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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Luxe, calme et tapis de course pour chevaux</title>
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		<dc:date>2023-04-17T08:54:20Z</dc:date>
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		<dc:creator>Eric Louis</dc:creator>


		<dc:subject>Gwen Tomahawk</dc:subject>
		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Membre du collectif Cordistes en col&#232;re et auteur, &#201;ric Louis nous raconte une journ&#233;e pas comme les autres chez &#201;douard de Rothschild. Sa mission de haute importance pour le milliardaire propri&#233;taire d'une &#233;curie de chevaux de course ? R&#233;parer un tapis de course&#8230; pour chevaux. Elle se goupillait plut&#244;t pas mal, cette journ&#233;e de boulot. Jusqu'au moment o&#249; j'ai mis ma disqueuse en route. Une grosse, de celles qui accueillent un disque de diam&#232;tre 230 mm. De celles qui font un raffut de tous (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Gwen-Tomahawk" rel="tag"&gt;Gwen Tomahawk&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Membre du collectif Cordistes en col&#232;re et auteur, &#201;ric Louis nous raconte une journ&#233;e pas comme les autres chez &#201;douard de Rothschild. Sa mission de haute importance pour le milliardaire propri&#233;taire d'une &#233;curie de chevaux de course ? R&#233;parer un tapis de course&#8230; pour chevaux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5099 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_218_gwen_tomahawk_rotschild_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH709/web_218_gwen_tomahawk_rotschild_1200px-d5317.jpg?1780239762' width='500' height='709' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Par Gwen Tomahawk
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;E&lt;/span&gt;lle se goupillait plut&#244;t pas mal, cette journ&#233;e de boulot. Jusqu'au moment o&#249; j'ai mis ma disqueuse en route. Une grosse, de celles qui accueillent un disque de diam&#232;tre 230 mm. De celles qui font un raffut de tous les diables. Le gars qui m'avait re&#231;u accourait alors, affol&#233; :
&#171; &lt;i&gt;Arr&#234;tez ! Faut pas faire de bruit. Monsieur monte.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'arr&#234;te la machine. Je regarde le gars d'un air circonspect. Autant h&#233;b&#233;t&#233; qu'interrogateur. Monsieur monte ? Il monte o&#249; ? Il me d&#233;signe un homme sur son cheval.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout d'un moment, je me demande ce que je fous l&#224;. Plant&#233; dans la cour de ce ch&#226;teau. &#192; mater un gars qui passe sur son bourrin. Imp&#233;rial. Hautain. Indiff&#233;rent &#224; ma pr&#233;sence insignifiante.
Je tire sur ma roul&#233;e. Et crache ma fum&#233;e, pensif. Mon chantier est en plan. &#192; quelle heure je vais rentrer ? J'ai de la route. Ferri&#232;res est &#224; 150 kilom&#232;tres de la maison. Il croit que j'ai que &#231;a &#224; foutre, le cavalier de l'apocalypse ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Y a des salles de sport pour les chevaux ? &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette &#233;poque, je suis jonctionneur de bandes transporteuses. Je sais, &#231;a doit para&#238;tre obscur &#224; beaucoup. Pour r&#233;sumer, une bande transporteuse c'est un tapis roulant. Comme &#224; la caisse du supermarch&#233;. Et pour qu'il tourne, il faut bien qu'il soit jonctionn&#233;. &#171; Sans fin &#187;. C'est-&#224;-dire circulaire. Ferm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, il ne na&#238;t pas comme &#231;a. Au d&#233;part, ce n'est qu'une bande de textile, rev&#234;tue de PVC ou de caoutchouc. Qu'il faut bien fermer, jonctionner. C'est un m&#233;tier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prochaine fois que tu attends &#224; la caisse &#224; Auchan (ne passe surtout pas aux caisses automatiques, malheureux&#8230;), observe bien le tapis tourner. &#192; un moment donn&#233;, si tu fais bien gaffe, tu verras passer une bande transversale, marqu&#233;e de zigzag, sur toute la largeur du tapis. C'est la jonction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2004, je suis donc jonctionneur. Dans une petite agence de t&#244;les vertes, perdue au fond d'une petite zone industrielle. &#192; Roye, elle-m&#234;me perdue aux confins orientaux du d&#233;partement de la Somme. C'est pas tr&#232;s gai par ici, mais on est peinards, &#224; deux dans notre petite agence. Isol&#233;s et autonomes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De temps en temps, on bosse &#224; l'atelier. Du moins, on le fait croire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le plus souvent, on bosse sur site. Pour remplacer les tapis sur les convoyeurs, les machines. Dans l'industrie, l'agriculture, la logistique, les silos, les abattoirs&#8230; Partout o&#249; il y a des bandes transporteuses. Presque partout, du coup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, un gars m'appelle, &#224; la recherche d'un tapis d'un genre particulier. Introuvable.
On se fixe rendez-vous dans un bistrot. Le monsieur est un sexag&#233;naire sautillant. Sa BMW break atteste de sa r&#233;ussite. Le gars est n&#233;anmoins sympa. Il a apport&#233; un &#233;chantillon. Effectivement, c'est du lourd. Et pour cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;C'est pour un home-trainer destin&#233; aux chevaux.
&#8211; Un quoi ??
&#8211; Un home-trainer, un tapis de course, comme dans les salles de sport, mais pour les chevaux.
&#8211; Y a des salles de sport pour les chevaux ?
&#8211; Non, mais mon client en a un pour ses chevaux.
&#8211; Putain, c'est Rothschild votre client, ma parole !
&#8211; Tout juste. &#201;douard de Rothschild.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'imagine les sabots ferr&#233;s d'un bourrin de 500 kilos en train de matraquer le pauvre tapis. C'est autre chose qu'un apprenti bodybuilder dans une salle de fitness !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s maintes recherches, je ne trouverai pas le type de bande identique &#224; ce qu'il m'a montr&#233;. Je lui propose une &#233;quivalence. Ses autres pistes le menant dans une impasse, il accepte ma proposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est comme &#231;a, qu'un beau matin de printemps, je franchis les grilles du ch&#226;teau de Ferri&#232;res, en Seine-et-Marne, au volant de mon Kangoo de service.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des employ&#233;s me re&#231;oit. Accueillant. Avenant. On sait recevoir chez les Rothschild.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ch&#226;teau est moins grand que Versailles. M&#234;me s'il en impose. Pas beaucoup plus beau. Pardon, mais le ch&#226;teau de Versailles, c'est le mauvais go&#251;t incarn&#233;. T'enl&#232;ves le gigantisme, qu'est-ce qu'il reste ? Une b&#226;tisse faite de rectangles, &#224; toit plat. Tristement triste. D&#233;primante &#224; se pendre. L'anc&#234;tre de la barre HLM.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autour de moi, des arbres. Centenaires. Massifs. Eux s'en foutent d'&#234;tre chez les riches. &#199;a les arrange m&#234;me. Ailleurs, sur une place publique, le long d'un boulevard, ils risqueraient la tron&#231;onneuse. &#192; la merci de la connerie d'un &#233;dile friand de projets immobiliers.
