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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>La France qui se l&#232;ve t&#244;t et qu'est pas contente </title>
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		<dc:date>2010-12-13T07:44:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anna (Rennes), Antoine (Toulouse), Doryan (Paris), Fred (Bordeaux), G&#233;rard Lambert, Gilles Lucas, Guy (Toulouse), Guy David, Olivier Minot, Pascale (Al&#232;s), Steph (Dijon), TomJo</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>JMB</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Des heures, des semaines de blocages, de gr&#232;ves, de courses dans les rues, de manifestations, de rencontres, de d&#233;bats... Impossible de dresser la liste exhaustive de ce vaste mouvement &#224; mille visages, de cet esprit qui a souffl&#233; un vent de fra&#238;cheur et de chaleur sur cette vie qui depuis tant d'ann&#233;es &#233;tait domin&#233;e par la peur et l'isolement. Promenade, sans date, dans un pays o&#249; le temps s'est enfin acc&#233;l&#233;r&#233;... &#171; LA MANIFESTATION se finit sur la place de la Com&#233;die. En face du Grand (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no-83-novembre-2010" rel="directory"&gt;CQFD n&#176; 83 (novembre 2010)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/qu-on" rel="tag"&gt;qu'on&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mouvement" rel="tag"&gt;mouvement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/salaries" rel="tag"&gt;salari&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Marseille" rel="tag"&gt;Marseille&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/greve-reconductible" rel="tag"&gt;gr&#232;ve reconductible&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Des heures, des semaines de blocages, de gr&#232;ves, de courses dans les rues, de manifestations, de rencontres, de d&#233;bats... Impossible de dresser la liste exhaustive de ce vaste mouvement &#224; mille visages, de cet esprit qui a souffl&#233; un vent de fra&#238;cheur et de chaleur sur cette vie qui depuis tant d'ann&#233;es &#233;tait domin&#233;e par la peur et l'isolement. Promenade, sans date, dans un pays o&#249; le temps s'est enfin acc&#233;l&#233;r&#233;...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; LA MANIFESTATION se finit sur la place
de la Com&#233;die. En face du Grand
Th&#233;&#226;tre, aux balcons de l'h&#244;tel quatre &#233;toiles Le R&#233;gent, des spectateurs
en beaux costumes et cravates
regardent la foule qui &#224; son tour les
remarque. &#199;a siffle, &#231;a hue. Puis c'est la ru&#233;e vers
le palace. Les flics pr&#233;sents sont en panique. Les
CRS arrivent &#224; la rescousse. La foule n'insiste pas,
mais fait front et, poings lev&#233;s, chante
l'Internationale &#187;&lt;/i&gt;, raconte Fred de Bordeaux.
Partout en France, l'autocollant &#171; Je lutte de
classe &#187;, produit par l'association Ne pas plier, a
rencontr&#233; un succ&#232;s massif en ces mois de septembre et octobre de &#171; r&#234;ve g&#233;n&#233;ral &#187;, face &#224; l'accablement et au silence de ces derni&#232;res d'ann&#233;es. &lt;i&gt;&#171; Un incroyable sentiment de puissance&lt;/i&gt;, dit
Guy de Toulouse. &lt;i&gt;On a vu qu'on peut enfin r&#233;agir.
On s'est rendus compte qu'on sait le faire et, donc,
qu'on va pouvoir le refaire. Sur les blocages, dans
les manifs, dans les rencontres, on &#233;tait nombreux
&#224; parler du pass&#233;, de 68, de 95, du pr&#233;sent et du
futur. Les conversations tournaient et tournent
encore autour de toutes ces questions : comment
faire et comment continuer. &#187;&lt;/i&gt; Et Pascale d'Al&#232;s de
s'enthousiasmer : &lt;i&gt;&#171; C'est impressionnant de voir
cette capacit&#233; &#224; s'insurger ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Blocage tous azimuts !&lt;/h3&gt;&lt;div class='spip_document_17 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;9&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L373xH431/jmb1-ca9ee.png?1768649624' width='373' height='431' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par JMB
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une id&#233;e s'est diffus&#233;e lentement depuis une
dizaine d'ann&#233;es : bloquer l'&#233;conomie, paralyser
les flux. C'est l'esprit d'une &#233;poque qui s'exprime dans des milliers de gestes o&#249; l'initiative
n'a pas &#233;t&#233; la propri&#233;t&#233; exclusive des directions
syndicales. Ce mouvement &#224; mille visages semble, sans le formuler explicitement, s'&#234;tre d&#233;velopp&#233; comme un v&#233;ritable exercice de strat&#233;gie
appliqu&#233;e cherchant &#224; r&#233;soudre des questions
li&#233;es aux caract&#233;ristiques modernes de la discipline sociale.
