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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Syrie : La R&#233;volution confisqu&#233;e ?</title>
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		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Nous avons rencontr&#233; Salma, Hani, Majd, Oussama, Abou Selma, activistes civils impr&#233;gn&#233;s des valeurs d'anti-autoritarisme et de d&#233;mocratie directe. Originaires de Damas et de sa r&#233;gion, notamment de la ville tristement c&#233;l&#232;bre de Douma et du camp de Yarmouk, ils vivent &#224; pr&#233;sent &#224; Toulouse, Paris ou Beyrouth, o&#249; ils ont pu venir &#171; souffler un peu &#187; pour se pr&#233;parer &#224; la suite de leur combat. Pour eux, l'issue du conflit ne se r&#233;sume pas &#224; &#171; Bachar ou la Charia &#187;, repris en ch&#339;ur de l'extr&#234;me (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous avons rencontr&#233; Salma, Hani, Majd, Oussama, Abou Selma, activistes civils impr&#233;gn&#233;s des valeurs d'anti-autoritarisme et de d&#233;mocratie directe. Originaires de Damas et de sa r&#233;gion, notamment de la ville tristement c&#233;l&#232;bre de Douma et du camp de Yarmouk, ils vivent &#224; pr&#233;sent &#224; Toulouse, Paris ou Beyrouth, o&#249; ils ont pu venir &#171; &lt;i&gt;souffler un peu&lt;/i&gt; &#187; pour se pr&#233;parer &#224; la suite de leur combat. Pour eux, l'issue du conflit ne se r&#233;sume pas &#224; &#171; Bachar ou la Charia &#187;, repris en ch&#339;ur de l'extr&#234;me gauche &#224; l'extr&#234;me droite. Ils ressentent la r&#233;habilitation actuelle du despote comme un coup de poignard dans le dos, jetant par l&#224; m&#234;me les opposants syriens dans le sac de l'obscurantisme salafiste. &#201;cras&#233;s, ils ne capitulent pas. Ce serait se trahir soi-m&#234;me. &#192; travers ces t&#233;moignages, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; souhaite contribuer &#224; redonner la parole &#224; ces invisibles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;On nous a vol&#233; la R&#233;volution !&lt;/i&gt; &#187;, s'exclame Majd, acteur de la premi&#232;re heure du Printemps syrien, r&#233;cemment r&#233;fugi&#233; dans l'Hexagone. Issus de la r&#233;volte populaire de mars 2011, des r&#233;seaux de r&#233;sistance prennent corps dans un continuum entre militants en exil et ceux &#339;uvrant dans les zones lib&#233;r&#233;es. Ils sont ignor&#233;s des m&#233;dias au profit d'analyses g&#233;opolitiques sans fin, ont subi la r&#233;pression f&#233;roce et fait face &#224; la militarisation rapide du soul&#232;vement, coinc&#233;s par le d&#233;veloppement des mouvements islamistes et djihadistes soutenus par les puissances occidentales et r&#233;gionales. Et finalement, ils se voient trahis par une opposition officielle de notables en exil pantouflarde, corrompue et d&#233;sincarn&#233;e. Malgr&#233; tout, ces r&#233;seaux tentent de garder vivace l'esprit r&#233;volutionnaire des d&#233;buts. M&#234;me lorsqu'ils se retrouvent accul&#233;s &#224; organiser la survie dans des zones assi&#233;g&#233;es, ne pas se rendre est leur dernier espoir de voir un jour la tyrannie chuter.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2123 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH307/-398-bac87.jpg?1779603355' width='400' height='307' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Omar Ibrahim.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Du mouvement populaire &#224; la clandestinit&#233; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;t&#233; 2012, un peu plus d'un an apr&#232;s le d&#233;but du Printemps syrien, le mouvement social qui avait &#233;merg&#233; avec les premi&#232;res manifestations hebdomadaires, apr&#232;s la pri&#232;re du vendredi, s'est vu contraint &#224; la clandestinit&#233; sous la violence de la r&#233;pression orchestr&#233;e par Bachar al-Assad. Des r&#233;seaux de r&#233;sistance civile s'organisent dans l'agglom&#233;ration damasc&#232;ne et ses villes de banlieue. Salma, qui vivait en famille dans un quartier &#171; loyaliste &#187; du centre-ville, se souvient : &#171; &lt;i&gt;Le basculement a eu lieu &#224; Damas en juillet 2012, quand quatre hauts g&#233;n&#233;raux ont &#233;t&#233; assassin&#233;s. D'importantes d&#233;fections ont eu lieu dans l'arm&#233;e, le climat a tourn&#233; &#224; l'insurrection. Le r&#233;gime a alors chang&#233; de strat&#233;gie. Les manifs du vendredi sont devenues des bains de sang. Je n'y allais plus. Il n'y a plus eu de rassemblements populaires, mais des activit&#233;s clandestines de soutien logistique et de ravitaillement aux zones qui se lib&#233;raient.&lt;/i&gt; &#187; Hani, son mari, pr&#233;cise cette entr&#233;e en clandestinit&#233;, en m&#234;me temps que se constituaient des milices d'autod&#233;fense dans les quartiers, qui allaient donner naissance &#224; l'Arm&#233;e syrienne libre : &#171; &lt;i&gt;On n'arrivait plus &#224; circuler &#224; Damas. Je me suis fait arr&#234;ter avec une somme d'argent provenant de dons, destin&#233;e &#224; &#234;tre achemin&#233;e en zone libre. D'autres activistes, des passeurs, aidaient les soldats &#224; d&#233;serter. Des num&#233;ros de t&#233;l&#233;phone sp&#233;ciaux circulaient, &#224; appeler quand un soldat voulait faire d&#233;fection. Souvent le passeur lui r&#233;pondait :&#8200;&#8220;Avec ou sans ton arme ?&#8221; Bien s&#251;r c'&#233;tait plus int&#233;ressant avec une arme.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oussama, ex-fonctionnaire au minist&#232;re des Affaires &#233;trang&#232;res, actuellement &#224; Beyrouth, t&#233;moigne de ce basculement &#224; Douma, ville &#171; lib&#233;r&#233;e &#187; situ&#233;e au nord-est de la capitale, dans la Ghouta orientale : &#171; &lt;i&gt;En 2012, on a commenc&#233; &#224; se sentir vraiment assi&#233;g&#233;s. J'ai perdu dans cette p&#233;riode des proches tu&#233;s sur les check points de mani&#232;re exp&#233;ditive. Il n'y avait ni arrestation, ni tribunal, ni rien. On avait peur de bouger. La premi&#232;re personne que j'ai perdue c'&#233;tait mon neveu. &#201;tudiant &#224; l'universit&#233;, il a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; et tortur&#233; pendant 70 jours. Ensuite, j'ai perdu mon cousin, marchand de Douma, tu&#233; par les soldats du r&#233;gime. Apr&#232;s j'ai perdu un ami d'enfance qui habitait dans le m&#234;me quartier, il a &#233;t&#233; tu&#233; par un sniper. &#192; la fin de l'ann&#233;e 2012, il y avait 24 snipers &#224; Douma qui couvraient toutes les rues.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Majd a aussi particip&#233; au mouvement populaire de Douma, en s'improvisant reporter de terrain, lui, issu une famille analphab&#232;te, qui n'avait jamais connu d'activit&#233;s politiques : &#171; &lt;i&gt;Les discussions politiques, celles qui avaient &#233;merg&#233; dans les coordinations de la r&#233;volution, ont cess&#233; d'exister. Elles ont &#233;t&#233; r&#233;duites &#224; n&#233;ant par le niveau de violence. Le territoire a &#233;t&#233; d&#233;coup&#233;, d&#233;limit&#233; par la cartographie des snipers. Les manifestations ont disparu, les activistes ont &#233;t&#233; pris dans l'urgence humanitaire impos&#233;e par la r&#233;pression. L'esprit militant a chang&#233;, nous venions de perdre l'initiative de la r&#233;volution.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2124 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH576/-399-60566.jpg?1779603078' width='400' height='576' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Omar Ibrahim.