Ici, les arbres sont tranquilles. Le riche est capable de d&#233;cimer arbres et hommes de contr&#233;es qu'il ne fr&#233;quente pas, mais est tout amour et attention pour son havre de paix. Son domaine. Son sanctuaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Chaque animal a son petit appartement privatif, avec une fen&#234;tre &#171; qui donne sur la vall&#233;e et la for&#234;t. C'est important, Monsieur y tient &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Plus encore que des arbres, ici c'est le domaine des chevaux.
Sur la gauche de l'entr&#233;e, un immense man&#232;ge couvert. Plusieurs chevaux peuvent y trotter en rond, &#224; l'abri des intemp&#233;ries.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le must, c'est l'&#233;curie. Le b&#226;timent est vaste. Construit tout en bois.
Puisque je ne peux pas travailler tant que Monsieur monte, l'homme de main me fait visiter. Encourag&#233; par mon &#233;bahissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'int&#233;rieur, tout est propre. Nickel. &#192; peine si &#231;a sent le canasson. Il doit en passer des heures le gars &#224; nettoyer tout &#231;a. Le fumier est &#233;vacu&#233; chaque jour, &#224; en juger par la fra&#238;cheur et la blondeur de la paille qui matelasse les boxes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, les boxes&#8230; Chaque animal a son petit appartement privatif, avec une fen&#234;tre &#171; &lt;i&gt; qui donne sur la vall&#233;e et la for&#234;t. C'est important, Monsieur y tient&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici tout n'est que luxe, calme et obs&#233;quiosit&#233;.
Ces b&#234;tes sont infiniment mieux trait&#233;es que la plupart des humains.
Dans l'&#233;curie, une salle de douche !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeannine, presque octog&#233;naire de mon village, n'a pas de douche chez elle. M&#234;me pas l'eau chaude.
Enfin, tr&#244;ne, m&#233;canique improbable, le fameux home-trainer que je suis venu r&#233;parer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais pouvoir m'y remettre. Monsieur a fini de monter. Il rentre prestement dans le ch&#226;teau. Allonge son pas bott&#233; et press&#233; sur le perron de pierre. D&#233;j&#224; accapar&#233; par un autre noble projet. Dandy overbook&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il laisse la bride de son cheval dans la main d'un membre du personnel. Charge &#224; lui de le ramener dans ses luxueux quartiers. De le desseller, le bouchonner, l'abreuver&#8230; Bref, d'accomplir toutes les basses besognes n&#233;cessaires. T&#226;ches subalternes indignes du rang de Monsieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin de la journ&#233;e, je repasse le portail en sens inverse. Encore deux heures de route m'attendent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai travaill&#233; pour Rothschild.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette phrase ne prend pas une r&#233;sonance particuli&#232;re en moi, ce jour-l&#224; de 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette &#233;poque, Macron ne travaille pas encore pour la banque Rothschild. Il est encore &#224; l'&#233;cole. Il tra&#238;ne son reste de jeunesse sur les bancs de l'ENA, alors que je bosse depuis une quinzaine d'ann&#233;es.
&#192; cette &#233;poque, il n'est pas pr&#233;sident de la R&#233;publique.
&#192; cette &#233;poque, personne ne sait qui c'est, Macron. Et c'&#233;tait bien comme &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;ric Louis&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Sucre amer</title>
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		<dc:creator>Eric Louis</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;En 2012, deux cordistes perdaient la vie dans un silo de sucre. Condamn&#233;s en premi&#232;re instance il y a deux ans, leur employeur et son donneur d'ordre, le groupe Cristal Union, ont &#233;t&#233; rejug&#233;s en appel le 21 septembre. Lui-m&#234;me ancien cordiste, &#201;ric Louis* nous raconte ce proc&#232;s charg&#233; de violence sociale. Le 13 mars 2012, Arthur Bertelli, 23 ans, et Vincent Dequin, 33 ans, tous deux cordistes, descendent en rappel les 53 m&#232;tres du silo n&#176; 4 de la sucrerie Cristal Union de Bazancourt (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no202-octobre-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;202 (octobre 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Carrard" rel="tag"&gt;Carrard&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En 2012, deux cordistes perdaient la vie dans un silo de sucre. Condamn&#233;s en premi&#232;re instance il y a deux ans, leur employeur et son donneur d'ordre, le groupe Cristal Union, ont &#233;t&#233; rejug&#233;s en appel le 21 septembre. Lui-m&#234;me ancien cordiste, &#201;ric Louis* nous raconte ce proc&#232;s charg&#233; de violence sociale.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4086 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;9&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/600px_cordistes.jpg' width='500' height='500' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Pole Ka
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 13 mars 2012, Arthur Bertelli, 23 ans, et Vincent Dequin, 33 ans, tous deux cordistes, descendent en rappel les 53 m&#232;tres du silo n&#176; 4 de la sucrerie Cristal Union de Bazancourt (Marne). Arriv&#233;s sur le sucre, ils s'emploient &#224; d&#233;gager une porte lat&#233;rale, situ&#233;e &#224; 7 m&#232;tres au-dessus du niveau du sol. Mais au bout de dix minutes, la mati&#232;re se d&#233;robe sous leurs pieds. Deux trappes de vidage ont &#233;t&#233; ouvertes juste en dessous de l'endroit o&#249; ils travaillent. Erreur fatale : aspir&#233;s, les deux cordistes meurent ensevelis sous le sucre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propri&#233;taire du silo, Cristal Union est un mastodonte de l'agroalimentaire, poss&#233;dant les marques Daddy ou encore Erstein. Arthur et Vincent avaient &#233;t&#233; embauch&#233;s par un de ses prestataires, Carrard Services. En 2019, les deux entreprises sont condamn&#233;es &#224; 100 000 &#8364; d'amende et deux ans de mise sous surveillance judiciaire. Les chefs d'&#233;tablissement au moment du drame, Michel Mangion pour Cristal Union et David Duval pour Carrard Services, &#233;copent de six mois de prison avec sursis et 15 000 &#8364; d'amende. Les pr&#233;venus font appel de ce jugement. Une nouvelle audience s'est donc tenue le 21 septembre dernier.