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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; Femme, vie, libert&#233; ! Un slogan qui dit tr&#232;s bien ce qu'on veut ! &#187;</title>
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		<dc:date>2023-01-22T12:04:12Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ma&#235;l Galisson</dc:creator>


		<dc:subject>Mathilde Meignan</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En Iran, des r&#233;voltes populaires massives s'organisent depuis septembre dans tout le pays contre le pouvoir en place. Malgr&#233; la r&#233;pression sanglante et les tentatives de diversion des autorit&#233;s, le mouvement r&#233;volutionnaire semble plus que jamais d&#233;termin&#233; &#224; revendiquer sa libert&#233;. Depuis le 16 septembre 2022, date de la mort de l'&#233;tudiante kurde Jina Mahsa Amini sous les coups de la police des m&#339;urs, un soul&#232;vement &#224; caract&#232;re r&#233;volutionnaire est en cours en Iran pour r&#233;clamer la chute (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no216-janvier-2023" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;216 (janvier 2023)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Mathilde-Meignan" rel="tag"&gt;Mathilde Meignan&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH100/web_216_16_matmeignan_logo-0f027.jpg?1769127498' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En Iran, des r&#233;voltes populaires massives s'organisent depuis septembre dans tout le pays contre le pouvoir en place. Malgr&#233; la r&#233;pression sanglante et les tentatives de diversion des autorit&#233;s, le mouvement r&#233;volutionnaire semble plus que jamais d&#233;termin&#233; &#224; revendiquer sa libert&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;D&lt;/span&gt;epuis le 16 septembre 2022, date de la mort de l'&#233;tudiante kurde Jina Mahsa Amini sous les coups de la police des m&#339;urs, un soul&#232;vement &#224; caract&#232;re r&#233;volutionnaire est en cours en Iran pour r&#233;clamer la chute du r&#233;gime des mollahs. La r&#233;ponse des autorit&#233;s iraniennes est violente et sanguinaire : selon l'organisation Iran Human Rights, &#224; la date du 27 d&#233;cembre 2022, au moins 476 personnes (dont 64 enfants) ont &#233;t&#233; assassin&#233;es par les forces de s&#233;curit&#233; depuis le d&#233;but du mouvement. Membre du collectif 98, groupe internationaliste cr&#233;&#233; par des militant&#183;es de la diaspora iranienne apr&#232;s le dernier soul&#232;vement en 2019, Jina* d&#233;crypte pour nous cette r&#233;volution en cours.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4970 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_216_16_matmeignan_02_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH656/web_216_16_matmeignan_02_1200px-43aa7.jpg?1769127499' width='500' height='656' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Par Mathilde Meignan
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment expliquer ce soul&#232;vement qui dure depuis plus de trois mois ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le soul&#232;vement actuel trouve ses racines dans les r&#233;voltes de 2017 et 2018 qui se sont d&#233;roul&#233;es dans un contexte de crise &#233;conomique. Plus de la moiti&#233; de la population vivait alors sous le seuil de pauvret&#233;. Elles se sont traduites par un soul&#232;vement massif dans la plupart des quartiers pauvres des grandes villes, mais aussi dans les petites villes. Dans certains endroits, c'&#233;tait la premi&#232;re fois que des mobilisations &#233;clataient. M&#234;me si c'est le contexte &#233;conomique et social qui a pouss&#233; les gens &#224; descendre dans les rues, les protestations ont vite pris pour cible le r&#233;gime dans son ensemble. Les Iranien&#183;nes qui sont descendu&#183;es protester ne croyaient plus &#224; la fausse opposition entre &#8220;r&#233;formistes&#8221; et &#8220;fondamentalistes&#8221;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agit des deux principaux camps politiques. Les r&#233;formistes, qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, instrumentalis&#233;e pendant de longues ann&#233;es par le r&#233;gime iranien. La rh&#233;torique n'a plus fonctionn&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce qui explique ce changement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En Iran, ce sont principalement les classes moyennes qui soutenaient le courant r&#233;formiste, notamment car elles b&#233;n&#233;ficiaient d'un niveau de vie plus qu'acceptable. Mais la s&#233;rie de sanctions internationales prises contre le r&#233;gime entre 2010 et 2012 a profond&#233;ment impact&#233; l'&#233;conomie du pays, et une partie de la classe moyenne a subi un important d&#233;classement social. Le soul&#232;vement de 2017 marque donc une rupture entre le peuple et le r&#233;gime. C'est le r&#233;gime dans sa totalit&#233;, r&#233;formistes et fondamentalistes, qui est discr&#233;dit&#233;. C'est fini, les gens n'y croient plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre d&#233;cembre 2017 et novembre 2019, la vie politique iranienne a &#233;t&#233; marqu&#233;e par de tr&#232;s nombreuses manifestations et gr&#232;ves, notamment dans le secteur de l'&#233;ducation. Confront&#233;&#183;es &#224; une forte inflation, fonctionnaires publics et travailleurs&#183;euses de l'industrie sont descendu&#183;es dans la rue. Mais le mouvement a &#233;t&#233; brutalement r&#233;prim&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'assassinat d'une jeune &#233;tudiante, Mahsa Amini, par la police des m&#339;urs a &#233;t&#233; l'&#233;tincelle du mouvement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Jina Mahsa Amini est un symbole des trois forces qui, depuis la r&#233;volution islamique de 1979, luttent contre ce r&#233;gime : les femmes, les Kurdes et les &#233;tudiant&#183;es. Elle &#233;tait les trois &#224; la fois. Concernant les droits des femmes, le r&#233;gime iranien a, d&#232;s le d&#233;but de la r&#233;volution islamique, cherch&#233; &#224; contr&#244;ler le corps des femmes, en imposant le port obligatoire du hijab par exemple, en limitant l'acc&#232;s &#224; la contraception ou &#224; l'avortement. Le 8 mars 1979, quelques semaines apr&#232;s la prise de pouvoir de l'ayatollah Khomeini, les Iraniennes sont descendues dans la rue contre l'obligation du port du hijab.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Jina Mahsa Amini est un symbole des trois forces qui luttent contre ce r&#233;gime : les femmes, les Kurdes et les &#233;tudiant&#183;es &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce m&#234;me mois de 1979, la capitale du Kurdistan iranien, Sanandaj, a r&#233;sist&#233; 24 jours sous les bombardements massifs de l'arm&#233;e nationale iranienne, &#233;touffant les demandes d'autod&#233;termination des Kurdes. Pr&#232;s de 5 000 peshmergas (combattants), hommes et femmes, quitt&#232;rent alors la ville afin d'&#233;pargner les civil&#183;es, et se r&#233;fugi&#232;rent dans les montagnes. Avant la chute de Shah, les sociaux-d&#233;mocrates kurdes avaient n&#233;goci&#233; avec Khomeini la perspective d'un r&#233;gime f&#233;d&#233;ral donnant plus d'autonomie au territoire kurde. Mais une fois la r&#233;volution advenue, c'est un centralisme autoritaire qu'a d&#233;ploy&#233; le r&#233;gime de T&#233;h&#233;ran.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le corps des femmes reste le principal sujet dont on parle dans les m&#233;dias, au parlement ou dans la bouche m&#234;me du Guide supr&#234;me. Contr&#244;ler nos corps, c'&#233;tait un moyen de contr&#244;ler nos vies. La mort de Jina Mahsa Amini est venue exploser tout cela. Sur sa tombe, ses proches ont fait &#233;crire &#8220;&lt;i&gt;Ch&#232;re Jina, tu ne meurs pas ! Ton nom devient un symbole !