<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://cqfd-journal.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
	<link>https://cqfd-journal.org/</link>
	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://cqfd-journal.org/spip.php?id_auteur=167&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
		<url>https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L144xH50/siteon0-2-e90fe.png?1768648935</url>
		<link>https://cqfd-journal.org/</link>
		<height>50</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Le Chiapas s'est mis en commune</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Le-Chiapas-s-est-mis-en-commune</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Le-Chiapas-s-est-mis-en-commune</guid>
		<dc:date>2014-01-14T04:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Georges Lapierre</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Patxi Beltzaiz</dc:subject>
		<dc:subject>politique</dc:subject>
		<dc:subject>vie</dc:subject>
		<dc:subject>zapatistes</dc:subject>
		<dc:subject>sociale</dc:subject>
		<dc:subject>niveau national</dc:subject>
		<dc:subject>peuples</dc:subject>
		<dc:subject>San Andr&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>vie sociale</dc:subject>
		<dc:subject>peuples zapatistes</dc:subject>
		<dc:subject>l'autonomie politique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Premi&#232;re partie du Dossier &#034;Ya Basta, 1994-2014&#034; publi&#233; dans CQFD n&#176;118, en kiosque &#224; partir du 15 janvier. La vie communale est le point de d&#233;part, le centre nerveux du mouvement zapatiste. Elle est le socle sur lequel peut s'&#233;riger un monde diff&#233;rent. Restaurer la vie communale revient &#224; restaurer la relation entre les membres d'une communaut&#233;. Depuis 1994, les zapatistes ont cherch&#233; &#224; se faire conna&#238;tre au niveau national et international. Ils ont attir&#233; l'attention, l'int&#233;r&#234;t et (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no118-janvier-2014" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;118 (janvier 2014)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Patxi-Beltzaiz-118" rel="tag"&gt;Patxi Beltzaiz&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/politique" rel="tag"&gt;politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/vie" rel="tag"&gt;vie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/zapatistes" rel="tag"&gt;zapatistes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/sociale" rel="tag"&gt;sociale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/niveau-national" rel="tag"&gt;niveau national&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/peuples" rel="tag"&gt;peuples&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/San-Andres" rel="tag"&gt;San Andr&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/vie-sociale" rel="tag"&gt;vie sociale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/peuples-zapatistes" rel="tag"&gt;peuples zapatistes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-autonomie-politique" rel="tag"&gt;l'autonomie politique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Premi&#232;re partie du Dossier &#034;Ya Basta, 1994-2014&#034; publi&#233; dans &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;118, en kiosque &#224; partir du 15 janvier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie communale est le point de d&#233;part, le centre nerveux du mouvement zapatiste. Elle est le socle sur lequel peut s'&#233;riger un monde diff&#233;rent. Restaurer la vie communale revient &#224; restaurer la relation entre les membres d'une communaut&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis 1994, les zapatistes ont cherch&#233; &#224; se faire conna&#238;tre au niveau national et international. Ils ont attir&#233; l'attention, l'int&#233;r&#234;t et parfois m&#234;me la reconnaissance. Cette relation &#224; l'autre reposait surtout sur des id&#233;es, des souhaits, des projets de r&#233;volution, de lib&#233;ration nationale, d'autonomie, d'&#233;mancipation, que nous pouvions, certes partager, mais qui, pour nous, restaient tout de m&#234;me sur un plan th&#233;orique et g&#233;n&#233;ral, leur ancrage dans la r&#233;alit&#233; restant vague. La &#171; petite &#233;cole &#187; rem&#233;die &#224; cette absence ou ce d&#233;s&#233;quilibre. Les sympathisants ont &#233;t&#233; invit&#233;s &#224; partager l'exp&#233;rience des populations zapatistes : la patiente construction d'une vie sociale autonome ou comment les peuples zapatistes ont r&#233;ussi &#224; articuler entre eux diff&#233;rents niveaux de gouvernement afin que l'activit&#233; politique ne soit pas s&#233;par&#233;e de la vie des gens.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_888 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;51&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH268/dossier-patxi-cabane-4a642.jpg?1768656188' width='400' height='268' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Patxi Beltzaiz. Chiapas. 2008.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Chiapas. 2008.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La commune vise &#224; ce que le pouvoir ne se pr&#233;sente pas comme une activit&#233; s&#233;par&#233;e, confisqu&#233;e par quelques-uns. Ce mouvement de lib&#233;ration ne peut venir que de la collectivit&#233;, c'est elle qui est amen&#233;e &#224; r&#233;tablir la relation des gens avec la pens&#233;e, avec cette pens&#233;e originelle, venue de si loin et transmise de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration. Ce mouvement d'&#233;mancipation communale trouve sa source dans la culture, les valeurs, les usages, la m&#233;moire et la cosmovision des peuples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant plus de sept ans, l'EZLN a men&#233; campagne pour faire reconna&#238;tre les droits et la culture des peuples indiens. Une campagne pacifique faite de dialogues, de rencontres, de manifestations diverses, en vain. En f&#233;vrier 2001, sensibles &#224; l'ouverture que semble repr&#233;senter l'&#233;lection de Vicente Fox &#224; la pr&#233;sidence de la r&#233;publique, les zapatistes &#8211; repr&#233;sent&#233;s par 23 commandants plus le sous-commandant Marcos &#8211; entreprennent une longue marche&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. La Fragile Armada, la marche des zapatistes, textes choisis et pr&#233;sent&#233;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; sur Mexico pour promouvoir les accords de San Andr&#233;s. Tout au long de son p&#233;riple, la Marche de la couleur de la terre re&#231;oit un accueil enthousiaste. Forts de ce soutien populaire et d'avoir pu faire entendre leurs dol&#233;ances lors d'une session du Congr&#232;s de l'Union, les zapatistes retournent au Chiapas au cours du mois de mars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 25 avril, le gouvernement approuve &#224; l'unanimit&#233;, tous partis confondus, une r&#233;forme constitutionnelle sur la question indienne. Cette r&#233;forme constitutionnelle va &#224; contre-courant des accords de San Andr&#233;s, dont elle ignore d&#233;lib&#233;r&#233;ment les points capitaux. Cette r&#233;forme est la parfaite expression de la peur et du m&#233;pris de la classe politique confront&#233;e &#224; l'exigence des peuples. C'est une loi indig&#233;niste, o&#249; tous les &#233;l&#233;ments qui auraient favoris&#233; l'autonomie et la libre d&#233;termination ont &#233;t&#233; effac&#233;s. Les peuples sont consid&#233;r&#233;s comme entit&#233;s d'int&#233;r&#234;t public, ils ne sont toujours pas reconnus comme sujets de droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin du dialogue avec l'&#201;tat. Les peuples zapatistes commencent sans plus attendre &#224; &#233;difier pratiquement leur autonomie. Elle se d&#233;finit par le lien qui unit &#233;troitement l'activit&#233; politique et une activit&#233; sociale reposant sur des valeurs, comme le sens de la r&#233;ciprocit&#233;, de la dignit&#233; et de l'&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque commune zapatiste a red&#233;fini ses limites territoriales en fonction de crit&#232;res qui lui sont propres et qui touchent &#224; la langue parl&#233;e, &#224; l'histoire, &#224; la g&#233;ographie, aux &#233;changes, aux usages, &#224; la tradition, au mode de vie. C'est en prenant en compte cet ensemble de crit&#232;res permettant aux habitants de se reconna&#238;tre et de former somme toute un assortiment assez homog&#232;ne de communaut&#233;s, de villages et de hameaux, que furent cr&#233;&#233;es les municipalit&#233;s zapatistes &#8211; non par une d&#233;cision venue d'en haut mais par d&#233;cision des assembl&#233;es communautaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces assembl&#233;es d&#233;signent leurs repr&#233;sentants au conseil municipal o&#249; ils occuperont pendant deux ou trois ans, &#224; titre b&#233;n&#233;vole, des charges dans diff&#233;rentes commissions (justice, sant&#233;, &#233;ducation, production&#8230;). Les zapatistes ont rendu possible cette recomposition des municipalit&#233;s, alors que le d&#233;coupage officiel ob&#233;it &#224; d'autres consid&#233;rations, dont la principale a trait au contr&#244;le des populations &#8211; dans ce cas, la municipalit&#233; n'est plus que la courroie de transmission, le relais, assur&#233; par les partis politique, entre l'&#201;tat et les communaut&#233;s indig&#232;nes, qui n'ont plus qu'&#224; se plier &#224; une autorit&#233; et &#224; des d&#233;cisions venues d' &#171; en haut &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face au processus g&#233;n&#233;ralis&#233; d'&#233;rosion de la vie sociale, les zapatistes ont renforc&#233; les institutions traditionnelles, telles que l'assembl&#233;e et le syst&#232;me des &#171; charges &#187;, ainsi que le travail en commun (&lt;i&gt;tequio&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;faena&lt;/i&gt;). Ils ont d'autre part innov&#233; en prenant en compte d'autres domaines, qui &#233;taient jusqu'&#224; pr&#233;sent du ressort de l'&#201;tat, ou encore laiss&#233;s &#224; l'initiative individuelle, comme l'&#233;ducation, la sant&#233;, la justice, la production et la commercialisation de certains produits destin&#233;s &#224; l'exportation, dont le caf&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la cr&#233;ation des municipalit&#233;s autonomes (MAREZ&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Municipio Autonomo Rebelde Zapatista.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;), nous avons affaire &#224; l'expression d'un pouvoir ; ce pouvoir communal n'est pas abstrait, il n'entre pas en contradiction avec les habitus de la population. Le pouvoir est l'&#233;manation d'une volont&#233; commune, consensuelle ; loin de contrarier la coh&#233;sion sociale, il la renforce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autonomie ne concerne pas seulement le domaine politique, celui de l'autogouvernement (c'est la partie la plus visible), elle touche aussi tout cet immense pan de la vie sociale, ignor&#233; par les professionnels de la politique et dont on parle moins. L'autonomie concerne aussi les f&#234;tes, les rituels, les obligations r&#233;ciproques, les &#233;changes de service, tous les usages qui ont forg&#233; le &#171; vivre ensemble &#187; et, si possible, le &#171; bien vivre ensemble &#187;. On a tendance &#224; ne voir que l'autonomie politique en ignorant le socle culturel (dans le sens large du terme) sur lequel elle repose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est seulement &#224; travers un mouvement de reconstruction culturelle et des valeurs sur lesquelles repose la vie communale que peut &#233;merger une autonomie politique &#233;largie. Au Chiapas, cette reconstruction fut encourag&#233;e et soutenue par Samuel Ruiz, &#233;v&#234;que de San Cristobal, par son &#233;quipe et par des cat&#233;chistes indiens form&#233;s dans ce sens&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. la pr&#233;face d'Andr&#233; Aubry &#224; la traduction fran&#231;aise du livre de Guiomar (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. L'autonomie politique est venue apr&#232;s, &#224; la suite de ce premier mouvement de reconstruction sociale et de sauvegarde des valeurs communautaires. Le pouvoir communal appara&#238;t alors comme l'&#233;manation de la vie commune, l'expression de l'int&#233;r&#234;t commun. L'autonomie politique mise en avant par les zapatistes n'est qu'une &#233;tape dans un processus beaucoup plus profond de recomposition des peuples indiens en tant que peuples, en fin de compte de la recomposition d'une vie sociale sans &#201;tat, sans pouvoir s&#233;par&#233;. Nous en sommes sans doute encore loin, mais nous avons l&#224; un premier pas, le pas qui enclenche et engage tout le processus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;gende : Patxi Beltzaiz. Chiapas. 2008.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cf. &lt;i&gt;La Fragile Armada, la marche des zapatistes&lt;/i&gt;, textes choisis et pr&#233;sent&#233;s par Jacques Blanc, Yvon Le Bot, Joani Hocquenghem et Ren&#233; Solis, &#201;ditions M&#233;taili&#233;, Paris, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Municipio Autonomo Rebelde Zapatista.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cf. la pr&#233;face d'Andr&#233; Aubry &#224; la traduction fran&#231;aise du livre de Guiomar Rovira &lt;i&gt;&#161;Zapata vive !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/todo-para-tod_s.jpg" length="195874" type="image/jpeg" />
		
		<enclosure url="https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/titre-1994-2014.jpg" length="37746" type="image/jpeg" />
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une police et une justice communautaires</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Une-police-et-une-justice</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Une-police-et-une-justice</guid>
		<dc:date>2013-11-18T04:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Georges Lapierre</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Patxi Beltzaiz</dc:subject>
		<dc:subject>police</dc:subject>
		<dc:subject>justice</dc:subject>
		<dc:subject>communaut&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>Patxi Beltzaiz</dc:subject>
		<dc:subject>policiers communautaires</dc:subject>
		<dc:subject>police communautaire</dc:subject>
		<dc:subject>communautaires</dc:subject>
		<dc:subject>Los Libres</dc:subject>
		<dc:subject>justice communautaires</dc:subject>