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Devant la cour d'appel de Reims, ce 21 septembre, il y a du monde. Il est 11 heures. M&#234;me si l'audience ne commence qu'&#224; 14 heures, c'est l'effervescence. Une large banderole se d&#233;ploie sur les grilles attenantes au b&#226;timent : &#171; &lt;i&gt;Pour Arthur, Vincent et Quentin&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quentin Zaraoui-Bruat est mort en juin 2017, enselevi sous 370 tonnes de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;i&gt;, tu&#233;s au travail chez Cristal Union. Pour tous les coll&#232;gues aux vies d&#233;truites par leurs profits. Plus jamais&lt;/i&gt; &lt;i&gt;&#231;a&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux tables de camping charg&#233;es de tracts, d'affiches, de bouquins. Mais aussi de victuailles. Il faut prendre des forces, l'apr&#232;s-midi va &#234;tre longue. Tr&#232;s longue. Et &#233;prouvante. Mais ceux qui sont l&#224; ne sont pas &#224; &#231;a pr&#232;s. Ces femmes et ces hommes ont attendu sept longues ann&#233;es avant que la justice leur accorde une premi&#232;re audience. Elle avait dur&#233; douze heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux ans plus tard, &#224; l'entr&#233;e du tribunal, la responsable de la s&#233;curit&#233; s'arrache les cheveux. Fait l'appel des nombreuses parties civiles. Pas une ne manque. La jauge impos&#233;e par les mesures sanitaires risque de ne pas suffire. D'autant que de nombreux cordistes sont l&#224;, en soutien. Il faut &#233;galement caser les journalistes. La reporter de France Bleu confie : &#171; &lt;i&gt;C'est rare de voir autant de proches pr&#233;sents en appel. D'habitude, m&#234;me s'ils sont nombreux en premi&#232;re instance, ils se d&#233;couragent.&lt;/i&gt; &#187; Pour Arthur et Vincent, la mobilisation est intacte. Elle a m&#234;me grandi au fil des ann&#233;es. Comme une r&#233;ponse &#224; la lenteur de la justice. Comme un d&#233;fi au m&#233;pris des pr&#233;venus.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;Enlis&#233;s dans le d&#233;ni&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Il serait tentant de faire un copi&#233;-coll&#233; du compte-rendu de l'audience de premi&#232;re instance&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Un silo de sucre et de d&#233;dain &#187;, CQFD n&#176; 175 (avril 2019).&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; pour relater celle du 21 septembre. Tant l'ent&#234;tement dans le d&#233;ni, le rejet de la faute des uns sur les autres, le rab&#226;chage d'arguments techniquement faux se sont r&#233;p&#233;t&#233;s. Dans les m&#234;mes termes. Sur le m&#234;me ton. Leitmotiv d&#233;sesp&#233;rant. La m&#233;thode Cou&#233; en guise de d&#233;fense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la barre, Maurice Lombard. Le repr&#233;sentant l&#233;gal de Cristal Union. L'entreprise compara&#238;t en tant que personne morale. Pour un directeur industriel &#8211; d'un groupe qui comporte une dizaine d'usines employant au total pr&#232;s de 2 000 salari&#233;s, Maurice Lombard est balbutiant, confus, h&#233;sitant. Mais il campe sur ses positions. &#192; son sens, Cristal Union est un parangon de s&#233;curit&#233; &#8211; six ouvriers sont pourtant morts dans ses usines entre 2010 et 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plan de pr&#233;vention ne mentionne pas le terme &#171; &lt;i&gt;ensevelissement&lt;/i&gt; &#187;, cause de la mort de Vincent et Arthur ? Tout le monde sait qu'un silo encore empli de plus de 5 000 tonnes de sucre pr&#233;sente des risques d'ensevelissement, voyons. Pourquoi faire redondance et &#233;crire cette &#233;vidence ? En revanche, le tout premier risque mentionn&#233; sur ledit plan de pr&#233;vention est &#171; &lt;i&gt;la pollution du produit&lt;/i&gt; &#187;. La priorit&#233; est clairement &#233;tablie. Le sucre fait l'objet de beaucoup plus d'attention que les travailleurs qui viennent y piocher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cordistes n'ont pas pu entrer par la porte des 7 m&#232;tres, en bas du silo, parce que le niveau de sucre &#233;tait anormalement haut ? Ce n'est pas un probl&#232;me. R&#233;pondant &#224; la pr&#233;sidente de la cour, Maurice Lombard en est s&#251;r, l'accident serait arriv&#233; m&#234;me si les cordistes avaient pu acc&#233;der au fond du silo par cette porte des 7 m&#232;tres et donc travailler sur une masse r&#233;duite de mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Jean N&#233;ret, avocat de Cristal Union, la hauteur de sucre n'influe aucunement sur le travail &#224; fournir, ni sur les risques pr&#233;sents : &#171; &lt;i&gt;Il suffisait de d&#233;siler&lt;/i&gt; [vider le silo] &lt;i&gt;comme d'habitude selon la m&#233;thode des portions de camembert, sauf que l&#224;, les portions &#233;taient plus hautes. Et apr&#232;s&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; Et apr&#232;s ? Faut-il rappeler &#224; M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; N&#233;ret que le sucre culminait &#224; 15 m&#232;tres ? C'est la taille d'un immeuble de six &#233;tages ! Effectivement, pas de quoi s'inqui&#233;ter.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#171; Les cris en guise d'alerte &#187;&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Michel Mangion, le directeur de la sucrerie au moment des faits (il compara&#238;t en tant que personne physique), vient &#224; son tour &#224; la barre. Cristal Union a refus&#233; que son prestataire Carrard Services fournisse des talkies-walkies aux cordistes descendant au fond du silo ? Pas grave. Ceux-ci n'avaient qu'&#224; hurler &#224; l'attention de la vigie, 40 m&#232;tres plus haut. &#192; elle de courir au t&#233;l&#233;phone du monte-charge (&#224; condition qu'il soit bloqu&#233; au dernier &#233;tage du silo) et d'appeler la responsable des installations qui se trouve dans la cave. Si elle entend la sonnerie &#224; travers le fracas de la machinerie, il lui faudra alors tenter de comprendre le message au milieu du bruit ambiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a &#233;t&#233; pr&#233;cis&#233; au cours de l'audience que le jour de l'accident, entre le moment o&#249; les cordistes informent du danger et la fermeture des trappes de vidage, 16 longues minutes se sont &#233;coul&#233;es. Ce d&#233;lai semble satisfaire Michel Mangion. Lui qui pr&#233;conise &#171; &lt;i&gt;les cris en guise d'alerte&lt;/i&gt; &#187;.