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le r&#233;seau &#171; Razan Zeitouneh &#187; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hani, Salma, Majd font partie d'un des plus grands r&#233;seaux toujours vivace autour de Damas, le r&#233;seau ancr&#233; sur le comit&#233; local des coordinations et constitu&#233; autour de la personnalit&#233; de Razan Zeitouneh. Cette jeune avocate damasc&#232;ne a &#233;t&#233; enlev&#233;e, avec son mari Wael Hamada et deux de ses coll&#232;gues (dont la femme de l'&#233;crivain Yassin al-Haj Saleh), en 2013, &#224; Douma. Tout laisse &#224; penser que le rapt a &#233;t&#233; commis par Zahran Allouche de Jaych al-Islam, un seigneur de guerre local lib&#233;r&#233; des ge&#244;les par les forces du r&#233;gime&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On parle du &#171; commerce du djihad &#187;, une strat&#233;gie du r&#233;gime qui fait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Razan Zeitouneh a contribu&#233; au Violations Documentation Center, qui effectue un travail de documentation sur les crimes du r&#233;gime, et demande la lib&#233;ration de tous les prisonniers politiques. &#192; Douma, elle est &#224; l'origine d'un centre de protection des femmes, o&#249; plus de 300&#8200;femmes se voient distribuer r&#233;guli&#232;rement des paniers de survie : pour les habitants de Douma, survivre est devenu une fa&#231;on de r&#233;sister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Majd t&#233;moigne : &#171; &lt;i&gt;Je suis actif dans la coordination de projets locaux, notamment pour les h&#244;pitaux et l'enseignement. Avec la r&#233;pression, tous les services publics ont cess&#233;. J'ai particip&#233; &#224; la cr&#233;ation de 7 centres &#233;ducatifs, qui accueillent de 200 &#224; 250&#8200;enfants. J'enseignais &#224; des enfants de tous milieux.&lt;/i&gt; &lt;i&gt;On a mis en place des p&#233;dagogies ludiques, bien diff&#233;rentes de l'&#233;cole disciplinaire du r&#233;gime. L'&#233;conomie locale est limit&#233;e mais solidaire entre les localit&#233;s de la Ghouta, notamment dans la confection de v&#234;tements. Il y a encore des mati&#232;res premi&#232;res et des outils de production, des usines d&#233;saffect&#233;es c&#233;d&#233;es par les propri&#233;taires et mises au service de la communaut&#233; de la zone libre. &#192; cause de l'absence des bailleurs de fonds internationaux ou d'ONG comme le Croissant rouge, d'autres relais se sont faits &#224; l'ext&#233;rieur et un syst&#232;me de financement propre a &#233;t&#233; mis en place, avec des courtiers de circonstance : un m&#233;canisme entre les flux de personnes qui entrent avec des dollars, c'est-&#224;-dire nous ou nos r&#233;seaux de soutien&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le site adoptrevolution.org.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; e&lt;i&gt;t ceux qui sortent, les Syriens qui fuient et &#233;changent leurs devises. C'est une logique bancaire de guerre.&lt;/i&gt; &#187; Oussama confirme : &#171; &lt;i&gt;Notre vision du travail c'&#233;tait d'aider les civils. On n'a jamais pens&#233; &#224; aider les militaires. Ils ont leurs propres financements. Nous agissions dans plusieurs secteurs : m&#233;dical, &#233;ducatif, alimentaire. Nous ne pouvions pas travailler d'une mani&#232;re trop structur&#233;e, sinon nous risquions d'&#234;tre d&#233;couverts par le r&#233;gime. C'&#233;tait tr&#232;s difficile, on a eu des probl&#232;mes de transfert d'argent, de nourriture, car m&#234;me quand tu veux tout simplement parler avec quelqu'un dans la rue, tu es observ&#233; et contr&#244;l&#233;. Je transf&#233;rais souvent de l'argent d'une maison &#224; une autre, d'une personne &#224; une autre personne, quelque fois j'ai d&#251; marcher avec des milliers de dollars, &#231;a aurait pu me co&#251;ter la vie.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hani, ancien restaurateur de maisons anciennes, a d&#251; abandonner son activit&#233; d&#232;s 2012. Il raconte les premiers pas du collectif d'ing&#233;nieurs activistes qu'il a contribu&#233; &#224; fonder &#224; Damas : &#171; &lt;i&gt;En 2013, on pouvait faire des allers-retours en zone libre. C'&#233;tait un autre monde qui se dessinait, coup&#233; de tout et en premier lieu des besoins &#233;l&#233;mentaires comme l'eau, l'&#233;lectricit&#233;, le gaz. On a commenc&#233; &#224; tester des mod&#232;les de fours solaires, de m&#233;thaniseurs, &#224; Damas, pour ensuite les diffuser dans d'autres quartiers, afin de trouver des alternatives aux ressources &#233;nerg&#233;tiques &#233;tatiques. Un paysan de Douma a accept&#233; de mettre en pratique nos tests. Le r&#233;seau continue son activit&#233; depuis deux ans. Au d&#233;but, il fonctionnait sur des dons, mais la population s'est appauvrie. On recherche alors des soutiens ext&#233;rieurs. C'est notre fa&#231;on de participer &#224; la r&#233;volution, mais &#231;a a un c&#244;t&#233; frustrant, car la r&#233;alit&#233; de la r&#233;sistance se fait sur le front aujourd'hui.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Presque au m&#234;me moment, au sud de Damas, dans le camp palestinien de Yarmouk, Abou Selma, enseignant de langue arabe &#224; l'universit&#233;, monte la premi&#232;re &#233;cole libre sur ce territoire de la ville mis sous embargo par le dictateur. Cet ancien militant du parti communiste palestinien s'en est depuis longtemps distanci&#233; &#224; cause des ses accointances avec le r&#233;gime. Yarmouk entre clairement dans la r&#233;volution, en juillet 2012, au moment des frappes a&#233;riennes de l'arm&#233;e. &#171; &lt;i&gt;&#192; partir du premier bombardement, les obus sont devenus quotidiens et visaient les &#233;coles. Les &#233;coles d&#233;pendant de l'UNRWA (ONU) &#224; Yarmouk ont ferm&#233;. Moi, ma femme et une ni&#232;ce, nous avons trouv&#233; une salle de mariage en sous-sol qui s'appelait &#8220;la Salle dor&#233;e damasc&#232;ne&#8221; : c'est devenu &#8220;l'&#233;cole damasc&#232;ne&#8221;. On avait deux demi-journ&#233;es d'&#233;cole et 1 200 &#233;l&#232;ves, en nombre fluctuant. Comme il y a eu une grande fuite de comp&#233;tences dans le corps enseignant, il ne restait que les gens peu dipl&#244;m&#233;s ou sp&#233;cialis&#233;s, des jeunes filles avec le BAC, au mieux un d&#233;but d'&#233;tudes. Nous &#233;tions trois hommes seulement. Je les ai form&#233;es, et elles sont devenues les meilleures institutrices de toute la Syrie.&lt;/i&gt; &#187; Il poursuit : &#171; &lt;i&gt;L'Arm&#233;e syrienne libre &#233;tait stationn&#233;e dans le centre de Yarmouk et notre immeuble a &#233;t&#233; bombard&#233; sept fois par le r&#233;gime. Nous &#233;laborions des strat&#233;gies pour ne pas faire sortir tous les &#233;l&#232;ves en m&#234;me temps. Au bout d'un an, il y a eu cinq autres &#233;coles cr&#233;&#233;es dans d'autres zones de Yarmouk. Il en reste trois aujourd'hui. Derri&#232;re ce projet, il n'y avait pas de bailleurs internationaux, mais des individus engag&#233;s qui s'&#233;taient regroup&#233;s pour financer. Notre id&#233;e &#233;tait de sauver la soci&#233;t&#233; civile de Yarmouk, quoi qu'il arrive, afin que l'&#233;ducation et l'enseignement reste une priorit&#233; intemporelle et au dessus de toute influence.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'autonomie malgr&#233; la guerre &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces r&#233;seaux d'activistes, &#224; Douma comme dans d'autres zones de Syrie, s'appuient plus ou moins efficacement sur les conseils locaux, tentative de structuration de la r&#233;sistance syrienne &#224; l'&#233;chelle du pays. En octobre 2011, Omar Aziz, militant anarchiste mort en prison en f&#233;vrier 2013, a fond&#233; le comit&#233; local de Berzeh. II appelait les Syriens &#224; s'organiser ind&#233;pendamment de l'&#201;tat, sous des formes d'autogestion et par des pratiques horizontales et collaboratives. Toutes les provinces sont aujourd'hui dot&#233;es d'un conseil, except&#233; Damas, le c&#339;ur du dispositif s&#233;curitaire de l'&#233;tat. Pour la plupart de nos interlocuteurs, se structurer au niveau local, y compris sur des missions purement humanitaires et de survie, a &#233;t&#233; compris comme une forme de r&#233;sistance &#224; la politique de terre br&#251;l&#233;e des zones assi&#233;g&#233;es orchestr&#233;e par Bachar al-Assad. Au d&#233;but, il fallait &#224; tout prix &#233;viter que celle-ci n'emporte tout sur son passage et en m&#234;me temps cr&#233;er une administration de substitution pour assumer les services publics prioritaires (justice, eau, d&#233;chets).