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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Du martini dans le molotov</title>
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		<dc:creator>Jann-Marc Rouillan</dc:creator>


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&lt;p&gt;Chez les taulards &#224; perpette de Lannemezan, la d&#233;ferlante anti-CPE a &#233;t&#233; suivie d'un oeil plus rigolard que passionn&#233;. La pr&#233;carit&#233; ? En zonzon, elle a depuis toujours quelques longueurs d'avance. Le plus beau, c'est que pour b&#233;n&#233;ficier d'une lib&#233;ration conditionnelle, le d&#233;tenu doit n&#233;cessairement avoir un CDI en b&#233;ton. Mais pour notre correspondant, les images de la lutte &#233;voquent aussi quelques bons souvenirs&#8230; LA VOIX AU BOUT DU FIL me questionne : &#171; Comment en zonzon voyez-vous la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no33-avril-2006" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;33 (avril 2006)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chez les taulards &#224; perpette de Lannemezan, la d&#233;ferlante anti-CPE a &#233;t&#233; suivie d'un oeil plus rigolard que passionn&#233;. La pr&#233;carit&#233; ? En zonzon, elle a depuis toujours quelques longueurs d'avance. Le plus beau, c'est que pour b&#233;n&#233;ficier d'une lib&#233;ration conditionnelle, le d&#233;tenu doit n&#233;cessairement avoir un CDI en b&#233;ton. Mais pour notre correspondant, les images de la lutte &#233;voquent aussi quelques bons souvenirs&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;LA VOIX AU BOUT DU FIL me questionne : &lt;i&gt;&#171; Comment en zonzon voyez-vous la mobilisation contre le CPE ? &#187;&lt;/i&gt; Je suis surpris et je n'ai pas grand-chose &#224; dire. Bien s&#251;r je regarde la t&#233;l&#233; et je lis les journaux, mais je ne vis pas la situation. Je me sens d'ailleurs d'un autre temps, d'un autre pays. &#201;videmment, en suivant la cha&#238;ne info am&#233;ricaine en direct, je fr&#233;mis aux cavalcades des jeunes traqu&#233;s par les hordes de scarab&#233;es noirs. Quelques souvenirs soixante-huitards remontent &#224; ma m&#233;moire. L'&#233;clairage public se refl&#232;te sur les casques et les boucliers comme sur une carapace d'insecte&#8230; Le silence se prolonge. Mon interlocuteur l'interrompt brusquement, comme s'il se rendait compte. &lt;i&gt;&#171; Je comprends, je comprends&#8230; &#187;&lt;/i&gt; Le camarade est un ancien prisonnier politique marseillais. Pour mieux visualiser sa t&#234;te, je me raccroche &#224; un reportage de FR3-Provence, l'instant o&#249; il entre dans le box des accus&#233;s en roulant des &#233;paules dans son blouson de teddy-boy. &lt;i&gt;&#171; Apr&#232;s l'hommage &#224; Jo&#235;lle devant le mur des F&#233;d&#233;r&#233;s, nous sommes all&#233;s aux bastons de Nation. &#187;&lt;/i&gt; &#192; son enthousiasme, je crois entendre exploser les grenades offensives. Il suffirait de si peu pour que les lacrymog&#232;nes me br&#251;lent les yeux. Je me dis que j'irais bien faire l'apr&#232;s-dissolution d'une manif. &lt;i&gt;&#171; Mais le JAP [juge d'application des peines] ne voudra pas&#8230; c'est certain ! &#187;&lt;/i&gt; Pourtant j'aimerais tant leur balancer un pav&#233; sur la gueule ou, mieux, un Molotov, bien alcoolis&#233; ! &lt;i&gt;&#171; Dans ton cocktail Molotov, il faut mettre du Martini mon petit&#8230; &#187;&lt;/i&gt; De notre temps, les rengaines du p&#232;re Ferr&#233; rythmaient l'anarchique d&#233;sinvolture des rues en p&#233;tard. Jusqu'au dernier moment, j'aurais serr&#233; la bouteille brune contre moi. Puis mon regard aurait suivi son voyage dans le ciel orang&#233; des r&#233;verb&#232;res. Avant qu'un geyser de flammes rousses illumine les godillots du mille-pattes&#8230; Sur l'&#233;cran de t&#233;l&#233; d&#233;filent les images d'une