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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Des jets de lait puissants</title>
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		<dc:creator>Mathilde Bl&#233;zat</dc:creator>


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&lt;p&gt;Grossesse, accouchement et post-partum modifient tr&#232;s souvent le rapport des femmes &#224; leur sexualit&#233;. Pics ou chutes de libido, plaisir et douleur, fronti&#232;re mouvante entre maternit&#233; et sexualit&#233;... Les questionnements abondent, et les v&#233;cus diff&#232;rent. &#192; travers les paroles de six femmes, plong&#233;e dans une diversit&#233; qui bouscule la figure tut&#233;laire de la m&#232;re &#171; pure &#187; et d&#233;vou&#233;e. &#171; Du cinqui&#232;me au septi&#232;me mois de grossesse, j'ai ressenti un pic de libido comme &#231;a ne m'&#233;tait pas arriv&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Grossesse, accouchement et post-partum modifient tr&#232;s souvent le rapport des femmes &#224; leur sexualit&#233;. Pics ou chutes de libido, plaisir et douleur, fronti&#232;re mouvante entre maternit&#233; et sexualit&#233;... Les questionnements abondent, et les v&#233;cus diff&#232;rent. &#192; travers les paroles de six femmes, plong&#233;e dans une diversit&#233; qui bouscule la figure tut&#233;laire de la m&#232;re &#171; pure &#187; et d&#233;vou&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Du cinqui&#232;me au septi&#232;me mois de grossesse, j'ai ressenti un pic de libido comme &#231;a ne m'&#233;tait pas arriv&#233; depuis longtemps,&lt;/i&gt; raconte Nora&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; modifi&#233;s.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, enceinte de neuf mois.&lt;i&gt; J'avais tout le temps envie de faire l'amour, mais pas forc&#233;ment &#224; deux : je me masturbais tous les jours, surtout pendant mes insomnies. Mon compagnon m'a fait beaucoup de cunnilingus aussi. La p&#233;n&#233;tration, une fois j'ai eu mal alors on ne l'a plus fait apr&#232;s. Et j'ai eu des orgasmes incroyables avec mes seins&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Comme Nora, de nombreuses femmes t&#233;moignent d'une mont&#233;e du d&#233;sir sexuel pendant une partie de leur grossesse, parfois accompagn&#233;e de fantasmes nouveaux : &#171; &lt;i&gt;&#192; un moment, j'ai fait une fixette sur les vid&#233;os pornos d'hommes gays, &lt;/i&gt;se souvient Pauline. &lt;i&gt;Je n'en avais jamais vu avant et je me suis mise &#224; en regarder plein. Je les trouvais touchants, excitants, j'ai beaucoup joui.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres femmes, au contraire, n'ont plus envie de faire l'amour, &#224; cause de la fatigue, des naus&#233;es ; par g&#234;ne vis-&#224;-vis du f&#339;tus ou encore par simple d&#233;sint&#233;r&#234;t. Quant &#224; Oriane, qui a &#233;t&#233; &#171; &lt;i&gt;tr&#232;s en forme&lt;/i&gt; &#187; pendant les neuf mois, elle souligne : &#171; &lt;i&gt;D&#233;sir, pratiques, nombre de rapports... ma grossesse n'a rien chang&#233; du tout. On en rigolait avec ma femme, car on s'&#233;tait pr&#233;par&#233;es &#224; de grands bouleversements !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grossesse, c'est souvent un rapport &#224; son propre corps qui &#233;volue. Les divers maux peuvent &#234;tre franchement d&#233;sagr&#233;ables et il faut composer avec un ventre imposant, des seins plus lourds, une mobilit&#233; ralentie. Pour certaines femmes, il peut &#234;tre important d'apprivoiser ces nouveaut&#233;s avant de se sentir &#224; l'aise dans l'intimit&#233; avec son, sa ou ses partenaires. &#171; &lt;i&gt;Sur les sites pornos, j'ai d&#233;couvert qu'il y avait une cat&#233;gorie &#8220;femme enceinte&#8221;,&lt;/i&gt; poursuit Nora. &lt;i&gt;Malgr&#233; le c&#244;t&#233; f&#233;tichisation, &#231;a m'a fait du bien de voir ces femmes, &#231;a m'a donn&#233; confiance. Un jour, j'avais essay&#233; de cacher mon ventre quand on faisait l'amour...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Sexualit&#233; et accouchement, le tabou ultime&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Fantasmes, plaisir, pratiques hors du parcours impos&#233; de la p&#233;n&#233;tration vaginale par un p&#233;nis... la sexualit&#233; pendant la grossesse est un sujet peu document&#233;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quand on tape &#171; Enqu&#234;te sexualit&#233; grossesse maternit&#233; &#187; sur Internet, le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Dans l'imaginaire collectif, la &#171; bonne m&#232;re &#187; doit se tenir &#233;loign&#233;e de ses d&#233;sirs sexuels et d&#233;dier son corps tout entier, de mani&#232;re sacrificielle, &#224; son enfant n&#233;.e ou &#224; na&#238;tre. Mais le tabou ultime, c'est d'envisager que l'accouchement puisse &#234;tre un &#233;v&#233;nement de la sexualit&#233;. Et pourtant : avoir du plaisir, jouir, lib&#232;re de l'ocytocine, une hormone propice au d&#233;clenchement du travail. Quand le terme approche, il n'est pas rare de se passer en douce le mot que faire l'amour, se caresser, &#234;tre mass&#233;e peut mettre en route un accouchement qui se fait attendre. Par ailleurs, quelques femmes racontent s'&#234;tre masturb&#233;es pendant les contractions afin de soulager la douleur, gr&#226;ce &#224; l'action des endorphines&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces endorphines li&#233;es &#224; la jouissance se transmettent aussi au f&#339;tus, au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#8211; il est tout de m&#234;me regrettable que l'interdit moral soit si pesant &#224; ce sujet, surtout quand on conna&#238;t l'intensit&#233; de certaines contractions... Nora, qui devrait accoucher &#224; domicile, a pr&#233;venu sa sage-femme : &#171; &lt;i&gt;Il y a peut-&#234;tre des moments o&#249; j'aurai envie d'&#234;tre seule...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux r&#233;cits d' &#187; accouchement orgasmique &#187;, ils sont rarissimes et discr&#233;dit&#233;s. &#171; &lt;i&gt;Pourtant, en naissant, un b&#233;b&#233; fait pression sur les zones &#233;rog&#232;nes parmi les plus importantes de notre corps (les piliers du clitoris, par exemple),&lt;/i&gt; &#233;crivent les autrices de l'ouvrage &lt;i&gt;Notre corps, nous-m&#234;mes&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;d. Hors d'atteinte, 2020.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. &lt;i&gt;Il serait donc pour le moins &#233;tonnant qu'aucune femme n'ait jamais joui en accouchant.&lt;/i&gt; &#187; Pauline a v&#233;cu quelque chose de cet ordre &#224; la fin de son deuxi&#232;me accouchement : &#171; &lt;i&gt;La t&#234;te de ma fille est rest&#233;e quelques instants &#224; moiti&#233; sortie de mon vagin, serr&#233;e contre les parois. J'ai trouv&#233; &#231;a tr&#232;s agr&#233;able, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; prise dans une temp&#234;te de contractions tr&#232;s douloureuses. Je n'avais plus cet empressement &#224; ce qu'elle sorte. J'ai vite &#233;t&#233; rattrap&#233;e par la contraction suivante et elle est n&#233;e dans une vague de douceur. Quand je repense &#224; ce moment, &#224; chaque fois, j'ai une excitation qui monte, une &#233;rection &lt;/i&gt;[du clitoris]. &#187; M&#234;me si les raisons pour lesquelles une parturiente&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Femme en train d'accoucher.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; peut ressentir du plaisir sont multiples, et si cela ne doit en aucun cas devenir une &#233;ni&#232;me injonction, trop nombreuses sont celles qui, &#224; l'inverse, ont un v&#233;cu traumatique de leur accouchement &#224; cause de conditions maltraitantes, d&#233;shumanisantes et centr&#233;es sur les besoins des services hospitaliers.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Il a fait comme si de rien n'&#233;tait &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quelle que soit la fa&#231;on dont il s'est d&#233;roul&#233;, l'accouchement est un &#233;v&#233;nement qui chamboule beaucoup de choses dans la sexualit&#233;. Et ce, en particulier parce que la p&#233;n&#233;tration vaginale reste quasiment incontournable dans les relations h&#233;t&#233;rosexuelles : &#171; &lt;i&gt;J'ai eu le sentiment de revivre une premi&#232;re fois, j'ai eu mal&lt;/i&gt; &#187; raconte par exemple Sylvie, m&#232;re de deux enfants. Pour son amie Juliette, le premier rapport sexuel, deux mois apr&#232;s la naissance de sa fille il y a sept ans, a &#233;t&#233; &#171; &lt;i&gt;tr&#232;s tr&#232;s compliqu&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Elle raconte : &#171; &lt;i&gt;Je me suis sentie forc&#233;e, j'&#233;tais totalement passive. Mon corps venait de vivre un truc de fou qui te transforme &#224; vie, alors je m'attendais &#224; ce que &#231;a transforme aussi notre sexualit&#233;, que mon compagnon voie mon corps comme ayant port&#233; un enfant et accouch&#233;. Mais lui, il a fait comme si de rien n'&#233;tait, il a fait comme avant.