&lt;/i&gt;&#8221; Il y a une tradition de lutte dans la ville kurde de Saqqez d'o&#249; elle &#233;tait originaire. Les gens &#233;taient pr&#234;ts et savaient quels chants et quels slogans lancer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est l&#224; qu'appara&#238;t le slogan &#171; Femme, vie, libert&#233; &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce slogan n'est pas nouveau. Il vient du mouvement kurde de Turquie, et notamment du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui n'est pas un simple parti mais un mouvement transversal aux quatre r&#233;gions kurdes (Bakur, Rojava, Ba&#351;&#251;r et Rojhilat&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce qui correspond respectivement aux territoires turc, syrien, irakien et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 2000, les militantes du PKK ont d&#233;cid&#233; de cr&#233;er une branche non mixte afin de lutter contre les r&#233;flexes patriarcaux dans le parti. C'est l'origine du slogan &#8220;Femme, vie, libert&#233; !&#8221; Il a &#233;t&#233; repris dans les manifestations qui ont suivi l'assassinat des trois militantes kurdes de Turquie, Sakine Cans&#305;z, Fidan Do&#287;an et Leyla S&#246;ylemez, &#224; Paris en janvier 2013, mais aussi apr&#232;s la lib&#233;ration de la ville de Koban&#233; des mains de Daech par les unit&#233;s de protection du peuple (YPG), compos&#233;es pour moiti&#233; de femmes combattantes. Venu du Kurdistan, repris par les &#233;tudiant&#183;es &#224; T&#233;h&#233;ran, ce slogan explique tr&#232;s bien ce qu'on veut : la libert&#233;, l'&#233;galit&#233; et une vie digne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment est structur&#233; le mouvement f&#233;ministe en Iran ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ces vingt derni&#232;res ann&#233;es ont &#233;t&#233; marqu&#233;es par de nombreuses mobilisations f&#233;ministes. L'une des plus connues a &#233;t&#233; la campagne &#8220;Un million de signatures&#8221;, en 2006, qui visait &#224; abolir toutes les discriminations dont &#233;taient victimes les femmes iraniennes&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le texte r&#233;clamait, entre autres, des droits &#233;gaux pour la femme en cas de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les relations entre les &#8220;f&#233;ministes de T&#233;h&#233;ran&#8221; et les autres groupes n'ont pas toujours &#233;t&#233; simples. Comme partout, il y a des dissensus par rapport &#224; l'action radicale. En tant que f&#233;ministes kurdes, on nous a souvent reproch&#233; de participer &#224; la &#8220;militarisation&#8221; du f&#233;minisme, car nous revendiquons le fait que les femmes puissent participer &#224; la lutte arm&#233;e. Cette critique nous a particuli&#232;rement &#233;t&#233; faite en 2015, pendant la bataille de Koban&#233;&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De septembre 2014 &#224; juin 2015, les arm&#233;es de l'&#201;tat islamique assaillent la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. Nous leur r&#233;pondions &#8220;&lt;i&gt;Que voulez-vous qu'on fasse contre Daech ? Il faut bien qu'on se d&#233;fende !&lt;/i&gt;&#8221; Mais on r&#233;alise que nous sommes soumises &#224; l'oppression du m&#234;me r&#233;gime. Et dans le soul&#232;vement actuel, les f&#233;ministes iraniennes r&#233;ussissent &#224; porter collectivement diff&#233;rentes voix. Du c&#244;t&#233; de la diaspora, cela s'est notamment traduit par la cr&#233;ation du collectif Feminists4Jina. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce que cela veut dire d'&#234;tre anti-imp&#233;rialistes aujourd'hui en Iran ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#201;tat est in&#233;vitablement porteur d'une dynamique imp&#233;rialiste qui vise &#224; pr&#233;server ses int&#233;r&#234;ts et &#224; combattre les autres pays. Au sein du collectif 98, nous rejetons la vision &#8220;campiste&#8221; du monde selon laquelle on est soit du c&#244;t&#233; des &#201;tats-Unis et leurs alli&#233;s, soit du c&#244;t&#233; de la Russie, de la Chine et de leurs amis. On peut combattre les deux. Ce que les &#201;tats-Unis ont fait en Afghanistan et en Irak, le r&#233;gime iranien le fait &#224; son &#233;chelle en Syrie, en soutenant Bachar El-Assad, au Liban, en appuyant le Hezbollah, ou au Y&#233;men. Et aujourd'hui, les drones iraniens bombardent le peuple ukrainien. Soutenir le peuple ukrainien ne veut pas dire soutenir l'Otan. On peut tr&#232;s bien lutter contre la logique imp&#233;rialiste russe et combattre la strat&#233;gie expansionniste de l'Otan. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Ma&#235;l Galisson&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4971 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_216_16_matmeignan_03_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH870/web_216_16_matmeignan_03_1200px-812bd.jpg?1769127499' width='500' height='870' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Par Mathilde Meignan
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Il s'agit des deux principaux camps politiques. Les r&#233;formistes, qui pr&#233;tendent vouloir limiter les pouvoirs du chef de l'&#201;tat et changer les lois de la R&#233;publique islamique, ont notamment perdu en l&#233;gitimit&#233; &#224; trop d&#233;fendre le &lt;i&gt;statu quo&lt;/i&gt; &#224; travers des strat&#233;gies d'arrangement avec les conservateurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ce qui correspond respectivement aux territoires turc, syrien, irakien et iranien sur lesquels s'&#233;tend le Kurdistan.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le texte r&#233;clamait, entre autres, des droits &#233;gaux pour la femme en cas de mariage ou de divorce, l'abolition de la polygamie et du mariage temporaire, la hausse de l'&#226;ge de la responsabilit&#233; p&#233;nale &#224; 18 ans pour les filles comme les gar&#231;ons ou encore le droit pour la femme de transmettre sa nationalit&#233; &#224; son enfant.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;De septembre 2014 &#224; juin 2015, les arm&#233;es de l'&#201;tat islamique assaillent la ville de Koban&#233; (nord de la Syrie), d&#233;fendues par les troupes kurdes des YPG et des alli&#233;s. L'&#201;tat islamique sera finalement repouss&#233; hors de la ville. Les affrontements arm&#233;s ont fait plusieurs milliers de mort&#183;es et des centaines de milliers de r&#233;fugi&#233;&#183;es. Un &#233;pisode terrible souvent compar&#233; &#224; la bataille de Stalingrad (juillet 1942 &#224; f&#233;vrier 1942).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Fronti&#232;re franco-anglaise : enqu&#234;te sur la mort d'une enfant kurde</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Frontiere-franco-anglaise-Enquete</link>
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		<dc:creator>Ma&#235;l Galisson</dc:creator>


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		<dc:subject>Rupak Sharif</dc:subject>