Que faire face aux processus d'&#233;clatement du travail, de dispersion des unit&#233;s de production, de la
fabrication en flux tendu, de tout processus qui &#233;loigne et met en concurrence les salari&#233;s ? Est-il
possible face &#224; ces dispositifs d'envisager
aujourd'hui une gr&#232;ve qui porte des coups &#224; l'&#201;tat
et aux d&#233;cideurs ? Du Nord au Sud, d'Est en Ouest,
plusieurs milliers de personnes se sont lev&#233;es d&#232;s
l'aube pour se retrouver sur des blocages et soutenir et rencontrer les gr&#233;vistes. Un millier de personnes condamne, d&#232;s 4 heures du matin, la plateforme d'Eurocentre &#224; Castelnau d'Estr&#233;tefonds,
dans la banlieue toulousaine. Et Antoine de
raconter : &lt;i&gt;&#171; &#192; 3 heures matin, il y avait tellement
de monde qui partait sur un blocage qu'on s'est
retrouv&#233;s dans un bouchon. C'&#233;tait incroyable ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant quelques jours, c'est le quotidien gratuit
&lt;i&gt;20 minutes&lt;/i&gt; qui annoncent les actions du lendemain pendant que la radio associative &lt;a href=&#034;https://www.canalsud.net&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Canal Sud&lt;/a&gt;
ouvre ses antennes pour informer en permanence sur les actions en cours et diffuser la liste
des op&#233;rations &#224; venir. &#193; Marseille, c'est &#224; deux
heures et demie que les gens se sont retrouv&#233;s,
par le bouche-&#224;-oreille, devant la gare Saint-Charles pour rejoindre le piquet de la raffinerie
de Lavera. &lt;i&gt;&#171; Faut faire gaffe aux portables, aux
SMS et aux mails pour monter une action. Les
cond&#233;s sont &#224; l'agachon &#187;&lt;/i&gt;, dit un salari&#233; marseillais lors d'une occupation furtive de la Chambre
de Commerce suivie d'un jet de poubelles. &lt;i&gt;&#171; On
fait attention ! On a cr&#233;&#233; des r&#233;seaux de
confiance &#187;&lt;/i&gt;, rapporte Steph de Dijon, o&#249; apr&#232;s
nombre d'actions durant le mois d'octobre, la
zone industrielle de Longvic est &#224; nouveau bloqu&#233;e d&#233;but novembre d&#232;s 4h du matin. Il continue : &lt;i&gt;&#171; C'est de l&#224; que part la plus grande partie de
l'activit&#233; de la r&#233;gion. Toute la matin&#233;e, on a
stopp&#233; les trains qui transportent du p&#233;trole. &#187;&lt;/i&gt; &#192;
Lyon, les rencards sont annonc&#233;s dans des tracts
ou lors de manifs autour d'un mot d'ordre :
&lt;i&gt;&#171; Levez-vous de bonne heure ! &#187;&lt;/i&gt; Sur tout le territoire, des gr&#233;vistes, ch&#244;meurs, salari&#233;s, &#233;tudiants,
lyc&#233;ens, pr&#233;caires se retrouvent pour prendre, ici,
des initiatives ou faire masse, l&#224;, sur les barrages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme dans l'ex&#233;cution d'un plan qui court dans
les esprits, l'&#233;vidence du premier front a &#233;t&#233; de
bloquer le p&#233;trole : gr&#232;ves dans les raffineries,
blocages des d&#233;p&#244;ts d'essence. &lt;i&gt;&#171; Taper l&#224; o&#249; &#231;a
leur fait le plus mal ! &#187;&lt;/i&gt; semble &#234;tre la directive
&#233;vidente d'un &#233;tat-major sans leader et compos&#233;
de centaines de milliers de personnes. Nombre de
salari&#233;s savent o&#249; et comment intervenir pour
d&#233;sorganiser la machine. Les gars d'EDF coupent
le jus dans les rues et les b&#226;timents lors du blocage de la zone industrielle d'Eurocentre pr&#232;s de
Toulouse. Les convoyeurs de fonds lyonnais
emp&#234;chent l'entr&#233;e et la sortie des biffetons de
l'agence de la Banque de France, pendant qu'&#224;
quelques kilom&#232;tres un rassemblement d'&#233;tudiants, lyc&#233;ens et salari&#233;s interrompent tout trafic &#224; la Mouche, important &#233;changeur ferroviaire.
