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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Migrants : &#171; Faire partie des gens qui ne les traitent pas comme des num&#233;ros &#187;</title>
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		<dc:date>2018-02-21T07:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Charlotte Dugrand, Mag Ali</dc:creator>


		<dc:subject>Histoires de saute-fronti&#232;res</dc:subject>
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&lt;p&gt;Adeline est partie un mois et demi en Gr&#232;ce, &#224; la fronti&#232;re mac&#233;donienne, pour pr&#233;parer et servir des repas quotidiennement &#224; des milliers de migrants confin&#233;s &#224; Idomeni &#8211;&#8239;camp de r&#233;fugi&#233;s &#233;vacu&#233; le 24&#8239;mai au matin. Elle d&#233;nonce un syst&#232;me qui laisse les migrants dans un d&#233;nuement total et les emp&#234;che de s'installer ailleurs. Dans quelles circonstances es-tu partie comme volontaire dans un camp de r&#233;fugi&#233;s en Gr&#232;ce ? Nous sommes parties pendant plus d'un mois avec une amie hollandaise, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no144-juin-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;144 (juin 2016)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Adeline est partie un mois et demi en Gr&#232;ce, &#224; la fronti&#232;re mac&#233;donienne, pour pr&#233;parer et servir des repas quotidiennement &#224; des milliers de migrants confin&#233;s &#224; Idomeni &#8211;&#8239;camp de r&#233;fugi&#233;s &#233;vacu&#233; le 24&#8239;mai au matin. Elle d&#233;nonce un syst&#232;me qui laisse les migrants dans un d&#233;nuement total et les emp&#234;che de s'installer ailleurs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2134 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;11&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH274/-408-3004d.jpg?1779602883' width='400' height='274' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par R&#233;mi.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans quelles circonstances es-tu partie comme volontaire dans un camp de r&#233;fugi&#233;s en Gr&#232;ce ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes parties pendant plus d'un mois avec une amie hollandaise, de notre propre initiative, pour rejoindre une autre amie qui faisait de l'accueil d'urgence de r&#233;fugi&#233;s &#224; Lesbos depuis plus de 6 mois. Par accueil d'urgence, je veux dire l'accueil des r&#233;fugi&#233;s &#224; leur descente des bateaux, o&#249;, en g&#233;n&#233;ral, ils arrivent enti&#232;rement tremp&#233;s, ont quasiment tout perdu en mer, sont glac&#233;s, ont faim, soif, et beaucoup sont en &#233;tat de choc suite &#224; la travers&#233;e (par exemple &#224; cinquante sur un bateau pouvant contenir vingt personnes). Donc, on les attend sur la plage, la nuit, avec des couettes, des habits, de la nourriture, de l'eau, de l'attention et du r&#233;confort aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment t'es-tu finalement retrouv&#233;e &#224; Idomeni ? Quelle est la particularit&#233; de ce camp, et quel y &#233;tait votre r&#244;le ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une semaine avant notre d&#233;part, la &#171; crise &#187; d'Idomeni a commenc&#233;. Nous avons appris qu'une cuisine collective et itin&#233;rante s'&#233;tait install&#233;e depuis quelques mois aux alentours de ce petit village grec tout pr&#232;s de la Mac&#233;doine. Depuis la fermeture de la fronti&#232;re, d&#233;but mars, ce camp qui n'&#233;tait au d&#233;part qu'un lieu de passage s'est retrouv&#233; surpeupl&#233; : la population y est pass&#233;e de 4 000 &#224; 5 000 personnes jusqu'&#224; atteindre 13 000, 14 000 lorsque j'y &#233;tais. C'est un camp ouvert, donc non g&#233;r&#233; par les militaires, bien qu'il y ait une forte pr&#233;sence polici&#232;re sur place. Policiers qui, selon leur humeur, d&#233;cident de bloquer ou non l'arrivage et la distribution de nourriture, d'habits, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette cuisine collective est compos&#233;e de gens de diverses nationalit&#233;s qui viennent essentiellement du milieu militant/anarchiste/punk squatteur. Il y a une grosse r&#233;pression polici&#232;re et beaucoup de surveillance, non seulement envers les r&#233;fugi&#233;s, mais aussi envers les volontaires, surtout les volontaires grecs. Ce collectif n'est pas une ONG, il fonctionne gr&#226;ce &#224; des donations priv&#233;es : on a besoin de 2 000 &#224; 3 000 euros par jour pour nourrir tout ce monde. Nous &#233;tions entre 40 et 70, selon les jours, &#224; cuisiner pour une fourchette de 7 000 &#224; 14 000 personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les t&#226;ches des diff&#233;rentes &#233;quipes sont de faire &#224; manger et servir la nourriture, faire circuler les informations sur les demandes de droit d'asile, distribuer habits, tentes, couettes, chaussures, produits sanitaires, couches, nourriture pour b&#233;b&#233;s, etc. Nous &#233;tions les seuls &#224; fournir de la nourriture chaude, de la soupe, sous une pluie incessante. Nous achetions les l&#233;gumes aux paysans locaux, qui nous donnaient de nombreux fruits, notamment des oranges, pour que les gens &#171; aient des vitamines &#187;. Une &#233;quipe a aussi construit une tente &#224; th&#233; o&#249; on servait quasi 24/24 du th&#233; et du caf&#233; ; une autre a mont&#233; une tente pour faire des activit&#233;s avec les enfants. Car il y a beaucoup d'enfants sur le camp, environ 30 % de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les r&#233;fugi&#233;s disposent-ils d'une aide sur place pour r&#233;gulariser leur situation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur place, M&#233;decins sans fronti&#232;res et le Haut Commissariat des Nations unies pour les r&#233;fugi&#233;s sont pr&#233;sents pour fournir de l'aide officielle. Les trois proc&#233;dures majeures de r&#233;gularisation sont une blague.