<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://cqfd-journal.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
	<link>https://cqfd-journal.org/</link>
	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://cqfd-journal.org/spip.php?id_auteur=131&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
		<url>https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L144xH50/siteon0-2-e90fe.png?1779602680</url>
		<link>https://cqfd-journal.org/</link>
		<height>50</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Une histoire populaire de la France : &#171; On a raison de se r&#233;volter &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Une-histoire-populaire-de-la</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Une-histoire-populaire-de-la</guid>
		<dc:date>2019-08-06T23:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicolas Norrito</dc:creator>


		<dc:subject>Elzazimut</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>femmes</dc:subject>
		<dc:subject>d'une</dc:subject>
		<dc:subject>j'ai</dc:subject>
		<dc:subject>parole</dc:subject>
		<dc:subject>l'histoire</dc:subject>
		<dc:subject>histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Peuple</dc:subject>
		<dc:subject>histoire populaire</dc:subject>
		<dc:subject>J'ai &#233;galement</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Il est des livres rares qui vous saisissent par la richesse de leur propos, la puissance du verbe, le souffle &#233;mancipateur. Les Luttes et les R&#234;ves &#8211; Une histoire populaire de la France, de 1685 &#224; 2005, de Michelle Zancarini-Fournel, est un ouvrage &#233;rudit et accessible, fourmillant d'anecdotes. On peut le lire d'un trait. Ou y revenir et le consulter &#224; la mani&#232;re d'une encyclop&#233;die du peuple d'en bas. Incontournable ! Votre livre compte pr&#232;s de 1 000 pages, la bibliographie disponible sur (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no152-mars-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;152 (mars 2017)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Elzazimut" rel="tag"&gt;Elzazimut&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/femmes" rel="tag"&gt;femmes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-une" rel="tag"&gt;d'une&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/j-ai" rel="tag"&gt;j'ai&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/parole" rel="tag"&gt;parole&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-histoire" rel="tag"&gt;l'histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/histoire" rel="tag"&gt;histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Peuple" rel="tag"&gt;Peuple&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/histoire-populaire" rel="tag"&gt;histoire populaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/J-ai-egalement" rel="tag"&gt;J'ai &#233;galement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il est des livres rares qui vous saisissent par la richesse de leur propos, la puissance du verbe, le souffle &#233;mancipateur. &lt;i&gt;Les Luttes et les R&#234;ves &#8211; Une histoire populaire de la France&lt;/i&gt;, de 1685 &#224; 2005, de Michelle Zancarini-Fournel, est un ouvrage &#233;rudit et accessible, fourmillant d'anecdotes. On peut le lire d'un trait. Ou y revenir et le consulter &#224; la mani&#232;re d'une encyclop&#233;die du peuple d'en bas. Incontournable !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3018 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH560/-1254-1c43c.jpg?1779603032' width='400' height='560' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Elzazimut
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Votre livre compte pr&#232;s de 1 000 pages, la bibliographie disponible sur le site de l'&#233;diteur comprend des centaines de r&#233;f&#233;rences, vous avez r&#233;dig&#233; une telle somme qu'elle semble ind&#233;passable. Premi&#232;re question : comment fabrique-t-on un pareil ouvrage ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit au d&#233;part d'une commande des &#233;ditions La D&#233;couverte, plus particuli&#232;rement du label Zones, faite &#224; l'automne 2014. J'ai &#233;crit ce livre en deux ans. Certes, c'est tr&#232;s court, mais j'ai derri&#232;re moi quelque cinquante ann&#233;es de recherche en histoire sociale, c'est donc aussi le produit de toute cette exp&#233;rience-l&#224;. Ayant &#233;t&#233; formatrice d'enseignant-e-s, j'ai toujours eu le d&#233;sir d'une histoire pour tous. Je voulais une histoire qui ne soit pas seulement resserr&#233;e sur l'Hexagone mais qui s'&#233;largisse aux recherches portant sur les Antilles et La R&#233;union, sur l'empire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En pratique, combien d'heures quotidiennes consacriez-vous &#224; votre ouvrage ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre dix-sept et vingt heures de r&#233;daction par jour au cours des derniers mois. Oui, c'est colossal, mais j'&#233;tais lanc&#233;e, et puis Gr&#233;goire Chamayou, mon &#233;diteur, a fait un &#233;norme travail lui-aussi. Il a coup&#233; impitoyablement pour que chaque chapitre ne d&#233;passe pas 200 000 signes. Et il a eu raison, cela donne plus de force au propos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi le choix pr&#233;cis de 1685 &#8211; l'ann&#233;e de la r&#233;vocation de l'&#233;dit de Nantes et de publication du Code noir &#8211; comme date de lancement ? Vous auriez pu d&#233;marrer plus t&#244;t, ou &#224; la veille de la R&#233;volution.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai dit d'embl&#233;e &#224; La D&#233;couverte que je refusais de commencer par &#171; Nos anc&#234;tres les Gaulois &#187;. Par ailleurs, mes connaissances en histoire m&#233;di&#233;vale ne sont pas suffisantes pour aborder cette p&#233;riode-ci. Lors de sa parution en fran&#231;ais en 2002, j'avais lu &lt;i&gt;Une histoire populaire des &#201;tats-Unis&lt;/i&gt;, d'Howard Zinn (Agone) et m'&#233;tais dit qu'il faudrait proposer d&#233;sormais une histoire populaire de la France. &#201;crire une histoire pour tous, cela me pr&#233;occupe depuis tr&#232;s longtemps. Je n'ai pas relu l'&lt;i&gt;Histoire populaire&lt;/i&gt; de Zinn, ne voulant pas la d&#233;calquer. Pour autant, je me souviens qu'il entame son histoire en 1492, j'ai donc cherch&#233; une date en lien direct avec l'esclavage et la colonisation et j'ai pens&#233; au Code noir. J'ai &#233;galement cit&#233; l'arr&#234;t&#233; sur les mendiants. J'ai voulu montrer les diff&#233;rents types de r&#233;sistances au pouvoir absolutiste et ce, en partant du quotidien, le plus souvent possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En effet, vous d&#233;veloppez minutieusement le quotidien du peuple laborieux sans vous arr&#234;ter seulement aux moments de lutte et d'espoir. Vous d&#233;veloppez &#224; l'envi certains c&#244;t&#233;s tr&#232;s d&#233;plaisants &#8211; les contradictions &#8211; de ce m&#234;me peuple.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'&#233;tait pas question pour moi de r&#233;diger une histoire sainte du peuple. Il faut rendre compte des moments sombres, puisque c'est ainsi que cela s'est pass&#233;. J'ai fait un passage important sur la d&#233;cennie x&#233;nophobe et antis&#233;mite et j'ai d&#233;couvert des choses qui m'ont boulevers&#233;e. &#192; quel point des th&#233;oriciens syndicalistes et socialistes, sur la longue dur&#233;e du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, ont &#233;t&#233; antis&#233;mites. Un antis&#233;mitisme qui s'appuyait sur l'id&#233;e que le capitalisme est li&#233; au juda&#239;sme, le tout exprim&#233; en des termes tr&#232;s lourds. J'ai &#233;galement d&#233;couvert des textes effrayants de Jaur&#232;s, que je cite un peu. J'ai tout v&#233;rifi&#233;. Il ne suffit pas de dire qu'il s'agissait de l'air du temps. Un grand tribun socialiste comme Jaur&#232;s a fait preuve de conformisme antis&#233;mite. Ce qui explique pourquoi il s'est mis si tardivement &#224; d&#233;fendre Dreyfus. Ce que j'&#233;cris n'est pas toujours gai, je le sais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous citez notamment &#201;mile Pouget dans &lt;i&gt;Le P&#232;re Peinard&lt;/i&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui&#8230; Il y avait heureusement quelques petits groupes, notamment les allemanistes, mais aussi des anarchistes et des guesdistes, qui n'&#233;taient pas antis&#233;mites. Mais c'&#233;tait un sentiment majoritaire durant cette d&#233;cennie-l&#224; dans le mouvement ouvrier. Pour comprendre notre pr&#233;sent, et ce qui nous attend dans les mois &#224; venir, il faut r&#233;fl&#233;chir &#224; ces cycles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'histoire des femmes &#224; Saint-&#201;tienne, c'&#233;tait le sujet de votre th&#232;se. Ces femmes sont tr&#232;s pr&#233;sentes dans votre livre. En parlant de pages sombres, le passage sur les belles annamites consid&#233;r&#233;es comme des meubles par les colons europ&#233;ens est absolument sans &#233;quivoque, de m&#234;me que l'intense machisme dans le monde ouvrier, f&#251;t-il organis&#233; politiquement et syndicalement.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce point pr&#233;cis aussi j'ai des convictions fortes. J'ai tenu &#224; rendre visible l'histoire des femmes, mais &#224; condition qu'elle soit int&#233;gr&#233;e. J'ai proc&#233;d&#233; de la m&#234;me fa&#231;on pour les colonis&#233;-e-s : on ne fait pas une histoire s&#233;par&#233;e. D'ailleurs, dans des textes syndicaux dat&#233;s de 1904, ce qui se passait &#224; La Martinique &#233;tait mis en avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce qui est frappant dans votre ouvrage, c'est la place accord&#233;e &#224; la parole du peuple. Vous citez beaucoup, en encastrant la parole dans le r&#233;cit ; vous proc&#233;dez souvent ainsi pour lancer chaque nouveau chapitre : un long t&#233;moignage, qui est ensuite analys&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai beaucoup utilis&#233; mes archives accumul&#233;es au cours des derni&#232;res d&#233;cennies afin de rendre audible la parole ouvri&#232;re. Ou des t&#233;moignages comme ceux de la collection Actes et m&#233;moire du peuple (Maspero). Des coll&#232;gues m'ont envoy&#233; des textes que je ne connaissais pas. J'ai utilis&#233; la parole de l'adversaire, sur l'esclavage notamment, puisqu'il y a tr&#232;s peu de r&#233;cits directs. En revanche, on dispose des comptes rendus de proc&#232;s ou de t&#233;moignages de juges et d'avocats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#233;voquez en avant-propos votre famille militante : grand-p&#232;re anarcho-syndicaliste, p&#232;re communiste et syndicaliste CGT, m&#232;re institutrice, ascendants mineurs ou imprimeurs&#8230; Vous parlez de vos dimanches d'enfance autour des assiettes de poulet-frites rythm&#233;s par les r&#233;cits de luttes. On comprend bien votre empathie pour le peuple d'en bas, vous en venez. Vous parlez enfin de vos chemins de traverse. Quels sont-ils ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai pas envie d'avoir un point de vue narcissique sur mes engagements ni d'en faire part. En revanche, l'id&#233;e de faire une histoire d'en bas vient de loin. Ce sont tous ces r&#233;cits qui ont construit mon imaginaire, avec d'une part ma famille maternelle, relativement ais&#233;e, et ma famille paternelle d'ouvriers pauvres vivant &#224; sept dans un deux-pi&#232;ces sans acc&#232;s &#224; l'eau courante. J'ai &#233;t&#233; consciente tr&#232;s rapidement de la distinction sociale, qui a forg&#233; ma propre conception de l'histoire sociale. Le reste, &#231;a a moins d'importance, j'en parlerai peut-&#234;tre plus tard. Dans tous les cas, je suis persuad&#233;e qu'on a raison de se r&#233;volter. Et tous mes objets de recherche, sur 68 et sur le f&#233;minisme, s'inscrivent dans cette g&#233;n&#233;alogie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi avoir interrompu le fil de cette histoire par l'ann&#233;e 2005 ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon id&#233;e initiale &#233;tait de prolonger jusqu'en f&#233;vrier 2017, puisque je pense qu'on peut &#233;crire l'histoire imm&#233;diatement. Mais &#224; la r&#233;flexion, avec les &#233;diteurs, nous avons d&#233;cid&#233; d'arr&#234;ter le r&#233;cit en 2005, ann&#233;e forte marqu&#233;e par les r&#233;voltes en banlieue et la r&#233;affirmation de la place des &#171; minorit&#233;s visibles &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle figure vous a le plus marqu&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour moi, la forte figure, c'est celle de l'ouvrier Louis-Gabriel Gauny, le &#171; philosophe pl&#233;b&#233;ien &#187; selon Jacques Ranci&#232;re. Il a v&#233;cu au cours du premier XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle et a appris &#224; lire en d&#233;cryptant les journaux dans lesquels sa m&#232;re enveloppait ses l&#233;gumes. Il &#233;crivait : &#171; &lt;i&gt;Les ouvriers qui pr&#234;tent main-forte &#224; la construction de prisons cellulaires sont complices de crime de l&#232;se-humanit&#233;.&lt;/i&gt; &#187; M&#234;me pour gagner sa vie, quelque chose de cet ordre-l&#224; n'est pas pensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour finir, pourriez-vous nous parler de la revue &#171; Clio &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit d'une revue collective d'histoire des femmes fond&#233;e en 1995. Nous avons publi&#233; le num&#233;ro 46. Le groupe fondateur est toujours pr&#233;sent, mais s'est &#233;toff&#233;. On s'est impos&#233; &#224; la force du poignet dans l'espace acad&#233;mique pour montrer qu'on pouvait &#233;crire sur les femmes, et on privil&#233;gie la formation des tr&#232;s jeunes. Vous pouvez &#233;videmment vous abonner, on en a besoin !&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Nicolas Norrito&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Voyage au bout de Traven</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Voyage-au-bout-de-Traven</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Voyage-au-bout-de-Traven</guid>
		<dc:date>2019-05-14T03:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicolas Norrito</dc:creator>


		<dc:subject>Ma&#239;da Chavak</dc:subject>
		<dc:subject>ann&#233;es</dc:subject>
		<dc:subject>qu'il</dc:subject>
		<dc:subject>j'ai</dc:subject>
		<dc:subject>Mexique</dc:subject>
		<dc:subject>Traven</dc:subject>
		<dc:subject>pi&#232;ce</dc:subject>
		<dc:subject>George Kaplan</dc:subject>
		<dc:subject>Sierra Madre</dc:subject>
		<dc:subject>John Huston</dc:subject>