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		<dc:subject>Anas</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le 5 septembre 2020, le b&#233;b&#233; de Rupak Sharif et Hazhar Ibrahim, exil&#233;&#183;es kurdes d'Irak, mourait &#224; l'h&#244;pital quelques jours apr&#232;s une intervention de gendarmerie sur une plage proche de Calais. Traumatis&#233; par cet &#233;v&#233;nement, le couple a d&#233;pos&#233; plainte en f&#233;vrier 2021 et se bat pour &#233;tablir la responsabilit&#233; des forces de l'ordre dans le d&#233;c&#232;s de sa nouvelle-n&#233;e. Une enqu&#234;te de l'IGGN est en cours. Rencontr&#233; par CQFD, un exil&#233; t&#233;moin des faits confirme la version de la famille et contredit (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no207-mars-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;207 (mars 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Rupak" rel="tag"&gt;Rupak&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 5 septembre 2020, le b&#233;b&#233; de Rupak Sharif et Hazhar Ibrahim, exil&#233;&#183;es kurdes d'Irak, mourait &#224; l'h&#244;pital quelques jours apr&#232;s une intervention de gendarmerie sur une plage proche de Calais. Traumatis&#233; par cet &#233;v&#233;nement, le couple a d&#233;pos&#233; plainte en f&#233;vrier 2021 et se bat pour &#233;tablir la responsabilit&#233; des forces de l'ordre dans le d&#233;c&#232;s de sa nouvelle-n&#233;e. Une enqu&#234;te de l'IGGN est en cours. Rencontr&#233; par CQFD, un exil&#233; t&#233;moin des faits confirme la version de la famille et contredit celle de la pr&#233;fecture.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Plusieurs fois, nous avons dit aux gendarmes&lt;/i&gt; &lt;i&gt; : retenez-nous sur la plage si vous voulez, mais emmenez cette femme&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; La m&#233;moire de Falah&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le pr&#233;nom a &#233;t&#233; modifi&#233;.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; ne flanche pas. Attabl&#233; dans un McDonald's de l'Est londonien, le jeune Kurde se rappelle tr&#232;s bien cette nuit de septembre 2020, durant laquelle le groupe d'exil&#233;&#183;es dont il faisait partie a &#233;t&#233; retenu par une patrouille de gendarmerie sur une plage du Calaisis pendant plusieurs heures. Parmi les autres candidat&#183;es au passage du Channel cette nuit-l&#224;, Rupak Sharif, enceinte de 35 semaines et qui, faute d'une prise en charge m&#233;dicale rapide, a vu sa nouvelle-n&#233;e, Aleksandra, mourir trois jours plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que s'est-il pass&#233; exactement dans la nuit du 1&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;r&lt;/sup&gt; au 2 septembre 2020, sur le littoral de la commune d'Oye-Plage, &#224; quelques kilom&#232;tres de Calais ? Rupak, qui avait perdu les eaux peu de temps apr&#232;s le d&#233;but de l'intervention des forces de l'ordre, assure avoir pr&#233;venu les gendarmes de son &#233;tat de d&#233;tresse. Ces derniers auraient refus&#233; de pr&#233;venir les secours. une plainte pour &#171; violences volontaires &#187; et &#171; non-assistance &#224; personne en danger &#187; a &#233;t&#233; d&#233;pos&#233;e il y a un peu plus d'un an, en f&#233;vrier 2021. La pr&#233;fecture du Pas-de-Calais, dans un communiqu&#233; diffus&#233; dans la foul&#233;e, d&#233;but mars 2021, avance quant &#224; elle qu' &#187; &lt;i&gt;aucun des migrants n'a fait part de difficult&#233;s particuli&#232;res&lt;/i&gt; &#187; au cours de l'op&#233;ration&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; &#201;l&#233;ments de contexte sur une tentative de travers&#233;e clandestine de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Falah, pr&#233;sent cette nuit-l&#224; sur la plage, a accept&#233; de t&#233;moigner de mani&#232;re anonyme dans le cadre de la pr&#233;sente enqu&#234;te journalistique. Son r&#233;cit contredit la version des autorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un Zodiac sous le sable et les branchages&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Assise sur le bord du canap&#233; dans son logement de Greenwich, o&#249; elle vit d&#233;sormais apr&#232;s avoir r&#233;ussi &#224; rejoindre l'Angleterre, Rupak parle d'une voix basse et retisse le fil de cette nuit-l&#224;. Le groupe d'exil&#233;&#183;es d'abord, &#171; &lt;i&gt;entre 18 et 22 personnes&lt;/i&gt; &#187;, dont elle et son mari, Hazhar, et leurs deux enfants, Anas et Elaria, 10 et 2 ans au moment des faits. Puis la longue marche pour atteindre la plage, les murs et barri&#232;res &#224; contourner, la nuit, le froid. Quand le groupe arrive au point de rendez-vous, il est aux environs de 1 ou 2 heures du matin. L'embarcation pneumatique de type Zodiac, dissimul&#233;e sous le sable et les branchages dans les dunes, est r&#233;cup&#233;r&#233;e puis gonfl&#233;e. On se partage les gilets de sauvetage. Soudain, des lumi&#232;res de lampes torches apparaissent &#224; quelques centaines de m&#232;tres et se rapprochent rapidement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Deux hommes ont alors quitt&#233; imm&#233;diatement le groupe et ont fui dans les dunes&lt;/i&gt; &#187;, se souvient Falah. La patrouille de gendarmerie, &#171; &lt;i&gt;au moins six personnes, peut-&#234;tre huit&lt;/i&gt; &#187;, selon Rupak, interpelle le reste des exil&#233;&#183;es. Les gendarmes saisissent les gilets de sauvetage, parfois brusquement d'apr&#232;s Falah, puis donnent des coups de couteau dans le Zodiac pour le rendre inutilisable. Rupak : &#171; &lt;i&gt;Ils &#233;taient tr&#232;s virulents dans leurs paroles, ils cherchaient &#224; nous intimider. J'avais si peur&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Le groupe est alors maintenu sur la plage pendant 40 minutes, peut-&#234;tre plus, nous dit Falah. &#171; &lt;i&gt;Il faisait extr&#234;mement froid et tr&#232;s humide&lt;/i&gt; &#187;, pr&#233;cise-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; L'ambulance n'est jamais venue &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les exil&#233;&#183;es sont ensuite conduit&#183;es vers l'une des entr&#233;es de la plage, &#224; proximit&#233; de la route, o&#249; &#171; &lt;i&gt;se trouvaient une seconde patrouille et deux camionnettes&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;taille Rupak. C'est &#224; ce moment-l&#224; que la jeune femme kurde, 30 ans au moment des faits, sent ses v&#234;tements tremp&#233;s : elle vient de perdre les eaux. &#171; &lt;i&gt;J'ai compris que ce n'&#233;tait pas un bon signal pour le b&#233;b&#233;&lt;/i&gt; &#187;, se rappelle-t-elle. &#171; &lt;i&gt;C'est une autre femme qui a averti le reste du groupe de l'&#233;tat de Rupak&lt;/i&gt; &#187;, se rem&#233;more pour sa part Falah. &#171; &lt;i&gt;Je me suis alors signal&#233;e aux gendarmes, &lt;/i&gt;reprend Rupak, &lt;i&gt;et je le leur ai dit en anglais : &#8220;&#199;a ne va pas, &#231;a ne va pas, appelez une ambulance&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&#8221;&lt;/i&gt; &#187; Hazhar (le mari), Anas (le fils a&#238;n&#233;) et d'autres personnes interpellent &#233;galement les gendarmes et leur demandent d'appeler les secours. En anglais, mais aussi en fran&#231;ais : &#171; &lt;i&gt;Il y avait un homme parmi nous qui parlait fran&#231;ais et il s'est exprim&#233; dans cette langue avec les gendarmes&lt;/i&gt; &#187;, assure Falah. Rupak se souvient que l'un des militaires communique par talkie-walkie. Mais rien ne se passe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Vous pouvez nous maintenir sur la plage si vous voulez, mais prenez en charge cette femme&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; s'emporte alors Falah. Le temps passe et, malgr&#233; l'insistance de Rupak, Hazhar, Falah et d'autres, les secours ne sont pas contact&#233;s. Pour Falah, ce moment semble durer une &#233;ternit&#233;. &#171; &lt;i&gt;Je ne sais plus combien de temps on est rest&#233;s l&#224;. Ce que je sais, c'est qu'il faisait nuit sombre quand les gendarmes nous ont emmen&#233;s pr&#232;s de la route et que le soleil se levait quand ils sont partis en nous laissant l&#224;.