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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Voyage sans visa</title>
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		<dc:date>2017-02-13T03:30:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Nassir Safi</dc:creator>


		<dc:subject>Histoires de saute-fronti&#232;res</dc:subject>
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&lt;p&gt;Nassir a 14 ans lorsque, fin 2013, il quitte l'Afghanistan. Aujourd'hui scolaris&#233; &#224; Marseille, il a effectu&#233; un stage &#224; CQFD et nous a racont&#233; son aventure. T&#233;moignage brut. Je ne suis rest&#233; que deux ou trois jours &#224; Kaboul, chez un oncle. Un passeur est venu me chercher et, avec quatre autres jeunes &#224; bord, il a roul&#233; jusqu'&#224; Nimr&#244;z, &#224; la fronti&#232;re iranienne. On est rest&#233;s quelques jours dans un appartement, jusqu'&#224; ce qu'un autre passeur nous mette dans un convoi de plusieurs voitures. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no151-fevrier-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;151 (f&#233;vrier 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/frontiere" rel="tag"&gt;fronti&#232;re&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/puis" rel="tag"&gt;puis&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nassir a 14 ans lorsque, fin 2013, il quitte l'Afghanistan. Aujourd'hui scolaris&#233; &#224; Marseille,
il a effectu&#233; un stage &#224; CQFD et nous a racont&#233; son aventure. T&#233;moignage brut.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1821 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH189/-124-2785f.jpg?1782824340' width='500' height='189' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par La maltourn&#233;e
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis rest&#233; que deux ou trois jours &#224; Kaboul, chez un oncle. Un passeur est venu me chercher et, avec quatre autres jeunes &#224; bord, il a roul&#233; jusqu'&#224; Nimr&#244;z, &#224; la fronti&#232;re iranienne. On est rest&#233;s quelques jours dans un appartement, jusqu'&#224; ce qu'un autre passeur nous mette dans un convoi de plusieurs voitures. Apr&#232;s quelques heures, il nous a l&#226;ch&#233;s en plein d&#233;sert. L&#224;, une autre &#233;quipe nous a entass&#233;s trois par coffre, douze par voiture. Nouvel arr&#234;t. &#171; &lt;i&gt;Vous voyez ce col, l&#224;-haut ? Des passeurs iraniens vous y attendent&lt;/i&gt;. &#187; Ils nous ont frapp&#233;s avec des manches &#224; balai pour nous faire courir, m&#234;me les enfants, les vieux, tout le monde. Une fois du c&#244;t&#233; iranien, hop, dans des voitures &#224; nouveau. Sans rien boire ni manger. Les passeurs ayant peur de la police, on a attendu trois jours avant de partir &#224; pied. Ils nous ont donn&#233; des biscuits et un peu d'eau. Trois fois rien. Par petits groupes, on est arriv&#233;s en ville. Encore une voiture. Route. Encore un arr&#234;t, dans une ferme, et le soir venu, nous sommes repartis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; T&#233;h&#233;ran, le groupe se disperse et je me retrouve seul dans une maison. &#171; &lt;i&gt;Tu ne sors pas d'ici sans qu'on te le dise !&lt;/i&gt; &#187; Au deuxi&#232;me jour, j'ai craqu&#233;, je suis all&#233; me balader en ville et la police m'a arr&#234;t&#233;. &#171; &lt;i&gt;Papiers ! Tu viens d'o&#249; ?&lt;/i&gt; &#187; Ils m'ont tabass&#233; et mis en cellule, tout seul. J'ai mang&#233;. Au bout d'une semaine, on m'a mis dehors. J'ai appel&#233; mon passeur &#8211; j'avais son num&#233;ro. J'ai pass&#233; mon t&#233;l&#233;phone &#224; un passant pour qu'il lui explique o&#249; je me trouvais. L'homme m'a ramen&#233; &#224; la planque. &#171; &lt;i&gt;Si tu sors, je te laisse dans la merde !