&lt;i&gt;&#171; Si on est expuls&#233;s des raffineries et d&#233;p&#244;ts de
p&#233;trole, on continuera en aval &#187;&lt;/i&gt; pr&#233;viennent des bloqueurs dijonnais
avant d'entraver la circulation des
camions. En r&#233;ponse &#224; l'expulsion et &#224; la r&#233;quisition des gr&#233;vistes de la raffinerie de Grandpuits,
des salari&#233;s de Donges, &#224; proximit&#233; de Saint-Nazaire, occupent une station-service Total et
distribuent gratuitement l'essence &#224; des usagers
prioritaires et &#224; des particuliers. &lt;i&gt;&#171; Foutre le bordel et le foutre partout ! &#187;&lt;/i&gt;, lance pendant une AG,
une instit' &#224; Marseille. &lt;i&gt;&#171; Et en cha&#238;nes ! &#187;&lt;/i&gt;, rajoute
Thomas de Lille. Gares, ronds-points strat&#233;giques,
&#233;tablissements publics, supermarch&#233;s, a&#233;roports... La liste est longue des lieux envahis dans
une multitude de villes et bourgades. Ailleurs, ce
sont les si&#232;ges locaux du MEDEF et de d&#233;put&#233;s
sarkozystes qui connaissent de joyeuses visites
d&#233;vastatrices.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;
Solidarit&#233; partout !&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Mais comment arr&#234;ter l'activit&#233; de ce pays &lt;i&gt;&#171; o&#249;
quand il y a une gr&#232;ve plus personne ne s'en
aper&#231;oit &#187;&lt;/i&gt;, ainsi que le fanfaronnait en juillet
2008, le Nabot devant sa cour ? &lt;i&gt;&#171; Comment la
gr&#232;ve peut se r&#233;pandre, comment d&#233;velopper le
mouvement sans &#234;tre d&#233;pendant exclusivement
des syndicats, est au centre de toutes les discussions. &#187;&lt;/i&gt;, rapporte Anna de Rennes. Comment
riposter alors que les salaires stagnent depuis
des ann&#233;es, que la pr&#233;carit&#233; menace, que ceux
ayant encore un boulot vivent dans l'angoisse
de le perdre, qu'on s'inqui&#232;te pour les minots et
qu'on &lt;i&gt;&#171; s'est fait bien avoir avec les cr&#233;dits &#187;&lt;/i&gt;,
comme le dit un poubellier qui bloque le site des
Aygalades dans les quartiers nord de Marseille ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; c&#244;t&#233; des salari&#233;s qui ont arr&#234;t&#233; de travailler
pendant plusieurs jours, l'&#233;vidence pour des
milliers d'autres s'est r&#233;pandue de trouver une
m&#233;thode pour perdre le moins d'argent en provoquant le plus grand bordel possible. &#192;
Marseille, &#8211; et ce genre d'initiatives a &#233;t&#233; men&#233;
dans une multitude de situations &#8211; chacune des
cat&#233;gories composant un &#233;quipage se met en
gr&#232;ve : les &#233;boueurs ripeurs sont not&#233;s pr&#233;sents
alors que les chauffeurs sont en gr&#232;ve, le lendemain, c'est au tour du chef d'&#233;quipe puis &#224; nouveau des ripeurs et des chauffeurs. Le personnel
des cantines scolaires arr&#234;te le travail au
moment du service.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; C'est s&#251;r que les manifs ont un aspect positif.
