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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Les exploit&#233;es de la crevette</title>
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		<dc:date>2023-05-29T10:14:52Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Julien Brygo</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#192; peine p&#234;ch&#233;es dans la mer du Nord que les crevettes grises prennent la route des usines marocaines. L&#224;-bas, elles sont d&#233;cortiqu&#233;es par des milliers de femmes qui se g&#232;lent les doigts pour un salaire de mis&#232;re. Avant que les entreprises europ&#233;ennes ne les rapatrient pour nous les vendre au prix fort. Reportage. Tanger, le mardi 21 juin 2022. Il est trois heures et demie du matin. La voix du muezzin r&#233;sonne dans la ruelle qui m&#232;ne &#224; la maison de Fatima C., ouvri&#232;re de 37 ans occup&#233;e &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no220-mai-2023" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;220 (mai 2023)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH100/web_1t1a3268_1200px-69026.jpg?1768673568' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; peine p&#234;ch&#233;es dans la mer du Nord que les crevettes grises prennent la route des usines marocaines. L&#224;-bas, elles sont d&#233;cortiqu&#233;es par des milliers de femmes qui se g&#232;lent les doigts pour un salaire de mis&#232;re. Avant que les entreprises europ&#233;ennes ne les rapatrient pour nous les vendre au prix fort. Reportage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5172 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;153&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_2205_maroc_reperages_1t1a9501_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/web_2205_maroc_reperages_1t1a9501_1200px-c4a15.jpg?1768673568' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#192; T&#233;touan, les camions de Heiploeg repartent chaque semaine avec des cargaisons pleines de crevettes d&#233;cortiqu&#233;es et bourr&#233;es d'acides de conservation.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;T&lt;/span&gt;anger, le mardi 21 juin 2022. Il est trois heures et demie du matin. La voix du muezzin r&#233;sonne dans la ruelle qui m&#232;ne &#224; la maison de Fatima C., ouvri&#232;re de 37 ans occup&#233;e &#224; r&#233;chauffer un th&#233; et une galette de bl&#233; qu'elle mangera avec une Vache qui rit, son carburant pour tenir toute la journ&#233;e. Un peu plus haut dans la rue, le ballet des minibus barr&#233;s de l'inscription &#171; Transport du personnel &#187; a d&#233;j&#224; commenc&#233;. Il en passe un toutes les trente secondes. &#192; toute blinde, ils emm&#232;nent des milliers de travailleuses vers les usines de confection textile ou les hangars &#224; d&#233;corticage de crevettes grises. En bas de la montagne o&#249; vit Fatima s'&#233;tend la plus grosse usine de conditionnement de crustac&#233;s du Maroc, propri&#233;t&#233; du n&#233;erlandais Klaas Puul, l'un des leaders europ&#233;ens du march&#233;. Plus de 3 000 ouvri&#232;res, surveill&#233;es par 300 contrema&#238;tres scrutant la moindre &#233;pluchure, y travaillent jour et nuit.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;R&#233;ussir &#224; d&#233;cortiquer 18 kilos de crevettes en une seule journ&#233;e constitue une performance invraisemblable&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce matin encore, Fatima part aux crevettes. Sept ann&#233;es qu'elle fait ce m&#233;tier. Elle ne travaille pas pour Klaas Puul mais pour Med Seafood, un des nombreux sous-traitants marocains du mastodonte hollandais. &#171; &lt;i&gt;Hier, c'&#233;taient que des petites crevettes. Les plus dures. J'ai pu faire six kilos de chair&lt;/i&gt; [soit 18 kilos de crevettes enti&#232;res] &lt;i&gt;en treize heures environ. Je suis rentr&#233;e, j'ai fait ma pri&#232;re et je me suis couch&#233;e vers 22 heures. Les nuits sont courtes. On est habitu&#233;es&lt;/i&gt; &#187;, raconte cette femme en serrant l'avant-bras de sa copine Latifa, qui l'accompagne dans sa rencontre avec notre &#233;quipe de tournage documentaire&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sans queue ni t&#234;te, d&#233;corticage d'une crevette grise (C-P Productions et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. R&#233;ussir &#224; d&#233;cortiquer 18 kilos de crevettes en une seule journ&#233;e constitue une performance invraisemblable. En Europe, seules les grand-m&#232;res d'Ostende, qui d&#233;cortiquent &#171; au noir &#187; les crevettes des derniers crevettiers belges peuvent s'imaginer ce que repr&#233;sente une telle corv&#233;e. Il est bient&#244;t cinq heures, l'heure pour Fatima de partir &#224; l'usine.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Des crevettes &#224; s'y br&#251;ler les doigts&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;capode qui vole les heures de sommeil d'une dizaine de milliers d'ouvri&#232;res marocaines&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le secteur &#233;tant opaque, et les sous-traitants nombreux, il n'y a pas de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, c'est la &lt;i&gt;crangon crangon&lt;/i&gt;, petit nom scientifique de la crevette grise europ&#233;enne &#8211; &#224; ne pas confondre avec la &lt;i&gt;gamba&lt;/i&gt;, m&#234;me si au Maroc les ouvri&#232;res utilisent l'expression &#171; usine de gamba &#187;. Ce petit crustac&#233; se trouve un peu partout en Europe, mais surtout en mer du Nord, o&#249; les stocks semblent &#233;ternels (surtout &#224; mesure que les poissons qui s'en nourrissent se rar&#233;fient). La grise &#8211; on dit parfois la &#171; guernade &#187; ou la &#171; boucaud &#187; &#8211; est beaucoup plus menue que sa cousine tropicale. Elle ne p&#232;se qu'entre 1 et 2,5 grammes, et a cette particularit&#233; de devoir &#234;tre &#233;pluch&#233;e pour &#234;tre cuisin&#233;e. Le march&#233; de la guernade d&#233;cortiqu&#233;e ne repr&#233;sente &#171; que &#187; 300 millions d'euros, tandis que sa cousine &#224; chair blanche, principalement reproduite en Asie (Chine, Tha&#239;lande, Vietnam, Indon&#233;sie&#8230;) et en Am&#233;rique du Sud (Br&#233;sil, &#201;quateur, Mexique&#8230;) est devenue le produit de la mer le plus rentable, avec un march&#233; d'une valeur annuelle de plusieurs dizaines de milliards d'euros. Mais pour un si petit march&#233;, la &lt;i&gt;crangon crangon&lt;/i&gt; mobilise des ressources folles. Un bon cas d'&#233;cole du capitalisme, petit ou gros.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Dans les rues qui entourent les usines de Tanger, on identifie facilement les &#233;plucheuses&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dans les rues qui entourent les usines de Tanger, on identifie facilement les &#233;plucheuses : elles transportent souvent des sacs de v&#234;tements chauds (blouses, tabliers, couvertures, &#233;charpes, chaussettes, etc.). Tout est bon pour se prot&#233;ger du froid, dans ces entrep&#244;ts o&#249; il ne fait jamais plus de trois degr&#233;s et o&#249; les fruits de mer, souvent encore congel&#233;s, br&#251;lent les doigts de Fatima et ses coll&#232;gues. Depuis les ann&#233;es 1980 et les fameux plans d'ajustement structurel du Fonds mon&#233;taire international&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entre 1983 et 1984, le FMI et la Banque Mondiale ont impos&#233; au Maroc leur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, c'est ici que l'&#233;crasante majorit&#233; des 30 &#224; 50 000 tonnes de d&#233;capodes p&#234;ch&#233;s chaque ann&#233;e par les navires hollandais et allemands sont envoy&#233;s en camion se faire &#233;plucher, lessiver &#224; l'eau, asperger d'acides de conservation puis, le cas &#233;ch&#233;ant, recongeler avant d'&#234;tre renvoy&#233;s en Hollande pour empaquetage afin d'approvisionner les supermarch&#233;s (belges surtout, puisqu'ils consomment plus de 40 % des crevettes d&#233;cortiqu&#233;es).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le salaire minimum marocain dans le secteur priv&#233; (moins de 1,50 euro de l'heure) ne s'applique pas aux d&#233;cortiqueuses qui sont pay&#233;es, non pas au temps de travail, mais au poids. Leurs allocations familiales (pour lesquelles elles cotisent &#224; hauteur de 0,30 dirham par kilo&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un dirham marocain &#233;quivaut actuellement &#224; moins de dix centimes d'euros.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;) sont souvent assujetties &#224; des quotas de production : 102 kilos de chair par mois chez Klaas Puul, soit plus de 300 kilos de crevettes. Pour d&#233;cortiquer une telle quantit&#233;, il fallait trouver un pays avec l&#233;gion de jeunes femmes pauvres, corv&#233;ables, acceptant d'&#234;tre pay&#233;es au poids. Le Maroc, fra&#238;chement d&#233;pec&#233; par les institutions internationales, fait parfaitement l'affaire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5171 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;235&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_1t1a8984_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/web_1t1a8984_1200px-7fc99.jpg?1768673569' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#192; Tanger, Habiba Z. nous montre la taille des crevettes qu'elle doit &#233;plucher chaque jour. &#171; Les plus petites sont les plus p&#233;nibles et celles qui nous font gagner le moins d'argent &#187;, raconte cette ouvri&#232;re pay&#233;e au poids.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;20 000 crevettes par jour&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il est 17 heures. Fatima rentre de Med Seafood. &#171; &lt;i&gt;Il y a eu de tout aujourd'hui, des grosses et des petites. L'usine &#233;tait pleine, car c'est bient&#244;t l'A&#239;d et les gens travaillent pour payer la f&#234;te. De 7 &#224; 17 h, j'ai r&#233;ussi &#224; faire cinq kilos de chair, donc quinze kilos de crevettes. C'est pas beaucoup. Quand on a fini, on p&#232;se et ils mettent un produit&lt;/i&gt; [un m&#233;lange d'acides de conservation qui pousse &#224; trois mois la conservation]&lt;i&gt;. L'important, c'est que j'arrive &#224; six ou sept kilos en une journ&#233;e de travail. Demain, je ferai mieux.&lt;/i&gt; &#187; Fatima gagne bien plus que ce qu'elle aurait pu gagner comme ouvri&#232;re agricole &#224; Chefchaouen, sa ville de naissance, dans les montagnes du Rif. Mais sa vie aussi a chang&#233;. Son mari l'a abandonn&#233;e quand elle &#233;tait enceinte. Fatima vit seule avec son b&#233;b&#233;, s'&#233;claire &#224; la bougie et porte chaque semaine trois pleins seaux d'eau jusqu'&#224; son logis. &#171; &lt;i&gt;Si j'avais une baguette magique, j'am&#233;liorerais ma maison, je mettrais un frigo, une t&#233;l&#233;vision, l'&#233;lectricit&#233;, l'eau courante&#8230; Il me manque plein de choses, mais je suis reconnaissante du peu que j'ai. On est des gens normaux, simples, on ne souhaite pas grand-chose, on prend la vie comme elle vient.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#192; un gramme la crevette, on peut estimer que Fatima &#233;pluche environ 20 000 crevettes par jour&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Quoiqu'elle en dise, la vie de Fatima n'est pas &#171; normale &#187;. Comme ses dizaines de milliers de coll&#232;gues, c'est une athl&#232;te de haut niveau &#8211; le salaire et la reconnaissance en moins. On a sorti notre calculatrice. Dans une journ&#233;e normale de treize heures de labeur, elle d&#233;cortique souvent entre six et sept kilos. La plupart du temps, elle &#233;pluche les plus petites crevettes, celles qui ne d&#233;passent pas le gramme. Les plus grosses sont souvent envoy&#233;es se faire &#233;crabouiller par l'un des 20 robots &#233;plucheurs de l'entreprise GPC Kant, en Hollande. Sept kilos de chair en une journ&#233;e, cela repr&#233;sente environ vingt kilos de crevettes (une crevette comporte environ un tiers de chair et deux tiers de carapace). &#192; un gramme la crevette, on peut estimer que Fatima &#233;pluche environ 20 000 crevettes par jour, soit 60 000 mouvements quotidiens de torsion des poignets, de pin&#231;age des bouts de doigts, de glissage de la chair vers les r&#233;cipients. Mieux vaut avoir des tendons, des fl&#233;chisseurs, des abducteurs et des ligaments en acier. &#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait pas terrible aujourd'hui, de faire juste cinq kilos. Habituellement je commence &#224; quatre heures, mais &#224; cause de votre visite ce matin, ma journ&#233;e est pass&#233;e de treize &#224; dix heures. J'ai gagn&#233; aujourd'hui 80 dirhams (environ 7,50 euros), soit seize dirhams (environ 1,50 euro) le kilo.&lt;/i&gt; &#187; On ne l&#226;che pas la calculette. Fatima travaille, comme beaucoup de ses coll&#232;gues, six jours sur sept. Elle d&#233;cortique donc environ un demi-million de crevettes chaque mois. &#171; &lt;i&gt;Mes doigts ? Mon dos, ma nuque ? Je ne sens rien. C'est devenu des gestes naturels, je n'ai pas mal.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;cortiquer 20 000 crevettes en une journ&#233;e. Cette phrase tourne en boucle dans nos t&#234;tes. On s'empresse d'appeler Nicole, ouvri&#232;re textile devenue c&#233;l&#232;bre en gagnant dix fois le championnat du monde de d&#233;corticage de crevettes, cette f&#234;te populaire qui a lieu chaque ann&#233;e depuis 2005 pr&#232;s de Dunkerque&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; Au championnat du monde de d&#233;corticage de la crevette d&#233;localis&#233;e &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. C'est elle qui, au buffet de l'&#233;dition 2018 dans la salle des f&#234;tes de Leffrinckoucke (Nord), m'avait souffl&#233; que les crevettes industrielles du concours &#233;taient habituellement &#233;pluch&#233;es au Maroc. Elle nous avait donn&#233; une sorte de mandat pour aller &#224; la rencontre de ces femmes qui font la m&#234;me chose qu'elle, mais dans de tout autres conditions. &#171; &lt;i&gt;Respect &#224; toutes ces femmes&lt;/i&gt;, r&#233;agit la championne. &lt;i&gt;Elles ont un courage fou. Faire &#231;a toute la journ&#233;e, c'est &#224; peine croyable. Franchement, ce que tu me dis l&#224; m'&#233;voque la souffrance. Moi quand je d&#233;cortique plusieurs heures d'affil&#233;e, j'ai mal partout, aux mains, au dos, aux articulations. Quand j'&#233;tais ouvri&#232;re, j'avais mal partout, tout le temps. Mais on a appris &#224; ne pas se plaindre. Se plaindre, c'est entretenir la douleur. Il faut apprendre &#224; supporter la douleur.