<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://cqfd-journal.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
	<link>https://cqfd-journal.org/</link>
	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://cqfd-journal.org/spip.php?id_auteur=33&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
		<url>https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L144xH50/siteon0-2-e90fe.png?1779602680</url>
		<link>https://cqfd-journal.org/</link>
		<height>50</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Gr&#232;ve de ouf au Carrefour du Merlan</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Greve-de-ouf-au-Carrefour-du</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Greve-de-ouf-au-Carrefour-du</guid>
		<dc:date>2019-12-11T14:54:13Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gilles Lucas, Nicolas Arraitz</dc:creator>


		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>CGT</dc:subject>
		<dc:subject>Carrefour</dc:subject>
		<dc:subject>Momo</dc:subject>
		<dc:subject>Lib&#233;rez Momo</dc:subject>
		<dc:subject>Florent</dc:subject>
		<dc:subject>d&#233;l&#233;gu&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Dominique Sabadel</dc:subject>
		<dc:subject>d&#233;l&#233;gu&#233; CGT</dc:subject>
		<dc:subject>Mohamed</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En octobre, le magasin Carrefour du Merlan, dans les quartiers Nord de Marseille, a &#233;t&#233; bloqu&#233; deux semaines durant par le personnel et des habitants du voisinage. Enjeu du mouvement : obtenir la lib&#233;ration de Momo, d&#233;l&#233;gu&#233; syndical incarc&#233;r&#233; &#224; la va-vite pour un motif extravagant. Barricades de chariots, barbecues solidaires, camions de livraison aux pneus crev&#233;s : sc&#232;nes de fronde contre une multinationale, championne auto-proclam&#233;e de la gestion &#233;thique des ressources humaines. Jeudi 21 (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no17-novembre-2004" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;17 (novembre 2004)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CGT" rel="tag"&gt;CGT&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Carrefour" rel="tag"&gt;Carrefour&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Momo-3103" rel="tag"&gt;Momo&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Liberez-Momo" rel="tag"&gt;Lib&#233;rez Momo&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Florent" rel="tag"&gt;Florent&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/delegue" rel="tag"&gt;d&#233;l&#233;gu&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Dominique-Sabadel" rel="tag"&gt;Dominique Sabadel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/delegue-CGT" rel="tag"&gt;d&#233;l&#233;gu&#233; CGT&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Mohamed" rel="tag"&gt;Mohamed&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En octobre, le magasin Carrefour du Merlan, dans les quartiers Nord de Marseille, a &#233;t&#233; bloqu&#233; deux semaines durant par le personnel et des habitants du voisinage. Enjeu du mouvement : obtenir la lib&#233;ration de Momo, d&#233;l&#233;gu&#233; syndical incarc&#233;r&#233; &#224; la va-vite pour un motif extravagant. Barricades de chariots, barbecues solidaires, camions de livraison aux pneus crev&#233;s : sc&#232;nes de fronde contre une multinationale, championne auto-proclam&#233;e de la gestion &#233;thique des ressources humaines.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3166 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;10&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L452xH330/-1385-6eda3.jpg?1779602958' width='452' height='330' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par R&#233;mi
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Jeudi 21 octobre. Au rayon boulangerie, du pain dur. Aux fruits et l&#233;gumes, un vieux tas de courgettes. Aux produits de nettoyage, un flacon de javel sans bouchon. Pas de poisson, presque plus de viande, peu de laitages. On se dirait &#224; Cuba sous blocus &#233;tats-unien. Et pourtant, nous sommes &#224; Marseille, au c&#339;ur du monde libre. &#171; &lt;i&gt;Puis-je vous aider &#224; mieux consommer ?&lt;/i&gt; &#187;, proclame le blouson matelass&#233; des caissi&#232;res en gr&#232;ve. Elles bloquent l'entr&#233;e des marchandises depuis d&#233;j&#224; une semaine, depuis qu'elles et leurs coll&#232;gues ont appris que Mohamed Bedhouche, leur d&#233;l&#233;gu&#233; CGT, a &#233;t&#233; envoy&#233; aux Baumettes, et avec lui le p&#232;re de Florent (voir plus bas). &#171; &lt;i&gt;Lib&#233;rez Momo !&lt;/i&gt; &#187;, exige une banderole en drap de lit. Des voitures passent sur la voie rapide en klaxonnant, et les passagers, pench&#233;s &#224; la fen&#234;tre, font &#233;cho : &#171; &lt;i&gt;Lib&#233;rez Momo !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaire est &#224; la fois loufoque et pr&#233;occupante : un d&#233;l&#233;gu&#233; syndical jet&#233; en prison pour avoir interc&#233;d&#233; en faveur d'un travailleur licenci&#233; pour &#171; vol &#187; - en fait, pour avoir achet&#233; &#224; moiti&#233; prix un surgel&#233; &#224; l'emballage d&#233;t&#233;rior&#233;. Momo est accus&#233; d'avoir fait pression sur un vigile pour qu'il se r&#233;tracte. Lequel vigile, depuis qu'il a port&#233; plainte contre Momo, a &#233;t&#233; gratifi&#233; d'un CDI par la direction&#8230; Voil&#224; qui sent le coup fourr&#233; patronal, mais le juge n'y a vu que du feu. Alors les marchandises ne passent plus. &#192; l'int&#233;rieur, seuls les cadres, les stagiaires et les CDD travaillent. 80 % de gr&#233;vistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;brayer sans pr&#233;avis, &#171; &lt;i&gt;c'est possible dans le priv&#233;&lt;/i&gt; &#187;, assure Mich&#232;le Ledesma, de l'Union locale CGT La Rose. La r&#233;action a &#233;t&#233; rapide, mue par l'estime dont jouit Momo. Et pas seulement chez les affili&#233;s CGT : la base a impos&#233; l'unit&#233; syndicale. Des militants CFDT, CFTC et FO sont pr&#233;sents sur les barrages. Lucien, encart&#233; &#224; FO et ami d'enfance de Momo, est assis sur une chaise pliante &#224; l'ombre d'un camion immobilis&#233; devant le portail. Il arbore un T-shirt Corsica. &#171; &lt;i&gt;Momo est un type droit, loyal, toujours pr&#234;t &#224; se mettre en quatre pour les autres&lt;/i&gt;, affirme-t-il. &lt;i&gt;Le vrai truand, c'est le directeur ! Il para&#238;t que de son poste &#224; Perpignan, il est parti les menottes aux poignets&#8230; Et il est l&#224; &#224; se pavaner, &#224; insulter les gens. Y'a pas de respect.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est avant tout l'homme qu'on est sorti d&#233;fendre contre une d&#233;cision de justice manifestement injuste. Mais il y a un autre aspect inqui&#233;tant : un d&#233;l&#233;gu&#233; syndical emprisonn&#233; comme &#231;a, &#224; la va-vite, sur plainte de son employeur, &#231;a sent le roussi. Et si ce pr&#233;c&#233;dent faisait jurisprudence ? &#171; &lt;i&gt;Qui osera alors &#234;tre d&#233;l&#233;gu&#233; ?&lt;/i&gt; &#187;, temp&#234;te Michel, un ancien de La Poste qui, de retour d'une manif de retrait&#233;s, est venu soutenir les gr&#233;vistes. Il se propose d'aller distribuer &#171; &lt;i&gt;un tract intelligent&lt;/i&gt; &#187; &#224; la client&#232;le, pour qu'elle boycotte le magasin. &#171; &lt;i&gt;Ils ne peuvent rien me faire, je suis retrait&#233; !&lt;/i&gt; &#187; Selon Michel et ses coll&#232;gues - ceux de la cantine de La Poste ont apport&#233; de quoi se restaurer et des thermos br&#251;lants -, l'heure est grave. &#171; &lt;i&gt;O&#249; sont ceux qui manifestaient contre Le Pen en 2002 ? Les altermondialistes ? Les anti-OGM ?&lt;/i&gt; &#187; Bernard, prof au lyc&#233;e Diderot, un badge du SNES-FSU &#224; la boutonni&#232;re, s'arr&#234;te &#224; la sortie des cours. Il est content d'&#234;tre l&#224; : &#171; &lt;i&gt;Vous trouvez pas qu'il y a une ambiance &#224; la Ken Loach, ici ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'a pas tort. On est au c&#339;ur des quartiers Nord. Le centre commercial est strat&#233;giquement situ&#233; au milieu de cit&#233;s parmi les plus mal fam&#233;es de la ville : les Flamands, la Busserine, Font-Vert&#8230; Et si les soutiens politiques tardent &#224; se manifester, les liens avec le quartier jouent pleinement. Pour les gens du coin, Carrefour, c'est leur commerce de proximit&#233;, le seul. Des centaines de familles sont prises &#224; la gorge par le cr&#233;dit et les cartes de &#171; fid&#233;lit&#233; &#187; de l'hypermarch&#233;. On est en France : aucun &#233;picier, aucun bar n'est tol&#233;r&#233; au pied des tours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors le glauque parking du Carrouf' est une destination oblig&#233;e, un lieu de rencontre pour les jeunes et les m&#233;nag&#232;res. Beaucoup ont des relations d'amiti&#233;, ou de parent&#233;, avec les employ&#233;s. Momo y est connu et appr&#233;ci&#233;. Surveillant de nuit, il n'est pas de ceux qui alpaguent les petits voleurs &#224; la sortie des caisses. Ce qui explique les coups de klaxons, les cris de soutien, les visites de bon voisinage le soir autour des feux de palettes. Une Africaine en boubou est assise parmi les caissi&#232;res en uniforme. Deux &#233;l&#233;gants Comoriens prennent des nouvelles aupr&#232;s d'un compatriote gr&#233;viste. Derri&#232;re Lucien, qui s'occupe en temps normal de la r&#233;ception des marchandises, le camion est immobilis&#233; par de gros blocs de b&#233;ton gliss&#233;s entre les essieux. Pneus crev&#233;s, moteur HS. &#171; &lt;i&gt;Les minots du quartier sont de vrais professionnels ! &lt;/i&gt; &#187;, plaisante-t-on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dimanche &#224; l'aube, cinq camions, escort&#233;s par deux voitures bleu marine pleines de faux flics, ont forc&#233; par surprise un des deux barrages. Quatre camions ont r&#233;ussi &#224; entrer, le cinqui&#232;me est rest&#233; dehors quand les nervis, en voyant les gars de l'autre piquet accourir, ont paniqu&#233; et referm&#233; les grilles. Le chauffeur s'est enfui et depuis, le contenu du camion se d&#233;compose et d&#233;gouline sur l'asphalte. La cargaison des autres poids lourds, bloqu&#233;s &#224; l'int&#233;rieur, n'a pas eu de meilleure fin : la cha&#238;ne du froid ayant &#233;t&#233; rompue, le pr&#233;fet a &#233;t&#233; oblig&#233; de signer un arr&#234;t&#233; interdisant la mise en vente des produits, qui pourrissent sur palette, &#224; l'endroit m&#234;me o&#249; Dominique Sabadel, le directeur, et Navarro, le transporteur, se pavanaient dimanche en narguant les gr&#233;vistes (&#171; &lt;i&gt;Sabadel portait une casquette de l'OM. Les copains, furax, lui criaient qu'il ne la m&#233;ritait pas !&lt;/i&gt; &#187;, rigole Sophie.) &#171; &lt;i&gt;On a de la chance, dit Lucien, on est dans un vrai quartier, les gens se serrent les coudes.&lt;/i&gt; &#187; Comme pour lui donner raison, un jeune au volant d'une fourgonnette de livraison s'arr&#234;te pour saluer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au m&#234;me moment, un groupe de cadres, &#233;trangement p&#226;les, sort examiner le camion. Le jeune les interpelle : &#171; &lt;i&gt;Si vous &#234;tes pas contents, il y a encore des pneus &#224; crever sur votre foutu bahut !&lt;/i&gt; &#187; Pour r&#233;cup&#233;rer ses camions, Navarro, le transporteur de choc, a d&#251; n&#233;gocier avec la CGT de sa bo&#238;te, qui l'a renvoy&#233; vers celle d'ici. Roland Chalumeau, secr&#233;taire de l'Union locale CGT La Rose, analyse : &#171; &lt;i&gt;Sabadel est un rentre-dedans quasi suicidaire. Il a &#233;t&#233; nomm&#233; ici pour casser l'unit&#233; du personnel. Ce Carrefour a mauvaise presse aupr&#232;s de la direction g&#233;n&#233;rale.&lt;/i&gt; &#187; Un militant ajoute : &#171; &lt;i&gt;En tout cas, il s'est mang&#233; deux gr&#232;ves depuis son arriv&#233;e en juillet 2003. Il nous a trait&#233;s de couilles molles, mais on est l&#224;, on l&#226;chera pas.&lt;/i&gt; &#187; Une caissi&#232;re : &#171; &lt;i&gt;Une semaine avant les &#233;lections, il a lou&#233; le Carlton, sur la Corniche, pour y inviter les employ&#233;s et leur famille, soi-disant pour c&#233;l&#233;brer le 40&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; anniversaire de Carrefour. Il a plaisant&#233; en disant que si on n'avait pas pu f&#234;ter le 41&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;, c'&#233;tait &#224; cause de notre gr&#232;ve de l'an pass&#233; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3167 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;10&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L330xH349/-1386-81799.jpg?1779618336' width='330' height='349' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par R&#233;mi
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vendredi 22&lt;/strong&gt;. Autour des thermos, l'ambiance est tendue. Ce matin, en signe de bonne volont&#233;, les gr&#233;vistes ont laiss&#233; passer un camion. En &#233;change, ils exigent que la direction s'assoie pour n&#233;gocier la r&#233;int&#233;gration de Momo. Mais en fait de n&#233;gos, on apprend que sa femme a re&#231;u une lettre convoquant Momo d&#232;s sa lib&#233;ration, en vue d'un licenciement. Il y a de l'&#233;lectricit&#233; dans l'air. La belle unit&#233; syndicale commence &#224; se fissurer depuis que le chef de la s&#233;curit&#233; du magasin a d&#233;sign&#233; nomm&#233;ment trente-quatre &#171; piquets &#187; &#224; un huissier. Dans la foul&#233;e, un juge a choisi d'en poursuivre trois, un par syndicat, au cas o&#249; ils seraient revus sur les barrages. La police peut intervenir &#224; tout moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assembl&#233;e. Le repr&#233;sentant de la f&#233;d&#233;ration du commerce pr&#233;cise : &#171; &lt;i&gt;Les gars, on pourra rien faire sans vous&lt;/i&gt;. &#187; Le mouvement est reconduit. Une demi-heure apr&#232;s, une d&#233;panneuse d&#233;boule dans un crissement de pneus. Man&#339;uvre nerveuse, coup de frein : une carcasse de Visa Citro&#235;n vient obstruer l'entr&#233;e que les vigiles avaient d&#233;gag&#233;e quelques heures plus t&#244;t de centaines de caddies amoncel&#233;s. Le gitan au volant repart aussi sec apr&#232;s qu'on lui a pass&#233; commande d'une autre &#233;pave. Ceux qui poussent la Visa en travers du portail ne sont pas gr&#233;vistes, mais des jeunes du quartier, des retrait&#233;s, des ch&#244;meurs. &#171; &lt;i&gt;On dirait Mai 68&lt;/i&gt; &#187;, s'enthousiasme un homme aux tempes grisonnantes. Sur la fa&#231;ade, une cam&#233;ra de surveillance lorgne la sc&#232;ne. Deux minutes plus tard, un huissier accourt, escort&#233; par une dizaine de vigiles sur les dents. Il vient constater l'obstruction. Bousculade : la liasse de proc&#232;s-verbaux vole dans l'air nocturne, puis est rageusement d&#233;chir&#233;e. Les vigiles bl&#234;missent sous les insultes de ceux qui bossent habituellement avec eux (certains gardes participent au piquet) : &#171; &lt;i&gt;Esclaves !&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Collabos !&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;L'injustice peut d&#233;placer les montagnes !&lt;/i&gt; &#187; Certains mastards asserment&#233;s sont pr&#234;ts &#224; en d&#233;coudre, mais d'autres se sentent visiblement le cul sale. Leur malaise, leurs regards par en dessous contrastent avec la col&#232;re des gr&#233;vistes. &#171; &lt;i&gt;Je vais chercher la cit&#233; !