		<dc:subject>Costa Chica</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Ici nous ne parlons pas d'autonomie, car c'est un mot qui donne de l'urticaire au gouvernement, mais nous la pratiquons &#187;, ont coutume de dire les Indiens me'phaa (tlapan&#232;ques) ou &#241;u saavi (mixt&#232;ques) organis&#233;s pour assurer la s&#233;curit&#233; de leur territoire et rendre la justice. Leur police communautaire est une &#233;manation de la vie sociale, et la vie sociale s'en trouve renforc&#233;e. Son rayon d'action touche aujourd'hui plus de 70 communaut&#233;s r&#233;parties sur 11 municipalit&#233;s. &#171; Des militaires (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no115-octobre-2013" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;115 (octobre 2013)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Patxi-Beltzaiz-118" rel="tag"&gt;Patxi Beltzaiz&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/police" rel="tag"&gt;police&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/justice" rel="tag"&gt;justice&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/communautes" rel="tag"&gt;communaut&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Patxi-Beltzaiz-6609" rel="tag"&gt;Patxi Beltzaiz&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/policiers-communautaires" rel="tag"&gt;policiers communautaires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/police-communautaire" rel="tag"&gt;police communautaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/communautaires" rel="tag"&gt;communautaires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Los-Libres" rel="tag"&gt;Los Libres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/justice-communautaires" rel="tag"&gt;justice communautaires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Costa-Chica" rel="tag"&gt;Costa Chica&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Ici nous ne parlons pas d'autonomie, car c'est un mot qui donne de l'urticaire au gouvernement, mais nous la pratiquons&lt;/i&gt; &#187;, ont coutume de dire les Indiens me'phaa (tlapan&#232;ques) ou &#241;u saavi (mixt&#232;ques) organis&#233;s pour assurer la s&#233;curit&#233; de leur territoire et rendre la justice. Leur police communautaire est une &#233;manation de la vie sociale, et la vie sociale s'en trouve renforc&#233;e. Son rayon d'action touche aujourd'hui plus de 70 communaut&#233;s r&#233;parties sur 11 municipalit&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_813 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;57&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH334/p08-09-guerr-15-17986.jpg?1768731450' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;San Luis Acatlan, par Patxi Beltzaiz.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;San Luis Acatlan.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; Des militaires arr&#234;tent dix policiers communautaires &#224; Ayutla de Los Libres ; 29 arrestations en deux jours &lt;/i&gt; &#187;, titre le quotidien&lt;i&gt; La Jornada&lt;/i&gt; le 24 ao&#251;t dernier. Apr&#232;s la lutte zapatiste et la mise en &#339;uvre d'un auto-gouvernement des peuples mayas au Chiapas, la police communautaire du Guerrero est l'exp&#233;rience la plus valeureuse sur le chemin de l'autonomie politique et sociale des peuples du Mexique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 90, la r&#233;gion de la Costa-Monta&#241;a, qui na&#238;t sur le flanc de la Sierra Madre et descend vers la Costa Chica du Pacifique, a connu une ins&#233;curit&#233; grandissante. Des bandes organis&#233;es d&#233;troussaient les voyageurs, violaient les femmes, pillaient le b&#233;tail. Les communaut&#233;s indiennes ont coutume, selon leur syst&#232;me de r&#233;partition des charges, de d&#233;signer les responsables de la s&#233;curit&#233; dans le village, mais leur autorit&#233; se trouvait d&#233;sarm&#233;e face &#224; cette vague de violence hors des limites de leur territoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cuanacaxtitlan et Yoloxochitl furent les premiers villages &#224; s'entendre pour &#233;tablir une surveillance des chemins avec une milice de 14 volontaires, le trajet entre eux &#233;tant tr&#232;s dangereux. Mais c'est le 15 octobre 1995, &#224; l'issue d'une assembl&#233;e r&#233;gionale, que la police communautaire a &#233;t&#233; constitu&#233;e par une vingtaine de communaut&#233;s appartenant &#224; trois municipalit&#233;s : San Luis Acatl&#225;n, Azoy&#250; et Malinaltepec&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au sujet de la police communautaire en fran&#231;ais, on peut consulter l'ouvrage (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_814 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;68&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH334/p08-09-guerr-01-a122d.jpg?1768651134' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Maison de la Justice de la r&#233;gion Costa Chica, par Patxi Beltzaiz.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&#192; la diff&#233;rence d'autres r&#233;gions connaissant les m&#234;mes probl&#232;mes, la montagne tlapan&#232;que a su apporter une r&#233;ponse gr&#226;ce &#224; la &#171; bonne sant&#233; &#187; de la culture mee'pha. Le sens de la solidarit&#233;, de l'entraide et du travail collectif y est fortement ancr&#233;. Quand un village organise une f&#234;te, les populations voisines viennent donner un &#171; coup de main &#187; et participent aux festivit&#233;s avec leurs musiciens et leurs danseurs. &#192; cela s'ajoute la pr&#233;sence d'organisations de production et de commercialisation du caf&#233; comme Luz de la Monta&#241;a, des organisations paysannes comme l'Uni&#243;n Regional Campesina (ARIC), des coordinations de d&#233;fense des peuples comme le Consejo 500 a&#241;os de Resistencia. Ajoutons aussi la pr&#233;sence de pr&#234;tres proches de la th&#233;ologie de la lib&#233;ration et dont l'influence se retrouve dans le Centro de derechos humanos de la Monta&#241;a. Et surtout, la tradition locale de lutte contre l'oppression ne s'est jamais d&#233;mentie : le souvenir de Genaro V&#225;zquez, chef gu&#233;rillero mixt&#232;que assassin&#233; en 1972, est dans toutes les t&#234;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la corruption des instances judiciaires, les communaut&#233;s devaient-elles reprendre &#224; leur compte une justice reposant sur le ch&#226;timent ? &#171; &lt;i&gt;Plut&#244;t que de parler de punition, nous pr&#233;f&#233;rons parler d'&#233;ducation ou de r&#233;&#233;ducation, c'est &#224; la soci&#233;t&#233; que revient la t&#226;che de me r&#233;&#233;duquer, non de me d&#233;truire. C'est &#224; l'assembl&#233;e des autorit&#233;s d&#233;sign&#233;es par chaque communaut&#233; que revient la t&#226;che de r&#233;&#233;duquer &#224; la vie collective celui qui a commis un d&#233;lit en lui donnant les moyens de r&#233;int&#233;grer sa communaut&#233;.&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Interview de Cirino, indien mixt&#232;que qui a particip&#233; &#224; la fondation de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours d'assembl&#233;es locales puis r&#233;gionales, on cr&#233;a une Coordination r&#233;gionale des autorit&#233;s communautaires (CRAC) pour rendre la justice et dicter des peines. Le d&#233;linquant se r&#233;habilite en travaillant un certain temps au service des communaut&#233;s. La peine peut &#234;tre r&#233;duite si les communaut&#233;s jugent que le d&#233;tenu s'est bien r&#233;adapt&#233; &#224; la vie collective ou encore sur l'intervention de sa famille&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La famille du d&#233;tenu a le droit de saisir l'assembl&#233;e des autorit&#233;s qui se (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre la volont&#233; d'&#233;ducation du d&#233;linquant, deux principes sont mis en avant : une investigation s&#233;rieuse avant d'inculper un suspect et recherche d'une conciliation avant de dicter la sentence. Pour les cas tr&#232;s graves comme les assassinats et les prises d'otage, c'est l'assembl&#233;e elle-m&#234;me qui rend la justice.