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2125 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH402/-400-ddc52.jpg?1779658040' width='400' height='402' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Omar Ibrahim.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Salma pr&#233;cise l'importance de ces conseils locaux : &#171; &lt;i&gt;Dans certaines villes, les conseils locaux ont r&#233;ussi &#224; convaincre les employ&#233;s des services publics de rester en poste, notamment dans les &#233;coles ou les usines &#233;lectriques. Alors m&#234;me que le r&#233;gime coupait les salaires des fonctionnaires dans les zones libres pour les inciter &#224; abandonner leur poste.&lt;/i&gt; &#187; Elle poursuit : &#171; &lt;i&gt;Derraya, c'est le projet le plus avanc&#233; depuis la r&#233;volution. &#199;a a toujours &#233;t&#233; une ville ouverte, avec de premi&#232;res initiatives politiques d&#232;s 2002/2003, comme la biblioth&#232;que municipale et l'organisation d'un nettoyage des rues pour combler les carences de l'&#201;tat : &#231;a avait beaucoup effray&#233; le r&#233;gime. La ville est toujours rest&#233;e mobilis&#233;e malgr&#233; les intenses bombardements men&#233;s par Maher al-Assad, fr&#232;re du pr&#233;sident, commandant de la 4 e&#8200;division en stationnement. Sous le blocus, la vie est dure : il n'y a pas de terres agricoles qui permettent de tenir le si&#232;ge&lt;/i&gt; [ndlr : on comptabilise plus de 400 barils d'explosifs balanc&#233;s sur la ville dans les deux derniers mois]. &lt;i&gt;Mais les habitants ne c&#232;dent pas aux pressions d'Assad, qui leur fait miroiter un cessez-le-feu.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derraya, situ&#233;e dans le Rif, &#224; proximit&#233; de Damas, est consid&#233;r&#233;e comme l'exp&#233;rience la plus achev&#233;e de conseil local, alors qu'elle est devenue l'un des fronts les plus chauds du conflit : d&#232;s 2012, il est d&#233;cid&#233; que les groupes arm&#233;s soient soumis &#224; l'autorit&#233; du conseil local et les op&#233;rations militaires discut&#233;es avec les autorit&#233;s civiles. Oussama &#233;voque les conseils locaux de Douma : &#171; &lt;i&gt;Cette ville est assi&#233;g&#233;e depuis au minimum deux ans, mais elle a continu&#233; &#224; chercher l'alternative, &#224; &#234;tre solidaire, sans recourir &#224; un syst&#232;me hi&#233;rarchique. Les habitants ont r&#233;ussi &#224; cr&#233;er un syst&#232;me civil et, bien qu'ils vivent dans des conditions vraiment difficiles, c'est en m&#234;me temps syst&#233;matis&#233; et organis&#233;. On a eu un conseil local &#233;lu d&#233;mocratiquement, qui assure les travaux municipaux. Les groupes militaires restent &#224; l'ext&#233;rieur de la ville, il est interdit d'&#234;tre arm&#233; dans la ville.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une opposition institutionnelle en exil discr&#233;dit&#233;e &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;&#192; travers les conseils locaux et la structuration des projets d'autonomie, on esp&#233;rait aussi se construire une l&#233;gitimit&#233; repr&#233;sentative, dans l'attente hypoth&#233;tique d'une aide internationale ou face aux groupes arm&#233;s qui capitalisent sur leurs faits d'armes et les financements &#233;trangers.&lt;/i&gt; &#187; Mais Abou Selma &#233;voque ses d&#233;boires avec l'ONU : &#171; &lt;i&gt;On a commenc&#233; &#224; envoyer des messages &#224; l'ONU pour leur annoncer la r&#233;ouverture des &#233;coles, le nombre d'&#233;l&#232;ves, le programme, et &#224; appeler les organisations internationales &#224; prendre leurs responsabilit&#233;s, &#224; nous soutenir. On nous a ignor&#233;s. Plus tard, on a envoy&#233; des listes avec les dossiers d'inscription et les r&#233;sultats &#224; l'UNRWA. Finalement on a reconnu nos &#233;coles, &#224; condition qu'elles enseignent le programme officiel syrien. Au moins, les &#233;l&#232;ves sortis de nos &#233;coles ont pu continuer leurs &#233;tudes ailleurs. Il n'y a cependant pas eu de financement.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Majd revient lui aussi sur les modalit&#233;s de financement des projets d'autonomie, cette fois via les conseils locaux charg&#233;s par l'opposition officielle en exil et les bailleurs de fonds internationaux de distribuer l'aide : &#171; &lt;i&gt;Un nouveau conseil a &#233;t&#233; &#233;lu pour toute la Ghouta orientale, charg&#233; de la distribution des aides. Les budgets sont vot&#233;s en conseil, comme par exemple le programme de s&#233;curisation. Mais les financements venant de l'&#233;tranger sont plus complexes &#224; mettre en &#339;uvre. En plus, ils sont trimestriels, pas &#224; l'ann&#233;e, c'est donc difficile de construire une vision alternative &#224; moyen terme.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;alit&#233; des activistes de terrain est peu prise en compte par ceux qui repr&#233;sentent l'opposition officielle. Les r&#233;volutionnaires syriens d&#233;noncent assez unanimement l'incomp&#233;tence et le peu de cr&#233;dibilit&#233; de ces &#171; opposants de salon &#187;, interlocuteurs privil&#233;gi&#233;s des grandes puissances. Ils critiquent une tentative de recentralisation des comit&#233;s locaux par le Conseil national syrien, mais aussi l'opportunisme, la corruption et les divisions qui minent cette institution et les tentatives d'interf&#233;rences internationales, au gr&#233; de l'&#233;volution des rapports de force sur le terrain. Marwan, jeune Syrien exil&#233; &#224; Paris depuis 2011, laisse &#233;clater sa d&#233;sillusion : &#171; &lt;i&gt;Les repr&#233;sentants du Conseil national syrien gagnent plusieurs milliers de dollars par mois, ce qui les incite &#224; se complaire dans l'inaction. Des anciens soutiens &#224; Bachar, faisant partie de l'&#233;lite, se pr&#233;sentent comme des opposants en exil. C'est notamment pour &#231;a que nombre de Syriens n'y croient plus : ceux qui ont les moyens fuient, les pauvres restent et meurent. C'est en r&#233;alit&#233; une opposition de classe en exil.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La militarisation prend &#224; revers la r&#233;sistance populaire &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#226;ch&#233;e par ses repr&#233;sentants autoproclam&#233;s, d&#233;munie face aux attaques r&#233;p&#233;t&#233;es du r&#233;gime d'Assad et d&#233;poss&#233;d&#233;e par les tentatives de prises de pouvoir des milices apparues &#224; la faveur de la guerre, la r&#233;sistance civile s'affaiblit. Parall&#232;lement, des milices en recherche d'h&#233;g&#233;monie ont pu b&#233;n&#233;ficier d'un soutien militaire et logistique aupr&#232;s des pays du Golfe&#8200;3 et jouer leur propre jeu d'influence ind&#233;pendamment du mouvement civil. Leila, anarchiste et blogueuse dissidente&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le puissant groupe salafiste Jabhat al-Nosra, affili&#233; &#224; Al Qaeda, est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; r&#233;sume la place grandissante des groupes arm&#233;s dans la situation r&#233;volutionnaire : &#171; &lt;i&gt;Les groupes islamistes totalitaires, comme Daech, sont mont&#233;s en puissance gr&#226;ce au chaos et ont commenc&#233; &#224; viser les zones lib&#233;r&#233;es, les activistes et l'Arm&#233;e Libre, en commettant des exactions terribles. Ce fut l'&#233;mergence de gangs criminels et de profiteurs de guerre. La Syrie est devenue le champ de bataille des proxy wars&lt;/i&gt; [guerres par procuration], &lt;i&gt;de la rivalit&#233; entre sunnites