&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Non, n'y va pas&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Ils me d&#233;go&#251;tent !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une patrouille de police surgit. Puis deux. Un jeune flic sort son calepin pour verbaliser on ne sait quoi. &#171; &lt;i&gt;Couvrez les plaques d'immatriculation !&lt;/i&gt; &#187; Mais l'officier interrompt son geste. Il pr&#233;f&#232;re sourire et temporiser : &#171; &lt;i&gt;On est du quartier, nous aussi. On ne fait que passer. La ville est grande et on n'est pas bien nombreux.&lt;/i&gt; &#187; Exit l'huissier, exit la force publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, la direction accepte d'ouvrir des n&#233;gociations sous les auspices de l'inspection du travail. Le lundi 25, un juge aixois ordonne la mise en libert&#233; conditionnelle de Momo et du p&#232;re de Florent. Une foule en liesse les accueille &#224; la sortie de la maison d'arr&#234;t de Luynes. Ceux de Carrefour sont l&#224;, mais aussi ceux de Nestl&#233;, et les ch&#244;meurs d'AC. Un Momo en verve embrasse Christel et Florence, ses copines caissi&#232;res (&#171; &lt;i&gt;De vraies lionnes !&lt;/i&gt; &#187;), en larmes : &#171; &lt;i&gt;Mes compagnons de cellule se moquaient de moi. Ils disaient que tant qu'&#224; risquer la taule, j'aurais mieux fait de braquer une banque !&lt;/i&gt; &#187; Mais il reste mis &#224; pied. La gr&#232;ve et les pourparlers continuent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, jeudi 28 au soir, la direction aux abois c&#232;de : pour la premi&#232;re fois en 28 ans, le magasin a d&#251; fermer ses portes faute de stock. Un protocole est sign&#233; : des modalit&#233;s de r&#233;cup&#233;ration des heures de gr&#232;ve sont &#233;tablies, Momo est r&#233;int&#233;gr&#233; &#224; son poste et, en cas de condamnation en appel, on n&#233;gociera son transfert sur un poste compatible avec un casier judiciaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vendredi 29, la reprise du travail est vot&#233;e, mais on dirait que la tenace dignit&#233; de ceux du Merlan est contagieuse : fin octobre, les salari&#233;s du Carrefour de N&#238;mes se mettent en gr&#232;ve pendant deux jours pour protester contre les abus de l'encadrement.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Avec Carrefour, la justice &#171; positive &#187;&lt;/h3&gt;&lt;div class='spip_document_3168 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;10&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L207xH200/-1387-44e43.jpg?1779618336' width='207' height='200' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par R&#233;mi
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 19 avril 2004, Florent, employ&#233; au rayon surgel&#233;s du Carrefour-Le Merlan, est intercept&#233; &#224; la sortie des caisses avec un lot de produits d&#233;class&#233;s qu'il vient de payer moiti&#233; prix, pratique habituelle dans l'entreprise. Le vigile pr&#233;tend que Florent a vol&#233; ces marchandises, et le conduit dans le bureau du chef de la s&#233;curit&#233;. Cinq cadres sont pr&#233;sents et, pendant trois quarts d'heure, vont le retenir jusqu'&#224; ce qu'il signe une reconnaissance de vol. Carrefour porte plainte et le licencie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Florent raconte les faits &#224; Mohamed Bedhouche, d&#233;l&#233;gu&#233; CGT : l'accusation abusive, la s&#233;questration dans le bureau, les pressions exerc&#233;es, l'extorsion de signature, le licenciement. Comme son mandat l'exige, Mohamed pr&#233;pare la d&#233;fense du salari&#233;. Il rassemble des t&#233;moignages prouvant que la pratique de r&#233;duction de prix sur des produits d&#233;class&#233;s est courante, en accord avec les directions successives. En outre, plusieurs salari&#233;s affirment que l'adjoint de s&#233;curit&#233; impliqu&#233; a trouv&#233; l&#224; pr&#233;texte &#224; se venger d'un conflit d'ordre personnel qui l'opposait &#224; Florent. Mohamed et le p&#232;re de Florent rencontrent un agent de s&#233;curit&#233; qui a &#233;t&#233; t&#233;moin des pressions exerc&#233;es sur le jeune employ&#233;. Ils lui demandent de rapporter au tribunal &#171; &lt;i&gt;toute la v&#233;rit&#233;&lt;/i&gt; &#187; sur ce qui s'est pass&#233;. La direction, inform&#233;e de ce bref &#233;change par une cam&#233;ra de vid&#233;osurveillance, fait pression sur ce vigile en CDD.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 8 octobre, la CGT recueille pr&#232;s de 50 % des suffrages lors des &#233;lections professionnelles. Le 11, escort&#233; par deux cadres, l'agent de s&#233;curit&#233; porte plainte contre le d&#233;l&#233;gu&#233; syndical. Dans l'apr&#232;s-midi, Mohamed et le p&#232;re de Florent sont convoqu&#233;s au commissariat, puis plac&#233;s en garde &#224; vue. Le 12 au matin, ils passent en comparution imm&#233;diate devant le tribunal correctionnel. Une avocate est commise d'office dix minutes avant l'audience. L'avocat de Carrefour demande une sanction exemplaire. Le tribunal inflige des peines sup&#233;rieures &#224; celles r&#233;clam&#233;es par le procureur et l'avocat. Momo et le p&#232;re sont condamn&#233;s pour &#171; subornation de t&#233;moins &#187; &#224; six mois de prison dont quinze jours fermes pour le premier et un mois pour le second. Plus 2 000 euros d'amende. Ils sont incarc&#233;r&#233;s le soir m&#234;me aux Baumettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que Carrefour est une entreprise mod&#232;le, champion du commerce &#233;quitable et de la &#171; lutte contre les discriminations &#187; &#8230; C'est sans doute par fid&#233;lit&#233; &#171; &lt;i&gt;&#224; son engagement social et environnemental&lt;/i&gt; &#187; que le groupe a vu ses b&#233;n&#233;fices grimper de 8,5 % cette ann&#233;e, tout en maintenant ses salari&#233;s au Smic et en multipliant les emplois-kleenex. Et c'est s&#251;rement dans le cadre du programme sign&#233; avec la F&#233;d&#233;ration internationale des Ligues des droits de l'Homme (FIDH) que le g&#233;ant d&#233;glingue son personnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un rapport rendu voici quelques mois par la m&#233;decine du travail a conclu que sur 500 salari&#233;s du Carrefour Le Merlan, 322 &#233;taient victimes de surcharge mentale, c'est-&#224;-dire &#224; la limite de la d&#233;pression. Le directeur se montre tr&#232;s z&#233;l&#233; dans l'organisation de cette mise sous pression. Le 16 juin dernier, Mohamed et un autre d&#233;l&#233;gu&#233; avaient d&#233;nonc&#233; les propos qu'il tient aux salari&#233;s. Du genre : &#171; &lt;i&gt;Celui qui s'occupe des commandes dans ce rayon est une br&#234;le&lt;/i&gt; &#187; ou &#171; &lt;i&gt;Qu'est-ce que vous voulez, que je me mette &#224; genoux et que je vous suce ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Soucieux de recueillir sa version des faits, CQFD (Ce Qu'il Faut D&#233;graisser (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les remarques que l'inspection du travail lui avait adress&#233;es &#224; l'&#233;poque ont laiss&#233; Dominique Sabadel sans voix, mais pas sans moyens. Car le directeur n'est pas tout seul dans sa lutte contre Momo-le-perturbateur : en condamnant le d&#233;l&#233;gu&#233; syndical, la justice a r&#233;pondu &#171; positivement &#187; aux diktats de la multinationale. Il faut croire que c'est une habitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En janvier 2002, un juge d'instruction, la gendarmerie, l'administration fiscale, les services de la r&#233;pression des fraudes et l'inspection du travail avaient caus&#233; quelques ennuis &#224; Dominique Sabadel, qui &#233;tait alors directeur du Carrefour de Perpignan. L'information d&#233;livr&#233;e par le procureur de la R&#233;publique &#233;voquait un d&#233;tournement abusif de personnels externes pour des t&#226;ches non pr&#233;vues contractuellement. Mais les infractions constat&#233;es &#224; cette &#233;poque n'ont, pour l'heure, entra&#238;n&#233; aucune poursuite.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Soucieux de recueillir sa version des faits, CQFD (Ce Qu'il Faut D&#233;graisser et D&#233;localiser) a tent&#233; de joindre M. Sabadel par t&#233;l&#233;phone, mais n'a obtenu pour toute r&#233;ponse, dans le lointain, et &#224; travers le filtre d'un de ses collaborateurs, qu'un grognement exc&#233;d&#233; et r&#233;probateur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Au Mexique, une histoire en contrebande</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Au-Mexique-une-histoire-en</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Au-Mexique-une-histoire-en</guid>
		<dc:date>2018-12-14T18:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicolas Arraitz</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;mi</dc:subject>
		<dc:subject>Mathieu L&#233;onard</dc:subject>
		<dc:subject>faire</dc:subject>
		<dc:subject>monde</dc:subject>
		<dc:subject>pays</dc:subject>
		<dc:subject>Mexique</dc:subject>
		<dc:subject>Indiens</dc:subject>
		<dc:subject>Mexique profond</dc:subject>
		<dc:subject>Mexique imaginaire</dc:subject>
		<dc:subject>Bonfil Batalla</dc:subject>
		<dc:subject>Bonfil</dc:subject>
		<dc:subject>publie Mexique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'histoire occult&#233;e des peuples colonis&#233;s a fait &#233;merger des m&#233;moires orales, parall&#232;les, quasi clandestines, accompagn&#233;es d'un refus persistant de s'avouer vaincu. C'est le cas du Mexique indien, devenu un exemple d'opini&#226;tret&#233; face au m&#233;pris et &#224; la spoliation. *** 1985. C'est ta premi&#232;re fois &#224; Mexico. Rinc&#233; par le d&#233;calage horaire, tu t'&#233;croules en travers du lit dans une chambre d'h&#244;tel. En zappant, tu d&#233;couvres que les pr&#233;sentateurs, les actrices de telenovelas, les pantins de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no161-janvier-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;161 (janvier 2018)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Remi" rel="tag"&gt;R&#233;mi&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Mathieu-Leonard-182" rel="tag"&gt;Mathieu L&#233;onard&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/faire" rel="tag"&gt;faire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/monde" rel="tag"&gt;monde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/pays-904" rel="tag"&gt;pays&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Mexique" rel="tag"&gt;Mexique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Indiens" rel="tag"&gt;Indiens&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Mexique-profond" rel="tag"&gt;Mexique profond&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Mexique-imaginaire" rel="tag"&gt;Mexique imaginaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Bonfil-Batalla" rel="tag"&gt;Bonfil Batalla&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Bonfil" rel="tag"&gt;Bonfil&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/publie-Mexique" rel="tag"&gt;publie Mexique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'histoire occult&#233;e des peuples colonis&#233;s a fait &#233;merger des m&#233;moires orales, parall&#232;les, quasi clandestines, accompagn&#233;es d'un refus persistant de s'avouer vaincu. C'est le cas du Mexique indien, devenu un exemple d'opini&#226;tret&#233; face au m&#233;pris et &#224; la spoliation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2691 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;10&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH632/-951-69f32.jpg?1779602912' width='400' height='632' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par R&#233;mi
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1985.&lt;/strong&gt; C'est ta premi&#232;re fois &#224; Mexico. Rinc&#233; par le d&#233;calage horaire, tu t'&#233;croules en travers du lit dans une chambre d'h&#244;tel. En zappant, tu d&#233;couvres que les pr&#233;sentateurs, les actrices de &lt;i&gt;telenovelas&lt;/i&gt;, les pantins de la pub et les hommes politiques sont tous blancs. En revanche, sur le march&#233; sauvage qui s'&#233;tale le long des trottoirs du centre historique, dans le m&#233;tro ou les cantinas, tu ne croiseras pratiquement que des gueules d'Indiens. Tu viens, en quelques minutes, d'&#234;tre confront&#233; &#224; deux pays cohabitant sur un m&#234;me territoire : le Mexique imaginaire et le Mexique profond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1987&lt;/strong&gt;. L'anthropologue Guillermo Bonfil Batalla publie Mexique profond &#8211; Une civilisation ni&#233;e &lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#233;xico profundo &#8211; una civilizaci&#243;n negada, Ciesas/Sep, Foro 2000, 1987. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, pamphlet mettant &#224; nu cette schizophr&#233;nie culturelle. Il y tord le cou &#224; un mythe, celui de la &#171; &lt;i&gt;race cosmique&lt;/i&gt; &#187; de Jos&#233; Vasconcelos qui, en 1925, imaginait l'avenir du Mexique entre les mains des m&#233;tis, cette &#171; &lt;i&gt;race de bronze&lt;/i&gt; &#187; magnifi&#233;e par les fresques de Diego Rivera. Vasconcelos, philosophe devenu ministre de l'&#201;ducation, croyait que la fusion des quatre couleurs de peau originelles (rouge, blanche, noire et jaune) allait donner naissance &#224; une civilisation universelle. Bonfil Batalla prend le conte de f&#233;e &#224; contre-pied : au Mexique, loin d'une pr&#233;tendue &#171; &lt;i&gt;d&#233;mocratie raciale&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;la d&#233;sindianisation ne d&#233;coule pas du m&#233;tissage biologique, mais de l'action de forces ethnocides&lt;/i&gt; &#187;. Comme ailleurs, apr&#232;s avoir plac&#233; l'indig&#232;ne au plus bas de la hi&#233;rarchie coloniale, les dominants pr&#233;tendent le dissoudre dans le bain acide d'un universalisme abstrait &#8211; et si l'&lt;i&gt;Indio&lt;/i&gt; ren&#226;cle, il sera renvoy&#233; &#224; sa barbarie et trait&#233; comme tel.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Des Indiens &#171; d&#233;sindianis&#233;s &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au Mexique, ceux qu'on appelle les m&#233;tis&lt;/strong&gt; sont pour la plupart des Indiens ayant perdu l'usage de la langue de leurs anc&#234;tres &#8211; des Indiens &#171; d&#233;sindianis&#233;s &#187;, annex&#233;s par le Mexique imaginaire vu &#224; la t&#233;l&#233;, qui fantasme une nation moderne et bien blanchie. Car le pr&#233;jug&#233; colonial a surv&#233;cu &#224; l'ind&#233;pendance. Tout ce qui rel&#232;ve de l'h&#233;ritage m&#233;so-am&#233;ricain est vu comme un poids mort, un obstacle au progr&#232;s &#8211; au mieux un baume pour la fiert&#233; nationale et une attraction touristique. Un pass&#233; r&#233;volu qu'on n'h&#233;site pas &#224; massacrer s'il rel&#232;ve la t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;La d&#233;colonisation du Mexique demeure inachev&#233;e&lt;/i&gt;,&lt;/strong&gt; insiste Bonfil Batalla. &lt;i&gt;En d&#233;pit de l'ind&#233;pendance arrach&#233;e &#224; l'Espagne, la structure coloniale interne du pays n'a pas &#233;t&#233; &#233;limin&#233;e, car les groupes qui d&#233;tiennent le pouvoir depuis 1821 n'ont jamais renonc&#233; au projet de civilisation de l'Occident, ni d&#233;pass&#233; la vision tronqu&#233;e du pays consubstantielle au point de vue du colonisateur.&lt;/i&gt; &#187; Pour Bonfil, il ne s'agit pas de race, mais de vision du monde. Il souligne qu'une majorit&#233; de m&#233;tis, campagnards ou urbains, partagent nombre de pratiques et de traditions avec leurs fr&#232;res indiens.