&lt;/i&gt; &#187; &#192; l'aube, un peu avant 7 h, les patrouilles embarquent deux jeunes hommes du groupe, probablement consid&#233;r&#233;s comme des passeurs, puis quittent subitement les lieux, abandonnant Rupak et le reste du groupe d'exil&#233;&#183;es &#224; leur sort. Dans l'appartement de Greenwich, les yeux cern&#233;s de fatigue de Rupak s'humidifient : &#171; &lt;i&gt;Ils nous ont dit : &#8220;L'ambulance va venir, l'ambulance va venir.&#8221; Mais elle n'est jamais venue.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Vous pouvez nous maintenir sur la plage si vous voulez, mais prenez en charge cette femme ! &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le groupe se scinde : Rupak, Hazhar et plusieurs personnes tentent de s'&#233;loigner du littoral pour trouver de l'aide ; d'autres, dont Falah, essaient de rebrousser chemin et de revenir au campement. La d&#233;tresse de la jeune femme grandit : &#171; &lt;i&gt;Mes v&#234;tements &#233;taient tremp&#233;s et il faisait froid. J'&#233;tais gel&#233;e.&lt;/i&gt; &#187; Ils marchent et rencontrent alors une nouvelle patrouille de gendarmes, se d&#233;pla&#231;ant pour sa part en voiture, dont l'&#233;quipage est compos&#233; d'un homme et d'une femme. Le petit groupe d'exil&#233;&#183;es alerte imm&#233;diatement les deux militaires, qui &#8211; cette fois &#8211; contactent aussit&#244;t les secours, tandis que Rupak est install&#233;e &#224; l'arri&#232;re du v&#233;hicule &#224; l'arr&#234;t. Peu de temps apr&#232;s, les pompiers arrivent et prennent en charge la jeune femme. Hazhar, Anas et Elaria sont quant &#224; eux r&#233;cup&#233;r&#233;s quelques dizaines de minutes plus tard par une &#233;quipe de b&#233;n&#233;voles de l'association Utopia 56, au niveau de la rue Merlier, &#224; Oye-Plage. &#171; &lt;i&gt;L'un de nous est parti chercher des v&#234;tements de rechange pendant que les autres ramenaient Hazhar, Anas et Elaria, ainsi qu'une femme avec un enfant, au local avec notre minibus&lt;/i&gt; &#187;, t&#233;moigne Marguerite Combes, d'Utopia 56. Elle poursuit : &#171; &lt;i&gt;Hazhar nous a directement racont&#233; ce qu'il s'&#233;tait pass&#233; : la marche, les gendarmes sur la plage, Rupak. Puis il a ajout&#233; : &#8220;Je ne sais pas si mon enfant et ma femme vont survivre.&#8221;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rupak est prise en charge &#224; l'h&#244;pital de Calais. Les soignant&#183;es d&#233;clenchent l'accouchement via une c&#233;sarienne en urgence, apr&#232;s avoir constat&#233; par &#233;chographie que le b&#233;b&#233; souffre d' &#187; &lt;i&gt;anomalies du rythme cardiaque, avec bradycardie&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rythme anormalement lent du c&#339;ur.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;i&gt;permanente&lt;/i&gt; &#187;, comme l'indique le rapport m&#233;dical. Aleksandra na&#238;t le 2 septembre dans l'apr&#232;s-midi. La nouvelle-n&#233;e pr&#233;sente alors &#171; &lt;i&gt;des difficult&#233;s d'adaptation &#224; la vie extra-ut&#233;rine&lt;/i&gt; &#187; et les m&#233;decins identifient &#171; &lt;i&gt;une anoxie&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Diminution de la quantit&#233; d'oxyg&#232;ne que le sang distribue aux tissus.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;i&gt;p&#233;rinatale s&#233;v&#232;re&lt;/i&gt; &#187; : elle est intub&#233;e puis plac&#233;e sous respiration artificielle quelques minutes apr&#232;s sa naissance. &#171; &lt;i&gt;Son &#233;tat &#233;tait critique&lt;/i&gt; &#187;, se souvient Frances Timberlake, qui a accompagn&#233; de pr&#232;s la famille en tant que coordinatrice du Refugee Women's Center, association qui soutient les femmes exil&#233;es et leurs familles pr&#233;sentes dans les campements de Grande-Synthe, &#224; une quarantaine de kilom&#232;tres de Calais. &#171; &lt;i&gt;Les deux jours suivants, les m&#233;decins ont multipli&#233; les tests, mais ils ne d&#233;tectaient toujours pas d'activit&#233; c&#233;r&#233;brale&lt;/i&gt; &#187;, poursuit la militante associative. Le 5 septembre &#224; 14 h, avec l'accord de Rupak et Hazhar, les m&#233;decins d&#233;cident d'arr&#234;ter la respiration artificielle. Quelques heures plus tard, &#171; &lt;i&gt;Aleksandra d&#233;c&#232;de dans les bras de son p&#232;re&lt;/i&gt; &#187;, commente le rapport m&#233;dical. &#171; &lt;i&gt;Hazhar, les soignants, tout le monde pleurait dans la salle de r&#233;animation&lt;/i&gt; &#187;, se rem&#233;more Frances Timberlake.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une enqu&#234;te bloqu&#233;e &#224; la fronti&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 8 septembre, Aleksandra est inhum&#233;e au cimeti&#232;re Nord de Calais. Quelques jours plus tard, la famille tente de nouveau le passage et parvient &#224; rallier l'Angleterre. Mais Rupak et Hazhar n'oublient pas cette nuit tragique et veulent demander justice. &#171; &lt;i&gt;Les m&#233;decins m'ont dit que si nous &#233;tions arriv&#233;s plus t&#244;t, ils auraient certainement pu sauver le b&#233;b&#233;&lt;/i&gt; &#187;, rappelle r&#233;guli&#232;rement Rupak. une plainte est constitu&#233;e courant octobre puis d&#233;pos&#233;e le 25 f&#233;vrier 2021. Le procureur de la R&#233;publique de Boulogne-sur-Mer saisit alors l'Inspection g&#233;n&#233;rale de la gendarmerie nationale (IGGN) pour que ses services lancent une enqu&#234;te. Quatre responsables associatifs, parmi lesquel&#183;les Frances Timberlake, sont auditionn&#233;&#183;es le 20 mai 2021. Marguerite Combes, d'Utopia 56, a &#233;t&#233; entendue fin novembre dernier. Falah, quant &#224; lui, accepte de r&#233;pondre aux sollicitations des journalistes mais ne souhaite pas &#234;tre auditionn&#233; par la police, de crainte que cela interf&#232;re dans sa proc&#233;dure de demande de titre de s&#233;jour au Royaume-Uni. un an apr&#232;s le d&#233;p&#244;t de la plainte, et un an et demi apr&#232;s les faits, Rupak et Hazhar n'ont toujours pas &#233;t&#233; rencontr&#233;&#183;es par l'IGGN.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4410 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200calais_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH667/1200calais_resultat-9de21.jpg?1768688628' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Contact&#233;e, l'IGGN n'a pas souhait&#233; s'exprimer et &#171; &lt;i&gt;invite &#224; prendre attache directement avec Monsieur le Procureur de la R&#233;publique qui est seul responsable de la communication&lt;/i&gt; &#187;. M&#234;me chose du c&#244;t&#233; de la pr&#233;fecture du Pas-de-Calais qui, consid&#233;rant qu'une enqu&#234;te est en cours, redirige vers le procureur. Ce dernier n'a quant &#224; lui pas souhait&#233; s'exprimer, estimant &#171; &lt;i&gt;ne pas ma&#238;triser suffisamment le dossier&lt;/i&gt; &#187;. De son c&#244;t&#233;, l'avocate de la famille, M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Pauline Pell&#233;-Grandfils, annonce &#171; &lt;i&gt;vouloir saisir tr&#232;s prochainement la D&#233;fenseure des droits dans cette affaire&lt;/i&gt; &#187;. Elle pr&#233;cise : &#171; &lt;i&gt;Cette institution aurait la possibilit&#233; de mener une enqu&#234;te de mani&#232;re ind&#233;pendante, en parall&#232;le de l'IGGN.