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_815 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;148&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH267/p08-09-guerr-18-f4e50.jpg?1768651134' width='400' height='267' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Zitlaltepec. Les d&#233;tenus doivent accomplir leur &#034;r&#233;&#233;ducation&#034; par le travail dans les communaut&#233;s et r&#233;parer les torts commis, par Patxi Beltzaiz.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ces assembl&#233;es r&#233;gionales, bien qu'elles n'abordent que les questions de s&#233;curit&#233;, repr&#233;sentent depuis 17 ans une avanc&#233;e consid&#233;rable dans l'autonomie des peuples. Ce premier pas s'appuie sur des &#233;l&#233;ments culturels centraux comme la recherche du consensus et la notion de service rendu &#224; la collectivit&#233; en lieu et place du travail salari&#233; &#8211; en ce qui concerne la charge de policier communautaire &#8211;, en lieu et place du ch&#226;timent &#8211; en ce qui concerne le d&#233;linquant. Les policiers communautaires et les autorit&#233;s de justice sont d&#233;sign&#233;s par leur communaut&#233; pour un service b&#233;n&#233;vole de trois ans. La t&#226;che des autorit&#233;s qui rendent la justice, comme celle des policiers communautaires, rentre dans le syst&#232;me des charges &#8211; au service de la communaut&#233; &#8211; auquel tous les membres de la collectivit&#233; se trouvent astreints &#224; tour de r&#244;le. Mais l&#224;, la communaut&#233; n'est plus r&#233;duite &#224; la taille du village, elle prend une tout autre dimension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion de service fait r&#233;f&#233;rence &#224; la r&#232;gle de la r&#233;ciprocit&#233; sur laquelle repose tout le jeu social. La vie sociale et ses r&#232;gles se pr&#233;sentent comme un pacte auquel on est libre d'adh&#233;rer ou non &#8211; la soci&#233;t&#233; dite m&#233;tisse est d'ailleurs en partie constitu&#233;e par ceux qui se sont mis, volontairement ou pas, hors jeu. Ce faisant, on n'y gagne pas une libert&#233;, comme on pourrait le croire, mais la soumission &#224; une pens&#233;e &#233;trang&#232;re &#8211; d&#233;finition m&#234;me du travail salari&#233;. &#171; &lt;i&gt; Les policiers communautaires ne sont pas salari&#233;s, ils rendent service. A partir du moment o&#249; ils sont pay&#233;s, ils ne sont plus au service des gens, ils sont employ&#233;s et cela fait toute la diff&#233;rence&lt;/i&gt; &#187;, explique Cirino. L'&#201;tat a bien propos&#233; d'int&#233;grer les policiers communautaires dans la police gouvernementale en leur faisant miroiter un salaire, mais ils ont jusqu'&#224; pr&#233;sent refus&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La police communautaire a r&#233;ussi &#224; &#233;radiquer la violence dans une r&#233;gion o&#249; elle &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme end&#233;mique, et alors que dans tout le pays, elle prend des proportions apocalyptiques. Ce succ&#232;s a permis une reconnaissance des savoir-faire et du mode de vie des communaut&#233;s indiennes. Le noyau de d&#233;part s'est agrandi de vingt communaut&#233;s pr&#233;sentes dans trois municipalit&#233;s &#224; plus de 70 communaut&#233;s pr&#233;sentes dans 11 municipalit&#233;s. Au d&#233;part, il y avait autour de 300 policiers communautaires, le chiffre a plus que doubl&#233;. En redonnant vie &#224; une pens&#233;e sur le point de s'&#233;teindre, la police et la justice communautaires (CRAC-PC) ont amorc&#233; un processus qui pourrait s'&#233;largir.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_816 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;155&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH334/p08-09-guerr-17-f0f10.jpg?1768731450' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Zitlaltepec. Les femmes pnt cr&#233;&#233; un comit&#233; pour faire valoir leurs droits, que les policiers communautaires sont charg&#233;s de prot&#233;ger. par Patxi Beltzaiz.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Le processus d'autonomie des peuples mee'pha et &#241;u saavi, auquel s'est jointe une partie de la population m&#233;tisse des environs, appara&#238;t comme une reprise en mains de leur vie sociale et de leur histoire, en relation avec une &#233;thique et une culture originelles. &#171; &lt;i&gt;Mettre en pratique nos propres institutions&lt;/i&gt; &#187; : cette reconstruction sociale se manifeste aussi comme r&#233;appropriation du territoire. C'est leur monde que les populations qui participent &#224; cette exp&#233;rience entendent contr&#244;ler : sur le plan de la s&#233;curit&#233;, mais aussi de la sant&#233;, de la production alimentaire et de la communication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la p&#233;n&#233;tration du monde capitaliste dans des territoires jusqu'&#224; pr&#233;sent oubli&#233;s, la police et la justice communautaires repr&#233;sentent un obstacle. L'&#201;tat, en accord avec les trait&#233;s commerciaux, a c&#233;d&#233; dans la zone des concessions aux entreprises mini&#232;res canadiennes et anglaises. Une guerre de basse intensit&#233; fait rage dans le Guerrero comme ailleurs au Mexique. La concurrence d&#233;loyale du ma&#239;s &#233;tatsunien ruine la paysannerie, qui se tourne vers la culture du pavot ou du cannabis. Pris dans les filets de la corruption et de la prohibition, de nombreux petits paysans sont coinc&#233;s entre narcotraficants et forces de l'ordre. Une sournoise union sacr&#233;e joue contre l'&#233;mergence d'une vie sociale autonome. Ses forces sont : les transnationales, leurs hommes de main, leurs capitaux ; l'&#201;tat, sa police, sa justice, son arm&#233;e, ses paramilitaires et ses partis politiques apportant division et confusion ; les cartels de la drogue comme avant-garde du capitalisme dans les territoires les plus recul&#233;s, avec leurs luttes meurtri&#232;res, enl&#232;vements, disparitions forc&#233;es, assassinats, fosses communes clandestines. Ici, la bonne vieille loi du plus fort devient &#233;l&#233;ment d'une strat&#233;gie plus globale, mise en place au plus haut niveau et qu'on peut d&#233;finir comme la &#171; strat&#233;gie du chaos &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Guerrero, la CRAC-PC est devenue l'ennemi &#224; abattre. Le gouverneur s'y emploie, usant de la force et de ses lois, profitant de la moindre divergence interne pour diviser les communaut&#233;s. Pour la CRAC-PC, la d&#233;fense du territoire reste un objectif prioritaire. Mais les peuples et les communaut&#233;s arriveront-ils &#224; pr&#233;server pacifiquement une autonomie patiemment reconquise ou devront-ils l'affirmer une nouvelle fois avec les armes &#224; la main, comme &#224; Ostula ou &#224; Cher&#225;n, dans l'&#233;tat voisin du Michoac&#225;n ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_817 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH267/p08-09-guerr-03-c64ea.jpg?1768651134' width='400' height='267' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par Patxi Beltzaiz.