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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Son immeuble s'effondre, l'&#201;tat l'expulse</title>
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		<dc:date>2025-12-06T00:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Paul Berger</dc:creator>


		<dc:subject>Actualit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;tienne Savoye</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Reda M., reconnu victime des effondrements de la rue d'Aubagne, a &#233;t&#233; expuls&#233; de France apr&#232;s un mois et demi en centre de r&#233;tention &#224; Marseille. L'occasion de faire le point sur l'application d'un texte l&#233;gislatif cens&#233; prot&#233;ger les victimes de marchands de sommeil, quel que soit leur statut administratif. Un silence assourdissant enveloppe l'assembl&#233;e devant la &#171; dent creuse &#187; de la rue d'Aubagne, &#224; Marseille. Le 5 novembre au matin, une centaine de personnes s'est rassembl&#233;e pour (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no247-decembre-2025" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;247 (d&#233;cembre 2025)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Actualites" rel="tag"&gt;Actualit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Etienne-Savoye" rel="tag"&gt;&#201;tienne Savoye&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH79/logo_page_d_accueil_cqfd_5_-4-d20de.png?1782669527' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='79' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Reda M., reconnu victime des effondrements de la rue d'Aubagne, a &#233;t&#233; expuls&#233; de France apr&#232;s un mois et demi en centre de r&#233;tention &#224; Marseille. L'occasion de faire le point sur l'application d'un texte l&#233;gislatif cens&#233; prot&#233;ger les victimes de marchands de sommeil, quel que soit leur statut administratif.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6311 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/247_03_aubagnereda_etiennsavoye.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH312/247_03_aubagnereda_etiennsavoye-e9767.jpg?1782669527' width='500' height='312' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un silence assourdissant enveloppe l'assembl&#233;e devant la &#171; dent creuse &#187; de la rue d'Aubagne, &#224; Marseille. Le 5 novembre au matin, une centaine de personnes s'est rassembl&#233;e pour comm&#233;morer le macabre anniversaire des effondrements o&#249; huit personnes ont trouv&#233; la mort en 2018. Quinze longues minutes d'un mutisme que seul le vrombissement des scooters, le fracas de travaux au loin et le cri strident des mouettes viennent briser. Puis c'est au tour des prises de parole des familles, qui rappellent &#224; tous l'horreur et l'injustice qui entourent ce drame. &lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Le Collectif du 5 novembre multiplie les d&#233;marches et interpelle Emmanuel Macron pour demander une gr&#226;ce pr&#233;sidentielle&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mais cette ann&#233;e, dans la foule, une affiche passe de main en main. Le papier porte l'inscription &#171; REDA DOIT POUVOIR RENTRER EN FRANCE &#187;, en majuscules, lettres blanches sur fond noir. &#171; &lt;i&gt;On va faire une photo, pour Reda, pour demander son retour &lt;/i&gt; &#187;, annonce au micro K&#233;vin Vacher, du Collectif du 5 novembre, cr&#233;&#233; juste apr&#232;s les effondrements. Reda, c'est le grand absent de cette comm&#233;moration. Victime de la rue d'Aubagne, il a &#233;t&#233; expuls&#233; de France entre le 25 et le 26 octobre, apr&#232;s un mois et demi pass&#233; au centre de r&#233;tention administrative du Canet, dans le 14&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissement de Marseille. Arr&#234;t&#233; le 5 septembre dans une station de m&#233;tro pour franchissement ill&#233;gal du portique, il &#233;tait sous le coup d'une interdiction du territoire fran&#231;ais de trois ans, prononc&#233;e en mars 2023.