C'est l'occasion de se compter... Mais, c'est insuffisant : l'ambiance est &#224; vouloir en faire plus &#187;&lt;/i&gt;, dit
Antoine de Toulouse. &lt;i&gt;&#171; 3 millions ou 800 000
manifestants ? &#187;&lt;/i&gt;, se sont amus&#233;s, pendant quelques semaines, m&#233;dias et polices avec cette
m&#234;me id&#233;e de noyer dans le grotesque le mouvement social en lan&#231;ant le soup&#231;on d'une ill&#233;gitimit&#233; d&#233;mocratique sur l'action des &#171; contestataires &#187;. Inspir&#233; des traits d'esprit qui circulaient en URSS contre les dirigeants, la plaisanterie &lt;i&gt;&#171; selon la police, Sarkozy mesure un m&#232;tre
quatre-vingt dix &#187;&lt;/i&gt;, a fait flor&#232;s. Au-del&#224; du d&#233;bat
scolastique sur la garantie d&#233;mocratique du
mouvement, comme en d'autres temps l'on
s'&#233;tripait pour savoir qui &#233;tait le meilleur chr&#233;tien, des centaines d'initiatives sont venues
indirectement r&#233;pondre &#224; cet encombrement
id&#233;ologique. Le syndicat Solidaire remet
5 000 euros aux gr&#233;vistes de la raffinerie des
Flandres &#224; proximit&#233; de Dunkerque. Une caisse
de solidarit&#233; recueille dans les manifs et sur les
march&#233;s lyonnais de quoi donner dix jours de
paie aux gr&#233;vistes de la raffinerie de Feyzin. Un
concert de rock a lieu sur le site. Des petits producteurs en AMAP apportent de la bouffe. &lt;i&gt;&#171; On
avait mis des palettes sur la route devant l'entr&#233;e
du d&#233;p&#244;t de p&#233;trole. Arrive un gars en voiture qui
semble super &#233;nerv&#233;. On essaye de discuter et on
comprend qu'il nous reproche de ne pas avoir
dress&#233; un barrage insuffisamment efficace et
qu'&#224; cause de cela il va devoir aller bosser. &#187;&lt;/i&gt;,
raconte Steph de Dijon. &#192; Rennes, ravitaill&#233; par
des producteurs locaux et des membres de la
Conf&#233;d&#233;ration Paysanne, un camion &#233;quip&#233;
d'une gazini&#232;re et de mat&#233;riel de cuisine tourne
sur les piquets et offre aux l&#232;ve-t&#244;t de quoi se
sustenter. Lors d'une manifestation, une caisse
de gr&#232;ve organis&#233;e par des ch&#244;meurs, des pr&#233;caires et des squatters recueille en deux heures
2 000 euros, pendant qu'ailleurs un blocage se
transforme en bal populaire aux sons de l'accord&#233;on amen&#233; par une conductrice de bus. &#192;
Virsac, au nord de Bordeaux, comme dans quantit&#233; d'autres endroits, les barri&#232;res autorouti&#232;res sont lev&#233;es. Apr&#232;s que les flics soient pass&#233;s, &#224;
l'aube, chercher chez eux les r&#233;quisitionn&#233;s de
la raffinerie de Donges, les salari&#233;s de la centrale thermique de Cordemais cessent, en solidarit&#233;, imm&#233;diatement le travail. Des comit&#233;s
de soutien aux gr&#233;vistes et aux personnes interpell&#233;es, poursuivies et condamn&#233;es, se forment
dans plusieurs villes, comme &#224; Lyon o&#249; la Caisse
de solidarit&#233; active rassemble argent, infos, avocats et diffuse des documents sur l'attitude &#224;
avoir en cas d'arrestation.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les jeunes dans la bagarre&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; On peut &#234;tre grand quand on a dix-sept ans...