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_document_818 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH267/p08-09-guerr-04-c3e79.jpg?1768651134' width='400' height='267' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par Patxi Beltzaiz.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour aller plus loin : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/La-police-communautaire-face-a-la'&gt;La police communautaire face &#224; la guerre de basse intensit&#233;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Au sujet de la police communautaire en fran&#231;ais, on peut consulter l'ouvrage collectif &lt;i&gt;Homme de ma&#239;s, coeur de braise&lt;/i&gt;, ed L'insomniaque, 2002. En espagnol : &lt;i&gt;Otras geographias, experiencias de autonomias indigenas en M&#233;xico&lt;/i&gt;, (Coordinadores, Giovana Gasparello et Jaime Quitana Guerrero), &#233;ditotial RedeZ, M&#233;xico, 2009&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Interview de Cirino, indien mixt&#232;que qui a particip&#233; &#224; la fondation de la police communautaire, cf. &lt;i&gt;Homme de ma&#239;s, coeur de braises&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La famille du d&#233;tenu a le droit de saisir l'assembl&#233;e des autorit&#233;s qui se r&#233;unit tous les quatre mois, et d'argumenter afin que le d&#233;tenu soit lib&#233;r&#233; avant le terme fix&#233; de sa peine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> La police communautaire face &#224; la guerre de basse intensit&#233;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/La-police-communautaire-face-a-la</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/La-police-communautaire-face-a-la</guid>
		<dc:date>2013-10-14T03:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Georges Lapierre</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Patxi Beltzaiz</dc:subject>
		<dc:subject>l'&#233;tat</dc:subject>
		<dc:subject>police</dc:subject>
		<dc:subject>justice</dc:subject>
		<dc:subject>gouvernement</dc:subject>
		<dc:subject>l'arm&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>communautaire</dc:subject>
		<dc:subject>peuples</dc:subject>
		<dc:subject>Guerrero</dc:subject>
		<dc:subject>police communautaire</dc:subject>
		<dc:subject>peuples indiens</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Sur la pr&#233;sentation de la justice et de la police communautaire par Georges Lapierre et le reportage photo de Patxi Beltzaiz, voir CQFD n&#176;115, actuellement dans les kiosques. Jusqu'&#224; pr&#233;sent l'organisation de la police et de la justice communautaire avait r&#233;ussi &#224; tourner et &#224; user &#224; son avantage les deux forces souvent oppos&#233;es qui la traversent : le courant partisan du dialogue avec l'Etat et le courant plus radical de l'autonomie, deux postures qui ne sont pas aussi antagoniques (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no115-octobre-2013" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;115 (octobre 2013)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Patxi-Beltzaiz-118" rel="tag"&gt;Patxi Beltzaiz&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-etat" rel="tag"&gt;l'&#233;tat&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/police" rel="tag"&gt;police&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/justice" rel="tag"&gt;justice&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/gouvernement" rel="tag"&gt;gouvernement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-armee" rel="tag"&gt;l'arm&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/communautaire" rel="tag"&gt;communautaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/peuples" rel="tag"&gt;peuples&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Guerrero" rel="tag"&gt;Guerrero&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/police-communautaire" rel="tag"&gt;police communautaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/peuples-indiens" rel="tag"&gt;peuples indiens&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Sur la pr&#233;sentation de la justice et de la police communautaire par Georges Lapierre et le reportage photo de Patxi Beltzaiz, voir &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;115, actuellement dans les kiosques.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Jusqu'&#224; pr&#233;sent l'organisation de la police et de la justice communautaire avait r&#233;ussi &#224; tourner et &#224; user &#224; son avantage les deux forces souvent oppos&#233;es qui la traversent : le courant partisan du dialogue avec l'Etat et le courant plus radical de l'autonomie, deux postures qui ne sont pas aussi antagoniques qu'elles paraissent &#224; premi&#232;re vue. La premi&#232;re privil&#233;gie la voie diplomatique : ne pas chercher la confrontation directe avec le gouvernement, ce qui oblige l'organisation &#224; n&#233;gocier et &#224; se contenter de ce que veut bien lui conc&#233;der le pouvoir. Cette position conduit souvent &#224; l'immobilisme et &#224; la &#171; conformit&#233; &#187;. L'autre tendance propose d'exercer l'autonomie dans tous les sens du terme et mettre le gouvernement devant le fait accompli. Cette position plus dynamique, &#224; l'origine des initiatives importantes, implique cependant de trouver les fonds n&#233;cessaires pour poursuivre les projets &#224; partir des propres ressources et des capacit&#233;s des communaut&#233;s. Du jeu de ces deux tactiques se d&#233;gage une strat&#233;gie subtile, qui avait r&#233;ussi, jusqu'&#224; pr&#233;sent, &#224; &#233;viter une confrontation directe et meurtri&#232;re avec le gouvernement et l'arm&#233;e tout en mettant en place l'armature d'une autonomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les peuples indiens ont avanc&#233; leurs pions sans esbroufes, sans jouer les fiers-&#224;-bras. Tout au d&#233;but, le gouverneur de l'&#201;tat du Guerrero leur a m&#234;me fourni des fusils ! Il voyait avec placidit&#233; les Indiens se charger d'un travail qui lui revenait. Quand il s'est rendu compte du danger, il &#233;tait bien tard, la Police communautaire avait conquis l'appui d'une grande partie de la population ; les affronter, c'&#233;tait encourir alors le risque de se trouver face &#224; un soul&#232;vement g&#233;n&#233;ralis&#233; ! Le gouvernement a d&#251; louvoyer, ce qui ne l'a pas emp&#234;ch&#233; et ne l'emp&#234;che toujours pas de tenter quelques mauvais coups en douce.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_781 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/guerrero-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH334/guerrero-2-3624c.jpg?1768731541' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Patxi Beltzaiz.