		<dc:subject>Cravan</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La pi&#232;ce virevolte, pendant pr&#232;s de trois heures, jusqu'&#224; se muer en quasi-&#233;pop&#233;e, drolatique et intense. Centr&#233;e sur la figure d'un &#233;crivain myst&#233;rieux et fantasm&#233;, elle prend acte de son impossible biographie pour mieux rebondir avec jubilation. Rencontre avec Fr&#233;d&#233;ric Sonntag, auteur et metteur en sc&#232;ne de B. Traven. Pourquoi te lancer dans un tel projet ? &#171; &#199;a fait longtemps que je tourne autour de Traven. Depuis que j'ai d&#233;couvert, il y a quinze ans, Le Tr&#233;sor de la Sierra Madre, de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no165-mai-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;165 (mai 2018)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Maida-Chavak" rel="tag"&gt;Ma&#239;da Chavak&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/annees" rel="tag"&gt;ann&#233;es&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/qu-il" rel="tag"&gt;qu'il&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/j-ai" rel="tag"&gt;j'ai&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Mexique" rel="tag"&gt;Mexique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Traven" rel="tag"&gt;Traven&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/piece" rel="tag"&gt;pi&#232;ce&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/George-Kaplan" rel="tag"&gt;George Kaplan&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Sierra-Madre" rel="tag"&gt;Sierra Madre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/John-Huston" rel="tag"&gt;John Huston&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Cravan" rel="tag"&gt;Cravan&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La pi&#232;ce virevolte, pendant pr&#232;s de trois heures, jusqu'&#224; se muer en quasi-&#233;pop&#233;e, drolatique et intense. Centr&#233;e sur la figure d'un &#233;crivain myst&#233;rieux et fantasm&#233;, elle prend acte de son impossible biographie pour mieux rebondir avec jubilation. Rencontre avec Fr&#233;d&#233;ric Sonntag, auteur et metteur en sc&#232;ne de &lt;i&gt;B. Traven&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2899 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH550/-1143-26680.jpg?1779603369' width='400' height='550' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Ma&#239;da Chavak
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;petitelettrine&gt;P&lt;/petitelettrine&gt;&lt;strong&gt;ourquoi te lancer dans un tel projet ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#199;a fait longtemps que je tourne autour de Traven. Depuis que j'ai d&#233;couvert, il y a quinze ans, &lt;i&gt;Le Tr&#233;sor de la Sierra Madre&lt;/i&gt;, de John Huston, adaptation cin&#233;matographique d'un de ses romans. Le film m'a amen&#233; vers le romancier, qui s'est r&#233;v&#233;l&#233; myst&#233;rieux et fantomatique. Le genre de personnage qui me captive. &#192; tel point que je me suis lanc&#233; dans une trilogie th&#233;&#226;trale &#8211; &lt;i&gt;La trilogie fant&#244;me&lt;/i&gt; &#8211; autour des figures &#233;nigmatiques. Avec une pi&#232;ce centr&#233;e sur George Kaplan, en 2009, puis une autre sur Walter Benjamin, en 2013. Le tour de Traven &#233;tait venu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#233;crivain fascine parce qu'il est parvenu &#224; ses fins : brouiller toutes les pistes le concernant. Il a fait couler beaucoup d'encre, mais le myst&#232;re demeure &#8211; je me suis largement document&#233; sans le percer. Je recommande d'ailleurs la riche biographie de Recknagel &lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;B. Traven, romancier et r&#233;volutionnaire, Libertalia, 2009.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, qui cherche l'&#233;crivain dans ses textes et fait le lien avec sa deuxi&#232;me identit&#233;, celle du r&#233;volutionnaire allemand Ret Marut. Et aussi, &lt;i&gt;&#192; la recherche de B. Traven&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Publi&#233; en France par Les Fondeurs de briques en 2007.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, de Jonah Raskin, journaliste californien qui d&#233;barque &#224; Mexico dans les ann&#233;es 1970. Il y rencontre Rosa Elena, la veuve de Traven, et pense r&#233;diger avec elle la premi&#232;re biographie officielle. Mais il s'y casse vite les dents tant tout s'emm&#234;le : les divers t&#233;moignages ne concordent pas. &#192; deux doigts de devenir fou, il finit par dormir dans le lit de Traven et essayer ses chemises. Avant de comprendre que cette biographie est un exercice impossible, &#233;chec qu'il relate dans son livre. Des &#233;l&#233;ments que j'ai int&#233;gr&#233;s, en me pr&#233;sentant comme un d&#233;tective menant une investigation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ta pi&#232;ce est foisonnante, partant du Mexique de 1917 pour finir dans le Paris des squats en 1994. Commentas-tu articul&#233; l'ensemble ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mon id&#233;e n'&#233;tait pas de conduire un travail de sp&#233;cialiste, mais de dresser un portrait fragment&#233;. une pi&#232;ce en &lt;i&gt;compagnie&lt;/i&gt; de Traven et de ce qu'il m'inspire. Je ne pouvais pas d&#233;rouler un seul fil narratif. J'ai donc structur&#233; la pi&#232;ce autour de cinq histoires se d&#233;roulant &#224; diff&#233;rents moments du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, parce que Traven traverse ce si&#232;cle et ses probl&#233;matiques. Je n'ai pas voulu m'arr&#234;ter &#224; sa mort, en 1969. Ni aux ann&#233;es 1970, quand paraissent plusieurs enqu&#234;tes &#224; son propos. J'ai donc int&#233;gr&#233; l'&#233;mergence de Marcos, une autre figure masqu&#233;e, et de l'EZLN ( Arm&#233;e zapatiste de lib&#233;ration nationale) dans les ann&#233;es 1990. Et je suis m&#234;me all&#233; jusqu'en 2009, pour &#233;voquer la grande crise &#233;conomique. Il en ressort forc&#233;ment une dramaturgie &#233;clat&#233;e. Sur le papier, c'&#233;tait plut&#244;t marrant d'imaginer l'articulation des cinq p&#233;riodes ; mais la mise en pratique sc&#233;nique s'est av&#233;r&#233;e plus hasardeuse. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi int&#233;grer l'&#233;crivain-boxeur Arthur Cravan &#224; la narration ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cravan appartient &#224; la constellation des &#233;crivains fant&#244;mes et renvoie aux identit&#233;s fantasm&#233;es de Traven &#8211; &#231;a avait donc un sens de lier ces deux personnages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, les fausses pistes me plaisent autant que les vraies. Et les l&#233;gendes constituent un excellent terreau litt&#233;raire. Bref, l'une des histoires structurant la pi&#232;ce s'appuie sur la rencontre (r&#233;elle) de Cravan et Trotski sur un bateau pour les &#201;tats-Unis en 1917. L'occasion de revenir sur leurs parcours respectifs. De souligner qu'ils ont multipli&#233; les masques et identit&#233;s pour des raisons politiques. Et de revenir au lieu central du r&#233;cit, le Mexique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'occasion, aussi, d'introduire un &#171; personnage &#187; attachant, le perroquet de Traven, qui clame &#171; &lt;i&gt;J'ai tu&#233; L&#233;on Trotski&lt;/i&gt; &#187;...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Parmi les figures r&#233;currentes de ma trilogie, il y a en effet celle de l'oiseau. Dans &lt;i&gt;George Kaplan&lt;/i&gt;, c'&#233;tait une poule ; dans &lt;i&gt;Benjamin Walter&lt;/i&gt;, un corbeau ; et dans &lt;i&gt;B. Traven&lt;/i&gt;, le perroquet. Pas un hasard : le Mexique est terre de cacato&#232;s. Et Traven en poss&#233;dait un. Comme la pi&#232;ce est d'abord un pastiche de r&#233;cit d'espionnage, jouant des codes du genre avec ironie, je me suis permis de donner une large place &#224; ce perroquet empaill&#233;, dont la voix a &#233;t&#233; enregistr&#233;e. Des psychanalystes ayant assist&#233; &#224; une repr&#233;sentation m'ont m&#234;me dit qu'il &#233;tait finalement le personnage principal. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La musique est aussi tr&#232;s pr&#233;sente,avec tous les com&#233;diens qui jouent d'un instrument...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ils participent en effet &#224; la reprise d'une chanson de Dylan. Mais le reste du temps, ce sont deux musiciens professionnels qui assurent la bande-son. Laquelle participe de la dramaturgie et facilite la promenade temporelle, de 1917 aux ann&#233;es 1950 ou &#224; 1994. Elle recontextualise et cr&#233;e du lien entre les histoires fragment&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Nicolas Norrito&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Prochaine repr&#233;sentation le 4 juin 2019 &#224; Lille. Pour guetter les suivantes : &lt;a href=&#034;http://www.bureau-formart.org/agenda/b-traven&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.bureau-formart.org/agenda/b-traven&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;B. Traven, romancier et r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt;, Libertalia, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Publi&#233; en France par Les Fondeurs de briques en 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'&#233;dition n'est pas un d&#238;ner de gala</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/L-edition-n-est-pas-un-diner-de</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/L-edition-n-est-pas-un-diner-de</guid>
		<dc:date>2019-03-15T01:37:59Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Charlotte Dugrand, Nicolas Norrito</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>femmes</dc:subject>
		<dc:subject>puis</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;ditions</dc:subject>
		<dc:subject>librairie</dc:subject>
		<dc:subject>Marcel Hasfeld</dc:subject>
		<dc:subject>Maurice Nadeau</dc:subject>
		<dc:subject>Victor Serge</dc:subject>
		<dc:subject>Maspero</dc:subject>
		<dc:subject>Marcel Martinet</dc:subject>
		<dc:subject>maison d'&#233;dition</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Avec des tirages et un lectorat souvent limit&#233;s, l'&#233;dition critique de gauche a une longue histoire derri&#232;re elle, parsem&#233;e de querelles de chapelles, de liens troubles avec les grands groupes ou les partis, et de belles d&#233;couvertes. Certains auteurs, et donc certaines id&#233;es, ont su n&#233;anmoins arriver jusqu'&#224; nous gr&#226;ce au combat de ces &#233;diteurs &#171; marginaux &#187;. Nicolas Norrito, en charge des &#233;ditions Libertalia avec Charlotte Dugrand et Bruno Bartkowiak, nous fait une petite visite guid&#233;e et (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no146-septembre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;146 (septembre 2016)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/femmes" rel="tag"&gt;femmes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/puis" rel="tag"&gt;puis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/editions" rel="tag"&gt;&#233;ditions&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/librairie" rel="tag"&gt;librairie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Marcel-Hasfeld" rel="tag"&gt;Marcel Hasfeld&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Maurice-Nadeau" rel="tag"&gt;Maurice Nadeau&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Victor-Serge" rel="tag"&gt;Victor Serge&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Maspero" rel="tag"&gt;Maspero&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Marcel-Martinet" rel="tag"&gt;Marcel Martinet&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/maison-d-edition" rel="tag"&gt;maison d'&#233;dition&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avec des tirages et un lectorat souvent limit&#233;s, l'&#233;dition critique de gauche a une longue histoire derri&#232;re elle, parsem&#233;e de querelles de chapelles, de liens troubles avec les grands groupes ou les partis, et de belles d&#233;couvertes. Certains auteurs, et donc certaines id&#233;es, ont su n&#233;anmoins arriver jusqu'&#224; nous gr&#226;ce au combat de ces &#233;diteurs &#171; marginaux &#187;. Nicolas Norrito, en charge des &#233;ditions Libertalia avec Charlotte Dugrand et Bruno Bartkowiak, nous fait une petite visite guid&#233;e et subjective de cette histoire de la pens&#233;e critique et r&#233;volutionnaire en France.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2818 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;6&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L200xH315/-1072-30f68.jpg?1779603369' width='200' height='315' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;A&lt;/span&gt;ux origines de l'&#233;dition critique, s'il fallait ne citer qu'un personnage, on &#233;voquerait Maurice Lach&#226;tre (1814-1900), aristocrate rouge et banquier, &#233;diteur des &lt;i&gt;Myst&#232;res du peuple&lt;/i&gt; d'Eug&#232;ne Sue, anticl&#233;rical proche des milieux libertaires et premier &#233;diteur en fran&#231;ais du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt; de Marx. On parlerait ensuite de Charles P&#233;guy, de ses c&#233;l&#232;bres &lt;i&gt;Cahiers de la Quinzaine&lt;/i&gt;, de son &#233;dition des &lt;i&gt;Cahiers rouges&lt;/i&gt;, les souvenirs communards de Maxime Vuillaume, d&#232;s 1908. On s'arr&#234;terait enfin sur Marcel Hasfeld (1889-1984), qui anime la Librairie du Travail (LT) de 1917 &#224; 1939.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord biblioth&#232;que de pr&#234;t, puis librairie ouvri&#232;re, et enfin maison d'&#233;dition de livres et de brochures, la LT occupe initialement les locaux de La Vie ouvri&#232;re, ce qui la place d'embl&#233;e sous le patronage des syndicalistes r&#233;volutionnaires qui refusaient l'Union sacr&#233;e durant la Grande Guerre. Ne croyant gu&#232;re &#224; la liaison organique parti-syndicat, estimant le second bien sup&#233;rieur au premier, Hasfeld a &#233;t&#233; n&#233;anmoins enthousiasm&#233; par la r&#233;volution russe et a durablement cru au grand soir. Sa maison d'&#233;dition, structur&#233;e en coop&#233;rative, se veut propagandiste. Parmi les actionnaires, on note la pr&#233;sence de Simone Weil, Victor Serge, Alfred Rosmer et Marcel Martinet.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Une existence de chien&#8230; &lt;/strong&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'ayant &#233;dit&#233; quelque 150 livres et publi&#233; de nombreuses brochures diffus&#233;es &#224; des dizaines de milliers d'exemplaires, la LT n'a jamais atteint la visibilit&#233; esp&#233;r&#233;e. L&#226;ch&#233; par la Section fran&#231;aise de l'Internationale ouvri&#232;re (SFIO, anc&#234;tre du Parti socialiste) parce que trop radical, puis par le Parti communiste parce qu'antistalinien, boud&#233; par les librairies &#171; bourgeoises &#187;, peu soutenu au sein des syndicats, Hasfeld aura pass&#233; l'essentiel de son temps &#224; faire survivre sa structure. Se rem&#233;morant l'histoire de la LT quarante ann&#233;es plus tard, il d&#233;clare : &#171; &lt;i&gt;Ce fut une existence de chien, mais qui fut la plus belle &#233;poque de ma vie.