et chiites, des interventions &#233;trang&#232;res. Les troupes iraniennes et les milices chiites&lt;/i&gt; [Hezbollah] &lt;i&gt;occupent des parties du territoire, soutenant le r&#233;gime. Des extr&#233;mistes wahhabites sont venus rejoindre Daech. Tel a &#233;t&#233; le prix de notre qu&#234;te de libert&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Yarmouk, les activistes se sont trouv&#233;s directement affect&#233;s par l'arriv&#233;e de Jabhat al-Nosra. Abou Selma t&#233;moigne des diktats exerc&#233;s par la milice islamiste : &#171; &lt;i&gt;Une premi&#232;re fois, les hommes de Jabhat al-Nosra sont venus me voir avec l'&#233;mir (en signe de respect de l'institution de l'&#233;cole). Ils m'ont demand&#233; de s&#233;parer les filles des gar&#231;ons, au nom de l'islam. Je leur ai dit que j'&#233;tais certes musulman mais que je ne pouvais pas ouvrir une seconde &#233;cole faute de moyens. En raison de la situation d'exception, ils ont finalement accept&#233; la mixit&#233; dans l'&#233;cole. Une seconde fois, ils sont venus me demander d'enseigner la religion une heure par semaine, ce que j'ai refus&#233;. Une autre fois, j'ai eu des ennuis parce que j'avais organis&#233; une kermesse pour les enfants, au moment du petit A&#239;d&lt;/i&gt; [fin de ramadan], &lt;i&gt;avec des jeunes b&#233;n&#233;voles, gar&#231;ons et filles. Les jeunes de l'&#233;quipe ont voulu continuer la f&#234;te entre eux et j'ai laiss&#233; faire. C'&#233;tait familial, bon enfant. Mais Jabhat al-Nosra m'a accus&#233; d'avoir fait de l'&#233;cole un endroit de d&#233;bauche et me traitait de danseur des rues, &#8220;comme tous les Goranais&#8221;&lt;/i&gt; [habitants originaires du Jourdain]. &lt;i&gt;On a eu des &#233;changes virulents, je leur disais qu'ils n'avaient aucun droit sur moi et qu'ils feraient mieux de s'en prendre au pouvoir.&lt;/i&gt; &#187; Menac&#233;, Abou Selma finit par choisir la voie de l'exil, en Turquie, puis en France. &#171; &lt;i&gt;L'&#233;cole existe toujours&lt;/i&gt;, confie-t-il, &lt;i&gt;mais elle n'est plus aussi libre. Ces miliciens veulent imposer un programme islamiste. Si c'est &#231;a, il vaut mieux mettre la cl&#233; sous la porte.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2126 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH575/-401-ad786.jpg?1779658040' width='400' height='575' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Omar Ibrahim.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le non-choix de coop&#233;rer avec les milices &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;&#192; Douma, l'enseignement autog&#233;r&#233; n'a pas subi ces conflits de valeur, m&#234;me s'il y avait des parents salafistes parmi nous. Nous &#233;vitions de rentrer dans la pol&#233;mique religieuse, nous essayions de rester sur des bases communes, avec comme priorit&#233; de combler la douleur et la souffrance de la population. Il y avait des efforts au quotidien, la n&#233;cessit&#233; de susciter une exp&#233;rience collective. La division sociale aurait &#233;t&#233; une victoire du r&#233;gime.&lt;/i&gt; &#187; Majd &#233;voque la vie sous commandement militaire de Jaysh el-Islam, une des plus puissantes composantes du FIS (Front islamiste syrien, alliance de groupes islamo-nationaux) et relate les logiques de concurrence et de coop&#233;ration qui s'installent au quotidien &#224; Douma. &#171; &lt;i&gt;&#192; Douma actuellement, le chef est Zahran Allouche qui dispose de la milice la plus puissante. Tous les jeunes s'engagent dans Jaysh el-Islam. Ce n'est pas par id&#233;ologie ou parce qu'ils aiment Allouche, mais parce qu'ils ont besoin de se battre, de ne pas rester &#224; subir. Depuis deux ans, on est pass&#233;s d'un si&#232;ge relatif &#224; un si&#232;ge total. Les bombardements viennent des hauteurs de la vall&#233;e de la Ghouta, les missiles conditionnent notre quotidien. Tous les combattants ne sont pas salafistes, plut&#244;t des salafistes de circonstance. M&#234;me si c'est vrai que la religion est tr&#232;s pr&#233;sente en Syrie et d'autant plus que la mort fait d&#233;sormais partie de notre quotidien. En r&#233;alit&#233;, les milices deviennent dominantes selon l'importance des moyens dont elles disposent. L'Arabie Saoudite a &#233;t&#233; le seul soutien militaire sur le terrain. Il n'y a pas eu d'autres r&#233;actions internationales. L'Occident nous a abandonn&#233;s ou s'est cach&#233; derri&#232;re l'intervention opportuniste des pays du Golfe. La prise de pouvoir de certaines milices n'est clairement pas le miroir de la r&#233;alit&#233; sociale, mais plut&#244;t un &#233;tat du rapport de force g&#233;opolitique.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; de fortes r&#233;ticences sur les pr&#233;ceptes rigoristes qui pr&#233;tendent r&#233;gir la vie sociale, le conseil local et la milice se voient contraints de coop&#233;rer pour ce qui rel&#232;ve de la r&#233;sistance &#224; Bachar. &#192; Douma, Jaysh el-Islam a ainsi mis en place une justice de substitution &#224; celle d'Assad, lequel jouait le jeu de l'ins&#233;curit&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e, par la lib&#233;ration de prisonniers de droit commun, la coupure des salaires des fonctionnaires de la justice et le bombardement des infrastructures judiciaires. Majd relativise aussi le contr&#244;le total de la milice : &#171; &lt;i&gt;&#192; Douma, il y a une tr&#232;s forte solidarit&#233; entre les civils et les r&#233;volutionnaires arm&#233;s. Beaucoup estiment que, vu les circonstances, le conflit id&#233;ologique n'a pas lieu d'&#234;tre. D'ailleurs, au d&#233;but de la militarisation, le groupe progressiste qui coordonnait le rassemblement des forces r&#233;volutionnaires dans toute la Ghouta orientale avait choisi d'allier les salafistes et les fr&#232;res musulmans aux discussions sur les alternatives &#224; l'&#201;tat, afin d'anticiper la chute du r&#233;gime. Je pense que si les Syriens pouvaient d&#233;cider de leur sort, ce qui ne sera probablement pas le cas, ce n'est pas le mod&#232;le saoudien qui sortirait de la consultation. Les Syriens sont croyants, conservateurs dans un certain sens, mais ces m&#234;mes croyants sont capables de se mobiliser contre Allouche quand il devient autoritaire.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hani d&#233;crit un &#233;pisode v&#233;cu d'injonction salafiste : &#171; &lt;i&gt;Nous &#233;tions de sortie pour l'Iftar&lt;/i&gt; [rupture du je&#251;ne] &lt;i&gt;pour acheter des p&#226;tisseries. Un barbu arm&#233; voulait contr&#244;ler notre identit&#233;. Quand il m'a rendu mes papiers, il m'a demand&#233; pourquoi je ne voilais pas ma femme. Je lui ai r&#233;pondu ironiquement que je cherchais encore l'habit traditionnel de Douma. Il m'a dit de mettre n'importe quel drap. Et moi je lui ai r&#233;pondu qu'on n'&#233;tait pas en Arabie Saoudite. Il m'a menac&#233;. Mais les gens dans la p&#226;tisserie sont intervenus en s'excusant. Plus tard, d'autres personnes sont venues s'excuser de son comportement, dont son neveu, au nom des habitants de Douma.&lt;/i&gt; &#187; Hani reste persuad&#233; que la milice ne peut s'affranchir compl&#232;tement des dynamiques sociales de la ville : &#171; &lt;i&gt;Ce genre d'&#233;pisode, ce n'est pas une raison suffisante pour abandonner. D'ailleurs les femmes du r&#233;seau Razan n'abandonnent pas. Ces types sont de nouveaux petits despotes locaux. Mais ce n'est pas la force meurtri&#232;re de Bachar.&lt;/i&gt; &#187; Pour les activistes du r&#233;seau, la militarisation du conflit et l'essor de certains groupes rebelles ne doivent surtout pas faire dispara&#238;tre le fait que le principal ennemi &#224; abattre reste Bachar : &#171; &lt;i&gt;Avec la n&#233;cessit&#233; d'un front &#8220;tout sauf Bachar&#8221;, il n'est pas possible de d&#233;finir pour la Syrie un projet politique alternatif parfait. Ce qui nous rassemble pour le moment, c'est la r&#233;volution contre la tyrannie avant tout.