&lt;/i&gt; &#187; Puis on est partis vers la fronti&#232;re turque, &#224; cinq dans une voiture. On s'est fait contr&#244;ler sur la route. Personne n'avait de papiers, mais la police nous a laiss&#233;s passer gr&#226;ce au bakchich. On a mang&#233;, puis on est repartis en pick-up, dix personnes par v&#233;hicule. Il faisait tr&#232;s froid, ils roulaient vite. C'&#233;tait dur. Les voitures reparties, les passeurs ont amen&#233; un bateau en plastique, type bateau de plage, pour traverser une rivi&#232;re. Je suis mont&#233; en premier et j'ai bascul&#233;, plouf ! Je ne sais pas bien nager. Heureusement, mon sac &#233;tait rest&#233; &#224; bord et j'ai pu mettre des v&#234;tements secs. On a march&#233; et on a travers&#233; une autre rivi&#232;re avec le m&#234;me bateau. Cette fois, je n'y suis pas all&#233; le premier, je n'avais qu'un rechange. Le soleil s'est lev&#233;, on s'est cach&#233;s dans les bois. Puis, le soir, on a ramp&#233; pour ne pas &#234;tre vus depuis la route. Deux v&#233;hicules sont venus nous chercher. On est mont&#233;s fissa. On est arriv&#233;s dans un village turc sans que je sente le passage de la fronti&#232;re. Dans une maison, un homme m'interroge : &#171; &lt;i&gt;Tu t'appelles comment ? C'est qui ton passeur ?&lt;/i&gt; &#187; J'ai donn&#233; le num&#233;ro de l'Iranien. Il l'a appel&#233; pour v&#233;rifier et il m'a dit : &#171; &lt;i&gt;Viens avec moi.&lt;/i&gt; &#187; Il m'a achet&#233; un ticket de bus. &#171; &lt;i&gt;Vas jusqu'&#224; Istanbul. Quelqu'un t'attendra l&#224;-bas&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Istanbul, un Afghan m'attendait. Il m'a guid&#233; jusqu'&#224; une maison o&#249; logeaient cinq ou six compatriotes. L&#224;-bas, on &#233;tait libres, on sortait se balader au bord de l'eau, dans des parcs, on mangeait dans des snacks pour pas cher. L'un des gar&#231;ons connaissait bien la ville, il faisait des petits boulots pour payer le passage vers l'Europe. Je suis rest&#233; quelques jours, puis cap sur la Gr&#232;ce avec une trentaine de voyageurs. Un autre passeur m'a fait monter dans un van, jusqu'&#224; proximit&#233; de la fronti&#232;re. Puis on a march&#233; jusqu'au fleuve que l'on a travers&#233; avec un bateau pneumatique. Mais, l&#224;, on a &#233;t&#233; pris dans un tourbillon&#8230; J'ai cru qu'on allait y rester. Il faisait froid, ce soir-l&#224;. J'&#233;tais le seul Afghan, il y avait des Iraniens, des Irakiens. Je comprends la langue des Iraniens. Le passeur est parti avec les Irakiens et on s'est cach&#233;s sous un pont &#8211; on &#233;tait cinq. &#192; la tomb&#233;e de la nuit, d&#233;sesp&#233;r&#233;, j'ai appel&#233; le passeur &#8211; Afghans et Iraniens, c'est le m&#234;me r&#233;seau &#8211; et il m'a dit s'&#234;tre battu avec le passeur des Syriens, il faudrait attendre un jour ou deux. Le troisi&#232;me jour, une voiture arrive et je sors de notre cachette pour lui faire signe. Une patrouille m'a vu et ils m'ont frapp&#233; avant de me passer les menottes et d'embarquer les autres. Ils nous ont jet&#233;s en cellule. Il y avait du monde : Afghans, Syriens, Irakiens, Iraniens, Kurdes&#8230;. Ils nous ont tous renvoy&#233;s en Turquie. L&#224;-bas, trois Afghans m'ont dit qu'il fallait se cacher en ville et j'ai pris un taxi avec eux pour Istanbul. De retour dans la m&#234;me maison, j'ai retrouv&#233; mon coll&#232;gue. Deux, trois jours apr&#232;s, on a tent&#233; de passer la fronti&#232;re bulgare. Nouvelle arrestation et retour en prison, enfants, vieux, femmes, tous m&#233;lang&#233;s. J'ai eu de la chance de sortir apr&#232;s une semaine. Des jeunes m'ont racont&#233; qu'ils &#233;taient enferm&#233;s l&#224; depuis trois, quatre, cinq mois. Istanbul encore. Troisi&#232;me tentative &#224; la fronti&#232;re grecque. On &#233;tait six &#224; tenter la travers&#233;e du fleuve. Le passeur m'a dit : &#171; &lt;i&gt;Cette fois, tu vas r&#233;ussir, vous n'&#234;tes pas nombreux.