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un exil dans une Europe hostile&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; leur arriv&#233;e en Angleterre d&#233;but octobre 2020, Rupak et Hazhar ont entam&#233; une d&#233;marche de demande d'asile, dont ils n'ont jusqu'&#224; pr&#233;sent pas de nouvelles. Tous les deux, avec leur fils a&#238;n&#233; Anas, ont fui le Kurdistan irakien via la Turquie &#224; l'&#233;t&#233; 2017. La famille est ensuite rest&#233;e bloqu&#233;e pendant pr&#232;s de deux ans dans un camp sur le continent en Gr&#232;ce. &#171; &lt;i&gt;C'est l&#224; qu'Elaria, notre deuxi&#232;me enfant, est n&#233;e&lt;/i&gt; &#187;, pr&#233;cise Rupak. Mais les parents ne consid&#232;rent pas la Gr&#232;ce comme un lieu assez s&#251;r. En juillet 2019, la famille tente de rejoindre l'ouest de l'Europe et traverse l'Albanie, le Kosovo, puis la Bosnie-Herz&#233;govine. Refoul&#233;e par la police croate &#224; la fronti&#232;re avec la Bosnie, elle se retrouve confin&#233;e en Roumanie du fait de la pand&#233;mie de Covid-19, apr&#232;s plusieurs semaines d'errance dans les Balkans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de l'&#233;t&#233; 2020, Rupak, Hazhar, Anas et Elaria reprennent la route et arrivent &#224; Grande-Synthe au d&#233;but du mois d'ao&#251;t. Les c&#244;tes anglaises ne sont &#224; ce moment plus tr&#232;s loin. Mais une membre de la famille restera sur la rive sud du d&#233;troit : Aleksandra ne foulera jamais le sol britannique. Son pr&#233;nom, comme l'identit&#233; des 27 personnes mortes noy&#233;es au cours du terrible naufrage du 24 novembre dernier, est venu allonger la longue liste des personnes exil&#233;es d&#233;c&#233;d&#233;es &#224; cette fronti&#232;re&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La liste des personnes exil&#233;es d&#233;c&#233;d&#233;es dans la zone frontali&#232;re (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. Depuis 1999, elles sont des centaines.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Texte et photo Ma&#235;l Galisson&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le pr&#233;nom a &#233;t&#233; modifi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &#201;l&#233;ments de contexte sur une tentative de travers&#233;e clandestine de la Manche survenue en septembre dernier &#187;, communiqu&#233; de presse de la pr&#233;fecture du Pas-de-Calais (03/03/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Rythme anormalement lent du c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Diminution de la quantit&#233; d'oxyg&#232;ne que le sang distribue aux tissus.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La liste des personnes exil&#233;es d&#233;c&#233;d&#233;es dans la zone frontali&#232;re France/Belgique/Royaume-Uni est consultable &lt;a href=&#034;https://www.tiki-toki.com/timeline/entry/1519092/Deaths-at-border-FranceBelgiumUK/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les murs de la mer</title>
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		<dc:creator>Ma&#235;l Galisson</dc:creator>


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&lt;p&gt;Moins expos&#233; m&#233;diatiquement que les routes migratoires de M&#233;diterran&#233;e centrale ou de mer &#201;g&#233;e, le d&#233;troit de Gibraltar est rest&#233; un lieu de passage o&#249; les soldats marocains jouent le r&#244;le de suppl&#233;tifs des politiques europ&#233;ennes. Les voyageurs sans visa y vivent de longues p&#233;riodes d'attente, de violence et de mis&#232;re. Reportage &#224; Tanger, Ceuta et Melilla. Tarifa, extr&#234;me sud de l'Espagne, point le plus m&#233;ridional du continent. Expos&#233;e au vent d'Est, cette petite cit&#233; andalouse de 17 000 (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no148-novembre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;148 (novembre 2016)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Moins expos&#233; m&#233;diatiquement que les routes migratoires de M&#233;diterran&#233;e centrale ou de mer &#201;g&#233;e, le d&#233;troit de Gibraltar est rest&#233; un lieu de passage o&#249; les soldats marocains jouent le r&#244;le de suppl&#233;tifs des politiques europ&#233;ennes. Les voyageurs sans visa y vivent de longues p&#233;riodes d'attente, de violence et de mis&#232;re. Reportage &#224; Tanger, Ceuta et Melilla.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;T&lt;/span&gt;arifa, extr&#234;me sud de l'Espagne, point le plus m&#233;ridional du continent. Expos&#233;e au vent d'Est, cette petite cit&#233; andalouse de 17 000 habitants, avec son joli centre historique, ses maisons blanches, ses patios remarquables, ses magasins de surf et ses boutiques de mode &#171; bio-baba-cool &#187; est connue pour &#234;tre l'un des meilleurs spots de sports de glisse d'Europe. Et c'est vrai que quand souffle le Levante, &#231;a d&#233;coiffe. Mais Tarifa, c'est aussi l'objet du d&#233;sir des migrants qui quittent les c&#244;tes marocaines &#224; bord de &lt;i&gt;pateras&lt;/i&gt;, ces embarcations de fortune. Sur ce point le plus &#233;troit du d&#233;troit de Gibraltrar, &#224; peine 13 kilom&#232;tres s&#233;parent l'Europe du continent africain. Par temps clair, des hauteurs de Tarifa, on distingue distinctement les c&#244;tes marocaines et notamment les reliefs escarp&#233;s du Djebel Musa&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Du haut de ses 851 m d'altitude, le Djebel Musa, situ&#233; en territoire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; . En &#224; peine une demi-heure par ferry, on d&#233;barque au port de Tanger.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1767 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH267/-81-68e13.jpg?1768701694' width='400' height='267' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Ma&#235;l Galisson
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Rencontr&#233; dans la m&#233;dina, Samuel [Les pr&#233;noms on &#233;t&#233; chang&#233;s, ndlr] est un trentenaire originaire du Cameroun. Quand certains font Paris/Douala en moins de sept heures, Samuel est bloqu&#233; au Maroc apr&#232;s 6 ans sur les routes. Dans le caf&#233; Najah, o&#249; il a ses habitudes, il raconte son odyss&#233;e. &#192; l'&#233;t&#233; 2010, il quitte Douala, capitale &#233;conomique du Cameroun, et part pour la ville de Maroua, &#224; la fronti&#232;re avec le Nigeria. Il cherche du boulot, mais la zone se trouve d&#233;stabilis&#233;e par la secte islamiste Boko Haram. Il d&#233;cide alors de partir au Tchad. Sans connexion l&#224;-bas, il poursuit sa route jusqu'au Mali, o&#249; r&#233;sident quelques connaissances. Il vivote huit mois &#224; Bamako. Puis, il tente de rejoindre des amis camerounais vivant &#224; Nouadhibou (Mauritanie). Sans visa, il est refoul&#233; au Mali. Un policier mauritanien accommodant &#8211; moyennant un bakchich &#8211; va jusqu'&#224; Bamako r&#233;cup&#233;rer une fausse carte d'identit&#233; malienne qu'il vend &#224; Samuel. Quasiment sans ressource, le voyage jusqu'&#224; Nouadhibou l'oblige &#224; emprunter presque tous les moyens de transport existant : charrette &#224; &#226;ne, accroch&#233;e au chargement d'un pick-up, taxi collectif, bus. Il arrive &#224; Nouadhibou &#233;puis&#233;. &#192; cet instant du voyage, la volont&#233; de rallier l'Europe n'est pas encore claire. Au contraire, apr&#232;s une ann&#233;e en Mauritanie, il opte pour rentrer au pays. Afin de faciliter ses d&#233;placements dans l'espace de la Cedeao &lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Communaut&#233; &#233;conomique des &#201;tats d'Afrique de l'Ouest.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, un ami guin&#233;en lui permet d'obtenir un (faux) passeport. Il quitte la Mauritanie pour le Mali, en faisant un crochet par Conakry afin de r&#233;cup&#233;rer le fameux s&#233;same.