&lt;/i&gt; &#187; Comme Fatima, Nicole a travaill&#233; dans une usine sans syndicats, dont la principale caract&#233;ristique &#233;tait de jeter les ouvri&#232;res les moins productives. &#171; &lt;i&gt;&#192; l'usine textile, je devais avoir du rendement, sinon je n'&#233;tais pas reprise. Mon patron, monsieur Fu&lt;/i&gt; [l'usine &#233;tait poss&#233;d&#233;e par une soci&#233;t&#233; chinoise]&lt;i&gt;, me donnait des objectifs tr&#232;s &#233;lev&#233;s mais j'y arrivais. C'est comme &#231;a que j'ai attrap&#233; de la vitesse dans les mains.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5169 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;132&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_1t1a3268_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/web_1t1a3268_1200px-dee90.jpg?1768673569' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#192; l'usine GPC Kant, &#224; Lauwersoog (Pays-Bas), vingt machines et une dizaine de salari&#233;&#183;es d&#233;cortiquent des crevettes m&#233;caniquement.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le cartel de la crevette&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pendant des si&#232;cles, les crevettes hollandaises &#233;taient d&#233;cortiqu&#233;es par les femmes et les enfants des p&#234;cheurs de crevettes, &#224; Zoutkamp, Urk ou Volendam, aux Pays-Bas. En 1984, une sombre affaire de retrait&#233;s hollandais d&#233;c&#233;d&#233;s apr&#232;s avoir aval&#233; des crevettes cocktail bourr&#233;es de staphylocoques &#224; Utrecht aurait scell&#233; une d&#233;localisation qui &#233;tait d&#233;j&#224; sur les rails : ce sera la ru&#233;e vers l'Europe de l'Est. Apr&#232;s avoir fait venir des milliers de travailleuses marocaines et tunisiennes dans le pays des polders pour d&#233;cortiquer les crevettes, les industriels, &#224; commencer par Heiploeg et Klaas Puul, les deux grosses cylindr&#233;es qui contr&#244;lent 80 % du march&#233; europ&#233;en, ont fait le choix des anciens pays communistes pour ex&#233;cuter cette t&#226;che p&#233;nible et r&#233;p&#233;titive. C'est Hendrik Nienhuis, 85 ans, cofondateur de Heiploeg, qui nous l'avait racont&#233; quelques semaines plus t&#244;t dans le calme c&#233;leste de son manoir &#171; De Batterij &#187;, &#224; l'entr&#233;e de Zoutkamp : &#171; &lt;i&gt;Apr&#232;s l'interdiction du d&#233;corticage &#224; domicile par d&#233;cret royal en 1985, on a d&#251; trouver d'autres solutions. On a donc &#233;t&#233; en Roumanie, en Pologne, en Bulgarie pour ouvrir des usines d'&#233;pluchage. Mais les ouvri&#232;res l&#224;-bas &#233;taient trop grosses&lt;/i&gt; [il mime des femmes ob&#232;ses avec ses bras]&lt;i&gt;, avec de trop gros doigts. Du coup, quand un concurrent m'a souffl&#233; l'id&#233;e d'aller dans un pays avec beaucoup de jeunes filles avec de petits doigts, on a tous d&#233;cid&#233; d'aller au Maroc, car l&#224;-bas, il y a beaucoup de jeunes filles et elles sont de premi&#232;re qualit&#233; &lt;/i&gt;[&#8220;first class&#8221;]&lt;i&gt;. Aujourd'hui, il y a au moins huit usines de d&#233;corticage au Maroc.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Sa richesse, le &#171; parrain du cartel de la crevette &#187; l'a b&#226;tie &#224; la sueur des phalanges marocaines&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il est comme &#231;a, Hendrik : sans retenue aucune quand il s'agit de qualifier celles qui lui ont permis de rentrer dans la liste des 1 000 Hollandais les plus riches (avec une fortune estim&#233;e entre 31 et 35 millions d'euros en 2016). Sa richesse, le &#171; &lt;i&gt;parrain du cartel de la crevette&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Condamn&#233; pour avoir dirig&#233; le &#171; cartel de la crevette &#187; (quatre grosses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt; l'a b&#226;tie &#224; la sueur des phalanges marocaines. Car dans les usines marocaines, on n'embauche que des femmes. &#171; &lt;i&gt;Je n'ai jamais vu un homme d&#233;cortiquer les crevettes&lt;/i&gt; &#187;, s'&#233;tait &#233;trangl&#233; Nienhuis avant de lancer un petit r&#226;le : &#171; &lt;i&gt;Les femmes ont de meilleures mains pour &#231;a, plus fines, plus pr&#233;cises. Les hommes, c'est&#8230; Comment dire ? Non, &#231;a ne va pas.&lt;/i&gt; &#187; Nicole r&#233;sume : &#171; &lt;i&gt;Si je comprends bien, les ouvri&#232;res c'est que des femmes, et les patrons c'est que des hommes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Tanger, nous finissons par raconter &#224; Fatima ce que les crevettes qu'elles d&#233;cortiquent deviennent. C'est Denis, le poissonnier de la ville frontali&#232;re de Bray-Dunes, dans les Hauts-de-France, qui nous l'avait expliqu&#233; quelques semaines plus t&#244;t : &#171; &lt;i&gt;J'ach&#232;te le kilo de crevettes d&#233;cortiqu&#233;es au Maroc environ 45 euros, et je le revends 65. Il n'y a plus que &#231;a, des crevettes hollandaises &#233;pluch&#233;es au Maroc. C'est d&#233;j&#224; mont&#233; &#224; 100 euros le kilo, notamment &#224; cause de la crise du Covid&#8209;19&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Avec ses 1,50 euro par kilo, Fatima voit son travail revendu entre quarante et soixante-cinq fois plus cher. Elle nous souffle : &#171; &lt;i&gt;Je ne connaissais pas ce prix, non. Ce que &#231;a m'inspire ? De l'injustice.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Texte et photos : Julien Brygo&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Sans queue ni t&#234;te, d&#233;corticage d'une crevette grise&lt;/i&gt; (C-P Productions et Luna Blue film, 2023) sera diffus&#233; sur France 3 Hauts-de-France et la RTBF courant 2023-2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le secteur &#233;tant opaque, et les sous-traitants nombreux, il n'y a pas de source fiable &#224; ce sujet. Certains directeurs d'usines parlent de 40 000 femmes employ&#233;es selon les saisons, quand d'autres en &#233;voquent moins de 10 000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Entre 1983 et 1984, le FMI et la Banque Mondiale ont impos&#233; au Maroc leur habituelle batterie de mesures (baisse drastique des investissements et de la main-d'&#339;uvre publics, privatisations en masse, baisse des salaires, lib&#233;ralisation de secteurs cl&#233;s de l'&#233;conomie, facilitation de l'installation d'entreprises occidentales) en &#233;change de pr&#234;ts pour rembourser leur &#171; dette &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Un dirham marocain &#233;quivaut actuellement &#224; moins de dix centimes d'euros.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Au-championnat-du-monde-de' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Au championnat du monde de d&#233;corticage de la crevette d&#233;localis&#233;e&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 168 (septembre 2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Condamn&#233; pour avoir dirig&#233; le &#171; cartel de la crevette &#187; (quatre grosses entreprises de crevettes qui s'arrangeaient sur les prix et les quantit&#233;s) de 2000 &#224; 2009, Hendrik Nienhuis, cofondateur de Heiploeg, a &#233;t&#233; condamn&#233; en 2013 par la Commission europ&#233;enne &#224; une amende de 13 millions d'euros. En d&#233;cembre 2022, sa proc&#233;dure en appel a &#233;t&#233; rejet&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Au championnat du monde de d&#233;corticage de la crevette d&#233;localis&#233;e</title>
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		<description>
&lt;p&gt;Combats de coqs, concours d'&#233;pluchage de pommes de terre ou troph&#233;es d'empiffrage de plats caloriques : le d&#233;partement du Nord est friand de comp&#233;titions stimulantes et innovantes. Parmi elles, une course de vitesse m&#233;connue &#8211; le championnat du monde de d&#233;corticage de crevettes grises. Mais derri&#232;re cette &#233;preuve hautement sportive se cachent des int&#233;r&#234;ts un peu moins pittoresques. *** &#171; Allez Nath, future championne&#8200;du monde ! &#187; ;&#8200;&#171; Go Muriel !&#8200;C'est l'ann&#233;e du changement &#187; ;&#8200;&#171; Allez (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no168-septembre-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;168 (septembre 2018)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Julien-Brygo-138" rel="tag"&gt;Julien Brygo&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/crevettes-entieres" rel="tag"&gt;crevettes enti&#232;res&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Combats de coqs, concours d'&#233;pluchage de pommes de terre ou troph&#233;es d'empiffrage de plats caloriques : le d&#233;partement du Nord est friand de comp&#233;titions stimulantes et innovantes. Parmi elles, une course de vitesse m&#233;connue &#8211; le championnat du monde de d&#233;corticage de crevettes grises. Mais derri&#232;re cette &#233;preuve hautement sportive se cachent des int&#233;r&#234;ts un peu moins pittoresques.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2694 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH400/-954-baaa2.jpg?1768657584' width='400' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Julien Brygo
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; A&lt;/span&gt;&lt;i&gt;llez Nath, future championne&lt;/i&gt;&#8200;&lt;i&gt;du monde !&lt;/i&gt; &#187; ;&#8200;&#171; &lt;i&gt;Go Muriel !&lt;/i&gt;&#8200;&lt;i&gt;C'est l'ann&#233;e du changement&lt;/i&gt; &#187; ;&#8200;&#171; &lt;i&gt;Allez Martine ! Tous pour un, tous pour Martine ! &lt;/i&gt; &#187; Il est 11 h 30 ce dimanche 5 ao&#251;t et la pression vient de monter d'un cran sous le chapiteau de Leffrinckoucke. Le pistolet de la seconde manche claque d'un coup sec, lib&#233;rant une odeur de soufre qui se marie aux acides diss&#233;min&#233;s sur les crevettes et la citronnelle des rince-doigts. Aussit&#244;t, quarante paires de mains s'agitent devant des barquettes remplies de crevettes grises. Comme chaque ann&#233;e depuis 2005, la petite cit&#233; c&#244;ti&#232;re du pays dunkerquois organise l'un des tournois majeurs du circuit des sports de vitesse : le championnat du monde de d&#233;corticage de crevettes grises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le but de la man&#339;uvre est simple&lt;/strong&gt; : d&#233;piauter proprement et en dix minutes chrono une montagne de ces minuscules crustac&#233;s &#224; la couleur garantie locale. Pour l'autochtone, la crevette grise se p&#234;che juste en face, &#224; mar&#233;e basse, avec un bon filet &#224; planche, en ratissant le fond du sable aussi profond&#233;ment que possible. &#171; &lt;i&gt;C'est le seul championnat du monde o&#249; il n'y a rien &#224; gagner !&lt;/i&gt; &#187;, lance le speaker sous les acclamations des quelque 250 membres du public. &#171; &lt;i&gt;C'est incroyable de voir le nombre de femmes pr&#233;sentes. En fait, le d&#233;corticage, c'est surtout un truc de femmes ! &lt;/i&gt; &#187;, s'esbaudit le commentateur. En fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;C'est clair&lt;/strong&gt;,&lt;/i&gt; ironise le dossard 43, Maryse. &lt;i&gt;&#192; la maison, c'est nous, les femmes, qui faisons tout le boulot. Alors les crevettes, c'est &#224; nous de les d&#233;cortiquer aussi.&lt;/i&gt; &#187; Nicole Vanzinghel le sait bien, elle qui a brod&#233; dix crevettes couleur or sur son polo bleu de comp&#233;tition. Soit le nombre de titres accumul&#233;s en quatorze participations. &#171; &lt;i&gt; Je suis avant tout une m&#232;re de six enfants. Pour les &#233;lever, il faut tout faire tr&#232;s vite et tr&#232;s bien. Et puis, je suis hyper nerveuse. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette ann&#233;e, 86 femmes et 34 hommes&lt;/strong&gt; concourent pour le titre. Mais en r&#233;alit&#233;, les m&#226;les rechignent &#224; la t&#226;che et n'h&#233;sitent pas, pour certains, &#224; d&#233;vorer les crevettes au plus fort de l'&#233;preuve. Tandis que les femmes, elles, s'astreignent &#224; la r&#233;p&#233;tition du m&#234;me geste avec constance, force et pr&#233;cision. La championne du monde de la discipline, Nicole Vanzinghel, affiche un record de 188 grammes de chair, soit environ 600 grammes de crevettes enti&#232;res en dix minutes ! Cette b&#233;n&#233;vole associative collectionne &#233;galement le titre de championne du monde d'&#233;pluchage de patates au couteau et celui de vice-championne d'&#233;cossage de haricots blancs. Allez-y, vous, pour trouver un champion du monde de basket qui le serait aussi de rugby et de foot ! La l&#233;gende se tient l&#224;, devant nous, en position de combat. Mais reste simple, accessible, pas hautaine pour un sou.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Le duel Nicole-Monique &#187; !&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dernier round.&lt;/strong&gt; Il est 12 h 30 quand &#171; &lt;i&gt;la Teddy Ryner du d&#233;corticage&lt;/i&gt; &#187; &#8211; comme l'appelle le journal local &#8211; ferme ses yeux, rel&#226;che ses doigts et plonge dans une m&#233;ditation pr&#233;paratoire. Coup de pistolet. Ses doigts fourragent dans des monceaux de carapaces, de chair et d'abats minuscules qui vont s'agglom&#233;rer dans l'assiette et sur la table. Le tableau &#233;voque une bagarre &#224; mains nues, un carnage. Ou un festin. Le geste de Nicole est d'une rapidit&#233; d&#233;concertante, tous ses membres s'agitent, elle vit la course comme une sorte de transe. &#171; &lt;i&gt;Pour d&#233;cortiquer une crevette, il n'y a pas de secret : je commence par le corps, avec un coup d'ongle, j'encha&#238;ne sur la t&#234;te et je finis par la queue. Toujours &#224; mains nues. Avec des gants, &#231;a serait impossible&lt;/i&gt; &#187;, explique-t-elle apr&#232;s l'&#233;preuve.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2695 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH400/-955-4e814.jpg?1768673569' width='400' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Julien Brygo