&lt;/i&gt; &#187; Elle ajoute : &#171; &lt;i&gt;J'avais besoin qu'il soit &#224; mon &#233;coute sexuellement. Surtout qu'avant c'est toujours moi qui &#233;tais dans ce r&#244;le. J'ai trouv&#233; &#231;a super violent. &#192; partir de l&#224;, ma sexualit&#233; avec lui est devenue probl&#233;matique. Il avait une forte libido, &#231;a me mettait la pression.&lt;/i&gt; &#187; En parall&#232;le, Juliette d&#233;couvre des &#233;crits f&#233;ministes et se met &#224; questionner la centralit&#233; de la p&#233;n&#233;tration : &#171; &lt;i&gt;On en a beaucoup discut&#233; mais c'est rest&#233; un challenge ind&#233;passable. Si j'avais ouvert les cuisses aussi souvent qu'il le voulait, aujourd'hui on ne serait pas s&#233;par&#233;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s un accouchement et en particulier apr&#232;s une &#233;pisiotomie ou une d&#233;chirure p&#233;rin&#233;ale, tout comme dans le reste de la vie, la p&#233;n&#233;tration comme &#171; passage oblig&#233; &#187; pendant les rapports h&#233;t&#233;rosexuels constitue une grande violence pour nombre de femmes, sans &#234;tre jamais questionn&#233;e, ou presque. &#171; &lt;i&gt;Lors d'une visite pour v&#233;rifier comment se portait mon p&#233;rin&#233;e deux mois apr&#232;s l'accouchement, ma sage-femme m'a demand&#233; si on avait repris des rapports sexuels, &lt;/i&gt;explique Asma, qui a accouch&#233; il y a quelques mois. &lt;i&gt;Elle n'a pas pr&#233;cis&#233; &#8220;avec p&#233;n&#233;tration&#8221; tellement c'&#233;tait une &#233;vidence pour elle&#8230; Comme si sans p&#233;n&#233;tration, on ne faisait pas vraiment l'amour. Quand j'ai r&#233;pondu &#8220;oui&#8221;, elle s'est exclam&#233;e &#8220;C'est bien&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&#8221;, avant m&#234;me de me demander si &#231;a m'avait fait mal&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Les femmes sont simplement cens&#233;es s'en accommoder du mieux qu'elles peuvent : &#171; &lt;i&gt;Apr&#232;s l'accouchement, si votre corps ne vous le permet pas encore, mieux vaut privil&#233;gier des positions qui offrent une p&#233;n&#233;tration peu intense&lt;/i&gt; &#187;, peut-on ainsi lire dans un article intitul&#233; &#171; Pour une sexualit&#233; &#233;panouie apr&#232;s b&#233;b&#233; &#187; (sic) sur le site &lt;i&gt;MagicMaman.com&lt;/i&gt;. Elles doivent &#233;galement jongler avec l'injonction &#224; ne &#171; reprendre &#187; une sexualit&#233; ni trop tard... ni trop t&#244;t. &#171; &lt;i&gt;&#192; mon initiative, j'ai eu un rapport avec cunni et p&#233;n&#233;tration dix jours apr&#232;s avoir accouch&#233;, &lt;/i&gt;explique Pauline. &lt;i&gt;Lors de la visite un mois apr&#232;s, je n'ai pas os&#233; le dire &#224; la sage-femme. J'avais l'impression que c'&#233;tait honteux, &#231;a faisait un peu la femme obs&#233;d&#233;e par son plaisir sexuel alors qu'elle vient de devenir m&#232;re.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; &#199;a brouille la fronti&#232;re maternit&#233;-sexualit&#233; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi le rapport &#233;rotique aux seins qui peut changer : &#171; &lt;i&gt;Depuis une op&#233;ration, je ne supportais pas qu'on les touche, qu'on les embrasse,&lt;/i&gt; poursuit Pauline. &lt;i&gt;L'allaitement a compl&#232;tement transform&#233; &#231;a. Les d&#233;buts ont &#233;t&#233; difficiles, j'avais super mal. Mais avec les dix t&#233;t&#233;es par jour, ils se sont &#8220;endurcis&#8221;&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! Maintenant, mes seins font partie de ma sexualit&#233;, ils me procurent beaucoup de plaisir.&lt;/i&gt; &#187; Quant &#224; Asma, elle t&#233;moigne avoir souvent eu, &#224; l'approche d'un orgasme, &#171; &lt;i&gt;les seins qui gonflent, qui durcissent puis des jets de lait puissants qui sortent. La premi&#232;re fois, &#231;a m'a un peu g&#234;n&#233;e vis-&#224;-vis de mon mec. &#199;a brouille la fronti&#232;re maternit&#233;-sexualit&#233;, surtout que dix minutes apr&#232;s j'allaitais &#224; nouveau. Mais c'&#233;tait vraiment tr&#232;s agr&#233;able&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Pour Sylvie, au contraire, &#171; &lt;i&gt;les seins, c'est &#224; mes enfants maintenant. Je ne supporte pas que mon mec en fasse un des organes &#233;rotiques, &#231;a me met en col&#232;re.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Le soir, j'ai juste envie d'&#234;tre enfin seule &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La parentalit&#233; provoque souvent une baisse de libido. Certaines femmes expliquent par exemple que leurs besoins sensuels sont combl&#233;s par leurs enfants, &#224; l'instar d'Asma : &#187; [Mon b&#233;b&#233;]&lt;i&gt; t&#232;te plusieurs fois par jour, tout en caressant mes seins, mon ventre, mon dos avec ses petits doigts.&lt;/i&gt; &#187; Il y a aussi le manque de temps. &#192; cet &#233;gard, les in&#233;galit&#233;s de genre ont une influence consid&#233;rable : &#171; &lt;i&gt;Au-del&#224; de la pression &#224; la p&#233;n&#233;tration, pour moi il y a vraiment une question de disponibilit&#233; diff&#233;rente,&lt;/i&gt; note Sylvie. &lt;i&gt;Mon compagnon, j'ai l'impression qu'il n'est jamais en surcharge cognitive la journ&#233;e, le soir il est dispo pour faire l'amour, passer du temps ensemble, discuter. Alors que moi je suis crev&#233;e, j'ai juste envie d'&#234;tre enfin seule et tranquille.&lt;/i&gt; &#187; Juliette acquiesce, ajoutant que &#171; &lt;i&gt;l'enfer, c'est de se dire que tu ne peux pas l'embrasser sans que &#231;a signifie qu'il faut que &#231;a se termine en rapport sexuel. Parfois, tu as juste envie d'un baiser ou qu'on te l&#232;che le bras. C'est horrible parce que tu te prives d'une sensualit&#233; dont tu as envie et besoin, apr&#232;s avoir donn&#233; tant aux enfants au niveau &#233;motionnel pendant la journ&#233;e.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire les courses (et pr&#233;parer la liste), cuisiner, faire le m&#233;nage, avoir l'&#339;il sur les horaires ; &#234;tre en lien avec la cr&#232;che, l'&#233;cole et les services sociaux ; suivre les devoirs, changer les couches et donner le bain ; trier les v&#234;tements, organiser les anniversaires&#8230; Dans le couple h&#233;t&#233;rosexuel, si les hommes participaient enfin &#224; hauteur &#233;gale aux t&#226;ches&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon l'Insee (2010), les femmes accomplissent 72 % des t&#226;ches m&#233;nag&#232;res et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt; et &#224; la charge mentale correspondante, les m&#232;res trouveraient le temps de se tourner vers leurs envies, leurs d&#233;sirs, qu'ils soient sexuels ou autre.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mathilde Bl&#233;zat&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; modifi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Quand on tape &#171; Enqu&#234;te sexualit&#233; grossesse maternit&#233; &#187; sur Internet, le premier r&#233;sultat qui sort est un article intitul&#233; &#171; &lt;i&gt;Quelle sexualit&#233; pour les hommes pendant la grossesse&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;. Lol.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ces endorphines li&#233;es &#224; la jouissance se transmettent aussi au f&#339;tus, au cours de la grossesse et de l'accouchement, et le plongent lui aussi dans un &#233;tat de bien-&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;d. Hors d'atteinte, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Femme en train d'accoucher.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Selon l'Insee (2010), les femmes accomplissent 72 % des t&#226;ches m&#233;nag&#232;res et 65 % des t&#226;ches parentales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Avoir une langue c'est un pouvoir &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Avoir-une-langue-c-est-un-pouvoir</link>
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		<dc:date>2018-07-26T06:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Julia Zortea, Mathilde Bl&#233;zat</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Entretien collectif avec les membres de l'association Mot &#224; Mot. &#192; Marseille, dans le quartier de la Belle de Mai, l'association Mot &#224; Mot transmet depuis cinq ans la langue fran&#231;aise &#224; des adultes &#233;trang&#232;r.e.s, tout en r&#233;fl&#233;chissant aux rapports de pouvoir tapis dans les mod&#232;les d'enseignement. Depuis peu, les formatrices &#233;changent les r&#244;les avec des apprenant.e.s lors de stages immersifs en kabyle et en arabe, et nombre de participant.e.s s'investissent dans le fonctionnement de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no145-juillet-aout-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;145 (juillet-ao&#251;t 2016)&lt;/a&gt;