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En chemin, sans trop savoir pourquoi, il modifie son itin&#233;raire. Direction : le Niger. Niamey, Agadez, puis Arlit. Sur la route, entre Agadez et Arlit, &#171; &lt;i&gt;&#224; chaque check-point, les flics te contr&#244;lent, s&#233;parent les gens par nationalit&#233; et te soutirent quelque chose&lt;/i&gt; &#187; et quand tu arrives &#171; &lt;i&gt;tout le monde sait pourquoi tu es l&#224;&lt;/i&gt; &#187;. Avec d'autres aventuriers, Samuel attend son tour dans une des maisons g&#233;r&#233;es par les passeurs. Il y fait la connaissance de trois jeunes mineurs, une fille et deux gar&#231;ons, en partance pour l'Europe. N'ayant plus d'argent, ils sont coinc&#233;s &#224; Arlit. Il les prend sous son aile et leur paye le prix du voyage en pick-up jusqu'en Alg&#233;rie. Mais peu apr&#232;s le d&#233;part, le convoi tombe dans un guet-apens : une bande de Touaregs arm&#233;s &#8211; probablement de m&#232;che avec les passeurs &#8211; d&#233;leste les voyageurs de leur argent, t&#233;l&#233;phones et bijoux. Les bandits les alignent et les fouillent sans m&#233;nagement. Ils s'attardent sur Samuel, un des plus &#226;g&#233;s du convoi. La machette d'un des hommes bleus entaille &#224; plusieurs reprises ses bras. Mais ce dernier n'a rien &#224; cacher, tout son argent a servi &#224; financer le passage. Vient justement le tour d'un des deux jeunes gar&#231;ons qui craque apr&#232;s quelques minutes de pression. Il livre la liasse de billets cach&#233;e dans la ceinture de son pantalon. Les pirates du d&#233;sert enragent : si ce jeune a r&#233;ussi &#224; dissimuler cet argent, combien dans le groupe ont pu faire de m&#234;me ? Ils engagent une nouvelle fouille, encore plus brutale. Puis, le cauchemar s'arr&#234;te. Avec soulagement : cette nuit-l&#224;, personne n'y a laiss&#233; la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; remont&#233;e &#187; se poursuit : Tamanrasset, Gharda&#239;a, puis Oran, o&#249; Samuel gal&#232;re quatre mois. Il part ensuite pour Maghnia, &#224; quelques kilom&#232;tres du Maroc. Il y reste le temps de r&#233;colter l'argent n&#233;cessaire pour passer la fronti&#232;re, ses principaux &#171; sponsors &#187; &#233;tant sa famille rest&#233;e au pays et surtout ses fr&#232;res qui vivent en Europe. Il passe au Maroc, direction Tanger. Deux ans plus tard, il y est toujours bloqu&#233;. Au compteur, neuf tentatives de franchissement du d&#233;troit de Gibraltar par bateau. Et autant d'&#233;checs qui se traduisent par une double peine : non seulement les militaires marocains arraisonnent la fr&#234;le embarcation et la ram&#232;nent &#224; terre, mais les passagers, parfois apr&#232;s avoir &#233;t&#233; bastonn&#233;s, sont refoul&#233;s loin de Tanger. Samuel a donc &#233;t&#233; victime de neuf &#233;loignements : 3 fois vers K&#233;nitra, 3 fois vers Agadir et 3 fois vers Tiznit (respectivement &#224; 200, 600 et 670 km de Tanger). Transport&#233;s dans des bus d&#233;glingu&#233;s, les migrants sont ensuite abandonn&#233;s &#224; la sortie des villes ou en rase campagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Tanger, Samuel vit dans un de ces petits immeubles d&#233;cr&#233;pits au c&#339;ur de la m&#233;dina. &#171; &lt;i&gt;Il n'y a que des Blacks qui vivent l&#224;. Camerounais, Guin&#233;ens, S&#233;n&#233;galais&lt;/i&gt; &#187;, commente-t-il. Il loue une minuscule chambre &#224; un marchand de sommeil aux activit&#233;s vari&#233;es : &#171; logeur &#187; de Subsahariens, trafiquant de haschich&#8230; Sur le pas de la porte, un de ses amis, avec qui il partage parfois la chambre, cuisine sur un r&#233;chaud &#224; gaz des morceaux de poulet plong&#233;s dans un bain d'huile. Le lieu est spartiate : un lit occupe les 2/3 de la pi&#232;ce, une petite &#233;tag&#232;re pour les effets personnels et une table basse sur laquelle est pos&#233; un &#233;cran et lecteur DVD. &#171; &lt;i&gt;J'ai veill&#233; tard cette nuit. Je voulais finir la s&#233;rie&lt;/i&gt; Game of Thrones. &#187; Il faut s'occuper l'esprit en attendant que la chance tourne. L'attente rythme le quotidien des voyageurs en qu&#234;te d'Europe. Attendre le jour du passage. Attendre le mandat qui permettra de poursuivre sa route. Attendre qu'un patron vous embauche comme journalier... Pour tuer le temps, Samuel vient souvent au caf&#233; Najah, situ&#233; &#224; quelques m&#232;tres de la place du Petit Socco, dans le c&#339;ur de la M&#233;dina. Il pose le d&#233;cor : &#171; &lt;i&gt;Les Blacks l'appellent le &#8220;caf&#233; Cloch'&#8221;, car il n'y a que les prostitu&#233;es et les clochards qui le fr&#233;quentent.&lt;/i&gt; &#187; Le lieu n'est pas tr&#232;s engageant : au fond de la salle principale plong&#233;e dans une semi-obscurit&#233;, quelques solitaires sont attabl&#233;s, la pipe de kif &#224; la main ou occup&#233;s &#224; se rouler un joint. Deux femmes passent d'une table &#224; l'autre. Dans l'entr&#233;e, la t&#233;l&#233;vision est branch&#233;e sur National Geographic et diffuse en boucle des reportages animaliers en anglais. Le caf&#233; Najah est connu des subsahariens, car un espace y a &#233;t&#233; n&#233;goci&#233; pour accueillir le &#171; Restaurant Kebbe &#187;, du nom d'un ancien migrant s&#233;n&#233;galais aujourd'hui install&#233; au Maroc. De fait, il s'agit d'un des rares lieux o&#249; les Noirs sont accept&#233;s sans trop de difficult&#233;s. Pour 25 dirhams, A&#239;ssatou, qui g&#232;re la cantine, te pr&#233;pare un bon thiep ou un maff&#233;. Et les plus fortun&#233;s payent des &#171; &lt;i&gt;repas en attente&lt;/i&gt; &#187;, qui d&#233;panneront les jours de grande gal&#232;re. Assis sur une chaise, le portable en main, Samuel profite du WiFi du Najah pour prendre des nouvelles de sa femme et de son fils rest&#233;s au Cameroun. Six ans ont pass&#233; et son enfant grandit sans lui. Il &#233;change aussi avec l'un de ses fr&#232;res qui, depuis la France, l'encourage &#224; ne pas l&#226;cher prise. Malgr&#233; les &#233;checs r&#233;p&#233;t&#233;s, Samuel reste d&#233;termin&#233;. Il a d&#233;cid&#233; de changer de strat&#233;gie. &#171; &lt;i&gt;Fini la mer, je ne veux plus risquer ma peau. J'attends d'avoir l'argent n&#233;cessaire et je pars &#224; Melilla.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1766 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH600/-80-44469.jpg?1768650935' width='400' height='600' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Ma&#235;l Galisson
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Melilla est, comme Ceuta, une enclave espagnole situ&#233;e en territoire marocain. Ces deux villes autonomes sont les seules fronti&#232;res terrestres existantes entre l'Union europ&#233;enne et l'Afrique. Arriver &#224; Melilla en venant du Maroc, c'est se confronter &#224; la &#171; barri&#232;re &#187;, un dispositif destin&#233; &#224; emp&#234;cher l'entr&#233;e sur le territoire espagnol des migrants dits &#171; ill&#233;gaux &#187;. En une quinzaine d'ann&#233;es, elle n'a cess&#233; d'&#234;tre renforc&#233;e. Double rang&#233;e de barbel&#233;s, douves de plusieurs m&#232;tres de profondeur, postes de surveillance des soldats marocains, triple barri&#232;re de 6 m&#232;tres de haut (parfois surmont&#233;e de barbel&#233;s) avec m&#233;canisme d'entrave en cas de franchissement, vid&#233;osurveillance g&#233;n&#233;ralis&#233;e, d&#233;tecteurs de mouvements, rondes d'observation des militaires&#8230; Une v&#233;ritable balafre sur le paysage. Et un march&#233; juteux pour l'industrie de l'armement. C&#244;t&#233; espagnol, la concurrence est rude pour rafler le pactole du contr&#244;le de la fronti&#232;re. Entre 2005 et 2006, c'est l'entreprise Indra&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Indra, une des principales multinationales espagnoles, est une compagnie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; qui empoche 21 millions d'euros destin&#233;s &#224; construire 7 kilom&#232;tres de grillages. Puis, c'est Necso qui remporte le march&#233; de 1,13 million d'euros quand le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur d&#233;cide de doubler la hauteur des barri&#232;res. Indra se refait une sant&#233; entre 2007 et 2009 en s'occupant de la maintenance et des r&#233;parations de la &#171; barri&#232;re &#187; et r&#233;colte au passage 6,3 millions d'euros. Dans un r&#233;cent rapport, l'ONG n&#233;erlandaise Transnational institute (TNI) montre que le business de la fronti&#232;re est en plein boum : &#171; &lt;i&gt;Estim&#233; &#224; quelques 15 milliards d'euros en 2015, il devrait augmenter &#224; plus de 29 milliards d'euros par an en 2022&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Transnationalinstitute, Guerras de frontera, Los fabricantes y vendedores (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. &#187; Elle ajoute que l'UE a pr&#233;vu de d&#233;penser 4,5 milliards d'euros sur la p&#233;riode 2004-2020 afin de s&#233;curiser ses fronti&#232;res ext&#233;rieures et que &#171; &lt;i&gt;le budget de Frontex, principal organisme de contr&#244;le des fronti&#232;res, a augment&#233; de 3688% entre 2005 et 2016 (de 6,3 millions d'euros &#224; 238,7millions d'euros)&lt;/i&gt; &#187;. Ironie de l'histoire, les entreprises &#224; la pointe de la militarisation des fronti&#232;res europ&#233;ennes vendent &#233;galement des armes qui &#233;quipent les guerres actuellement en cours au Moyen-Orient et en Afrique, grandes pourvoyeuses de r&#233;fugi&#233;s. Marchands d'armes le matin, n&#233;gociants en barbel&#233;s l'apr&#232;s-midi. Et le rapport de conclure, &#171; &lt;i&gt;les entreprises qui cr&#233;ent la crise sont celles qui en profitent&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La barri&#232;re de Melilla s&#233;pare deux territoires en guerre. Mais l'Espagne et le Maroc ne sont pas (ou plus) en conflit. La violence, tant symbolique que physique, est d&#233;sormais dirig&#233;e contre les migrants. Omar Naji, militant de l'Association marocaine des droits de l'homme (AMDH), d&#233;crit l'ambiance : &#171; &lt;i&gt;&#192; Nador, tu ne peux pas marcher en ville si tu es Noir, la police te rafle&lt;/i&gt;. &#187; Dans les montagnes entourant l'enclave espagnole, &#171; &lt;i&gt;les descentes des forces auxiliaires marocaines s'accompagnent d'arrestations, y compris de personnes disposant de titre de s&#233;jour, et de destruction des tentes et abris&lt;/i&gt; &#187;. La surveillance et le harc&#232;lement sont constants : &#171; &lt;i&gt;Une fois par semaine, un h&#233;licopt&#232;re de l'arm&#233;e survole les bois afin d'estimer le nombre de migrants qui s'y cachent&lt;/i&gt;. &#187; &#192; coup de gourdin ou de pierres, les &#171; Alis &#187; &#8211; surnom donn&#233; par les migrants aux soldats marocains &#8211; se d&#233;cha&#238;nent. Les Subsahariens arr&#234;t&#233;s lors de ces raids sont emprisonn&#233;s, hors de tout cadre l&#233;gal et sans limitation de dur&#233;e, dans des centres de r&#233;tention (souvent des b&#226;timents publics r&#233;quisitionn&#233;s), en attendant un refoulement vers le Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Melilla comme &#224; Ceuta, tenter de &#171; br&#251;ler &#187; la fronti&#232;re peut prendre diff&#233;rentes formes. Pour les sans-papiers ayant des ressources financi&#232;res, il y a le passage par la route et les postes-fronti&#232;res, recroquevill&#233;s dans des caches, sous les si&#232;ges, derri&#232;re un pare-chocs ou dans le r&#233;servoir d'un v&#233;hicule. Vient ensuite la voie maritime sur des barques de p&#234;che, zodiacs ou m&#234;me jet-ski te d&#233;posant &#224; proximit&#233; des plages espagnoles. Enfin, pour les sans-le-sou, reste le saut de la barri&#232;re. S'attaquer au dispositif implique une organisation quasi militaire du passage. Observer les rondes des soldats marocains, porter attention &#224; la m&#233;t&#233;o (un vent fort peut d&#233;clencher les alarmes), pr&#233;parer son &#233;quipement (chaussures &#224; crampons bricol&#233;s, multiples couches de v&#234;tements&#8230;), rep&#233;rer les faiblesses de la barri&#232;re, organiser le ravitaillement du campement&#8230; sont quelques-unes des t&#226;ches &#224; accomplir avant de tenter une &#171; boza &#187; &lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nom donn&#233; &#224; la danse que les exil&#233;s improvisent pour c&#233;l&#233;brer la r&#233;ussite du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le franchissement de la barri&#232;re n'est pas une garantie. Depuis des ann&#233;es, c&#244;t&#233; espagnol, la Guardia civil proc&#232;de en toute ill&#233;galit&#233; &#224; des &#171; refoulements &#224; chaud &#187; : un migrant interpell&#233; sur la fronti&#232;re est remis aux autorit&#233;s marocaines sans examen de sa situation, en violation de la Convention de Gen&#232;ve&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Article 33, paragraphe 1 de la Convention de Gen&#232;ve.&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;. Pire, le 1er avril 2015, le l&#233;gislateur espagnol a vot&#233; un amendement qui &#171; encadre &#187; ces expulsions &#224; chaud, les l&#233;gitimant de droit. D'autant qu'il n'existe aucune limite dans le temps et l'espace. Dans un rapport conjoint r&#233;alis&#233; par le collectif euro africain Migreurop, Kouma, un r&#233;fugi&#233; camerounais vivant &#224; Rabat, t&#233;moigne : &#171; &lt;i&gt;En quatre ans de for&#234;t &#224; Nador, je suis entr&#233; cinq fois &#224; Melilla par la barri&#232;re. Mais &#224; chaque fois on nous a pris et rejet&#233;s au Maroc. C'&#233;tait tr&#232;s violent, il y a des gens qui sont morts de leurs blessures lors du refoulement. La quatri&#232;me fois, je suis entr&#233; bien loin dans la ville, j'&#233;tais proche du campo&lt;/i&gt; [centre de r&#233;tention]. &lt;i&gt;Mais la Guardia tournait. Je m'&#233;tais cach&#233; dans des touffes d'herbe, &#224; un moment j'ai vu les phares sur moi, c'&#233;tait fini. Ils m'ont mis de force dans la voiture et jet&#233; au Maroc, par une des portes de la barri&#232;re&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Association marocaine des Droits de l'Homme (AMDH), Rapport annuel 2015 sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle que soit la voie, chaque tentative comporte ses risques. En 2015, la section de Nador de l'AMDH a recens&#233; 23 d&#233;c&#232;s lors de tentatives de passage, dont 21 personnes mortes noy&#233;es lors du naufrage de leur embarcation&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Asociaci&#244;n Pro Derechos Humanos de Andalucia (APDHA), Droits de l'Homme &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;. L'Associacion Pro Derechos Humanos de Andaluc&#237;a (APDHA) d&#233;nombre quant &#224; elle, sur la m&#234;me ann&#233;e, 195 disparitions sur l'ensemble de la fronti&#232;re (Ceuta, Melilla et d&#233;troit de Gibraltar)&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gadem, Migreurop, APDHA, La Cimade, Ceuta et Melilla, centres de tri &#224; ciel (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;. Et il ne s'agit l&#224; que des morts qu'on a pu recenser. Combien de corps engloutis par la M&#233;diterran&#233;e ? Combien de personnes mortes sous les coups des forces auxiliaires marocaines ou de la Guardia civil et enterr&#233;es en douce dans les montagnes surplombant Ceuta et Melilla&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt; 10 ? Aux morts s'ajoutent les bless&#233;s, par les coups ou les barbel&#233;s, laissant certains infirmes ou amput&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Crois&#233; &#224; Ceuta, &#224; proximit&#233; de la plage Benitez, Bertrand, 22 ans, a r&#233;ussi &#224; mettre le pied en Europe. En f&#233;vrier 2016, il a quitt&#233; la Guin&#233;e-Conakry, &#171; &lt;i&gt;pays en voie de sous-d&#233;veloppement &lt;/i&gt; &#187; dit-il d'un ton sarcastique, car il voulait &#171; &lt;i&gt;faire sa vie&lt;/i&gt; &#187; et &#233;chapper &#224; un horizon bouch&#233; par la cooptation et la corruption. Il a pris un vol Conakry-Rabat, a pass&#233; un mois dans la capitale du royaume ch&#233;rifien, log&#233; dans un appartement collectif avec d'autres candidats au d&#233;part. Puis il est parti pour Tanger et le quartier de Boukhalef, o&#249; il a s&#233;journ&#233; pendant 3 mois. Quand on l'interroge sur ces quelques mois pass&#233;s au Maroc, Bertrand raconte surtout le racisme dont sont victimes les Noirs. &#171; &lt;i&gt;Quand on montait dans le bus, les gens se bouchaient le nez ou nous aspergeaient d'eau de Cologne. Et si nous n'&#233;tions que des Blacks &#224; attendre &#224; l'arr&#234;t de bus, il arrivait que le chauffeur ne s'arr&#234;te pas. On m'a plusieurs fois crach&#233; dessus.