Se faire porte-voix du pays oubli&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1992.&lt;/strong&gt; Comm&#233;moration des 500 ans de la &#171; d&#233;couverte &#187; des Am&#233;riques. Le monde indien te saute aux yeux partout o&#249; ton regard se porte. Les visages, la cuisine, le syncr&#233;tisme religieux, les l&#233;gendes que racontent les anciens &#224; leurs petits-enfants&#8230; Tout te ram&#232;ne &#224; lui. Et si l'esprit d'Emiliano Zapata chevauche encore dans les collines, ce n'est pas le fait d'une superstition r&#233;siduelle, mais de l'ent&#234;tement des plus pauvres &#224; faire vivre son &#233;pop&#233;e, qui est aussi la leur. Dans cet inframonde m&#233;moriel, la figure du h&#233;ros populaire n'est pas juste bonne &#224; d&#233;corer les billets de banque et les manuels scolaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1994.&lt;/strong&gt; La m&#233;moire du Mexique profond s'est transmise par la bande. Elle vit et respire dans les f&#234;tes, les assembl&#233;es et les rites villageois, l'architecture traditionnelle, les techniques agricoles, les savoir-faire artisanaux. Pareille pr&#233;sence sur ces terres, menac&#233;e par les agressions du monde marchand, va surgir au grand jour du fin fond des montagnes o&#249; elle avait &#233;t&#233; refoul&#233;e. Le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; janvier de cette ann&#233;e-l&#224;, date d'entr&#233;e en vigueur du Trait&#233; de libre commerce avec les &#201;tats-Unis et le Canada, des milliers d'Indien.ne.s arm&#233;.e.s de vieux fusils ou d'imitations taill&#233;es dans le bois occupent &#224; l'aube cinq chef-lieux du Chiapas. &#171; &lt;i&gt;Pour que ce pays nous voie, nous avons d&#251; nous couvrir le visage&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;clarent-ils sous leur passe-montagne. Pour avoir fait l'exp&#233;rience de l'exploitation, cette m&#233;moire &#224; vif a aussi d&#233;velopp&#233; une conscience de classe. Elle va tisser des alliances avec le reste de la population et se faire porte-voix du pays oubli&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le sommeil de l'histoire enfante des monstres&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;Les Hommes ne comprennent v&#233;ritablement que ce qu'ils ont fait eux-m&#234;mes&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt;, affirmait l'historien napolitain Giambattista Vico. Pendant la Conqu&#234;te, la vision des vaincus a pu compter sur des passeurs inattendus : missionnaires ethnographes, soldats et capitaines chroniqueurs de leur propre geste&#8230; Mais depuis Madrid &#171; &lt;i&gt;on d&#233;valorisa les r&#233;cits impressionnistes des acteurs de l'histoire et on convertit en p&#233;ch&#233; d'historien la &#8220;candeur&#8221; qui y m&#234;lait des d&#233;tails prosa&#239;ques ou des mots du langage populaire. En lieu et place du style simple et direct des premiers chroniqueurs, l'histoire officielle se barda de r&#233;f&#233;rences aux auteurs grecs et latins, ainsi qu'aux p&#232;res de l'&#201;glise, le tout &#233;crit dans une langue inaccessible pour les gens sans &#233;ducation livresque.&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Enrique Florescano, Memoria mexicana, FCE 1987.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#187; Cinq si&#232;cles apr&#232;s, de m&#234;me qu'il y a des Indiens prol&#233;taris&#233;s, d'autres ont &#233;tudi&#233; leur propre histoire &#8211; certains allant par exemple chercher dans les Archives des Indes, &#224; S&#233;ville, les anciens titres de propri&#233;t&#233; de leurs terres communales pour mieux les d&#233;fendre contre les vis&#233;es de multinationales mini&#232;res ou &#233;oliennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2017.&lt;/strong&gt; Le sommeil de l'histoire enfante des monstres et les promesses de d&#233;veloppement du Mexique imaginaire ont tourn&#233; au cauchemar. Les &#201;tats-Unis mexicains sont devenus l'un des pays les plus violents et les plus injustes au monde. Main-d'&#339;uvre pay&#233;e &#224; la chinoise. Exode rural et hypertrophie urbaine. &#201;migration massive vers le Nord. Souverainet&#233; alimentaire brad&#233;e. Corruption end&#233;mique. Narco-&#201;tat en guerre contre lui-m&#234;me au prix de dizaines de milliers de victimes collat&#233;rales. Sous peu, malgr&#233; les mises en garde de l'ONU, une loi sc&#233;l&#233;rate, dite de S&#233;curit&#233; int&#233;rieure, autorisera l'arm&#233;e &#224; faire ce qu'elle r&#233;alise d&#233;j&#224; ill&#233;galement : un sanglant maintien de l'ordre dans les r&#233;gions indiennes au nom de la guerre contre la drogue &#8211; pr&#233;rogative &#233;tendue &#224; pr&#233;sent sur tout le territoire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2693 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;66&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L350xH496/-953-6d593.jpg?1779615565' width='350' height='496' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La Une du n&#176;161 de &#034;CQFD&#034; / Photomontage de Mathieu L&#233;onard
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1910.&lt;/strong&gt; La r&#233;volution de Zapata et Villa &#8211; qui, tout comme la guerre d'ind&#233;pendance, fut port&#233;e par des Indiens en armes &#8211; se nourrit de discours inspir&#233;s par le progressisme europ&#233;en, glorifiant le destin historique de l'ouvrier, du paysan, des forces productives. &#192; l'&#233;poque, peu de voix revendiquent la cosmovision et les solidarit&#233;s indiennes comme le fera Antonin Artaud apr&#232;s son s&#233;jour dans la Sierra Tarahumara, en 1936 : &#171; &lt;i&gt;Je suis pour qu'on fasse sortir la magie occulte d'une terre sans ressemblance avec le monde &#233;go&#239;ste qui s'obstine &#224; marcher sur elle, et ne voit pas l'ombre qui tombe sur lui.&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Antonin Artaud, L'Homme contre le destin, Mexico, 27 f&#233;vrier 1936.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#187; Pendant trois si&#232;cles de colonie et deux de lib&#233;ralisme, cette magie occulte, avec ses solutions pratiques &#224; la mis&#232;re, a permis &#224; des millions de d&#233;poss&#233;d&#233;s de faire mieux que survivre. C'est aujourd'hui plus vrai que jamais face &#224; la radicalisation du capital pr&#233;dateur et au d&#233;sastre social et &#233;cologique qu'il provoque.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;M&#233;xico profundo &#8211; una civilizaci&#243;n negada&lt;/i&gt;, Ciesas/Sep, Foro 2000, 1987. Traduit et publi&#233; par Zones sensibles, 2017&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Enrique Florescano, &lt;i&gt;Memoria mexicana&lt;/i&gt;, FCE 1987.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Antonin Artaud, &lt;i&gt;L'Homme contre le destin&lt;/i&gt;, Mexico, 27 f&#233;vrier 1936.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Travailler c'est trop beau et voler c'est pas dur</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Travailler-c-est-trop-beau-et</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Travailler-c-est-trop-beau-et</guid>
		<dc:date>2018-08-26T09:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicolas Arraitz</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;tienne Savoye</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>jour</dc:subject>
		<dc:subject>left</dc:subject>
		<dc:subject>photo</dc:subject>
		<dc:subject>puis</dc:subject>
		<dc:subject>M&#225;rio</dc:subject>
		<dc:subject>chef</dc:subject>
		<dc:subject>tiers</dc:subject>
		<dc:subject>partir</dc:subject>
		<dc:subject>rends compte</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;On apprend &#224; coups de pied au cul, souvent. &#192; peine vir&#233; de l'&#233;cole, tu te fais avoir par le premier patron venu, un g&#233;om&#232;tre-expert &#224; doigts velus et bagouze en or. Au bout de trois mois d'essai, tout miel, le barbeau te fait avouer que le m&#233;tier de porte-mire n'est pas fait pour toi et te convainc de rompre le contrat de ton plein gr&#233;. Na&#239;f, tu te rends compte trop tard que tu viens de renoncer &#224; tes droits au ch&#244;mage. On ne t'y reprendra plus. Apr&#232;s quelques missions d'int&#233;rim toutes (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no166-juin-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;166 (juin 2018)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Etienne-Savoye" rel="tag"&gt;&#201;tienne Savoye&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/jour" rel="tag"&gt;jour&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/left" rel="tag"&gt;left&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/photo" rel="tag"&gt;photo&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/puis" rel="tag"&gt;puis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Mario-2374" rel="tag"&gt;M&#225;rio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/chef" rel="tag"&gt;chef&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/tiers" rel="tag"&gt;tiers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/partir" rel="tag"&gt;partir&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/rends-compte" rel="tag"&gt;rends compte&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2862 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L225xH242/-796-36f53.jpg?1779602979' width='225' height='242' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Etienne Savoye
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;O&lt;/span&gt;&lt;strong&gt;n apprend&lt;/strong&gt; &#224; coups de pied au cul, souvent. &#192; peine vir&#233; de l'&#233;cole, tu te fais avoir par le premier patron venu, un g&#233;om&#232;tre-expert &#224; doigts velus et bagouze en or. Au bout de trois mois d'essai, tout miel, le barbeau te fait avouer que le m&#233;tier de porte-mire n'est pas fait pour toi et te convainc de rompre le contrat de ton plein gr&#233;. Na&#239;f, tu te rends compte trop tard que tu viens de renoncer &#224; tes droits au ch&#244;mage. On ne t'y reprendra plus. Apr&#232;s quelques missions d'int&#233;rim toutes pourries, tu encapes la bonne g&#226;che : magasinier vacataire dans une Fnac r&#233;cemment inaugur&#233;e. Tu es content, le chef aussi. Tellement qu'il te r&#233;-embauche pour le coup de speed de No&#235;l. L&#224;, c'est le d&#233;lire. Pendant qu'en surface les vendeurs risquent le burn-out en pleine orgie consum&#233;riste, se joue en sous-sol la m&#233;lodie du bonheur. Tu t'entends super bien avec l'&#233;quipe de jeunes prolos pr&#233;pos&#233;s au stock. Proc&#233;d&#233; aujourd'hui d&#233;mod&#233;, apr&#232;s chaque vente de mat&#233;riel photo ou audio, le ticket-garantie tombe &#224; la cave en voletant par un tuyau PVC et tu vas chercher le produit en r&#233;serve, puis tu le poses dans le monte-charge, direction les cieux de la client&#232;le satisfaite. En bas, l'ambiance est bonne, le chef est souvent appel&#233; en magasin. D&#233;tail qui tue : en laissant la porte du monte-charge ouverte, personne ne peut te surprendre, sauf &#224; passer par le quai des livraisons o&#249; les camions collent leur cul entre 10 h et midi pour d&#233;verser la manne des appareils photo, des cha&#238;nes hi-fi, des ghetto blasters et des cassettes VHS vierges&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour les f&#234;tes&lt;/strong&gt;, le directeur s'est fait livrer trois caisses de champagne. Toi et tes nouveaux copains, vous en d&#233;tournez une, que vous planquez au fond, derri&#232;re les amplis d'une marque haut de gamme. &#192; partir de l&#224;, c'est l'ivresse et la poilade permanentes. On boit les bulles au goulot et on se tire le portrait avec des Polaroid sortis de leur emballage. On se d&#233;guise avec les abat-jours de studio photo. Le turbin se fait l&#233;ger, les platines et les zooms valsent &#224; travers les all&#233;es en mode soule villageoise. Tu te mets &#224; chaparder, tu sors des cassettes que tu revends dehors. Un jour, tu t'acoquines avec un camionneur, petit ami d'une copine. Alors que vous n'&#234;tes que deux vacataires pr&#233;sents dans la r&#233;serve, vous enregistrez l'entr&#233;e de dix cartons de VHS et, au lieu de les ranger, vous les fourrez &#224; nouveau dans le camion. Tu montes dans la cabine et tu guides le livreur jusque chez toi, o&#249; vous d&#233;chargez le butin. Puis tu retournes au boulot comme si de rien n'&#233;tait. Plus tard, un bouquiniste te met en contact avec un propri&#233;taire de vid&#233;o-club peu regardant, qui t'ach&#232;te la cargaison rubis sur l'ongle, sans doute pour pirater des films en quantit&#233; industrielle. Apr&#232;s l'avoir aid&#233; &#224; charger sa bagnole, tu remontes chez toi. Tu comptes le fric, puis tu le balances en travers du lit et tu danses devant l'armoire &#224; glace, avant de partager en trois : un tiers pour le livreur, un tiers pour le coll&#232;gue pr&#233;sent &#224; la r&#233;ception, et un tiers pour ta pomme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est Byzance&lt;/strong&gt;. Mais tu te rends compte qu'apr&#232;s un coup pareil, tu peux vite finir en roue libre. Quand le chef te propose un CDI &#224; partir du 1er janvier, tu gamberges. T'enterrer vivant ici ? Au risque de se faire pesquer un jour de cleptomanie aggrav&#233;e ? Tu h&#233;sites, entre gourmandise et sagesse spartiate. Tu consultes Mario, ton complice lors de l'escamotage. &#171; &lt;i&gt;Tu as envie de rester, toi ?&lt;/i&gt; &#187; L'autre dit oui. Alors tu fais expr&#232;s d'arriver en retard tous les jours, histoire de faire baisser ta cote. Et &#231;a ne rate pas : &#224; la fin, c'est le copain qui reste. Toi, tu retournes au ch&#244;mage, soulag&#233;. Et tu fais bien. Mario a poursuivi sur sa lanc&#233;e, associ&#233; au chauffeur-livreur. La profondeur de stock &#8211; c'&#233;tait avant la mode du flux tendu &#8211; permettait de camoufler les pertes jusqu'au prochain inventaire, diluant ainsi les soup&#231;ons. &#199;a marchait tellement bien que Mario s'est achet&#233; une Renault Alpine, qu'il garait sur le parking, en face du quai de livraison. Un jour, les vigiles du centre commercial l'ont pris sur le vif. Au lieu de le livrer aux keufs, ils l'ont mis &#224; l'amende : &#171; &lt;i&gt;&#192; partir de maintenant, tu vas bosser pour nous !&lt;/i&gt; &#187; Voil&#224; le voleur devenu esclave. Jusqu'&#224; ce que la Fnac s'aper&#231;oive des trous dans les stocks et qu'elle commandite une enqu&#234;te, des filatures&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#199;a a mal fini&lt;/strong&gt;. Vigiles et magasinier se sont retrouv&#233;s &#224; l'ombre. Le vol au travail, c'est comme tout, il faut savoir arr&#234;ter &#224; temps.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mexique : Et tout le tremblement&#8230;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Mexique-Et-tout-le-tremblement</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Mexique-Et-tout-le-tremblement</guid>
		<dc:date>2018-01-24T06:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicolas Arraitz</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;mi</dc:subject>
		<dc:subject>d'un</dc:subject>
		<dc:subject>Ram&#243;n Mart&#237;nez</dc:subject>
		<dc:subject>alarmes sismiques</dc:subject>
		<dc:subject>sismiques aient</dc:subject>
		<dc:subject>d'alerte sismique</dc:subject>
		<dc:subject>Juan Ram&#243;n</dc:subject>
		<dc:subject>Frida Sof&#237;a</dc:subject>
		<dc:subject>vraie secousse</dc:subject>
		<dc:subject>l'Universit&#233; autonome</dc:subject>
		<dc:subject>simulacre d'alerte</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Une premi&#232;re fois le 7 septembre, puis le 19 du m&#234;me mois, deux s&#233;ismes de grande ampleur (8,2 et 7,1 sur l'&#233;chelle de Richter) ont frapp&#233; le sud et la capitale du Mexique. On a parl&#233; de centaines de morts et de dizaines de milliers de sans-abri. Mais en oubliant souvent d'&#233;voquer une autre onde de choc : celle qui oppose des autorit&#233;s corrompues et une population qui a appris &#224; ne compter que sur elle-m&#234;me. &#171; Je rendais des livres &#224; la biblioth&#232;que quand la vraie secousse a eu lieu, trop (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no160-decembre-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;160 (d&#233;cembre 2017)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Remi" rel="tag"&gt;R&#233;mi&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Ramon-Martinez" rel="tag"&gt;Ram&#243;n Mart&#237;nez&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/alarmes-sismiques" rel="tag"&gt;alarmes sismiques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/sismiques-aient" rel="tag"&gt;sismiques aient&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-alerte-sismique" rel="tag"&gt;d'alerte sismique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Juan-Ramon" rel="tag"&gt;Juan Ram&#243;n&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Frida-Sofia" rel="tag"&gt;Frida Sof&#237;a&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/vraie-secousse" rel="tag"&gt;vraie secousse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-Universite-autonome" rel="tag"&gt;l'Universit&#233; autonome&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/simulacre-d-alerte" rel="tag"&gt;simulacre d'alerte&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Une premi&#232;re fois le 7 septembre, puis le 19 du m&#234;me mois, deux s&#233;ismes de grande ampleur (8,2 et 7,1 sur l'&#233;chelle de Richter) ont frapp&#233; le sud et la capitale du Mexique. On a parl&#233; de centaines de morts et de dizaines de milliers de sans-abri. Mais en oubliant souvent d'&#233;voquer une autre onde de choc : celle qui oppose des autorit&#233;s corrompues et une population qui a appris &#224; ne compter que sur elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2024 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;11&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH565/-304-be8ec.jpg?1779604607' width='400' height='565' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par R&#233;mi.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je rendais des livres &#224; la biblioth&#232;que quand la vraie secousse a eu lieu, trop rapide pour que les alarmes sismiques aient le temps de sonner.&lt;/i&gt; &#187; Juan Ram&#243;n Mart&#237;nez, prof &#224; l'Universit&#233; autonome de Mexico (UAM), parle de &#171; &lt;i&gt;vraie secousse&lt;/i&gt; &#187;, car une heure et quatorze minutes plus t&#244;t, lui et ses &#233;l&#232;ves avaient particip&#233;, comme tout le monde &#233;tait suppos&#233; le faire, &#224; un simulacre d'alerte sismique. &#171; &lt;i&gt;M&#234;me un sc&#233;nariste hollywoodien n'aurait pas os&#233; une telle co&#239;ncidence. Mieux encore, les autorit&#233;s ont eu la dr&#244;le d'id&#233;e de r&#233;aliser cet exercice le jour anniversaire du tremblement de terre du 19 septembre 1985 !