/ 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien collectif avec les membres de l'association Mot &#224; Mot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Marseille, dans le quartier de la Belle de Mai, l'association Mot &#224; Mot transmet depuis cinq ans la langue fran&#231;aise &#224; des adultes &#233;trang&#232;r.e.s, tout en r&#233;fl&#233;chissant aux rapports de pouvoir tapis dans les mod&#232;les d'enseignement. Depuis peu, les formatrices &#233;changent les r&#244;les avec des apprenant.e.s lors de stages immersifs en kabyle et en arabe, et nombre de participant.e.s s'investissent dans le fonctionnement de la structure. Lors d'une table ronde avec les trois salari&#233;es de l'association et une vingtaine d'apprenant.e.s originaires des Comores, d'Alg&#233;rie, du Maroc, de Roumanie et de Syrie, ces derni&#232;r.e.s nous pr&#233;sentent le fonctionnement et les positionnements de l'association. Les propos ci-dessous sont extraits, sous la forme de citations, de cette conversation polyphonique alternant les registres de langue.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2508 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH474/-774-a4959.jpg?1779602799' width='400' height='474' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Carline Sury.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mot &#224; Mot dans le champ de l'apprentissage du fran&#231;ais &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cette association est un lieu o&#249; on peut apprendre le fran&#231;ais et d'autres langues (l'arabe, le kabyle, et bient&#244;t le comorien). Il est fr&#233;quent&#233; par 150 apprenant.e.s environ. Ce qu'on propose, c'est toujours en fonction de la demande des personnes. On leur pose la question de ce qu'ils veulent apprendre, puis on essaie de r&#233;pondre au plus pr&#232;s. Le pas de c&#244;t&#233;, il est notamment &#224; cet endroit-ci. En essayant de rester au plus pr&#232;s de ce que les personnes souhaitent, on prend le sens contraire de ce que l'&#201;tat pr&#233;conise actuellement, c'est-&#224;-dire transmettre la langue et la culture de son choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut savoir que le champ de l'apprentissage gratuit du fran&#231;ais pour les adultes primo-arrivants est, depuis 2003, tr&#232;s largement structur&#233; par des appels d'offre &#233;mis par l'Office fran&#231;ais de l'immigration et l'int&#233;gration (OFII). L'objectif est de trouver des prestataires de services qui r&#233;pondent &#224; un cahier des charges. La cr&#233;ation de ce march&#233; public a eu pour cons&#233;quence de mettre les organismes publics et priv&#233;s en concurrence, d'affaiblir les petites associations qui ne participent pas &#224; cet appel d'offres (moins de subventions leur sont octroy&#233;es), et de viser des publics particuliers (les sans-papiers n'y ont pas acc&#232;s, par exemple).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Marseille, il existe un collectif, le collectif FLE Marseille Sud-Est, o&#249; des formatrices et formateurs de Fran&#231;ais langue &#233;trang&#232;re (FLE), venant de structures tr&#232;s diverses, &#233;changent sur leurs pratiques et r&#233;fl&#233;chissent aux transformation du champ de la formation. Les coll&#232;gues qui travaillent dans des organismes de formation financ&#233;s par l'OFII racontent qu'ils ont de moins en moins de marge de man&#339;uvre pour &#233;tablir leurs programmes et penser l'organisation des ateliers. En janvier 2016, l'OFII a pr&#233;sent&#233; le cahier des charges de son nouvel appel d'offres. Les conditions d'acc&#232;s aux formations ont &#233;t&#233; resserr&#233;es. Seuls les nouveaux signataires du &#171; Contrat d'accueil et d'int&#233;gration&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La signature de ce contrat est obligatoire pour les &#233;trangers non europ&#233;ens (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187; y ont acc&#232;s (et non plus les personnes &#233;trang&#232;res d&#233;j&#224; pr&#233;sentes en France depuis plusieurs ann&#233;es). Les dur&#233;es de formation ont &#233;t&#233; drastiquement r&#233;duites. Et surtout, le contenu des formations a encore &#233;t&#233; r&#233;orient&#233;. En 2011, l'OFII avait enjoint aux organismes de formation d'enseigner ce qu'il appelle le &#171; fran&#231;ais langue d'int&#233;gration &#187; (apprendre &#224; parler de sa famille, de son logement, de la sant&#233;, de la citoyennet&#233;&#8230;). Aujourd'hui, le cahier des charges indique que les formations linguistes doivent se focaliser exclusivement sur deux aspects : la citoyennet&#233; et le travail.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2509 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH345/-775-14bd4.jpg?1779672427' width='400' height='345' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Carline Sury.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mot &#224; Mot propose un accueil inconditionnel et gratuit. C'est-&#224;-dire que les personnes &#233;trang&#232;res qui fr&#233;quentent l'association viennent parce qu'elles veulent apprendre le fran&#231;ais. C'est uniquement ce qui nous int&#233;resse, nous ne nous ne leur demandons pas de nous communiquer leur situation administrative. Si l'on rentre dans le march&#233; de la formation linguistique, r&#233;glement&#233; et financ&#233; par l'&#201;tat, on se trouve coinc&#233;es. Apprendre sous l'injonction de l'&#201;tat, en contrepartie du RSA ou de la signature d'un &#171; Contrat d'accueil et d'int&#233;gration &#187;, change forc&#233;ment le rapport &#224; comment je m'approprie une langue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le moment, on n'a pas perdu de financements. Mais il y en a qu'on ne va pas chercher parce qu'on sait qu'on ne pourrait pas y r&#233;pondre ou que ce serait trop contraignant. Le gros de notre budget vient des institutions publiques (mairie, &#201;tat, politique de la Ville, conseil g&#233;n&#233;ral, R&#233;gion parfois...) Ces subventions sont diff&#233;rentes de celles accord&#233;es dans le cadre du march&#233; de la formation linguistique ; elles ne sont pas sp&#233;cifiques aux th&#233;matiques linguistiques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mot &#224; Mot &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mot &#224; Mot fait ses activit&#233;s dans diff&#233;rents lieux. Il d&#233;place. Y'en a le ateliers pour prendre la langue fran&#231;ais, au local de Mot &#224; Mot, &#224; AAPI, &#224; Massa&#239;&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mot &#224; Mot organise &#233;galement des ateliers en dehors de son local, dans des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Le code de la route, c'est lundi, jeudi, l'apr&#232;s-midi. Et mercredi c'est le atelier &#233;criture &#224; la Friche. Tout est gratuit. Enfin, chaque personne, il donne, m&#234;me 10 centimes, pour l'adh&#233;sion annuelle. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2510 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH495/-776-2dc24.jpg?1779672427' width='400' height='495' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Carline Sury.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; On est &#233;cout&#233;, apr&#232;s on est parl&#233;. On est fait conjugaisons, dialogues. Quelqu'un qui comprend pas, il fait les gestes, les gestes pour comprendre, c'est difficile. Comme &#231;a, on fait un peu de th&#233;&#226;tre, un peu&#8230; Apr&#232;s on corrige. Apr&#232;s il donne les feuilles pour faire ce qu'on a compris. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Y en a qui l'arrivent &#224; lire, y en a qui l'arrivent pas, &#231;a d&#233;pend chaque groupe. Y en a qui s'expriment bien, y en a non. Si les personnes il arrive pas &#224; lire, il partage, il regarde les personnes qui l'arrivent &#224; lire, les personnes qui l'arrivent &#224; &#233;crire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le secret de l'association, c'est on est ensemble, solidaire, comme une famille. Dans les autres associations tu trouves pas cette familiale. Les liens attach&#233;s. Solidaires. Voil&#224;, la famille. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un collectif d'administration (CA) ouvert &#224; toutes et &#224; tous&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans le CA, on trouve les solutions quand y en a les probl&#232;mes, on pr&#233;pare qu'est-ce qu'on fait, qu'est-ce qu'on ajoute, qu'est-ce qu'on l&#232;ve. Qu'est-ce qu'y se passe. On fait le r&#233;glage, on fait le programme. On fait les r&#233;unions &#224; peu pr&#232;s tous les deux mois et demi. Si quelqu'un qui veut participer au CA, c'est ouvert. On est beaucoup quand m&#234;me. Une douzaine. Voil&#224;, c'est nous. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Face &#224; cette injonction &#224; faire de la langue une langue d'int&#233;gration, qui te sert &#224; trouver un travail et &#224; respecter les r&#232;gles, on avait envie de d&#233;fendre l'id&#233;e qu'apprendre le fran&#231;ais, c'est avant tout l'outil pour pouvoir dire ce qu'on pense et d&#233;cider un peu de ce qui nous arrive. On avait envie que Mot &#224; Mot, &#224; son &#233;chelle, soit peut-&#234;tre un espace qui permette &#231;a, c'est-&#224;-dire qu'on vient apprendre le fran&#231;ais pour se d&#233;brouiller dans le quotidien puis au bout d'un moment si on en a envie, enfin, quand on veut en fait, on peut aussi &#234;tre dans le collectif d'administration, dans le CA, dans un endroit de d&#233;cision, de r&#233;flexion, voil&#224;. C'est parti de l&#224; cette intention de chercher &#224; ce que le CA soit un lieu investi par les gens qui viennent pratiquer le fran&#231;ais. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En tous cas, j'ai remarqu&#233; qu'y a des r&#233;unions o&#249; l'arabe commence &#224; prendre une place ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand l'association coulait, l'ann&#233;e derni&#232;re, on le savait. Sherifa, elle avait propos&#233; de faire un repas de soutien &#224; la Cantine du Midi&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Restaurant associatif install&#233; &#224; c&#244;t&#233; du local de Mot &#224; Mot. Les cuisines (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. On est donn&#233; les 200 euros de repas pour la caisse de Mot &#224; Mot. On a fait l'appel &#224; dons, et en contrepartie, on a organis&#233; les stages en kabyle et en arabe. Et Mariama et Mohamed ils avaient fait un atelier cuisine &#171; samoussa &#187; pour les gens qui avaient particip&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2511 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH357/-777-a49f6.jpg?1779672427' width='400' height='357' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Carline Sury.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;crire l'amour&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On fait aussi ateliers d'&#233;criture, &#224; la Friche, avec une dame, Marie-France. C'est beau &#231;a ! On &#233;crit l'amour. Elle am&#232;ne des petits livres, elle nous lit le texte, apr&#232;s on &#233;coute, apr&#232;s on... Tout le monde peut r&#233;diger. Les voyages, t'imagines des choses... La po&#233;sie, voil&#224;, tout &#231;a. On fait tous ! Par exemple, la nuit, on a &#233;crit sur la nuit. La nuit, le soleil, le printemps par exemple. Ils nous corrigent le texte qu'on fait. Ou y'a des mots qu'on comprend pas, il explique. On pose la question apr&#232;s ils nous expliquent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Chacun il lire entre nous. &#199;a le secret, il reste entre nous. Pas dehors, pour nous. Par exemple on dit les choses de r&#233;alit&#233;. Des fois on fait l'imaginaire mais y a des choses chacun il dit son r&#233;alit&#233;, reste entre nous. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Des fois on va &#224; la biblioth&#232;que aussi. Chercher des livres. On &#233;tait all&#233;es au Centre international de la po&#233;sie, c'&#233;tait super. On a &#233;t&#233; tr&#232;s tr&#232;s bien re&#231;ues. On cherchait des textes en d'autres langues, on avait trouv&#233; en bambara, en alg&#233;rien, en arabe. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Inverser les r&#244;les&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'ann&#233;e derni&#232;re, on a eu des difficult&#233;s financi&#232;res. L'association coulait. On a fait un appel &#224; don, et en contrepartie, on a propos&#233; une initiation &#224; l'arabe et au kabyle, qui a fonctionn&#233;, puis on a eu envie de plus, et on fait des stages r&#233;guliers sur deux jours, ouverts &#224; tous. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est nous qu'on le fait, moi [Yamina] et Aziza. On pr&#233;pare les dialogues, on pr&#233;pare les traces &#233;crites. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Moi j'aurais besoin d'apprendre le comorien, ou qu'il y ait un salari&#233; de l'asso qui parle le comorien, ne serait-ce que pour faire l'accueil, par exemple. C'est-&#224;-dire avoir des petites notions, pour pouvoir inscrire quelqu'un, le mettre &#224; l'aise, juste pour permettre les premi&#232;res conversations. Et au-del&#224; de &#231;a, en tant que formatrice, je pense qu'on a aussi besoin d'apprendre des langues en permanence pour savoir ce que c'est, parce que sinon on se rend pas compte. &#192; chaque fois que je suis dans un stage d'arabe ou de kabyle, je vois bien combien c'est difficile, combien &#231;a d&#233;place. C'est tr&#232;s fort de faire partie des douze Fran&#231;ais en difficult&#233;, qui essaient, qui osent pas trop, qui se lancent, avec les formatrices qui t'encouragent. &#199;a r&#233;tablit quelque chose de beau dans les rapports aux langues. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Moi je connais des Fran&#231;ais qu'ils ont besoin de la langue arabe, la langue kabyle, la langue &#231;a, la langue ci. Avoir une langue c'est un pouvoir. Pour d&#233;couvrir des cultures des autres. Pour repr&#233;senter la culture alg&#233;rien, il faut vous connaissiez bien l'arabe. L'arabe elle est trop large, un mot a beaucoup de sens diff&#233;rents. Des fois tu trouves pas le mot exact en fran&#231;ais, alors il faut conna&#238;tre l'arabe. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le fran&#231;ais du code de la route en autogestion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ici pour apprendre le code c'est bien. On fait les sch&#233;mas, elle dessine la petite voiture comme &#231;a, elle explique, elle &#233;crit sur le tableau. Des fois on est presque quinze personnes, que des femmes ! Gr&#226;ce &#224; Mot &#224; Mot, j'ai rentr&#233; pour faire le code, j'arrive &#224; r&#233;pondre, je comprends qu'est-ce qui dit, bient&#244;t je vais passer l'examen. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est chose qu'il est dur ici en France, c'est le code. 40 questions&#8230; Avant quand je rentre, je prends le bo&#238;tier et je sais pas comment je r&#233;ponds, je connais pas les panneaux, le marquage au sol, je connais rien du tout. Maintenant &#231;a me fait pas peur, je rentre avec plaisir, je connais les marquages, je r&#233;ponds facilement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2512 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH559/-778-523fc.jpg?1779672427' width='400' height='559' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Carline Sury.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Moi j'ai l'impression que ici le groupe il s'aide beaucoup, que y a des explications qui passent dans le groupe, une transmission. Peut-&#234;tre que c'est moins possible &#224; l'auto-&#233;cole. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Chez auto-&#233;cole, c'est pas comme ici, y'a pas cette patience ! Puis aussi on est en groupe avec toutes le m&#234;me objectif, donc une force comme &#231;a ! On est attach&#233;es, c'est &#231;a aussi. On est bien attach&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une fois par mois on fait le repas de soutien &#224; la Cantine du Midi, &#224; c&#244;t&#233;, pour les femmes qu'ils veulent passer leur code. On fait r&#233;union. Par exemple, six femmes ou cinq femmes, on fait un r&#233;union avec la responsabilit&#233; de la Cantine, on choisit le menu, on fait le repas traditionnel africain, arabe, l'entr&#233;e, le plat principal, v&#233;g&#233;tarien, ou plat avec la viande, on fait le dessert. Et tout le menu &#231;a, &#224; 8 euros. On pr&#233;pare les repas. Les gens qu'il vient ils demandent leur repas, ils mangent, ils payent. Apr&#232;s on compte combien de personnes, et combien rentrait d'argent, on rembourse les courses, loyer de la cantine. Et le reste, &#231;a c'est les b&#233;n&#233;fices. Quand une femme qui l'est pr&#234;te pour aller au code, on lui donne 200 euros. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apprendre le fran&#231;ais, &#231;a sert &#224; quoi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est pour par exemple chercher du travail, par exemple quelqu'un qui te fait bien, il faut parler bien pour remercier, pour faire aussi l'exercice pour les enfants aussi, apprendre, parce que moi j'ai fait les &#233;tudes en arabe, y a des fois des choses j'arrive pas &#224; expliquer pour ma fille. Remplir les papiers, les rendez-vous, &#224; l'&#233;cole, la ma&#238;tresse, y'a beaucoup de choses. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a les postes seuls les Arabes qu'ils travaillent. Les Fran&#231;ais ils cherchent le moins cher, c'est l'Arabe, travaille mieux, travaille bien, il pay&#233; moins cher. Les bl&#233;dards comme on dit, les clandestins, ils parlent pas le fran&#231;ais, c'est pour &#231;a qu'on les appelle. Prendre quelqu'un qui sait pas ni lire ni &#233;crire, il fait pas attention au contrat. Il peut rien dire. Pas se d&#233;fendre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il faut apprendre le fran&#231;ais, m&#234;me pour la famille, y en a des familles, ils parlent pas l'arabe. Y'a l'invitation, tout &#231;a, tu restes t'asseoir devant eux, ils parlent le fran&#231;ais le fran&#231;ais, tu sais rien. M&#234;me ils te moquent de toi, toi tu rigoler, &#224; cause de &#231;a. C'est pour &#231;a. C'est pour moi. J'ai apprendre le fran&#231;ais &#224; cause de &#231;a. Parce que ma fille, quand tu lui dis &#8220;Explique moi qu'est-ce que &#231;a, qu'est-ce que &#231;a&#8221;, elle te dit &#8220;Non, je te dis rien&#8221;. Je viens ici pour apprendre, maintenant je lui dis. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Retranscription &#233;tablie par Jeanne Bally.