&lt;/i&gt; &#187; En 1939, le fonds est vendu aux ench&#232;res pour une bouch&#233;e de pain. Gibert le rach&#232;te en partie. Un fonds prestigieux : &lt;i&gt;L'An I de la r&#233;volution russe&lt;/i&gt;, de Victor Serge, &lt;i&gt;Les Temps maudits&lt;/i&gt; de Marcel Martinet, &lt;i&gt;La Peste brune&lt;/i&gt;, de Daniel Gu&#233;rin, &lt;i&gt;L'Histoire de la Commune de 1871&lt;/i&gt; de Prosper-Olivier Lissagaray, etc.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;La Joie de lire&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_2819 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;6&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L200xH313/-1073-24c60.jpg?1779642694' width='200' height='313' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Faisons une ellipse de vingt ans et &#233;voquons un autre libraire-&#233;diteur : Fran&#231;ois Maspero (1932-2015), dont l'activit&#233; se d&#233;ploie de 1959 &#224; 1982. Celui-ci a rendu hommage &#224; Marcel Hasfeld en organisant une exposition sur la Librairie du Travail en mars 1971, puis en publiant une &#233;tude de Marie-Christine Bardouillet d&#233;di&#233;e &#224; celle-ci, en 1977.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'instar de son pr&#233;d&#233;cesseur, dont il r&#233;&#233;dite une notable partie des titres (entre autres ceux de Daniel Gu&#233;rin et Victor Serge), Maspero ne d&#233;pend d'aucun parti (bien qu'il ait temporairement milit&#233; &#224; la Ligue communiste) et n'appartient &#224; aucun groupe cot&#233; en bourse. N&#233; dans une famille d'&#233;rudits, durablement marqu&#233; par l'Occupation (son p&#232;re est mort en camp de concentration, son fr&#232;re fusill&#233; par les nazis), Maspero est un &#233;diteur essentiel qui a v&#233;ritablement fait &#339;uvre de passeur. Sa librairie La Joie de lire &#8211; sise rue Saint-S&#233;verin &#224; Paris &#8211; a &#233;t&#233; l'universit&#233; populaire de deux g&#233;n&#233;rations : celle qui est entr&#233;e en politique &#224; la faveur des luttes anticoloniales, puis celle qui a rejoint les groupes d'extr&#234;me gauche et libertaires fleurissant dans l'apr&#232;s-68.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maspero, c'est du lourd : 1 350 livres en &#224; peine plus de vingt ans, 30 collections (Textes &#224; l'appui, Les Cahiers libres, PCM, Voix, Actes et m&#233;moire du peuple), dix revues (&lt;i&gt;Partisans&lt;/i&gt;), et des tirages initiaux en poche &#224; 7 000 ou 10 000 exemplaires. Sociologie, textes d'intervention, histoire, th&#233;orie, litt&#233;rature, p&#233;dagogie, t&#233;moignages militants : le panel est large et &#233;clectique. Ayant compris que l'un des maillons essentiels de la cha&#238;ne du livre est la diffusion-distribution, Maspero monte sa propre structure. Jusqu'en 1975, quatre repr&#233;sentants sillonnent les librairies militantes et g&#233;n&#233;ralistes, proposent les nouveaut&#233;s de la maison, et celles d'&#233;diteurs amis (Anthropos, EDI, PJ Oswald).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, ce ne sont ni l'&#201;tat (plusieurs interdictions de publication) ni les fascistes (plasticages de l'OAS) qui mettent fin aux &#233;ditions et &#224; la librairie, mais les propres militants d'extr&#234;me gauche, toutes chapelles confondues. Voler chez Maspero et revendre les ouvrages sur le campus de Vincennes semble pour certains un acte de r&#233;appropriation r&#233;volutionnaire. Ceci conduit dans un premier temps &#224; la fermeture de la librairie parisienne, puis &#224; un lent d&#233;tachement et &#224; une sourde d&#233;pression du principal artisan de cette aventure. En 1982, non sans amertume, l'&#233;diteur vend le fonds &#224; Fran&#231;ois G&#232;ze, animateur de la collection La D&#233;couverte, puis revient &#224; ses passions : la traduction et l'&#233;criture litt&#233;raires (lire prioritairement &lt;i&gt;Les Abeilles et la Gu&#234;pe&lt;/i&gt;, Seuil, 2002).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une histoire de mecs ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_2821 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;6&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L200xH287/-1075-37c1b.jpg?1779642694' width='200' height='287' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce r&#233;cit partiel et partial franco-fran&#231;ais ne saurait passer sous silence l'existence de nombreuses autres maisons d'&#233;dition, aux catalogues originaux : Rieder dans les ann&#233;es 1930 ; Spartacus et Champ Libre au long des ann&#233;es 1970-1980, puis Ludd et L'Encyclop&#233;die des nuisances. Un premier constat accablant s'impose n&#233;anmoins : l'&#233;dition, c'est d'abord une histoire de mecs. Peu nombreuses sont les femmes &#224; acc&#233;der aux postes les plus importants, en particulier dans le secteur des sciences sociales. &#192; l'exception des &#201;ditions des femmes (voir encadr&#233;), les seuls noms f&#233;minins pass&#233;s et actuels nous venant imm&#233;diatement en t&#234;te &#8211; tous secteurs confondus &#8211; sont ceux de Fran&#231;oise Verny (1928-2004), Marion Mazauric (n&#233;e en 1960), Fran&#231;oise Nyssen (patronne d'Actes Sud, n&#233;e en 1951, fille du fondateur). Deuxi&#232;me constat : il fut un temps o&#249; existaient des structures &#233;ditoriales li&#233;es aux institutions partidaires et/ou religieuses, donc non ind&#233;pendantes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2820 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;6&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L200xH308/-1074-21e9c.jpg?1779642694' width='200' height='308' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le cas le plus embl&#233;matique est &#233;videmment celui du livre communiste (notamment les &#201;ditions sociales), empire &#233;ditorial g&#233;r&#233; de mani&#232;re d&#233;sastreuse, boud&#233; par ses principaux auteurs (Aragon publiait chez Gallimard), mais qui s'appuyait sur un fort r&#233;seau de librairies (le groupe La Renaissance en compta jusqu'&#224; 50). Tout ceci a disparu avec l'URSS. De la splendeur d'antan, il reste quelques miettes dispers&#233;es au sein de petites entit&#233;s : Le Temps des Cerises, Rue du monde, La Dispute. Troisi&#232;me constat : certains &#233;diteurs parmi les plus innovants ont &#339;uvr&#233; pour de &#171; grandes &#187; maisons, &#224; l'instar de Miguel Abensour, animateur de la collection Critique de la politique chez Payot ; de Kostas Axelos (collection Arguments chez Minuit) ou de Maurice Nadeau (voir encadr&#233;). Enfin, certaines maisons d'&#233;dition ont su en leur temps cr&#233;er des collections opportun&#233;ment commerciales et critiques, &#224; l'image de la collection Combat chez Seuil, confi&#233;e &#224; Claude Durand (1938-2015).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aujourd'hui,&lt;/strong&gt; le paysage de l'&#233;dition critique est marqu&#233; par une prolif&#233;ration de microstructures qui peinent souvent &#224; &#233;quilibrer leurs comptes tout en proposant des publications audacieuses renouvelant le genre des sciences sociales. Les premi&#232;res ont vu le jour au cours des ann&#233;es 1980 (L'&#201;clat, Syllepse, ACL), d'autres &#224; l'or&#233;e des mouvements sociaux de 1995-1998 (L'Insomniaque, Agone, La Fabrique), au d&#233;but des ann&#233;es 2000 dans le sillage des &#233;tudes anglo-saxonnes sur le genre et le postcolonial (Amsterdam, Les Prairies ordinaires), ou encore &#224; la faveur du renouveau libertaire et d&#233;croissant (Nada, L'&#201;chapp&#233;e, Le Passager clandestin).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Nicolas Norrito&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le combat des &#233;ditions de Minuit&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;&#192; nos compatriotes de juger, en leur &#226;me et conscience&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crit J&#233;r&#244;me Lindon, directeur des &#233;ditions de Minuit, dans la pr&#233;face &#224; la premi&#232;re &#233;dition du &lt;i&gt;D&#233;serteur&lt;/i&gt; de Maurienne, alias Jean-Louis Hurst, &#233;dit&#233; en 1960. Son &lt;i&gt;leitmotiv &lt;/i&gt;d'&#233;diteur : r&#233;veiller les consciences, mobiliser les opinions publiques fran&#231;aise et internationale sur la torture en Alg&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre 1957 et 1962, Minuit s'&#233;loigne, par la force des &#233;v&#233;nements, de la litt&#233;rature, et notamment du Nouveau Roman, pour publier 23 livres sur la guerre d'Alg&#233;rie : des t&#233;moignages, des enqu&#234;tes contredisant les th&#232;ses officielles, des essais&#8230; En d&#233;coulent des saisies pour atteinte &#224; la s&#251;ret&#233; de l'&#201;tat et complicit&#233;, proc&#232;s, faillite, attentats, etc. Un combat que la maison d'&#233;dition m&#232;ne contre l'&#201;tat, la justice, l'arm&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J&#233;r&#244;me Lindon ne cache pas que les ennuis judiciaires ont aid&#233; la cause et les livres qu'il d&#233;fendait. Cela leur a permis d'avoir un &#233;cho m&#233;diatique et de nombreux soutiens parmi les intellectuels, notamment Jean-Paul Sartre &#8211; avec le texte &#171; Une victoire &#187; publi&#233; dans &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt; en mars 1958, qui aura un grand retentissement au moment de la sortie de &lt;i&gt;La Question &lt;/i&gt;&#8211; ou le Manifeste des 121, publi&#233; en septembre 1960.
Parmi les titres publi&#233;s, on retient &#233;videmment &lt;i&gt;Pour Djamila Bouhired&lt;/i&gt;, de Georges Arnaud et Jacques Verg&#232;s (1957) ; &lt;i&gt;La Question&lt;/i&gt; d'Henri Alleg (1958), puis &lt;i&gt;La Gangr&#232;ne&lt;/i&gt; (1959) ; &lt;i&gt;Le D&#233;serteur&lt;/i&gt; de Maurienne (1960) ; &lt;i&gt;Notre guerre&lt;/i&gt; de Francis Jeanson (1960) ou &lt;i&gt;Le D&#233;sert &#224; l'aube&lt;/i&gt; de No&#235;l Favreli&#232;re (1960).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Charlotte Dugrand&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Maurice Nadeau, le franc-tireur&lt;/h3&gt;&lt;div class='spip_document_2822 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;6&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L200xH336/-1076-d6296.jpg?1779642694' width='200' height='336' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;N&#233; en 1911 dans un milieu modeste, d&#233;c&#233;d&#233; en 2013, couvert de lauriers dont il ne voulait gu&#232;re, se plaisant &#224; citer Flaubert (&#171; &lt;i&gt;Les honneurs d&#233;shonorent&lt;/i&gt; &#187;), Maurice Nadeau affiche un parcours qui donne le vertige. Jeune militant du Parti communiste, il rencontre Pierre Naville en 1932 et embrasse les th&#232;ses trotskistes. S'il s'&#233;loigne du militantisme actif assez rapidement, il n'a cess&#233;, au cours de sa longue existence, de faire office de passeur et d'&#339;uvrer, &#224; l'instar des surr&#233;alistes (dont il se fit l'historien avis&#233; d&#232;s 1945), pour changer la vie et transformer le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Journaliste litt&#233;raire &#224; &lt;i&gt;Combat&lt;/i&gt;, puis animateur des revues &lt;i&gt;Les Lettres nouvelles&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;La Quinzaine litt&#233;raire&lt;/i&gt;, il est avant tout celui qui a d&#233;couvert Witold Gombrowicz, Malcom Lowry (le premier tirage d'&lt;i&gt;Au-dessous du volcan&lt;/i&gt; mit dix ans &#224; s'&#233;couler), Georges P&#233;rec (notamment &lt;i&gt;Les Choses&lt;/i&gt;) et qui a publi&#233; &lt;i&gt;Les Jours de notre mort&lt;/i&gt; de David Rousset (sur l'univers concentrationnaire nazi) et les &lt;i&gt;R&#233;cits de la Kolyma&lt;/i&gt; de Varlam Chalamov (d&#233;nonciation du goulag). &#201;galement &#233;diteur de la trilogie de son ami Henry Miller (&lt;i&gt;Sexus&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Plexus&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Nexus&lt;/i&gt;), des auteurs de la Beat Generation, de presque toute l'&#339;uvre de Trotski (chez Minuit ou Julliard), de Mika Etcheb&#233;h&#232;re et de Claire Etcherelli (dans sa collection Les Lettres nouvelles, chez Deno&#235;l, filiale Gallimard), il est enfin celui qui a publi&#233; le premier r&#233;cit de Houellebecq.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maurice Nadeau avait &#233;t&#233; inqui&#233;t&#233; par la justice fran&#231;aise en 1960, pour avoir largement diffus&#233; le Manifeste des 121, fameux texte anticolonialiste sur le droit &#224; l'insoumission.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;N. N.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les &#201;ditions des femmes&lt;/h3&gt;&lt;div class='spip_document_2823 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;6&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L200xH266/-1077-0f41e.jpg?1779642694' width='200' height='266' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;petitelettrine&gt;D&lt;/petitelettrine&gt;ans la foul&#233;e de Mai-68 se cr&#233;e le Mouvement de lib&#233;ration des femmes (MLF), compos&#233; de multiples tendances, joyeuses et plein d'initiatives. Les femmes ne veulent pas laisser le monopole de la contestation aux &#233;tudiants virils qui occupent les rues. En 1973, les &#201;ditions des femmes voient le jour, &#224; l'initiative de plusieurs militantes f&#233;ministes et du groupe Psychanalyse et politique, anim&#233; par Antoinette Fouque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e est de publier des livres choisis par des femmes, &#233;crits par des femmes, dans une structure tenue par des femmes. &#192; une &#233;poque o&#249; le milieu &#233;ditorial est essentiellement masculin, que ce soit sur le plan des &#233;diteurs ou des auteurs, constituer un catalogue exclusivement f&#233;minin est un acte militant et intellectuel important. Litt&#233;rature, philosophie, sociologie, psychanalyse, histoire, tous les champs des sciences humaines s'ouvrent aux plumes f&#233;minines et &#224; l'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement Antoinette Fouque devient tr&#232;s vite la seule figure embl&#233;matique des &#233;ditions et se voit reprocher un certain autoritarisme. Elle ira jusqu'&#224; d&#233;poser en pr&#233;fecture le sigle MLF, pour en faire un usage politique et commercial, et se pr&#233;sentera m&#234;me sur une liste &#233;lectorale au c&#244;t&#233; de Bernard Tapie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ch. D.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une r&#233;volution punk f&#233;ministe</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Une-revolution-punk-feministe</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Une-revolution-punk-feministe</guid>
		<dc:date>2019-03-10T16:39:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicolas Norrito</dc:creator>


		<dc:subject>Bouquin</dc:subject>
		<dc:subject>left</dc:subject>
		<dc:subject>Rock</dc:subject>
		<dc:subject>Riot Grrrls</dc:subject>
		<dc:subject>Manon Labry</dc:subject>
		<dc:subject>Kurt Cobain</dc:subject>
		<dc:subject>Tobi Vail</dc:subject>
		<dc:subject>Bikini Kill</dc:subject>
		<dc:subject>Riot</dc:subject>
		<dc:subject>Grrrls</dc:subject>