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette absence de projet politique propre, combin&#233; &#224; la d&#233;licate cohabitation de circonstance avec les groupes islamistes arm&#233;s dans les zones lib&#233;r&#233;es, perturbe grandement l'identification par les gauches arabes et occidentales des r&#233;seaux de type Razan comme des alli&#233;s &#224; soutenir. Le vieux cache-sexe anti-imp&#233;rialiste devient alors le pr&#233;texte de ces gauches pour adopter la pire des positions : le soutien au r&#233;gime bassiste, &#224; l'instar des tendances politiques les plus r&#233;actionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'argument confessionnel, l'arme de la contre-r&#233;volution&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Salma, Hani, Majd et Abou Selma, l'argument de l'islamisation de l'opposition a port&#233; pr&#233;judice au mouvement civil et populaire entam&#233; en 2011. Il recouvre moins la r&#233;alit&#233; sociale du mouvement qu'un discours port&#233; &#224; l'ext&#233;rieur qui a servi le r&#233;gime, se posant en protecteur des minorit&#233;s. &#171; &lt;i&gt;Je ne comprends pas l'accusation faite aux r&#233;volutionnaires syriens d'avoir entra&#238;n&#233; une guerre confessionnelle&lt;/i&gt;, s'insurge Salma. &lt;i&gt;&#192; Zabadani&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La ville a sign&#233; fin septembre (2015) un cessez-le-feu de 6&#8200;mois avec le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;ville chr&#233;tienne de Syrie, le clerg&#233; &#233;tait lui-m&#234;me engag&#233; dans la R&#233;volution. Le p&#232;re Paolo ne s'est pas engag&#233; en son nom, mais intentionnellement en tant que chr&#233;tien, c'est important de le souligner : il avait compris l'importance de casser l'image d'un mouvement manipul&#233; par l'islamisme sunnite, mise en avant par le r&#233;gime dans les discours internationaux ou les m&#233;dias occidentaux.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour combattre l'id&#233;e d'une r&#233;volution r&#233;duite &#224; des milices confessionnelles, Hani &#233;voque la participation sans distinction des minorit&#233;s, comme celles des Isma&#233;liens de Salamieh au d&#233;but de la R&#233;volution : &#171; &lt;i&gt;Ils ont particip&#233; aux brigades, &#224; la logistique. C'&#233;tait astucieux, car ils repr&#233;sentaient une minorit&#233; insoup&#231;onnable. C'&#233;tait &#233;tonnant, on les avait tous toujours consid&#233;r&#233;s comme faisant partie du poulailler d'Assad ! Ils scandaient en pleine manif &#8220;On ne s'agenouille devant personne, pas m&#234;me Dieu&#8221;, ce qui para&#238;t impensable &#224; dire en Syrie, qui reste un pays traditionaliste.&lt;/i&gt; &#187; Salma prend le relais : &#171; &lt;i&gt;Si les leaders druzes ont officiellement affich&#233; leur neutralit&#233;, beaucoup de Druzes ont r&#233;sist&#233;, car il y a une longue tradition de r&#233;sistance depuis le mandat fran&#231;ais. Il y a eu de nombreux cas de d&#233;fection au service militaire, surtout &#224; Soue&#239;da&lt;/i&gt; [une r&#233;gion druze au nord de Deraa, berceau de la r&#233;volution]. &lt;i&gt;Pour des raisons strat&#233;giques et un jeu d'alliance communautaire, le r&#233;gime ne se permettait pas de tuer en pleine rue, ce qui a facilit&#233; leur implication dans la r&#233;sistance. Plus tard, il y a eu un rapprochement plus explicite avec les r&#233;volutionnaires. Du coup aujourd'hui, Bachar laisse Daech terroriser les Druzes. Ce qui me fait dire que Deraa est une zone que le pouvoir pourrait l&#226;cher aux r&#233;volutionnaires, car, apr&#232;s ce point de non-retour, les Druzes ne rejoueront pas l'alliance avec le r&#233;gime.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Salma, &#171; &lt;i&gt;L'argument confessionnel sert de pr&#233;texte &#224; toutes les parties prenantes au conflit, de Bachar aux puissances &#233;trang&#232;res. C'est comme s'il y avait un plan en deux &#233;tapes, d'abord faire croire que les groupes confessionnels sont irr&#233;conciliables, puis imposer une partition, un d&#233;coupage de zones d'influence, comme au Liban, en Irak.&lt;/i&gt; &#187; Marwan insiste sur l'interventionnisme d&#233;vastateur des puissances r&#233;gionales soutenues par leurs alli&#233;s internationaux : &#171; &lt;i&gt;La Syrie n'est pas dans les mains des Syriens. M&#234;me au travers des institutions de l'opposition, on n'a pas r&#233;ussi &#224; investir dans la d&#233;mocratie. Les d&#233;g&#226;ts mat&#233;riels seront un jour remplac&#233;s par l'Iran ou l'Arabie Saoudite. Pour moi, c'est l&#224; que la r&#233;volution a perdu.&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'en septembre, Le Drian, ministre de la D&#233;fense, annonce les premi&#232;res frappes militaires fran&#231;aises contre Daech, que les soldats russes d&#233;barquent au sol dans le nord du pays et qu'un porte-avions chinois s'est post&#233; sur le port syrien de Tartous, il est clair qu'aucune puissance n'a la volont&#233; de soutenir ce soul&#232;vement civil, ni r&#233;ellement souhait&#233; la chute du r&#233;gime d'Assad.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sentiment d'abandon et exil &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel espoir reste-t-il pour ceux qui luttent contre le sentiment d'abandon et d'exil, de voir se reconstruire une r&#233;publique sociale syrienne, d&#233;mocratique, multiconfessionnelle, interethnique et la&#239;que, qu'ils appellent de leurs v&#339;ux ? Condamnant le tour que prend l'alliance objective entre le r&#233;gime et les puissances ext&#233;rieures et le silence radio coupable sur ceux qui ont r&#233;ellement port&#233; cette r&#233;bellion populaire, Abou Selma conclut avec amertume : &#171; &lt;i&gt;Cette force d'opposition, &#231;a aurait d&#251; &#234;tre nous ! Mais on a &#233;t&#233; pouss&#233;s dans des impasses. La communaut&#233; internationale a fait miroiter aux r&#233;sistants beaucoup de soutiens qui ne sont jamais venus. Aujourd'hui, les m&#233;dias se focalisent sur des acteurs du conflit qui ne repr&#233;sentent qu'une minorit&#233; de gens en r&#233;alit&#233;. Alors que c'est une majorit&#233; du peuple syrien qui s'est r&#233;volt&#233;e ! Mais cela n'a plus aucune valeur aux yeux de l'Occident. On est tous devenus des cafards ou des Daech.&lt;/i&gt; &#187; Si personne aujourd'hui ne sait ce qu'il adviendra r&#233;ellement de la Syrie, avec ou sans Bachar, enti&#232;re ou fragment&#233;e, la m&#233;moire de cette r&#233;sistance devra &#234;tre la base de toutes les recompositions.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;On parle du &#171; commerce du djihad &#187;, une strat&#233;gie du r&#233;gime qui fait r&#233;f&#233;rence &#224; la lib&#233;ration de prisonniers djihadistes en 2011 dans le seul objectif de cr&#233;er un contre-pouvoir &#224; la r&#233;volution civile.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir le site &lt;a href=&#034;https://www.adoptrevolution.org/en/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;adoptrevolution.org&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le puissant groupe salafiste Jabhat al-Nosra, affili&#233; &#224; Al Qaeda, est notoirement soutenu par des &#233;mirs saoudiens et la Turquie. Le groupe &#171; islamo-national &#187; Ahrar Al-Sham qui domine le nord ouest du pays, b&#233;n&#233;ficie de l'appui du Qatar, de la Turquie et cherche le soutien des &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La ville a sign&#233; fin septembre (2015) un cessez-le-feu de 6&#8200;mois avec le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Syrie : Le martyre de Yarmouk</title>