La question de ces talkies-walkies devait &#234;tre abord&#233;e lors de l'accueil s&#233;curit&#233; des ouvriers, pr&#233;vu &#224; 13 h 30. Arthur et Vincent sont morts aux alentours de 11 h 30...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interrog&#233; par les avocats, Michel Mangion est mis en difficult&#233;. &#192; ce moment, survient un &#233;pisode surr&#233;aliste. Maurice Lombard se l&#232;ve sans g&#234;ne du banc des pr&#233;venus et vient &#224; la barre au secours de son subordonn&#233;. Prend la parole, explique. La cour laisse faire. Les choses mises au point, Maurice Lombard retourne s'asseoir. Cette libert&#233; est r&#233;v&#233;latrice. Les gens de Cristal Union, pachyderme de l'agro-industrie dans la r&#233;gion, s'affranchissent des r&#232;gles en vigueur pour le commun des mortels dans l'enceinte du palais de justice. Pourquoi d&#232;s lors se soumettraient-ils aux lois applicables &#224; tout un chacun ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de nouveau sous le soleil r&#233;mois. Cristal Union, imbue de ses milliards, &#233;tale sa suffisance. Rejette la faute sur son prestataire Carrard Services. Qui lui rend la pareille. Le d&#233;ni de responsabilit&#233; est total.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#171; Pr&#233;judice commercial &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;
&lt;/strong&gt;M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Maria-Claudette Aulon-Ponton, qui repr&#233;sente le SFETH, le Syndicat fran&#231;ais des entreprises de travaux en hauteur, est pr&#233;sente. Mais ne participe pas aux d&#233;bats. Ne pose pas une seule question aux pr&#233;venus, ni aux t&#233;moins. Le syndicat regroupe 43 des 600 entreprises de travaux sur cordes en France. Les plus importantes. En termes de chiffre d'affaires, s'entend. C'est un peu le Medef de la corde. D'ailleurs, il y est affili&#233;. Pas de hasard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le SFETH cherche &#224; se constituer partie civile. Comme en premi&#232;re instance, o&#249; sa demande avait &#233;t&#233; d&#233;clar&#233;e irrecevable &#224; l'&#233;nonc&#233; du jugement. Heureusement. Quel est le pr&#233;judice subi par un groupement d'entreprises millionnaires &#224; l'occasion de la mort de deux travailleurs pay&#233;s &#224; peine au-dessus du Smic ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plaidoirie de l'avocate, seul moment o&#249; elle s'animera, donne la pleine mesure des revendications de son client : &#171; &lt;i&gt;La concurrence d&#233;loyale des entreprises comme Carrard Services nuit &#224; la r&#233;putation et &#224; la confiance tant des donneurs d'ordres que de l'Inspection du travail qui est devenue extr&#234;mement m&#233;fiante sur ce type de travaux, du fait des actions et des pratiques qui sont aujourd'hui tr&#232;s clairement expos&#233;es.&lt;/i&gt; &#187; Ah, le bon vieux temps de l'opacit&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Il y a eu beaucoup d'articles de presse lors de l'audience en premi&#232;re instance. On a beaucoup parl&#233; des travaux sur cordes.&lt;/i&gt; &#187; Sous-entendu : des articles pas &#224; la gloire de ce m&#233;tier-passion, hors-norme (hors l&#233;gislation ?), qui fait r&#234;ver tout &#234;tre normalement constitu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au c&#339;ur d'un proc&#232;s traitant de la mort atroce de deux jeunes hommes, devant les souffrances endur&#233;es par leurs proches pendant pr&#232;s de dix ans en l'absence de r&#233;ponse de la justice, l'avocate des patrons de la corde vient parler r&#233;putation, concurrence, &#171; &lt;i&gt;pr&#233;judice commercial&lt;/i&gt; &#187;. Business, en un mot. M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Aulon-Ponton ne tiendra aucun propos sur le fond de l'affaire. N'aura aucune parole &#224; l'adresse des victimes et de leur famille. Elle r&#233;clame, au nom des pr&#233;judices subis par son client, 105 000 &#8364; de dommages et int&#233;r&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#171; Corde tendue ! &#187;&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;La seule diff&#233;rence notable avec l'audience de premi&#232;re instance, c'est la pr&#233;sence de Julien Rivollet, cit&#233; en tant que t&#233;moin par les parties civiles. Il est cordiste, formateur, membre et pr&#233;sident de jurys d'examen. C'est l'un des professionnels les plus certifi&#233;s de France. Il a apport&#233; son expertise au groupe de travail sur les interventions en milieu confin&#233;, initi&#233; par le minist&#232;re du Travail, la MSA (la S&#233;curit&#233; sociale agricole) et l'Inspection du travail, &#224; la suite du d&#233;c&#232;s de Quentin, enseveli en 2017 dans un silo appartenant, l&#224; encore, &#224; Cristal Union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant pr&#232;s d'une heure, il explique. Il pr&#233;cise. Fait la lumi&#232;re sur des zones d'ombre. R&#233;pond aux avocats. &#192; la cour. Ce point de vue technique est pr&#233;cieux. Cependant, il ne semble pas &#233;branler la conviction des avocats des pr&#233;venus. Surtout pas celle des conseils des entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; N&#233;ret, en petite forme, ne plaidera qu'une heure, contre 1 h 45 en premi&#232;re instance. Ce qui ne l'emp&#234;chera pas de psalmodier son antienne favorite : &#171; &lt;i&gt;corde tendue&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; L'avocat de Cristal Union a utilis&#233; l'expression dix-huit fois en soixante minutes. Soit une fois toutes les trois minutes environ, restant imperm&#233;able aux explications de Julien. Ce dernier a pourtant longuement pr&#233;cis&#233; que piocher et pelleter le sucre en suspension, au bout d'une corde de 40 m&#232;tres, est mat&#233;riellement impossible. L'&#233;lasticit&#233; fait monter et descendre le cordiste comme un yoyo, et le fait accessoirement tourner sur lui-m&#234;me comme une toupie, puisqu'il n'a aucun point d'appui. Arthur et Vincent n'avaient donc d'autre choix que de travailler camp&#233;s sur la montagne de sucre. Qu'importe : M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; N&#233;ret reproche aux travailleurs de n'avoir pas appliqu&#233; une consigne inapplicable. Rejetant ainsi la faute sur les victimes apr&#232;s l'avoir rejet&#233;e sur Carrard Services. La boucle est boucl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Olivier Bernheim, avocat de Carrard Services, sera fid&#232;le au m&#234;me sch&#233;ma. Il interroge Julien : &#171; &lt;i&gt;Selon vous, la mentalit&#233; du cordiste est d'&#234;tre plut&#244;t ob&#233;issant aux consignes, ou au contraire il a une certaine id&#233;e de son ind&#233;pendance&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; Sous-entendu, l'ouvrier serait un irresponsable ing&#233;rable bafouant les ordres et consignes de ses encadrants pour se mettre d&#233;lib&#233;r&#233;ment en danger. La r&#233;ponse de Julien fuse, sans &#233;quivoque : &#171; &lt;i&gt;Le cordiste demande des consignes claires.