		<dc:subject>Kathleen Hanna</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Nord-ouest des &#201;tats-Unis, fin des ann&#233;es 1980. Une poign&#233;e de kids d'Olympia, Eugene et Aberdeen insuffle une nouvelle &#233;nergie rock : il y a l&#224; Kurt Cobain &#8211; Nirvana en est &#224; ses balbutiements &#8211; mais surtout Kathleen Hanna et Tobi Vail, deux musiciennes qui cr&#233;eront Bikini Kill (1990-1997), principal combo punk rock f&#233;ministe (avec Bratmobile) qui a marqu&#233; l'histoire des Riot Grrrls. Ce mouvement part d'un constat accablant, qui ne reste pas sans pertinence : le monde du rock est codifi&#233;, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no146-septembre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;146 (septembre 2016)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Bouquin" rel="tag"&gt;Bouquin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/left" rel="tag"&gt;left&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Rock" rel="tag"&gt;Rock&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Riot-Grrrls" rel="tag"&gt;Riot Grrrls&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Manon-Labry" rel="tag"&gt;Manon Labry&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Kurt-Cobain" rel="tag"&gt;Kurt Cobain&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Tobi-Vail" rel="tag"&gt;Tobi Vail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Bikini-Kill" rel="tag"&gt;Bikini Kill&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Riot" rel="tag"&gt;Riot&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Grrrls" rel="tag"&gt;Grrrls&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Kathleen-Hanna" rel="tag"&gt;Kathleen Hanna&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2825 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;6&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L200xH294/-1079-cdc69.jpg?1779602890' width='200' height='294' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;N&lt;/span&gt;ord-ouest des &#201;tats-Unis, fin des ann&#233;es 1980. Une poign&#233;e de kids d'Olympia, Eugene et Aberdeen insuffle une nouvelle &#233;nergie rock : il y a l&#224; Kurt Cobain &#8211; Nirvana en est &#224; ses balbutiements &#8211; mais surtout Kathleen Hanna et Tobi Vail, deux musiciennes qui cr&#233;eront Bikini Kill (1990-1997), principal combo punk rock f&#233;ministe (avec Bratmobile) qui a marqu&#233; l'histoire des Riot Grrrls.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mouvement part d'un constat accablant, qui ne reste pas sans pertinence : le monde du rock est codifi&#233;, il est largement blanc, h&#233;t&#233;rosexuel et testost&#233;ron&#233;. Tr&#232;s rapidement s'&#233;tablit une jonction avec les activistes de la c&#244;te Est. Les Riot Grrrls combattent le capitalisme et le patriarcat. En ces temps pr&#233;historiques o&#249; le Net &#224; grande &#233;chelle n'existait pas encore, des dizaines de fanzines fleurissent et des conventions r&#233;unissant les diff&#233;rents &#171; chapitres &#187; d'&#233;meuti&#232;res rock s'organisent. Si les concerts sont ouverts &#224; tous, les discussions se font souvent sur le principe de la non-mixit&#233;. On y r&#233;fl&#233;chit aux violences &#224; l'encontre des femmes, &#224; l'autod&#233;fense f&#233;ministe, au refus d'une vie norm&#233;e. La presse, la production musicale et les tourn&#233;es s'organisent selon le principe du Do It Yourself et du refus de la r&#233;cup&#233;ration spectaculaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que certaines des protagonistes du mouvement riot grrrls aient poursuivi l'aventure musicale chez des majors comme Universal est une autre histoire qui ne concerne pas ce moment disruptif de plaisir et de cr&#233;ation radicale narr&#233; par Manon Labry, auteure d'une th&#232;se sur les sous-cultures nord-am&#233;ricaines. Un r&#233;cit vivant &#8211; peut-&#234;tre trop oralis&#233; &#8211; et in&#233;dit en fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Nicolas Norrito&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Manon Labry, &lt;i&gt;Riot Grrrls &#8211; Chronique d'une r&#233;volution f&#233;ministe, &lt;/i&gt;Collection &#171; Zones &#187;, &#233;ditions La D&#233;couverte, 2016.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La &#171; mama &#187; du Jargon</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/La-mama-du-Jargon</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/La-mama-du-Jargon</guid>
		<dc:date>2018-10-12T03:50:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard, Nicolas Norrito</dc:creator>


		<dc:subject>Yann Levy</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>Alors</dc:subject>
		<dc:subject>j'ai</dc:subject>
		<dc:subject>jamais</dc:subject>
		<dc:subject>livres</dc:subject>
		<dc:subject>libre</dc:subject>
		<dc:subject>Jargon libre</dc:subject>
		<dc:subject>Jargon</dc:subject>
		<dc:subject>Hellyette</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;nilmontant</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Surnomm&#233;e la &#171; mama d'Action directe &#187; par les m&#233;dias et par les flics, Hellyette Bess est surtout l'infatigable animatrice de la biblioth&#232;que Le Jargon libre. Portrait. Les hauts de M&#233;nilmontant. Lundi 7 mars 2016. Les modestes locaux du Jargon libre donnent sur l'angle de la tr&#232;s anim&#233;e rue Henri-Chevreau, o&#249; les &#233;l&#232;ves du coll&#232;ge Jean-Baptiste-Cl&#233;ment &#8211; du nom du po&#232;te communard auteur du Temps des cerises &#8211; chahutent &#224; la sortie des classes. Au coin, un bidasse pi&#233;tine devant une (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no142-avril-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;142 (avril 2016)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Yann-Levy-81" rel="tag"&gt;Yann Levy&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Alors" rel="tag"&gt;Alors&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/j-ai" rel="tag"&gt;j'ai&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/jamais" rel="tag"&gt;jamais&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/livres" rel="tag"&gt;livres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/libre" rel="tag"&gt;libre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Jargon-libre" rel="tag"&gt;Jargon libre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Jargon" rel="tag"&gt;Jargon&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Hellyette" rel="tag"&gt;Hellyette&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Menilmontant" rel="tag"&gt;M&#233;nilmontant&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Surnomm&#233;e la &#171; mama d'Action directe &#187; par les m&#233;dias et par les flics, Hellyette Bess
est surtout l'infatigable animatrice de la biblioth&#232;que Le Jargon libre. Portrait.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les hauts de M&#233;nilmontant. Lundi 7 mars 2016. Les modestes locaux du Jargon libre donnent sur l'angle de la tr&#232;s anim&#233;e rue Henri-Chevreau, o&#249; les &#233;l&#232;ves du coll&#232;ge Jean-Baptiste-Cl&#233;ment &#8211; du nom du po&#232;te communard auteur du &lt;i&gt;Temps des cerises&lt;/i&gt; &#8211; chahutent &#224; la sortie des classes. Au coin, un bidasse pi&#233;tine devant une cr&#232;che juive. Sur la vitrine de la biblioth&#232;que anarchiste, une affichette annonce la couleur : &#171; Lieu d'archives, d'&#233;tudes et de conspirations &#187;. Les &#233;tag&#232;res sont bien garnies et rang&#233;es selon les th&#233;matiques : &#171; Lutte arm&#233;e, r&#233;sistance, autonomie, prison, etc. &#187; On n'est pas chez M&#233;m&#233;, ici ! Hellyette Bess rit volontiers quand on lui annonce qu'on va la faire parler. De quoi ? Des livres, de l'aventure du Jargon libre, de son engagement, un peu d'elle. &#171; &lt;i&gt;Je n'ai absolument aucune conscience des dates ou des chiffres &lt;/i&gt; &#187;, pr&#233;cise-t-elle d'embl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2600 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-862-480ae.jpg?1779901476' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Yann Levy.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand commence son rapport aux livres ?&lt;/strong&gt; &#171; &lt;i&gt;D&#232;s l'enfance, j'ai eu envie de tout lire. Je prenais les classiques de mon fr&#232;re et de ma soeur a&#238;n&#233;s, &lt;/i&gt;Le Cid&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;Rom&#233;o et Juliette&lt;i&gt;, etc. Je trouvais &#231;a extraordinaire, alors que pour eux, c'&#233;tait la corv&#233;e. Je ne savais pas ne pas lire : si j'&#233;pluchais des l&#233;gumes sur un journal, je m'arr&#234;tais pour lire le journal d'abord. &lt;/i&gt; &#187; Durant la Seconde Guerre mondiale, la famille Bess s'&#233;loigne de Paris et rejoint Grenoble : &#171; &lt;i&gt;&#192; l'&#233;poque, j'&#233;tais chez les &#233;claireuses isra&#233;lites de France, puis chez les &#233;claireuses la&#239;ques, parce qu'on ne s'est pas &#8220;d&#233;clar&#233;s&#8221; &lt;/i&gt;[en tant que juifs aupr&#232;s des autorit&#233;s de Vichy]&lt;i&gt;. Je lisais Saint-Exup&#233;ry et les po&#232;mes d'Aragon, puis, apr&#232;s la guerre, Malraux et Camus. &lt;/i&gt; &#187; C'est le p&#232;re d'une amie, militant communiste, qui l'initie &#224; une litt&#233;rature plus r&#233;volutionnaire : &#171; &lt;i&gt;Je me pensais communiste par rapport au fascisme et &#224; la R&#233;sistance. Le p&#232;re de mon amie me donnait des livres et me demandait ce que j'en pensais. Au bout de deux ou trois bouquins, il m'a dit : &#8220;Mais Hellyette, t'es pas communiste, t'es anarchiste !&#8221; C'est donc un communiste qui m'a donn&#233; mon premier livre anarchiste : &lt;/i&gt;La Libert&#233; &lt;i&gt;de Bakounine ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pass&#233;e &#224; l'anarchie, elle s'affranchit au passage de son premier mariage.&lt;/strong&gt; &#171; &lt;i&gt;Je lisais &#233;norm&#233;ment d'ouvrages anarchistes et aussi surr&#233;alistes. &#192; l'&#233;poque, Andr&#233; Breton &#233;crivait dans &lt;/i&gt;Le Libertaire. &#187; Les jeunes libertaires qu'elle fr&#233;quente sont esp&#233;rantistes et &#171; ajistes &#187; &#8211; du Mouvement ind&#233;pendant des auberges de jeunesse (Miaj), qui scissionne en 1951 de la F&#233;d&#233;ration nationale des auberges de jeunesse, trop institutionnelle &#224; leur go&#251;t. Ainsi se constitue un r&#233;seau autog&#233;r&#233; d'usagers, sans subventions, &#171; &lt;i&gt;tr&#232;s solidaires, tr&#232;s internationalistes &lt;/i&gt; &#187;, dans lequel Hellyette voit &#171; &lt;i&gt;les anc&#234;tres des autonomes &lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;Pour un franc de location par an, on trouvait des baraques &#224; la campagne qu'on remontait compl&#232;tement. On soutenait les insoumis des guerres coloniales. On animait des cin&#233;-clubs. Il y avait beaucoup d'&#233;changes. Pour moi, c'est l&#224; que tout a germ&#233;. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 1968, &#224; la suite des gr&#232;ves de mai_juin, Hellyette &#171; &lt;i&gt;tombe malade officiellement &lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt; et ne se rend plus au boulot, ce qui lui permet de se d&#233;gager du temps libre. Elle s'occupe alors de Publico, la librairie de la F&#233;d&#233;ration anarchiste (FA). Mais les rapports avec certains membres parisiens de la FA se d&#233;t&#233;riorent, tandis qu'elle accueille des r&#233;volutionnaires de toutes sortes dans la librairie : &#171; &lt;i&gt;On m'a m&#234;me trait&#233;e de mao&#239;ste ! &lt;/i&gt; &#187; Elle se souvient d'une empoignade tr&#232;s vive avec Maurice Joyeux, alors membre influent de la FA, qui m&#232;ne une traque contre les d&#233;viances &#171; &lt;i&gt;marxistes &lt;/i&gt; &#187; au sein du mouvement : &#171; &lt;i&gt;On n'osait pas se frapper, mais on se tenait l'un l'autre, et on tournait en rond comme dans une danse... &lt;/i&gt; &#187; Hellyette b&#233;n&#233;ficie du soutien de figures du mouvement comme May Picqueray ou l'historien marseillais Ren&#233; Bianco. &#171; &lt;i&gt;Tout &#231;a a foutu une merde noire, il a fallu que je me barre parce que j'avais tout le temps quelqu'un sur le dos. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une nouvelle librairie ouvre au d&#233;but des ann&#233;es 1970&lt;/strong&gt;, rue de la Reine-Blanche dans le 13e &#8211; &#171; &lt;i&gt;C'est l'UMP maintenant &lt;/i&gt; &#187;, rigole-t-elle : le premier Jargon libre, dont les initiales rappellent celles des Jeunes libertaires. Durant une dizaine d'ann&#233;es, on y croise &lt;i&gt;&#171; des anars de tout poil, depuis les communistes libertaires jusqu'aux individualistes, des situationnistes autour de la revue &lt;/i&gt;L'Assommoir&lt;i&gt;, les Gouines rouges, les homosexuels du FHAR&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Front homosexuel d'action r&#233;volutionnaire.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;i&gt;ou encore les autonomes de Jussieu &lt;/i&gt; &#187;. L'histoire de la librairie se m&#234;le aussi avec celles de certains courants clandestins de lutte arm&#233;e, et des &#171; &lt;i&gt;prisonniers r&#233;volutionnaires &lt;/i&gt; &#187; : les Gari&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Groupes d'action r&#233;volutionnaires internationalistes, qui luttaient contre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; ou Action directe (AD). &#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait une &#233;poque tr&#232;s bouillonnante et joyeuse &lt;/i&gt; &#187;, rappelle Hellyette. Le collectif se divise bient&#244;t sur le soutien &#224; apporter aux militants d'Action directe. Gilbert Roth&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notre ami Gilbert, qui animait le Centre international de recherches sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, alors compagnon d'Hellyette, publie en 1982 une tribune dans &lt;i&gt;Le Monde &lt;/i&gt;appelant &#224; se d&#233;solidariser des moyens violents employ&#233;s. Hellyette, elle, reste sur la m&#234;me ligne : la fid&#233;lit&#233; aux amis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 1984, elle se fait arr&#234;ter pour sa participation au groupe Action directe.&lt;/strong&gt; &#171; &lt;i&gt;C'est une suite logique, quand on milite &#224; c&#244;t&#233; de la l&#233;galit&#233;, on prend des risques, et on se doute qu'un jour ou l'autre, &#231;a va arriver. C'est aussi pour &#231;a que j'ai d&#233;cid&#233; que je n'aurai jamais d'enfants. &lt;/i&gt; &#187; Le Jargon libre est ferm&#233; par d&#233;cision du juge antiterroriste Jean-Louis Brugui&#232;re. Hellyette reste en prison jusqu'en 1989.