La jeunesse ne doit jamais s'avouer vaincue... &#187;&lt;/i&gt;,
avait d&#233;clam&#233; le Nabot en septembre 2006. Et
les lyc&#233;ens entassent poubelles et containers
devant leurs bahuts. &lt;i&gt;&#171; De vrais artistes, ces
lyc&#233;ens ! &#187;&lt;/i&gt;, s'exclame une prof d'Al&#232;s devant le
mur de pav&#233;s construit &#224; l'entr&#233;e du lyc&#233;e Jean-Baptiste Dumas. Deux jeunes filles de Vaulx-en-Velin, dans la banlieue lyonnaise, racontent au
micro de &lt;a href=&#034;https://www.radiocanut.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Radio Canut&lt;/a&gt;, alors qu'en arri&#232;re-plan
r&#233;sonnent les d&#233;tonations de flash-ball et lacrymos : &lt;i&gt;&#171; On se bat contre la r&#233;forme des retraites
parce qu'on n'a pas envie de devenir des vieux
tout aigris et mourir avant notre retraite. &#187;&lt;/i&gt; La
peur r&#233;currente qu'ont les pouvoirs vis-&#224;-vis de
la jeunesse convoque d&#232;s le d&#233;but la flicaille
devant les &#233;tablissements scolaires. Un jeune de
Montreuil qui pousse une poubelle re&#231;oit un tir
de flash-ball dans l'&#339;il. Les blocages et manifestations spontan&#233;es se transforment fr&#233;quemment en jets de projectiles sur le mobilier
urbain et les robocops dont on ne sait s'ils sont
l&#224; pour frapper les minots ou, parfois, les inciter
&#224; agir afin de faire la une du journal t&#233;l&#233;.
S&#233;rieux, les jeunes, et joueurs aussi. Cavalcades
dans les rues, quelques voitures retourn&#233;es pour
ralentir l'avanc&#233;e de l'ennemi casqu&#233;, arm&#233;,
bott&#233; et capara&#231;onn&#233;, s'autoriser ce qui est
interdit, faire scandale et faire du bruit. Au centre de
Lyon, les flics d&#233;ploient un dispositif hors
norme, avec h&#233;licopt&#232;re et GIPN, face &#224; une jeunesse bruyante et ludique. &lt;i&gt;&#171; On veut tout
niquer ! On veut se faire plaisir ! &#187;&lt;/i&gt;, l&#226;chent deux
jeunes interview&#233;s en pleine course par Radio
Canut. L'&#201;tat exp&#233;rimente sur la place Bellecour,
transform&#233;e en &#171; punishment park &#187;, la s&#233;questration &#224; ciel ouvert d'une manifestation. Des
centaines de jeunes restent, pendant une apr&#232;s-
midi et une partie de la soir&#233;e, encercl&#233;s par
des cohortes de policiers qui les arrosent r&#233;guli&#232;rement de lacrymos pendant que le ventilo
de la gendarmerie reste en vol stationnaire au-
dessus eux. Dans les villes, les bourgs et surtout
leurs banlieues, c'est contre les jeunes que la
police va d'abord violemment intervenir, avant
de se tourner contre les bloqueurs. Dans une rue
d'Al&#232;s, alors que s'ach&#232;ve une manifestation, un
robocop surgit de son car, se lance seul &#224; la poursuite d'un type &#226;g&#233; et le gaze avant de s'apercevoir qu'il s'est isol&#233; de ses coll&#232;gues. Un homme
l'interpelle : &lt;i&gt;&#171; Maintenant que tu es tout seul, tu
fais moins le gaillard ! &#187;&lt;/i&gt; Le larbin en uniforme
lui r&#233;pond en mettant la main sur son arme de
service : &lt;i&gt;&#171; Seul, moi ? J'ai quinze balles l&#224;-dedans, tu les veux ? &#187;&lt;/i&gt; Et cette fois, contre toute
attente ceux qu'on appelle les &#171; casseurs &#187; ne
restent pas partout isol&#233;s et stigmatis&#233;s. Dans
une rue de Toulouse, des bacqueux plaquent
deux jeunes qui ont &#233;t&#233; rep&#233;r&#233;s en train de faire
des graffitis. Une des filles hurle : &lt;i&gt;&#171; Venez, venez,
il y a la police ! &#187; &lt;/i&gt; Une vingtaine de gars badg&#233;s
CGT sautent sur les types de la BAC, en claquent
quelques-uns et lib&#232;rent les jeunes. (La fille sera
arr&#234;t&#233;e le lendemain matin chez elle : elle avait
perdu son sac dans la m&#234;l&#233;e et fera 36 heures de
garde &#224; vue pour incitation &#224; la r&#233;bellion...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la capitale des C&#233;vennes, suite &#224; l'interpellation de plusieurs adolescents, une manifestation encercle le commissariat avant d'acclamer