&lt;/i&gt; &#187; Mieux que tout autre, lui sait que le m&#233;tier souffre d'un manque de supervision et d'encadrement. Trop souvent, l'ouvrier cordiste est livr&#233; &#224; lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En la mati&#232;re, Carrard Services est loin d'&#234;tre exemplaire. Le document unique d'&#233;valuation des risques (DUER) pr&#233;sent&#233; aux enqu&#234;teurs n'avait pas &#233;t&#233; mis &#224; jour depuis 2006, soit six ans avant le drame. Ce document n'&#233;voquait &#224; aucun endroit les risques d'enlisement et d'ensevelissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cynisme de l'entreprise envers les victimes, et donc envers leurs proches assistant &#224; l'audience, atteindra ensuite un sommet d'ind&#233;cence. Rescap&#233; de l'accident, Fr&#233;d&#233;ric Soulier est dans la salle. Il d&#233;crira comment il a vu mourir ses deux coll&#232;gues. Ces longues minutes d'horreur, de peur, de cris inentendus. Le sentiment d'isolement au fond de ce pi&#232;ge. Il expliquera &#224; son tour l'impossibilit&#233; de travailler en suspension. Il affirmera fermement &#224; la cour qu'il n'&#233;tait pas au courant que des trappes pr&#233;vues pour permettre au sucre de s'&#233;couler &#233;taient ouvertes sous ses pieds. Avocat de Carrard Services, M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Bernheim pr&#233;tendra sans ciller, reprenant la fixette de son confr&#232;re : &#171; &lt;i&gt;Comme dans tout accident du travail, les victimes ont oubli&#233; les consignes. Elles ont oubli&#233; de travailler sur corde tendue.&lt;/i&gt; &#187; Puis, d&#233;signant Fr&#233;d&#233;ric dans la salle : &#171; &lt;i&gt;Tout comme Monsieur Soulier a oubli&#233; qu'on l'avait inform&#233; que des trappes &#233;taient ouvertes.&lt;/i&gt; &#187; Apr&#232;s cette affirmation lumineuse d'humanit&#233;, tout commentaire serait vain. Toute insulte inutile.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;Pour 1 200 &#8364; par mois&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Comme en premi&#232;re instance, les pr&#233;venus se d&#233;faussent les uns sur les autres. Petite nouveaut&#233; tout de m&#234;me, les avocats des assurances des deux soci&#233;t&#233;s sont pr&#233;sents. Il faut savoir que les dommages et int&#233;r&#234;ts &#233;ventuels accord&#233;s aux parties civiles seront r&#233;gl&#233;s par les assurances. Il ne faudrait pas que ces sommes dues au titre de la r&#233;paration des pr&#233;judices subis par toutes ces personnes &#233;plor&#233;es viennent &#233;corner les bilans financiers des entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cristal Union, 1 milliard d'euros de chiffre d'affaires, accable Carrard Services, 60 millions d'euros de chiffre d'affaires, qui le lui rend bien. Puis les deux bo&#238;tes fondent comme un seul vautour sur les d&#233;pouilles d'Arthur et Vincent, les pr&#233;tendant fautifs de leur propre mort. Michel Mangion, directeur de la sucrerie de Bazancourt &#224; l'&#233;poque, 7 000 &#8364; net par mois, se joint &#224; la cur&#233;e. David Duval, chef d'&#233;tablissement du sous-traitant, 5 000 &#8364; net par mois, charge son subalterne, responsable du chantier sur site.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arthur et Vincent sont descendus sans sourciller au fond de ce silo pour environ 10 &#8364; brut de l'heure. Soit approximativement 1 200 &#8364; net par mois. Sans la moindre prime de risque, de p&#233;nibilit&#233; ou de confinement. Maurice Lombard, Michel Mangion et David Duval n'auront aucun mot &#224; l'attention des victimes. Ni &#224; l'attention des familles pr&#233;sentes dans la salle. Si la valeur d'un homme se mesure davantage &#224; sa probit&#233; et &#224; son courage qu'&#224; son compte en banque, ceux-l&#224; ne sont assur&#233;ment pas dignes d'estime.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt; &#171; Une peine de tristesse &#224; perp&#233;tuit&#233; &#187;&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;L'estime est &#224; porter au cr&#233;dit de la maman de Vincent. Grave et droite, elle s'exprime &#224; la barre en quelques mots clairs et lourds de sens : &#171; &lt;i&gt;Je m'appelle Chantal Dequin, je suis toujours la maman de Vincent. Cette histoire, c'est celle du pot de terre contre le pot de fer. Mais ces messieurs doivent l'entendre, tant que je serais vivante, je ne les l&#226;cherai pas. Ils ont &#233;t&#233; condamn&#233;s &#224; six mois de sursis. Moi j'ai pris une peine &#224; perp&#233;tuit&#233; de tristesse.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'avocate g&#233;n&#233;rale requiert les m&#234;mes peines qu'en premi&#232;re instance. Les avocats des pr&#233;venus plaident tous sans honte la relaxe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est presque 23 heures. Apr&#232;s quasi neuf heures d'audience, la pr&#233;sidente de la cour met son arr&#234;t en d&#233;lib&#233;r&#233;. R&#233;ponse de la justice le 24 novembre. Deux mois de pression suppl&#233;mentaires pour les proches. Quelle va &#234;tre la d&#233;cision de la cour d'appel ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224;, plane la menace du pourvoi en cassation des pr&#233;venus. Au lendemain de l'audience, je re&#231;ois ce message d'une personne bien renseign&#233;e sur les pratiques locales : &#171; &lt;i&gt;On me dit que Cristal Union ira jusqu'au bout pour ne pas cr&#233;er de pr&#233;c&#233;dent sur son site et qu'elle essaie d'actionner de nombreux leviers&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&#201;ric Louis *&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;* &lt;i&gt;Membre fondateur de l'association Cordistes en col&#232;re, cordistes solidaires, l'auteur a travaill&#233; dans les m&#234;mes silos que Vincent et Arthur.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Quentin Zaraoui-Bruat est mort en juin 2017, enselevi sous 370 tonnes de grain, sur ce m&#234;me site de Bazancourt, o&#249; Arthur et Vincent ont perdu la vie. Il avait 21 ans.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/Un-silo-de-sucre-et-de-dedain' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Un silo de sucre et de d&#233;dain &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 175 (avril 2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un silo de sucre et de d&#233;dain</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Un-silo-de-sucre-et-de-dedain</link>
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		<dc:date>2019-04-10T22:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Eric Louis</dc:creator>


		<dc:subject>L.L. de Mars</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>Union</dc:subject>
		<dc:subject>cristal</dc:subject>
		<dc:subject>Arthur</dc:subject>
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		<dc:subject>Michel Mangion</dc:subject>
		<dc:subject>Cristal Union</dc:subject>
		<dc:subject>David Duval</dc:subject>
		<dc:subject>Vincent</dc:subject>