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; sa sortie, apr&#232;s une interdiction de s&#233;jour de cinq ans, elle rentre &#224; Paris&lt;/strong&gt; et ouvre un nouveau Jargon libre &#224; proximit&#233; du boulevard Voltaire. &#192; l'&#233;poque, beaucoup craignent sa fr&#233;quentation : &#171; &lt;i&gt;On n'osait pas trop me tourner le dos ouvertement, mais je sentais bien que j'avais la gale AD. &lt;/i&gt; &#187; Durant une quinzaine d'ann&#233;es, le Jargon libre change de lieux au gr&#233; des opportunit&#233;s d'accueil. Du rez-de-chauss&#233;e de la Cit&#233; de l'Espoir &#224; Montreuil, Hellyette se souvient d'une cohabitation parfois compliqu&#233;e avec les jeunes des tours : &#171; &lt;i&gt;Les plus grands n'&#233;taient pas contents que j'habite l&#224; parce que &#231;a les g&#234;nait, alors ils mena&#231;aient les copains qui venaient me voir. Je leur ai parl&#233; un par un, ils ont vu qu'il y avait des affiches pour Mumia, des trucs sur la prison, ils ont compris et ils ne m'ont plus jamais fait chier. Les ados, il n'y avait rien &#224; faire, ils pissaient sur la vitrine tous les jours. Les filles, elles, ont &#233;t&#233; charmantes avec moi, elles venaient se r&#233;unir au fond du local, je leur pr&#234;tais des livres dont je n'attendais pas le retour&#8230; Le seul probl&#232;me, c'est quand elles t&#233;l&#233;phonaient en Afrique : j'ai jamais pu payer les factures ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Jargon est ensuite accueilli aux Condensateurs&lt;/strong&gt;, grand lieu collectif du bas-Montreuil, puis dans les locaux de la revue &lt;i&gt;Tiqqun&lt;/i&gt;, &#224; c&#244;t&#233; de l'&#233;glise Saint-Ambroise &#224; Paris, et &#224; nouveau &#224; Montreuil, &#224; La Parole errante. Des lieux avec beaucoup de passage et des centaines d'emprunts &#171; &lt;i&gt;sauvages &lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;&#192; part au local de &lt;/i&gt;Tiqqun&lt;i&gt;, o&#249; les gens respectaient le principe, il y a eu &#233;norm&#233;ment de vols ! J'ai r&#233;alis&#233; que je venais d'une autre &#233;poque, o&#249; les gens ne se piquaient pas entre eux. L&#224;, sous pr&#233;texte que &#8220;la propri&#233;t&#233; c'est le vol&#8221;, on piquait les bouquins du Jargon pour les revendre. Mais bon&#8230; &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le dernier Jargon libre en date ouvre ses portes en octobre 2011.&lt;/strong&gt; Ne b&#233;n&#233;ficiant d'aucune subvention ni recettes, le lieu a besoin de soutien pour payer le loyer, et organise des bourses aux livres ou des concerts, comme le 22 mars, &#224; La Parole errante, avec la repr&#233;sentation du spectacle musical &lt;i&gt;Putain de guerre&lt;/i&gt;, de Dominique Grange et Tardi, amis constants d'Hellyette. &#171; &lt;i&gt;Pour faire vivre le lieu, le mieux c'est de venir consulter. Maintenant, il y a des vieilles personnes du quartier qui viennent juste pour s'asseoir un peu. La premi&#232;re personne du quartier &#224; &#234;tre entr&#233;e dans le local, c'est un Black qui revient r&#233;guli&#232;rement pour consulter les livres sur le colonialisme. Je re&#231;ois aussi des jeunes chercheurs qui travaillent sur la violence politique des ann&#233;es 1970-1980 &#224; travers mes archives. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avant de nous quitter, nous commentons un bouquin sur le n&#233;gationnisme&lt;/strong&gt; dans les rayonnages. Hellyette nous confie &#224; propos de l'antis&#233;mitisme, sans jamais prononcer le mot, que &#171; &lt;i&gt;&#8220;&#231;a&#8221; &lt;/i&gt;[la] &lt;i&gt;rend dingue &lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;Je ne vais jamais plus dans une manif pour la Palestine, parce que j'ai d&#233;j&#224; entendu des trucs horribles, et je deviens folle&#8230; M&#234;me si c'est un copain qui gueule &#8220;&#231;a&#8221;, il prend mon poing dans la gueule ! Je suis contre tous les &#201;tats et Isra&#235;l est un &#201;tat imp&#233;rialiste ; on peut le critiquer, OK, mais faut pas d&#233;railler, et souvent &#231;a glisse trop facilement&#8230; &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Front homosexuel d'action r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Groupes d'action r&#233;volutionnaires internationalistes, qui luttaient contre le franquisme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Notre ami Gilbert, qui animait le Centre international de recherches sur l'anarchisme de Marseille, nous a quitt&#233;s le 14 avril 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Th&#233;&#226;tre : &#171; Nous n'avons pas tir&#233; les le&#231;ons d'Auschwitz et de La Kolyma. &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Theatre-Nous-n-avons-pas-tire-les</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Theatre-Nous-n-avons-pas-tire-les</guid>
		<dc:date>2018-04-26T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicolas Norrito</dc:creator>


		<dc:subject>Culture</dc:subject>
		<dc:subject>Christiane Passevant</dc:subject>
		<dc:subject>texte</dc:subject>
		<dc:subject>mise</dc:subject>
		<dc:subject>Robert</dc:subject>
		<dc:subject>code</dc:subject>
		<dc:subject>Code noir</dc:subject>
		<dc:subject>Robert Antelme</dc:subject>
		<dc:subject>pareil monument</dc:subject>
		<dc:subject>Antelme</dc:subject>
		<dc:subject>L'Esp&#232;ce humaine</dc:subject>
		<dc:subject>l'on assiste</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'Esp&#232;ce humaine est un immense texte publi&#233; en 1947. Monologue int&#233;rieur relatant l'exp&#233;rience concentrationnaire de Robert Antelme (1917-1990), il est interpr&#233;t&#233; avec justesse et &#233;motion par la Compagnie Monsieur Madame. Sur sc&#232;ne, dans un d&#233;cor presque nu, ils sont deux, Maylis Bouffartigue et Diog&#232;ne Ntarindwa. Puis, quand la parole s'&#233;teint, elle laisse place aux mots du d&#233;bat, avec l'historien Olivier Lecour Grandmaison. Rencontre avec les trois protagonistes, au terme d'une (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no141-mars-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;141 (mars 2016)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Culture" rel="tag"&gt;Culture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Christiane-Passevant-116" rel="tag"&gt;Christiane Passevant&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/texte" rel="tag"&gt;texte&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mise" rel="tag"&gt;mise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Robert" rel="tag"&gt;Robert&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/code" rel="tag"&gt;code&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Code-noir" rel="tag"&gt;Code noir&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Robert-Antelme" rel="tag"&gt;Robert Antelme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/pareil-monument" rel="tag"&gt;pareil monument&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Antelme" rel="tag"&gt;Antelme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/L-Espece-humaine" rel="tag"&gt;L'Esp&#232;ce humaine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-on-assiste" rel="tag"&gt;l'on assiste&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'Esp&#232;ce humaine&lt;/i&gt; est un immense texte publi&#233; en 1947. Monologue int&#233;rieur relatant l'exp&#233;rience concentrationnaire de Robert Antelme (1917-1990), il est interpr&#233;t&#233; avec justesse et &#233;motion par la Compagnie Monsieur Madame. Sur sc&#232;ne, dans un d&#233;cor presque nu, ils sont deux, Maylis Bouffartigue et Diog&#232;ne Ntarindwa. Puis, quand la parole s'&#233;teint, elle laisse place aux mots du d&#233;bat, avec l'historien Olivier Lecour Grandmaison. Rencontre avec les trois protagonistes, au terme d'une repr&#233;sentation chez Armand Gatti, &#224; Montreuil.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2277 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;27&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH600/-550-801c8.jpg?1779602792' width='400' height='600' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Christiane Passevant.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Maylis, pourquoi avoir d&#233;cid&#233; de t'attaquer &#224; pareil monument apr&#232;s &lt;i&gt;La Mise en proc&#232;s du Code noir&lt;/i&gt; ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'heure o&#249; les discriminations raciales, culturelles et cultuelles sont de plus en plus vivaces dans nos d&#233;mocraties europ&#233;ennes ; o&#249; l'antis&#233;mitisme et &#171; l'anti-Tzigane &#187; sont loin d'avoir disparu et o&#249; l'on assiste &#224; un d&#233;veloppement rapide et tr&#232;s inqui&#233;tant de l'islamophobie, et &#224; l'heure o&#249; l'on peut lire ou entendre des prises de positions x&#233;nophobes de plus en plus affirm&#233;es de la part de nombreux intellectuels et responsables politiques, il m'a sembl&#233; n&#233;cessaire de porter &#224; la sc&#232;ne ce texte admirable qui ouvre de nouvelles perspectives humanistes. &lt;i&gt;L'Esp&#232;ce humaine&lt;/i&gt;, l'unique livre de Robert Antelme, est un fondement, un legs pour l'humanit&#233; dans son ensemble, il doit &#234;tre lu dans sa totalit&#233; et mis &#224; l'&#233;preuve de la r&#233;flexion. Plus que jamais !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Diog&#232;ne, ton interpr&#233;tation est admirable. En quoi ce texte te parle particuli&#232;rement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un texte pareil, malgr&#233; son aspect &#233;minemment subjectif, ne peut qu'avoir un &#233;cho particulier aupr&#232;s d'un acteur ressortissant, comme moi, d'un pays qui n'a pas &#233;t&#233; &#233;pargn&#233; par ce qu'il est convenu d'appeler tr&#232;s pudiquement &#171; les caprices de l'histoire &#187;. En effet, l'histoire r&#233;cente du Rwanda a &#233;t&#233; plus d'une fois et par pans entiers &#233;crite &#224; la seule encre rouge de la machette. Parmi la premi&#232;re vague de r&#233;fugi&#233;s, vers 1960, se trouvaient mes parents, qui allaient plus tard s'&#233;tablir au Burundi o&#249; je suis n&#233; en 1977. Assez t&#244;t, les th&#232;mes tels que le d&#233;racinement de communaut&#233;s enti&#232;res, les identit&#233;s et les questions d'appartenance aux peuples, aux nations, sont venus vers moi. Je n'ai eu d'autre choix que de m'y confronter avec des outils qui &#233;taient loin d'&#234;tre &#224; la hauteur, avec l'aide d'adultes dont le silence semblait &#234;tre le ma&#238;tre mot. De ces silences syst&#233;matiques sont n&#233;es une r&#233;flexion et une sur-sensibilit&#233; &#224; chaque fois que j'ai &#233;t&#233; amen&#233; &#224; travailler sur la purification ethnique, l'extermination, les guerres, les camps de concentration et les camps d'extermination. Je suis particuli&#232;rement reconnaissant &#224; Robert Antelme d'avoir &#233;crit &lt;i&gt;Vengeance ?&lt;/i&gt;, texte qui met en garde tous ceux qui ont &#233;t&#233; victimes d'abus hier, afin de ne pas &#234;tre les bourreaux de demain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Olivier, tu animes chaque d&#233;bat faisant suite &#224; une repr&#233;sentation. Ce soir, l'invit&#233; &#233;tait Edgar Morin, puis vous accueillerez des intervenants de l'UJFP, du Cran, du monde militant. Quel est ton r&#244;le et en quoi ce texte fait-il pr&#233;cis&#233;ment sens aujourd'hui ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon r&#244;le s'est limit&#233; &#224; proposer des extraits de &lt;i&gt;L'Esp&#232;ce humaine&lt;/i&gt;, puis &#224; travailler avec Maylis sur le texte. Ces extraits ont &#233;t&#233; choisis de telle mani&#232;re qu'ils permettent aux spectateurs de suivre pas &#224; pas l'&#233;preuve de la d&#233;portation telle qu'elle est rapport&#233;e par Robert Antelme. Par la gr&#226;ce de cette &#339;uvre exceptionnelle, il s'agit aussi de tenter d'abolir la distance chronologique et factuelle qui nous s&#233;pare de l'univers concentrationnaire national-socialiste o&#249;, comme l'a &#233;crit David Rousset, &#171; &lt;i&gt;tout&lt;/i&gt; &#187; fut &#171; &lt;i&gt;possible&lt;/i&gt; &#187;. Cela m&#234;me que nous avons beaucoup de mal &#224; admettre aujourd'hui, alors que d'autres g&#233;nocides, en particulier celui perp&#233;tr&#233; par le pouvoir hutu au Rwanda, ont &#233;t&#233; commis dans la seconde moiti&#233; du XXe si&#232;cle. Face &#224; la r&#233;it&#233;ration de tels crimes, notre r&#233;action la plus imm&#233;diate est encore trop souvent : &#171; &lt;i&gt;Ce n'est pas possible&lt;/i&gt; &#187;. Et cette incr&#233;dulit&#233; prouve que nous n'avons pas tir&#233; les le&#231;ons d'Auschwitz, de Buchenwald et de La Kolyma.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dehors, la vall&#233;e est noire. Aucun bruit n'en arrive. Les chiens dorment d'un sommeil sain et repu. Les arbres respirent calmement. Les insectes nocturnes se nourrissent dans les pr&#233;s. Les feuilles transpirent, et l'air se gorge d'eau. [&#8230;] Nous sommes au point de ressembler &#224; tout ce qui ne se bat que pour manger et meurt de ne pas manger, au point de nous niveler sur une autre esp&#232;ce, qui ne sera jamais n&#244;tre et vers laquelle on tend [&#8230;]. Mais il n'y a pas d'ambigu&#239;t&#233;, nous restons des hommes, nous ne finirons qu'en hommes. La distance qui nous s&#233;pare d'une autre esp&#232;ce reste intacte, elle n'est pas historique. C'est un r&#234;ve SS de croire que nous avons pour mission historique de changer d'esp&#232;ce, et comme cette mutation se fait trop lentement, ils tuent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Robert Antelme, &lt;i&gt;L'Esp&#232;ce humaine&lt;/i&gt;, Gallimard, 1957.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Th&#233;&#226;tre : &#171; Je nomme l'adversaire, je ne le sublime pas th&#233;&#226;tralement &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Theatre-Je-nomme-l-adversaire-je</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Theatre-Je-nomme-l-adversaire-je</guid>
		<dc:date>2018-03-09T06:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicolas Norrito</dc:creator>


		<dc:subject>Culture</dc:subject>
		<dc:subject>Alors</dc:subject>
		<dc:subject>j'ai</dc:subject>
		<dc:subject>Mais</dc:subject>
		<dc:subject>spectacle</dc:subject>
		<dc:subject>th&#233;&#226;tre</dc:subject>
		<dc:subject>Nanterre</dc:subject>
		<dc:subject>Sylvie Gravagna</dc:subject>
		<dc:subject>compagnie</dc:subject>
		<dc:subject>Elf</dc:subject>