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trente m&#232;tres plus loin&lt;/strong&gt;, sa rivale, Monique Wespelaere, agente de nettoyage et vainqueure de l'&#233;dition 2017, peine &#224; remplir son verre. &lt;i&gt;Le Phare dunkerquois &lt;/i&gt;n'a pas manqu&#233; de monter en &#233;pingle l'affrontement des deux championnes en titrant &#171; &lt;i&gt;LE DUEL Nicole-Monique&lt;/i&gt; &#187; &lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;dition du 01/08/18.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;... &#192; l'issue de la rencontre, Monique avouera avoir eu &#171; &lt;i&gt; un coup de mou&lt;/i&gt; &#187; &#8211; 91 grammes seulement au compteur &#8211; et rentrera aussi sec chez elle. Sa contre-performance d&#233;sole autant que son &#233;tat d'esprit nous avait s&#233;duit : &#171; &lt;i&gt;Si je gagne, tant mieux ; sinon ce n'est pas grave &lt;/i&gt; &#187;, avait-elle d&#233;clar&#233; au &lt;i&gt;Phare dunkerquois&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nicole, elle, paraissait d&#233;ter pour r&#233;cup&#233;rer son titre&lt;/strong&gt;. Mais c'est une d&#233;butante du championnat, l'institutrice belge Katty Vanmassenhove, qui la coiffe au poteau avec 112 grammes. &#171; &lt;i&gt;Dans ma famille, ils vont encore plus vite que moi pour d&#233;cortiquer les crevettes... &lt;/i&gt; &#187;, d&#233;clare la nouvelle championne du monde avec sa statuette de p&#234;cheur barbichu sous le bras. Nicole, m&#233;daille d'argent en 2007, finit encore sur la seconde marche du podium cette ann&#233;e, avec 105&#8196;grammes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comme tout reporter sportif qui se respecte&lt;/strong&gt;, l'envoy&#233; sp&#233;cial de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; se doit de v&#233;rifier que le mat&#233;riel est bien homologu&#233; par la F&#233;d&#233;ration fran&#231;aise de d&#233;corticage, quand bien m&#234;me celle-ci n'existe pas encore. Dans les poubelles situ&#233;es en contrebas des balances de pesage, on d&#233;couvre quantit&#233; d'emballages : les cinquante kilos de crevettes mobilis&#233;s pour la comp&#233;tition ne semblent pas avoir &#233;t&#233; p&#234;ch&#233;s sur le littoral, mais achet&#233;s &#224; un industriel. On ramasse une bo&#238;te, sur laquelle on d&#233;chiffre l'inscription &#171; &lt;i&gt;Heiploeg, crevettes enti&#232;res&lt;/i&gt; &#187;. Et voil&#224; le pot aux roses : le leader europ&#233;en de la crevette grise &#8211; ce march&#233; hautement sp&#233;culatif mais de faible volume, compar&#233; &#224; l'industrie de la crevette rose &#8211; serait donc le fournisseur officiel du championnat du monde de Leffrinckoucke. &#171; &lt;i&gt;C'est moins cher et on passe par une poissonnerie dunkerquoise&lt;/i&gt; &#187;, se justifie-t-on &#224; la mairie. Logique, sauf que les autochtones, qui composent 99,99 % des d&#233;cortiqueurs en lice, ne s'entra&#238;nent jamais sur ce type de matos. Scandale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;Je n'en mangerai pas une seule&lt;/i&gt;,&lt;/strong&gt; confie Nicole en souriant lors du banquet&#8196;d'apr&#232;s-championnat. &lt;i&gt;Elles ne sont pas bonnes. Ce sont des crevettes belges ou hollandaises, ils mettent des conservateurs avec. Les n&#244;tres sont peut-&#234;tre plus petites, mais elles n'ont vraiment pas ce go&#251;t-l&#224; ! &lt;/i&gt; &#187; On s'y essaie : un go&#251;t acide, extr&#234;mement sal&#233; et fortement iod&#233;, s'incruste instantan&#233;ment dans le palais. On comprend mieux les candidates qui pestaient d&#232;s les premi&#232;res secondes de la comp&#233;tition : &#171; &lt;i&gt;Elles vont pas bien c't'ann&#233;e&lt;/i&gt; &#187; ;&#8196;&#171; &lt;i&gt;Elles sont pleines d'eau !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2696 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH400/-956-3eadc.jpg?1768673569' width='400' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Julien Brygo
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; &#199;a ne doit plus &#234;tre tr&#232;s frais... &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ni Leffrinckoucke ni Dunkerque&lt;/strong&gt; ne peuvent s&#233;rieusement postuler au titre de capitale de la crevette. Rien &#224; voir avec La Cotini&#232;re, sur l'&#238;le d'Ol&#233;ron, ou avec Zoutkamp, aux Pays-Bas, si&#232;ge du num&#233;ro un du secteur. Dans le port de Dunkerque, on ne compte qu'un seul crevettier &#224; temps plein, contre une quinzaine dans les ann&#233;es 1980. &#192; en croire l'Ifremer&#8196;&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; 2017, une ann&#233;e noire pour la p&#234;che &#224; la crevette grise &#187;, S&#233;bastien (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, la quantit&#233; de ces petits carnivores p&#234;ch&#233;s sur le littoral fran&#231;ais est pass&#233;e de 2 000 &#224; 374 tonnes en vingt ans. De fait, les champions de la p&#234;che de la &lt;i&gt;Crangon crangon&lt;/i&gt; &#8211; son petit nom scientifique &#8211; sont plut&#244;t belges, hollandais, allemands et danois. Dans la zone maritime de l'Europe du Nord, proche de la mer Baltique, la production frise les 600 000 kilos de crevettes grises par semaine. &#192; 95 %, les bestioles partent ensuite en camion au Maroc pour y &#234;tre d&#233;cortiqu&#233;es par quelque 7 000 ouvri&#232;res &#224; bas co&#251;t. Dans les ann&#233;es 1990, c'est l'Europe de l'Est (Pologne, Ukraine, Bi&#233;lorussie et Roumanie) qui fournissait leurs d&#233;cortiqueuses aux industriels de l'Ouest. Mais le Maroc est parvenu &#224; &#171; &lt;i&gt; tirer son &#233;pingle du jeu, en offrant des prix&lt;/i&gt; [encore]&lt;i&gt; plus comp&#233;titifs&lt;/i&gt; &#187;, comme l'indique une journaliste du site Yabiladi &lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Crevettes hollandaises : 7 000 emplois au Maroc menac&#233;s &#224; terme par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Loin du jeu pittoresque et populaire&lt;/strong&gt; de Leffrinckoucke, le d&#233;corticage repr&#233;sente une &#233;tape-cl&#233; dans le business de ce &#171; caviar du Nord &#187; (60 &#8364; le kilo dans les poissonneries dunkerquoises, 20 pour les crevettes enti&#232;res). &#192; l'image des micro-t&#226;ches d&#233;localis&#233;es dans les pays pauvres comme le Bangladesh ou les Philippines, elle r&#233;v&#232;le le processus ordinaire par lequel le capitalisme engloutit le monde. C'est le leader europ&#233;en, Heiploeg, qui l'explique lui-m&#234;me sur son site Internet : &#171; &lt;i&gt;Nos crevettes grises sont d&#233;cortiqu&#233;es &#224; la main dans notre usine de T&#233;touan, au Maroc. Les crevettes sont achet&#233;es dans les ports hollandais, danois et allemands, puis transport&#233;es en camion jusqu'au Maroc. Le d&#233;corticage est r&#233;alis&#233; dans des chambres gard&#233;es froides par 2 500 personnes, surtout des femmes. Elles portent des gants, des filets de cheveux et des&lt;/i&gt; mouthmasks &lt;i&gt;afin de ne pas contaminer les crevettes. Une fois pel&#233;es, elles sont r&#233;-achemin&#233;es vers l'usine de conditionnement de Zoutkamp.&lt;/i&gt; &#187; Au total, plus de douze jours s&#233;parent la prise des crevettes de leur mise en vente en barquettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt; Vous vous rendez compte !&lt;/strong&gt;, &lt;/i&gt;bondit Nicole, qui a vaguement entendu parler de cette sous-traitance organis&#233;e. &lt;i&gt;Ils envoient leurs crevettes l&#224;-bas, au Maroc ! Et elles sont vendues ici plus de dix jours apr&#232;s la p&#234;che. Votre petite barquette, vous avez int&#233;r&#234;t &#224; vite la manger, parce que &#231;a ne doit plus &#234;tre tr&#232;s frais. En plus, les femmes marocaines qui font &#231;a doivent s&#251;rement souffrir du dos et des articulations. Quand je d&#233;cortique un kilo, j'ai mal au dos. Et les mains et les doigts sont attaqu&#233;s par l'arthrose. Rester assis est aussi une &#233;preuve : je l'ai fait dans le seul emploi que j'ai occup&#233; dans ma vie, couturi&#232;re pour une usine chinoise de confection pr&#232;s de Dunkerque. Les patrons exigeaient des cadences rapides et quiconque ne suivait pas &#233;tait vir&#233;. Devant mon poste, &#231;a n'&#233;tait pas des crevettes mais du textile sur des machines de confection. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment travaillent les 7 000 ouvri&#232;res marocaines de la crevette ?&lt;/strong&gt; Enfilent-elles des gants pour se prot&#233;ger des acides ? Ont-elles droit &#224; des pauses, pour s'&#233;tirer ? Nicole s'interroge. &#171; &lt;i&gt;Avec les gants, je ne sais pas comment elles font. Moi je me sers de mon petit ongle pour tirer la carapace du dessus. &lt;/i&gt; &#187; Tandis qu'on promet &#224; Nicole d'enqu&#234;ter sur les conditions de la corv&#233;e des d&#233;piauteuses marocaines, la championne du monde attire notre attention sur la machinisation en cours : &#171; &lt;i&gt;J'ai entendu dire que des machines &#224; d&#233;cortiquer les crevettes sont d&#233;j&#224; op&#233;rationnelles. Elles vont donc perdre leurs contrats &#8211; c'est du travail en moins. La modernisation, &#231;a n'a pas que du bon, n'est-ce pas ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;Textes et photos de Julien Brygo&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;dition du 01/08/18.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; 2017, une ann&#233;e noire pour la p&#234;che &#224; la crevette grise &#187;, S&#233;bastien Leroy, &lt;i&gt;La Voix du Nord&lt;/i&gt;, 3/11/17.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Crevettes hollandaises : 7 000 emplois au Maroc menac&#233;s &#224; terme par l'automatisation ? &#187;, Faiza Raoul, Yabiladi, 20/08/18.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Emplois poubelle pour prospectus jetable</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Emplois-poubelle-pour-prospectus</link>
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		<dc:date>2016-10-10T01:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Julien Brygo, Olivier Cyran</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Benoit Guillaume</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;L'extrait que nous vous pr&#233;sentons ici, en exclusivit&#233;, est tir&#233; du livre de Julien Brygo et Olivier Cyran, Boulots de merde ! Du cireur au trader, enqu&#234;te sur l'utilit&#233; et la nuisance sociales des m&#233;tiers (&#201;ditions La D&#233;couverte). Disponible, depuis peu, dans toutes les bonnes librairies. Les d&#233;pliants criards qui inondent votre bo&#238;te aux lettres pour vous fourguer des mezzanines en kit ou vous inviter &#224; la semaine du cassoulet de Super U ne tombent pas du ciel : ils vous sont d&#233;livr&#233;s (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no147-octobre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;147 (octobre 2016)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Benoit-Guillaume" rel="tag"&gt;Benoit Guillaume&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/faire" rel="tag"&gt;faire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/temps" rel="tag"&gt;temps&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/travail" rel="tag"&gt;travail&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/heures" rel="tag"&gt;heures&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Thierry" rel="tag"&gt;Thierry&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Jean-Denis-Combrexelle" rel="tag"&gt;Jean-Denis Combrexelle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Combrexelle" rel="tag"&gt;Combrexelle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/decret" rel="tag"&gt;d&#233;cret&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'extrait que nous vous pr&#233;sentons ici, en exclusivit&#233;, est tir&#233; du livre de Julien Brygo et Olivier Cyran, &lt;i&gt;Boulots de merde ! Du cireur au trader, enqu&#234;te sur l'utilit&#233; et la nuisance sociales des m&#233;tiers&lt;/i&gt; (&#201;ditions La D&#233;couverte). Disponible, depuis peu, dans toutes les bonnes librairies.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les d&#233;pliants criards qui inondent votre bo&#238;te aux lettres pour vous fourguer des mezzanines en kit ou vous inviter &#224; la semaine du cassoulet de Super U ne tombent pas du ciel : ils vous sont d&#233;livr&#233;s par des dizaines de milliers de paires de jambes qui sillonnent quartiers, r&#233;sidences pavillonnaires et zones rurales pour une poign&#233;e de pi&#233;cettes, le plus souvent sans qu'on les remarque. Un &#171; &lt;i&gt;capital humain&lt;/i&gt; &#187; qui fait la &#171; &lt;i&gt;force &lt;/i&gt; &#187; et la &#171; &lt;i&gt; fiert&#233; &lt;/i&gt; &#187; d'Adrexo, lit-on sur son site Internet. [...]&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1749 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH459/-66-2973d.jpg?1768648922' width='400' height='459' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Beno&#238;t Guillaume