		<dc:subject>Mangion</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le 13 mars 2012, Vincent Dequin, 33 ans, et Arthur Bertelli, 23 ans, cordistes, meurent ensevelis sous des tonnes de sucre. Le 11 janvier 2019 s'ouvre le proc&#232;s de leur accident au tribunal correctionnel de Reims. Sur le banc des pr&#233;venus, deux personnes physiques : Michel Mangion et David Duval, respectivement chefs d'&#233;tablissement des entreprises Cristal Union et Carrard Services, son prestataire. Et deux personnes morales, ces m&#234;mes entreprises, repr&#233;sent&#233;es par leurs avocats. Apr&#232;s sept (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no175-avril-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;175 (avril 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/L-L-de-Mars" rel="tag"&gt;L.L. de Mars&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Union" rel="tag"&gt;Union&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Michel-4528" rel="tag"&gt;Michel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Michel-Mangion" rel="tag"&gt;Michel Mangion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Cristal-Union" rel="tag"&gt;Cristal Union&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/David-Duval" rel="tag"&gt;David Duval&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Vincent" rel="tag"&gt;Vincent&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Mangion" rel="tag"&gt;Mangion&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 13 mars 2012, Vincent Dequin, 33 ans, et Arthur Bertelli, 23 ans, cordistes, meurent ensevelis sous des tonnes de sucre. Le 11 janvier 2019 s'ouvre le proc&#232;s de leur accident au tribunal correctionnel de Reims. Sur le banc des pr&#233;venus, deux personnes physiques : Michel Mangion et David Duval, respectivement chefs d'&#233;tablissement des entreprises Cristal Union et Carrard Services, son prestataire. Et deux personnes morales, ces m&#234;mes entreprises, repr&#233;sent&#233;es par leurs avocats. Apr&#232;s sept ans d'instruction, la lumi&#232;re sera-t-elle faite sur les circonstances de ce drame ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2875 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L442xH400/-1119-1643b.jpg?1779603748' width='442' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par L. L. de Mars
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; Q&lt;/span&gt;&lt;i&gt;ui est le responsable du plan de pr&#233;vention, Monsieur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Le chef d'&#233;tablissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Donc en tant que chef d'&#233;tablissement, Monsieur, vous avez lu ce plan de pr&#233;vention ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Oui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Et vous l'avez sign&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Oui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Monsieur, n'avez-vous pas vu que le nom qui appara&#238;t en bas de ce document n'est pas le v&#244;tre ? Mais celui de votre pr&#233;d&#233;cesseur ? Que c'est donc un mauvais copi&#233;-coll&#233; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout empreint de son calme olympien, le jeune substitut du procureur se rassoit. Il n'attend pas de r&#233;ponse &#224; ces derni&#232;res questions. &#192; la barre, Michel Mangion, le directeur de la sucrerie Cristal Union de Bazancourt (Marne) au moment de l'accident, reste tourn&#233; vers lui. L'air &#233;gar&#233;. Le corps &#224; la d&#233;rive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sident reprend la main. Les r&#233;ponses de Michel Mangion sont bredouill&#233;es plus que d&#233;clam&#233;es. Les mots s'entrechoquent, se bousculent, se chevauchent, h&#233;sitent. &#192; cet instant, il est o&#249; le directeur d'usine dynamique ? L'in&#233;branlable d&#233;cideur, &#224; l'assurance conf&#233;r&#233;e par les pr&#233;rogatives d'une hi&#233;rarchie protectrice ? Ici, il est le mauvais &#233;l&#232;ve pris en faute, face &#224; ses ma&#238;tres. S'effor&#231;ant de minimiser ses responsabilit&#233;s, ses manquements. Les rejetant m&#234;me sur l'autre pr&#233;venu, David Duval, directeur de Carrard Services, entreprise de nettoyage qui envoyait des cordistes chez Cristal Union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs cette audience ne sera que cela. Le rejet de la faute les uns sur les autres. M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Busy, avocat au c&#244;t&#233; des victimes, aura cette parole, r&#233;sumant la pens&#233;e de tous : &#171; &lt;i&gt; C'est pas moi, c'est lui !&lt;/i&gt; &#187; David Duval, mis en cause par Michel Mangion, son client, n'aura de cesse d'invoquer Francis Petit, un de ses employ&#233;s, chef de chantier, absent au proc&#232;s. Pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En gros, la multinationale aux 2,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires tape sur son prestataire qui ne p&#232;se que 92 millions, et lui-m&#234;me d&#233;signe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;un de ses employ&#233;s, chef de chantier. S'il avait &#233;t&#233; l&#224;, aurait-il &#224; son tour incrimin&#233; les ouvriers salari&#233;s de Carrard Services, qui eux-m&#234;mes auraient mis en cause les int&#233;rimaires ? &#192; leur tour, ceux-ci se seraient retourn&#233;s vers&#8230; ah non, en dessous il n'y a plus personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quel titre comparaissent Michel Mangion et David Duval ? Ils ne sont ni les propri&#233;taires des usines qui les emploient, ni les PDG. O&#249; sont les gens qui tr&#244;nent au sommet de ces pyramides ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez eux, au chaud. Tranquilles comme Baptiste. &#192; 21 h, quand enfin l'audience se termine, laissant tout le monde sonn&#233; par ces douze heures de d&#233;bats, il d&#233;gustent s&#251;rement un whisky irlandais hors d'&#226;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est qu'ils ont pris bien soin de faire signer &#224; leurs directeurs d'usines des d&#233;l&#233;gations de pouvoir. Leur laissant le loisir de repr&#233;senter physiquement l'entreprise aupr&#232;s des tribunaux en cas d'accident grave. Olivier de Bohan, h&#233;ritier de la lign&#233;e du m&#234;me nom, assis tout en haut de la pyramide Cristal Union, ne verra jamais dans la presse son prestigieux patronyme associ&#233; &#224; ce genre d'affaire. Embarrassante, il faut bien le dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des coop&#233;rateurs de Cristal Union, Olivier de Bohan, titill&#233; au sujet des ouvriers d&#233;c&#233;d&#233;s sur ses sites de production, l&#226;chera un brin fataliste : &#171; &lt;i&gt;&#201;videmment que je suis au courant. &#201;videmment qu'on a&#8230; manifest&#233; des soutiens et&#8230; Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Dans la vie des entreprises, y a ce type d'accident, &#231;a peut arriver, malheureusement, &#231;a peut arriver.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin de rassurer son auditoire sur l'humanit&#233; qui anime au quotidien la direction de son entreprise, il ment sans honte ni scrupule, &#233;videmment. Les pontes de Cristal Union n'ont jamais esquiss&#233; le moindre geste, manifest&#233; la moindre compassion &#224; l'endroit des proches des victimes tomb&#233;es pour leur production, pour leur chiffre d'affaires, malheureusement.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2876 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH336/-1120-da2cb.jpg?1779851618' width='500' height='336' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par L. L. de Mars