		<dc:subject>sc&#232;ne</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En dix ans, il a cr&#233;&#233; trois spectacles qui font mouche. Le premier d&#233;nonce la Fran&#231;afrique, le deuxi&#232;me l'industrie nucl&#233;aire, le dernier, Le Maniement des larmes, la vente d'armes et la corruption, les petits arrangements entre puissants. Sur sc&#232;ne, Nicolas Lambert incarne jusqu'&#224; 20 personnages. Son credo ? L'&#233;ducation populaire. Rencontre avec un maestro des mots. Peut-on revenir sur ton parcours de com&#233;dien, de dramaturge et sur l'histoire de la compagnie Un pas de c&#244;t&#233; ? Nous avons (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no139-janvier-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;139 (janvier 2016)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Culture" rel="tag"&gt;Culture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Alors" rel="tag"&gt;Alors&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/j-ai" rel="tag"&gt;j'ai&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Mais" rel="tag"&gt;Mais&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/spectacle" rel="tag"&gt;spectacle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/theatre" rel="tag"&gt;th&#233;&#226;tre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Nanterre" rel="tag"&gt;Nanterre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Sylvie-Gravagna" rel="tag"&gt;Sylvie Gravagna&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/compagnie" rel="tag"&gt;compagnie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Elf" rel="tag"&gt;Elf&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/scene" rel="tag"&gt;sc&#232;ne&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En dix ans, il a cr&#233;&#233; trois spectacles qui font mouche. Le premier d&#233;nonce la Fran&#231;afrique, le deuxi&#232;me l'industrie nucl&#233;aire, le dernier, &lt;i&gt;Le Maniement des larmes&lt;/i&gt;, la vente d'armes et la corruption, les petits arrangements entre puissants. Sur sc&#232;ne, Nicolas Lambert incarne jusqu'&#224; 20 personnages. Son credo ? L'&#233;ducation populaire. Rencontre avec un maestro des mots.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2235 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH290/-508-8c9fe.jpg?1779602871' width='400' height='290' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peut-on revenir sur ton parcours de com&#233;dien, de dramaturge et sur l'histoire de la compagnie Un pas de c&#244;t&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons cr&#233;&#233; la compagnie &#224; deux, avec Sylvie Gravagna au d&#233;but des ann&#233;es 1990. Notre premier boulot a &#233;t&#233; l'adaptation de &lt;i&gt;Derri&#232;re la vitre&lt;/i&gt;, un roman de Robert Merle publi&#233; en 1970 (Gallimard). Cet auteur &#224; succ&#232;s &#233;tait alors prof de logique &#224; Nanterre. Le spectacle portait sur les &#233;v&#233;nements de mai 68 et la naissance du mouvement du 22 mars &#224; l'universit&#233; de Nanterre. On a jou&#233; ce spectacle sur place, dans les locaux de la fac, en 1992. On &#233;tait 25 sur sc&#232;ne, dans un amphi de 700 places. Il fallait que le spectacle soit populaire pour remplir. On a ouvert la fac aux habitants de la ville, ce qui n'&#233;tait pas &#233;vident tant l'universit&#233; de Paris-X semble d&#233;connect&#233;e de la ville qui l'accueille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; partir de quand vous retrouvez-vous &#224; deux ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;quipe de Nanterre perdure jusqu'en 1998 environ. Je quitte l'&#201;ducation nationale et deviens intermittent en 1995. Apr&#232;s ces ann&#233;es pass&#233;es dans les &#233;tablissements scolaires, on s'installe &#224; Pantin, dans une ancienne menuiserie. La ville est alors dirig&#233;e par une &#233;quipe communiste, on tombe en sympathie avec une personne de la mairie de quartier. On lance alors un &#233;norme boulot avec les archives et la mairie de Pantin qui d&#233;bouche sur un spectacle sur la m&#233;moire de l'immigration. On joue alors plusieurs centaines de fois, principalement dans des &#233;tablissements scolaires, sous forme de cabaret, avec des danseurs et une violoncelliste. On avait reconstitu&#233; le parcours d'une famille alsacienne de 1870 &#224; 1990, &#224; partir de t&#233;moignages. Des m&#232;res africaines se sont reconnues dans ce spectacle. Et c'&#233;tait justement le but : montrer que nous sommes tous des migrants et que nous partageons une histoire commune, puisque dans ces banlieues, il y a un peu plus d'un si&#232;cle, il n'y avait presque personne&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et comment en arrive-t-on &#224; &lt;i&gt;Elf, la pompe Afrique&lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2232 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L320xH445/-505-330a1.jpg?1779603602' width='320' height='445' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On s'est fait virer de Pantin &#224; la suite d'un changement de municipalit&#233;. Les jeunes loups du PS nous ont jet&#233;s avec l'eau du bain. On a fait (une nouvelle fois) faillite, on a remont&#233; une structure associative et chang&#233; de nom, c'est alors qu'on est devenu la Compagnie &#171; Un pas de c&#244;t&#233; &#187;, vers 2004-2005. Dans l'id&#233;e de faire une &#233;mission de radio, j'ai commenc&#233; &#224; travailler sur les m&#233;dias, &#224; partir de documents bruts, en ne gardant que ceux-l&#224;. Je me suis lanc&#233; dans le reportage radiophonique, qui est ensuite devenu un documentaire radio, puis un spectacle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2004-2005, c'est aussi un moment o&#249; la concentration de la presse s'acc&#233;l&#232;re, et l&#224;, je d&#233;cide d'utiliser la sc&#232;ne comme m&#233;dia. L'id&#233;e de d&#233;part, c'&#233;tait de d&#233;voiler les d&#233;fauts les plus saillants de la d&#233;mocratie. &#192; l'&#233;poque, je pensais proposer une trilogie &#171; bleu-blanc-rouge &#187; en trois ans. Je souhaitais d'abord parler de l'armement, notamment de la concentration des m&#233;dias entre les mains des industriels du lobby militaire, comme Lagard&#232;re. En comprenant la place ahurissante du nucl&#233;aire civil et militaire, je d&#233;cide de commencer par un spectacle sur cette th&#233;matique. Mais si on fait cela sans &#233;voquer la question de la d&#233;colonisation, du p&#233;trole, de l'Alg&#233;rie, on rate quelque chose. Je suis donc parti de la question coloniale (&lt;i&gt;Elf, la pompe Afrique&lt;/i&gt;) pour ensuite traiter le nucl&#233;aire (&lt;i&gt;Avenir radieux &#8211; Une fission fran&#231;aise&lt;/i&gt;) et me concentrer finalement sur la vente d'armes (&lt;i&gt;Le Maniement des larmes&lt;/i&gt;). Et cela m'a pris plus de dix ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment te documentes-tu ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2233 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L255xH383/-506-e7854.jpg?1779603602' width='255' height='383' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je fais du reportage et je lis beaucoup. Pour Elf, j'ai assist&#233; &#224; tous les proc&#232;s. Je suis notamment all&#233; &#224; celui de Jupp&#233;, j'ai cherch&#233; &#224; comprendre le fonctionnement de la corruption pour la mettre sur sc&#232;ne. Mais comment passes-tu d'un concept (la corruption) &#224; une r&#233;alit&#233; sc&#233;nique ? Sur sc&#232;ne, nous n'avons que la chair et les mots. Alors j'incarne les gens : le proc&#232;s Elf a cristallis&#233; plein de choses. J'&#233;prouve mes opinions, je donne des &#233;l&#233;ments factuels qui permettent de se construire une opinion. Je me suis &#233;galement beaucoup appuy&#233; sur le travail de l'association Survie sur le n&#233;ocolonialisme et la Fran&#231;afrique. J'ai proc&#233;d&#233; de la m&#234;me fa&#231;on pour le volet sur le nucl&#233;aire, en assistant au d&#233;bat public sur un EPR. Pour le dernier volet de la trilogie, je suis all&#233; &#224; tous les salons de l'armement. Mais, en toile de fond, ce qui &#233;tait important, c'&#233;tait qu'il y ait une institution : l'Assembl&#233;e nationale, afin de voir ce qui se passe au sein m&#234;me de la R&#233;publique, ce que l'on sait, ce que l'on cache. J'ai donc pass&#233; du temps au S&#233;nat, &#224; l'assembl&#233;e, dans les palais de justice, je me suis impr&#233;gn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le th&#233;&#226;tre n'a pas souvent pris appui sur le documentaire radiophonique, c'est l'une de mes options. Surtout, je nomme l'adversaire, je ne le sublime pas th&#233;&#226;tralement. Les propos restitu&#233;s sont bruts, je me contente de r&#233;interpr&#233;ter les personnes. Sur sc&#232;ne, je suis Lo&#239;c Floch Prigent, Alfred Sirven, etc. Je lance un personnage, je le campe, mais je ne l'imite pas tout le temps, je donne les codes, puis conserve sa musique. Ce sont des codes que je dois &#224; la Commedia dell'arte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment imagines-tu la suite&lt;/strong&gt; ?
Il nous faut trouver un nouveau lieu. Et surtout, on cherche &#224; faire tourner la trilogie. On peut jouer n'importe lequel des spectacles alternativement, ou les trois &#224; la suite. Et on aime jouer dans des salles institutionnelles comme dans des lieux militants. L'id&#233;e, c'est d'aller &#224; la rencontre d'un public qui ne fr&#233;quente pas forc&#233;ment les th&#233;&#226;tres, mais qui se sent concern&#233; par les th&#232;mes abord&#233;s. En parall&#232;le je commence &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; un spectacle sur l'Otan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment d&#233;finirais-tu ton th&#233;&#226;tre ? Th&#233;&#226;tre d'intervention, th&#233;&#226;tre citoyen ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est toujours emb&#234;tant de se d&#233;finir parce que tu entres dans une case et tu ne peux plus en sortir. J'ai quand m&#234;me le sentiment de faire du th&#233;&#226;tre de service public et un travail d'&#233;ducation populaire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2234 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L300xH374/-507-1c8ac.jpg?1779603602' width='300' height='374' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voir : &lt;a href=&#034;http://unpasdecote.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Un Pas de C&#244;t&#233;.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PS : les textes des deux premiers volets de la trilogie sont publi&#233;s aux &#233;ditions L'&#201;chapp&#233;e.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les Trois-Huit : un premier album r&#233;ussi</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Les-Trois-Huit-un-premier-album</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Les-Trois-Huit-un-premier-album</guid>
		<dc:date>2018-03-09T06:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicolas Norrito</dc:creator>


		<dc:subject>Page Musique</dc:subject>
		<dc:subject>passe</dc:subject>
		<dc:subject>Groupe</dc:subject>
		<dc:subject>t'agr&#233;ent mod&#233;r&#233;ment</dc:subject>
		<dc:subject>ch&#339;urs virils</dc:subject>
		<dc:subject>virils t'agr&#233;ent</dc:subject>
		<dc:subject>Komintern Sect</dc:subject>
		<dc:subject>The Oppressed</dc:subject>
		<dc:subject>Ami.e</dc:subject>
		<dc:subject>Camera Silens</dc:subject>
		<dc:subject>mod&#233;r&#233;ment</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ami.e, si le gros son et les ch&#339;urs virils t'agr&#233;ent mod&#233;r&#233;ment, passe ton chemin. Les Trois-Huit, jeune groupe grenoblois qui vient tout juste de produire son premier album &#233;ponyme, pourrait en effet repr&#233;senter une caricature du genre. Si, en revanche, tu es tomb&#233;.e dans la marmite de la Oi ! antifa ou du punk-rock quand tu &#233;tais tout petit.e, alors ne rate pas ce CD (ou t&#233;l&#233;charge-le gratos sur le site du groupe). D'abord parce qu'il s'agit enfin d'un nouveau groupe, et non plus de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no139-janvier-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;139 (janvier 2016)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Page-Musique" rel="tag"&gt;Page Musique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/passe" rel="tag"&gt;passe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Groupe" rel="tag"&gt;Groupe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/t-agreent-moderement" rel="tag"&gt;t'agr&#233;ent mod&#233;r&#233;ment&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/choeurs-virils" rel="tag"&gt;ch&#339;urs virils&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/virils-t-agreent" rel="tag"&gt;virils t'agr&#233;ent&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Komintern-Sect" rel="tag"&gt;Komintern Sect&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/The-Oppressed" rel="tag"&gt;The Oppressed&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Ami-e" rel="tag"&gt;Ami.e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Camera-Silens" rel="tag"&gt;Camera Silens&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/moderement" rel="tag"&gt;mod&#233;r&#233;ment&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ami.e, si le gros son et les ch&#339;urs virils t'agr&#233;ent mod&#233;r&#233;ment, passe ton chemin. Les Trois-Huit, jeune groupe grenoblois qui vient tout juste de produire son premier album &#233;ponyme, pourrait en effet repr&#233;senter une caricature du genre. Si, en revanche, tu es tomb&#233;.e dans la marmite de la Oi ! antifa ou du punk-rock quand tu &#233;tais tout petit.e, alors ne rate pas ce CD (ou t&#233;l&#233;charge-le gratos sur &lt;a href=&#034;https://www.lestroishuit.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le site du groupe&lt;/a&gt;). D'abord parce qu'il s'agit enfin d'un nouveau groupe, et non plus de la &#233;ni&#232;me reformation d'une gloire pass&#233;e (Komintern Sect, The Oppressed, Ya Basta&#8230;), ensuite parce que le combo a su diluer tout au long des 13 titres un certain nombre de th&#233;matiques et de r&#233;f&#233;rences qui ravivent la rage tout en donnant envie de pogoter dans son salon. &#201;voquons par exemple &#171; Travailler &#187;, subtil chant &#224; la gloire de la classe ouvri&#232;re qui n'est pas sans &#233;voquer la po&#233;sie madril&#232;ne de Non Servium ou encore des regrett&#233;s Banlieue rouge (Qu&#233;bec) ; citons &#233;galement &#171; Aux fond des yeux &#187;, titre hommage &#224; une immigrante qui perd la vie lorsque son embarcation de fortune chavire, dont les riffs et le chant-lead convoquent imm&#233;diatement &#171; Espoirs d&#233;&#231;us &#187; de Camera Silens. Les Trois-Huit ont enfin le bon go&#251;t de reprendre &#171; Pas de quartier &#187;, l'hymne antifasciste des Partisans lyonnais et &#171; Birra &#187;, des excellents Bull Brigade (Turin). Antir&#233;pression, refus du travail, cultures urbaines, antipsychiatrie, libert&#233;, m&#233;tissage et solidarit&#233; : gloire &#224; la Oi !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le troquet de Jack London</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Le-troquet-de-Jack-London</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Le-troquet-de-Jack-London</guid>
		<dc:date>2016-11-22T15:44:44Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicolas Norrito</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Actualit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>San Francisco</dc:subject>
		<dc:subject>Jack</dc:subject>
		<dc:subject>Last Chance</dc:subject>
		<dc:subject>Jack London</dc:subject>
		<dc:subject>and Last</dc:subject>
		<dc:subject>First and</dc:subject>
		<dc:subject>tait</dc:subject>
		<dc:subject>Johnny Heinold</dc:subject>
		<dc:subject>tres</dc:subject>