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette industrie du remplissage de nos poubelles constitue un march&#233; hautement convoit&#233;. La Poste s'y positionne en bon deuxi&#232;me, via sa filiale priv&#233;e Mediapost, dont les dix mille colporteurs servent &#224; roder les m&#233;thodes de pressage des ressources humaines &#233;tendues ensuite au m&#233;tier de facteur. Les quelque vingt milliards d'imprim&#233;s publicitaires d&#233;vers&#233;s chaque ann&#233;e alimentent un syst&#232;me de rotation d'emplois aussi jetables que les prospectus eux-m&#234;mes. Il suffit de se promener sur le parking d'un centre de distribution Adrexo - on en compte deux cent cinquante dans le pays &#8211; et de parler avec les trimardeurs en train de charger des dizaines de kilos de paquets dans leur voiture. Ce sont tous des pauvres, fran&#231;ais ou immigr&#233;s, avec les habituelles variantes : jeunes en r&#233;insertion, allocataires des minima sociaux qui rament pour quelques sous de plus, &#233;tudiants pris &#224; la gorge par le montant de leur loyer, m&#232;res isol&#233;es qui ne trouvent pas de meilleure solution pour nourrir leurs gosses, retrait&#233;s qui ne s'en sortent pas. Ceux-l&#224;, les retrait&#233;s, sont particuli&#232;rement nombreux. Le &#171; &lt;i&gt;capital humain&lt;/i&gt; &#187; d'Adrexo ? Les naufrag&#233;s du monde du travail qui se d&#233;battent pour ne pas couler &#224; pic. [...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre des murs de publicit&#233;s pour Auchan, Carrefour et La Foir'fouille tout frais sortis d'imprimerie, Andr&#233;e et Florimont&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; chang&#233;s &#224; la demande des salari&#233;s.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, un couple de retrait&#233;s septuag&#233;naires, entassent 194 kilos de papier dans un chariot, qu'ils vont ensuite pousser p&#233;niblement jusqu'&#224; leur voiture pour les ramener &#224; la maison. &#171; &lt;i&gt;Nous avons &#233;t&#233; oblig&#233;s de nous y mettre parce qu'avec notre petite retraite d'ouvriers, on n'y arrive plus. Au d&#233;but, c'&#233;tait dur. &#199;a prend du temps de bien conna&#238;tre ses tourn&#233;es&lt;/i&gt; &#187;, explique Andr&#233;e. &#192; 72 ans, elle a d&#233;cid&#233; de repiquer au turbin en d&#233;couvrant une annonce de recrutement d'Adrexo d&#233;pos&#233;e... dans sa bo&#238;te aux lettres. &#171; &lt;i&gt;Nous travaillons &#224; deux une trentaine d'heures par semaine. Pour faire les tourn&#233;es, on met toujours au moins une &#224; deux heures de plus que ce qui est indiqu&#233; sur la feuille de route, poursuit-elle. Comme tout le monde ici, on travaille en moyenne 30% plus longtemps que ce qui est pr&#233;vu. On le dit chaque semaine &#224; notre direction, mais rien ne change, on est toujours pay&#233;s pareil.&lt;/i&gt; &#187; [...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me qui permet &#224; Adrexo de tailler en pi&#232;ces le salaire l&#233;gal d'Andr&#233;e et Florimont porte un nom : la pr&#233;quantification du temps de travail. Une merveille de r&#233;gime d&#233;rogatoire, source in&#233;puisable de &#171; merdification &#187; pour les corps de m&#233;tiers qui lui sont soumis &#8211; comme les routiers, les ouvriers du b&#226;timent ou les for&#231;ats de la restauration. Le principe est d'une simplicit&#233; lumineuse : l'employeur quantifie en amont le temps de travail qu'il juge n&#233;cessaire &#224; l'ex&#233;cution d'une t&#226;che, et tant pis pour le salari&#233; incapable de s'y tenir. Si sa dur&#233;e effective de travail sort des clous fix&#233;s par le patron, ce n'est &#233;videmment pas parce que celui-ci a op&#233;r&#233; un calcul &#233;triqu&#233; ou malhonn&#234;te : cela prouve simplement que le travailleur n'est pas assez efficace ou qu'il a un poil dans la main. En aucun cas il ne pourra r&#233;clamer le versement des heures suppl&#233;mentaires correspondant au travail r&#233;ellement fourni.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le secteur du prospectus, ce r&#233;gime d&#233;mentiel se fonde sur la convention collective de 2004, sign&#233;e apr&#232;s plus de huit ans de n&#233;gociations filandreuses par le syndicat patronal de la distribution directe (SDD) et les cinq syndicats repr&#233;sentatifs du personnel (CGT, CFTC, CGC, FO et CFDT). Ces derniers ont donc donn&#233; carte blanche au patronat pour arnaquer ses salari&#233;s tout &#224; sa guise ? Pas vraiment. Au d&#233;part, il s'agissait de corriger le syst&#232;me du paiement &#224; la t&#226;che qui r&#233;gnait jusque-l&#224; sur le secteur. Les signataires ont certes ent&#233;rin&#233; le principe de la pr&#233;quantification, mais en le dotant de garde-fous cens&#233;s &#233;viter des abus trop flagrants. Des contr&#244;les &#233;taient notamment pr&#233;vus pour v&#233;rifier l'ad&#233;quation entre la feuille de route impos&#233;e &#224; la main-d'&#339;uvre et son temps de travail effectif. En cas de distorsion notable et r&#233;p&#233;t&#233;e, il revenait &#224; l'inspection du travail et aux &#233;lus du personnel d'alerter l'employeur afin qu'il revoie son calcul. Telle &#233;tait du moins l'id&#233;e sur le papier. Dans les faits, les choses se sont pass&#233;es diff&#233;remment : les directions d'Adrexo et de Mediapost ont gard&#233; ce qui les int&#233;ressait &#8211; la pr&#233;quantification &#8211; et jet&#233; &#224; la corbeille tout le reste. En d&#233;pit des dizaines de rapports accablants pondus par les inspecteurs du travail et l'accumulation des plaintes aux prud'hommes, le patronat continue tranquillement de plumer ses volailles. Parce que le rapport de forces le lui permet. Et parce qu'on est plus &#224; l'aise pour faire la loi quand on a l'&#201;tat dans sa poche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la multiplication des contentieux prud'homaux, les g&#233;ants du secteur ont re&#231;u en effet un soutien de poids : un d&#233;cret minist&#233;riel de janvier 2007 qui les autorise noir sur blanc &#224; ne &#171; &lt;i&gt;pas compter les heures de travail&lt;/i&gt; &#187; de leurs salari&#233;s et donc &#224; les voler sur leur paie. Paraph&#233; par le ministre du Travail de l'&#233;poque, G&#233;rard Larcher, ce texte est l'&#339;uvre de son directeur g&#233;n&#233;ral du Travail, Jean-Denis Combrexelle, que l'on retrouvera quelques ann&#233;es plus tard comme porte-flingue de Manuel Valls, pour les beaux yeux duquel il signera le rapport sur la &#171; r&#233;forme &#187; du Code du travail. En attendant, son r&#244;le consiste plus modestement &#224; exaucer les v&#339;ux des industriels du prospectus. &#192; l'instar de ces directives europ&#233;ennes coproduites par les lobbyistes de Bruxelles, le d&#233;cret de Combrexelle aurait &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; sous la dict&#233;e de Nicolas Routier, P-DG de Mediapost de 2004 &#224; 2009. &#171; &lt;i&gt;Il ne s'en est jamais cach&#233; et nous l'a avou&#233; en r&#233;union priv&#233;e&lt;/i&gt; &#187;, nous assure Jean-Louis Frisulli, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de SUD-PTT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en 2009, patatras ! Le Conseil d'&#201;tat, saisi par les syndicats, annule le d&#233;cret Mediapost-Adrexo pour cause d'infraction criante &#224; la l&#233;gislation sur le d&#233;compte du temps de travail. Qu'&#224; cela ne tienne : le 8 juillet 2010, un second d&#233;cret mitonn&#233; par le m&#234;me Combrexelle et sign&#233; cette fois par &#201;ric Woerth, successeur de G&#233;rard Larcher, restaure le patronat du tract publicitaire dans ses pr&#233;rogatives r&#233;galiennes. On ne saurait trouver illustration plus &#233;clatante du r&#244;le protecteur de l'&#201;tat... Pendant que les inspecteurs du travail s'&#233;gosillent sur le terrain contre l'exploitation forcen&#233;e du personnel, leur autorit&#233; de tutelle se plie en quatre pour servir la soupe aux exploiteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2012, rebelote : le second d&#233;cret est annul&#233; &#224; son tour par le Conseil d'&#201;tat, qui enjoint le minist&#232;re de formaliser l'ad&#233;quation entre grilles pr&#233;quantifi&#233;es et heures r&#233;ellement travaill&#233;es. Mais le minist&#232;re s'en moque. De 2012 &#224; 2016, rien ne se passe. &#171; &lt;i&gt;On a beaucoup p&#226;ti de la pr&#233;sence de Combrexelle au plus haut niveau de la direction du Travail&lt;/i&gt; &#187;, nous raconte un des participants aux r&#233;unions minist&#233;rielles. &#171; &lt;i&gt;C'est lui qui a refus&#233; de remettre ses &#233;quipes d'inspecteurs du travail sur le terrain, lui encore qui a bloqu&#233; toute avanc&#233;e pour les salari&#233;s. Son seul souci a toujours &#233;t&#233; de permettre au patronat du secteur de continuer &#224; faire bosser &#224; plein les quelque trente mille colporteurs. Sa pr&#233;sence et son action &#224; la t&#234;te de la direction g&#233;n&#233;rale du Travail ont &#233;t&#233; une catastrophe pour les salari&#233;s de la distribution directe.&lt;/i&gt; &#187; Ses comp&#233;tences se sont av&#233;r&#233;es fort utiles en revanche au gouvernement &#171; socialiste &#187; de Manuel Valls, puisque Combrexelle, une fois claqu&#233;e la porte du minist&#232;re, a pr&#233;par&#233; les antis&#232;ches qui ont inspir&#233; la loi El Khomri. D'une certaine fa&#231;on, Andr&#233;e et Florimont ont servi de cobayes aux logiques d&#233;rogatoires que les pouvoirs publics entendent g&#233;n&#233;raliser &#224; l'ensemble du salariat. &#192; l'image des prospectus d'Adrexo ou de Mediapost, les droits du travailleur ont vocation &#224; finir dans la benne &#224; ordures.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1750 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH450/-67-9804c.jpg?1768663447' width='400' height='450' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Beno&#238;t Guillaume
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nous avons rencontr&#233; Jean-Denis Combrexelle. C'&#233;tait fin 2011, dans le cadre d'une &#171; pige &#187; pour France Inter. &#192; l'&#233;poque, le grand serviteur du patronat en &#233;tait d&#233;j&#224; &#224; sa cinqui&#232;me ann&#233;e &#224; la t&#234;te de la direction du Travail. Il nous re&#231;oit dans son immense bureau ovale avec vue plongeante sur la Seine et la Maison de la radio. Traits ternes et regard fuyant, l'homme respire la joie de vivre d'un formulaire administratif qui attend son coup de tampon. L'interview commence sur un mode feutr&#233;, comme il sied entre un personnage de haut rang et des journalistes d'une antenne aussi respectable et arrangeante que France Inter. Mains crois&#233;es sur son bureau, il d&#233;roule en confiance son plan com' sur les d&#233;crets qui enfoncent les livreurs de prospectus : &#171; &lt;i&gt;Au d&#233;part, c'&#233;tait le paiement &#224; la t&#226;che. Tout le monde &#233;tait d'accord pour dire que ce syst&#232;me portait atteinte aux droits &#233;l&#233;mentaires du salari&#233;. On a donc trouv&#233; le syst&#232;me de la pr&#233;quantification, avec quatre gros crit&#232;res pour &#233;valuer le temps de travail en fonction des zones g&#233;ographiques. C'est pas uniquement sur demande du patronat qu'on &#233;crit ces d&#233;crets. C'est apr&#232;s une large participation des partenaires sociaux. Vous savez, cette maison, c'est celle des partenaires sociaux, hein. Bon, souvent, il y a l'un des deux c&#244;t&#233;s qui trouve que c'est pas satisfaisant, hein, mais bon. Aux deux entreprises, on leur a dit, un : &#8220;Soyez vigilants pour que le d&#233;cret soit respect&#233;&#8221; ; et deux : &#8220;R&#233;fl&#233;chissez &#224; une nouvelle convention collective, qui portera aussi sur des questions de mutuelle, de protection sociale, de conditions de travail et autres.&#8221; On part de loin, c'est un secteur tr&#232;s particulier. Le temps moyen des distributeurs, c'est quinze &#224; dix-neuf heures par semaine. C'est beaucoup de temps partiel. Donc, nous, on a adoss&#233; les d&#233;crets &#224; la convention collective, voil&#224;.&lt;/i&gt; &#187; C'est confirm&#233;, le gars nous prend pour des billes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on a oubli&#233; de lui dire, &#224; Jean-Denis, c'est que le technicien qui nous accompagne est en fait un salari&#233; de Mediapost que nous avions suivi quelques semaines plus t&#244;t sur une tourn&#233;e en banlieue. Ce jour-l&#224;, Thierry se trimballait cent cinquante kilos de pub &#224; distribuer en une heure et trente-cinq minutes. Du coup, on lui a fil&#233; un coup de main. Apr&#232;s quarante minutes de route sur le p&#233;riph&#233;rique bond&#233;, on a commenc&#233; la tourn&#233;e &#224; 7h42. La batucada des claquements de bo&#238;tes aux lettres, combin&#233;e aux chants des oiseaux et aux exclamations inqui&#232;tes des habitants (&#171; &lt;i&gt;Oh ! Pas de pub, hein ! J'ai un &#8220;stop pub&#8221; sur ma bo&#238;te aux lettres !&lt;/i&gt; &#187;), conf&#233;rait &#224; l'exercice un rythme saccad&#233; un peu saoulant. Pas le temps de s'arr&#234;ter pour causer avec quiconque, encore moins de faire une pause au troquet. On a v&#233;rifi&#233; sur chrono : c'est seulement &#224; 9h45, apr&#232;s deux heures et trois minutes d'une tourn&#233;e &#224; tout berzingue partag&#233;e &#224; deux, qu'on pouvait reprendre notre souffle et faire les comptes. &#171; &lt;i&gt;Voil&#224;, vingt-huit minutes de vol&#233;es, soit 25% du temps de travail. Et, encore, on a boss&#233; &#224; deux en ne ch&#244;mant pas, tu as vu, a dit Thierry. Comment les syndicats ont-ils pu signer &#231;a ? C'est dingue, quand m&#234;me ! Ah, si je pouvais changer les choses...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le bureau de Jean-Denis Combrexelle, Thierry tente d'abord de jouer le jeu dont nous &#233;tions convenus, mais au bout de quelques minutes il craque. Tombant le masque devant le directeur abasourdi, il lui ass&#232;ne une le&#231;on de choses : &#171; &lt;i&gt;&#192; la fin de la semaine vous avez d&#233;j&#224; perdu dix heures. Vous multipliez &#231;a par le nombre de semaines de travail : je perds au bas mot 3 000 euros par an. Vous voyez ?