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le conflit le plus important avec l'&#201;tat eut lieu en 2002 : les autorit&#233;s de la coordination r&#233;gionale habilit&#233;es &#224; rendre la justice furent toutes arr&#234;t&#233;es sous l'inculpation de &#171; privation ill&#233;gale de libert&#233; et abus d'autorit&#233; &#187;. Aussit&#244;t cette arrestation connue, pr&#232;s de 4 000 personnes sont sorties manifester devant le Minist&#232;re Public et ce fut la police communautaire elle-m&#234;me qui, en &#233;tablissant un cordon de s&#233;curit&#233; le long des b&#226;timents, a prot&#233;g&#233; les fonctionnaires de la col&#232;re noire des habitants venus lib&#233;rer les d&#233;tenus. Le sous-procureur de la justice s'est alors empress&#233; de les faire lib&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la pr&#233;sence de ces deux courants, la strat&#233;gie de l'&#201;tat a consist&#233; &#224; renforcer le courant qui lui &#233;tait le plus favorable. Le jeu du chat et de la souris s'est fait beaucoup plus serr&#233; et tatillon. Le gouvernement a choisi la tactique de la pers&#233;cution des &#171; autorit&#233;s &#187; indiennes charg&#233;es de la justice et de la police afin de maintenir une pression constante et, entre menaces et promesses, remettre l'institution de la police et de la justice communautaires dans ce qu'il appelle &#171; la voie de la l&#233;galit&#233; &#187;. Sous ce pr&#233;texte fallacieux, l'&#201;tat laisse peu de marges d'action &#224; la Coordination des autorit&#233;s communautaires, la contraignant, par la pers&#233;cution sournoise et continuelle de ses &#171; autorit&#233;s &#187;, &#224; s'asseoir &#224; la table des n&#233;gociations. Il y a de plus en plus de mandats d'arr&#234;t &#233;mis contre les membres de la Coordination suite aux plaintes de certaines familles de d&#233;linquants proches des partis d'&#201;tat. Cette pression semble avoir permis &#224; la tendance &#171; politique &#187; de prendre, dans un premier temps, un avantage sur l'autre, plus directement sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En octobre 2011, une r&#233;union du Congr&#232;s national indig&#232;ne (CNI) devait se tenir en m&#234;me temps que le seizi&#232;me anniversaire de la police communautaire. Cette rencontre n'a pas eu lieu. Suite &#224; une br&#232;ve r&#233;union des membres du CNI pr&#233;sents, il fut d&#233;cid&#233; de reporter &#224; une date ult&#233;rieure l'Assembl&#233;e des peuples indiens de la r&#233;gion centrale. La Coordinadora Regional de Autoridades Comunitarias, Polic&#237;a comunitaria (CRAC-PC) avait invit&#233; &#224; l'inauguration de sa petite f&#234;te le ministre de la S&#233;curit&#233; publique du Guerrero, qui est venu en h&#233;licopt&#232;re se faire prendre la photo aux c&#244;t&#233;s de la police communautaire &#233;galement pr&#233;sent le maire (PRD) de Malinaltepec avec un ch&#232;que pour compenser les hausses des tarifs de l'&#233;lectricit&#233;. Cette ing&#233;rence a conduit le CNI &#224; se retirer et &#224; reporter la tenue de son congr&#232;s &#224; une date ult&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne restait plus que le spectacle d'une autocongratulation qui contrastait avec ce qu'on avait connu en 2005 lors du dixi&#232;me anniversaire : l'impression d'une force plus compacte, d'une volont&#233; plus dense, d'un mouvement plus &#233;nergique et plus ferme. Cette fois-ci, il y avait un c&#244;t&#233; superficiel, comme si la Coordination r&#233;gionale &#233;tait devenue d&#233;sormais une institution comme les autres, sans plus. La victoire des politiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partis politiques avaient &#233;t&#233; rejet&#233;s et fermement maintenus &#224; l'&#233;cart de ce processus d'autonomie, qui, se d&#233;veloppant en marge des institutions &#233;tatiques, ne pr&#233;sentait pas &#224; premi&#232;re vue un enjeu imm&#233;diat pour eux. Aujourd'hui, il en va autrement, les partis d'&#201;tat ont pressenti l'importance de cette exp&#233;rience, tout l'int&#233;r&#234;t qu'elle repr&#233;sente pour la population et tout le danger qu'elle pr&#233;sente pour eux. Ils usent d&#233;sormais de tous les moyens &#224; leur disposition pour s'immiscer dans cette aventure et tenter de la d&#233;voyer &#224; leur profit. Ils ont plusieurs atouts dans leur manche : la pr&#233;sence &#171; historique &#187; dans le Guerrero d'une organisation indienne pour une autonomie dans le cadre de l'&#201;tat, l'Assembl&#233;e nationale indig&#232;ne pour l'autonomie (ANIPA) &#8211;organisation, pr&#233;sente dans le Consejo 500 a&#241;os de Resistencia dans les ann&#233;es 1990 qui a toujours cherch&#233; &#224; traiter avec l'&#201;tat aussi bien sur le plan national que sur le plan local &#8211; , le poids de l'Uni&#243;n Regional Campesina (ARIC), organisation de d&#233;fense paysanne dont les dirigeants ont la f&#226;cheuse tendance &#224; collaborer avec l'&#201;tat. Un autre atout tient &#224; l'ancrage dans la population du Parti r&#233;volutionnaire d&#233;mocratique (PRD), qui fut dans les ann&#233;es 80 le parti d'opposition au parti unique, le Parti r&#233;volutionnaire institutionnel (PRI). Le PRD comptait dans les ann&#233;es 1980 de nombreux militants de base dans le Guerrero, plus de 300 de ses militants ont &#233;t&#233; assassin&#233;s au cours de ces ann&#233;es. Mais aujourd'hui, ce n'est plus un parti d'opposition, il est entr&#233; dans le rang, le gouverneur actuel du Guerrero est issu de ce parti. Pourtant, gr&#226;ce &#224; son histoire militante pass&#233;e, il garde une certaine aura dans la population et peut toujours saboter toute tentative d'autonomie comme cela a pu se passer il y a peu dans la r&#233;gion de Xochiltlahuaca.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La police communautaire va-t-elle suivre le m&#234;me chemin ? Ce qui avait &#233;t&#233; un facteur de r&#233;ussite, le jeu entre n&#233;gociations et initiatives sociales, est devenu, sous l'&#233;norme pression du monde capitaliste un facteur de d&#233;s&#233;quilibre et de dislocation. La fracture est-elle consomm&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise qui couvait depuis quelque temps d&#233;j&#224; au sein de la Coordination r&#233;gionale des autorit&#233;s communautaires a brusquement &#233;clat&#233; &#224; la fin de l'ann&#233;e 2011. Plusieurs &#233;l&#233;ments doivent &#234;tre pris en compte pour tenter de la comprendre : L'importance prise par le courant r&#233;formiste proche du PRD et soutenu ouvertement par le gouverneur conduit les autres tendances, celle qui est favorable &#224; un dialogue avec l'&#201;tat mais dans un respect mutuel comme celle plus radicale de l'autonomie, &#224; r&#233;agir. Elles r&#233;agissent dans le d&#233;sordre, chacune pour son compte, chacune esp&#233;rant tirer son &#233;pingle du jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La main mise des cartels de la drogue sur l'ensemble de l'&#201;tat entra&#238;nant une spirale de la violence sans pr&#233;c&#233;dant pour le contr&#244;le des zones jug&#233;es strat&#233;giques comme la c&#244;te pacifique, qui est une zone de passage ; comme le nord de l'&#201;tat, qui se trouve en communication avec les &#201;tats de Puebla, Morelos, Mexico. Les exactions des bandes organis&#233;es rackettant les populations ont entra&#238;n&#233; la cr&#233;ation, dans le d&#233;sordre, de nombreux groupes d'autod&#233;fense ; certains seront contr&#244;l&#233;s par les cartels, d'autres par l'Etat et l'arm&#233;e pour devenir des groupes paramilitaires, d'autres vont chercher &#224; se rattacher &#224; la police communautaire, celle-ci conna&#238;tra alors une soudaine extension qui la fragilisera et l'am&#232;nera &#224; perdre son centre de gravit&#233; originel, les peuples de la Monta&#241;a, et &#224; se trouver d&#233;s&#233;quilibr&#233;e par sa p&#233;riph&#233;rie. En effet, c'est dans ce r&#233;servoir que constituent les groupes d'autod&#233;fense que vont puiser les diff&#233;rents courants pour assurer leur domination &#8211; pour chercher ensuite &#224; revenir au centre ? Il est difficile de dire &#224; qui profite r&#233;ellement cet &#233;clatement, &#224; la tendance r&#233;formiste ? Pour ma part, je pencherai plut&#244;t pour cette hypoth&#232;se.