&lt;/i&gt; &#187; Dans la matin&#233;e, le pr&#233;sident Enrique Pe&#241;a Nieto avait, comme chaque ann&#233;e, encens&#233; l'h&#233;ro&#239;que r&#233;action de la soci&#233;t&#233; civile et des forces de s&#233;curit&#233; de l'&#233;poque&#8230; &#171; &lt;i&gt;Il voudrait faire oublier que 1985 reste le moment o&#249; le hiatus entre la soci&#233;t&#233; et le parti-&#201;tat a connu sa fracture la plus radicale depuis le massacre des &#233;tudiants d'octobre 1968&lt;/i&gt;. &#187; En se d&#233;cha&#238;nant ce 19 septembre, les forces telluriques ont aussi ramen&#233; &#224; la surface la r&#233;alit&#233; du Mexique profond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mardi-l&#224;, &#224; 13 h 14, le grondement des &#233;tag&#232;res basculant dans les &#233;tages sup&#233;rieurs fait croire &#224; Juan Ram&#243;n que l'&#233;difice s'effondre par le haut, comme un ch&#226;teau de cartes. &#171; &lt;i&gt;On s'est &#224; nouveau pr&#233;cipit&#233; dans les escaliers qui, heureusement, sont assez larges&lt;/i&gt;. &#187; La foule se r&#233;pand en avalanche, les uns tombant sur les autres, cherchant en vain un point d'appui sur des marches qui se d&#233;robent. &#171; &lt;i&gt;Sur le parking, j'ai vu une femme de m&#233;nage gifler une fille qui hurlait, en pleine crise d'hyst&#233;rie. L'asphalte ondulait, des fissures serpentaient sous les voitures.&lt;/i&gt; &#187; Le mouvement oscillatoire dure pr&#232;s de deux minutes, &#171; &lt;i&gt;puis un gigantesque pilon a sembl&#233; cogner la cro&#251;te terrestre de bas en haut, depuis les profondeurs&lt;/i&gt; &#187;, occasionnant la chute de ce qui a &#233;t&#233; &#233;branl&#233; quelques secondes plus t&#244;t. Des d&#233;g&#226;ts spectaculaires sont constat&#233;s depuis le sud de la capitale jusqu'aux &#201;tats voisins du Morelos, Puebla et Guerrero, o&#249; l'on d&#233;nombre plus de 300 morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des brigades de volontaires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au m&#234;me moment, Alejandro Moreno, dit El Topo, est chez lui, dans la colonia del Valle. Comme dans un mauvais r&#234;ve, il rejoint d'un pas lourd tout le quartier sorti se mettre &#224; d&#233;couvert dans la rue. La terre est devenue ennemie. Les immeubles g&#233;missent, craquent de toute part. Le long de l'avenue, Topo aper&#231;oit les fa&#231;ades cracher des gravats, des bouts de corniche, des nuages de verre pil&#233;. Puis une explosion enflamme l'horizon et forme un champignon incandescent, sans doute d&#251; &#224; une fuite de gaz&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au centre de la chauss&#233;e, &#171; &lt;i&gt;il y avait une sorte d'exode massif de zombies, marchant sans but. De loin en loin, des gars couraient comme des d&#233;rat&#233;s pour rejoindre au plus vite leur famille. La circulation &#233;tait paralys&#233;e, il n'y avait plus de m&#233;tro&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la foule h&#233;b&#233;t&#233;e se mue vite en torrent d'empathie, puis en machine de guerre. Comme un r&#233;flexe h&#233;rit&#233; de l'exp&#233;rience de 1985, les immeubles &#233;croul&#233;s sont investis par des milliers de sauveteurs spontan&#233;s. Bien avant l'arriv&#233;e du moindre uniforme, des brigades de secouristes s'improvisent pour retirer les gravats en de longues cha&#238;nes humaines, inventant un langage de signes pour exiger le silence et discerner de possibles appels &#224; l'aide sous les d&#233;combres. Topo souligne avec humour les exc&#232;s de cet &#233;lan de solidarit&#233; : &#171; &lt;i&gt; Il y avait tellement de monde sur les ruines qu'on risquait de provoquer des affaissements ! J'ai crois&#233; des ouvriers casqu&#233;s, des blondes en jogging, des architectes au ch&#244;mage, des &#233;tudiants, des m&#233;nag&#232;res qui t'offrent &#224; manger avant m&#234;me que tu n'aies mis la main &#224; la p&#226;te, des ing&#233;nieurs soupesant le meilleur moyen d'intervenir sans risquer d'&#233;craser les survivants, des ados no-life s'improvisant sp&#233;l&#233;ologues&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Attrape une pelle, abruti ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, sur les &#233;crans, le reste du pays d&#233;couvre comment un c&#233;l&#232;bre pr&#233;sentateur demande &#224; la population de garder son calme avant de s'enfuir&#8230; Partout o&#249; la terre vient de trembler, tout le monde est d&#233;j&#224; dans la rue. Tr&#232;s vite, les frictions se multiplient entre une population hyperactive et des responsables politiques bien plus soucieux d'image m&#233;diatique que de premiers secours. Le ministre de l'Int&#233;rieur est hu&#233;, bouscul&#233;. Le Pr&#233;sident lui-m&#234;me est rudoy&#233; en direct par un vieil homme : &#171; &lt;i&gt;Ferme-la et attrape une pelle, abruti !&lt;/i&gt; &#187; Le maire de la commune de Xochimilco est chass&#233; &#224; coups de pied au cul. Et les services municipaux, r&#233;put&#233;s inefficaces et v&#233;naux, doivent n&#233;gocier avec les brigades de volontaires les modalit&#233;s d'intervention sur les sites sinistr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juan Ram&#243;n a pu constater ce choc des cultures : &#171; &lt;i&gt; L'arrogance d'un officier de l'arm&#233;e, venu contredire les consignes d'un technicien b&#233;n&#233;vole, a tellement g&#234;n&#233; l'enl&#232;vement d'une dalle de b&#233;ton par une grue que l'employ&#233;e de maison qui avait surv&#233;cu &#224; son &#233;croulement a finalement &#233;t&#233; retrouv&#233;e morte, apr&#232;s plusieurs heures de tergiversations. Les gens, en larmes, ont insult&#233; le militaire.&lt;/i&gt; &#187; Des soldats sont film&#233;s les bras crois&#233;s, pr&#233;tendant filtrer les all&#233;es et venues des brigadistes et des journalistes, ou en train de piller l'entrep&#244;t de sacs &#224; dos d'un c&#233;l&#232;bre designer europ&#233;en&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il faut sauver Frida Sof&#237;a !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un atelier clandestin de la colonia Obrera, plusieurs dizaines d'ouvri&#232;res chinoises meurent &#233;cras&#233;es par les lourdes machines install&#233;es &#224; l'&#233;tage au-dessus, parce que leur chef les maintenait enferm&#233;es &#224; cl&#233;. Mais Televisa &#8211; la TF1 mexicaine, en chute libre dans les audiences apr&#232;s avoir soutenu sans vergogne le retour de l'ancien parti unique (PRI) au pouvoir &#8211; n'en parle pas et pr&#233;f&#232;re monter un &lt;i&gt;storytelling&lt;/i&gt; en complicit&#233; avec les officines du palais pr&#233;sidentiel et les militaires intervenant sur une &#233;cole primaire qui vient de s'effondrer, tuant 21 &#233;l&#232;ves et une dizaine de membres du personnel. &#171; &lt;i&gt;Ils ont invent&#233; un personnage, la jeune Frida Sof&#237;a&lt;/i&gt;, raconte Juan Ram&#243;n,&lt;i&gt; avec qui les secouristes officiels auraient &#233;t&#233; en contact &#224; travers les amas de b&#233;ton. Et ils ont fait participer les t&#233;l&#233;spectateurs &#224; son sauvetage minute apr&#232;s minute.&lt;/i&gt; &#187; L'id&#233;e est de clouer les gens chez eux, accroch&#233;s au spectacle d'une op&#233;ration ma&#238;tris&#233;e de bout en bout par les autorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait comme en 1985&lt;/i&gt;, constate Blanche Pietrich, journaliste au quotidien&lt;i&gt; La Jornada&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;La t&#233;l&#233;vision et les autorit&#233;s matraquaient un seul et m&#234;me message : &#8220; Restez chez vous, nous nous occupons de tout. &#8221;&lt;/i&gt; &#187; Tenus en haleine, les spectateurs fr&#233;missent &#224; l'annonce des avanc&#233;es du sauvetage. &#171; &lt;i&gt;Frida Sof&#237;a est fatigu&#233;e, elle r&#233;clame de l'eau, elle sent la pr&#233;sence de deux ou trois corps tout pr&#232;s d'elle&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Jusqu'&#224; ce que les enseignantes et les parents d'&#233;l&#232;ves r&#233;v&#232;lent qu'il n'y a jamais eu de Frida Sof&#237;a dans cette &#233;cole. D&#233;bandade : Televisa et l'arm&#233;e d&#233;mentent alors avoir &#233;t&#233; &#224; l'origine de ce path&#233;tique montage, se rejetant mutuellement la faute. Pour couronner le tout, on apprendra plus tard que cette &#233;cole priv&#233;e ne r&#233;pondait pas aux normes de s&#233;curit&#233; : la directrice avait fait construire ill&#233;galement son domicile au-dessus du b&#226;timent et c'est ce surpoids qui aurait provoqu&#233; l'effondrement des salles de classe&#8230; Cette dame, mise en examen, a eu depuis le loisir de vider ses comptes en banque avant de dispara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Escrocs en maraude&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les territoires affect&#233;s, ce ne sont pas que les maisons qui ont &#233;t&#233; &#233;branl&#233;es. &#171; &lt;i&gt;Une semaine apr&#232;s, j'avais encore des vertiges, comme si mon centre de gravit&#233; s'&#233;tait d&#233;vi&#233; &#224; c&#244;t&#233; de ma colonne vert&#233;brale&lt;/i&gt; &#187;, se souvient El Topo. Et c'est en profitant de cet &#233;tat de choc que les escrocs entrent en action. Faux fonctionnaires rackettant les habitants d'un immeuble fissur&#233; sous peine d'expulsion imm&#233;diate&#8230; Vrais fonctionnaires ripoux monnayant les d&#233;marches pour des indemnit&#233;s auxquelles les sinistr&#233;s ont droit&#8230; Sans oublier les promoteurs qui s'appr&#234;tent &#224; faire main basse sur des terrains miraculeusement lib&#233;r&#233;s&#8230; &#192; la t&#233;l&#233;, trois jours apr&#232;s la catastrophe, un &#233;conomiste s'est m&#234;me r&#233;joui sans vergogne : &#171; &lt;i&gt;Au milieu de ces mauvaises nouvelles, il y a quand m&#234;me un signal positif : l'annonce d'un regain sur le march&#233; du BTP&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux piquets de sans-abris &#8211; 1 800 &#233;difices sont gravement endommag&#233;s dans la capitale et, contrairement &#224; 1985, m&#234;me les quartiers r&#233;sidentiels ont &#233;t&#233; touch&#233;s &#8211; protestent contre les malfa&#231;ons de promoteurs corrompus, vainement d&#233;nonc&#233;es avant le s&#233;isme, et qui auraient provoqu&#233; des effondrements. Des milliers de sinistr&#233;s sont &#224; la rue, sous des tentes, comme ces retrait&#233;s rencontr&#233;s &#224; Xochimilco sur le parking d'un supermarch&#233;. &#171; &lt;i&gt;Pas le temps d'enterrer nos morts que d&#233;j&#224; le gouvernement vient proposer des cr&#233;dits pour reconstruire ou racheter une maison&#8230; En attendant, on dort dehors.&lt;/i&gt; &#187; Les manifestants r&#233;clament &#171; &lt;i&gt;une reconstruction &#224; fonds perdus, pas des cr&#233;dits&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Non-respect des normes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hebdomadaire &lt;i&gt;Proceso&lt;/i&gt; vient de rappeler que le gouverneur de la capitale, sur le point de rendre son tablier, a suspendu, fin 2016, plusieurs d&#233;crets cens&#233;s faire respecter des normes &#233;cologiques et anti-sismiques en mati&#232;re de logement. Sans doute pour redynamiser le secteur de la construction et l'emploi&#8230; Ce qui a bien s&#251;r dop&#233; l'extension sauvage d'une emprise urbaine d&#233;j&#224; d&#233;mesur&#233;e &#8211; on estime &#224; la louche, et depuis des d&#233;cennies, la population de Mexico &#224; 20 ou 25 millions d'habitants&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le D&#233;fenseur des droits de la capitale a enregistr&#233; 116 plaintes depuis le 20 septembre. Lesquelles pointent du doigt des sinistres pas toujours dus au seul &#171; &lt;i&gt;&#233;v&#233;nement naturel&lt;/i&gt; &#187;, mais aussi &#224; de &#171; &lt;i&gt;possibles malversations et&lt;/i&gt; [au] &lt;i&gt;non-respect des normes et des permis de construire&lt;/i&gt; &#187;. L'association Suma Urbana affirme qu'elle a recens&#233; 817 chantiers ill&#233;gaux ces deux derni&#232;res ann&#233;es. Le gouvernement se vante, lui, d'&#234;tre au m&#234;me niveau que le Japon dans les domaines de la pr&#233;vention antisismique et de la protection civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les v&#233;rit&#233;s du Mexique profond refont aussi surface dans les outrances carnavalesques de la &lt;i&gt;fiesta de muertos&lt;/i&gt;. Au soir du 1er novembre, dans un quartier de Oaxaca, une &lt;i&gt;comparsa&lt;/i&gt; chahute en fanfare. D&#233;guis&#233;s de bric et de broc, entre masques traditionnels et r&#233;interpr&#233;tations cocasses d'Halloween, jeunes et moins jeunes d&#233;ambulent en dansant, partagent de g&#233;n&#233;reuses rasades de mezcal et improvisent un grand-guignol de rue. Sur le parvis de l'&#233;glise, un gar&#231;on grim&#233; en vieille indig&#232;ne pleure avec conviction. La vieille se penche sur un cadavre en chiffons que se disputent une infirmi&#232;re, un diable noir et un cur&#233; rivalisant dans le grotesque. &#171; &lt;i&gt;A&#239;e, mon pauvre petit gouvernement, te voil&#224; mort&lt;/i&gt;, se lamente la sorci&#232;re. &lt;i&gt;Tu abandonnes le peuple &#224; ses peines et &#224; ses tremblements.&lt;/i&gt; &#187; Et d'empoigner le d&#233;funt par les hanches, imitant le co&#239;t avec des mouvements obsc&#232;nes. &#171; &lt;i&gt;Tiens, prends &#231;a, que tu sois pas venu pour rien !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Dans l'isthme de Tehuantepec&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle vie reconstruire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;San mateo del mar en a vu d'autres. Accroch&#233; &#224; une bande de sable entre oc&#233;an et mar&#233;cages, ce village de p&#234;cheurs ik'oods a de tout temps su r&#233;sister aux temp&#234;tes tropicales, aux ouragans, aux parcs &#233;oliens&#8230; Mais le 7 septembre, un peu avant minuit, la secousse monstre venue de la mer lui fait mal, tr&#232;s mal. L'&#233;picentre a beau se situer &#224; 150 kilom&#232;tres de l&#224;, sous les eaux du Pacifique, l'onde de choc &#8211; 8,2 sur l'&#233;chelle de Richter &#8211; est terrible. &#171; &lt;i&gt;Les toits ont vrill&#233;, puis se sont effondr&#233;s&lt;/i&gt;, raconte l'institutrice Beatriz Gonz&#225;lez.&lt;i&gt; En quelques secondes, les murs se sont enfonc&#233;s, le sol s'est rehauss&#233; et l'eau des nappes phr&#233;atiques a inond&#233; les maisons, les jardins, les rues.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tsunami tant redout&#233; n'a pas lieu, mais la secousse premi&#232;re, la plus brutale, se ressent au nord jusqu'&#224; Mexico et au sud jusqu'au Honduras. Selon les chiffres officiels, dans les &#201;tats du Chiapas et de Oaxaca, plus de 120 000 foyers sont touch&#233;s. Et la terre tremble longtemps : pr&#232;s de 10 000 r&#233;pliques sup&#233;rieures &#224; 6 points sur l'&#233;chelle de Richter sont d&#233;tect&#233;es par les sismographes dans les jours qui suivent, provoquant de nouveaux d&#233;g&#226;ts. &#171; &lt;i&gt;&#192; San Mateo, une m&#232;re et trois de ses enfants ont &#233;t&#233; engloutis par le sol de leur maison, la terre s'est referm&#233;e sur eux&lt;/i&gt; &#187;, rapporte Beatriz, encore &#233;mue par le r&#233;cit du papa, seul survivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Livr&#233;s &#224; eux-m&#234;mes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute l'attention &#233;tant tourn&#233;e vers Juchit&#225;n de Zaragoza, le chef-lieu, d&#233;truit &#224; 80 %, avec 37 morts, les habitants de San Mateo restent livr&#233;s &#224; eux-m&#234;mes. &#171; &lt;i&gt;Les Ik'oods sont fiers de leur autonomie, habitu&#233;s &#224; r&#233;sister seuls contre vents et pluies torrentielles. Les sinistr&#233;s se sont r&#233;fugi&#233;s chez leurs proches, chez des amis.&lt;/i&gt; &#187; L'&#233;cole primaire est d&#233;truite, mais le coll&#232;ge, &#233;pargn&#233;, est transform&#233; en auberge, o&#249; les vivres et le couchage qui ont pu &#234;tre sauv&#233;s sont centralis&#233;s. &#171; &lt;i&gt;En quelques heures, les femmes ont organis&#233; une cantine communautaire. Des &#233;quipes de jeunes ont fait le tour des quartiers et ont recens&#233; les besoins de chacun.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand l'arm&#233;e arrive cinq jours plus tard, elle pr&#233;tend contr&#244;ler l'arriv&#233;e des caravanes de solidarit&#233;, sous pr&#233;texte d'&#233;quit&#233;. C'est exactement le contraire qui se produit : partout o&#249; elle fait main-basse sur les vivres, elle les livre ensuite aux r&#233;seaux des caciques locaux. Ou pire, aux entreprises de l'industrie &#233;olienne. &#192; Uni&#243;n Hidalgo, on voit ainsi des employ&#233;s d'EDF, escort&#233;s par des soldats, distribuer des colis sur lesquels est appos&#233; le logo de la multinationale fran&#231;aise. Car dans l'isthme de Tehuantepec, de nombreuses communaut&#233;s se battent contre l'implantation de m&#233;ga-fermes &#233;oliennes sur leurs terres communales &#8211; 70 % des terres de la r&#233;gion sont encore g&#233;r&#233;es collectivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fi&#232;rement, Beatriz r&#233;v&#232;le pourquoi les Ik'oods de San Mateo veulent conserver un droit de regard sur l'aide humanitaire. Non seulement pour &#233;viter corruption et client&#233;lisme, mais aussi pour la trier et la choisir. &#171; &lt;i&gt;Pas question qu'on nous refile des produits industriels ou transg&#233;niques qui changeraient nos habitudes alimentaires.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gestion du chaos, chaos de la gestion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'arm&#233;e arrivent aussi les bulldozers, qui s'attaquent aux maisons l&#233;zard&#233;es avant m&#234;me qu'un expert ait pu les examiner et dire si elles sont aptes &#224; une r&#233;novation. &#171; &lt;i&gt;M&#234;me si un pan de toit &#233;tait endommag&#233; et la fa&#231;ade &#233;br&#233;ch&#233;e, l'ensemble tenait encore debout. Ils n'ont pourtant pas cherch&#233; &#224; comprendre, ils ont d&#233;truit ma maison&lt;/i&gt;, d&#233;nonce une habitante d'Ixtepec. &lt;i&gt;Depuis, je campe en face du tas de gravats qu'ils ont laiss&#233;. En partant, ils m'ont dit d'aller chercher ailleurs, que la zone &#233;tait impropre &#224; toute habitation. Alors que nous vivons ici depuis des g&#233;n&#233;rations !&lt;/i&gt; &#187; De plus en plus de gens s'opposent &#224; ces assauts. Les autorit&#233;s exercent alors un chantage : ceux qui ne d&#233;truisent pas imm&#233;diatement leur maison n'auront pas droit aux aides financi&#232;res&#8230; Les firmes du BTP salivent d&#233;j&#224; en comptabilisant les sommes que va d&#233;bloquer le gouvernement. L'habitat traditionnel est ainsi menac&#233; par les gros sabots d'une reconstruction &#224; caract&#232;re sp&#233;culatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Nos maisons sont fondamentales pour notre cultur&lt;/i&gt;e, explique Gerardo Ram&#237;rez, du Concejo regional por la reconstrucci&#243;n de nuestros pueblos. &lt;i&gt;Depuis des si&#232;cles, nous vivons dans des pi&#232;ces vastes, hautes, avec des toits de tuiles, des murs d'adobe ou de briques qui isolent de la chaleur. La vie sociale tourne autour du patio, l&#224; o&#249; l'on pend les hamacs, o&#249; l'on re&#231;oit les visiteurs, o&#249; l'on mange &#224; l'ombre du manguier. Ce mode de vie, c'est aussi un mode de pens&#233;e. Nous ne voulons pas de leurs cubes de b&#233;ton, ni de leur clim' !&lt;/i&gt; &#187; Le Conseil a publi&#233; un manifeste qui refuse la destruction indiscrimin&#233;e des maisons partiellement affect&#233;es. Et qui pr&#244;ne un &#233;tayage, une expertise ind&#233;pendante, puis une reconstruction autog&#233;r&#233;e, qui int&#232;gre certaines techniques antisismiques tout en respectant l'architecture traditionnelle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Fain&#233;ant dis merci &#224; ton coach !</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Faineant-dis-merci-a-ton-coach</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Faineant-dis-merci-a-ton-coach</guid>