assembl&#233;e dans une fac occup&#233;e. Un jeune arbore sur la poitrine le visage du Che, il prend la parole : &lt;i&gt;&#171; Je demande le vote d'une motion condamnant la violence. &#187;&lt;/i&gt; Les os du pauvre Guevara doivent faire des loopings dans sa tombe de Santa Clara. Originaire de Limoux, Mahmoud porte lui aussi un T-shirt du Che, il s'&#233;nerve : &lt;i&gt;&#171; Regarde-le ce couillon ! &#187;&lt;/i&gt; Il est le seul &#233;tudiant encart&#233; du b&#226;timent, finalement il est l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale &#224; lui tout seul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En croisant un groupe de matons dans l'escalier, nous avons entendu : &lt;i&gt;&#171; Il ne faut pas que le gouvernement c&#232;de&#8230; &#187;&lt;/i&gt; Ils croient si fort au parti de l'ordre. Une v&#233;ritable religion. Mais dans la centrale, aucun prisonnier n'a &#233;voqu&#233; publiquement le CPE. Seul Max s'est adress&#233; aux coll&#232;gues de l'atelier &#224; la veille de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale : &lt;i&gt;&#171; Oh les mecs, comment fait-on demain pour aller au boulot, para&#238;t qu'il y a pas de m&#233;tro ! &lt;/i&gt; &#187; Regroup&#233;s autour de la table de b&#233;ton, les gros costauds ont rigol&#233; dans leur barbe. CPE ou pas, ici la vie sans vie suit son cours. Hier, Ren&#233;, dit &#171; Canette &#187; (parce qu'il peut d&#233;vorer six parts de canard aux olives, du moins c'est ce que pr&#233;tend l'Albanais) et St&#233;phane le jardinier se sont trait&#233;s d'encul&#233;s &#224; la suite d'une histoire balourde de ramassage de pissenlits. Depuis plusieurs week-ends, ils bataillaient ferme pour nous d&#233;montrer qui des deux &#233;tait le meilleur p&#226;tissier. &#192; l'&#233;tage, nous ne demandions pas mieux qu'&#224; d&#233;jouer les go&#251;teurs de ce concours enrag&#233;. &lt;i&gt;&#171; Le con, il met pas assez de beurre dans les beignets ! &#187;&lt;/i&gt; Avec le retour d'un beau soleil, les boulistes ont r&#233;apparu dans la seconde cour. Lundi en fin d'apr&#232;s-midi, le pr&#233;fet nous a rendu visite. Quant aux deux aum&#244;niers, d&#233;sormais ils &#233;vitent un &#233;tage. Ils ont appris que plusieurs adeptes d'une secte sataniste s'y &#233;taient regroup&#233;s. Plus g&#233;n&#233;ralement, la d&#233;tention grogne &#224; propos du prix du t&#233;l&#233;phone. Au moins un tiers d'augmentation d'un seul coup, alors que, selon les infos de la t&#233;l&#233;con, les appels &#224; partir d'un fixe ont baiss&#233; d'autant. &lt;i&gt;&#171; Encore une affaire de racket ! &#187;&lt;/i&gt;, conclut la vox populi des coursives. Mais ce n'est pas tout car les discussions tournent en boucle sur la nouvelle application des peines. La centrale de s&#233;curit&#233; est au r&#233;gime sec. Plus de condi. Plus de perm. Plus de gr&#226;ce. Ou alors au comptes gouttes&#8230; Inutile de vous en dire davantage, nous avons d'autres sujets de conversation que les questions de l'heure pour les p&#233;kins du dehors. Et puis, CNE, CPE, CDD ou int&#233;rim, qu'importe si &#224; l'ext&#233;rieur les contrats de pr&#233;carit&#233; se multiplient : notre JAP est tr&#232;s conservateur, il r&#233;clame dans chaque dossier de lib&#233;ration un CDI en b&#233;ton, m&#234;me pour les gars ayant d&#233;pass&#233; l'&#226;ge de la retraite. Il se fout que la loi ait &#233;t&#233; vot&#233;e au temps b&#233;ni du plein emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais n'allez pas croire que dans les zonzons nous ne r&#233;agissons pas aux probl&#232;mes politiques. Bien au contraire, mais instinctivement nous nous sentons plus proches de nos cong&#233;n&#232;res taulards du monde entier. L'opprim&#233; est solidaire de l'opprim&#233; o&#249; qu'il se trouve. Et la d&#233;tention enti&#232;re a &#233;t&#233; particuli&#232;rement sensible aux