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; J'ai boucop d'histoire dans mon corps &#224; dire &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Discussion avec J&#233;r&#233;mie Piolat sur l'&#171; accueil &#187; des migrant-e-s et la d&#233;colonialit&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'aimerais vous lire un court extrait &#233;crit par une formatrice en alphab&#233;tisation dans une grande association belge (qui fait par ailleurs un tr&#232;s bon travail) : &#8220;&lt;i&gt;Je ressens chez la plupart d'entre eux une r&#233;elle soif d'apprendre. J'appr&#233;cie beaucoup quand, entre eux, ils s'expliquent des choses que l'un n'aurait pas comprises. Tout comme quand deux apprenants de m&#234;me nationalit&#233; se parlent en fran&#231;ais.&lt;/i&gt;&#8221; En lisant cela, on dirait que les migrants, d&#233;pourvus de culture, sont en train de d&#233;couvrir le savoir. Mais ils ne sont pas dupes : ils s'adressent &#224; l'institution de la mani&#232;re dont celle-ci veut qu'ils s'adressent &#224; elle. On croit souvent que le silence des migrants vient d'une faiblesse li&#233;e &#224; la pr&#233;carit&#233; inou&#239;e dans laquelle ils se trouvent, mais on oublie en quoi il vient aussi, sinon d'un sage et docte m&#233;pris, du moins d'un &#233;tonnement sans cesse renouvel&#233; face au regard que portent sur eux les institutions qui se pensent &#233;mancipatrices. &#192; cause de cela, pour faire plaisir &#224; leurs alphab&#233;tiseurs, on entend parfois des migrants eux-m&#234;mes dire : &#8220;J&lt;i&gt;e suis comme un enfant qui apprend &#224; marcher, avant je ne connaissais rien.&lt;/i&gt;&#8221; Tout se passe comme si se jouait une grande pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre o&#249; les personnes blanches joueraient le r&#244;le de ceux qui savent, et les migrants celui de ceux qui apprennent. Pour moi, nous sommes ici dans une situation certainement pas postcoloniale, ni m&#234;me n&#233;ocoloniale, mais tout simplement supracoloniale, dans le sens o&#249; ne se pose m&#234;me pas la question : &#8220;&lt;i&gt;Et si les personnes qui sont en face de nous n'&#233;taient pas comme on les pense a priori ?&lt;/i&gt;&#8221; Pas plus que : &#8220;&lt;i&gt;Pourquoi, moi qui les rencontre, je pense qu'elles sont comme &#231;a ?&lt;/i&gt;&#8221; Les chirurgiens ont fini par accepter de se laver les mains en se rendant compte qu'ils &#233;taient vecteurs de mort s'ils ne le faisaient pas, comme le rappelle Isabelle Stengers. On peut aussi &#234;tre vecteur de mort, de dissolution de la personne quand on pr&#233;tend vouloir la soigner, l'&#233;manciper, sans se laver les mains de sa colonialit&#233;, sans s'interroger sur son propre conditionnement. Enfin, ce qui m'int&#233;resse, c'est comment nous pouvons relier cette d&#233;culturation, &#224; l'&#339;uvre dans certains cours d'alphab&#233;tisation, avec celle que nous, Europ&#233;ens de l'Ouest, avons v&#233;cu et vivons encore. Le processus est &#224; pr&#233;sent tr&#232;s avanc&#233; et dans une phase &#8220;r&#233;siduelle&#8221;, mais il y a toute une histoire v&#233;cue dans les r&#233;gions, qu'on appelait autrefois des &#8220;pays&#8221;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entretien consultable en int&#233;gralit&#233; sur jefklak.org.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La signature de ce contrat est obligatoire pour les &#233;trangers non europ&#233;ens qui viennent d'obtenir un titre de s&#233;jour ou une carte de r&#233;sident, et implique le suivi de cessions de formation portant sur le civisme, la &#171; vie en France &#187; et l'apprentissage du fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Mot &#224; Mot organise &#233;galement des ateliers en dehors de son local, dans des structures associatives et institutionnelles situ&#233;es dans les 1er et 3&#232;me arrondissement de Marseille.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Restaurant associatif install&#233; &#224; c&#244;t&#233; du local de Mot &#224; Mot. Les cuisines peuvent notamment &#234;tre pr&#234;t&#233;es &#224; des associations amies afin de r&#233;colter des fonds.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Priv&#233;s de langue</title>
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		<dc:date>2017-07-31T05:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mathilde Bl&#233;zat</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>signes</dc:subject>
		<dc:subject>langue</dc:subject>
		<dc:subject>langues</dc:subject>
		<dc:subject>Sourds</dc:subject>
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		<dc:subject>enfants Sourds</dc:subject>
		<dc:subject>chapelet d'eccl&#233;siastiques</dc:subject>
		<dc:subject>directeurs d'&#233;tablissements</dc:subject>
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		<dc:subject>Viva</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Depuis la fin du XIXe si&#232;cle, les personnes Sourdes ont &#233;t&#233; successivement priv&#233;es du droit puis de la possibilit&#233; d'apprendre (dans) leur langue, la langue des signes. Entrav&#233;es, elles n'ont cess&#233; de lutter pour s'exprimer et la faire vivre. &#171; Viva la parola ! &#187; Une mise &#224; mort qui tient dans un cri, lanc&#233; en septembre 1880 par un chapelet d'eccl&#233;siastiques, d'instituteurs et de directeurs d'&#233;tablissements en cl&#244;ture du Congr&#232;s de Milan. Cri aussit&#244;t transcrit en loi par la r&#233;publique (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no145-juillet-aout-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;145 (juillet-ao&#251;t 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Viva" rel="tag"&gt;Viva&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis la fin du XIXe si&#232;cle, les personnes Sourdes&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le choix de la majuscule au mot Sourd pour cet article s'inscrit dans la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; ont &#233;t&#233; successivement priv&#233;es du droit puis de la possibilit&#233; d'apprendre (dans) leur langue, la langue des signes. Entrav&#233;es, elles n'ont cess&#233; de lutter pour s'exprimer et la faire vivre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Viva la parola !&lt;/i&gt; &#187; Une mise &#224; mort qui tient dans un cri, lanc&#233; en septembre 1880 par un chapelet d'eccl&#233;siastiques, d'instituteurs et de directeurs d'&#233;tablissements en cl&#244;ture du Congr&#232;s de Milan. Cri aussit&#244;t transcrit en loi par la r&#233;publique jules-ferriste : la langue des signes est interdite dans les &#233;coles pour personnes Sourdes en France avant la fin de l'ann&#233;e. Cette sentence n'est que le funeste aboutissement de la pathologisation progressive des Sourds au cours du XIX e si&#232;cle, alors que les m&#233;decins gagnent en influence dans une III e R&#233;publique qui sacralise l'id&#233;e de progr&#232;s&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour un dossier d&#233;taill&#233; sur la m&#233;dicalisation des Sourds et leurs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. La langue des signes venait pourtant de vivre un si&#232;cle d'or &#8211; et de duels. &#192; la suite de l'Abb&#233; de l'&#201;p&#233;e, qui ouvre en 1755 le premier institut du monde &#224; enseigner dans cette langue, des dizaines d'&#233;coles sont cr&#233;&#233;es par une communaut&#233; intellectuelle, artistique et scientifique Sourde tr&#232;s dynamique. S'institutionnalisant, elle devient langue de transmission de savoirs. En face, se tiennent les disciples d'une vision de la surdit&#233; comme d&#233;ficience, comme maladie &#224; &#171; soigner &#187; par la p&#233;dagogie oraliste &#8211; en attendant d'avoir mis au point un rem&#232;de miracle. Pour eux, la langue des signes n'est gu&#232;re plus qu'un vulgaire amas de mimiques empreintes d'animalit&#233; et forg&#233;es par la n&#233;cessit&#233; humaine d'une communication primaire. Au tournant du si&#232;cle, leur paradigme s'impose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mains indociles et linguistique dissidente&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1886 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH596/-182-8f41c.jpg?1779604462' width='400' height='596' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Seule langue qui permette r&#233;ellement aux personnes Sourdes&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est question ici des Sourds profonds de naissance ou pr&#233;linguaux.