		<dc:date>2018-01-03T06:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicolas Arraitz</dc:creator>


		<dc:subject>Pirikk</dc:subject>
		<dc:subject>Marseille</dc:subject>
		<dc:subject>P&#244;le emploi</dc:subject>
		<dc:subject>P&#244;le</dc:subject>
		<dc:subject>demandeurs d'emploi</dc:subject>
		<dc:subject>Pop&#244;le Saint-Charles</dc:subject>
		<dc:subject>bonne vingtaine</dc:subject>
		<dc:subject>d'emploi convoqu&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>groupe rassembl&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>jeune conseill&#232;re</dc:subject>
		<dc:subject>Pop&#244;le</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce jour-l&#224;, vous &#234;tes une bonne vingtaine de demandeurs d'emploi convoqu&#233;s par Pop&#244;le Saint-Charles, &#224; Marseille, mais la liste de pr&#233;sence que la jeune conseill&#232;re fait tourner ne correspond pas au groupe rassembl&#233; l&#224;. Alors elle vous demande d'ajouter vos noms, pr&#233;noms et identifiants &#224; la main, &#224; la suite de ceux d'une trentaine de glorieux absents, ce qui prend un certain temps. Goguenard, un gars qui semble avoir autre chose &#224; foutre de sa matin&#233;e fait remarquer que la date de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no160-decembre-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;160 (d&#233;cembre 2017)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Pirikk" rel="tag"&gt;Pirikk&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Marseille" rel="tag"&gt;Marseille&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Pole-emploi-3341" rel="tag"&gt;P&#244;le emploi&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Pole" rel="tag"&gt;P&#244;le&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/demandeurs-d-emploi" rel="tag"&gt;demandeurs d'emploi&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Popole-Saint-Charles" rel="tag"&gt;Pop&#244;le Saint-Charles&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/bonne-vingtaine" rel="tag"&gt;bonne vingtaine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-emploi-convoques" rel="tag"&gt;d'emploi convoqu&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/groupe-rassemble" rel="tag"&gt;groupe rassembl&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/jeune-conseillere" rel="tag"&gt;jeune conseill&#232;re&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Popole" rel="tag"&gt;Pop&#244;le&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce jour-l&#224;, vous &#234;tes une bonne vingtaine de demandeurs d'emploi convoqu&#233;s par Pop&#244;le Saint-Charles, &#224; Marseille, mais la liste de pr&#233;sence que la jeune conseill&#232;re fait tourner ne correspond pas au groupe rassembl&#233; l&#224;. Alors elle vous demande d'ajouter vos noms, pr&#233;noms et identifiants &#224; la main, &#224; la suite de ceux d'une trentaine de glorieux absents, ce qui prend un certain temps. Goguenard, un gars qui semble avoir autre chose &#224; foutre de sa matin&#233;e fait remarquer que la date de convocation est le 8 novembre... 2015. La conseill&#232;re pr&#233;f&#232;re en rire : &#171; &lt;i&gt;Ah ben, on n'est pas en avance, alors !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1948 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH582/-239-d306a.jpg?1779603205' width='400' height='582' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Pirikk.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Arm&#233;e d'un triste PowerPoint, elle finit par annoncer, sans trop d'enthousiasme, le lancement du fameux plan Activ'Emploi. Ce qui revient &#224; reconna&#238;tre, pour elle et son coll&#232;gue qui l'&#233;paule sans trop savoir &#224; quoi s'en tenir, leur obsolescence programm&#233;e en tant que conseillers. Car, en clair, P&#244;le emploi va sous-traiter votre accompagnement &#224; une start-up du coaching, sans doute pour lib&#233;rer ses agents des contingences du trivial contact humain. Ils auront ainsi toute latitude pour se consacrer &#224; la saisie des dossiers et &#224; la traque des glandeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dix jours plus tard, te voil&#224; re&#231;u par la start-up dans un micro-burlingue au 9e &#233;tage d'un building des beaux quartiers. Au bout de cinq minutes, la dame te l&#226;che : &#171; &lt;i&gt;Votre langage corporel me dit que vous croyez ne pas avoir besoin de moi.&lt;/i&gt; &#187; Puis elle te parle de &#171; &lt;i&gt;march&#233; cach&#233;&lt;/i&gt; &#187; et de &#171; &lt;i&gt;mise en valeur de&lt;/i&gt; [tes] &lt;i&gt;comp&#233;tences&lt;/i&gt; &#187;. Au bout d'une demi-heure, tu signes un contrat te liant &#224; ton nouveau coach pour quatre mois, avec trois rencontres obligatoires (sous peine de radiation), la prochaine en janvier et un bilan d&#233;but mars. Si elle te trouve du boulot, la start-up touchera un succulent bonus pour am&#233;liorer l'&#233;molument fixe qu'a allong&#233; P&#244;le emploi pour ne plus s'occuper de ce dont il ne s'occupe d&#233;j&#224; plus depuis des ann&#233;es : aider le chomdu &#224; trouver du taf.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme les syndicats ont protest&#233; face &#224; ce qu'ils d&#233;noncent comme le cheval de Troie d'une privatisation future de la gestion du ch&#244;mage, l'agent au PowerPoint vous a bien pr&#233;cis&#233; que vous pourrez refuser de participer au programme &#224; la fin du premier entretien si vous n'&#234;tes pas convaincus de son utilit&#233;. Mais tu sais que si tu dis non, tu risques d'&#234;tre mal vu par P&#244;le emploi. Doncques tu exp&#233;rimentes &#8211; subjonctif du verbe exp&#233;rimentir, selon le petit Johnny Hallyday illustr&#233;. Sous peine de radiation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mexique : Barbare, vraiment ?</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Mexique-Barbare-vraiment</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Mexique-Barbare-vraiment</guid>
		<dc:date>2017-12-26T17:08:49Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicolas Arraitz</dc:creator>


		<dc:subject>Juliette Barban&#232;gre</dc:subject>
		<dc:subject>Pe&#241;a Nieto</dc:subject>
		<dc:subject>Sergio</dc:subject>
		<dc:subject>Enrique Pe&#241;a</dc:subject>
		<dc:subject>Sergio Ocampo</dc:subject>
		<dc:subject>pr&#233;sident Enrique</dc:subject>
		<dc:subject>Miroslava Breach</dc:subject>
		<dc:subject>Javier Valdez</dc:subject>
		<dc:subject>Guerreros Unidos</dc:subject>
		<dc:subject>Ocampo</dc:subject>
		<dc:subject>cartel</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Seuls l'Irak et l'Afghanistan font pire : au Mexique, 105 journalistes sont morts assassin&#233;s depuis l'an 2000. &#192; l'occasion d'une tourn&#233;e en France, le reporter Sergio Ocampo dresse le portrait d'un pays ni vraiment en paix, ni tr&#232;s d&#233;mocratique. Trente&#8209;six journalistes mexicains ont &#233;t&#233; tu&#233;s depuis 2012, d&#233;but du mandat du pr&#233;sident Enrique Pe&#241;a Nieto. Et sept depuis le d&#233;but de l'ann&#233;e, dont Javier Valdez et Miroslava Breach, correspondants &#224; Sinaloa et Chihuahua du quotidien de gauche (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no158-octobre-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;158 (octobre 2017)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Juliette-Barbanegre" rel="tag"&gt;Juliette Barban&#232;gre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Pena-Nieto" rel="tag"&gt;Pe&#241;a Nieto&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Sergio" rel="tag"&gt;Sergio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Enrique-Pena" rel="tag"&gt;Enrique Pe&#241;a&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Sergio-Ocampo" rel="tag"&gt;Sergio Ocampo&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/president-Enrique" rel="tag"&gt;pr&#233;sident Enrique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Miroslava-Breach" rel="tag"&gt;Miroslava Breach&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Javier-Valdez" rel="tag"&gt;Javier Valdez&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Guerreros-Unidos" rel="tag"&gt;Guerreros Unidos&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Ocampo" rel="tag"&gt;Ocampo&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/cartel" rel="tag"&gt;cartel&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Seuls l'Irak et l'Afghanistan font pire : au Mexique, 105 journalistes sont morts assassin&#233;s depuis l'an 2000. &#192; l'occasion d'une tourn&#233;e en France, le reporter Sergio Ocampo dresse le portrait d'un pays ni vraiment en paix, ni tr&#232;s d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Trente&#8209;six journalistes mexicains ont &#233;t&#233; tu&#233;s depuis 2012, d&#233;but du mandat du pr&#233;sident Enrique Pe&#241;a Nieto. Et sept depuis le d&#233;but de l'ann&#233;e, dont Javier Valdez et Miroslava Breach, correspondants &#224; Sinaloa et Chihuahua du quotidien de gauche &lt;i&gt;La Jornada&lt;/i&gt;, dans lequel &#233;crit Sergio Ocampo. &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; l'a rencontr&#233; dans les locaux de Solidaires, &#224; Marseille. Dans l'&#201;tat m&#233;ridional du Guerrero, o&#249; il vit et travaille, &#171; &lt;i&gt;treize de&lt;/i&gt; [s]&lt;i&gt;es confr&#232;res ont &#233;t&#233; abattus ces derni&#232;res ann&#233;es&lt;/i&gt; &#187;. Et l'impunit&#233; r&#232;gne. &#171; &lt;i&gt;Si l'on en croit le gouvernement, la g&#226;chette est toujours actionn&#233;e par des sicarios&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tueurs &#224; gage.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;i&gt;des cartels de la drogue, dans les affaires desquels les victimes auraient imprudemment mis le nez. Ce serait donc presque de leur faute&#8230; En tout cas, aucun de ces meurtres n'a &#233;t&#233; &#233;lucid&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1938 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH269/-231-a7988.jpg?1779603595' width='400' height='269' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Juliette Barban&#232;gre.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enqu&#234;te &#224; la ramasse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sergio Ocampo a &#233;t&#233; t&#233;moin de &#171; la nuit d'Iguala &#187;, quand 43 &#233;l&#232;ves de l'&#233;cole normale d'Ayotzinapa ont disparu entre le 26 et le 27 septembre 2014. Ce soir&#8209;l&#224;, pr&#233;venu, il a accouru sur les lieux, alors que cinq cadavres jonchaient encore l'asphalte et que l'escamotage des &#233;tudiants &#233;tait en cours. &#171; &lt;i&gt;&#192; peine arriv&#233;s sur place, mes coll&#232;gues et moi avons essuy&#233; une rafale d'arme automatique. C'&#233;tait en pleine conf&#233;rence de presse des rescap&#233;s, sur le bord d'un trottoir.&lt;/i&gt; &#187; Trois ans ont pass&#233; et la &#171; &lt;i&gt;v&#233;rit&#233; historique&lt;/i&gt; &#187; proclam&#233;e par le procureur de la R&#233;publique n'a jamais convaincu personne. Selon cette version officielle, des policiers municipaux corrompus auraient livr&#233; les jeunes activistes &#224; des hommes de main du cartel Guerreros Unidos, qui les auraient ensuite ex&#233;cut&#233;s, puis incin&#233;r&#233;s dans la d&#233;charge publique de Cocula.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, les familles des disparus et la Cour inter-am&#233;ricaine des droits humains r&#233;clament des &#233;claircissements. &#171; &lt;i&gt;Pourquoi les militaires pr&#233;sents sur place ne sont intervenus que pour menacer les survivants qui fuyaient les meurtriers ? Comment a pu dispara&#238;tre le fameux &#8220; autobus n&#176;5 &#8221;, que des investigateurs ind&#233;pendants soup&#231;onnent d'avoir servi &#224; transporter une cargaison d'h&#233;ro&#239;ne &#224; destination de Chicago, et que les normaliens d'Ayotzinapa aurait malencontreusement tent&#233; de d&#233;tourner pour aller &#224; Mexico participer &#224; la comm&#233;moration du massacre des &#233;tudiants d'octobre 1968 ? Pourquoi les enqu&#234;teurs n'ont&#8209;ils pas fait &#8220; parler &#8221; les t&#233;l&#233;phones portables de certains disparus, dont plusieurs signaux auraient &#233;t&#233; d&#233;tect&#233;s dans ou &#224; proximit&#233; de la caserne d'Iguala ? Pourquoi le chef des arm&#233;es refuse&#8209;t-il de laisser t&#233;moigner les grad&#233;s en poste ce soir-l&#224; ?&lt;/i&gt; &#187; Peut&#8209;&#234;tre parce que l'imbrication des cartels et des autorit&#233;s, qui fait dire &#224; certains Mexicains qu'on a aujourd'hui affaire &#224; un narco&#8209;&#201;tat, est&#8209;elle plus grave que ce qu'on croit. Peut-&#234;tre que ce juteux n&#233;goce ill&#233;gal &#233;tend ses tentacules bien au&#8209;del&#224; des administrations municipales &#8211; &#233;chelon largement infiltr&#233; par le crime organis&#233; et point&#233; du doigt par l'enqu&#234;te officielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sergio montre une de ses photos, prise sur le bas&#8209;c&#244;t&#233; d'une route, o&#249; l'on voit un alignement d'une dizaine de corps d&#233;capit&#233;s ou d&#233;membr&#233;s. Il explique : &#171; &lt;i&gt;La plupart sont des gamins, de jeunes paysans indig&#232;nes sans le sou, enr&#244;l&#233;s dans les champs de pavot par un cartel, puis &#233;limin&#233;s par un autre clan entr&#233; en concurrence sur le m&#234;me territoire. On les expose l&#224; pour t&#233;taniser l'ennemi et terroriser la population en g&#233;n&#233;ral.&lt;/i&gt; &#187; Puis il raconte qu'un jour, dans une r&#233;gion de plantations de pavot, il a &#233;t&#233; intercept&#233; par une escouade de &lt;i&gt;sicarios&lt;/i&gt; lourdement arm&#233;s, certains d'entre eux pr&#233;&#8209;adolescents. Il croit avoir &#233;chapp&#233; au pire gr&#226;ce &#224; la pr&#233;sence dans sa voiture d'un journaliste allemand. Deux ou trois kilom&#232;tres avant ce narco&#8209;barrage, ils avaient &#233;t&#233; contr&#244;l&#233;s par la police. Deux ou trois kilom&#232;tres apr&#232;s, troisi&#232;me contr&#244;le. De gendarmes, cette fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre contre le narcotrafic, d&#233;clar&#233;e par le pr&#233;sident Felipe Calder&#243;n en 2006 et reconduite sans la nommer par l'actuelle administration, a fait quelque 120 000 morts et pr&#232;s de 30 000 disparus &#8211; la plupart &#233;tant des victimes collat&#233;rales. De plus, cette guerre, qui singe la &lt;i&gt;War on drug&lt;/i&gt; lanc&#233;e en 1969 par Richard Nixon, s'est av&#233;r&#233;e aussi biais&#233;e qu'inefficace : le gouvernement Calder&#243;n avait jou&#233; le cartel de Sinaloa contre celui du Golfe, fomentant ainsi l'apog&#233;e du r&#232;gne du Chapo Guzm&#225;n, parrain aujourd'hui en prison aux &#201;tats&#8209;-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sergio Ocampo &#233;voque, lui, la trace laiss&#233;e par les fr&#232;res Anacleto et Isabel Ramos, agents infiltr&#233;s dans la gu&#233;rilla du Parti des pauvres pendant la sale guerre des ann&#233;es 1970. &#171; &lt;i&gt;Ces sympathiques frangins auraient introduit la culture du pavot dans les montagnes du Guerrero, en mode poison anti&#8209;-insurrectionnel. Lorsqu'en 2009, Arturo Beltr&#225;n Leyva, ancien tueur en chef du cartel de Sinaloa devenu capo de son propre cartel et ennemi jur&#233; du Chapo, est truff&#233; de balles par un commando d'&#233;lite&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Son corps sera exhib&#233;, tapiss&#233; de billets de banque ensanglant&#233;s, dans une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;&#231;a se passe dans l'appartement d'un des deux fr&#232;res Ramos.&lt;/i&gt; &#187; Sa mort a provoqu&#233; l'&#233;clatement de ses r&#233;seaux en une dizaine de bandes qui, depuis, se livrent une guerre sans merci pour le contr&#244;le des plantations et des routes de la &lt;i&gt;goma&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Torture et commerce&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Iguala et Cocula, lieux de l'enl&#232;vement des 43 &#233;tudiants et de leur suppos&#233;e incin&#233;ration, sont des fiefs du clan Figueroa&lt;/i&gt; &#187;, dont le patriarche, Rub&#233;n Figueroa Figueroa, surnomm&#233; le Tigre de Huitzuco, fut gouverneur du Guerrero pendant les ann&#233;es de la lutte anti&#8209;-gu&#233;rilla. &#171; &lt;i&gt;&#192; la m&#234;me &#233;poque&lt;/i&gt;, souligne Ocampo,&lt;i&gt; la caserne du 27e bataillon d'Iguala servait de centre de torture. Bien des opposants y ont disparu corps et &#226;me.&lt;/i&gt; &#187; Plus r&#233;cemment, le maire d'Iguala (mari&#233; &#224; la s&#339;ur d'un des leaders des Guerreros Unidos et plac&#233; sous les verrous apr&#232;s la disparition des 43 normaliens) s'est fait construire un centre commercial sur un terrain aimablement c&#233;d&#233; par l'arm&#233;e, juste en face de la caserne&#8230; Un tel faisceau de pr&#233;somptions contribue &#224; semer le trouble autour de ce camp militaire de sinistre r&#233;putation, devant lequel les parents des disparus et leurs soutiens ont manifest&#233; &#224; deux reprises, tentant d'y p&#233;n&#233;trer malgr&#233; les soldats en armes. Certains murmurent que seule l'arm&#233;e a les moyens techniques pour op&#233;rer la cr&#233;mation de 43 cadavres par une nuit de fortes pluies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#233;nigmes ne seront sans doute jamais compl&#232;tement &#233;lucid&#233;es, m&#234;me si Sergio Ocampo &#233;met l'hypoth&#232;se qu'&#224; l'approche des pr&#233;sidentielles, le gouvernement pourrait livrer un officier en p&#226;ture &#224; la justice et &#224; l'opinion publique. Quant &#224; l'opinion d'ici, il faudrait qu'elle pose elle aussi une question aux gouvernements hexagonaux qui re&#231;oivent en grande pompe les mandataires mexicains, leur vendant au passage des armes, des h&#233;licopt&#232;res et le savoir&#8209;faire fran&#231;ais en mati&#232;re de maintien de l'ordre. La question, c'est celle-ci : assumerez&#8209;-vous un jour publiquement que d&#233;sormais l'argent de la drogue, blanchi par un syst&#232;me financier peu regardant, fasse partie des carburants &#8211; au m&#234;me titre que le p&#233;trole, la bulle informatique ou le tourisme &#8211; de votre sacro-sainte croissance ? Et puis, comme le dit si bien un blondinet de la Drug enforcement agency (DEA) dans la s&#233;rie &lt;i&gt;Narcos&lt;/i&gt; &#224; un yuppie de Wall Street qu'il surprend en train de sniffer un rail de coca&#239;ne dans les toilettes de l'a&#233;roport de Bogot&#225; : &#171; &lt;i&gt;Tu sais combien co&#251;te le gramme de coke que tu viens de t'envoyer ? Six morts.&lt;/i&gt; &#187; Au bas mot.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Tueurs &#224; gage.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Son corps sera exhib&#233;, tapiss&#233; de billets de banque ensanglant&#233;s, dans une macabre mise en sc&#232;ne polici&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Cuisine : Respecte l'aliment, coll&#232;gue !</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Cuisine-Respecte-l-aliment</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Cuisine-Respecte-l-aliment</guid>