images d'Abou Ghra&#239;b et de Guantanamo. Comme elle ronchonne au silence orchestr&#233; dans les affaires de torture et des prisons clandestines de la CIA. Ces probl&#232;mes font partie de notre probl&#232;me. Et nous nous en pr&#233;occupons sans doute beaucoup plus que les &#233;tudiants gr&#233;vistes et incommensurablement plus que les b&#233;ni-oui-oui m&#226;chouillant le mot de d&#233;mocratie &#224; longueur de journ&#233;e. L'apr&#232;s-midi o&#249; l'arm&#233;e isra&#233;lienne a attaqu&#233; la prison de J&#233;richo, d'un coup la tension dans la taule a grimp&#233; d'un cran. Chaque coup de pelleteuse contre le b&#226;timent o&#249; s'&#233;taient r&#233;fugi&#233;s les membres du FPLP &#233;tait ponctu&#233; d'un &lt;i&gt;&#171; fils de pute ! &#187;&lt;/i&gt; ou d'un &lt;i&gt;&#171; b&#226;tard ! &#187;&lt;/i&gt; Les taulards, quelles que soient leurs opinions, ont pris parti. Au rez-de-chauss&#233;e, un camarade a lanc&#233; un mot d'ordre de gr&#232;ve de plateau si les prisonniers &#233;taient assassin&#233;s. Il faut rappeler que le seul bombage du b&#226;timent a &#233;t&#233; longtemps : &lt;i&gt;&#171; Gaza = Varsovie, Tsahal = Waffen SS. &#187;&lt;/i&gt; &#192; l'&#233;poque du si&#232;ge de J&#233;nine, un gars, &#224; l'abri des cam&#233;ras, l'a &#233;crit en lettres b&#226;tons sur le mur en face de la buanderie. Le slogan a tenu plus d'un an avant d'&#234;tre effac&#233; la semaine pass&#233;e. Globalement, la Palestine est le centre de la politisation en prison. En cela les taules sont plus proches de l'&#233;tat d'esprit des quartiers. Pourquoi en serait-il autrement, la composition cosmopolite de classe y est la m&#234;me, comme l'&#233;tat d'oppression&#8230; Pour en revenir au CPE, le 28 mars dernier, &#224; l'heure de la manif g&#233;n&#233;rale &#224; Paris, un bricard fait irruption dans ma cellote : &lt;i&gt;&#171; Fouille sp&#233;ciale ! &#187;&lt;/i&gt; Apr&#232;s la fouille &#224; corps, je me rhabille et me glisse en promenade. &#192; peine arriv&#233; sur le terrain de sport, le talkie-walkie du surveillant crachote un ordre : &lt;i&gt;&#171; Tous les agents du b&#226;timent A doivent se rendre dans la cellule de Rouillan. &#187;&lt;/i&gt; &#192; mes c&#244;t&#233;s, Georges rigole : &lt;i&gt;&#171; Au moins, maintenant, on sait o&#249; va se d&#233;rouler la contre-manif pro-CPE ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Au paradis des repentis</title>
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		<dc:creator>Jann-Marc Rouillan</dc:creator>


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&lt;p&gt;La r&#233;ponse &#224; la demande de conditionnelle de Jann-Marc Rouillan vient enfin de tomber : c'est non, car il n'a toujours pas expi&#233; ses p&#233;ch&#233;s.Apr&#232;s dix-huit ans de cabane,il faut encore montrer patte blanche et se signer de l'autre, de pr&#233;f&#233;rence &#224; genoux. Heureux les repentis car le paradis de la conditionnelle leur appartient ! NEUF MOIS APR&#200;S ma demande de lib&#233;ration conditionnelle, grands seigneurs, les magistrats ont enfin daign&#233; me r&#233;pondre. Sans surprise, leur refus sous forme (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no28-novembre-2005" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;28 (novembre 2005)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/PDG-Trucmuche" rel="tag"&gt;PDG Trucmuche&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La r&#233;ponse &#224; la demande de conditionnelle de Jann-Marc Rouillan vient enfin de tomber : c'est non, car il n'a toujours pas expi&#233; ses p&#233;ch&#233;s.Apr&#232;s dix-huit ans de cabane,il faut encore montrer patte blanche et se signer de l'autre, de pr&#233;f&#233;rence &#224; genoux. Heureux les repentis car le paradis de la conditionnelle leur appartient !