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		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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&lt;p&gt;&#171; Nous, Palestiniens du camp, nous ne nous sommes jamais consid&#233;r&#233;s comme &#233;trangers au peuple syrien et les Syriens ne nous ont jamais consid&#233;r&#233; comme des intrus. &#192; Damas, quand la r&#233;volution a commenc&#233;, c'&#233;tait pour moi une occasion de retourner une dette envers un peuple qui a accueilli les Palestiniens depuis 1948 &#187;, raconte Abou Selma. &#171; Le r&#233;gime a d'abord cru qu'il pouvait continuer &#224; s'appuyer sur les organisations palestiniennes et notamment sur Ahmed Jibril du FPLP-CG, qui a (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2127 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH400/-402-2889b.jpg?1779603078' width='400' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Omar Ibrahim
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Nous, Palestiniens du camp, nous ne nous sommes jamais consid&#233;r&#233;s comme &#233;trangers au peuple syrien et les Syriens ne nous ont jamais consid&#233;r&#233; comme des intrus. &#192; Damas, quand la r&#233;volution a commenc&#233;, c'&#233;tait pour moi une occasion de retourner une dette envers un peuple qui a accueilli les Palestiniens depuis 1948&lt;/i&gt; &#187;, raconte Abou Selma. &#171; &lt;i&gt;Le r&#233;gime a d'abord cru qu'il pouvait continuer &#224; s'appuyer sur les organisations palestiniennes et notamment sur Ahmed Jibril du FPLP-CG, qui a toujours &#233;t&#233; vu comme un collabo d'Assad.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, en mai 2011, une partie de la population du camp, se retourne contre le FPLP, qu'elle tient pour responsable des victimes des manifestations de comm&#233;moration de la Nakba &#224; la fronti&#232;re isra&#233;lienne, sacrifi&#233;es &#224; une &#233;ni&#232;me man&#339;uvre politique de Bachar. &#171; &lt;i&gt;Nous nous sommes rendus au si&#232;ge du FPLP pour le saccager. Nous scandions &#8220;Un, un, un Palestiniens et Syriens sont un&#8221; et &#8220;Tra&#238;tres, Tra&#238;tres, Tra&#238;tres&#8221; contre les organisations politiques palestiniennes du camp. Yarmouk &#233;tait officiellement entr&#233; en r&#233;volution. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment ce camp de 250 000 habitants (dont 150 000 r&#233;fugi&#233;s palestiniens) en 2012 qui recouvre un quartier entier du sud de Damas, s'est retrouv&#233; d&#233;vast&#233; et r&#233;duit &#224; moins de 18 000 survivants aujourd'hui ? &#171; &lt;i&gt;Pour contrer l'Arm&#233;e syrienne libre, dont les effectifs grandissaient d&#233;j&#224; dans les quartiers voisins, Jibril a tent&#233; de cr&#233;er les chahibas, des milices charg&#233;es de provoquer enl&#232;vements, affrontements et tensions. Mais le camp est rest&#233; une importante base logistique et de soins pour les r&#233;sistants des autres quartiers. En d&#233;cembre 2012, Assad change de tactique et, apr&#232;s avoir maintenu l'ASL aux portes sud de Yarmouk, il l'attire dans le camp. Dans le m&#234;me temps, ses bombardements r&#233;p&#233;t&#233;s incitent les habitants les plus loyalistes &#224; fuir vers Damas, par l'unique point de passage au nord du camp. Il a utilis&#233; ensuite les chahibas pour bloquer la porte nord et assi&#233;ger la zone sud. Sans plus d'issues, les 50 000 personnes rest&#233;es &#224; Yarmouk apr&#232;s le passage des MIG sont prises au pi&#232;ge.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le camp devient alors le th&#233;&#226;tre de deux ann&#233;es de si&#232;ge impos&#233; par l'arm&#233;e : &#171; &lt;i&gt;En octobre 2013, il y eut le premier mort de faim, une enfant. Au total, il y a eu 172&#8200;morts de faim. Yarmouk c'est une zone urbaine, il n'y a pas d'agriculture, donc il n'y avait rapidement plus rien &#224; manger. On a fini par manger la mauvaise herbe qui pousse sur le palier des maisons. C'&#233;tait vendu 300&#8200;livres le kilo. Les familles pauvres la mangeaient en salade, les autres, qui arrivaient &#224; en acheter 2 kg par jour, la mangeaient bouillie et rebouillie. On tombait malades au bout de quinze jours.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'offensive de Daech dans Yarmouk, au 1er avril 2015, qui finit d'achever toute forme de r&#233;sistance. Apr&#232;s d'intenses combats, b&#233;n&#233;ficiant vraisemblablement d'un retournement d'alliance de son rival, Jabhat Al-Nosra, Daech prend le contr&#244;le de 90 % du camp. En moins de dix jours, plus de 38&#8200;civils et combattants auraient &#233;t&#233; ex&#233;cut&#233;s ou d&#233;capit&#233;s par les djihadistes, selon l'OSDH (Observatoire syrien des droits de l'homme), dont plusieurs membres du principal groupe palestinien d'opposition, Aknaf Beit Al-Maqdis. Les t&#233;moignages affirment que 75&#8200;civils et enfants sont emprisonn&#233;s dans une &#233;cole, d'autres sont port&#233;s disparus. Pour beaucoup d'observateurs, il est impossible que les combattants de Daech, qui ne tenaient aucune position &#224; Yarmouk comme dans la banlieue de Damas, aient pu investir ce quartier assi&#233;g&#233;, sans la complicit&#233; de l'arm&#233;e qui en contr&#244;lait les trois entr&#233;es. Le dictateur y aurait trouv&#233; son int&#233;r&#234;t &#224; la fois pour briser la r&#233;sistance palestinienne et pour se poser encore une fois en acteur du moindre mal, face &#224; une menace djihadiste &#224; moins de 10&#8200;km de la capitale. Face &#224; une contre-offensive unifi&#233;e, Daech va finalement laisser le terrain aux rebelles d'Al Nosra. Depuis, les habitants du camp sont tr&#232;s vite redevenus la cible privil&#233;gi&#233;e du r&#233;gime : les pilonnages sans discernement ont repris sur Yarmouk, Assad savoure sa vengeance.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#171; Sauver les chr&#233;tiens d'orient &#187;&#8230; ou la victoire combin&#233;e du r&#233;gime et de l'extr&#234;me droite ? </title>
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		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Florian Phillipot</dc:subject>
		<dc:subject>ans maintenant</dc:subject>
		<dc:subject>Levant</dc:subject>
		<dc:subject>Phillipot</dc:subject>
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		<dc:subject>Florian</dc:subject>
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		<dc:subject>Syrie n'a</dc:subject>
		<dc:subject>chr&#233;tiens repr&#233;sentaient</dc:subject>
		<dc:subject>d&#233;clar&#233;s chr&#233;tiens</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Y a-t-il une menace de g&#233;nocide sur les chr&#233;tiens d'Orient au Levant, comme le claironnent depuis quatre ans maintenant aussi bien les chancelleries que des archev&#234;ques, la Croix-Rouge ou Florian Phillipot ? Tr&#232;s objectivement, sans nier la r&#233;alit&#233; des pers&#233;cutions, la Syrie n'a connu aucun massacre d'ampleur, avec principalement deux faits de prises d'otages dans le nord-est par Daech, aux confins de la ligne de front avec les Kurdes. Si on fait un d&#233;compte macabre, les tu&#233;s d&#233;clar&#233;s (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Y a-t-il une menace de g&#233;nocide sur les chr&#233;tiens d'Orient au Levant, comme le claironnent depuis quatre ans maintenant aussi bien les chancelleries que des archev&#234;ques, la Croix-Rouge ou Florian Phillipot ? Tr&#232;s objectivement, sans nier la r&#233;alit&#233; des pers&#233;cutions, la Syrie n'a connu aucun massacre d'ampleur, avec principalement deux faits de prises d'otages dans le nord-est par Daech, aux confins de la ligne de front avec les Kurdes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on fait un d&#233;compte macabre, les tu&#233;s d&#233;clar&#233;s chr&#233;tiens repr&#233;sentaient, en 2014, 0,48 % des 240 000 morts. La seule tuerie de masse de chr&#233;tiens par des djihadistes qui fait r&#233;f&#233;rence dans les discours officiels a eu lieu au Kenya, o&#249; une centaine d'&#233;tudiants furent ex&#233;cut&#233;s par les shebabs, &#224; Garissa en avril 2015. On est tout de m&#234;me assez loin de l'Orient&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, la