La politique de l'usure mise en place par le gouverneur d&#232;s le d&#233;but s'est s&#233;rieusement acc&#233;l&#233;r&#233;e ces derniers temps au point de prendre les proportions d'une guerre contre-insurrectionnelle ou guerre de basse intensit&#233;. Pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la tendance favorable au dialogue avec l'Etat contamin&#233;e par l'esprit politique, proche du PRD (Parti r&#233;volutionnaire d&#233;mocratique) et de l'ANIPA (organisation indig&#232;ne d'ob&#233;dience marxiste) et cherchant l'aval de l'&#201;tat, le courant plus radical et &#233;mancipateur, proche de l'esprit zapatiste, a &#233;t&#233; conduit &#224; s'affirmer plus nettement au sein de la CRAC-PC. Coinc&#233;s entre les r&#233;formistes et les radicaux, les partisans d'un dialogue sans compromis ont cr&#233;&#233; un autre groupe d'autod&#233;fense, l'UPOEG (Union des peuples et organisations de l'Etat du Guerrero), qui s'est empress&#233; de conclure un pacte de collaboration avec le gouverneur et l'arm&#233;e tout en s'effor&#231;ant de sauvegarder une certaine ind&#233;pendance (illusoire ?) &#8211; cette politique d'un dialogue avec l'&#201;tat caract&#233;rise l'ANIPA. Cette scission, si elle a &#233;clairci la situation, repr&#233;sente tout de m&#234;me une victoire de l'Etat d'autant plus que le courant mod&#233;r&#233; reste tr&#232;s actif au sein du la CRAC-PC, d&#233;sormais partag&#233;e entre la tendance r&#233;formiste proche du PRD soutenue par le gouvernement , et la tendance radicale ou &#171; r&#233;volutionnaire &#187; proche de la gu&#233;rilla et des zapatistes. Fort de ce premier succ&#232;s, le gouverneur poursuit son avantage en menant la vie dure au courant radical, qui se trouve d&#233;sormais en premi&#232;re ligne. Le temps presse, les entreprises mini&#232;res frappent &#224; la porte avec insistance. La guerre est d&#233;clar&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'importants convois de l'arm&#233;e m&#233;xicaine ont p&#233;n&#233;tr&#233; ces derniers temps dans plusieurs endroits de la Monta&#241;a et de la Costa Chica. A Ayutla de los Libres, les militaires ont envahi la Maison de la justice d'El Para&#237;so : &#171; &lt;i&gt;&#192; 10 heures du soir, trente v&#233;hicules militaires sont arriv&#233;s, ils ont envahi les installations et pass&#233; &#224; tabac une quarantaine de policiers communautaires&lt;/i&gt; &#187;, selon Arturo Campos, coordinateur r&#233;gional de la Maison de la justice. &#192; Olinal&#225;, des soldats parcourent la montagne &#224; la recherche des &#233;l&#233;ments de la police communautaire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_782 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/guerrero-1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH334/guerrero-1-86a6d.jpg?1768731541' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Patxi Beltzaiz.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si l'&#201;tat s'est permis de lancer une offensive d'une telle envergure contre la police communautaire, c'est bien parce qu'il joue sur les dissensions qui sont apparues au grand jour entre les diff&#233;rentes tendances qui composent cette organisation et qui s'affrontent ouvertement pour le contr&#244;le des Maisons de la justice. &#171; &lt;i&gt;Certaines divergences se sont manifest&#233;es entre des dirigeants de la CRAC dans les r&#233;gions, mais non avec les peuples, ni leurs autorit&#233;s, ces d&#233;ficiences seront abord&#233;es et trait&#233;es lors de la prochaine assembl&#233;e r&#233;gionale.&lt;/i&gt; &#187; (Communiqu&#233; des Maisons de la justice de Espino Blanco, Zitlaltepec et San Luis Acatl&#225;n). Tout derni&#232;rement encore, le 27 septembre, les sympathisants de la tendance dissidente de l'UPOEG ont tent&#233; un coup de force pour s'emparer de la Maison de la justice de la municipalit&#233; de San Luis Acatl&#225;n, la tentative a &#233;chou&#233;. Entre partenariat, dialogue et autonomie, trois courants s'affrontent et se d&#233;chirent mettant en p&#233;ril toute une construction patiemment &#233;chafaud&#233;e. Nous nous trouvons face &#224; une situation de crise ouverte qui risque d'emporter d&#233;finitivement une heureuse exp&#233;rience d'autonomie des peuples dans cette r&#233;gion d&#233;sormais convoit&#233;e par les entreprises capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous commen&#231;ons &#224; saisir quelques &#233;l&#233;ments d'une strat&#233;gie de grande envergure destin&#233;e &#224; contr&#244;ler et &#224; soumettre les peuples indiens des montagnes et de la c&#244;te pacifique du Guerrero : appauvrissement organis&#233; des petits paysans, soutien aux organisations criminelles, militarisation de la r&#233;gion. La militarisation du territoire occup&#233; par la police communautaire est entreprise selon deux directions, deux pr&#233;textes et deux modes d'action. La premi&#232;re fonction octroy&#233;e d&#233;sormais &#224; l'arm&#233;e mexicaine est une fonction polici&#232;re, celle du maintien de l'ordre et de l'autorit&#233; de l'Etat. Le pr&#233;texte de ce changement du r&#244;le de l'arm&#233;e, charg&#233;e au d&#233;part de la d&#233;fense nationale pour se trouver ensuite charg&#233;e de la d&#233;fense de la loi et de l'Etat &#224; l'int&#233;rieur du territoire national, fut la guerre contre le crime organis&#233; . Elle fut mise en &#339;uvre par un pacte d'assistance conclu entre les Etats-Unis et le Mexique, l'Initiative de M&#233;rida. Pourtant &#171; &lt;i&gt;quand les populations non prot&#233;g&#233;es, et elles le sont de plus en plus, s'organisent en autod&#233;fense contre les groupes arm&#233;s du crime, les gouvernements lancent leurs arm&#233;es et leurs polices pour d&#233;sarmer ces compatriotes, qu'ils ne prot&#232;gent pas&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crit l'historien Adolfo Gilly. Le mode d'action est la violence, l'agression, la r&#233;pression et, pour tout dire, la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me fonction d&#233;volue &#224; l'arm&#233;e est celle de la pacification, l'arm&#233;e est alors pr&#233;sent&#233;e comme un instrument favorisant la paix, l'arm&#233;e au service