		<dc:date>2014-09-17T02:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicolas Arraitz</dc:creator>


		<dc:subject>Suppl&#233;ment</dc:subject>
		<dc:subject>Nieves</dc:subject>
		<dc:subject>d'un</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>d'une</dc:subject>
		<dc:subject>soupe</dc:subject>
		<dc:subject>pistou</dc:subject>
		<dc:subject>meilleure soupe</dc:subject>
		<dc:subject>pommade</dc:subject>
		<dc:subject>sein d'une</dc:subject>
		<dc:subject>souvent rage</dc:subject>
		<dc:subject>meilleure</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Autour d'une recette, de la meilleure des fa&#231;ons de pr&#233;parer un plat, la pol&#233;mique fait souvent rage, y compris au sein d'une m&#234;me famille. Alors, imaginez quand le d&#233;bat est port&#233; en place publique, &#224; Marseille, une des capitales mondiales de l'exc&#232;s verbal ! Pendant des ann&#233;es &#8211; &#224; cheval entre le deuxi&#232;me et le troisi&#232;me mill&#233;naire &#8211;, un concours de la meilleure soupe au pistou s'est c&#233;l&#233;br&#233; chaque mois de septembre dans le cadre de la F&#234;te du Plateau, &#224; La Plaine. Ouverte &#224; toutes et &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no124-juillet-aout-septembre" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;124 (juillet-aout-septembre 2014)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Supplement" rel="tag"&gt;Suppl&#233;ment&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Nieves" rel="tag"&gt;Nieves&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-une" rel="tag"&gt;d'une&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/soupe" rel="tag"&gt;soupe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/pistou" rel="tag"&gt;pistou&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/meilleure-soupe" rel="tag"&gt;meilleure soupe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/pommade" rel="tag"&gt;pommade&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/sein-d-une" rel="tag"&gt;sein d'une&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/souvent-rage" rel="tag"&gt;souvent rage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/meilleure" rel="tag"&gt;meilleure&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Autour d'une recette, de la meilleure des fa&#231;ons de pr&#233;parer un plat, la pol&#233;mique fait souvent rage, y compris au sein d'une m&#234;me famille. Alors, imaginez quand le d&#233;bat est port&#233; en place publique, &#224; Marseille, une des capitales mondiales de l'exc&#232;s verbal ! Pendant des ann&#233;es &#8211; &#224; cheval entre le deuxi&#232;me et le troisi&#232;me mill&#233;naire &#8211;, un concours de la meilleure soupe au pistou s'est c&#233;l&#233;br&#233; chaque mois de septembre dans le cadre de la F&#234;te du Plateau, &#224; La Plaine. Ouverte &#224; toutes et &#224; tous, cette coupe du monde de quartier &#233;tait un pr&#233;texte &#224; d&#233;gustation et joutes oratoires, tout en maintenant un niveau &#233;lev&#233; d'exigence gastronomique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1155 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH566/_o_supp-carolina_maiz-991a6.jpg?1779602876' width='400' height='566' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Nieves.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;La soupe au pistou&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Note &#224; l'usage des Fran&#231;ais handicap&#233;s de la bouche : l'accent tonique se (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, sans doute d'origine g&#234;noise, est un plat-phare de la culture proven&#231;ale. Et de m&#234;me que chaque vall&#233;e avait son propre parler, chaque famille poss&#232;de sa v&#233;rit&#233; sur le comment et le pourquoi de cette soupe estivale &#224; savourer entre chien et loup. D'aucuns lui donnent l'aspect d'un plantureux potage, d'autres pr&#233;f&#232;rent la finesse d'un bouillon o&#249; les l&#233;gumes restent fermes et le pesto se sert &#224; part, au go&#251;t de chaque convive. C'est dire s'il y a mati&#232;re &#224; bavardage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les candidats au grand concours pr&#233;sentaient leur gamelle &#8211; et si elle &#233;tait en terre cuite ou en fonte, ils attiraient la bienveillance des jur&#233;s qui, par contre, voyaient d'un &#339;il s&#233;v&#232;re le conditionnement en Tupperware&#8230; &#8211; et le nom de chaque ma&#238;tre-d'&#339;uvre &#233;tait soigneusement dissimul&#233; pour &#233;viter tout favoritisme. Le jury &#233;tait compos&#233; d'expertes en la mati&#232;re, souvent coopt&#233;es dans le vivier des vainqueurs des pr&#233;c&#233;dentes &#233;ditions. Ce qui garantissait une certaine intransigeance, alli&#233;e &#224; la culture du secret familial, ainsi qu'une mise sous (grosse) pression des candidats &#8211; on en a vu plus d'un fondre en larmes sous la duret&#233; des critiques. Il fallait une sacr&#233;e dose d'ego pour s'exposer ainsi &#224; la vindicte &#8211; ou aux vivats &#8211; de la foule !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Secret de polichinelle : chez nous, on met sur le feu tous les l&#233;gumes ensemble dans une marmite &#224; moiti&#233; pleine d'eau &#8211; haricots (verts, plats, blancs et marbr&#233;s), patates, courgettes et tomates &#8211;, pendant qu'&#224; c&#244;t&#233; on pr&#233;pare la pommade dans un mortier : pas mal d'ail, de l'huile d'olive, un plant de basilic, puis du parmesan r&#226;p&#233;. On retire les l&#233;gumes au fur et &#224; mesure qu'ils s'attendrissent, tomates, courgettes et pommes de terre venant s'ajouter &#224; la pommade dans un grand plat, o&#249; ils sont &#233;cras&#233;s au pilon : voil&#224; la pommade pr&#234;te, puissante, odorante. Les quatre types de haricots continuent &#224; cuire dans leur eau tout le temps qu'il leur faut pour s'attendrir eux aussi, puis on &#233;teint le feu et on leur ajoute la pommade. On laisse ensuite reposer pour que la pommade s'&#233;panouisse dans l'eau des haricots. Ce n'est qu'au moment de servir qu'on ajoutera une poign&#233;e de spaghettis coup&#233;s en quatre, cuits &#224; part pour qu'ils soient &lt;i&gt;al dente&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il manque &#224; la recette &#171; le secret de famille &#187; propre &#224; chacune et &#224; ne pas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Voil&#224; la version uniciste et onctueuse de la soupe au pistou, l&#224; o&#249; d'autres pr&#233;f&#232;rent servir le pistou s&#233;par&#233;ment sur la table, &#224; c&#244;t&#233; d'une soupi&#232;re o&#249; les l&#233;gumes, coup&#233;s en d&#233;s, restent entiers dans un jus plus liquide, plus l&#233;ger. C'est avec cette derni&#232;re version que, cette ann&#233;e-l&#224;, Marie-la-Morue, membre toulousaine du &lt;i&gt;chourmo&lt;/i&gt; et future patronne du regrett&#233; restaurant du Midi, sis au 36 de la rue Consolat, rafla tous les suffrages &#8211; en v&#233;rit&#233;, la soupe au pistou de Marie tue sa m&#232;re : la meilleure apr&#232;s celle de&#8230; la mienne, bien &#233;videmment, adepte, elle, de la version plantureuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette m&#234;me ann&#233;e, alors que s'&#233;taient pr&#233;sent&#233;s une dizaine de candidats &#224; ce qui s'av&#233;rera &#234;tre l'avant-derni&#232;re &#233;dition de ce m&#233;morable concours, Carolina, cuisini&#232;re &lt;i&gt;free-style&lt;/i&gt; elle aussi en provenance de Toulouse, provoqua une sanglante pol&#233;mique. La principale int&#233;ress&#233;e pr&#233;tend que le mets qu'elle pr&#233;senta &#233;tait un d&#233;lice, et qu'elle aurait pu aller beaucoup plus loin dans la comp&#233;tition si le jury &#8211; &#171; &lt;i&gt;des puristes ind&#233;crottables&lt;/i&gt; &#187; &#8211; n'avait ouvert de grands yeux horrifi&#233;s en d&#233;couvrant des grains de ma&#239;s flottant dans le divin potage. &#171; &lt;i&gt;J'y ai mis la graine de ma culture chilienne, la base de notre alimentation, en hommage &#224; ma maman&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Hommage qui ne fut pas du go&#251;t du jury. L'anath&#232;me fut lanc&#233; contre cette h&#233;r&#233;sie. &#171; &lt;i&gt;On ne peut pas faire n'importe quoi avec la tradition !&lt;/i&gt; &#187;, tonne encore aujourd'hui l'un des jur&#233;s offusqu&#233;s. &#171; &lt;i&gt;D'autant que le principe de la soupe au pistou, comme de toutes les recettes populaires, c'est de faire avec les ingr&#233;dients locaux et de saison. Et, que je sache, en Provence, on n'a jamais vu pousser de ma&#239;s, ni en &#233;t&#233;, ni en hiver ! La preuve, c'est que faute de ma&#239;s frais, c'est avec du ma&#239;s en bo&#238;te que la coll&#232;gue nous avait inflig&#233; sa mixture ! &lt;/i&gt; &#187; Dissension radicale autour de la d&#233;licate relation entre tradition et innovation. &#171; &lt;i&gt;Apr&#232;s la&lt;/i&gt; World music, &lt;i&gt;qui nous fait traverser en touristes des univers sonores exotiques, voil&#224; la&lt;/i&gt; World food&lt;i&gt;, o&#249; on se pique d'utiliser des ingr&#233;dients venus de l'autre bout du monde pour fasciner des consommateurs en mal de sensations.&lt;/i&gt; &#187; Pour Carolina, il ne s'agissait pas de vendre de l'exotisme, mais de provoquer la surprise, et la bonne humeur. Rat&#233;. Comme lors de cette autre m&#233;saventure culinaire v&#233;cue dans un petit village mexicain : un Marseillais, remarquant que les autochtones avaient tous du basilic plant&#233; devant le pas de leur porte, se proposa un jour de cuisiner une soupe au pistou. Mais son plat fut finalement jet&#233; aux cochons : personne ne voulait y go&#251;ter, car le basilic est utilis&#233; l&#224;-bas pour soigner les victimes du mauvais &#339;il, et sert &#233;galement &#224; d&#233;corer les tombes&#8230; L'&#233;tranger avait voulu faire avaler &#224; ses h&#244;tes l'&#233;quivalent d'une soupe de chrysanth&#232;mes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est l&#224;. Jusqu'o&#249; peut-on aller trop loin dans la customisation culinaire sans mettre &#224; mal le legs de g&#233;n&#233;rations et de g&#233;n&#233;rations de mamans, de ce savoir-faire transmis familialement, de ces saveurs qui forgent le go&#251;t et la cosmovision d'un territoire ? &#192; partir de quelle audace doit-on cesser d'appeler soupe au pistou cette soupe au basilic ? Et cela va bien au-del&#224; du protectionnisme chauvin et commercial d'une appellation contr&#244;l&#233;e &#8211; Champagne contre Cava catalan, par exemple. On touche l&#224; au plus profond, au plus intime de l'&#234;tre : car au final, nous sommes ce que nous mangeons.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Note &#224; l'usage des Fran&#231;ais handicap&#233;s de la bouche : l'accent tonique se met sur le i, par sur le ou.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Il manque &#224; la recette &#171; le secret de famille &#187; propre &#224; chacune et &#224; ne pas r&#233;v&#233;ler ici. (Note de la claviste qui revendique une meilleure soupe au pistou que celle de Nicolas Arraitz.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Gardienne des semences</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Gardienne-des-semences</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Gardienne-des-semences</guid>
		<dc:date>2014-06-17T03:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicolas Arraitz</dc:creator>


		<dc:subject>Samson</dc:subject>
		<dc:subject>Charlotte Planche</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>paysans</dc:subject>
		<dc:subject>libre</dc:subject>
		<dc:subject>Colombie</dc:subject>
		<dc:subject>semences</dc:subject>
		<dc:subject>Graines</dc:subject>
		<dc:subject>graines traditionnelles</dc:subject>
		<dc:subject>Alba</dc:subject>
		<dc:subject>traditionnelles</dc:subject>
		<dc:subject>coop&#233;rative Longo</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En mars, Alba Calvache et deux de ses compagnons ont parcouru l'Europe pour populariser leur combat contre les trusts semenciers qui, s'appuyant sur le trait&#233; de libre commerce entre Colombie et &#201;tats-Unis, cherchent &#224; rendre ill&#233;gales les graines paysannes. L'&#339;il est &#224; la fois aiguis&#233; et affectueux. Sur la table de la salle &#224; manger du mas de Granier, coop&#233;rative Longo Ma&#239; install&#233;e dans la plaine de la Crau (Bouches-du-Rh&#244;ne), Alba examine les &#233;chantillons de bl&#233;s anciens qu'on lui (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no122-mai-2014" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;122 (mai 2014)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Samson" rel="tag"&gt;Samson&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Charlotte-Planche" rel="tag"&gt;Charlotte Planche&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/paysans" rel="tag"&gt;paysans&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/libre" rel="tag"&gt;libre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Colombie" rel="tag"&gt;Colombie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/semences" rel="tag"&gt;semences&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Graines" rel="tag"&gt;Graines&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/graines-traditionnelles" rel="tag"&gt;graines traditionnelles&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Alba" rel="tag"&gt;Alba&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/traditionnelles" rel="tag"&gt;traditionnelles&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/cooperative-Longo" rel="tag"&gt;coop&#233;rative Longo&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En mars, Alba Calvache et deux de ses compagnons ont parcouru l'Europe pour populariser leur combat contre les trusts semenciers qui, s'appuyant sur le trait&#233; de libre commerce entre Colombie et &#201;tats-Unis, cherchent &#224; rendre ill&#233;gales les graines paysannes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'&#339;il est &#224; la fois aiguis&#233; et affectueux. Sur la table de la salle &#224; manger du &lt;a href=&#034;http://www.prolongomaif.ch/les-cooperatives/le-mas-de-granier/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;mas de Granier&lt;/a&gt;, coop&#233;rative Longo Ma&#239; install&#233;e dans la plaine de la Crau (Bouches-du-Rh&#244;ne), Alba examine les &#233;chantillons de bl&#233;s anciens qu'on lui tend. Bolo, expert autodidacte, cherche pour elle leurs noms latin, fran&#231;ais, espagnol, inscrits dans un cahier d'&#233;colier. La jeune femme vient du d&#233;partement de Nari&#241;o, &#224; l'extr&#234;me sud-ouest de la Colombie. Si elle voulait emporter chez elle quelques-uns de ces &#233;pis, il faudrait les faire passer en contrebande, comme dans un film de science-fiction mettant en sc&#232;ne un futur totalitaire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1067 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH507/p03-trous-samson-7d211.jpg?1779602876' width='400' height='507' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Samson.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Fille de paysans, Alba est la porte-parole des &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://colombia.redsemillas.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Guardianes de semillas de vida&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Contact : rgsemillasdevida@gmail.com. Contact francophone : oscinta@yahoo.es.&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; en Colombie. Apparu en &#201;quateur, ce r&#233;seau de sauvegarde de graines traditionnelles est aux avant-postes de la mobilisation contre la r&#233;solution 9.70&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le documentaire Colombia 9.70, de Victoria Solano.&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, qui met hors la loi toute semence non brevet&#233;e. &#171; &lt;i&gt;Je continue &#224; semer, bien que j'habite actuellement dans la ville de Cali&lt;/i&gt;, raconte Alba. &lt;i&gt;C'est un choix que nous avons fait, malgr&#233; mon peu de go&#251;t pour la vie urbaine. En ville, on th&#233;orise trop et on n'agit pas assez. Dans notre r&#233;seau, bas&#233; sur l'amiti&#233; et la confiance, il y a des paysans gardiens, des citadins avec leurs circuits courts de distribution, mais aussi des agriculteurs d&#233;sirant revenir &#224; un mode de production agro-&#233;cologique. Nous produisons, distribuons et certifions nous-m&#234;mes les graines sauvegard&#233;es.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2010, le pr&#233;sident Santos a vendu le Trait&#233; de libre commerce (TLC) aux Colombiens avec cet argument : &#171; &lt;i&gt;Il apportera un demi-million de postes de travail d'ici cinq ans.