focalisation sur cette suppos&#233;e menace de g&#233;nocide, puisque c'est sous ce terme que les m&#233;dias et l'ONU communiquent, rev&#234;t une fonction fortement id&#233;ologique. Elle permet &#224; la classe politique et &#224; l'intelligentsia d'agiter le chiffon rouge du choc des civilisations. Pour Valls ou BHL, le logiciel d'explication du conflit se d&#233;veloppe sur l'algorithme de la guerre de religions, avec en fond d'&#233;cran &#224; peine gris&#233; la haine de l'islam, surtout son incompatibilit&#233; avec les soci&#233;t&#233;s occidentales et leurs zones d'influence. Pourtant, qui assi&#232;ge et bombarde avec un acharnement visc&#233;ral le fief rebelle de Zabadani, o&#249; le soul&#232;vement a &#233;t&#233; d&#233;clench&#233; par le p&#232;re Paolo ? Le r&#233;gime baassiste. Et qui, en solidarit&#233;, tente de desserrer l'&#233;tau en r&#233;pondant coup pour coup sur des localit&#233;s d'Idleb ? L'Arm&#233;e de la conqu&#234;te, coalition de groupes islamistes. Eh oui, la r&#233;alit&#233; des peuples &#233;chappe parfois aux analyses &#224; la d&#233;coupe&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argument du sort particulier des chr&#233;tiens d'Orient d&#233;tourne clairement l'attention des crimes d'Assad vers la probl&#233;matique Daech. Pourtant, &#224; bien y regarder, l'&#201;tat islamique est plus pr&#233;occup&#233; par son expansion territoriale, quitte &#224; faire fuir les minorit&#233;s religieuses qui ne lui font pas all&#233;geance, qu'&#224; organiser une &#233;puration syst&#233;matique sur des bases confessionnelles de ses opposants. &#192; l'exception notable de la tentative d'&#233;limination des y&#233;zidis en Irak, communaut&#233; zoroastrienne, qui ont d&#251; leur salut &#224; l'intervention du PKK. Le r&#233;gime est alors petit &#224; petit blanchi et pr&#233;sent&#233; comme un alli&#233; objectif pour contenir ce que Fran&#231;ois Hollande d&#233;crit comme &#171; &lt;i&gt;la furie islamiste&lt;/i&gt; &#187;, avec un Bachar d&#233;guis&#233; en chef des crois&#233;s. Ce positionnement montre &#224; quel point les valeurs de l'extr&#234;me droite ont gagn&#233; les esprits. La vision d'un Occident qui doit se recentrer sur sa chr&#233;tient&#233; est renforc&#233;e. Concr&#232;tement, le crit&#232;re d'appartenance religieuse est d&#233;crit comme discriminant par les Syriens rencontr&#233;s dans la possibilit&#233; d'obtenir le droit d'asile dans l'Hexagone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;part du despote n'est plus &#224; l'agenda. Tout le monde s'est ainsi align&#233; sur les positions du Front national, dont on peut suivre le fil historique tr&#232;s stable sur le site infosyrie.fr, mis en place par l'ex-gudard Fr&#233;d&#233;ric Chatillon. Pour l'&#201;tat fran&#231;ais, la perspective de soutenir une alternative interculturelle en Syrie n'a finalement jamais &#233;t&#233; &#224; l'ordre du jour. Et les r&#233;sistants syriens la&#239;ques et progressistes en sont encore pour leurs frais&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Migrants : &#171; We are not going back ! &#187;</title>
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		<dc:creator>Glammour</dc:creator>


		<dc:subject>Histoires de saute-fronti&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>L.L. de Mars</dc:subject>
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		<dc:subject>Camp</dc:subject>
		<dc:subject>Balzi Rossi</dc:subject>
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		<dc:subject>Rossi</dc:subject>
		<dc:subject>Balzi</dc:subject>
		<dc:subject>soutiens</dc:subject>
		<dc:subject>route c&#244;ti&#232;re</dc:subject>

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&lt;p&gt;Le week-end du 26 juillet 2015, le r&#233;seau No Border appelait &#224; converger vers le camp des migrants (&#171; Presidio permanente &#187;) &#224; la fronti&#232;re italienne pour se mobiliser contre l'entrave &#224; la circulation des personnes. Retour sur la situation &#224; Vintimille, ville ferm&#233;e. &#171; We are not going back ! &#187; A Balzi Rossi, juste apr&#232;s le poste-fronti&#232;re, la piaule a vue sur mer et sur les fa&#231;ades de Menton, &#224; 2&#8200;km par la route c&#244;ti&#232;re. Et si on craint de se r&#233;veiller dans une chaleur suffocante sous (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le week-end du 26 juillet 2015, le r&#233;seau No Border appelait &#224; converger vers le camp des migrants (&#171; Presidio permanente &#187;) &#224; la fronti&#232;re italienne pour se mobiliser contre l'entrave &#224; la circulation des personnes. Retour sur la situation &#224; Vintimille, ville ferm&#233;e. &#171; &lt;i&gt;We are not going back !&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; On ne fera pas machine arri&#232;re ! &#187; Slogan des migrants &#224; Vintimille.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A Balzi Rossi, juste apr&#232;s le poste-fronti&#232;re, la piaule a vue sur mer et sur les fa&#231;ades de Menton, &#224; 2&#8200;km par la route c&#244;ti&#232;re. Et si on craint de se r&#233;veiller dans une chaleur suffocante sous les b&#226;ches de fortune qui prot&#232;gent les matelas empil&#233;s sur les rochers, il est toujours possible de s'installer &#224; l'ombre des arches du pont ferroviaire, coinc&#233;es entre un parking pour vacanciers et la circulation automobile qui entre en Italie.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2019 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH582/-299-42a78.jpg?1779603330' width='400' height='582' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par L.L. de Mars.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue des touristes qui se dorent la pilule sur la plage &#224; deux pas ou du quidam bombard&#233; par les images t&#233;l&#233;visuelles de sc&#232;nes d'exode, le bivouac des migrants ne peut inspirer que du mis&#233;rabilisme. Mais d&#232;s qu'on s'y installe, l'effet s'estompe : des espaces individuels et collectifs sont pr&#233;vus, il est pourvu de sanitaires, reli&#233; &#224; l'eau courante, l'&#233;lectricit&#233; et Internet. Les dons et les op&#233;rations de r&#233;cup' viennent alimenter l'approvisionnement de la cuisine collective en plein air. Ce fonctionnement collectif est le r&#233;sultat des deux mois d'exp&#233;rience et de travaux r&#233;alis&#233;s par les migrants et leurs soutiens locaux ou europ&#233;ens, associations humanitaires comme activistes. Plusieurs dizaines de permanents se relaient, et il y a alors environ 80&#8200;migrants en flux constant, en majorit&#233; des hommes, jeunes, originaires d'Afrique de l'Est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Salam chebab !&lt;/i&gt; &#187;, un affable imam de Nice passe r&#233;guli&#232;rement chaque soir pour distribuer de la nourriture chaude et donner quelques coups au sac de frappe avec les jeunes. Mais on est surtout ici pour se rencontrer, interagir et se donner des tuyaux sur la route et ses droits. On communique dans un arabe litt&#233;ral maltrait&#233;, &#224; nouveau d&#233;form&#233; vers l'anglais, l'italien et le fran&#231;ais. &#171; &lt;i&gt;Comment peut-on se loger en France ?&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Est-ce qu'avec cette invitation de mon fr&#232;re, je peux me rendre &#224; Paris ?&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;En Angleterre, c'est plus facile de travailler, non ?