		<dc:subject>London</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Cela fait un sie&#768;cle que John Griffith Chaney alias Jack London a vide&#769; son dernier godet. A&#768; Oakland subsistent les planches du troquet ou&#768; l'auteur du Loup des mers trai&#770;na ses gue&#770;tres. Ambiance. Fin d'apr&#232;s-midi sur le front de mer d'Oakland, le soleil se couche. De l'autre co&#770;te&#769; de la baie, a&#768; quelques kilome&#768;tres, il y a San Francisco la libe&#769;rale, la bourgeoise. De ce co&#770;te&#769;-ci, un port de plaisance, une promenade ame&#769;nage&#769;e, beaucoup de be&#769;ton. C'est kitsch et laid. Il y a un (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no148-novembre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;148 (novembre 2016)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Actualites" rel="tag"&gt;Actualit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/San-Francisco" rel="tag"&gt;San Francisco&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Jack" rel="tag"&gt;Jack&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Last-Chance" rel="tag"&gt;Last Chance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Jack-London" rel="tag"&gt;Jack London&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/and-Last" rel="tag"&gt;and Last&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/First-and" rel="tag"&gt;First and&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/tait" rel="tag"&gt;tait&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Johnny-Heinold" rel="tag"&gt;Johnny Heinold&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/tres" rel="tag"&gt;tres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/London" rel="tag"&gt;London&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cela fait un sie&#768;cle que John Griffith Chaney alias Jack London a vide&#769; son dernier godet. A&#768; Oakland subsistent les planches du troquet ou&#768; l'auteur du &lt;i&gt;Loup des mers&lt;/i&gt; trai&#770;na ses gue&#770;tres. Ambiance.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1768 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH305/-82-254f0.jpg?1779603236' width='400' height='305' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Fin d'apr&#232;s-midi sur le front de mer d'Oakland, le soleil se couche. De l'autre co&#770;te&#769; de la baie, a&#768; quelques kilome&#768;tres, il y a San Francisco la libe&#769;rale, la bourgeoise. De ce co&#770;te&#769;-ci, un port de plaisance, une promenade ame&#769;nage&#769;e, beaucoup de be&#769;ton. C'est kitsch et laid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un sie&#768;cle, Oakland e&#769;tait une ville de prolos, une cite&#769; industrielle, un port de pe&#770;che ; aujourd'hui, elle est en voie de gentrification acce&#769;le&#769;re&#769;e. Au milieu de ce de&#769;cor aseptise&#769;, et comme sorti de nulle part, tro&#770;ne un vieux bistrot tout de bois ba&#770;ti, et tout de&#769;gingande&#769;. Il affiche presque 140 ans au compteur. Fabrique&#769; a&#768; partir de l'e&#769;pave d'un baleinier en 1880, il a servi de gi&#770;te pour les pe&#770;cheurs d'hui&#770;tres pendant trois ans, avant d'e&#770;tre transforme&#769; en bistrot par Johnny Heinold, taulier du lieu jusqu'en 1939. Depuis le tremblement de terre de 1906 qui de&#769;truisit Frisco et ses alentours, le sol penche tant qu'on se croirait en pleine mer, un soir de grain. Et si c&#807;a tangue, c'est peut-e&#770;tre la faute de ce mauvais rouge de la Sonoma, ou de la Napa issu des valle&#769;es viticoles toutes proches qui produisent un vin uniforme et trop sucre&#769; a&#768; base de Merlot et de Cabernet-Sauvignon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les locaux viennent y tomber quelques verres en sortant du boulot, la bie&#768;re est frai&#770;che, la rousse relevant le niveau. On craignait de croiser quelques retraite&#769;s frique&#769;s descendus de leur yacht, il n'en est rien. Les gueules sont casse&#769;es, tatoue&#769;es, patibulaires a&#768; souhait. On s'y sent bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois gars d'une trentaine d'anne&#769;es entrent pour la premie&#768;re fois dans le &lt;i&gt;First and Last Chance Saloon&lt;/i&gt; et le serveur affable se jette sur eux pour leur expliquer l'histoire du troquet d'Oakland. On parlait de &#171; &lt;i&gt;first and last chance&lt;/i&gt; &#187; parce que c'e&#769;tait le premier rade ouvert au matin, quand les pe&#770;cheurs prenaient la mer, et le dernier a&#768; fermer ses portes, a&#768; l'heure ou&#768; la nuit n'e&#769;tait plus du tout jeune. Et puis c'e&#769;tait aussi le bar ou&#768; les habitants d'Alameda, l'i&#770;le voisine mais &lt;i&gt;dry&lt;/i&gt;, pouvaient boire un coup en toute le&#769;galite&#769;, juste avant d'embarquer. Le serveur insiste : &#171; &lt;i&gt;C'e&#769;tait surtout le bistrot de Jack London, vous savez, l'auteur de&lt;/i&gt; White Fang (Croc-Blanc) &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Les trois gars opinent du chef. Ce bouquin-la&#768;, oui vraiment, c&#807;a leur dit quelque chose. &lt;i&gt;Cheers Jack !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on prend la peine de regarder un peu attentivement, le fils prodigue (1876-1916) de Frisco et d'Oakland est partout : peint sur une affreuse fresque d'un co&#770;te&#769; exte&#769;rieur ; sur l'enseigne puisque le bar a e&#769;te&#769; rebaptise&#769; &lt;i&gt;Jack London's rendez-vous&lt;/i&gt;, derrie&#768;re le comptoir ou&#768; Johnny Heinold avait installe&#769; un des plus fameux portraits de l'auteur, mais aussi en salle, avec la table sur laquelle il re&#769;digea le synopsis de &lt;i&gt;Call of the Wild&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;The Sea Wolf&lt;/i&gt; (c'est ici que London rencontra Alexander McLean, mode&#768;le du personnage de Wolf Larsen). En re&#769;alite&#769;, me&#770;me s'il est reste&#769; lie&#769; toute sa vie avec le patron (il lui envoyait ses livres de&#769;dicace&#769;s, et celui-ci a finance&#769; sa reprise d'e&#769;tudes a&#768; Berkeley), London a surtout trai&#770;ne&#769; ses gue&#770;tres dans ce bistrot a&#768; la fin de son adolescence, entre 1891 et 1894. Il le raconte dans &lt;i&gt;John Barleycorn&lt;/i&gt; (1913), exceptionnel re&#769;cit autobiographique relatant son addiction a&#768; l'alcool. Il mentionne le &lt;i&gt;First and Last Chance&lt;/i&gt; a&#768; 17 reprises ! E&#769;voquant ses beuveries avec les autres
&lt;i&gt;bad boys&lt;/i&gt; d'Oakland, il e&#769;crit : &#171; &lt;i&gt;C'est ainsi que j'ai gagne&#769; mes galons d'homme. Ma situation sur les quais et dans le milieu des pilleurs d'hui&#770;tres est aussito&#770;t devenue excellente. On me regardait comme un brave garc&#807;on qui n'avait pas froid aux yeux.&lt;/i&gt; [...] &lt;i&gt;Mieux vaut re&#769;gner en prince sur des pochards bagarreurs que trimer douze heures par jour sur une machine pour dix cents de l' heure.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce temps-la&#768;, le jeune Jack avait faim, e&#769;tait dur au mal et voulait bru&#770;ler son temps. Sa conscience socialiste s'affirmera plus tard, a&#768; l'ore&#769;e du nouveau sie&#768;cle, avant de laisser place, sur le tard, a&#768; un conformisme confondant. Ce troquet a fait office d'instance de socialisation : il y a fait des rencontres, y a exacerbe&#769; une certaine virilite&#769;, y a surtout glane&#769; des anecdotes pour des re&#769;cits futurs qui deviendront des best-sellers, parfois des chefs-d'&#339;uvre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La fabrique du th&#233;&#226;tre : entretien avec Guillaume Mazeau</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/La-fabrique-du-theatre-entretien</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/La-fabrique-du-theatre-entretien</guid>
		<dc:date>2015-11-13T16:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicolas Norrito</dc:creator>


		<dc:subject>Culture</dc:subject>
		<dc:subject>Elizabeth Carecchio</dc:subject>
		<dc:subject>d'un</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>j'ai</dc:subject>
		<dc:subject>travail</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Jo&#235;l</dc:subject>
		<dc:subject>pi&#232;ce</dc:subject>
		<dc:subject>Jo&#235;l Pommerat</dc:subject>
		<dc:subject>Pommerat</dc:subject>
		<dc:subject>com&#233;diens</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Le travail du dramaturge ressemble &#224; celui de l'historien, de l'anthropologue ou du sociologue. &#187; Sp&#233;cialiste de la R&#233;volution fran&#231;aise, ma&#238;tre de conf&#233;rences &#224; la Sorbonne, Guillaume Mazeau est l'auteur du Bain de l'histoire. Charlotte Corday et l'attentat contre Marat (Champ Vallon, 2009), un livre &#233;poustouflant issu de sa th&#232;se. Il vient de consacrer dix-huit mois &#224; l'&#233;laboration de la pi&#232;ce &#199;a ira. Fin de Louis, avec Jo&#235;l Pommerat, l'un des poids lourds du th&#233;&#226;tre fran&#231;ais. (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no137-novembre-2015" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;137 (novembre 2015)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Culture" rel="tag"&gt;Culture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Elizabeth-Carecchio" rel="tag"&gt;Elizabeth Carecchio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/j-ai" rel="tag"&gt;j'ai&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/travail" rel="tag"&gt;travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Revolution" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Joel" rel="tag"&gt;Jo&#235;l&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/piece" rel="tag"&gt;pi&#232;ce&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Joel-Pommerat" rel="tag"&gt;Jo&#235;l Pommerat&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Pommerat" rel="tag"&gt;Pommerat&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/comediens" rel="tag"&gt;com&#233;diens&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Le travail du dramaturge ressemble &#224; celui de l'historien, de l'anthropologue ou du sociologue.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sp&#233;cialiste de la R&#233;volution fran&#231;aise, ma&#238;tre de conf&#233;rences &#224; la Sorbonne, Guillaume Mazeau est l'auteur du &lt;i&gt;Bain de l'histoire. Charlotte Corday et l'attentat contre Marat&lt;/i&gt; (Champ Vallon, 2009), un livre &#233;poustouflant issu de sa th&#232;se. Il vient de consacrer dix-huit mois &#224; l'&#233;laboration de la pi&#232;ce &lt;i&gt;&#199;a ira. Fin de Louis&lt;/i&gt;, avec Jo&#235;l Pommerat, l'un des poids lourds du th&#233;&#226;tre fran&#231;ais. D&#233;cryptage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1602 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/p14-c_a-ira-e62e2.jpg?1779901478' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo : Elizabeth Carecchio
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le spectacle &lt;i&gt;&#199;a ira. Fin de Louis&lt;/i&gt; sera jou&#233; tout le mois de novembre au th&#233;&#226;tre des Amandiers (Nanterre) puis partira en tourn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peux-tu tout d'abord nous expliquer comment tu t'es retrouv&#233; &#224; travailler avec la troupe de Jo&#235;l Pommerat, toi dont le terrain de jeu est habituellement l'universit&#233; Paris-I ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, ils m'ont trouv&#233; par le biais de l'Institut d'histoire de la R&#233;volution fran&#231;aise. Parmi les historiens de la R&#233;volution, je suis quelqu'un qui aime travailler en dehors du champ acad&#233;mique. Pour moi, le savoir historique ne se produit pas seulement dans les livres et je refuse d'&#233;tablir des hi&#233;rarchies. Au d&#233;part, c'est Marion Boudier, dramaturge de Pommerat, qui m'a contact&#233;. Elle cherchait un conseiller historique. Le processus de cr&#233;ation n'&#233;tait pas encore lanc&#233; et Jo&#235;l Pommerat avait besoin de cours d'histoire pour pr&#233;parer des stages d'exp&#233;rimentation. Bref, de quelqu'un qui enseigne et sugg&#232;re des lectures. On a entam&#233; notre collaboration il y a dix-huit mois, au printemps 2014. Initialement, j'avais plut&#244;t un r&#244;le &#8211; que je n'aime gu&#232;re &#8211; d'expert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais concr&#232;tement, en quoi consistait ton travail ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai pos&#233; le contexte et propos&#233; un certain nombre de cours &#224; une trentaine de personnes, celles qui participaient aux stages de formation. Ensuite, quand la distribution a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;e, les com&#233;diens ont visionn&#233; ces m&#234;mes cours. La consigne de Jo&#235;l &#233;tait d'&#234;tre le plus impartial possible. Je lui ai r&#233;pondu que cela me semblait impossible, voire non souhaitable, mais je me suis adapt&#233; &#224; ce qu'il voulait. Avec la dramaturge, notre travail consistait &#224; pr&#233;parer les sc&#232;nes d'improvisation : par exemple, lors d'une sc&#232;ne d'assembl&#233;e avec un d&#233;bat sur le vote, dire si les femmes et les pauvres peuvent participer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon r&#244;le &#233;tait d'identifier les lignes qui s'opposent et de proposer une transcription des archives en langage contemporain. Ce qui nous int&#233;ressait au d&#233;part, c'&#233;tait la confrontation des id&#233;ologies. Faire l'arch&#233;ologie des id&#233;es politiques contemporaines : d'o&#249; viennent-elles et comment sont-elles n&#233;es ? Mais ce projet a beaucoup &#233;volu&#233;, &#224; l'instar d'un travail d'historien. En pratique, chaque jour, on pr&#233;parait une pochette comprenant de nombreux documents pour chaque com&#233;dien, en fonction de la ligne &#224; d&#233;fendre selon le r&#244;le. J'ai donc particip&#233; &#224; un travail p&#233;dagogique et artistique. Les com&#233;diens ont tour &#224; tour incarn&#233; des personnages radicaux puis des contre-r&#233;volutionnaires, c'&#233;tait vraiment tr&#232;s int&#233;ressant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Jo&#235;l, les situations d'impro sont tr&#232;s travaill&#233;es, mais pleines d'incertitudes. &#192; partir de ces s&#233;ances film&#233;es et retranscrites, on a essay&#233; de retrouver de la sinc&#233;rit&#233; et on a nettoy&#233; la R&#233;volution de tout son fatras folklorique et des s&#233;dimentations m&#233;morielles. L'auteur travaillait sur la dramaturgie : un jeu sans sensiblerie et sans aff&#232;teries, car les gens de 1789 n'avaient pas conscience de faire l'histoire, cela n'est venu que petit &#224; petit. Dans d'autres spectacles sur la R&#233;volution, les acteurs optent au contraire pour une forme de grandiloquence quasi t&#233;l&#233;ologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce que tu nous dis, c'est que c'est seulement &#224; partir de ce corpus d'archives et de ce long travail d'improvisation que Jo&#235;l Pommerat a d&#233;cid&#233; d'un spectacle sur la R&#233;volution ? Pas avant ?