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la barre, face &#224; la cour, ce sont bien deux lampistes qui r&#233;pondent aux questions, au nom de leurs mentors. Car &#224; l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des contributeurs, Michel Mangion, tout directeur d'usine qu'il puisse &#234;tre, n'est pas sur sur le podium. Sous-fifre. &#192; ce titre, le parquet requiert contre lui huit mois de prison avec sursis et 15 000 &#8364; d'amende &#8211; pour blessures et homicides involontaires &#171; &lt;i&gt;par violation manifestement d&#233;lib&#233;r&#233;e d'une obligation de s&#233;curit&#233; ou de prudence&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas de David Duval est encore plus parlant. &#201;voquant la responsabilit&#233; que conf&#232;re un tel transfert de pouvoir, le substitut du procureur lui demande en point d'orgue de sa d&#233;monstration :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Vous gagniez combien &#224; l'&#233;poque, Monsieur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; 3 000 euros. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis il se rassoit lentement, secouant la t&#234;te de droite &#224; gauche, un sourire tristement d&#233;sol&#233; aux l&#232;vres. Il vient de faire prendre conscience &#224; David Duval du march&#233; de dupe dont il est aujourd'hui le grand perdant. Sous-fifre. &#192; ce titre, le parquet demande contre lui 15 000 &#8364; d'amende et un an de prison avec sursis.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Profession cordiste&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Pour le cordiste, la corde n'est pas une finalit&#233;, ce n'est qu'un moyen d'acc&#232;s. Pour aller travailler dans les endroits difficilement ou peu accessibles. Cela quand les moyens traditionnels ne peuvent &#234;tre mis en place, comme les &#233;chafaudages ou les nacelles. Selon les cas, le cordiste descend, pour travailler debout sur ses pieds, ou alors, le plus souvent, suspendu, quand la configuration l'impose. C'est fou ce qu'il est possible de faire, au bout d'une corde d'un centim&#232;tre de diam&#232;tre : d&#233;calaminer des fours d'incin&#233;rateurs &#224; la barre &#224; mine, passer le nettoyeur haute pression, poser des adh&#233;sifs de signalisation, remplacer une descente de goutti&#232;re, taper au marteau-piqueur, d&#233;poussi&#233;rer des silos &#224; grain, remplacer des v&#233;rins, poser des filets anti-pigeons&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En urbain, le cordiste se trimballe une tonne de matos accroch&#233; au cul. Perforateur, marteau, planches, pied de biche, seau d'eau, seau de mortier, truelles, taloche... En faisant attention de ne pas bousculer les jardini&#232;res de g&#233;ranium suspendues aux balcons, de ne pas mettre les pieds sur les vitres, de ne pas couper la corde sur une ar&#234;te vive en b&#233;ton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En industrie, les exigences sont autres. Combien de temps faut-il bosser dans ces fours d'incin&#233;ration de produits ultimes (solvants, graisses, huiles&#8230;) avant de choper un cancer ? Qui rembourse les godasses qui ont fondu sur les parois de cet incin&#233;rateur chauff&#233;es &#224; 220 degr&#233;s ? Comment descendre de cette charpente cuite &#224; 50 degr&#233;s par la canicule, quand un &#233;tat de d&#233;shydratation avanc&#233; transforme le moindre geste en crampe ? C'est un boulot o&#249; on s'ennuie rarement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 13 mars 2012, Arthur, Vincent, Fr&#233;d&#233;ric et un autre coll&#232;gue descendent en rappel les 53 m&#232;tres du silo n&#176; 4 de la sucrerie Cristal Union, &#224; Bazancourt. Arriv&#233;s sur le sucre, ils s'emploient &#224; d&#233;gager la porte lat&#233;rale, situ&#233;e &#224; 7 m&#232;tres au-dessus du niveau du sol. Au bout de 10 minutes, la mati&#232;re se d&#233;robe sous leurs pieds. Deux trappes de vidange ont &#233;t&#233; ouvertes juste en dessous de l'endroit o&#249; ils travaillent. Erreur fatale. Arthur est enseveli tout de suite dans ce sablier g&#233;ant. Vincent ne parvient pas non plus &#224; se d&#233;gager. Il sera emport&#233; &#224; son tour. Fr&#233;d&#233;ric ne peut rien pour ses deux coll&#232;gues. Il se maintient &lt;i&gt;in extremis&lt;/i&gt;, et se raccroche sur une autre corde.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les cordistes sont l&#224;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Au c&#244;t&#233; des familles de Vincent et Arthur, au c&#244;t&#233; de Fanny et Marion, leurs compagnes au moment du drame, assises c&#244;te &#224; c&#244;te comme deux s&#339;urs unies dans le malheur, les cordistes sont l&#224;. &#192; l'&#233;nonc&#233; de certaines inexactitudes, leur sang de professionnels ne fait qu'un tour. R&#233;duits au silence, les corps se tendent, les mains s'agitent. Trop tard. Les d&#233;bats sont clos, le r&#233;quisitoire a &#233;t&#233; prononc&#233;. Ce sont maintenant les plaidoiries des avocats de la d&#233;fense qui d&#233;roulent implacablement leur lot d'erreurs, d'approximations, propres &#224; instiller le doute dans l'esprit des juges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette carence, les cordistes pr&#233;sents la rel&#232;vent. Ce sera une r&#233;flexion de plus &#224; mener au sein de l'association &#171; &lt;a href=&#034;https://cordistesencolere.noblogs.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Cordistes en col&#232;re, cordistes solidaires&lt;/a&gt; &#187;, fra&#238;chement constitu&#233;e &lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'auteur de ces lignes en est un membre actif. Il a travaill&#233; comme cordiste (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Cette association a pris corps dans la peine qu'a suscit&#233;e la mort d'un autre cordiste, Quentin. Lui a p&#233;ri le 21 juin 2017, enseveli dans un silo appartenant &#224; une filiale de Cristal Union &lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le proc&#232;s de son accident devait d&#233;buter &#224; Reims ce vendredi 5 avril, mais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. La mobilisation est aussi n&#233;e de la prise de conscience des risques d'un m&#233;tier, dont il est fr&#233;quemment et un peu rapidement dit qu'il n'est pas plus accidentog&#232;ne qu'un autre. Depuis 2006, Ludwig, Mathieu, Lionel R., Arthur, Vincent, Daniel, Joshua, Farid, Quentin, Micka&#235;l, Fran&#231;ois, R&#233;gis, Bruno, Lionel D., Pierre-Ange, Dimitri, tous cordistes, sont morts d'accidents de travail. Et d'autres, dont on peine &#224; trouver les noms. Dix-neuf morts en treize ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cordistes sont environ 8 500 &#224; travailler chaque jour &#224; travers la France. Appliqu&#233; &#224; l'&#201;ducation nationale, qui compte un million de salari&#233;s, ce ratio aurait men&#233; &#224; constater 2 235 morts dans les salles de classe dans le m&#234;me laps de temps !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;tier n'ayant pas de convention collective propre, les travailleurs sur cordes sont rattach&#233;s &#224; la f&#233;d&#233;ration du b&#226;timent. Et les statistiques relatives &#224; ces accidents sont noy&#233;es dans les d&#233;clarations de celle-ci. M&#234;me la liste des d&#233;c&#232;s n'est peut-&#234;tre pas exhaustive. Comment d&#232;s lors alerter sur le taux d'accidents, sur leurs causes, sur les mesures correctives &#224; mettre en place, s'il n'existe pas de liste pr&#233;cise synth&#233;tisant ces &#233;l&#233;ments ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un des axes de travail de l'association. R&#233;colter les informations, les recenser, pour alerter, pr&#233;venir. Mais aussi, au passage, &#233;couter les histoires de chacun. C'est de soutien qu'a besoin la personne accident&#233;e, isol&#233;e face &#224; l'adversit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; C'est mon tour &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;On venait &#224; peine de commencer qu'il s'est cr&#233;&#233; un entonnoir et on a &#233;t&#233; attir&#233;s vers le bas. J'ai vu Arthur glisser lentement vers le bas, entra&#238;n&#233; par ses mat&#233;riels, d&#233;j&#224; recouvert de sucre. Rapidement il a &#233;t&#233; &#233;touff&#233; par un amas de sucre qui glissait des parois. Vincent a suivi le m&#234;me chemin en essayant de se d&#233;gager. Il a maintenu sa t&#234;te le plus longtemps possible vers le haut, mais le sucre a continu&#233; &#224; l'ensevelir. Il s'est adress&#233; &#224; moi en disant &lt;/i&gt;&#8220;C'est mon tour.