&lt;/i&gt; &#187; Moue agac&#233;e de Jean-Denis Combrexelle, que l'on sent pr&#234;t &#224; appuyer sur le bouton rouge qui rameutera la cavalerie des vigiles. Thierry embraie : &#171; &lt;i&gt;Pourquoi y a-t-il un turn-over exceptionnel chez Mediapost et Adrexo, &#224; votre avis ? Parce que tout le monde constate que &#231;a ne colle pas ! Dans mon d&#233;p&#244;t, la majorit&#233; des salari&#233;s sont &#233;trangers, ils ne comprennent pas cet &#233;cart incroyable entre le temps estim&#233; et le temps r&#233;el. Ils patientent un mois, deux mois, et puis ils partent, rinc&#233;s. Ce sont des heures VOL&#201;ES ! La pr&#233;quantification du travail, c'est le travail des femmes et des enfants &#224; la maison. Pourquoi ne peut-on pas faire marcher le principe d'une heure travaill&#233;e, une heure pay&#233;e, comme dit le Code du travail ? C'est si difficile ?&lt;/i&gt; &#187; Combrexelle para&#238;t un peu sonn&#233;. Les mots de Thierry rebondissent sur la baie vitr&#233;e, cognent son gigantesque bureau et viennent susciter au bout de ses l&#232;vres exsangues un appel au calme teint&#233; d'une &#233;motion de papier m&#226;ch&#233; : &#171; &lt;i&gt;Oui, bon. Euh, on va faire le point avec les deux entreprises. Mais je ne suis pas s&#251;r que &#231;a soit uniquement une question de temps de travail... Quand vous dites qu'une partie du travail est r&#233;alis&#233;e par la famille, on n'est pas dans les clous, l&#224; ! Et l&#224; ce n'est pas tol&#233;rable.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apparemment, la famille, &#231;a lui parle, &#224; Jean-Denis Combrexelle. Y a-t-il l&#224; une br&#232;che susceptible d'&#234;tre exploit&#233;e pour la lutte silencieuse des sherpas du prospectus ? Ne r&#234;vons pas. L'&#233;vidence d'un travail dissimul&#233; &#224; tr&#232;s grande &#233;chelle laisse le directeur de glace. On le prend &#224; t&#233;moin des cinq cents proc&#233;dures prud'homales enregistr&#233;es en 2011, avant de lui reposer la question du temps de travail pill&#233;. Sur quoi il entonne la chanson du dialogue social et de la n&#233;gociation constructive : &#171; &lt;i&gt;Le premier point, c'est de travailler avec les partenaires sociaux pour savoir quelle est la r&#232;gle la plus adapt&#233;e. L'&#201;tat ne va pas prendre sa plume, comme &#231;a, pour r&#233;diger un d&#233;cret qui part de rien...&lt;/i&gt; &#187; Ah bon ? Il l'a pourtant prise par deux fois, sa plume, Jean-Denis Combrexelle, pour voler au secours du patronat, non ? &#171; &lt;i&gt;Non, non !&lt;/i&gt; &#187;, se r&#233;crie-t-il. &#171; &lt;i&gt;Il faut quand m&#234;me &#224; un moment que dans notre pays, on comprenne, et notamment les m&#233;dias, que tout ne r&#233;sulte pas du...&lt;/i&gt; [Il ne finit pas sa phrase.] &lt;i&gt;Le souci que l'on a, c'est de renvoyer davantage &#224; la n&#233;gociation collective, parce qu'on pense que les accords entre partenaires sociaux sont plus proches que ce que pourrait faire le l&#233;gislateur dans son bureau. C'est pas pour faire plaisir &#224; je ne sais qui. Le sujet, c'est de trouver une norme qui soit au plus proche de la r&#233;alit&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Et s'il arr&#234;tait deux secondes de se payer notre t&#234;te ? Et s'il pr&#234;tait l'oreille aux avocats de &#171; &lt;i&gt;je ne sais qui&lt;/i&gt; &#187; qui brandissent ses d&#233;crets de complaisance aux prud'hommes pour justifier la surexploitation des colporteurs ? &#171; &lt;i&gt;On a fait passer un message de responsabilit&#233; aux employeurs&lt;/i&gt; &#187;, &#226;nonne-t-il d'une voix blanche. &#171; &lt;i&gt;On leur a rappel&#233; qu'on est dans un syst&#232;me d&#233;rogatoire au Code du travail et qu'il est de la responsabilit&#233; des employeurs d'appliquer loyalement ces textes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loyaut&#233; des employeurs ? Peut-il d&#233;tailler ce concept pittoresque ? &#171; &lt;i&gt;Le but de cette maison, c'est... Bon, Xavier Bertrand&lt;/i&gt; [ministre du Travail de mai 2007 &#224; janvier 2009] &lt;i&gt;a d&#233;clar&#233; la guerre au travail ill&#233;gal, donc c'est pas la tradition de cette maison de le sanctuariser, ce travail ill&#233;gal. Voil&#224;. En revanche, il faut simplement admettre que c'est un secteur un peu particulier. C'est pas exactement la profession de facteur, donc il faut trouver une bonne r&#232;gle.&lt;/i&gt; &#187; Comme si le facteur n'&#233;tait pas assujetti lui aussi &#224; une d&#233;gradation brutale de ses conditions de travail... Une id&#233;e de &#171; bonne r&#232;gle &#187; ? &#171; &lt;i&gt;C'est pas au directeur g&#233;n&#233;ral du Travail d'&#233;crire la bonne r&#232;gle. Vous venez de d&#233;crire vos conditions de travail, il faut entendre les employeurs maintenant. Nous, si on trouve une bonne r&#232;gle, on est pr&#234;ts &#224; la valider tout de suite.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela tombe bien, Thierry a justement planch&#233; sur une proposition de &#171; bonne r&#232;gle &#187;, que nous lui soumettons &#224; br&#251;le-pourpoint. &#171; &lt;i&gt;Dans ce d&#233;cret figure comme premier principe le fait que tout salari&#233; doit &#234;tre r&#233;mun&#233;r&#233; pour son travail effectif. Ce serait donc la fin de la pr&#233;quantification. Ensuite, toutes les heures de travail non r&#233;mun&#233;r&#233;es devront lui &#234;tre rembours&#233;es. Par exemple, Thierry s'est fait voler huit mille euros.&lt;/i&gt; &#187; Auxquels s'ajoutent bien entendu les d&#233;dommagements qui lui sont dus au titre du pr&#233;judice subi, et que l'on n'a pas eu le temps d'&#233;valuer. On poursuit : &#171; Les entreprises seront dans l'obligation de d&#233;compter le temps de travail r&#233;el par tous les moyens n&#233;cessaires dans les quinze jours suivant ce d&#233;cret. Manque plus que votre signature et c'est bon. Qu'en dites-vous ?
&#8211; Bon, si vous voulez, bon... Nous on dit : commencez par n&#233;gocier et on transposera cette r&#232;gle dans le d&#233;cret.
&#8211; Mais souvent les n&#233;gociations ne servent &#224; rien.
&#8211; Je sais, mais nous pensons que l'une des solutions de progr&#232;s, c'est d'essayer de n&#233;gocier. On pr&#233;f&#232;re une r&#232;gle qui a &#233;t&#233; n&#233;goci&#233;e plut&#244;t qu'un d&#233;cret &#233;crit sur le bureau d'un directeur du travail. Je dis pas que le temps de travail, c'est pas important, mais bon, il n'y a pas que &#231;a ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas que &#231;a, en effet : il y a aussi les d&#233;g&#226;ts physiques et psychologiques. Thierry : &#171; &lt;i&gt;Quand vous avez fait dix ou douze kilom&#232;tres dans votre journ&#233;e et que la moiti&#233; vous est vol&#233;e, vous savez, votre corps, il fait la gueule le soir.&lt;/i&gt; &#187; Long silence de Combrexelle, qui finit par balbutier :
&#171; Oui, oui, non, mais je peux pas prendre position, ici, &#224; la radio...
&#8211; Au final, on se d&#233;barrasse de nos prospectus dans les lacs, dans les bennes, dans les rivi&#232;res. L'&#234;tre humain, au bout, il p&#232;te les plombs, vous comprenez ?
&#8211; On va faire le bilan, loyalement. Et on en tirera les cons&#233;quences... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouve la sortie par nos propres moyens, sans y &#234;tre aid&#233;s par les agents de s&#233;curit&#233;, ce qui prouve bien que le dialogue social n'est pas un vain mot dans la bouche de cet homme-l&#224;. Les deux camouflets inflig&#233;s &#224; Jean-Denis Combrexelle par le Conseil d'&#201;tat &#8211; ainsi qu'un troisi&#232;me dans une affaire li&#233;e &#224; une autre gentillesse patronale, au profit cette fois d'Air France&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Contre l'avis d'un inspecteur du travail, Combrexelle a autoris&#233; le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#8211; ne l'emp&#234;cheront pas, apr&#232;s dix ans de loyaux services &#224; la direction g&#233;n&#233;rale du Travail, d'int&#233;grer les rangs du... Conseil d'&#201;tat et d'y prendre, fin 2014, la pr&#233;sidence de la section &#171; sociale &#187;. La ranc&#339;ur n'est pas de mise dans le monde des boulots de merde de la haute aristocratie d'&#201;tat, o&#249; l'on trouve toujours une petite mission d'int&#233;rim &#224; faire entre deux jobs. Comme la r&#233;daction, command&#233;e en avril 2015 par le Premier ministre Manuel Valls, de quarante-quatre propositions visant &#224; &#171; &lt;i&gt;donner plus de souplesse aux entreprises&lt;/i&gt; &#187; et &#224; &#171; &lt;i&gt;&#233;largir la place de l'accord collectif dans notre droit du travail et la construction des normes sociales&lt;/i&gt; &#187;. Le rapport Combrexelle&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le rapport Combrexelle sert de br&#233;viaire &#224; la r&#233;forme El Khomri, puisqu'il (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; tr&#244;nera en bonne place &#224; c&#244;t&#233; des pav&#233;s de l'Institut Montaigne, de la fondation Terra Nova ou de Robert Badinter sur l'&#233;tag&#232;re des fossoyeurs du code du travail. [...]&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1751 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH360/-68-0e6fe.jpg?1768663447' width='400' height='360' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Beno&#238;t Guillaume
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le patronat, de son c&#244;t&#233;, ne cache pas sa bonne humeur. Non content de participer &#224; une exaltante aventure humaine, ses employ&#233;s ont la chance d'&#234;tre &#171; &lt;i&gt;r&#233;mun&#233;r&#233;s pour faire du sport&lt;/i&gt; &#187;, s'amuse Fr&#233;d&#233;ric Pons, P-DG d'Adrexo de 2008 &#224; 2012, dans une interview &#224; l'hebdomadaire Marianne. &#171; &lt;i&gt;Le conditionnement puis la livraison de prospectus sont un exercice un peu physique pour cette main-d'&#339;uvre vieillissante, mais, honn&#234;tement, j'estime qu'Adrexo rend service &#224; ces gens : gr&#226;ce &#224; ce boulot, ils se maintiennent en forme et &#233;conomisent un abonnement au Gymnase Club. R&#233;mun&#233;r&#233;s pour faire du sport : il n'y a pas de quoi crier au servage&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marianne, 10 octobre 2009.&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. &#187; Dans le m&#234;me ordre d'id&#233;es, on pourrait envisager d'envoyer Fr&#233;d&#233;ric Pons casser des cailloux dans un bagne : cela lui &#233;conomiserait son v&#233;lo d'appartement et son abonnement au club de golf.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses mots d'esprit prennent une saveur toute particuli&#232;re deux ans plus tard, lorsque Raymond, un colporteur de soixante-quinze ans pay&#233; 280 euros par mois pour vingt-six heures de travail par semaine, meurt foudroy&#233; par une crise cardiaque au milieu d'une tourn&#233;e de distribution &#224; Noisy-le-Grand. Atteint d'un diab&#232;te et d&#233;j&#224; victime d'un infarctus quelques ann&#233;es plus t&#244;t, il charriait ce jour-l&#224; vingt-cinq cartons d'imprim&#233;s pesant chacun 12,5 kilos. Adrexo avait jug&#233; inutile de lui faire passer une visite m&#233;dicale. &#171; &lt;i&gt;Bien qu'avertie le 30 ao&#251;t 2011 du d&#233;c&#232;s de Raymond par la police, la soci&#233;t&#233; a continu&#233; &#224; &#233;mettre chaque mois des bulletins de paie &#224; son nom &#224; z&#233;ro euro jusqu'en avril 2012, o&#249; elle a &#233;tabli la fin du contrat pour &#8220;absence injustifi&#233;e&#8221;. Ce qui donne une vague id&#233;e de l'attention qu'elle porte &#224; ses salari&#233;s&lt;/i&gt; &#187;, note l'auteur de l'un des tr&#232;s rares articles consacr&#233;s &#224; cette affaire &lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Micha&#235;l Hajdenberg, &#171; Adrexo condamn&#233; apr&#232;s la mort d'un salari&#233; de 75 ans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. La famille de Raymond attendra cinq ans pour obtenir &#171; justice &#187; : en mars 2016, le conseil des prud'hommes de Bobigny a condamn&#233; Adrexo &#224; lui verser... 6 200 euros pour solde de tout compte &lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dont 2 000 euros de dommages et int&#233;r&#234;ts pour d&#233;faut de visite m&#233;dicale et 3 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; chang&#233;s &#224; la demande des salari&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Contre l'avis d'un inspecteur du travail, Combrexelle a autoris&#233; le licenciement d'un pilote d'Air France en ao&#251;t 2009, sanction invalid&#233;e ensuite par le Conseil d'&#201;tat en juin 2010. Source : &lt;i&gt;Le Canard encha&#238;n&#233;&lt;/i&gt;, 15 octobre 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le rapport Combrexelle sert de br&#233;viaire &#224; la r&#233;forme El Khomri, puisqu'il propose que le Code du travail se contente de &#171; &lt;i&gt;fixer seulement les grands principes relevant de l'ordre public&lt;/i&gt; &#187;, que &#171; &lt;i&gt;les branches d&#233;fini(ssent) l'ordre public conventionnel&lt;/i&gt; &#187; et que &#171; &lt;i&gt;l'accord d'entreprise (devienne) la norme prioritaire&lt;/i&gt; &#187;. Se passer du Code du travail pour lui substituer des accords d'entreprise : une marotte que le patronat s'appr&#234;te enfin &#224; voir mise en &#339;uvre &#8211; par un gouvernement socialiste, cette fois (loi Travail, 2016, adopt&#233;e avec l'article 49.3 de la Constitution).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt;, 10 octobre 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Micha&#235;l Hajdenberg, &#171; Adrexo condamn&#233; apr&#232;s la mort d'un salari&#233; de 75 ans &#187;, &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt;, 25 mars 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Dont 2 000 euros de dommages et int&#233;r&#234;ts pour d&#233;faut de visite m&#233;dicale et 3 000 euros pour manquement &#224; l'obligation de sant&#233; et de s&#233;curit&#233; au travail. La mort d'un salari&#233;, c'est donn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Au Salon des boulots de merde</title>