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;NEUF MOIS APR&#200;S ma demande de lib&#233;ration conditionnelle, grands seigneurs, les magistrats ont enfin daign&#233; me r&#233;pondre. Sans surprise, leur refus sous forme d'hom&#233;lie &#233;nonce les poncifs du culte des victimes.&lt;i&gt; &#171; Souffrances endur&#233;es par les victimes &#187;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#171; D&#233;termination &#224; d&#233;nier toute reconnaissance de la qualit&#233; de victime &#187;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#171; D&#233;ni &#224; l'&#233;gard des victimes&#8230; notamment, celles ex&#233;cut&#233;es sans autre forme de proc&#232;s &#187;&lt;/i&gt;&#8230; Les juges se gardent bien de pr&#233;ciser les faits, le nombre et jusqu'aux noms. Plus de g&#233;n&#233;ral Machin-chose, ni de PDG Trucmuche, l'anonymat conforte leur destin&#233;e sanctifi&#233;e. Et le &#171; notamment &#187; laisse penser qu'il y en a d'autres, beaucoup d'autres ! Leurs fant&#244;mes ont rejoint l'immense troupe des errants aujourd'hui idol&#226;tr&#233;s en un v&#233;ritable paganisme d'&#201;tat ! Cet obscurantisme n'est pas sans rappeler les cultes des anc&#234;tres ou celui des divinit&#233;s des for&#234;ts et des marais terrifiant les enfants dissip&#233;s. Qu'importe ! Car la culture chr&#233;tienne fichera sur ces basses croyances sa croix de fer. Et la vulgate s'&#233;tale au grand jour. Impossible d'&#233;chapper &#224; la tartuferie. &#192; la centrale de Lannemezan, certaines conseill&#232;res en insertion vous poursuivent un crucifix dans la main droite et le code p&#233;nal sous le bras gauche.&lt;i&gt; &#171; Monsieur Rouillan, vous avez pens&#233; &#224; vos victimes ? &#187;&lt;/i&gt; Si vous tentez de fuir, elles vous lancent des anath&#232;mes en vous promettant au moins pire &lt;i&gt;&#171; quatre ans de plus ! &#187;&lt;/i&gt; Leur chef hante les coursives en prof&#233;rant des menaces d'une voix caverneuse &lt;i&gt;&#171; Repentez vous ! Repentez vous ! &#187;&lt;/i&gt; Le directeur pr&#234;che l'amour de son prochain mais renforce le carcan disciplinaire. C'est bien connu, qui aime bien ch&#226;tie bien. Dans cette basilique de la haute s&#233;curit&#233;, Dominique le moine, tenant lieu d'aum&#244;nier, observe avec amusement ce petit monde de nouveaux pr&#233;dicateurs et de sacristains lui volant son pain quotidien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les prisons de France, par la force du plus fort, certains prisonniers succombent aux sornettes inquisitoriales. Ils se confessent en catimini ou participent &#224; des c&#233;r&#233;monies expiatoires puant la servilit&#233; et l'hypocrisie. Selon leur repentance, d'autres arborent des croix d'or et d'argent plus ou moins ostentatoires. Si pr&#232;s de Lourdes, on sait bien que le club de pri&#232;re est un v&#233;ritable ascenseur pour le paradis d'une conditionnelle. Et que dire de ces bonnes &#226;mes du dehors s'imaginant en charge d'une mission sacerdotale ? Elles esp&#232;rent sans doute une indulgence en &#233;change de nos conversions et nous abreuvent de correspondances pieuses. Pendant de longs mois, un &#233;v&#234;que, finalement promu cardinal, a rencontr&#233; en cellule un ancien activiste r&#233;volutionnaire afin qu'il endosse la bure des p&#233;nitents et qu'il soit touch&#233; par la gr&#226;ce de la &lt;i&gt;&#171; souffrance des victimes &#187;&lt;/i&gt;. La foi l'a &#233;clair&#233;. All&#233;luia ! La magistrature de cette nouvelle R&#233;publique de Salo est &#224; la d&#233;rive. Je ne m'&#233;tonnerais pas de lire prochainement dans les attendus d'une d&#233;cision judiciaire la sommation &#224; des g&#233;nuflexions&#8230; Deux mille Ave et autant de Pater Noster&#8230; sans compter la cr&#233;mation de quelques cierges, un p&#232;lerinage &#224; Rocamadour et l'achat de deux ou trois offices de r&#233;demption. Il se trouvera toujours une crapule