tout le monde soit &#224; peu pr&#232;s recas&#233;. Je me suis dit, il faut passer &#224; autre chose. J'ai eu un d&#233;clic : maintenant il faut militer, parce que quelqu'un qui ne peut pas r&#233;sister, il va en mourir. Ce n'est pas possible d'employer des m&#233;thodes pareilles. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Christophe Massot et agenc&#233;s par Momo Br&#252;cke &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb9-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;S&#233;rie documentaire diffus&#233;e et &lt;a href=&#034;http://www.radiogrenouille.com/la-parole-au-travail/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;podcast&#233;e&lt;/a&gt; par Radio Grenouille.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Bartleby ou la le&#231;on de volont&#233;</title>
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		<dc:date>2018-10-12T03:43:12Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Momo Br&#252;cke</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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&lt;p&gt;Il n'existe pas vraiment de biographie de Bartleby, le plus c&#233;l&#232;bre scribe de la litt&#233;rature am&#233;ricaine. Tout ce que nous savons sur lui nous le devons &#224; un homme de loi, patron de notre scribe et narrateur imagin&#233; par Herman Melville pour nous conter son histoire... C'est en 1853 que Bartleby apparut dans cet office notarial de Wall Street. Employ&#233; &#171; mod&#232;le &#187; &#224; ses d&#233;buts, il incarna la preuve que le travail de bureau n'a gu&#232;re plus d'attrait que l'ali&#233;nation industrielle &#8211; si ce n'est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il n'existe pas vraiment de biographie de Bartleby, le plus c&#233;l&#232;bre scribe de la litt&#233;rature am&#233;ricaine. Tout ce que nous savons sur lui nous le devons &#224; un homme de loi, patron de notre scribe et narrateur imagin&#233; par Herman Melville pour nous conter son histoire...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est en 1853 que Bartleby apparut dans cet office notarial de Wall Street. Employ&#233; &#171; mod&#232;le &#187; &#224; ses d&#233;buts, il incarna la preuve que le travail de bureau n'a gu&#232;re plus d'attrait que l'ali&#233;nation industrielle &#8211; si ce n'est le chauffage &#8211; tant il travaillait &#171; &lt;i&gt;de mani&#232;re silencieuse, &#233;teinte, m&#233;canique&lt;/i&gt; &#187;. Un robot, quoi !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, son patron lui demanda d'exp&#233;dier un petit travail. Assur&#233; de sa servile ob&#233;issance, ce dernier continua ses affaires, tendant la feuille &#224; son copiste. Quelques secondes pass&#232;rent et la r&#233;ponse cingla : &#171; &lt;i&gt;I would prefer not to. &lt;/i&gt; &#187; &#171; Je pr&#233;f&#233;rerais ne pas.&lt;i&gt; &lt;/i&gt; &#187; Silence. Constern&#233;, le notaire r&#233;it&#233;ra sa requ&#234;te. M&#234;me r&#233;ponse. Devant la puissance de cette phrase &#8211; qui n'est rien de moins qu'une rupture tacite du rapport de travail &#8211; et la candeur de son copiste, le notaire ferma les yeux. Mais la br&#232;che venait de s'ouvrir. D&#233;sormais, Bartleby pr&#233;f&#233;rerait ne pas, sa d&#233;cision &#233;tait irr&#233;vocable. Il continua un temps &#224; copier un peu, refusant seulement toute relecture et surcharge de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le notaire, soulageant sa conscience, garda pr&#232;s de lui ce clerc appliqu&#233; malgr&#233; ses derni&#232;res sorties. Il le garda tellement pr&#232;s de lui qu'il le d&#233;couvrit logeant dans son bureau &#224; son insu. Il le garda tellement pr&#232;s de lui qu'ils se mirent, lui et ses employ&#233;s, &#224; prof&#233;rer des expressions bartlebyennes : ils commenc&#232;rent tous &#224; pr&#233;f&#233;rer. Pr&#233;f&#233;rer si ou &#231;a, laissant pour le moment encore la n&#233;gation &#224; la porte. Mais les questions d'hygi&#232;ne ne tard&#232;rent pas &#224; arriver : est-il contagieux ? R&#233;ponse positive. Comme si tout le monde se trouvait au bord du ravin pr&#232;s &#224; sauter dans l'ab&#238;me duquel on ne revient pas : l'absolu refus. C'est d'ailleurs &#224; ce moment, lorsque tout le monde se trouve au bord du gouffre, que Bartleby fait le pas et plonge dans l'absence totale de volont&#233;. Il refuse d&#233;finitivement d'&#233;crire, de travailler. Il ne fait manifestement qu'une chose : pr&#233;f&#233;rer ne pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne pouvant plus faire autrement et voyant le mal gagner son &#233;tude, le notaire d&#233;cida de le renvoyer. In&#233;vitable r&#233;ponse de Bartleby : &#171; &lt;i&gt;I would prefer not to.&lt;/i&gt; &#187; Il resta l&#224;. Des jours. Pr&#233;f&#233;rant ne pas, une pr&#233;sence absente angoissante : il hanta le monde et devint, en plein c&#339;ur de l'&lt;i&gt;Empire State&lt;/i&gt;, le miroir existentiel remettant en cause la n&#233;cessaire volont&#233; sur laquelle repose le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le notaire dut d&#233;m&#233;nager pour s'en d&#233;barrasser. Bartelby, lui, continua &#224; hanter l'immeuble, r&#233;veillant la vieille peur des r&#233;actions populaires, jusqu'&#224; l'intervention de la police qui l'envoya au Tombs &#8211; la prison de Manhattan. L'homme de loi, qui pourtant essaya, n'arriva pas &#224; le prot&#233;ger de lui-m&#234;me. Apr&#232;s lui avoir propos&#233; toutes sortes de travaux, Bartleby lui r&#233;pondit invariablement : &#171; &lt;i&gt;I would prefer not to&lt;/i&gt;. &#187; Pr&#233;f&#233;rant la mort &#224; cette minable vie pleine de labeur, Bartleby nous donna une le&#231;on de volont&#233; : celle du n&#233;ant. &#171; &lt;i&gt;Ah Bartleby ! Ah humanit&#233; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; lire aussi&lt;/strong&gt; sur le m&#234;me th&#232;me :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Refus-de-parvenir' class=&#034;spip_in&#034;&gt;L'introduction du dossier &#171; Refus de parvenir &#187;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Chemins-de-traverse-ne-pas-revenir' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Chemins de traverse : Ne pas revenir... &#187;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		
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