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		<dc:date>2016-04-04T04:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Julien Brygo, Olivier Cyran</dc:creator>


		<dc:subject>Emilie Seto</dc:subject>
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&lt;p&gt;En pleine mobilisation contre la loi Travail, les employeurs de salari&#233;s low-cost tenaient salon &#224; Paris. Tandis que McDonald's, Carrefour, Sodexo, Monoprix et consorts se pliaient en quatre pour ferrer du ch&#244;meur, un coach en &#171; management motivationnel &#187; exhortait les futures recrues &#224; se prendre pour Usain Bolt. Monde du travail, monde de tar&#233;s. C'est une foire de maquignons comme il s'en tient par centaines, mais avec un petit truc en plus qui intrigue : SoJob, le &#171; salon social du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CDD" rel="tag"&gt;CDD&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En pleine mobilisation contre la loi Travail, les employeurs de salari&#233;s &lt;i&gt;low-cost &lt;/i&gt; tenaient salon &#224; Paris. Tandis que McDonald's, Carrefour, Sodexo, Monoprix et consorts se pliaient en quatre pour ferrer du ch&#244;meur, un coach en &#171; management motivationnel &#187; exhortait les futures recrues &#224; se prendre pour Usain Bolt. Monde du travail, monde de tar&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est une foire de maquignons comme il s'en tient par centaines, mais avec un petit truc en plus qui intrigue : SoJob, le &#171; salon social du recrutement priv&#233; &#187;. &#171; Social &#187;, la pr&#233;cision a son importance. Depuis le temps que cet adjectif se retourne comme une chaussette pour rhabiller s&#233;mantiquement les panards de l'employeur (social, le plan qui te jette &#224; la rue ; social, le dialogue en vertu duquel on ampute tes droits, etc.), il &#233;tait logique qu'il serve aussi de garniture aux emplois socialement les plus d&#233;grad&#233;s. SoJob, nous avertit la brochure, &#171; &lt;i&gt;est n&#233; d'une n&#233;cessit&#233; sociale : favoriser la rencontre entre vous, qui exercez ou qui souhaitez exercer dans le priv&#233;, et de grandes entreprises &#224; fort potentiel de recrutement venant de secteurs diversifi&#233;s : h&#244;tellerie, restauration, artisanat alimentaire, grande distribution, coiffure, esth&#233;tique, services &#224; la personne&lt;/i&gt; &#187;. Bref, la confr&#233;rie des secteurs &#171; sous tension &#187;, pourvoyeuse de t&#226;ches &#233;panouissantes et de plans de carri&#232;re sensationnels, dont la presse d&#233;plore r&#233;guli&#232;rement qu'elle &#171; peine &#224; recruter &#187;, s'est donn&#233; rendez-vous le 8 mars &#224; l'espace Champerret, &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; C'est normal que tu compl&#232;tes par des pr&#233;caires &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le timing &#233;tait bien choisi. SoJob avait lieu la veille de la premi&#232;re journ&#233;e de mobilisation contre le projet de d&#233;membrement du Code du travail, un texte con&#231;u pour d&#233;livrer les employeurs de leur &#171; peur d'embaucher&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Expression lanc&#233;e par le Premier ministre, Manuel Valls, et le pr&#233;sident du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187; par la gratification de libert&#233;s nouvelles pour flexibiliser, pr&#233;cariser, licencier. Un pr&#233;cieux coup de pouce &#224; l'extension des boulots de merde, ceux-l&#224; m&#234;mes qui font le miel de SoJob.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1673 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH440/seto_salon-545ea.jpg?1768656377' width='400' height='440' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Emilie Seto.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&#192; l'entr&#233;e, surprise !, le visiteur tombe nez &#224; nez avec un stand de Force ouvri&#232;re (FO). La f&#233;d&#233;ration FGTA de FO, qui regroupe les principaux secteurs du salariat &lt;i&gt;low-cost&lt;/i&gt; (restauration, agro-alimentaire, h&#244;tellerie, grande distribution, etc.), parraine le salon parce qu'elle se place &#171; &lt;i&gt;du c&#244;t&#233; de l'emploi&lt;/i&gt; &#187;, comme l'annonce le prospectus que nous tend le jeune pr&#233;pos&#233; &#224; l'accueil. Il s'appelle Jean-Baptiste et travaille comme technicien de maintenance chez un industriel breton du l&#233;gume congel&#233;, o&#249; il est aussi d&#233;l&#233;gu&#233; syndical. Il nous explique avoir pris sur ses heures de d&#233;l&#233;gation pour &#339;uvrer au bon d&#233;roul&#233; du salon. Mais depuis quand est-ce le r&#244;le d'un syndicat d'aider les patrons &#224; faire le plein de pr&#233;caires ? &#171; &lt;i&gt;Alors, d&#233;j&#224;&lt;/i&gt;, rectifie-t-il, &lt;i&gt;on aide les salari&#233;s en leur permettant de trouver un emploi. Apr&#232;s, si &#231;a se passe pas bien pour eux, ils savent qu'on existe et sont invit&#233;s &#224; venir nous voir, puisqu'on est le premier syndicat dans ces secteurs.&lt;/i&gt; &#187; En somme, FO gagne sur les deux tableaux : il se range ostensiblement du bon c&#244;t&#233; du manche tout en se positionnant sur un march&#233; strat&#233;gique &#8211; les gal&#233;riens du travail &#8211; pour recruter non pas une force de travail, mais des adh&#233;rents. &#171; &lt;i&gt;On esp&#232;re tous pour nos enfants qu'ils trouveront mieux dans leur vie qu'un job chez McDo&lt;/i&gt;, conc&#232;de notre syndicaliste de choc, &lt;i&gt;mais il faut aussi se mettre &#224; la place de l'employeur. &#192; certains moments, t'as besoin de vingt salari&#233;s, &#224; d'autres seulement de cinq, donc c'est normal que tu compl&#232;tes par des pr&#233;caires.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec un petit cochon-tirelire rose sigl&#233; FO &#224; la main, cadeau de la maison, on entame le tour des popotes. Justement, voici McDonald's. Le &#171; &lt;i&gt;premier recruteur priv&#233; de France&lt;/i&gt; &#187; &#8211; 2 500 cr&#233;ations d'emplois annonc&#233;es pour 2016, en plus des 40 000 postes en turn-over &#224; renouveler chaque ann&#233;e &#8211; a investi dans un stand &#233;norme qui &#233;voque le design coupe-faim de ses fast-foods. Sur le comptoir, des piles de brochures &#171; &lt;i&gt;Apprendre un m&#233;tier, choisir son avenir&lt;/i&gt; &#187;, o&#249; l'on t'explique que fa&#231;onner des Big Mac en CDD &#224; deux-cinqui&#232;mes de temps, c'est &#171; &lt;i&gt; un poste id&#233;al pour les jeunes &#224; la recherche d'une premi&#232;re exp&#233;rience professionnelle&lt;/i&gt; &#187; &#8211; quand t'es jeune, t'es trop content de gagner des clopinettes &#8211; et &#171; &lt;i&gt;pour les personnes cherchant &#224; concilier vie priv&#233;e et vie professionnelle via un emploi du temps modulable&lt;/i&gt; &#187; &#8211; je nage dans le graillon aux heures de &lt;i&gt;rush&lt;/i&gt;, mais, le reste du temps, je m'&#233;clate dans ma vie priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus loin, apr&#232;s le stand &#171; H&#244;tellerie et restauration, cap sur la r&#233;ussite ! &#187;, on tombe sur Sodexo, le mastodonte de la bouffe collective (420 000 emplois dans le monde, dont 34 000 en France). De l'&#233;cole &#224; la maison de retraite en passant par la caserne, l'entreprise, la prison et l'h&#244;pital, on peut parfaitement passer une vie enti&#232;re &#224; se nourrir Sodexo. Frites molles et escalope de dinde cartonn&#233;e de la maternelle jusqu'&#224; la tombe. &#171; &lt;i&gt;On est un peu d&#233;&#231;us&lt;/i&gt;, l&#226;che la recruteuse. &lt;i&gt;Une dizaine de CV, c'est tout ce qu'on a eu. Faut dire que c'est la premi&#232;re fois qu'on fait ce salon, y a peut-&#234;tre eu un probl&#232;me de communication&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Faut le reconna&#238;tre : SoJob fait un peu grise mine avec sa poign&#233;e de visiteurs qui d&#233;ambulent entre les stands sans vraiment s'y arr&#234;ter, comme on t&#226;te du bout de l'orteil une mer trop froide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; C'est comme du mauvais shit, &#231;a te fait mal &#224; la t&#234;te &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est 16h30, c'est l'heure de la s&#233;ance de coaching &#171; Comment bien pr&#233;parer un entretien d'embauche &#187;. Des chaises pliantes ont &#233;t&#233; dispos&#233;es &#224; l'attention du public &#224; c&#244;t&#233; du stand de Speed Jobbing, cens&#233; abriter des rencontres coups de foudre entre recruteurs et candidats. Chaussures brillantes comme un sou neuf, petit pull &#224; col moulant et sourire de t&#233;l&#233;vang&#233;liste accroch&#233; aux pommettes, Serge Bourbon, 56 ans, est un &#171; &lt;i&gt;formateur sp&#233;cialis&#233; en ressources humaines et en management motivationnel&lt;/i&gt; &#187;, ainsi que l'indique la brochure. Devant un public clairsem&#233; d'une trentaine de p&#233;quins, moyennement motivationn&#233;s pour l'instant, il va droit au but : &#171; &lt;i&gt;Ne pas se pr&#233;parer &#224; son entretien, c'est manquer de respect &#224; l'employeur. Comment s'y pr&#233;parer ? En vous initiant aux valeurs de l'entreprise qui accepte de vous recevoir ! La tenue doit &#234;tre adapt&#233;e, il y a des postes qui ne justifient pas de porter le costume et la cravate. Il faut &#234;tre dans le ton du m&#233;tier, le ton qui va bien ! Vos gestes doivent &#234;tre en accord avec ce que vous dites. Faites des essais devant la glace, regardez-vous faire ! Il faut avoir le sourire. &#199;a se travaille, un sourire !&lt;/i&gt; &#187; On songe au commandement inscrit sur les murs des &#233;coles de travailleuses domestiques aux Philippines : &#171; &lt;i&gt;L'attitude conditionne votre succ&#232;s&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Profession domestique, film photographique de Julien Brygo, CP Production/Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. &#187; On songe aussi aux marchands ambulants de croix Vitafor (&#171; la croix bio-magn&#233;tique qui fait vraiment des merveilles ! &#187;), leur probit&#233; n'aurait pas &#224; souffrir de la comparaison avec les techniques de vente d&#233;ploy&#233;es par ce zozo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'ensuit une longue variation sur l'un des th&#232;mes les plus &#233;prouv&#233;s de la lobotomie manag&#233;riale : l'all&#233;gorie sportive. &#171; &lt;i&gt;Dans un match de boxe, lorsque les deux boxeurs montent sur le ring, il y a un face-&#224;-face, regard contre regard. Celui qui va gagner le combat, c'est celui qui gagne le combat du regard et qui dit : moi, je suis plus fort que toi. Il s'agit de regarder en face son recruteur. Allez-y, affrontez-le, souriez-lui, regardez-le. Moi, j'ai pas envie d'avoir quelqu'un de passif devant moi. Je suis en train de vous proposer le plus beau m&#233;tier du monde, alors allez-y ! &lt;/i&gt; &#187; Sourires incr&#233;dules dans l'assistance. &#171; Le plus beau m&#233;tier du monde &#187;, l'expression ici ferait para&#238;tre mesur&#233;s les gros titres du &lt;i&gt;Rodong Sinmun&lt;/i&gt;, l'organe officiel du Parti communiste nord-cor&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux jeunes gars se l&#232;vent en bougonnant. On a juste le temps de les rattraper avant qu'ils d&#233;campent du salon. &#171; &lt;i&gt;C'est un guignol, y a pas un mot utile dans ce qu'il raconte&lt;/i&gt;, proteste le plus grand.&lt;i&gt; C'est comme du mauvais shit, &#231;a te fait mal &#224; la t&#234;te.&lt;/i&gt; &#187; Abdel, 20 ans, est venu de Courbevoie sur la recommandation de son conseiller P&#244;le emploi. &#171; &lt;i&gt; Il nous a fait perdre notre temps. Je vais pas postuler chez McDo ici, alors que j'en ai un pr&#232;s de chez moi qui recrute tout le temps. J'ai un pote qui y travaille, il a pas gagn&#233; le combat du regard ou chais pas quoi, par contre, il est lessiv&#233; quand il sort du taf. On est all&#233;s sur le stand de Carrefour, ils nous ont propos&#233; de remplir une fiche pour une place de manutentionnaire. Pour un CDD au Smic, ouais. J'ai un bac pro m&#233;canique, c'est &#231;a qui me brancherait, bosser comme m&#233;cano, j'ai d&#233;j&#224; fait des stages, mais bon, j'ai besoin d'un vrai taf. C'est pas ici que je vais en trouver un.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Ayez des yeux de vainqueurs ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la tribune, le moulin &#224; vent continue de mouliner. &#171; &lt;i&gt;En tant que patron d'entreprise, j'ai une philosophie, &#233;coutez-moi bien, mademoiselle.&lt;/i&gt; [Il prend &#224; t&#233;moin une jeune femme dans le public] &lt;i&gt;Vous allez me marquer &#231;a, mademoiselle : il n'y a pas de mauvais manag&#233;, il n'y a que de mauvais managers. C'est-&#224;-dire : je prends la responsabilit&#233; de votre &#233;chec. On n'est pas des victimes, on est acteurs de sa destin&#233;e. Faut assumer ses &#233;checs et quand on les assume on va au bout de sa destin&#233;e. Si vous vous dites &#8220;je trouve pas de boulot, c'est la faute &#224; la crise&#8221;&#8230; Attends, elle a bon dos la crise ! Y a toujours des entreprises qui r&#233;ussissent. Donc pourquoi pas vous ? Un entretien, &#231;a se pr&#233;pare : deux-trois heures par jour, tous les jours. Vous &#234;tes comme Usain Bolt aux derniers championnats du monde, il n'&#233;tait pas favori pourtant, et il arrive &#224; gagner d'un centi&#232;me d'&#233;cart. Pourquoi ? Parce qu'il a la rage, quoi, parce qu'il la veut, cette victoire ! Il s'est entra&#238;n&#233; comme un malade, comme un malade !