&lt;/i&gt; &#187; On est rest&#233; une journ&#233;e dans les bois, puis le passeur turc m'a appel&#233; pour me pr&#233;venir qu'une voiture allait nous emmener jusqu'&#224; Ath&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est rest&#233;s vingt jours en Gr&#232;ce, avec la peur de croiser la police, puis je suis parti en bus jusqu'&#224; Patras, o&#249; j'ai rejoint plein de gens sur une petite montagne. Ils attendaient pour passer en Italie. La journ&#233;e on dormait et le soir on courait apr&#232;s les camions. L'id&#233;e &#233;tait de monter dedans, dessus ou dessous juste avant qu'il embarque sur un ferry. J'en ai attrap&#233; beaucoup, mais &#224; chaque fois, le conducteur me faisait descendre, ou la police &#8211; 18 mois de prison pour qui se fait attraper. La premi&#232;re fois qu'un flic m'a mis la main dessus, il m'a frapp&#233; et m'a jet&#233; en cellule, mais j'&#233;tais sa seule prise du jour, alors il m'a rel&#226;ch&#233;. La seconde fois, je me suis enfui en sautant d'un camion en marche et je suis retourn&#233; au refuge dans la montagne avec un terrible mal de dos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, on a finalement r&#233;ussi &#224; passer. On a d&#233;coup&#233; la toile d'un camion pendant que le chauffeur dormait dans sa cabine. Il devait &#234;tre quatre heures du matin. 24 heures d'attente, puis 24h de travers&#233;e : 48h sans manger ni boire. Arriv&#233;s en Italie, la remorque du camion a &#233;t&#233; plac&#233;e sur un train. C'&#233;tait un chargement de bois qui partait pour l'Allemagne. D&#233;boussol&#233;s et affam&#233;s, on a saut&#233; du train &#8211; mal de dos &#224; nouveau. On a couru vers les bois, mais on s'est fait attraper par la police. Apr&#232;s sept heures au commissariat, ils nous ont emmen&#233;s dans un camp. On a pu enfin manger. Je n'ai toujours pas id&#233;e aujourd'hui de la r&#233;gion o&#249; nous &#233;tions. On nous a dit &#171; &lt;i&gt;Italie&lt;/i&gt; &#187;, et c'est tout. J'ai achet&#233; une carte SIM et j'ai appel&#233; le passeur grec. Il m'a dit : &#171; &lt;i&gt;Prends un train pour Rome, ensuite Milan, puis Vintimille&lt;/i&gt;. &#187; Sans ticket, je suis arriv&#233; &#224; Milan et j'ai pris un autre train pour atteindre Vintimille. L&#224;, j'ai rappel&#233; le passeur grec. &#171; &lt;i&gt;Prends un billet pour Nice&lt;/i&gt;. &#187; Juste avant la fronti&#232;re, les flics sont mont&#233;s, ont d&#233;visag&#233; les gens et ont fait descendre tous ceux qui avaient une t&#234;te d'&#233;tranger. Je suis rest&#233; un jour et une nuit en prison, en compagnie de deux jumeaux afghans connus dans le train. Au t&#233;l&#233;phone, le Grec me conseille de marcher le long du rivage jusqu'&#224; Nice. L&#224;, j'ai appel&#233; mon oncle &#224; Kaboul pour qu'il paye le passeur afghan : 7 000 dollars. Le dernier conseil du Grec a &#233;t&#233; : &#171; &lt;i&gt;Vas &#224; Marseille, &#231;a sera mieux pour toi.&lt;/i&gt; &#187; Mes deux copains sont partis pour l'Allemagne, via Paris. J'ai dormi &#224; la gare Saint-Charles, o&#249; j'ai crois&#233; un Afghan. Il m'a accompagn&#233; au commissariat de Noailles. L&#224;, un policier, apr&#232;s m'avoir demand&#233; ce que je comptais faire &#8211; &#171; &lt;i&gt;Rester ici&lt;/i&gt; &#187;, j'ai r&#233;pondu &#8211;, m'a guid&#233; jusqu'au bureau des &#233;ducateurs de rue d'Addap13. Apr&#232;s un mois de gal&#232;re, ils m'ont trouv&#233; une place en foyer, puis dans un coll&#232;ge.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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