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non pas avant. Il a commenc&#233; &#224; croire en la faisabilit&#233; de ce spectacle en juin 2014, au terme des premiers stages, apr&#232;s un mois et demi de boulot. C'est un metteur en sc&#232;ne qui n'a pas d'intention, mais des questions. Il travaille &#224; la mani&#232;re d'un chercheur en sciences sociales : il est parti d'un questionnement, a opt&#233; pour un travail d'archives et une exp&#233;rimentation sur le plateau, donc le terrain, et le sens s'est d&#233;gag&#233;. En cela le travail du dramaturge ressemble &#224; celui de l'historien, de l'anthropologue ou du sociologue. Je m'y suis beaucoup retrouv&#233;. Et c'est &#224; ce moment-l&#224; seulement qu'il m'a embauch&#233; et que mon statut a chang&#233;, je n'&#233;tais plus l'expert, le conseiller historique sur un sujet marqueur comme la R&#233;volution, mais un membre de la compagnie, historien comme d'autres sont com&#233;diens ou costumiers. Et d'ailleurs j'ai &#233;t&#233; pay&#233; en droits d'auteur en tant que membre de la troupe et cr&#233;ateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rappelle-nous la chronologie pr&#233;cise de l'&#233;laboration de la pi&#232;ce&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a travaill&#233; au cours de l'&#233;t&#233; 2014 &#224; Ch&#226;teauvallon et &#224; Toulon, mais la distribution n'&#233;tait pas compl&#232;tement arr&#234;t&#233;e. Parmi les com&#233;diens choisis, il y a d'abord ceux avec lesquels Jo&#235;l travaille tout le temps, notamment les femmes ; il y a ensuite celles et ceux qui ont jou&#233; pour &lt;i&gt;La R&#233;unification des deux Cor&#233;es&lt;/i&gt; (2013) ; il y a enfin les quatre com&#233;diens qu'il a rep&#233;r&#233;s lors des stages. Et certains nous ont rejoints en f&#233;vrier 2015 seulement, au terme d'un stage &#224; Mons en septembre 2014 : rien n'est &#233;tabli, tout se construit petit &#224; petit chez Pommerat. Mais c'est une compagnie qui a de gros moyens et une grande exigence du m&#233;tier. Mais jusqu'ici, je ne t'ai parl&#233; que du processus, cela ne pr&#233;suppose rien du r&#233;sultat final.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Justement, as-tu eu des retours des premi&#232;res repr&#233;sentations &#224; Mons et &#224; Toulouse ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils sont plut&#244;t bons. La deuxi&#232;me partie comprend quelques longueurs, on peut s'ennuyer et il y a des redondances, notamment lors de la sc&#232;ne du &#171; 14 juillet &#187;. La volont&#233; de Jo&#235;l, auteur et metteur en sc&#232;ne, c'&#233;tait justement de ne pas couper parce que pour lui cette sc&#232;ne marque la suspension du temps au cours du mois de juillet 1789, apr&#232;s une grande tension et une acc&#233;l&#233;ration en mai et juin. Cette lenteur permet de ressentir l'ennui mortel et la folie incroyable v&#233;cus lors des &#201;tats g&#233;n&#233;raux, elle traduit les rapports de forces, les luttes concr&#232;tes : doit-on rester dans la m&#234;me salle ou non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette attente qui procure de l'ennui, de l'exasp&#233;ration, fait partie de l'histoire de la R&#233;volution. Au risque de perdre certains spectateurs, on a choisi de recr&#233;er la temporalit&#233; des &#233;motions politiques. Oui les id&#233;es se chevauchent, oui les protagonistes se coupent la parole et se contredisent, rien n'est parfait c'est vrai, mais c'est le sens d'un &#233;v&#233;nement que l'on cherche &#224; red&#233;couvrir. Quand on &#233;crit l'histoire, on met de l'ordre ; au th&#233;&#226;tre, on peut laisser passer une certaine id&#233;e du d&#233;sordre et nous avons choisi de ne pas nous en priver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;T'es-tu lib&#233;r&#233; &#224; chaque p&#233;riode de travail pour participer &#224; la cr&#233;ation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis lib&#233;r&#233; presque tout le temps : en ao&#251;t 2014 &#224; Ch&#226;teauvallon, en f&#233;vrier 2015 au 104, &#224; la ferme du Buisson (Nanterre) au printemps, puis tout l'&#233;t&#233; au th&#233;&#226;tre des Amandiers. Il n'y a qu'en septembre 2014, &#224; Mons, que je n'ai pas pu me lib&#233;rer : j'avais des cours ! Il faut bien comprendre que c'est la premi&#232;re fois qu'un historien travaille aussi longtemps avec un cr&#233;ateur. Cela a suppos&#233; un investissement total de ma part. L'&#233;t&#233; 2015, je n'ai pris qu'une semaine de vacances parce que j'avais ma rentr&#233;e &#224; pr&#233;parer. Je n'avais plus autant boss&#233; depuis ma th&#232;se. Je consid&#232;re que pour moi, sans me payer de mots, il s'agit d'un travail de recherche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Raconte-nous une journ&#233;e type du mois de juillet 2015.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En soir&#233;e, Jo&#235;l annonce la sc&#232;ne qui sera travaill&#233;e le lendemain : le d&#233;bat sur la D&#233;claration des droits de l'homme et du citoyen, par exemple. Avec Marion, on essayait toutefois de deviner &#224; l'avance ce qu'il allait nous demander, et cela fonctionnait souvent. On pr&#233;pare alors des pochettes comprenant de nombreux documents par th&#232;mes, qui ne sont jamais trait&#233;s de mani&#232;re caricaturale. Cela dit, en tant qu'historien, j'ai plaid&#233; pour certaines lignes plut&#244;t que d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Plus concr&#232;tement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On &#233;tait 12 &#224; 15 &#224; bosser sur le plateau, donc on pr&#233;parait 12 &#224; 15 pochettes. Chaque com&#233;dien avait trois ou quatre discours de plusieurs pages, soit une vingtaine de pages &#224; d&#233;couvrir pour le lendemain. Certains recevaient le m&#234;me dossier, car l'interpr&#233;tation change en fonction de l'acteur. Le panel devait repr&#233;senter les oppositions r&#233;elles, ce qui n'a pas &#233;t&#233; &#233;vident pour moi en tant qu'historien, puisque cela a demand&#233; une pr&#233;cision extr&#234;me et une grande exigence intellectuelle. Autour de la question de la D&#233;claration des droits de l'homme, tu as d&#233;j&#224; plusieurs oppositions : les contre-r&#233;volutionnaires &#233;videmment ; mais aussi ceux qui sont d'accord pour une d&#233;claration &#224; condition qu'elle soit pr&#233;c&#233;d&#233;e d'une d&#233;claration des devoirs (Jean-Joseph Mounier, Pierre-Victor Malouet).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette pi&#232;ce, les grands hommes nous int&#233;ressent peu, ce sont les id&#233;es et les anonymes qui nous concernent, afin de rendre l'histoire plus universelle et de r&#233;veiller la conscience politique. Pour en revenir au d&#233;roulement d'une journ&#233;e type, d&#232;s le soir, mais plus s&#251;rement le matin, les com&#233;diens s'approprient le texte. Ils nous questionnent sur le contexte. La d&#233;claration des devoirs, par exemple, sous-entend que l'homme est en dette par rapport &#224; la soci&#233;t&#233;, c'est une vision conservatrice.
L'apr&#232;s-midi, les com&#233;diens jouent et font acc&#233;der le personnage &#224; des horizons que nous n'avions pas imagin&#233;s au d&#233;part. Dans &lt;i&gt;&#199;a ira&lt;/i&gt;, le personnage de Marie-Antoinette est ainsi d&#233;gag&#233; de sa gangue politique. La documentation accumul&#233;e a &#233;t&#233; colossale, peut-&#234;tre une tonne ! J'ai d&#233;couvert bien des archives. Il me semble que notre mani&#232;re de travailler est bien plus &#233;mancipatrice qu'une pi&#232;ce &#224; message, on ne fait pas la le&#231;on, on cherche &#224; interpeller le public, &#224; l'amener &#224; son propre cheminement.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1603 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH502/p14-fin-de-louis-b3ec2.jpg?1779604466' width='400' height='502' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comme pi&#232;ce &#224; message, tu penses au &lt;i&gt;1789&lt;/i&gt; de Mnouchkine ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exactement. Mais Ariane Mnouchkine elle-m&#234;me reconna&#238;t que c'&#233;tait une pi&#232;ce caricaturale et qu'elle ne la rejouerait plus ainsi aujourd'hui. Cette pi&#232;ce du th&#233;&#226;tre du Soleil est ancr&#233;e dans une &#233;poque : elle a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e en 1971, elle &#233;tait &#171; dans son jus &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu as eu recours &#224; la vid&#233;o ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, pour ressentir la peur des gens, pour int&#233;grer la violence, on a visionn&#233; des images de la r&#233;volution ukrainienne et de la r&#233;volution roumaine. Comment rendre compte de la peur li&#233;e &#224; la pr&#233;sence de 30 000 soldats autour de Paris ? Eh bien en passant par un certain anachronisme contr&#244;l&#233; afin de mieux comprendre le pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre exemple de recours &#224; la vid&#233;o : pour expliquer le rapport &#224; la religion. Comment pouvait-on &#234;tre r&#233;volutionnaire et religieux ? D&#233;fendre des id&#233;es radicales mais adopter un positionnement conservateur en mati&#232;re de religion ? Cela peut sembler contre-nature. La R&#233;volution fran&#231;aise fut aussi le r&#233;sultat de cette contradiction : des id&#233;aux et des pratiques r&#233;volutionnaires, mais de fortes croyances religieuses. On a donc visionn&#233; des pr&#234;ches d'imams salafistes afin de donner de l'intelligibilit&#233; au fait que les manifestations avaient surtout lieu le dimanche pendant la R&#233;volution, &#224; l'instar des manifestations du vendredi en &#201;gypte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dernier exemple : comment comprendre que les aristocrates &#233;taient un vrai danger politique ? En les repr&#233;sentant tels qu'ils &#233;taient vraiment ! Non avec leur maquillage, leur poudre et leurs talons, mais en militaires. Ils &#233;taient presque tous officiers ! On a utilis&#233; des costumes plus contemporains pour d&#233;folkloriser la R&#233;volution : tu ressens mieux le danger qu'incarne un aristocrate s'il est d&#233;guis&#233; en Videla&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G&#233;n&#233;ral argentin qui prit le commandement de la dictature de 1976 &#224; 1981, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour finir, alors que la pi&#232;ce va enfin &#234;tre jou&#233;e, tu stresses encore ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai jamais cess&#233; de stresser ! Parce qu'en tant qu'historien je me suis mis en danger. Nous avons &#233;t&#233; confront&#233;s &#224; des situations historiques tr&#232;s pr&#233;cises auxquelles j'ai eu du mal &#224; r&#233;pondre. Il y a &#233;galement eu un positionnement &#224; adopter sur des cas d'histoire contrefactuelle. En travaillant avec la compagnie, j'ai davantage per&#231;u que les contre-r&#233;volutionnaires &#233;taient forts et que Louis XVI n'&#233;tait pas un personnage falot. On a rendu l'histoire plus complexe, mais cela a &#233;t&#233; tr&#232;s d&#233;stabilisant. Au th&#233;&#226;tre, tu dois r&#233;pondre &#224; des points tr&#232;s pr&#233;cis : comment embrasse-t-on un roi ? J'avais une id&#233;e vague, mais tu ne peux pas te permettre d'&#234;tre vague lors d'une repr&#233;sentation publique. Un geste mal fait, et c'est toute la cr&#233;dibilit&#233; du propos qui s'&#233;vapore. L'exigence de fiction est venue questionner mon d&#233;faut d'&#233;rudition, et r&#233;ciproquement. J'ai appris beaucoup de choses sur la R&#233;volution, et pas n&#233;cessairement d'un point de vue intellectuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, j'ai peur parce que je n'ai jamais vu la troisi&#232;me partie de ce spectacle de quatre heures, puisqu'elle n'&#233;tait pas achev&#233;e lors des premi&#232;res repr&#233;sentations &#224; Mons et &#224; Toulouse et n'a jamais &#233;t&#233; jou&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;G&#233;n&#233;ral argentin qui prit le commandement de la dictature de 1976 &#224; 1981, responsable de la disparition de 10 &#224; 30 000 opposants.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