&lt;/i&gt; &#187; Il n'en fut rien. De son c&#244;t&#233;, Obama promit &#224; ses &#233;lecteurs d'inonder le march&#233; sud-am&#233;ricain en pleine expansion de biens et services provenant majoritairement des &#201;tats-Unis. Et pour cela, il serait sans piti&#233; dans &#171; &lt;i&gt;la lutte contre la piraterie&lt;/i&gt; &#187;. Et il ne s'agit pas seulement d'intercepter les copies frauduleuses des CDs de Beyonc&#233; ou du dernier film des fr&#232;res Coen, mais aussi les graines non homologu&#233;es. Trois trusts semenciers dominent 70 % du march&#233; mondial : Monsanto, Syngenta et Dupont, qui consid&#232;rent toute utilisation ou &#233;change de graines traditionnelles comme une concurrence d&#233;loyale ou une violation de la propri&#233;t&#233; intellectuelle. Cela pr&#234;terait &#224; rire si Washington, puis Bogota, et bient&#244;t Bruxelles, ne leur donnaient raison, et surtout, ne fournissaient les armes l&#233;gales pour imposer cette folie. &#171; &lt;i&gt;Avec ce trait&#233;, les petits paysans vont dispara&#238;tre ou s'endetter, puis devenir les employ&#233;s des trusts, d&#233;pendant non seulement de leurs semences, mais aussi des pesticides et des engrais chimiques qui vont avec.&lt;/i&gt; &#187; Entre 2010 et 2012, avec la r&#233;solution 9.70 en main, les forces de l'ordre et l'Institut colombien d'agriculture (ICA) ont d&#233;truit plus de 4 000 tonnes de graines cr&#233;oles. Les amendes pour possession de semences non certifi&#233;es peuvent atteindre jusqu'&#224; 1 500 fois le SMIC local. S'il ne paie pas, le contrevenant encourt jusqu'&#224; huit ans de prison. Pers&#233;cution des paysans, extinction des vari&#233;t&#233;s autochtones : la guerre aux vivants est d&#233;clar&#233;e au nom du libre-&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Pour nous, la vie aux champs, c'est la libert&#233; : pauvres, mais sans patron. L'existence y est dure, mais l'air est pur, la nourriture saine, les liens entre les gens plus forts. Pourtant, quand un fils de paysan va &#233;tudier en ville, on lui enseigne que r&#233;ussir sa vie, c'est tourner le dos &#224; la terre et devenir m&#233;decin, professeur, ing&#233;nieur. L'acad&#233;misme a fait beaucoup de mal aux cultures populaires. Pour les citadins, paysan est synonyme d'ignorant. Et ce pr&#233;jug&#233; a fait son trou jusque dans l'esprit des gens de la campagne. Voil&#224; pourquoi une agricultrice dont plusieurs dizaines de sacs de riz venaient d'&#234;tre d&#233;truits par la police s'excusait presque : &#8220;Nous ne savions pas que nous faisions quelque chose de mal.&#8221; &#187; Avec la 9.70, s&#233;lectionner la meilleure part de sa r&#233;colte pour semer &#224; nouveau ses champs la saison suivante, geste ancestral s'il en est, devient ill&#233;gal. Les trusts imposeront leurs semences pr&#233;tendument &#171; am&#233;lior&#233;es &#187; (dont les OGM), alors que les n&#244;tres ont &#233;t&#233; am&#233;lior&#233;es par des mill&#233;naires d'exp&#233;rimentation&lt;/i&gt; &#187;. En Colombie, plus de trois millions de paysans pratiquent encore cette s&#233;lection empirique et troquent leurs semences de riz, de bl&#233;, de ma&#239;s&#8230; &#171; &lt;i&gt;Ma m&#232;re peut passer des heures &#224; regarder pousser ses plants de yucca ; et moi aussi. Mon p&#232;re se moque de nous : &#8220;Assez r&#234;v&#233;, au travail !&#8221;, plaisante-t-il.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis trois ans, la r&#233;sistance au TLC gagne en intensit&#233; : en octobre 2012, vaste mobilisation indig&#232;ne contre les effets du trait&#233; et les trusts miniers ; puis en mars 2013, gr&#232;ve des producteurs de caf&#233; &#8211; depuis l'entr&#233;e en vigueur du TLC, l'ensemble des exportations ont chut&#233; de 13 % et aujourd'hui la Colombie importe m&#234;me une partie de son caf&#233; ! En septembre 2013, une gr&#232;ve nationale des paysans a paralys&#233; le pays pendant 21 jours, suivie de pr&#232;s par une nouvelle mobilisation indig&#232;ne en octobre. Une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale est annonc&#233;e pour avril 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour calmer les esprits, l'ICA a gel&#233; l'application de la 9.70. &#171; &lt;i&gt;Nous ne pr&#233;tendons en aucun cas contr&#244;ler ce que vous appelez les &#8220;semences cr&#233;oles&#8221; et tout ceci n'a rien &#224; voir avec une volont&#233; de limiter la souverainet&#233; et l'autonomie alimentaire des communaut&#233;s&lt;/i&gt; &#187;, veut rassurer l'institut dans une lettre &#224; l'ONG Grupo Semilla. Selon la bureaucratie agricole, la r&#233;solution servirait plut&#244;t &#224; contr&#244;ler les semences industrielles import&#233;es par les grands groupes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, Blanche Magarinos-Rey, avocate sp&#233;cialis&#233;e dans la d&#233;fense des graines traditionnelles, souligne que, malgr&#233; certaines concessions sur la forme, le paysan devra dor&#233;navant solliciter aupr&#232;s de l'ICA l'autorisation de r&#233;utiliser ses propres graines, et ceci avant chaque semis. Pour cela, il lui faudra prouver chaque ann&#233;e que sa production n'a pas exc&#233;d&#233; les quantit&#233;s stipul&#233;es par la loi (sur cinq hectares maximum), et qu'il ne reste aucun droit de propri&#233;t&#233; intellectuelle d&#251; &#224; un tiers. D'autre part, il ne pourra plus donner, troquer ou vendre ses graines. Ce qui n'est pas du go&#251;t d'Alba et de ses compagnons : &#171; &lt;i&gt;Renier les graines traditionnelles, c'est comme renier ses propres parents. Une graine sans histoire est une coquille vide. Une semence, c'est la vie, c'est un patrimoine commun, une culture, une m&#233;moire. Elle est notre aliment, mais aussi notre pouvoir. Celui qui poss&#232;de les semences et la terre a aussi le pouvoir, et nous ne pouvons permettre qu'il soit exclusivement entre les mains de quelques-uns.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Libre commerce et guerre au vivant&lt;/h3&gt;&lt;div class='spip_document_1068 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH436/p03-semences-fachees-e0a4f.jpg?1779639165' width='400' height='436' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Caroline Planche.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;On aurait tort de croire que la brutalit&#233; des m&#233;thodes yankees dans les campagnes colombiennes n'est qu'un ph&#233;nom&#232;ne lointain d&#251; &#224; des relations n&#233;ocoloniales : en sourdine, la m&#234;me logique est &#224; l'&#339;uvre ici en Europe. En France, &#171; &lt;i&gt;depuis 1961, un catalogue officiel dresse la &#8220;liste limitative des vari&#233;t&#233;s ou types vari&#233;taux dont les semences et plants peuvent &#234;tre mis sur le march&#233; sur le territoire national&#8221;. D'outil de standardisation et de tra&#231;abilit&#233;, il est vite devenu outil de r&#233;pression : aujourd'hui, il est interdit non seulement de vendre, mais aussi d'&#233;changer les semences v&#233;g&#233;tales non inscrites dans le catalogue.&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir CQFD n&#176;94 et CQFD n&#176;118.&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#187; Ce catalogue, cr&#233;&#233; sous P&#233;tain, s'est enracin&#233; &#224; l'ombre de l'Union internationale pour la protection des obtentions v&#233;g&#233;tales (UPOV). Au nom de la s&#233;curit&#233; alimentaire, cet organisme exige des preuves de &#171; stabilit&#233;, distinction et homog&#233;n&#233;it&#233; &#187; aux semences traditionnelles qui, sans brevet, seront renvoy&#233;es dans les limbes d'une semi-clandestinit&#233; potag&#232;re. Ces crit&#232;res visent en fait &#224; favoriser une production m&#233;canis&#233;e et une distribution &#224; grande &#233;chelle. Seuls les grands groupes ont les moyens financiers et l'appareil bureaucratique n&#233;cessaires pour acc&#233;der ais&#233;ment au Saint-Graal de la certification, et donc de la &#171; propri&#233;t&#233; intellectuelle &#187;, source de juteuses royalties. L'UPOV s'est r&#233;v&#233;l&#233; &#234;tre un outil facilitant l'hyper-concentration de la production agricole entre les mains de Monsanto, Syngenta&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Multinationale franco-suisse.&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; 2 et DuPont. Lors de la signature de trait&#233;s de libre commerce, les pays dominants imposent &#224; leurs nouveaux &#171; partenaires &#187; l'adh&#233;sion &#224; cette officine au service de l'industrie agrochimique&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Allant jusqu'&#224; faire croire qu'elle est obligatoire pour &#234;tre admis comme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, alors que celle-ci &#339;uvre clairement contre l'int&#233;r&#234;t des paysanneries locales. La n&#233;gociation en catimini autour d'un futur trait&#233; de libre &#233;change entre les USA et l'UE fait planer les m&#234;mes menaces. Bient&#244;t, les multinationales pourront tra&#238;ner les &#201;tats devant des bureaux d' &#171; arbitrage &#187; priv&#233;s si elles jugent que certaines l&#233;gislations entravent leur libre expansion&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir CQFD n&#176;121.&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;. &#192; terme, Monsanto &amp; co pourraient ainsi imposer leurs OGM contre la volont&#233; populaire et, avec eux, l'appauvrissement irr&#233;versible des patrimoines g&#233;n&#233;tiques, des esp&#232;ces v&#233;g&#233;tales autochtones et, tout b&#234;tement, de leurs saveurs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Contact : rgsemillasdevida@gmail.com. Contact francophone : oscinta@yahoo.es.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir le documentaire &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=kZWAqS-El_g&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Colombia 9.70&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, de Victoria Solano.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Reclame-le-champ&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;n&#176;94&lt;/a&gt; et &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Le-bon-grain-la-brute-et-le-truand&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;n&#176;118&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Multinationale franco-suisse.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Allant jusqu'&#224; faire croire qu'elle est obligatoire pour &#234;tre admis comme membre de l'OMC.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Mais-qu-est-ce-qu-on-va-faire-du&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;n&#176;121&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Polices et politiques contre Carnaval en deux rounds</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Polices-et-politiques-contre</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Polices-et-politiques-contre</guid>
		<dc:date>2014-06-11T02:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe Goby, Nicolas Arraitz, Sonia Retamero</dc:creator>


		<dc:subject>Bruegel l'Ancien</dc:subject>
		<dc:subject>enfants</dc:subject>
		<dc:subject>sauvages</dc:subject>
		<dc:subject>carnaval</dc:subject>
		<dc:subject>rue</dc:subject>
		<dc:subject>mairie</dc:subject>
		<dc:subject>Cadix</dc:subject>
		<dc:subject>Carnaval chiquito</dc:subject>
		<dc:subject>enfants sauvages</dc:subject>
		<dc:subject>Charivari saint-affricain</dc:subject>
		<dc:subject>carnaval n'est</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Charivari saint-affricain &#192; Saint-Affrique, dans l'Aveyron, un carnaval des enfants sauvages se r&#233;invente depuis trois ans. Et cette ann&#233;e, des forces antagoniques se sont affront&#233;es &#224; la nuit tombante. Ce carnaval n'est ni d&#233;clar&#233;, ni autoris&#233;. Samedi 29 mars, il s'est d&#233;sordonn&#233; dans une longue d&#233;ambulation avec &#224; la cl&#233; jugement du caramentrant et b&#251;cher, comme veut la tradition. L&#224;, nous d&#233;crit un membre du collectif des enfants sauvages &#171; c'&#233;tait la &#8220;f&#233;e &#233;lectricit&#233;&#8221;, avec sa t&#234;te (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no121-avril-2014" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;121 (avril 2014)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Bruegel-l-Ancien" rel="tag"&gt;Bruegel l'Ancien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/enfants" rel="tag"&gt;enfants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/sauvages" rel="tag"&gt;sauvages&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/carnaval" rel="tag"&gt;carnaval&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/rue" rel="tag"&gt;rue&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mairie" rel="tag"&gt;mairie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Cadix" rel="tag"&gt;Cadix&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Carnaval-chiquito" rel="tag"&gt;Carnaval chiquito&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/enfants-sauvages" rel="tag"&gt;enfants sauvages&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Charivari-saint-affricain" rel="tag"&gt;Charivari saint-affricain&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/carnaval-n-est" rel="tag"&gt;carnaval n'est&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Charivari saint-affricain&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#192; Saint-Affrique, dans l'Aveyron, un carnaval des enfants sauvages se r&#233;invente depuis trois ans. Et cette ann&#233;e, des forces antagoniques se sont affront&#233;es &#224; la nuit tombante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce carnaval n'est ni d&#233;clar&#233;, ni autoris&#233;. Samedi 29 mars, il s'est d&#233;sordonn&#233; dans une longue d&#233;ambulation avec &#224; la cl&#233; jugement du caramentrant et b&#251;cher, comme veut la tradition. L&#224;, nous d&#233;crit un membre du collectif des enfants sauvages &#171; &lt;i&gt;c'&#233;tait la &#8220;f&#233;e &#233;lectricit&#233;&#8221;, avec sa t&#234;te de sorci&#232;re, une chemin&#233;e de centrale nucl&#233;aire sur la t&#234;te et chevauchant une &#233;olienne. Plus de 600 &#233;oliennes sont en instance de construction par ici et une rude bataille est amorc&#233;e pour emp&#234;cher ce projet d&#233;lirant.&lt;/i&gt; &#187; La procession, dans cet entre-deux tours d'&#233;lections municipales, souille la permanence PS avec un m&#233;lange &#224; l'aspect excr&#233;mentiel, qui s'av&#232;re &#234;tre du cacao, de l'argile et du sable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La perception et la mairie font les frais de la m&#234;me farce. Le soir venu, une provocation entra&#238;ne quelques carnavaliers dans la mairie, o&#249; ils se retrouvent enferm&#233;s. Une porte entrebaill&#233;e et, par magie, &#171; &lt;i&gt;Carnaval ouvre un espace de libert&#233;, celui-ci se peuple ensuite naturellement des &#233;motions de son &#233;poque&lt;/i&gt; &#187;, raconteront-ils. Solidaires, les autres rappliquent pour les d&#233;livrer. S'ensuit une rixe digne de Romans 1580&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur cette &#233;meute m&#233;morable dans la Dr&#244;me, voir Emmanuel Leroy-Ladurie, Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; entre enfants sauvages et une milice municipale escort&#233;e par la gendarmerie. Alain Fauconnier, maire au nom pr&#233;destin&#233; pour la chasse aux passereaux, fait aussi le coup de poing. &#171; &lt;i&gt; Il joue admirablement bien son personnage. Il est dans son r&#244;le les autres jours de l'ann&#233;e aussi&lt;/i&gt; &#187;, reconnaissent les carnavaliers, qui ont re&#231;u des d&#233;charges de Taser. Le maire r&#233;agit dans&lt;i&gt; La D&#233;p&#234;che du Midi&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;On peut s'amuser, mais il est intol&#233;rable qu'une bande de voyous rentre dans la mairie. F&#233;licitations aux jeunes citoyens saint-affricains qui sont venus la prot&#233;ger pour que le scrutin ait lieu aujourd'hui, parce que l'objectif de l'intrusion &#233;tait certainement de s'emparer des urnes. Au conseil municipal, dimanche prochain, il faudra &#234;tre tr&#232;s clair sur ceux qui ont voulu discr&#233;diter une ville la veille d'une &#233;lection.&lt;/i&gt; &#187; La parole est donc au peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Christophe Goby&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Cadix : &lt;i&gt;&#161; Viva el Carnaval chiquito !&lt;/i&gt;&lt;/h3&gt;&lt;div class='spip_document_1065 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH429/p11-pieter_bruegel-3fdbe.jpg?1779602876' width='400' height='429' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Pieter Bruegel.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Le carnaval de Cadix, tr&#232;s populaire et peu touristique &#8211; on y fait la mis&#232;re aux non-d&#233;guis&#233;s ! &#8211;, existe depuis la fin du XVe si&#232;cle. On dit que ce sont des marchands et navigateurs g&#234;nois, v&#233;nitiens ou florentins qui apport&#232;rent cette tradition dans leurs bagages. Ils invitaient dans leurs palais la bonne soci&#233;t&#233; locale &#224; se travestir et &#224; c&#233;l&#233;brer l'orgiaque combat entre Don Carnal et Do&#241;a Cuaresma (Sieur Charnel et Dame Car&#234;me). Le petit peuple, qui assistait &#224; ces agapes depuis la rue, s'empara de la f&#234;te et la transf&#233;ra &#224; l'air libre o&#249;, depuis, il revendique avec enthousiasme son d&#233;sir de jouissance. Certains connaisseurs affirment que l'identit&#233; particuli&#232;re de ce carnaval vient en fait du Mezzogiorno, le chant des &lt;i&gt;chirigotas&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;coros&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;cuartetos&lt;/i&gt; et autres &lt;i&gt;comparsas&lt;/i&gt; rappelant la truculence des op&#233;rettes et du th&#233;&#226;tre de rue napolitains, o&#249; finesse des mots d'esprit et grossi&#232;ret&#233; des invectives font bon m&#233;nage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces groupes vocaux r&#233;p&#232;tent toute l'ann&#233;e dans l'arri&#232;re-salle d'un bar ou le si&#232;ge d'une association taurine. Ils d&#233;tournent des chansons &#224; succ&#232;s en y greffant des paroles satiriques de leur cru, dans une joyeuse parodie de la vie politique et des traits de caract&#232;re locaux, pleine de sarcasmes et de critique sociale. Au XVIIIe si&#232;cle, les autorit&#233;s tent&#232;rent de juguler cette &#171; &lt;i&gt;Fiesta Grande&lt;/i&gt; &#187; trop pa&#239;enne, et Franco l'interdira pendant les quarante ans de sa triste dictature, mais les habitants de Cadix ont su contourner les prohibitions, au besoin en se donnant rendez-vous dans les bars pour s'y d&#233;guiser, boire et chanter jusqu'&#224; point d'heure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un concours de la meilleure chorale &#8211; d&#251;ment grim&#233;e, comme cette &lt;i&gt;chirigota&lt;/i&gt; engonc&#233;e dans une poche de placenta g&#233;ante, o&#249; douze f&#339;tus entonnaient &#171; &lt;i&gt;Moi je ne sors pas d'ici !