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une victime de plus qu'on expulse&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il a le profil type de ceux qui passent sous les radars. Immigr&#233; tunisien &#226;g&#233; d'une quarantaine d'ann&#233;es lorsqu'il arrive sur le territoire fran&#231;ais pour travailler, comme tant d'autres anonymes. Si, ce 5 novembre, toute l'assembl&#233;e montre sa solidarit&#233;, c'est que son histoire s'inscrit dans un r&#233;cit plus grand que lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sept ans plus t&#244;t, jour pour jour, il quitte &#224; l'aube l'appartement de Rachid, qui l'h&#233;berge depuis plusieurs semaines. Taher et Ch&#233;rif, deux amis rest&#233;s pour la nuit, dorment encore. Il ne les reverra plus. Tous deux p&#233;rissent dans l'effondrement, devenu le symbole d'une ville min&#233;e par l'habitat d&#233;labr&#233;. Une enqu&#234;te de police s'ouvre, sans s'attarder sur son cas. Apr&#232;s tout, son nom ne figure sur aucun bail. Viendra ensuite un proc&#232;s en 2024, durant lequel il se porte partie civile et sera reconnu victime du propri&#233;taire de l'appartement, Xavier Cachard, avocat du syndicat de copropri&#233;t&#233; et vice-pr&#233;sident du conseil r&#233;gional de Provence-Alpes-C&#244;te d'Azur au moment des faits. Ce dernier, refusant la sentence &#8211; pourtant d&#233;risoire &#8211; de quatre ans de prison dont deux ferme sous bracelet &#233;lectronique, sera rejug&#233; en appel en novembre 2026.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;L'un des arguments avanc&#233;s par les soutiens de Reda : une loi permettant d&#233;sormais d'accorder un titre de s&#233;jour aux victimes de marchands de sommeil&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;De ce rendez-vous avec une justice toute relative, Reda en sera priv&#233;. Bloqu&#233; en Tunisie, sa sant&#233; est extr&#234;mement d&#233;grad&#233;e par tous ces drames encaiss&#233;s. K&#233;vin Vacher n'en fait pas le secret : &#171; &lt;i&gt;On l'a eu au t&#233;l&#233;phone hier, son &#233;tat nous inqui&#232;te beaucoup. &lt;/i&gt; &#187; Atteint d'une h&#233;patite B, Reda ne peut se soigner en Tunisie. Le Collectif du 5 novembre multiplie les d&#233;marches et interpelle Emmanuel Macron pour demander une gr&#226;ce pr&#233;sidentielle. &#171; &lt;i&gt;Pour l'instant, l'&#201;lys&#233;e a simplement accus&#233; r&#233;ception &lt;/i&gt; &#187;, pr&#233;cise K&#233;vin Vacher. L'un des arguments avanc&#233;s par les soutiens de Reda : une loi permettant d&#233;sormais d'accorder un titre de s&#233;jour aux victimes de marchands de sommeil.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Cachez cette disposition que je ne saurais voir&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Introduite par la loi dite &#171; Darmanin &#187;, du 26 janvier 2024, cette disposition ouvre une voie d'obtention d'un titre de s&#233;jour temporaire aux victimes de l'habitat indigne, &#224; condition qu'elles portent plainte contre les personnes qui les contraignent &#224; vivre dans ces conditions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Morgane Paret est juriste pour le r&#233;seau Espace qui accompagne les professionnels de l'accueil et du conseil aux personnes &#233;trang&#232;res. Pour elle, c'est ind&#233;niable : la disposition est utile. &#171; &lt;i&gt;&#192; Marseille, o&#249; de nombreux logements sont insalubres, c'est un outil qui nous aide. &lt;/i&gt; &#187; Mais la juriste nuance aussit&#244;t et pointe les obstacles que l'administration multiplie. &#171; &lt;i&gt;La pr&#233;fecture n'indique pas les documents n&#233;cessaires pour faire cette demande de titre. Sur son site, le formulaire adapt&#233; n'est pas disponible. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Actuellement &#224; Marseille on a huit mois &#224; un an de retard sur les dossiers de renouvellement des titres &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Une autre avocate sp&#233;cialis&#233;e, &#233;galement contact&#233;e, d&#233;nonce des obstructions similaires de la pr&#233;fecture des Bouches-du-Rh&#244;ne. Pour l'un de ses clients, un homme vis&#233; par une obligation de quitter le territoire, elle a d&#251; saisir le tribunal administratif pour obtenir un r&#233;c&#233;piss&#233;. Une proc&#233;dure devenue presque banale selon Morgane Paret. Bien souvent, les demandes se heurtent &#233;galement &#224; une obstruction passive : la longueur des d&#233;lais. &#171; &lt;i&gt;Actuellement &#224; Marseille, on a huit mois &#224; un an de retard sur les dossiers de renouvellement des titres. Normalement quatre mois sans r&#233;ponse de l'administration constituent un refus implicite &lt;/i&gt; &#187;, rappelle la juriste.