des gens qui intervient lors des catastrophes naturelles portant secours aux populations sinistr&#233;es. Les militaires qui s'installent dans un village coupent les cheveux, soignent les bless&#233;s ou les malades, apportent dans leurs camions de l'aide alimentaire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement f&#233;d&#233;ral actuel, sous la pr&#233;sidence de Pe&#241;a Nieto, a lanc&#233; un vaste programme de lutte contre la faim, la &lt;i&gt;Cruzada Nacional Contra el Hambre&lt;/i&gt;, (La Croisade nationale contre la faim ). Cette croisade comprend la participation de l'arm&#233;e de terre et de la marine, &#233;trange, &#233;trange&#8230; Dans le Guerrero, les militaires ne seront pas seulement charg&#233;s de transporter les vivres et le mat&#233;riel de cuisine dans leurs camions, ils vont &#234;tre charg&#233;s d'apprendre &#224; cuisiner aux femmes indiennes ! Les militaires vont ainsi s'installer pour plusieurs mois dans les communaut&#233;s recul&#233;es pour, je cite Rosario Robles, ministre du D&#233;veloppement Social, &#171; &lt;i&gt;accomplir des t&#226;ches en relation avec l'alimentation, la sant&#233; et l'am&#233;lioration de la qualit&#233; de vie de toutes ces communaut&#233;s&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On appauvrit la population, on laisse sciemment s'&#233;tendre le narcotrafic puis on envoie les militaires dans les zones sinistr&#233;es nourrir la population et r&#233;tablir l'ordre de l'Etat contre ceux qui ont pris les armes pour se d&#233;fendre. Cette strat&#233;gie peut para&#238;tre parfois un peu schizophr&#233;nique. Dans des communaut&#233;s comme El Para&#237;so Ayutla, les habitants ont vu arriver les m&#234;mes jours &#171; &lt;i&gt;los soldados buenos&lt;/i&gt; &#187; qui donnent &#224; manger aux enfants et tentent de cr&#233;er de nouvelles habitudes alimentaires et &#171; &lt;i&gt;los soldados malos&lt;/i&gt; &#187; qui d&#233;sarment leur police communautaire, emprisonnent leurs leaders et soumettent la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Aujourd'hui, on en arrive &#224; mettre au centre vital de la vie communautaire des peuples un acteur arm&#233; qui cherche &#224; prendre le contr&#244;le de la population &#224; travers la donation d'aliments. Ceci est une remilitarisation. Il est &#233;tonnant de voir l'arm&#233;e, charg&#233;e de la lutte contre la faim, s'installer &#224; nouveau dans la Monta&#241;a, l&#224; o&#249; les peuples ont lutt&#233; pour le d&#233;part de cette m&#234;me arm&#233;e responsable de viols, d'ex&#233;cutions sommaires, de disparitions, de tortures&#8230; Pour nous c'est une remilitarisation, une mani&#232;re diff&#233;rente de revenir occuper le territoire de ces populations et de se servir de la faim comme strat&#233;gie de contr&#244;le social&lt;/i&gt; &#187;, signale l'anthropologue Abel Barrera du Centro de Derechos Humanos de la Monta&#241;a &#8211; Tlachinollan. Sous le pr&#233;texte de la lutte contre la faim dans le Guerrero, l'arm&#233;e va s'installer dans 500 villages de 27 municipalit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses communaut&#233;s ont refus&#233; la pr&#233;sence des militaires sur leur territoire, ce qui implique se passer des subsides du gouvernement pour chercher et trouver une r&#233;ponse &#224; la politique d'appauvrissement syst&#233;matique des campagnes men&#233;e par ce m&#234;me gouvernement. Tout comme elles ont su, face &#224; l'ins&#233;curit&#233; grandissante permise et encourag&#233;e par le gouvernement, s'organiser pour se d&#233;fendre. &#192; suivre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;P.S. : &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le passage de la d&#233;pression tropicale Manuel, les habitants de la Monta&#241;a et de la Costa connaissent une &#233;norme trag&#233;die : de nombreux morts et disparus, des villages coup&#233;s de tout, des maisons englouties sous un flot de boue, des glissements de terrains emportant les champs de ma&#239;s et les r&#233;coltes, et, pour couronner le tout, l'immense indiff&#233;rence des pouvoirs publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arm&#233;e, qui se voulait omnipr&#233;sente, se fait remarquer par son absence et sa non-intervention. Devant la trag&#233;die qui frappe les peuples indiens, l'&#201;tat leur tourne le dos pour concentrer ses efforts sur la capitale du Guerrero, Chilpancingo, et surtout sur Acapulco, o&#249; le pr&#233;sident de la R&#233;publique s'est fait voir devant les cam&#233;ras supervisant l'&#233;tablissement d'un pont a&#233;rien afin de sauver les touristes ! En fin de compte, les peuples indiens n'attirent l'int&#233;r&#234;t des institutions que lorsqu'ils s'organisent et risque de pr&#233;senter un risque pour l'ordre &#233;tabli. Alors seulement, on envoie la police et l'arm&#233;e pour tenter de reprendre le terrain perdu. Nous pouvons faire confiance aux peuples de la Monta&#241;a et de la Costa, face au d&#233;sastre qui les touche, ils vont s'organiser et, dans peu de temps, l'&#201;tat s'int&#233;ressera &#224; nouveau &#224; eux, n'en doutons pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 24 septembre 2013, lors d'une r&#233;union et houleuse avec Rosario Robles, la ministre, pour prendre la mesure des d&#233;g&#226;ts, les Indiens de la montagne qui avaient pu se rendre &#224; Tlapa o&#249; se tenait la r&#233;union, parfois apr&#232;s plus de 9 heures de marche, ont exig&#233; de participer aux d&#233;cisions concernant la reconstruction ; &#224; cette fin, ils ont d&#233;cid&#233; de constituer le jour m&#234;me un Conseil des autorit&#233;s des communaut&#233;s sinistr&#233;es. Ce conseil sera la voix des populations. Termin&#233;es les r&#233;unions &#224; portes ferm&#233;es entre maires, arm&#233;e et autorit&#233;s de l'Etat au cours desquelles des d&#233;cisions sont prises &#8211; concernant les d&#233;plac&#233;s, les aides et les moyens mis en &#339;uvre &#8211; sans consulter les habitants.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L&#233;gende photo &lt;/i&gt;&lt;/i&gt;
&lt;p&gt;San Luis Acatl&#225;n (&#169;Patxi Beltzaiz)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