&lt;/i&gt; &#187; Vision fugace de la foule en d&#233;lire et de tes sponsors qui exultent tandis que tu fais le tour d'honneur en brandissant ton contrat de caissier &#224; mi-temps chez Monoprix. &#171; &lt;i&gt; Si vous &#234;tes l&#224;, c'est d&#233;j&#224; un premier pas vers la r&#233;ussite. C'est que vous cherchez un job. Et c'est formidable ! Ayez des yeux de vainqueurs ! Ayez confiance en vous ! Merci &#224; vous.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne ne pense &#224; l'applaudir &#171; &lt;i&gt;comme un malade&lt;/i&gt; &#187; pour se foutre de sa gueule. Les derniers spectateurs se dispersent dans un silence maussade. Un peu &#224; l'&#233;cart, pourtant, un visage rayonne : c'est celui de St&#233;phanie, &#171; chef de projet junior &#187; chez Comtigo, l'agence de conseil en com' organisatrice du salon. Subjugu&#233;e par la prestation bourbonienne, elle explose en babillages ravis : &#171; &lt;i&gt; Ah, c'est notre meilleur intervenant, il est top ! Hyper-pro, hyper-hyper-bien !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Ils testent ta r&#233;sistance psychologique &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De stand en stand, une jeune femme tra&#238;ne sa pochette pleine de CV sans cacher son d&#233;dain. &#171; &lt;i&gt;Que des boulots de merde&#8230; J'ai suivi des &#233;tudes ultra-bouch&#233;es, Infocom,&lt;/i&gt; raconte-t-elle. &lt;i&gt;J'ai trois dipl&#244;mes, deux licences et un mast&#232;re. Mon r&#234;ve, c'&#233;tait de faire de l'histoire ou de la g&#233;ographie, ou un m&#233;tier qui apporte le bonheur. &lt;/i&gt; &#187; L'ann&#233;e derni&#232;re, elle a d&#233;croch&#233; un poste d'attach&#233;e commerciale au Cr&#233;dit Agricole. &#171; &lt;i&gt;Quand tu d&#233;butes, tu es le larbin. Tu vas faire les t&#226;ches p&#233;nibles, tu prends les dossiers que personne ne veut, tu es la petite secr&#233;taire. On te demande de faire tes preuves, et en fait, ils testent ta r&#233;sistance psychologique &#224; leurs ordres. Ils voient si tu te soumets &#224; leur autorit&#233;. C'est ce qui fait que tu vas pouvoir durer ou non.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Affida dit cumuler &#171; &lt;i&gt; trois handicaps&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;Je suis arabe, je suis une meuf et j'ai une histoire familiale compliqu&#233;e. Donc c'est trois fois plus dur.&lt;/i&gt; &#187; Dot&#233;e, comme elle dit, d'un mental de &#171; &lt;i&gt; killeuse&lt;/i&gt; &#187;, elle vient de claquer la porte de son taf au Cr&#233;dit Agricole : &#171; &lt;i&gt;Vu qu'ils sont bard&#233;s de juristes, ils connaissent bien les filons pour faire bosser les gens dans la pr&#233;carit&#233;. Moi, ils me renouvelaient mon CDD constamment. Le d&#233;lai de carence, qui est normalement de six mois entre deux CDD, l&#224;-bas, il &#233;tait de trois semaines. Ils changent le nom du poste et l'adresse de l'agence et, hop, vous repartez avec un &#233;ni&#232;me CDD. J'ai claqu&#233; ma d&#233;m' et je suis arriv&#233;e &#224; Paris il y a un mois et demi, je vis en coloc' avec plein de gens d&#233;prim&#233;s, mais je garde la confiance &#8211; il faut !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Expression lanc&#233;e par le Premier ministre, Manuel Valls, et le pr&#233;sident du Medef, Pierre Gattaz, devenue ensuite un &#233;l&#233;ment de langage constitutif du discours m&#233;diatique sur le sujet.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Profession domestique&lt;/i&gt;, film photographique de Julien Brygo, CP Production/Le Monde diplomatique, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>A quoi servent les &#233;conomistes ?</title>
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		<dc:date>2014-10-07T02:30:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Julien Brygo, Nina Faure</dc:creator>


		<dc:subject>Faux amis</dc:subject>
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&lt;p&gt;&#192; gauche, l'heure est aux reculs et aux pleurs. Le mouvement social n'a jamais &#233;t&#233; aussi faible. Malgr&#233; tout, des &#233;conomistes critiques, &#171; h&#233;t&#233;rodoxes &#187;, arrivent parfois &#224; s'immiscer dans le d&#233;bat en opposition &#224; la pens&#233;e orthodoxe lib&#233;rale. Mais a-t-on vraiment besoin d'&#233;conomistes ? CQFD jette un coup de projecteur sur les perspectives sid&#233;rantes du cofondateur des &#233;conomistes atterr&#233;s, Henri Sterdyniak. &#171; Indign&#233;s &#187;, &#171; atterr&#233;s &#187;, &#171; afflig&#233;s &#187;&#8230; ils ne savent plus comment s'appeler. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no124-juillet-aout-septembre" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;124 (juillet-aout-septembre 2014)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Faux-amis" rel="tag"&gt;Faux amis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/France" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/capitalisme" rel="tag"&gt;capitalisme&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Sterdyniak-n-est" rel="tag"&gt;Sterdyniak n'est&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; gauche, l'heure est aux reculs et aux pleurs. Le mouvement social n'a jamais &#233;t&#233; aussi faible. Malgr&#233; tout, des &#233;conomistes critiques, &#171; h&#233;t&#233;rodoxes &#187;, arrivent parfois &#224; s'immiscer dans le d&#233;bat en opposition &#224; la pens&#233;e orthodoxe lib&#233;rale. Mais a-t-on vraiment besoin d'&#233;conomistes ? &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; jette un coup de projecteur sur les perspectives sid&#233;rantes du cofondateur des &#233;conomistes atterr&#233;s, Henri Sterdyniak.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Indign&#233;s &#187;, &#171; atterr&#233;s &#187;, &#171; afflig&#233;s &#187;&#8230; ils ne savent plus comment s'appeler. Ce sont les rebelles du moment. Et donc on les invite. Pas encore trop sur les plateaux de t&#233;l&#233;vision, mais dans les festivals alternatifs ils font illusion, comme en mai dans le Tri&#232;ves (Sud-Is&#232;re), terre d'irr&#233;ductibles r&#233;fractaires, pour participer &#224; un festival progressiste, L'&#233;chapp&#233;e (re)belle, sur le th&#232;me du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les m&#233;chants et les gentils capitalistes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jour o&#249; les organisateurs, en qu&#234;te de penseurs subversifs, sont tomb&#233;s sur la fiche d'Henri Sterdyniak, cofondateur du mouvement des &#233;conomistes atterr&#233;s en 2008, leurs pupilles se sont dilat&#233;es. Le profil de l'animal &#233;tait bon, car, pass&#233; chez Mermet et r&#233;f&#233;renc&#233; sur le site du PCF, il disposait d'un label per&#231;u comme une forme de r&#233;sistance aux Minc, Cohen et autres pipistrelles du lib&#233;ralisme assum&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la bien bonne question des organisateurs &#8211; &#171; &lt;i&gt;Pourquoi le capital l'emporte-t-il sur le travail ?&lt;/i&gt; &#187; &#8211; l'&#233;conomiste aux quarante ans d'Observatoire fran&#231;ais des conjonctures &#233;conomiques (OFCE) s'est content&#233; de r&#233;pondre par un cours d'introduction &#224; l'&#233;conomie digne d'une classe de quatri&#232;me : &#171; &lt;i&gt;Le capital l'emporte sur le travail parce qu'en 1983, les capitalistes sont redevenus m&#233;chants. Ils se sont rendu compte qu'ils pouvaient faire des &#233;conomies sur le co&#251;t du travail en produisant &#224; l'&#233;tranger. Avant, ils acceptaient des profits relativement faibles et avec le plein emploi, les gens pouvaient trouver des emplois ailleurs. Ils ont donc d&#233;cid&#233; de r&#233;agir.&lt;/i&gt; &#187; Soupirs dans la salle. Dans la r&#233;gion, on sait bien que la mise en concurrence mortif&#232;re des travailleurs est une r&#232;gle d'or du syst&#232;me capitaliste, bien avant 1983, bien avant Delors ou Jospin. Mais on n'en est qu'au prologue de la pi&#232;ce de Sterdyniak, une enfilade d'id&#233;es re&#231;ues dont ne rougiraient pas les cadres du parti socialiste : &#171; &lt;i&gt;Il n'y a plus de prol&#233;taires en France&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;Les ouvriers votent aujourd'hui pour le FN&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;Il faut gauchir le PS, voil&#224; la seule solution&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;Le syst&#232;me actuel, c'est 50% de capitalisme, 50% de socialisme&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;Il faut se battre pour garder la retraite &#224; 60 ans et pour appliquer la taxe Tobin&lt;/i&gt; &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1177 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;69&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/p06-hb-atterres-09685.jpg?1768654325' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Henri Sterdinyak (&#224; droite) en vacances dans le Tri&#232;ves. Photo D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; tant de propos courageux, la salle, pourtant a priori acquise, d&#233;cide de siffler la fin de la partie. &#171; &lt;i&gt;Vous &#234;tes cens&#233;s, vous, les &#233;conomistes atterr&#233;s, nous montrer des perspectives pour sortir de cette situation insupportable, et vous ne dites rien&lt;/i&gt; &#187;, lance Simon, chapeau viss&#233; sur le cr&#226;ne et mine d&#233;confite. &#171; &lt;i&gt;Je vous trouve atterrant.&lt;/i&gt; &#187; Sterdyniak, sonn&#233;, fait les cent pas autour de sa chaise puis s'avance pour r&#233;pondre &#224; Simon. &#171; &lt;i&gt;Euh&#8230; Oui, vous pouvez dire &#231;a.&lt;/i&gt; &#187; La salle n'en revient pas. Sterdyniak ouvre m&#234;me son c&#339;ur au public : &#171; &lt;i&gt;Moi, le capitalisme m'a pourri.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les habitants du Tri&#232;ves ont une tol&#233;rance limit&#233;e &#224; l'auto-apitoiement. Sit&#244;t la &#171; conf&#233;rence &#187; termin&#233;e, Sterdyniak se retrouvera vite encercl&#233; par une dizaine de spectateurs. L'une d'entre eux propose d'ouvrir une &lt;i&gt;hotline&lt;/i&gt; pour &#233;conomistes r&#233;sign&#233;s : &#171; &lt;i&gt;On vous sent impuissant, Henri. &#199;a vous dirait de nous parler de votre impuissance en tant qu'&#233;conomiste ? Qu'on comprenne pourquoi vous estimez qu'il n'y a plus rien &#224; faire ?&lt;/i&gt; &#187; Henri est touch&#233;, certes, mais pas coul&#233;. Il se rebelle maintenant. &#171; &lt;i&gt;Si vous vouliez que je vous fasse le programme de Lutte ouvri&#232;re, il fallait le dire ! Sauf que tr&#232;s peu de gens croient qu'il faut renverser le capitalisme, tr&#232;s peu de gens sont contre le libre-&#233;change. Ils sont minoritaires, ceux qui pensent comme vous. Je ne vois donc pas pourquoi j'avancerais un programme politique qui va dans ce sens-l&#224; ! Moi, j'm'en fous de votre truc !&lt;/i&gt; &#187; Au pr&#233;texte, donc, que les id&#233;es anticapitalistes seraient &#171; minoritaires &#187; &#8211; ce qui reste largement &#224; prouver&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sondage IFOP pour La Croix en 2011 : les Fran&#231;ais sont les plus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#8211; il ne faudrait pas les cr&#233;diter d'une quelconque valeur. Le clou de son intervention sera cette comparaison subtile et pas du tout r&#233;pandue, selon laquelle &#171; &lt;i&gt;si on veut sortir du capitalisme, c'est s&#251;r que le mod&#232;le de la RDA ne fait pas tr&#232;s envie aux gens&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La bonne chaire &#233;conomique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car, au fond, &#224; quoi servent les &#233;conomistes, fussent-ils atterr&#233;s, lorsque, au lieu d'armer le peuple, ils signent des rapports pour la Banque mondiale&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rapport pour la Banque mondiale sur la Guin&#233;e, 2000.&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, bavardent dans les m&#233;dias, vivent comme des pachas gr&#226;ce &#224; leurs chaires &#233;conomiques et parviennent tout de m&#234;me &#224; se faire passer pour les nouveaux r&#233;sistants ? Quand il ne squatte pas les locaux de France Culture ou de France Inter&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme le &#171; 7-9 &#187; de Patrick Cohen, sur France Inter (3,7 millions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, Sterdyniak est dans les colonnes du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;. Et quand il ne signe pas de tribunes dans &lt;i&gt;La Tribune&lt;/i&gt;, il publie des livres dont les titres r&#233;sonnent comme autant d'insupportables appels &#224; l'insurrection : &lt;i&gt;&#201;conomie mondiale 1990-2000 : l'imp&#233;ratif de croissance&lt;/i&gt; (Collectif, Economica, 2001), &lt;i&gt;Pr&#233;sidence Sarkozy, quel bilan ?&lt;/i&gt; (Prom&#233;th&#233;e, 2012).