&lt;/i&gt; &#187; Pour rien au monde il ne remettrait les pieds au Maroc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour de juin, guid&#233; par un passeur, Bertrand quitte Tanger en direction de Ceuta. &#192; la nuit tomb&#233;e, avec 11 compagnons, il se hisse dans un bateau pneumatique. Quelques heures et quelques frayeurs plus tard, l'embarcation accoste sur une des plages de Ceuta. Co&#251;t du passage : 2 800 euros. Depuis, Bertrand patiente. Les journ&#233;es se suivent et se ressemblent : ici, il n'y a rien &#224; faire qu'attendre. Car Ceuta, tout comme Melilla, c'est l'Europe... Enfin, pas vraiment. Car si les chanceux qui ont pu entrer sont de fait dans l'Union europ&#233;enne, ils ne peuvent quitter l'enclave, celle-ci &#233;tant exclue de l'espace Schengen. Une fois enregistr&#233; au Centre de s&#233;jour temporaire pour migrants (Ceti), le migrant se morfond dans l'attente d'un transfert vers un des centres d'accueil de la p&#233;ninsule. Il y a encore quelque temps, l'attente pouvait durer jusqu'&#224; une voire plusieurs ann&#233;es. Actuellement, on table sur 6 mois environ. Alors, les exil&#233;s tuent le temps. Ils fuient le plus possible le Ceti, ses dortoirs bond&#233;s et ses &#233;quipements sanitaires insuffisants. Certains proposent leurs services contre quelques pi&#233;cettes &#224; la sortie des supermarch&#233;s ou comme gardes-parkings. D'autres fr&#233;quentent les cours d'espagnol propos&#233;s par l'association Elin. Beaucoup errent simplement en ville. Ceuta, avec son air de &#171; douce prison &#187;, est le dernier sas avant d'atteindre r&#233;ellement l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fin de journ&#233;e approche et la nuit tombe. Bertrand quitte la plage Benitez, direction le Ceti. &#171; &lt;i&gt;Plus que 5 mois avant d'aller voir Paris&lt;/i&gt; &#187;, l&#226;che-t-il, le sourire aux l&#232;vres. En face, de l'autre c&#244;t&#233; du d&#233;troit et &#224; travers la brume, &#233;closent peu &#224; peu les lumi&#232;res du rocher de Gibraltar et du port d'Alg&#233;ciras. Un peu plus &#224; l'ouest, on distingue l'ombre des montagnes surplombant Tarifa.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ma&#235;l Gallisson&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;ternel retour des routes clandestines&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;petitelettrine&gt;O&lt;/petitelettrine&gt;nze ans pr&#232;s, rien ne semble avoir chang&#233;. Ce que dit ce reportage autour du d&#233;troit de Gibraltar ravive le souvenir de l'assaut du 29 septembre 2005 sur les hautes grilles de Ceuta, le premier &#224; avoir &#233;t&#233; m&#233;diatis&#233;. un des participants &#224; cette &#233;meute sur la fronti&#232;re, Mahmoud Traor&#233;, en t&#233;moigne dans le livre &lt;i&gt;Partir et raconter &#8211; R&#233;cit d'un clandestin africain en route vers l'Europe &lt;/i&gt;(Lignes, 2012).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un temps, &lt;/strong&gt;apr&#232;s que les images de vid&#233;osurveillance diffus&#233;es sur toutes les t&#233;l&#233;s du monde (vision fantasmagorique d'une avalanche de corps noirs mena&#231;ant de submerger le jardin d'Eden) eurent accompagn&#233; les premi&#232;res op&#233;rations de l'agence Frontex, les voies clandestines se sont d&#233;port&#233;es vers les Canaries, puis Lampedusa, Malte et les &#238;les grecques. Ceuta et Melilla &#233;tait devenues des culs-de-sac o&#249; le migrant sans papiers croupissait souvent pendant des ann&#233;es avant de pouvoir gagner la p&#233;ninsule ib&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aujourd'hui, &lt;/strong&gt;alors que les conflits arm&#233;s en Libye, Syrie, Irak, Afghanistan, Palestine et Turquie injectent des centaines de milliers de r&#233;fugi&#233;s dans les art&#232;res du passage clandestin (avec son cort&#232;ge de trag&#233;dies et les mirifiques profits l&#233;gaux et ill&#233;gaux qu'il engendre), les routes du Maghreb sont redevenues une alternative qui saute aux yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En t&#233;moignant &lt;/strong&gt;de la vie sur les routes et de l'organisation de l'assaut par des assembl&#233;es oeuvrant &#224; l'insu des flics ripoux autant que des r&#233;seaux de passeurs, Mahmoud Traor&#233; parlait de dignit&#233;, d'union et de pers&#233;v&#233;rance. &#171; &lt;i&gt;Pour nous, un clando, c'&#233;tait un clodo, mais apr&#232;s avoir &#233;cout&#233; l'histoire de Mahmoud, on sait maintenant qu'ils sont plut&#244;t des h&#233;ros &lt;/i&gt; &#187;, d&#233;clarera une coll&#233;gienne marseillaise devant une cam&#233;ra de France 3. C'est cette dignit&#233; que l'&#201;tat fran&#231;ais tente de disperser &#224; Calais ou &#224; Menton.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Bruno Le Dantec&lt;/strong&gt; &lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Du haut de ses 851 m d'altitude, le Djebel Musa, situ&#233; en territoire marocain, surplombe la ville autonome de Ceuta.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Communaut&#233; &#233;conomique des &#201;tats d'Afrique de l'Ouest.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Indra, une des principales multinationales espagnoles, est une compagnie multisectorielle intervenant dans les domaines de la s&#233;curit&#233; et de la d&#233;fense, du transport et de la circulation, de l'&#233;nergie et de l'industrie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Transnationalinstitute, Guerras de frontera, Los fabricantes y vendedores de armas que se b&#233;n&#233;ficiai ! de la tragedia de los refugiados en Europa &#187;, 04/08/16.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Nom donn&#233; &#224; la danse que les exil&#233;s improvisent pour c&#233;l&#233;brer la r&#233;ussite du passage de la fronti&#232;re. De fait, le terme s'applique aussi &#224; la tentative de passage.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Article 33, paragraphe 1 de la Convention de Gen&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Association marocaine des Droits de l'Homme (AMDH), Rapport annuel 2015 sur la migration et l'asile &#224; Nador.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Asociaci&#244;n Pro Derechos Humanos de Andalucia (APDHA), Droits de l'Homme &#224; la Fronti&#232;re Sud, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Gadem, Migreurop, APDHA, La Cimade, Ceuta et Melilla, centres de tri &#224; ciel ouvert aux portes de l'Afrique, d&#233;cembre 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
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