&lt;/i&gt; &#187;. Des ateliers d'&#233;change d'informations sont organis&#233;s sur les destinations europ&#233;ennes, cartes routi&#232;res accroch&#233;es sur les murs du pont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans l'assembl&#233;e tenue quotidiennement par les occupants du moment, les questions r&#233;pressives prennent une place de plus en plus importante. Sous pr&#233;texte d'une application extr&#234;me du r&#232;glement &#171; Dublin&#8200;II &#187;, qui veut que le migrant entame ses d&#233;marches dans le premier pays europ&#233;en o&#249; il est arriv&#233;, les autorit&#233;s ont engag&#233; un sinistre jeu de ping-pong qui implique une omnipr&#233;sence polici&#232;re &#224; proximit&#233; du camp et bien au-del&#224; de la fronti&#232;re. Contr&#244;les au faci&#232;s syst&#233;matis&#233;s, rafles, parcage des interpell&#233;s dans des containers avant le refoulement vers l'Italie, la r&#233;pression sur la fronti&#232;re touche aussi directement les soutiens aux migrants. Les oppositions physiques aux convois de renvoi de la France vers l'Italie donnent lieu aux premiers proc&#232;s et interdictions de territoire (sic). La criminalisation des soutiens passe aussi tout simplement par le d&#233;lit de solidarit&#233; &#224; la sauce italienne, quand le simple geste d'offrir de la nourriture &#224; des ill&#233;gaux est sanctionn&#233; p&#233;nalement comme un trouble &#224; l'ordre public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les 700&#8200;migrants qui avaient afflu&#233; le 18 juin dernier ne sont plus l&#224; pour t&#233;moigner des premiers jours de gal&#232;re sur ces m&#234;mes rochers, lorsque l'&#233;tat fran&#231;ais avait brutalement d&#233;cid&#233; le blocus de la fronti&#232;re entre Vintimille et Menton, construisant un n&#339;ud migratoire &#224; l'image de celui de Calais et ordonnant dans le m&#234;me temps l'&#233;vacuation de la Halle Pajol &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains ont r&#233;ussi &#224; passer entre les mailles &#233;troites du filet policier qui s'est d&#233;ploy&#233; autour du poste-fronti&#232;re, et malgr&#233; la surveillance permanente des trains et gares. C&#244;t&#233; fran&#231;ais, la Direction r&#233;gionale de la SNCF a particip&#233; au dispositif d'identification et d'interpellation en pratiquant le contr&#244;le aux quais accompagn&#233; de policiers, et en &#233;largissant le temps d'arr&#234;t en gare pour permettre les fouilles de train.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la plupart ont &#233;t&#233; entass&#233;s par les autorit&#233;s italiennes dans un camp ferm&#233; proche de la gare, sous le contr&#244;le unilat&#233;ral et viss&#233; de la Croix-Rouge italienne : ils y sont maintenus dans une attente ind&#233;termin&#233;e et passive de leur sort, tandis que des laissez-passer leur sont exig&#233;s pour entrer et sortir du campement. Pour compl&#233;ter le verrouillage, un cordon de &lt;i&gt;carabinieri&lt;/i&gt; les emp&#234;che de circuler au-del&#224; d'un rayon de 100 m&#232;tres autour de la gare. Cette strat&#233;gie du goulot d'&#233;tranglement aux portes du territoire fran&#231;ais servirait d'argument &#224; l'&#233;tat italien pour exercer sa pression dans les n&#233;gociations europ&#233;ennes sur les quotas de relocalisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le blocage de la fronti&#232;re a g&#233;n&#233;r&#233; une zone de conflictualit&#233; aigu&#235; dans l'espace transfrontalier, l&#224; o&#249; les flux de migrants, constants, ne sont pas toujours aussi visibles. Simultan&#233;ment, tous les &lt;i&gt;business&lt;/i&gt; li&#233;s &#224; la clandestinit&#233; se sont accrus : employeurs au noir, marchands de sommeil, et bien &#233;videmment passeurs crapuleux, comme ce trio surpris en plein d&#233;marchage le dimanche 27&#8200;juillet sur le camp et chass&#233; par l'assembl&#233;e r&#233;unie &#224; ce moment-l&#224;. Les r&#233;cits de migrants d&#233;pouill&#233;s et laiss&#233;s sur le bord du chemin sont courants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains migrants sont partag&#233;s entre rejoindre le camp de la Croix-Rouge ou celui de No Border, et &#233;valuent leurs meilleures chances de r&#233;ussite : &#171; &lt;i&gt; No Border ? Je sais que les conditions de vie sont meilleures. Mais actuellement je pr&#233;f&#232;re camper &#224; proximit&#233; de la gare, pour tenter de prendre le train. J'essaie chaque jour et je r&#233;essaierai demain. Si &#231;a ne marche pas, je rejoindrai No Border&lt;/i&gt; &#187;, explique Ibrahim, originaire du Soudan, devant le &lt;i&gt;check point&lt;/i&gt; de la Croix-Rouge qui vient de nous refuser le droit de visite. Toutes les nuits au camp de No Border arrivent des dizaines de migrants qui ont r&#233;ussi &#224; tromper les rondes des flics, parcourir &#224; pied les 8&#8200;km de sentier c&#244;tier et prendre la place laiss&#233;e vacante par ceux qui ont franchi la fronti&#232;re la veille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'oppos&#233; de l'instrumentalisation des migrants par les &#233;tats et leurs suppl&#233;tifs humanitaires, le camp libre de No Border propose une zone de mobilisation active contre le blocus fran&#231;ais et d'exp&#233;rimentation de solidarit&#233;s concr&#232;tes qui incitent &#224; sortir d'une vision purement humanitaire de l'aide aux sans-papiers. Soutiens et migrants s'engagent ainsi dans un travail d'appui mutuel au-del&#224; du passage de la fronti&#232;re, notamment sur les probl&#233;matiques de logement, de transport ou de soin. La mise en r&#233;seau des collectifs m&#234;lant migrants et soutiens locaux dans les diff&#233;rentes villes-&#233;tapes autorise ainsi une am&#233;lioration de la mobilit&#233; et de l'accueil, comme cela permet d'affronter ensemble la pression polici&#232;re. Une manifestation a d'ailleurs &#233;t&#233; organis&#233;e le 22&#8200;ao&#251;t &#224; la m&#233;moire des migrants assassin&#233;s par la police&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 1995, &#224; Sospel, juste au-dessus du camp, Todor Bokanovic, 8&#8200;ans, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Le d&#233;veloppement de ces solidarit&#233;s directes, au m&#234;me titre que les actions de surveillance des agissements des forces de l'ordre, dites de &lt;i&gt;copwatching&lt;/i&gt;, sont autant de mani&#232;res d'affaiblir l'effet r&#233;pressif de la fronti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le blocus, le flux de migrants s'est d&#233;tourn&#233; vers Brennero &#224; la fronti&#232;re autrichienne&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 27&#8200;ao&#251;t, 71&#8200;migrants &#233;taient retrouv&#233;s morts dans un camion abandonn&#233; sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Et &#231;a commence &#224; chauffer dur sur la route, &#224; Bologne, Milan ou Brescia, o&#249; les manifestations se succ&#232;dent pour d&#233;noncer la violence des discriminations. C&#244;t&#233; fran&#231;ais, la mobilisation se structure &#224; Marseille, comme &#224; Grenoble, pour accueillir et orienter celles et ceux qui parviennent &#224; passer entre les mailles du filet. Des lieux de vie sont ouverts, que ce soit pour le transit, pour souffler un peu, ou pour envisager l'installation et l'engagement de d&#233;marches de r&#233;gularisation. Des liens se tissent progressivement avec les mouvements en cours &#224; Paris et &#224; Calais, et vers Lampedusa. Notre monde s'&#233;largit gr&#226;ce &#224; ceux qui voyagent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Glammour
(Groupe de liaison et d'action M&#233;diterran&#233;e Moyen-Orient utopie Rojava)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; On ne fera pas machine arri&#232;re ! &#187;
Slogan des migrants &#224; Vintimille.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En 1995, &#224; Sospel, juste au-dessus du camp, Todor Bokanovic, 8&#8200;ans, recevait, sous les yeux de sa famille, une balle dans la t&#234;te par la Police aux fronti&#232;res en tentant de traverser. Les fonctionnaires avaient &#233;t&#233; relax&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le 27&#8200;ao&#251;t, 71&#8200;migrants &#233;taient retrouv&#233;s morts dans un camion abandonn&#233; sur une autoroute autrichienne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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