&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; de s'exprimer, de se d&#233;velopper cognitivement et de communiquer, elle entre alors en r&#233;sistance. Dans les internats notamment. Regroup&#233;s entre eux, les &#233;l&#232;ves Sourds, priv&#233;s de langue et contraints d'apprendre &#224; oraliser avec d'aust&#232;res orthophonistes des sons qu'ils n'entendent pas, bravent les punitions et la pratiquent clandestinement. En classe, d&#232;s que le professeur a les yeux plant&#233;s dans le tableau noir. Ou encore au r&#233;fectoire, dans les dortoirs et les couloirs, remisant fissa leurs mains sit&#244;t que le parquet vibre sous les pas autoritaires du dirlo. Interdite, la langue des signes vit, se d&#233;ploie, se d&#233;(sen)cha&#238;ne. Se rabougrit aussi parfois, quand la r&#233;pression est trop dure. Face &#224; l'oralisme rigoriste, les signes sont un maquis dans lequel la culture Sourde continue de s'affirmer en attendant des jours meilleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudra attendre plus d'un si&#232;cle, 1991 plus pr&#233;cis&#233;ment, avant que l'&#233;ducation en langue des signes soit autoris&#233;e dans la loi, suite aux luttes men&#233;es par les personnes Sourdes. En effet, les ann&#233;es 1970 ont connu un fort renouveau culturel et militant &#8211; le R&#233;veil Sourd. L'un des combats phares porte sur la reconnaissance de la langue des signes comme v&#233;ritable langue. Au XIXe, des linguistes avaient amorc&#233; ce travail, mais la linguistique structurale h&#233;riti&#232;re de Ferdinand de Saussure avait maintenue &#224; la porte du club des langues l&#233;gitimes cet idiome d&#233;j&#224; banni par l'&#201;tat. Le v&#233;ritable pionnier en la mati&#232;re est le linguiste entendant &#233;tats-unien William Stokoe. C'est en observant ses &#233;tudiants Sourds communiquer, comme l'Abb&#233; de l'&#201;p&#233;e en son temps, qu'il a le d&#233;clic. Dans les ann&#233;es 1960, il s'attelle alors &#224; prouver le caract&#232;re linguistique de l'American Sign Language&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Langue des signes am&#233;ricaine.&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; en la faisant entrer dans les crit&#232;res d'analyse d'une linguistique structurale qui ne reconna&#238;t que des langues vocales et lin&#233;aires&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une langue est lin&#233;aire quand elle se construit par une suite de mots (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; et s'attire ainsi les foudres des puristes. Son travail r&#233;volutionne litt&#233;ralement la discipline. Il d&#233;cortique minutieusement les signes en trois &#171; param&#232;tres &#187; ou &#171; ch&#233;r&#232;mes &#187;, &#224; la fa&#231;on du d&#233;coupage en phon&#232;mes des langues vocales : la configuration de la main (forme), son emplacement et son mouvement. Deux autres param&#232;tres, l'orientation de la paume et l'expression faciale, seront ajout&#233;s par la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux &#201;tats-Unis, o&#249; la langue des signes n'a jamais &#233;t&#233; mise au ban, sa reconnaissance en tant que langue fait son chemin. En France, en revanche, la pilule est dure &#224; avaler dans la profession. C'est donc aux c&#244;t&#233;s des militants Sourds des ann&#233;es 1970&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Et d'un Sourd &#233;tats-unien, Alfredo Corrado, qui, effar&#233; des d&#233;sastres de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;, que la r&#233;volution linguistique se fera. V&#233;ritable outil de lutte, elle ne s'en tient pas &#224; une marotte de linguistes en mal d'idiome &#224; diss&#233;quer. Christian Cuxac, linguiste entendant qui lui aussi se passionne pour la question suite &#224; l'observation de ses &#233;l&#232;ves Sourds, est de ceux qui vont sensiblement enrichir l'analyse. S'appuyant sur les corpus du grand po&#232;te et militant Sourd Guy Bouchauveau qu'il a longuement film&#233;, il distingue un autre type de structure syntaxique, sp&#233;cifique celui-ci aux langues sign&#233;es : les structures de grande iconicit&#233;. Ayant une vis&#233;e illustrative, celles-ci se combinent aux signes pour constituer la langue des signes. Les personnes Sourdes effectuent un va-et-vient constant entre ces deux types de structures, qu'on peut r&#233;sumer en &#171; dire en disant &#187; et &#171; dire en faisant &#187; : par exemple, on peut faire le signe de &#171; voiture &#187;, celui de &#171; conduire &#187; puis, de fa&#231;on tr&#232;s iconique, on peut prendre le r&#244;le d'un pi&#233;ton et signer sa peur &#8211; une palette tr&#232;s fine des manifestations de celle-ci &#8211; face &#224; cette voiture lanc&#233;e &#224; pleine vitesse en sa direction. La grande iconicit&#233; est par ailleurs ce qui rend relativement ais&#233;s les &#233;changes langagiers entre les Sourds du monde entier, m&#234;me si, d'une langue des signes &#224; l'autre, les signes peuvent &#234;tre tr&#232;s diff&#233;rents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ligoter l'alt&#233;rit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1980, cent ans apr&#232;s avoir &#233;t&#233; bannie de l'enseignement, la langue des signes y revient en douce. Dans six villes de France, des &#233;ducateurs Sourds et des parents d'enfants Sourds, militants chevronn&#233;s, montent des classes bilingues autog&#233;r&#233;es. Toutes les mati&#232;res y sont enseign&#233;es en langue des signes fran&#231;aise (LSF) et le fran&#231;ais &#233;crit y est appris comme une langue &#233;trang&#232;re. &#192; mesure que les gamins grandissent, ils ouvrent des niveaux de la maternelle au lyc&#233;e. Avec la loi de 1991, le principe de l'&#233;ducation en langue des signes gagne une existence l&#233;gale mais la LSF n'est officiellement reconnue comme langue qu'en 2005, alors que le cursus bilingue entre dans le giron de l'&#201;ducation nationale. Autant de bonnes intentions qui ne sont pas suivies en moyens : aujourd'hui, quatorze villes accueillent au moins une classe bilingue, uniquement en primaire pour la plupart, et seules trois villes proposent un cursus de la maternelle au lyc&#233;e. Ces classes sont par ailleurs r&#233;guli&#232;rement menac&#233;es de fermeture. Pour la quasi-totalit&#233; des enfants Sourds, la scolarit&#233; s'effectue soit en &#171; int&#233;gration en milieu ordinaire &#187;, qui consiste &#224; les parachuter un &#224; un dans des classes de &#171; normo-entendants &#187; sans l'ombre d'un compagnon Sourd, soit en institut m&#233;dico-&#233;ducatif pour &#171; jeunes d&#233;ficients auditifs &#187;. Des termes comme la langue m&#233;dicale en raffole et qui portent en eux toute la violence v&#233;cue par les personnes Sourdes : la r&#233;duction d'une diff&#233;rence &#224; un handicap. Dans les deux cas, l'accent est mis sur l'apprentissage de l'oralisation du fran&#231;ais et de la lecture sur les l&#232;vres, au moyen d'inlassables heures de &#171; r&#233;&#233;ducation &#187; orthophonique &#8211; aux d&#233;pens de l'insouciance, des d&#233;couvertes et du jeu, essentiels &#224; la vie d'un enfant. Dans le premier, perle de l'int&#233;gration &#224; la fran&#231;aise, la volont&#233; est d'&#171; &lt;i&gt;assimiler l'autre jusqu'&#224; gommer en lui toute alt&#233;rit&#233;&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Andr&#233; Meynard, Soigner la surdit&#233; et faire taire les Sourds, &#201;ditions &#201;r&#232;s, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &#187;. Dispers&#233;s, les enfants Sourds ne peuvent plus faire vivre leur langue, n'ont plus de contact avec elle. Dans le deuxi&#232;me, la r&#232;gle est plus floue : certains &#233;tablissements sont purement oralistes, d'autres distillent des touches &#233;parses de fran&#231;ais sign&#233; et de rudiments de LSF, au gr&#233; des convictions des professeurs. D'une proscription p&#233;remptoire, on est pass&#233; &#224; un interdit masqu&#233; bien plus pernicieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sultat : aujourd'hui, 80 % de Sourds seraient illettr&#233;s et 30 % au ch&#244;mage, ceux qui travaillent ayant g&#233;n&#233;ralement des emplois peu stables et mal r&#233;mun&#233;r&#233;s. Le probl&#232;me commence d&#232;s la prime enfance. Aucun espace pour se rencontrer, esquisser des &#233;changes langagiers et ainsi se construire cognitivement, intellectuellement et socialement n'est &#224; leur disposition dans le monde entendant, alors que c'est ainsi qu'ils entreront dans la langue, pour ensuite &#234;tre en mesure d'apprendre le fran&#231;ais, les maths ou la g&#233;ographie. 90 % des enfants Sourds naissent de parents entendants, et une fois le diagnostic de la surdit&#233; pos&#233;, m&#233;decins, orthophonistes et professionnels de la p&#233;dagogie leur mart&#232;lent qu'ils doivent s'emp&#234;cher de toute gestualit&#233; dans la communication avec leur enfant, sinon celui-ci sera &#224; tout jamais perdu pour l'apprentissage oral du fran&#231;ais, comp&#233;tence &#233;rig&#233;e en condition &lt;i&gt;sine qua non&lt;/i&gt; &#224; l'acc&#232;s &#224; d'autres savoirs et &#224; une vie &#171; normale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nombreux sont alors ceux qui, d&#233;sempar&#233;s, cessent les &#233;changes gestuels et visuels qui s'&#233;tablissent spontan&#233;ment avec un nourrisson, et ne communiquent pour ainsi dire plus avec elle ou lui. Or, &#171; &lt;i&gt;ce qui fait vivre un humain est de pouvoir habiter la langue qui l'attire&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Andr&#233; Meynard, Soigner la surdit&#233; et faire taire les Sourds, &#201;ditions &#201;r&#232;s, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &#187;, et les personnes Sourdes ne per&#231;oivent pas l'int&#233;r&#234;t du langage oral et du monde sonore &#8211; leur imaginaire s'abreuve dans d'autres canaux, visuels.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le choix de la majuscule au mot Sourd pour cet article s'inscrit dans la d&#233;marche militante, initi&#233;e par le linguiste Sourd am&#233;ricain James Woodward dans les ann&#233;es 1970, de distinguer le point de vue m&#233;dical de l'identit&#233; culturelle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pour un dossier d&#233;taill&#233; sur la m&#233;dicalisation des Sourds et leurs r&#233;sistances, se r&#233;f&#233;rer &#224; la revue &lt;i&gt;Z&lt;/i&gt; n&#176;9 (2015).