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a le programme de relocalisation, o&#249; les r&#233;fugi&#233;s posent une candidature mais sans pouvoir choisir un pays &#8211; la loterie, en somme. Beaucoup ne sont pas inform&#233;s qu'il peuvent refuser le pays dans lequel ils sont relog&#233;s s'il ne leur convient pas. Mais cela signifie une nouvelle demande, de nouveaux mois d'attente, et beaucoup ont peur de se retrouver dans des pays r&#233;put&#233;s hostiles comme la Serbie ou la Croatie. Ce programme est r&#233;serv&#233; aux Syriens, Iraquiens, &#201;rythr&#233;ens ; certaines nationalit&#233;s en sont exclues de fait, entre autres les Pakistanais, les Marocains, les Afghans&#8230; Pour ceux ne pouvant demander cette relocalisation, il y a le rapprochement familial. Mais il faut avoir un mari ou une &#233;pouse, un enfant mineur ou, pour les enfants mineurs, un parent direct qui soit &#233;tabli dans un pays europ&#233;en. Tout autre parent n'est pas consid&#233;r&#233; comme &#233;tant assez proche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste ensuite la demande d'asile en Gr&#232;ce, mais connaissant la situation &#233;conomique du pays, peu de gens y voient une solution. Le plus aberrant est que tout commence par une demande via Skype, avec un seul cr&#233;neau de deux heures par jour pour tous les r&#233;fugi&#233;s. Le r&#233;seau est satur&#233;. De plus, il y a tr&#232;s peu de connexions &#224; Internet, et cela sous-entend qu'il faut avoir un smartphone ou un ordinateur, avoir trouv&#233; un acc&#232;s &#224; l'&#233;lectricit&#233;&#8230; Et ensuite, &#224; supposer qu'une personne ait r&#233;ussi &#224; parler &#224; quelqu'un, cet appel ne permet d'obtenir qu'un premier rendez-vous, environ deux mois plus tard, dans la ville du centre de demande d'asile dans laquelle elle a appel&#233;. Les r&#233;fugi&#233;s doivent s'y rendre par leur propres moyens sans pour autant &#234;tre assur&#233;s du r&#233;sultat, qui mettra des semaines &#224; arriver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce que le deal avec la Turquie a chang&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet accord a eu des grosses cons&#233;quences sur le moral des gens. Une grosse majorit&#233; des r&#233;fugi&#233;s, toutes nationalit&#233;s confondues, sont pass&#233;s par la Turquie, y ont travaill&#233; treize heures par jour pour 150, 200&#8239;euros par mois avant de pouvoir reprendre leur p&#233;riple vers l'ouest. La plupart ne veulent surtout pas y retourner.
En attendant les d&#233;portations ou d'&#233;ventuelles relocalisations, les autorit&#233;s ont construit des camps militaires. Des bus entiers arrivent au camp d'Idomeni &#8211; que les autorit&#233;s veulent r&#233;duire, voire vider &#8211;&#8239;pour amener les r&#233;fugi&#233;s dans ces &#171; endroits avec des meilleures conditions &#187;, sans leur donner aucune information sur ces nouveaux camps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains sont &#171; moins pires &#187;, d'autres atroces. Et tous, grillag&#233;s et entour&#233;s par l'arm&#233;e et la police. Il &#233;tait dur de recevoir des informations sur ces camps. Parfois nous &#233;tions autoris&#233;s &#224; rentrer, escort&#233;s par un militaire, parfois nous nous sommes heurt&#233;s &#224; une hostilit&#233; ferme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Depuis ton retour, quel message veux-tu faire passer ? Vas-tu y retourner ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui me choque le plus, c'est le manque d'information dont nous disposons : les luttes men&#233;es par des r&#233;fugi&#233;s ou la r&#233;pression qu'ils subissent ne sont pas relat&#233;es. Les r&#233;voltes, manifs, contestations ne sont pas m&#233;diatis&#233;es, et pourtant il y en a plein ! On a notamment assist&#233; &#224; un blocage d'autoroute, qui s'est termin&#233; en grosse bagarre avec les routiers, exc&#233;d&#233;s d'&#234;tre &#171; g&#234;n&#233;s &#187; dans leur travail par des gens &#171; ind&#233;sirables &#187;. Mais en g&#233;n&#233;ral, les gens du coin &#233;taient plut&#244;t solidaires et nous ont apport&#233; leur soutien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le statut de volontaire ind&#233;pendant permet d'instaurer des liens et une aide de proximit&#233; et de confiance. On ne peut rien changer au fond du probl&#232;me, mais au moins on peut montrer de la solidarit&#233;, fournir du support mat&#233;riel, de la nourriture, t&#233;moigner ; grandir en humanit&#233; : faire partie des gens qui ne les traitent pas comme des num&#233;ros, qui les regardent dans les yeux et leur montrent que tout le monde ne les a pas oubli&#233;s. Parce que c'est bien &#231;a qu'ils essayent de faire dans les &#171; nouveaux &#187; camps : les enfermer bien loin de tous et de tout, pour qu'on oublie leur existence, qu'on n'essaie surtout pas d'entrer en contact avec eux, d'&#233;couter ce qu'ils ont &#224; dire, demander, d&#233;noncer&#8230; J'y retourne d&#232;s que je peux, en juillet s&#251;rement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour aller plus loin, voir le &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Themas-Migrants&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Thema : &#034;Migrants&#034;&lt;/a&gt; de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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