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Peur des bleus &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si les professionnels interrog&#233;s s'entendent sur le fait que la disposition ouvre une nouvelle voie de r&#233;gularisation, tous demeurent extr&#234;mement critiques. Morgane Paret rappelle que les personnes &#233;trang&#232;res qui b&#233;n&#233;ficient d'un accompagnement juridique restent une minorit&#233;. &#171; &lt;i&gt;Elles portent tr&#232;s peu plainte en r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt; &#187;, indique-t-elle.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &lt;i&gt;il n'avait aucune chance &lt;/i&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Car quand on vit en situation irr&#233;guli&#232;re, un homme en bleu repr&#233;sente plus une menace qu'un alli&#233;. Les exemples ne manquent pas. &#171; &lt;i&gt;Je me souviens d'un cas, en octobre 2024. Un monsieur se fait cambrioler dans l'appartement qu'il sous-loue. Il demande &#224; sa voisine d'appeler la police pour qu'il puisse porter plainte et, lorsqu'ils arrivent, les agents constatent qu'il est sans-papiers et le placent en garde &#224; vue avant de l'expulser &lt;/i&gt; &#187;, se rem&#233;more Bruno, militant de longue date au sein de la Cimade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;vocation du dossier de Reda, Bruno est cat&#233;gorique : &#171; &lt;i&gt;il n'avait aucune chance &lt;/i&gt; &#187;, tranche-t-il, t&#233;moin du tournant r&#233;pressif in&#233;dit pris par l'&#201;tat ces derni&#232;re ann&#233;es. Car Reda n'&#233;tait pas locataire : il ne pouvait pas b&#233;n&#233;ficier de la loi sur les marchands de sommeil.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Urgence : Ordre public &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si le militant de la Cimade se montre si cat&#233;gorique, c'est qu'aujourd'hui une notion revient syst&#233;matiquement dans le traitement des personnes &#233;trang&#232;res : l'ordre public. Depuis le d&#233;but de l'ann&#233;e 2025 et la circulaire dite &#171; Retailleau &#187;, les pr&#233;fectures ont pour consigne de durcir drastiquement le ton. Un court texte, d'&#224; peine trois pages, qui insiste sur le caract&#232;re exceptionnel de la d&#233;livrance d'un titre de s&#233;jour. &#171; &lt;i&gt;Jusqu'&#224; la circulaire Retailleau, on se r&#233;f&#233;rait &#224; une circulaire Valls de 2012, qui &#233;tait extr&#234;mement d&#233;taill&#233;e &lt;/i&gt; &#187;, t&#233;moigne la juriste Morgane Paret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le document souligne &#233;galement la notion de &#171; menace &#224; l'ordre public &#187; et incite l'administration &#224; se renseigner syst&#233;matiquement lors du traitement des demandes de titre de s&#233;jour, en &#233;largissant consid&#233;rablement le champ de cette fameuse &#171; menace &#187;. Aujourd'hui, le fichier de traitement des ant&#233;c&#233;dents judiciaires (TAJ) est presque syst&#233;matiquement consult&#233; lors d'une demande de titre. La simple pr&#233;sence dans ce fichier, que ce soit pour une condamnation ou pour une simple audition en tant que t&#233;moin, suffit &#224; refuser des demandes de papiers. &#171; &lt;i&gt;On a eu un cas &#224; Toulon : un homme en France depuis des ann&#233;es s'est vu refuser son renouvellement de titre pour une conduite sans permis en 2017 &lt;/i&gt; &#187;, s'insurge une juriste contact&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant dire qu'avec une condamnation en 2023 et aucune plainte contre son marchand de sommeil, Reda n'avait que peu de chances face &#224; la machine r&#233;pressive qu'est l'administration fran&#231;aise. Comme tant d'autres &#233;trangers, il est pass&#233; par le centre de r&#233;tention administrative du Canet, un &#233;tablissement o&#249; les conditions de logement ont &#233;t&#233; qualifi&#233;es &#171; &lt;i&gt; d'indignes &lt;/i&gt; &#187; par un rapport du Contr&#244;leur g&#233;n&#233;ral des lieux de privation de libert&#233; publi&#233; l'an dernier. D&#232;s lors, l'&#201;tat fran&#231;ais serait-il dans l'obligation de d&#233;livrer un titre de s&#233;jour aux &#233;trangers retenus dans les CRA qui porteraient plainte pour des conditions d'h&#233;bergement incompatibles avec la dignit&#233; humaine ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Paul Berger&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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