leur prompte lib&#233;ration. Un salari&#233; en gr&#232;ve de
la raffinerie de Feyzin donne son point de vue
sur Radio Canut : &lt;i&gt;&#171; On parle des casseurs, mais il
faut &#234;tre clair. Qui c'est qui est n&#233; casseur dans ce
pays ? Ils ont un signe particulier sur leur carte
d'identit&#233; ? Les casseurs, &#231;a veut dire quoi ? Ce
sont des gens comme vous et moi. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les syndicats d&#233;bord&#233;s ?&lt;/h3&gt;&lt;div class='spip_document_18 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;9&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH370/jmb2-2f79f.png?1768657599' width='400' height='370' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par JMB
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au soir d'une des plus grandes manifestations
qui se soient d&#233;roul&#233;es &#224; travers tout le pays, Thibault
parade face &#224; Pujadas au journal de 20 h : &lt;i&gt;&#171; Vous
appelez &#224; la gr&#232;ve reconductible ? &#187;&lt;/i&gt;, demande
l'homme au scooter dor&#233;. &lt;i&gt;&#171; La CGT n'a pas &#224;
appeler &#224; la gr&#232;ve reconductible. Ce sont les salari&#233;s qui d&#233;cideront dans leurs assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales &#187;&lt;/i&gt;, r&#233;pond le patron du syndicat. Man&#339;uvre
destin&#233;e &#224; laisser les salari&#233;s seuls face &#224; eux-
m&#234;mes ou effet d'une pouss&#233;e de la base contre
laquelle il vaut mieux pour l'heure ne pas trop
visiblement s'opposer ? Sur un barrage, devant
un centre de collecte des d&#233;chets o&#249; flottent au
vent les drapeaux des syndicats CGT, FSU, CFDT
et Unsa, un poubellier marseillais explique :
&lt;i&gt;&#171; Se mettre en gr&#232;ve, ce n'est pas facile. On a peur
d'y aller seul, alors on attend que les autres y aillent pendant qu'eux attendent les autres, etc.
C'est un vrai probl&#232;me. Alors si le syndicat est l&#224;,
on y va. Il y a au moins une structure. &#187;&lt;/i&gt; &#192;
Donges, les gars de la raffinerie d&#233;cident entre
eux d'arr&#234;ter le boulot : &lt;i&gt;&#171; Faut bien que
quelqu'un commence ! &#187;&lt;/i&gt; Sur des dizaines de
lieux de blocages, les fanions et insignes syndicaux se m&#233;langent. &#192; Rennes, l'Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des cheminots est ouverte &#224; tous&lt;i&gt; &#171; C'est
aussi un acquis du mouvement pr&#233;c&#233;dent &#187;&lt;/i&gt;, pr&#233;cise Anna. Gr&#232;ve reconductible, assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale interpro : de nouvelles expressions s'imposent. &#192; chacun selon ses r&#234;ves, ses m&#233;canismes
de pens&#233;e, son id&#233;ologie, son ext&#233;riorit&#233;, sa participation, d'y mettre un sens n&#233;gatif ou positif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici la gr&#232;ve reconductible est regard&#233;e comme
une faiblesse puisqu'elle peut sembler chaque
jour fragilis&#233;e. L&#224;, elle est plut&#244;t appr&#233;ci&#233;e
comme une &#233;bauche de ma&#238;trise, hors syndicat,
des choix des gr&#233;vistes eux-m&#234;mes. De la m&#234;me
mani&#232;re, les AG interpro peuvent prendre, sous
le m&#234;me nom, des visages diff&#233;rents : simple
chambre d'ex&#233;cution des d&#233;cisions conf&#233;d&#233;rales
qui tentent en sous-main de garder ou reprendre la ma&#238;trise du mouvement, ou lieu de rencontres, de d&#233;bats et d'actions men&#233;es par des salari&#233;s et autres participants syndiqu&#233;s ou non. &#192;
Rennes, une de ces Assembl&#233;es s'empare, en centre ville, d'un b&#226;timent aussit&#244;t nomm&#233;
&lt;a href=&#034;http://www.rennes-info.org/Maison-de-la-Greve-Rennes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Maison de la gr&#232;ve &#187;&lt;/a&gt; avec le projet d'y d&#233;battre,
de se coordonner, de donner des spectacles et des
concerts, de permettre &#224; diverses organisations et
associations, telles que Sud, le Mouvement des
ch&#244;meurs ou le DAL d'y tenir des permanences.