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Il est question ici des Sourds profonds de naissance ou pr&#233;linguaux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Langue des signes am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Une langue est lin&#233;aire quand elle se construit par une suite de mots dispos&#233;s les uns apr&#232;s les autres, alors qu'en langue des signes, plusieurs choses peuvent &#234;tre dites simultan&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Et d'un Sourd &#233;tats-unien, Alfredo Corrado, qui, effar&#233; des d&#233;sastres de l'interdiction sur l'expression des personnes Sourdes, vient cr&#233;er l'International Visual Theater &#224; Vincennes. Ce th&#233;&#226;tre deviendra l'un des piliers de la culture Sourde en France.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Andr&#233; Meynard, &lt;i&gt;Soigner la surdit&#233; et faire taire les Sourds&lt;/i&gt;, &#201;ditions &#201;r&#232;s, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Andr&#233; Meynard, &lt;i&gt;Soigner la surdit&#233; et faire taire les Sourds&lt;/i&gt;, &#201;ditions &#201;r&#232;s, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>R&#233;volt&#233;es du logis</title>
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		<dc:creator>Mathilde Bl&#233;zat</dc:creator>


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&lt;p&gt;Histoire lacunaire des luttes des travailleuses domestiques en Bolivie. Des syndicats de base aux ondes radiophoniques. &#171; Il me disait toujours : &#8220;Tu fais partie de la famille&#8221;. &#192; 17 ans, j'ai commenc&#233; &#224; le questionner : &#8220;Si je fais partie de la famille, pourquoi est-ce que je mange &#224; la cuisine ? Pourquoi suis-je tous les jours la premi&#232;re lev&#233;e et la derni&#232;re couch&#233;e ?&#8221; &#187;, raconte Yolanda Mamani, ancienne travailleuse domestique en Bolivie, dans le documentaire Boconas . Dans le giron (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no149-decembre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;149 (d&#233;cembre 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/femmes" rel="tag"&gt;femmes&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Mais" rel="tag"&gt;Mais&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Histoire lacunaire des luttes des travailleuses domestiques en Bolivie. &lt;br class='manualbr' /&gt;Des syndicats de base aux ondes radiophoniques.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1780 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;31&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH225/-93-9ba2b.jpg?1779605448' width='400' height='225' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo tir&#233;e du film &#034;Boconas&#034;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Il me disait toujours : &#8220;Tu fais partie de la famille&#8221;. &#192; 17 ans, j'ai commenc&#233; &#224; le questionner : &#8220;Si je fais partie de la famille, pourquoi est-ce que je mange &#224; la cuisine ? Pourquoi suis-je tous les jours la premi&#232;re lev&#233;e et la derni&#232;re couch&#233;e ?&lt;/i&gt;&#8221; &#187;, raconte Yolanda Mamani, ancienne travailleuse domestique en Bolivie, dans le documentaire Boconas &lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Documentaire sur l'&#233;mission de radio que fabriquent Yolanda et ses camarades (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Dans le giron du foyer, enlac&#233;e par les fourneaux, la bonne &#233;touffe. &#171; &lt;i&gt;Alors il m'a jet&#233;e &#224; la rue vers les 1h du matin. Je ne savais pas o&#249; aller, je n'avais pas d'argent puisqu'il me payait tr&#232;s peu.&lt;/i&gt; &#187; Un t&#233;moignage qui r&#233;sonne avec celui d'Azima&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pr&#233;nom modifi&#233; &#224; la demande de l'int&#233;ress&#233;e.&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, rencontr&#233;e &#224; Paris il y a quelques ann&#233;es : &#171; &lt;i&gt;Elle m'ordonnait de l'appeler &#8220;Maman&#8221;&lt;/i&gt;. &#187; Elle se bat alors contre ses anciens patrons, chez qui elle &#233;tait domestique &#8211; esclave en r&#233;alit&#233;. Embarqu&#233;e vers la France gr&#226;ce au visa de &#171; personnel de maison accompagnant son employeur fran&#231;ais ou &#233;tranger &#187; g&#233;n&#233;reusement accord&#233; par les autorit&#233;s aux dignitaires en visite, Azima restera six ans &#224; leur service 7 jours sur 7, &#224; Paris notamment, sans toucher aucun salaire. Dans le giron du foyer, tendrement c&#226;lin&#233;e, est blottie l'exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moult &#233;tudes le montrent, l'entr&#233;e massive des femmes dans le salariat en France (et ailleurs) ne s'est quasiment pas accompagn&#233;e d'une remise en cause de la division genr&#233;e du travail domestique. Celles qui s'en affranchissent le font en employant d'autres femmes &#8211; plus pauvres et majoritairement racis&#233;es. Le foyer a toujours besoin d'une bonne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paniers contre soie&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Il est un pays o&#249; les travailleuses domestiques ont la lutte particuli&#232;rement aff&#251;t&#233;e : la Bolivie. Estim&#233;es &#224; 137 000 (17% de la main-d'&#339;uvre f&#233;minine du pays) en 2001, ces femmes &#8211; en tr&#232;s large majorit&#233; des Am&#233;rindiennes qui ont migr&#233; des campagnes vers les villes &#8211; s'organisent depuis belle lurette en syndicats de base. Forme de syndicalisme autonome irrigu&#233; d'id&#233;es anarchistes, un syndicat de base s'organise autour d'une profession et non au sein d'une entreprise, dans des secteurs o&#249; les employ&#233;.e.s sont particuli&#232;rement isol&#233;.e.s (restauration, nettoyage, emplois &#224; domicile). Les d&#233;cisions y sont prises en assembl&#233;es, souvent au consensus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1935, &#224; La Paz, des &lt;i&gt;culinarias&lt;/i&gt; (travailleuses des cuisines) manifestent et occupent la mairie. Elles protestent contre l'interdiction de prendre le tramway, suite aux lamentations des dames de la haute bourgeoisie contre ces &lt;i&gt;cholas&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Terme familier, parfois p&#233;joratif, utilis&#233; pour faire r&#233;f&#233;rence aux femmes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; qui &#233;corchent leurs robes en soie et leurs bas avec leurs volumineux paniers remplis des denr&#233;es afin de cuisiner pour ces m&#234;mes dames... N'ayant ni temps libre ni local &#224; disposition, les &lt;i&gt;culinarias&lt;/i&gt; tiennent assembl&#233;e au march&#233;, jusqu'&#224; ce que les soldats les chassent, puis elles cr&#233;ent le premier syndicat de base des travailleuses domestiques de Bolivie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur victoire dans la lutte pour l'acc&#232;s au tram attire d'autres femmes des classes populaires et am&#233;rindiennes de la capitale, en particulier les vendeuses de fleurs et de l&#233;gumes, qui forment &#224; leur tour leurs syndicats de base. Pendant une vingtaine d'ann&#233;es, le syndicat des &lt;i&gt;culinarias&lt;/i&gt; m&#232;ne toute une s&#233;rie de luttes contre les discriminations et l'exploitation, obtient l'acc&#232;s &#224; des cr&#232;ches gratuites pour leurs enfants. Il revendique aussi le droit au repos dominical et &#224; la journ&#233;e de 8 heures &#8211; qui n'est toujours pas acquise aujourd'hui. Les &lt;i&gt;culinarias&lt;/i&gt;, avec les vendeuses de fleurs et de l&#233;gumes, constituent alors l'avant-garde de l'anarcho-syndicalisme en Bolivie. Elles permettent la renaissance de deux f&#233;d&#233;rations en d&#233;clin apr&#232;s la guerre du Chaco (1932-35) &lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Guerre qui opposa le Paraguay &#224; la Bolivie, li&#233;e &#224; l'absence d'acc&#232;s c&#244;tier (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; : la FOL (&lt;i&gt;Federaci&#243;n Obrera Local&lt;/i&gt;), cr&#233;&#233;e en 1927 et constitu&#233;e de syndicats de base de ma&#231;ons, charpentiers, couturi&#232;res, laiti&#232;res, enfants vendeurs de journaux, contrebandiers, etc., et la FOF (&lt;i&gt;Federaci&#243;n Obrera Femenina&lt;/i&gt;), qui r&#233;unit les syndicats de femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Retrouver la communaut&#233; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Apr&#232;s une p&#233;riode difficile, les luttes des travailleuses domestiques ressurgissent dans les ann&#233;es 1980. En mai 1984 est cr&#233;&#233; le premier syndicat de base des &lt;i&gt;Trabajadoras asalariadas del hogar&lt;/i&gt; (Travailleuses salari&#233;es du foyer), d&#233;nomination actuelle des &lt;i&gt;culinarias&lt;/i&gt;, &#224; Sopocachi, un quartier de La Paz. Progressivement, d'autres syndicats locaux sont lanc&#233;s un peu partout. Ils se rassemblent en 1993 dans la