&#8221;&lt;i&gt; J'ai essay&#233; de le rassurer. Mais je ne pouvais rien faire. &#192; mon tour, mon mat&#233;riel &#233;tait pris dans le sucre. Je me suis retrouv&#233; dans un c&#244;ne &#224; 2 m&#232;tres environ de la surface. Je me suis vu mourir. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric Soulier est un survivant. Ce 13 mars 2012, &#224; 11 h 45, il vient de voir dispara&#238;tre deux coll&#232;gues sous ses yeux. Arthur Bertelli avait 23 ans. Vincent Dequin en avait 33.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sept ann&#233;es apr&#232;s, l'&#233;motion de Fr&#233;d&#233;ric demeure enti&#232;re lorsqu'il raconte sobrement le d&#233;roul&#233; de ce douloureux &#233;pisode. Ses s&#233;quelles psychologiques s'estomperont au fil du temps. Sans jamais dispara&#238;tre, toutefois. C'est un homme marqu&#233; &#224; vie qui se tient malgr&#233; tout digne et droit &#224; la barre du tribunal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il prendra part aux deux jours de rencontres organis&#233;es par l'association, &#224; la suite de l'audience. Lui plus que tout autre conna&#238;t la valeur du soutien humain. Et c'est baign&#233; de cette chaleur qu'il repartira le dimanche apr&#232;s-midi. &#201;tourdi par le vacarme du repas partag&#233; par les 43 convives, impr&#233;gn&#233; de l'envie survolt&#233;e de b&#226;tir quelque chose face &#224; ce genre de drame.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus rien ne ram&#232;nera Vincent et Arthur. Les familles, qui voient sept ann&#233;es de leur vie ramass&#233;es en quelques heures d'audience, le savent. Elles sont venues chercher la v&#233;rit&#233;. Voir les responsabilit&#233;s assum&#233;es. Elles n'auront que le spectacle pitoyable d'hommes qu'aucun regret ne semble effleurer. Des avocats &#224; la solde et &#224; l'unisson de leurs clients, se rejetant la balle de cette responsabilit&#233;. Tout ce beau monde bafouant la v&#233;rit&#233; au pr&#233;texte qu'elle n'est pas &#224; leur avantage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le courage, la droiture, ils auront l'occasion d'en apprendre quelques notions, quand le p&#232;re d'Arthur s'adressera &#224; la cour. Il n'avait qu'un gar&#231;on parmi cinq filles. Il a perdu son seul fils au moment o&#249; celui-ci s'avan&#231;ait confiant au devant de sa vie future. &#192; peine &#233;mancip&#233;, d&#233;j&#224; fauch&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous resteront interdits devant le calme avec lequel il d&#233;crit la violence de l'aspiration qui a entra&#238;n&#233; Arthur vers le fond. &#171; &lt;i&gt;Quand je suis all&#233; &#224; la gendarmerie voir les affaires d'Arthur, la corde ne mesurait plus que 5 ou 6 millim&#232;tres de diam&#232;tre. &#192; l'origine, elle en faisait entre 11 et 13.&lt;/i&gt; &#187; C'est dire la puissance de la d&#233;pression qui a entra&#238;n&#233; Arthur, sachant qu'une telle corde est con&#231;ue pour r&#233;sister &#224; une traction de 2,3 tonnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#232;re de Vincent marche doucement, &#224; petits pas, vers la barre. L'atmosph&#232;re dit qu'il va se passer quelque chose. Dans la salle d'audience r&#232;gne un silence s&#233;pulcral. Tous les regards suivent son tranquille cheminement. Ne r&#233;sonnent que ses pas sur la carrelage. C'est une toute petite femme aux cheveux depuis longtemps blanchis qui s'arr&#234;te devant le micro. La diction claire, le d&#233;bit pos&#233; et r&#233;gulier, elle raconte Vincent. Elle fait revivre son fils l'espace de quelques minutes. Consciente qu'elle n'aura peut-&#234;tre jamais plus l'occasion de le faire. Face &#224; la justice en tout cas. Face &#224; ceux qui portent la responsabilit&#233; de la mort de Vincent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis sa voix se charge du tremblement du chagrin. &#171; &lt;i&gt;&#199;a fait sept ans. Depuis, je fais souvent des cauchemars. Je vois mon fils qui s'enfonce. Pendant les quelques secondes o&#249; il s'est senti tir&#233; irr&#233;m&#233;diablement vers le bas, &#224; quoi il a pens&#233;&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Il a pens&#233;&lt;/i&gt; &lt;i&gt; : &lt;/i&gt;&#8220;Je suis foutu, je vais mourir.&#8221;&lt;i&gt; Il pens&#233; peut-&#234;tre &#224; Fanny, avec qui il voulait construire sa vie. Peut-&#234;tre avoir un enfant. Il a peut-&#234;tre pens&#233; &#224; nous. Et puis&#8230; quelques secondes, et voil&#224;, c'est fini.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur sa droite, &#224; quelques m&#232;tres de sa fragile silhouette, Michel Mangion et David Duval sont prostr&#233;s sur leur banc. P&#233;trifi&#233;s. Elle ne les d&#233;signe m&#234;me pas. Elle est la dignit&#233; m&#234;me. Elle est la force. Celle qui l'a port&#233;e toutes ces ann&#233;es d'attente. Celle qui l'a pouss&#233;e &#224; venir prononcer ces quelques mots sans haine et sans col&#232;re. &#192; deux doigts des sanglots, elle ne flanchera finalement pas. Elle se reprend, sa main mart&#232;le la barre, ses paroles ricochent contre les hauts plafonds : &#171; &lt;i&gt;J'ai entendu tout le d&#233;roulement du proc&#232;s. C'est des r&#232;glements. C'est des lois... MAIS LA VIE D'UN HOMME ! La vie de deux hommes. Il y a deux familles. &#199;a on n'en parle pas. Et c'est bien dommage. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; mars, le d&#233;lib&#233;r&#233; tombe, suivant peu ou prou les r&#233;quisitions du procureur. Six mois de prison avec sursis et 15 000 euros d'amende pour Michel Mangion et David Duval ; deux ans de placement sous surveillance et 100 000 &#8364; d'amende pour les deux entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les quatre d&#233;fendeurs ont interjet&#233; appel de cette d&#233;cision. Fid&#232;les &#224; leur ligne de conduite &#224; l'&#233;gard des proches d'Arthur et Vincent depuis l'accident. Exempte de respect, d'humanit&#233; et de la moindre parole de soutien.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;ric Louis&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L'auteur de ces lignes en est un membre actif. Il a travaill&#233; comme cordiste dans les m&#234;mes silos que Vincent et Arthur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le proc&#232;s de son accident devait d&#233;buter &#224; Reims ce vendredi 5 avril, mais il a &#233;t&#233; renvoy&#233; au 4 octobre prochain. Le journaliste Franck D&#233;pretz a consacr&#233; une enqu&#234;te &#224; ce drame : &lt;a href=&#034;https://www.bastamag.net/Si-vous-n-y-allez-pas-vous-n-etes-pas-des-hommes-enquete-sur-la-mort-de-Quentin&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Si vous n'y allez pas, vous n'&#234;tes pas des hommes ! &#187;&lt;/a&gt; (&lt;i&gt;Bastamag&lt;/i&gt;, 04/01/2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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