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sein des Atterr&#233;s, si cette ligne molle est visiblement en train de l'emporter, elle n'est toutefois pas appr&#233;ci&#233;e de tous. Ainsi de Fr&#233;d&#233;ric Lordon, qui conna&#238;t bien Sterdyniak &#8211; &#171; &lt;i&gt;un tr&#232;s bon macro&#233;conomiste keyn&#233;sien&lt;/i&gt; &#187; &#8211;, mais d&#233;plore au micro de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; que &#171; &lt;i&gt;la macro&#233;conomie dispose peu &#224; remettre en cause les structures du capitalisme&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;Par ailleurs&lt;/i&gt;, pr&#233;cise l'&#233;conomiste, &lt;i&gt;le jeu des abstractions macro&#233;conomiques ne met pas d'embl&#233;e en prise avec les mouvements sociaux. Mais Sterdyniak n'est pas non plus repr&#233;sentatif de tous les Atterr&#233;s, quoique sa comp&#233;tence de macro&#233;conomiste soit indispensable dans leur division du travail&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Lordon a d&#233;missionn&#233; du conseil d'administration des &#233;conomistes atterr&#233;s en 2012 pour cause de d&#233;saccords sur l'euro, &#171; &lt;i&gt;et aussi par manque de temps&lt;/i&gt; &#187;. Mais &#224; part Lordon, qui confirme ne plus se reconna&#238;tre dans la ligne majoritaire des Atterr&#233;s, le keyn&#233;sianisme jusqu'au-boutiste de Sterdyniak n'a visiblement pas d&#233;rang&#233; grand monde. Le mouvement aurait m&#234;me &#233;t&#233; rejoint par plus de 2 000 fran&#231;ais depuis 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les perspectives qu'il a trac&#233;es en cr&#233;ant les &#233;conomistes atterr&#233;s se sont r&#233;v&#233;l&#233;es tellement r&#233;volutionnaires que m&#234;me les p&#233;d&#233;g&#233;s ont repris le concept. En octobre 2013, ce fut au tour du groupe des &#171; patrons exasp&#233;r&#233;s &#187; de tenir meeting &#224; Lyon. Et le 7 juin 2014, les &#171; socialistes afflig&#233;s&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Think tank fond&#233; par l'ex-d&#233;put&#233; europ&#233;en PS Li&#234;m Hoang Ngoc et le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &#187; ont d&#233;cid&#233; d'apporter leur pierre &#224; cette contestation nouvelle. On attend donc avec impatience la cr&#233;ation du mouvement des anthropologues &#233;berlu&#233;s, des politiciens d&#233;go&#251;t&#233;s, des journalistes outr&#233;s, des p&#233;p&#232;res v&#233;n&#232;res, des poussez pas derri&#232;re, etc. Avis aux amateurs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sondage IFOP pour &lt;i&gt;La Croix&lt;/i&gt; en 2011 : les Fran&#231;ais sont les plus r&#233;fractaires au capitalisme et au libre-&#233;change de toutes les nations occidentales. Seuls 15 % des Fran&#231;ais estiment que le syst&#232;me &#171; &lt;i&gt; fonctionne plut&#244;t bien&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Rapport pour la Banque mondiale sur la Guin&#233;e&lt;/i&gt;, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Comme le &#171; 7-9 &#187; de Patrick Cohen, sur France Inter (3,7 millions d'auditeurs) o&#249; Sterdyniak &#233;tait invit&#233; le 19 mars 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Think tank&lt;/i&gt; fond&#233; par l'ex-d&#233;put&#233; europ&#233;en PS Li&#234;m Hoang Ngoc et le politologue Philippe Marli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#192; Dunkerque, les masqueloures n'ont pas vu le Bronx</title>
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		<dc:date>2014-06-13T03:00:00Z</dc:date>
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&lt;p&gt;Veille des Trois Joyeuses 2014, dans un bar branchouille de la plage de Malo-les-Bains, &#224; Dunkerque. Un copiste de La Voix du Nord, joyau du Parti local de la Presse et de l'Argent (PLPA), sirote une bi&#232;re en terrasse. Et pr&#233;dit une apocalypse carnavalesque. Ses petits yeux bleus semblent souffrir de la lumi&#232;re et de l'ambiance carnavalesque qui pr&#233;vaudra le lendemain : &#171; &#192; Saint-Pol-sur-Mer (commune figurant dans la liste des vingt villes les plus pauvres de France), c'&#233;tait chaud ! Des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no121-avril-2014" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;121 (avril 2014)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Julien-Brygo-138" rel="tag"&gt;Julien Brygo&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/carnaval" rel="tag"&gt;carnaval&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/voix" rel="tag"&gt;voix&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/c-etait-chaud" rel="tag"&gt;c'&#233;tait chaud&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Dunkerque" rel="tag"&gt;Dunkerque&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Veille des Trois Joyeuses 2014, dans un bar branchouille de la plage de Malo-les-Bains, &#224; Dunkerque. Un copiste de &lt;i&gt;La Voix du Nord&lt;/i&gt;, joyau du Parti local de la Presse et de l'Argent (PLPA), sirote une bi&#232;re en terrasse. Et pr&#233;dit une apocalypse carnavalesque.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ses petits yeux bleus semblent souffrir de la lumi&#232;re et de l'ambiance carnavalesque qui pr&#233;vaudra le lendemain : &#171; &lt;i&gt;&#192; Saint-Pol-sur-Mer&lt;/i&gt; (commune figurant dans la liste des vingt villes les plus pauvres de France)&lt;i&gt;, c'&#233;tait chaud ! Des jeunes ont sorti des battes de base-ball, un gars a sorti sa carabine. C'est de plus en plus dangereux. Il va y avoir beaucoup de policiers demain, en civil, mais aussi en uniforme. C'est oblig&#233;, hein&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1064 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH255/p11-petite-synthe_4-7c337.jpg?1768657035' width='400' height='255' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo de Julien Brygo.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les shots de Jagermeister&#174; nous remontent au collet. Qui sont ces &#171; &lt;i&gt;casseurs&lt;/i&gt; &#187; dont parle son journal ? Une moue. &#171; &lt;i&gt; Bah, on sait pas trop. Y a un journaliste du bureau qui a tent&#233; de passer du temps avec eux, mais je ne sais pas o&#249; &#231;a en est.&lt;/i&gt; &#187; Qu'un journaliste local ose passer plus de dix minutes avec un pauvre nous paraissait d&#233;j&#224; fort suspect. Peu importe. R&#233;mi et moi, pas encore d&#233;guis&#233;s, pas encore peinturlur&#233;s ni m&#234;me pint&#233;s, on flippait. &#192; mort. Et d&#232;s le lendemain, 11 heures p&#233;tantes, on s'est jet&#233;s dans le carnaval, bien d&#233;cid&#233;s &#224; croiser ces &#171; &lt;i&gt;bandes de casseurs&lt;/i&gt; &#187; qui s'en prennent aux carnavaleux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Dunkerque, chaque ann&#233;e, ce sont pr&#232;s de quatre mois de festoyades (de d&#233;but janvier &#224; mi-avril), &#171; &lt;i&gt;un d&#233;fil&#233; de haute-biture&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon l'expression d'Ondine Millot, dans un article de Lib&#233;ration.&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187; o&#249; les autochtones, berc&#233;s par l'id&#233;e enchanteresse selon laquelle un monde parfait est un monde sans classes sociales, s'adonnent &#224; c&#339;ur joie aux plaisirs de la rencontre inopin&#233;e, de la trinquerie en chapelle d'inconnus&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Faire chapelle &#187;, c'est ouvrir son logis et rassasier les carnavaleux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; ou de la d&#233;ambulation post-digestive avec comme unique boussole un grand p&#233;pin. Diss&#233;quez un estomac de carnavaleux vers 17 heures, vous y trouverez du pudding, de la soupe &#224; l'oignon, du Potsche Vleesch &#8211; viande en gel&#233;e &#8211; et des frites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette ann&#233;e, il a une boule dans le ventre. Ni gel&#233;e, ni confite. Une boule que son journal pr&#233;f&#233;r&#233;, &lt;i&gt;La Voix du Nord&lt;/i&gt;, a r&#233;ussi, en deux articles, &#224; lui visser au corps, &#224; lui et &#224; ses dizaines de milliers de camarades grim&#233;s : les &#171; &lt;i&gt;bandes de casseurs&lt;/i&gt; &#187;. D&#232;s dimanche matin, on entend un peu partout et dans les caf&#233;s qui longent le parcours de la bande les gens qui causent des &#171; &lt;i&gt;15 000 euros de d&#233;g&#226;ts&lt;/i&gt; &#187; contre DK'Bus (groupe V&#233;olia Environnement) en casse de mobilier urbain &#224; Bray-Dunes, des battes de base-ball qui menaceraient les masqueloures et les marcheurs du soir, qui pour le coup auraient remplac&#233; leurs lampes torches par des carabines de foire. Certains pronostiquent m&#234;me le niveau de violence qui s'emparera des Trois Joyeuses (Dunkerque, Citadelle, Rosenda&#235;l). Bagarres ? Coups de couteau dans le dos ? Embrasement g&#233;n&#233;ral ? Combats de tranch&#233;es ? Le cru 2014, ce serait un mix entre le Chicago des ann&#233;es sombres, le Bronx des ann&#233;es fastes et les favelas de Rio, o&#249; r&#232;gnent douceur de vivre et oisivet&#233; insouciante. Des dizaines de chapelles ont &#233;t&#233; annul&#233;es. Des tracts anonymes ont circul&#233; dans les bo&#238;tes aux lettres de Dunkerque pour faire interdire l'alcool &#224; l'avant-bande de la mairie de Dunkerque. Des renforts de police ont &#233;t&#233; appel&#233;s, des vigiles plac&#233;s &#224; l'entr&#233;e de chaque bar du centre-ville. Ambiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fallait les lire les articles de &lt;i&gt;La Voix&lt;/i&gt;. De vrais r&#233;cits &#224; la &#171; 24 heures chrono &#187;, &lt;i&gt;made in&lt;/i&gt; Police nationale. Extraits : &#171; &lt;i&gt;Vers 17 h 30, place Carnot, le parcours des p&#234;cheurs a d&#251; &#234;tre d&#233;vi&#233;. Cela parce qu'un groupe d'individus occupant l'entr&#233;e d'un hall d'immeuble, arm&#233;s de battes de base-ball et de bombes lacrymog&#232;nes, pr&#234;ts &#224; en d&#233;coudre, commen&#231;ait &#224; provoquer les carnavaleux. La police nationale et la police municipale ont bien tent&#233; de les interpeller, mais les perturbateurs ont r&#233;ussi &#224; prendre la fuite, abandonnant leurs armes sur place. Peu de temps apr&#232;s, les policiers ont &#233;t&#233; alert&#233;s qu'un homme arm&#233; d'une carabine &#224; plombs r&#244;dait aux abords de la bande.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;Des attroupements gu&#232;re rassurants dans une ambiance patibulaire ont acc&#233;l&#233;r&#233; la fin des festivit&#233;s&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;Vers 21 h 30, rue Etienne-Dolet, une quinzaine d'individus ont renvers&#233; une voiturette en la soulevant. Lorsque les policiers sont arriv&#233;s sur les lieux de l'incident, ils ont essuy&#233; des jets de pierre, oblig&#233;s d'utiliser leurs bombes lacrymog&#232;nes pour disperser leurs agresseurs.&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Dunkerquois : toujours plus de violences &#224; l'encontre des bandes de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#187; Des policiers oblig&#233;s de se d&#233;fendre, des bandes de casseurs, des halls d'immeubles, &#231;a ne vous rappelle rien ? &#192; Saint-Pol-sur-Mer, carnaval ou pas, le quotidien des habitants est fait de ch&#244;mage, d'apartheid social et de mis&#232;re ordinaire. Que le maire mette en place des couvre-feux pour les mineurs, comme ce fut le cas en 2009, et c'est tout le d&#233;sarroi d'une jeunesse abandonn&#233;e &#224; elle-m&#234;me qui explose &#224; la gueule des habitants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'envoy&#233; sp&#233;cial de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; &#224; Dunkerque le confirme : &#224; part un d&#233;but de baston (vite calm&#233;) apr&#232;s le rigodon final de la bande de Dunkerque, rien. Nada. Que dalle. Pas de casseurs, pas de bandits encarabin&#233;s, pas de malfrats &#171; &lt;i&gt;pr&#234;ts &#224; en d&#233;coudre&lt;/i&gt; &#187;. &lt;i&gt;La Voix du Nord&lt;/i&gt; nous avait encore bien eus. Plusieurs dizaines de milliers de personnes, la plupart charg&#233;es en geni&#232;vre et en houblon&#8230; et un seul d&#233;but de baston. De quoi faire la une de &lt;i&gt;La Voix du Nord&lt;/i&gt;, certes, mais pas de quoi inqui&#233;ter un habitu&#233; des lieux. On les a cherch&#233;s, pourtant, les &#171; d'jeuns &#187; engag&#233;s dans un safari anti-carnavaleux. Mais rien. Que des masqueloures joyeux, enivr&#233;s par le soleil qui br&#251;lait leur maquillage chimique &#8211; et leur peau avec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En p&#233;riode de carnaval, le carnavaleux atteint souvent le quintal &#8211; poids qu'il perd en eau lors du rigodon final. Ce qui lui suffit &#224; &#233;crabouiller de sa carcasse n'importe quel picheloure qui viendrait &#224; lui chauffer les oreilles. Alors on les a suivis, les dr&#244;les d'oiseaux. On s'est br&#251;l&#233; la peau et m&#234;me ce qu'il y a en-dessous. Et on a chant&#233;, jusqu'au bout des Trois Joyeuses : &#171; &lt;i&gt;Si t'es sur le tr&#244;ne, qu'tu finis pas&lt;/i&gt; La Voix du Nord,&lt;i&gt; tu fais vite un bon cac et tu files tout deyors. La la la&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La suite du dossier Carnaval&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Marseille-ne-fete-rien-dans-la-rue&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Marseille&lt;/a&gt; : ne f&#234;te rien dans la rue !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus que jamais, Carnaval est &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Plus-que-jamais-Carnaval-est-une&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;une h&#233;r&#233;sie&lt;/a&gt; : interview d'Al&#232;ssi dell'Umbria.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Montpellier-Comment-interdire-ce&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Montpellier&lt;/a&gt; : Comment interdire ce qui l'est d&#233;j&#224; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Polices-et-politiques-contre&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Polices et politiques&lt;/a&gt; contre Carnaval en deux rounds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Commissariat-et-musee-contre&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Commissariat et mus&#233;e&lt;/a&gt; contre Carnaval en deux rounds.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Selon l'expression d'Ondine Millot, dans un article de &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Faire chapelle &#187;, c'est ouvrir son logis et rassasier les carnavaleux (m&#234;me inconnus) qui tapent &#224; la porte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Dunkerquois : toujours plus de violences &#224; l'encontre des bandes de carnaval &#187;, &lt;i&gt;La Voix du Nord&lt;/i&gt;, 25/02/2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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