Fenatrahob, la F&#233;d&#233;ration nationale des travailleuses domestiques de Bolivie. Le film &lt;i&gt;Boconas&lt;/i&gt; montre &#224; quel point le syndicat est un lieu phare qui permet &#224; ces femmes migrantes de &#171; &lt;i&gt;retrouver la communaut&#233;&lt;/i&gt; &#187; et de transformer les v&#233;cus communs d'oppression en lutte, elles qui vivent isol&#233;es sur leur lieu de travail et n'ont rarement plus que quelques heures de temps libre le dimanche. Interstices dominicaux qu'elles consacrent secr&#232;tement au syndicat, que ce soit pour r&#233;diger des tracts, organiser des manifs, ou se former dans des ateliers d'alphab&#233;tisation ou de couture. Dans &lt;i&gt;Boconas&lt;/i&gt;, Victoria Mamani raconte qu'elle y est all&#233;e &#171; &lt;i&gt;pour prendre des cours de couture. Mais en fait, &#231;a ne s'est pas pass&#233; comme &#231;a ! Ce qui m'a plus int&#233;ress&#233;, c'est la vie politique et syndicale, travailler sur la r&#233;daction d'un projet de loi, lutter pour que cette loi soit d&#233;battue au Parlement&#8230; Nous avons &#233;t&#233; les premi&#232;res &#224; manifester Plaza Murillo&lt;/i&gt; [devant le Parlement], &lt;i&gt;c'&#233;tait interdit. Ils ont essay&#233; de nous virer de la place, on r&#233;sistait. Je me suis pris plein de gaz lacrymog&#232;nes, et ma t&#234;te s'est retrouv&#233;e dans le journal. Et l&#224;, mes patrons ont tout d&#233;couvert !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2003, apr&#232;s une d&#233;cennie de luttes intenses, les syndiqu&#233;es arrachent le vote historique d'une loi de r&#233;gulation du secteur : leur travail est enfin reconnu juridiquement et elles acqui&#232;rent des droits concomitants, notamment le salaire minimum. Les d&#233;bats autour du vote de cette loi mettent &#224; jour l'ampleur du m&#233;pris social, racial et sexiste &#224; l'encontre de ces femmes, ainsi que la permanence de l'h&#233;ritage colonial et esclavagiste, avec ses patron.ne.s arrim&#233;.e.s au privil&#232;ge d'avoir des servantes am&#233;rindiennes dociles et corv&#233;ables &#224; merci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les voix de la dignit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Reste un important combat &#224; mener pour faire appliquer cette loi, et pour obtenir un droit &#224; la sant&#233;. Des employeurs sont tra&#238;n&#233;s devant les tribunaux pour impay&#233;s, privation de temps libre et de sortie, interdiction d'&#233;tudier ou de se syndiquer, violences physiques, verbales, sexuelles, etc. Mais il faut aussi informer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2009, le collectif anarcha-f&#233;ministe &lt;i&gt;Mujeres creando&lt;/i&gt; propose un atelier de formation aux techniques de la radio aux travailleuses domestiques du syndicat de base de Sopocachi. &lt;i&gt;La Virgen de los Deseos&lt;/i&gt;, le centre social autog&#233;r&#233; de &lt;i&gt;Mujeres creando&lt;/i&gt;, abrite, entre autres, Radio Deseo &lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;radiodeseo.com]&gt;.&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, l'unique radio f&#233;ministe du pays. Six mois plus tard, les participantes &#224; l'atelier lancent leur &#233;mission, intitul&#233;e &#171; &lt;i&gt;Soy Trabajadora del Hogar, con Orgullo y Dignidad&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Je suis travailleuse domestique, avec orgueil et dignit&#233; &#187;.&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &#187;. Pendant une heure, tous les jours depuis sept ans, l'antenne est tenue par Yolanda et Victoria Mamani, Antonia Cuni, Emiliana Quispe &#8211; une dizaine en tout &#8211; qui peu &#224; peu ont quitt&#233; leur emploi de travailleuse domestique, commenc&#233; des &#233;tudes et trouv&#233; d'autres boulots. Elles g&#232;rent tout, de la technique &#224; l'animation en passant par les reportages, les enqu&#234;tes et les interviews. La radio est un m&#233;dia tr&#232;s populaire en Bolivie ; alors, elles font de cette &#233;mission un outil de lutte, de politisation, de diffusion des droits des travailleuses, ainsi qu'un espace d'&#233;changes de v&#233;cus d'exploitation, mais aussi de r&#234;ves, de r&#233;ussites et de savoirs. Elles revendiquent la l&#233;gitimit&#233; &#224; consacrer une partie de l'&#233;mission aux informations, pr&#233;cisant que : &#171; &lt;i&gt;Nous ne sommes pas journalistes, mais nous savons faire les infos &#224; notre style&lt;/i&gt;. &#187; Elles ont aussi un blog sur lequel elles publient tr&#232;s r&#233;guli&#232;rement des analyses, des &#233;ditos, des recettes culinaires et m&#233;dicinales am&#233;rindiennes &lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;https://soytrabajadoradelhogar.blog...]&gt;.&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sans patron ni patronne&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Yolanda Mamani, l'une des pr&#233;sentatrices phares de l'&#233;mission, a une longue histoire de lutte derri&#232;re elle. Elle quitte son village &#224; 9 ans pour partir en vacances &#224; La Paz, h&#233;berg&#233;e chez une tante. Au lieu d'y apprendre le castillan et d'y d&#233;couvrir la ville, le plan initial propos&#233; par son p&#232;re, elle se retrouve enferm&#233;e &#224; s'occuper de sa ni&#232;ce et de la maison, alors que sa tante est employ&#233;e comme domestique chez d'autres. &#192; 11 ans, elle s'enfuit, sans un sou. &#171; &lt;i&gt;J'&#233;tais habitu&#233;e &#224; des espaces plus libres, &#224; marcher partout, &#224; me baigner dans la rivi&#232;re&lt;/i&gt; &#187;, explique-t-elle dans &lt;i&gt;Boconas&lt;/i&gt;. Elle trouve rapidement un emploi dans une maison. L&#224;, celle &#171; &lt;i&gt;qui fait partie de la famille&lt;/i&gt; &#187; persiste &#224; se v&#234;tir de &lt;i&gt;polleras&lt;/i&gt;, les jupes que portent les femmes aymaras &#8211; des jupes marqu&#233;es du stigmate du m&#233;pris, sauf quand il s'agit de c&#233;l&#233;brer le folklore andin. Puis vient l'engagement syndical : &#171; &lt;i&gt;&#199;a, c'&#233;tait un grand probl&#232;me pour mon employeur, parce que j'ai commenc&#233; &#224; r&#233;clamer mes droits. Quand tu vis sur ton lieu de travail, tu n'as pas de libert&#233;. Tu es enferm&#233;e 24h sur 24, tu ne peux pas penser &#224; toi. L'employeur te rappelle constamment &#224; tes obligations. Tu n'as pas de vie sociale. Tu n'as m&#234;me pas le droit de tomber amoureuse, parce que tu es enferm&#233;e entre quatre murs. Tu n'as personne &#224; qui parler, ton cercle social se limite &#224; l'employeur, l'employeuse et les enfants des employeurs.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;Chaque fois, j'&#233;tais plus rebelle, plus&lt;/i&gt; bocona [grande gueule] &lt;i&gt;comme il m'appelait. Mais si je n'avais pas &#233;t&#233; une&lt;/i&gt; bocona, &lt;i&gt;je n'aurais pas &#233;tudi&#233;, je ne me serais pas battue, enfuie, rien. Parfois, on te traite de&lt;/i&gt; bocona &lt;i&gt;pour te faire taire, pour pas que tu leur r&#233;pondes, pour que tu baisses la t&#234;te.&lt;/i&gt; &#187; Aujourd'hui, en plus de l'&#233;mission de radio, Yola est membre d'une coop&#233;rative de services &#224; domicile (nettoyage, garde d'enfants, etc.) qui se nomme joyeusement &lt;i&gt;Sin patr&#243;n Ni patrona&lt;/i&gt; [Sans patron ni patronne] et &#233;tudie la sociologie &#224; la fac. &#171; &lt;i&gt;Parfois, je parle &#224; mes parents de&lt;/i&gt; Mujeres creando, &lt;i&gt;les actions f&#233;ministes et tout. Ils me disent : &#8220;Elles sont &#224; moiti&#233; folles, non ?&#8221; Je r&#233;ponds : &#8220;Mais oui papa, parce que si on est folles, on peut faire plein de belles choses.&lt;/i&gt;&#8221; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Documentaire sur l'&#233;mission de radio que fabriquent Yolanda et ses camarades &#224; la Paz et sur les conditions de travail des domestiques. R&#233;alis&#233; en 2016 par Leonor Jim&#233;nez, Montse Clos et Sof&#237;a Fern&#225;ndez, du collectif espagnol &lt;i&gt;La Mirada Invertida&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pr&#233;nom modifi&#233; &#224; la demande de l'int&#233;ress&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Terme familier, parfois p&#233;joratif, utilis&#233; pour faire r&#233;f&#233;rence aux femmes indig&#232;nes aymaras originaires des montagnes. Il est aussi utilis&#233; par ces femmes elles-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Guerre qui opposa le Paraguay &#224; la Bolivie, li&#233;e &#224; l'absence d'acc&#232;s c&#244;tier de la Bolivie, et &#224; la d&#233;couverte de p&#233;trole dans la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;span class='ressource'&gt;&lt;[radiodeseo.com-&gt;&lt;/span&gt;
radiodeseo.com]&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Je suis travailleuse domestique, avec orgueil et dignit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;span class='ressource'&gt;&lt;[soytrabajadoradelhogar.blogspot.fr-&gt;&lt;/span&gt;
&lt;a href=&#034;https://soytrabajadoradelhogar.blogspot.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://soytrabajadoradelhogar.blog...&lt;/a&gt;]&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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