&lt;i&gt;&#171; L'interpro, avec des gens venus d'un grand nombre de secteurs diff&#233;rents, se cr&#233;e de fait dans le
mouvement &#187;&lt;/i&gt;, dit Anna.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Et maintenant ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Bien s&#251;r qu'il faut se battre contre cette r&#233;forme
des retraites, dit un salari&#233; de la p&#233;trochimie de la
r&#233;gion de Marseille. Mais c'est le r&#233;sultat de tout un
syst&#232;me &#233;conomique et social. C'est &#231;a qu'il faut
changer. &#187;&lt;/i&gt; Doryan, lyc&#233;en parisien, pr&#233;cise : &lt;i&gt;&#171; Au
d&#233;but, c'&#233;tait contre la r&#233;forme. Au bout d'une
semaine, c'&#233;tait contre le gouvernement. &#187;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;&#171; Nique
Sarko ! Nique la police ! &#187;&lt;/i&gt;, s'enflamment deux jeunes lyonnais. Une pancarte toulousaine affirme :
&lt;i&gt;&#171; La r&#233;forme des retraites c'est la goutte qui fait
d&#233;border le vase. Sarko, sa politique s&#233;curitaire, ce
qui se passe &#224; propos de l'immigration, du travail,
de l'&#233;ducation, y en a marre ! &#187;&lt;/i&gt;, explose une
employ&#233;e territoriale de Vitrolles. Sur un blocage
rennais, conversation autour d'une femme qui
veut se lancer dans le fromage bio et d&#233;serter le
travail salari&#233;.&lt;i&gt; &#171; On n'a pas envie de travailler toute
notre vie ! &#187;&lt;/i&gt; revient sans cesse dans les conversations o&#249; se nouent de nouvelles rencontres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'angle d'une rue marseillaise, deux touristes
Am&#233;ricaines, femmes d'un certain &#226;ge aux cheveux bleus, regardent passer la manifestation.
Elles se bousculent joyeusement, se parlent &#224;
l'oreille, sourient, agitent leurs mains en guise de
salut au cort&#232;ge. &lt;i&gt;&#171; C'est vraiment extraordinaire
tous ces gens qui se battent. C'est merveilleux ! On
passe juste par Marseille et on voit &#231;a : &#231;a sera
notre plus beau souvenir. Nous, &#224; Seattle, on
conna&#238;t &#231;a aussi avec les grandes d&#233;monstrations
contre la guerre en Irak... But, d&#233;sol&#233;es, on doit aller
au mus&#233;e. Bonne chance pour tout le monde. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin octobre, d&#233;but novembre, les coups r&#233;p&#233;t&#233;s
des m&#233;dias et des politiques annon&#231;ant avec
impatience l'&#233;puisement du mouvement n'ont
pas tous port&#233; leurs fruits. L'agitation se poursuit
dans quantit&#233; d'endroits, avec barrages et blocages d&#233;pla&#231;ant des milliers de personnes. On
entend &lt;i&gt;&#171; C'est la d&#233;prime &#187;&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;&#171; Peut-&#234;tre que &#231;a
va repartir avec les lyc&#233;ens &#187;&lt;/i&gt;. D'autres, plus fatalistes, affirment que&lt;i&gt; &#171; maintenant que la loi est
pass&#233;e, on ne peut plus rien faire &#187;&lt;/i&gt; et se voient
r&#233;pondre &lt;i&gt;&#171; qu'on ne va pas en rester l&#224; parce que
la col&#232;re qu'on a vu l&#224;, et avec une aussi grande
force, ne peut pas en rester l&#224;. &#187;&lt;/i&gt; Il y en a qui ont
du mouron &#224; se faire...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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