&lt;/i&gt; &#187; &#8211; se tient chaque ann&#233;e au th&#233;&#226;tre de Falla, en pr&#233;sence des notables. Le public du poulailler ne se prive pas de chambrer les bourgeois, les banquiers et les politiques pr&#233;sents, de sorte que le spectacle se d&#233;roule autant dans les trav&#233;es que sur sc&#232;ne &#8211; l'ind&#233;boulonnable Te&#243;fila Mart&#237;nez, maire de Cadix originaire de Santander, se fait r&#233;guli&#232;rement traiter de &#171; &lt;i&gt;sorci&#232;re du Nord&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela dure officiellement dix jours, mais le &#171; &lt;i&gt;Carnaval de los jartibles&lt;/i&gt; &#187; (&#171; infatigables &#187;, &#171; p&#233;nibles &#187;), ou &lt;i&gt;Carnaval chiquito&lt;/i&gt;, occupe encore les rues jusqu'au troisi&#232;me week-end, et c'est l&#224;, sur les places et dans les caf&#233;s, que la gouaille et la cr&#233;ativit&#233; populaires explosent au grand jour. Loin de l'&#233;l&#233;gance des mascarades v&#233;nitiennes, les d&#233;guisements de Cadix sont bricol&#233;s &#224; la maison et riches en d&#233;lires surr&#233;alistes. Chaque carnavalier se transforme en acteur d&#233;vergond&#233;, incarnant la caricature qu'il s'est choisie, lan&#231;ant &#224; la vol&#233;e des piques et des saillies rarement innocentes. Cette autod&#233;rision s'exprime d'ailleurs tout au long de l'ann&#233;e au comptoir des tavernes, sur le port, sur les march&#233;s. &#171; &lt;i&gt;J'en ai trouv&#233; un ! J'en ai trouv&#233; un ! J'ai couru le dire &#224; mon p&#232;re, &#224; ma m&#232;re, &#224; mes voisins, mais personne ne m'a cru : j'ai crois&#233; un mec avec un CDI !&lt;/i&gt; &#187; Cadix, qui d&#233;tient le record europ&#233;en de ch&#244;mage, se moque de la crise qui la frappe depuis bient&#244;t toujours, annon&#231;ant le slogan du mois de mai 2011 : &#171; &lt;i&gt;C'est pas une crise, c'est une arnaque !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En f&#233;vrier 2013, les flics, suppos&#233;ment appel&#233;s par un riverain grincheux, ont matraqu&#233; les participants au &lt;i&gt;carnaval chiquito&lt;/i&gt; et d&#233;tenu quatre d'entre eux. Le lendemain, un communiqu&#233; exigeait la lib&#233;ration des enchrist&#233;s tout en d&#233;plorant le &#171; &lt;i&gt;manque de bol&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;Avoir bu et chant&#233; sous le balcon du seul individu en ville qui doit se lever le matin pour aller bosser !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sonia Retamero et Nicolas Arraitz.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La suite du dossier Carnaval&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Marseille-ne-fete-rien-dans-la-rue&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Marseille&lt;/a&gt; : ne f&#234;te rien dans la rue !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus que jamais, Carnaval est &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Plus-que-jamais-Carnaval-est-une&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;une h&#233;r&#233;sie&lt;/a&gt; : interview d'Al&#232;ssi dell'Umbria.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Commissariat-et-musee-contre&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Commissariat et mus&#233;e&lt;/a&gt; contre Carnaval en deux rounds.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sur cette &#233;meute m&#233;morable dans la Dr&#244;me, voir Emmanuel Leroy-Ladurie, &lt;i&gt;Le Carnaval de Romans&lt;/i&gt;, Gallimard, 1979.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Marseille : ne f&#234;te rien dans la rue !</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Marseille-ne-fete-rien-dans-la-rue</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Marseille-ne-fete-rien-dans-la-rue</guid>
		<dc:date>2014-06-09T03:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicolas Arraitz</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Benoit Guillaume</dc:subject>
		<dc:subject>Arnau Bach</dc:subject>
		<dc:subject>Stephanos Mangriotis</dc:subject>
		<dc:subject>faire</dc:subject>
		<dc:subject>lieu</dc:subject>
		<dc:subject>Noailles</dc:subject>
		<dc:subject>carnaval</dc:subject>
		<dc:subject>CRS</dc:subject>
		<dc:subject>puis</dc:subject>
		<dc:subject>carnavals</dc:subject>
		<dc:subject>carnavaliers</dc:subject>
		<dc:subject>Caramentrant</dc:subject>
		<dc:subject>carnaval n'aurait</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En plein cirque &#233;lectoral, le carnaval de La Plaine et de Noailles est soudain pass&#233; de f&#234;te ind&#233;pendante de quartier au statut peu enviable d'affaire d'&#201;tat. Pompiers, flics, presse et juges se sont acharn&#233;s, pendant que le MuCEM pr&#233;tend le taxidermiser. Franchement, jusqu'au dernier moment, on a bien cru que ce carnaval n'aurait pas lieu. Ind&#233;pendant, sans subventions ni autorisation l&#233;gale, il ne d&#233;pend que d'&#233;nergies individuelles se mettant en branle quand elles se trouvent et (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no121-avril-2014" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;121 (avril 2014)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Benoit-Guillaume" rel="tag"&gt;Benoit Guillaume&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Arnau-Bach" rel="tag"&gt;Arnau Bach&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Stephanos-Mangriotis-136" rel="tag"&gt;Stephanos Mangriotis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/faire" rel="tag"&gt;faire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/lieu" rel="tag"&gt;lieu&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Noailles" rel="tag"&gt;Noailles&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/carnaval" rel="tag"&gt;carnaval&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CRS" rel="tag"&gt;CRS&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/puis" rel="tag"&gt;puis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/carnavals" rel="tag"&gt;carnavals&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/carnavaliers" rel="tag"&gt;carnavaliers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Caramentrant" rel="tag"&gt;Caramentrant&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/carnaval-n-aurait" rel="tag"&gt;carnaval n'aurait&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En plein cirque &#233;lectoral, le carnaval de La Plaine et de Noailles est soudain pass&#233; de f&#234;te ind&#233;pendante de quartier au statut peu enviable d'affaire d'&#201;tat. Pompiers, flics, presse et juges se sont acharn&#233;s, pendant que le MuCEM pr&#233;tend le taxidermiser.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1058 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;42&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/p07-carnavalhd001-6e6be.jpg?1779603236' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo de Stephanos Mangriotis/Dekadrage.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Franchement, jusqu'au dernier moment, on a bien cru que ce carnaval n'aurait pas lieu. Ind&#233;pendant, sans subventions ni autorisation l&#233;gale, il ne d&#233;pend que d'&#233;nergies individuelles se mettant en branle quand elles se trouvent et s'associent. Et cette ann&#233;e, apr&#232;s quinze ans d'existence, la paresse semblait vouloir gagner la partie&#8230; Seulement voil&#224; : en 2013, en pleine &#171; ann&#233;e culturelle &#187;, l'escorte polici&#232;re s'&#233;tait faite &#233;crasante et, malgr&#233; tout, Carnaval avait triomph&#233; pour mourir de sa belle mort, dans les flammes du Caramentrant. Ne pas le faire rena&#238;tre de ses cendres en 2014 n'allait-il pas laisser croire &#224; la mar&#233;chauss&#233;e que nous c&#233;dions &#224; son coup de pression ? Pas bon, &#231;a ! Trois semaines avant l'&#233;ch&#233;ance, une petite &#233;quipe de farauds s'est donc attel&#233;e &#224; construire le char Caramentrant dans un hangar du quartier de Noailles, dans le ventre de Marseille l'affam&#233;e mal fam&#233;e. Et, au gr&#233; d'ap&#233;ros inhabituellement constructifs, Caramentrant prendra finalement l'aspect d'un paquebot de croisi&#232;re, avec &#224; sa poupe l'H&#244;tel-Dieu transform&#233; en h&#244;tel cinq &#233;toiles, bien que sa taille et sa silhouette &#233;voquent plut&#244;t une barquette de p&#234;cheur &#8211; comme un saisissant portrait de la schizophr&#233;nie locale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce coup-ci, malgr&#233; l'improvisation, le cort&#232;ge a eu un franc succ&#232;s, avec ses pr&#232;s de cinq cents participants, presque tous d&#233;guis&#233;s. &#192; mi-pente de la rue d'Aubagne, la jonction entre carnavaliers de La Plaine et ceux de Noailles s'est effectu&#233;e &#224; grands renforts de jets de farine, color&#233;e ou pas, puis de quelques &#339;ufs volants&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est &#224; l'occasion d'un de ces gestes de bienvenue que la premi&#232;re (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&#8230; Les enfants s'en donnaient &#224; c&#339;ur joie et tout le monde blanchissait &#224; vue d'&#339;il, pour que personne ne reste b&#234;tement spectateur&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sans doute sensible &#224; l'esprit carnavalier qui veut que personne ne reste en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Et, surprise, un couple de motards ouvrait la voie &#224; ce d&#233;fil&#233; non autoris&#233;, comme s'il s'agissait d'un cort&#232;ge minist&#233;riel&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juch&#233;s sur un transfo &#233;lectrique, &#224; l'ombre du buste d'Hom&#232;re, une bande d'enfants sauvages, dont un pr&#233;-ado v&#234;tu de peaux de b&#234;te, ont brandi un drapeau noir au-dessus du nuage blanc et ocre qui recouvrait la foule : &#171; &lt;i&gt;Vive la libert&#233; !&lt;/i&gt; &#187; fut leur cri de ralliement. Un gang de squelettes dansaient sous les yeux ravis des gamins. Des affiches &#233;lectorales vivantes promettaient une &#171; &lt;i&gt;ville blonde platine&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;sans mistral&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;sans habitants&lt;/i&gt; &#187;, recevant moult suffrages farineux en pleine poire. Un Neptune &#224; trogne vermeille cherchait sa mer perdue la veille. Un d&#233;mon cornu mitraillait les gens avec une cam&#233;ra en carton. Une mari&#233;e &#224; t&#234;te de brebis ne se souvenait plus o&#249; elle avait gar&#233; ses amours. Et la ville s'en trouvait enchant&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2013, les CRS avaient tent&#233; de bloquer le d&#233;part du Caramentrant de la place, la BAC avait failli faire d&#233;g&#233;n&#233;rer le cort&#232;ge dans les ruelles de Noailles en alpaguant deux enfarineurs, et une commissaire en uniforme avait tent&#233; d'interdire le feu de joie final. Mais gr&#226;ce &#224; une belle intelligence collective, ces provocations avaient &#233;t&#233; d&#233;samorc&#233;es et la f&#234;te avait bien eu lieu. Certains, du c&#244;t&#233; de l'ordre, l'avaient v&#233;cu comme une humiliation. En 2014, il fallait que &#231;a finisse mal et les pompiers, les CRS, la BAC, puis les journaux et les juges allaient faire en sorte que. &#192; tout prix, m&#234;me en gazant des enfants, en matraquant des passantes, puis en calomniant et en condamnant des carnavaliers en comparution imm&#233;diate &#224; deux mois de prison ferme, assortis de plusieurs mois de sursis, sur la seule foi de t&#233;moignages policiers, pour avoir jet&#233; une canette d'aluminium ou renvers&#233; un conteneur &#224; ordures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce 16 mars 2014, revenu sur la place, le traditionnel proc&#232;s du Caramentrant se d&#233;roula comme il se doit, entre joutes oratoires du proc' et de l'avoc' et chahut sans nom de la foule en d&#233;lire. Le sort du Caramentrant, qui symbolise les menaces pesant sur la cit&#233;, fut vite scell&#233; : &#171; &lt;i&gt;Qu'on le br&#251;le !&lt;/i&gt; &#187; Et on le br&#251;la. Chant des chorales, plainte d'une cornemuse, transe des tambourins, farandole des carnavaliers. Au cr&#233;puscule, le regard des bambins, des parents et de la mari&#233;e se perdait au c&#339;ur des flammes, dans un songe &#224; la fois lointain et ardent o&#249; semblait se consumer tout le malheur du monde. Tout ? Non, car une centurie de f&#233;lons se pr&#233;parait &#224; noyer la f&#234;te dans la violence et la d&#233;solation. Au lieu d'attendre un quart d'heure de plus que le b&#251;cher s'&#233;teigne tout seul, les CRS, sans crier gare, ont tent&#233; d'ouvrir le passage aux pompiers. Dans la bousculade qui s'ensuivit, la lance &#224; incendie fut taillad&#233;e, provoquant un geyser fa&#231;on eau d'artifice. Les flics, qui n'attendaient qu'une occasion, charg&#232;rent. Matraquage, protestations, enfants en pleurs, nuage de gaz lacrymo, grenade assourdissante. Les chaises du bar voisin et un madrier rougeoyant z&#233;br&#232;rent l'air du soir. Un temps, la farandole reprit autour du feu sauv&#233; des eaux. Puis quelqu'un cria qu'un carnavalier venait d'&#234;tre arr&#234;t&#233; et transf&#233;r&#233; au commissariat de Noailles&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1060 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH253/p09-bgcarnaval009-c6d26.jpg?1779615404' width='500' height='253' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Beno&#238;t Guillaume.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Par l'acharnement r&#233;pressif d&#233;cha&#238;n&#233; contre elle, une simple f&#234;te de quartier devient un enjeu strat&#233;gique. Ce qui met au d&#233;fi les carnavaliers, s'ils ne veulent pas voir leur joyeux charivari englouti par la parano&#239;a m&#233;diatico-polici&#232;re &#8211; l'an prochain, on pourrait brandir des kalachs en carton ! &#8211;, de d&#233;velopper une vraie r&#233;flexion collective, sans jamais perdre de vue l'essentiel : le plaisir de pr&#233;parer et de vivre ce moment de libert&#233;. La pr&#233;fecture veut r&#233;duire Carnaval &#224; une manif d&#233;guis&#233;e pour mieux l'isoler. L'affrontement a clairement &#233;t&#233; voulu par la police. Repousser le premier assaut et retarder l'extinction du feu de joie &#233;tait l&#233;gitime, mais descendre au commissariat pour &#171; &lt;i&gt;exiger la lib&#233;ration de nos camarades&lt;/i&gt; &#187; fut sans doute une erreur. C'&#233;tait aller au combat sur un terrain d&#233;favorable, dans un rituel impos&#233; o&#249; les carnavaliers avaient tout &#224; perdre &#8211; cinq d&#233;tenus de plus apr&#232;s deux heures de blocage. Ce qui a permis &#224; &lt;i&gt;La Provence&lt;/i&gt; de mettre en sc&#232;ne une inversion radicale de la r&#233;alit&#233; : une foule avin&#233;e agressant des forces de l'ordre sur la d&#233;fensive. Dans un pays o&#249; l'espace public est de moins en moins public et l'&#201;tat de plus en plus omnipr&#233;sent, on oublie trop qu'il n'y a rien de plus subversif que de prendre l'initiative en ignorant le pouvoir, au lieu de toujours se d&#233;finir par rapport &#224; lui. Il y aura dix fois plus de participants aux r&#233;unions de soutien aux inculp&#233;s qu'&#224; la construction du Caramentrant. Tant mieux, si les m&#234;mes &#233;nergies sont toujours l&#224; pour pr&#233;parer, fabriquer et s'amuser l'ann&#233;e prochaine !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ironie du calendrier, une exposition sur les carnavals a &#233;t&#233; inaugur&#233; une semaine plus tard au MuCEM. On y c&#233;l&#232;bre &#171; &lt;i&gt; le rire, la d&#233;rision, la transgression&lt;/i&gt; &#187;, et le carnaval de La Plaine, matraqu&#233; et menac&#233; au-dehors, a sa place dans le mus&#233;e&#8230; Si Carnaval est symboliquement le triomphe momentan&#233; d'un renversement du monde, d'une subversion du r&#233;el, l'institution mus&#233;ale, en l'empaillant et en le sanctifiant, op&#232;re une deuxi&#232;me inversion. C'est donc bien une remise &#224; l'endroit, une mise au pas et finalement un enterrement de cette f&#234;te sauvage que, main dans la main, nous ont programm&#233;s le pr&#233;fet et le commissaire d'exposition.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1059 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/p08-after-2f15c.jpg?1779615404' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo d'Arnau Bach.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;fi, entend-on au fil des bavardages, c'est de faire vivre et grandir le carnaval dans l'imaginaire de la ville. Renforcer les liens avec les quartiers&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La f&#234;te du Panier, vitrine client&#233;laire du cacique Gu&#233;rini, vient d'&#234;tre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, les associations, les voisins, les enfants &#8211; on pourrait construire un Caramentrant des minots avec les minots. Tisser des liens avec d'autres carnavals, pr&#233;voir une conf&#233;rence de presse &#171; internationale &#187; une semaine avant l'&#233;dition 2015. Inviter des chorales et des fanfares d'autres r&#233;gions. F&#234;ter la lib&#233;ration des d&#233;tenus par un repas de bienvenue o&#249; serait publiquement expos&#233;e la version des carnavaliers sur la journ&#233;e du 16 mars. Organiser des causeries gesticul&#233;es et des projections de films sur les traditions carnavalesques &#224; travers le monde et l'histoire. Multiplier les ateliers de construction de chars, de masques, d'instruments, de chants&#8230; Imaginer des m&#233;canismes d'autod&#233;fense pour les carnavals &#224; venir, en s'inspirant de l'intelligence collective qui a permis, en 2013, de d&#233;jouer les pi&#232;ges tendus. &lt;i&gt;A l'an que ven, Carnavas !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La suite du dossier Carnaval&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Plus que jamais, Carnaval est &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Plus-que-jamais-Carnaval-est-une&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;une h&#233;r&#233;sie&lt;/a&gt; : interview d'Al&#232;ssi dell'Umbria.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;C'est &#224; l'occasion d'un de ces gestes de bienvenue que la premi&#232;re arrestation a eu lieu. Pour avoir tach&#233; le pantalon d'un flic en civil, un jeune est all&#233; dormir aux Baumettes dans l'attente de son proc&#232;s, le 15 avril dernier.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sans doute sensible &#224; l'esprit carnavalier qui veut que personne ne reste en marge, la Brigade anti-criminalit&#233; mourait d'envie de devenir actrice, &#224; sa mani&#232;re et dans son propre r&#244;le, bien s&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La f&#234;te du Panier, vitrine client&#233;laire du cacique Gu&#233;rini, vient d'&#234;tre supprim&#233;e. Elle sera peut-&#234;tre r&#233;invent&#233;e, sans subventions, par les habitants du quartier qui se l'&#233;taient largement appropri&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