qu'on encensera pour pr&#233;tendre haut et fort qu'une conditionnelle vaut bien une messe. Attention ! Il est essentiel de ne pas se tromper d'&#201;vangile. Surtout pas ! Car autant l'amour du dieu blanc des catholiques est signe de r&#233;adaptation sociale, autant d'autres croyances religieuses seront comprises comme l'absolu contraire. Il faut voir comment ils traquent les musulmans. Les matons dressent les listes des prisonniers je&#251;nant pour le car&#234;me et r&#233;alisant scrupuleusement les cinq pri&#232;res. Au rez-de-chauss&#233;e de chaque b&#226;timent, il y a bien une salle tenant lieu de mosqu&#233;e. Mais elle est abandonn&#233;e depuis belle lurette. Sa fr&#233;quentation r&#233;guli&#232;re &#233;tait le pr&#233;texte &#224; des refus de r&#233;ductions de peine et &#224; des transferts disciplinaires. Le pauvre gitan de Perpignan que l'on appelle Manolo en taule (ceux qui jouent de la guitare sont souvent baptis&#233;s Manolo), lass&#233; d'une &#233;glise raciste et rang&#233;e avec constance du c&#244;t&#233; des donneurs de coups de triques, s'est fait protestant comme la majorit&#233; de son peuple et n'h&#233;site plus &#224; pr&#233;diquer : &lt;i&gt;&#171; Moi y&#233; m'en fous des gr&#226;c&#233;s et des victimes, y&#233; suis &#233;vany&#233;list&#233;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque le moine Dominique passe sous ma fen&#234;tre, je l'apostrophe au cri d'&lt;i&gt;&#171; &#192; bas l'&#201;glise ! &#187;&lt;/i&gt; Il me r&#233;pond par un large sourire et un &lt;i&gt;&#171; Toi, change de disque ! &#187;&lt;/i&gt; Un apr&#232;s-midi dans la cour, profond&#233;ment agac&#233; par la tartuferie judiciaire, devant un troupeau d'ouailles, il questionna &#224; haute voix :&lt;i&gt; &#171; Victimes ? Victimes ? D'abord il faudrait se demander qui sont les v&#233;ritables victimes de ce syst&#232;me. &#187;&lt;/i&gt; Son propos iconoclaste terrorisa deux culs-b&#233;nits qui jet&#232;rent par-dessus leurs &#233;paules des regards inquiets en direction de l'&#233;chauguette. Ils ont si peur d'&#234;tre condamn&#233;s au b&#251;cher par les inquisiteurs de l'application des peines. Ils savent qu'il en faut si peu. Pour tant l'interrogation de notre Savonarole est l&#233;gitime. Qui sont, &#224; notre &#233;poque, les v&#233;ritables victimes ? Et que penser d'une telle dissym&#233;trie ? Nous avons remarqu&#233; qu'aucun magistrat - eux pourtant si prompts &#224; faire la le&#231;on - n'a os&#233; bl&#226;mer le g&#233;n&#233;ral Aussaresses pour son empathie envers ses victimes fellagas ! Que dire de l'absence de reproche aux patrons d'Eternit ou des autres entreprises conditionnant l'amiante, ayant laiss&#233; crever &#224; petit feu des milliers d'ouvriers ? Oui, qui sont les v&#233;ritables victimes ? Quand on sait que les enfants de certains quartiers d&#233;sh&#233;rit&#233;s re&#231;oivent &#224; leur berceau un mandat de d&#233;p&#244;t &#224; titre ult&#233;rieur&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les juges aiment &#224; se d&#233;guiser dans les jupons noirs de la fille a&#238;n&#233;e de l'&#201;glise, mais ce ne sont que des pharisiens. La liturgie du culte des victimes est &#224; sens unique. Il ne concerne pas puissants et ma&#238;tres toujours blanchis jusqu'&#224; l'immacul&#233;. Quel juge oserait ouvrir une information sur la complicit&#233; des gouvernants de ce pays dans le g&#233;nocide rwandais ? Le monde barbote dans la barbarie, des arm&#233;es de tueurs officient aux quatre coins de la plan&#232;te et les troupes fran&#231;aises ne sont pas exemptes de carnage. Il n'y a pas si longtemps, ils ont bombard&#233; les usines des faubourgs de Belgrade et tir&#233; &#224; la mitrailleuse sur les manifestants d&#233;sarm&#233;s devant l'h&#244;tel Ivoire d'Abidjan. Sans parler de l'h&#233;catombe quotidienne d&#233;coulant des m&#233;canismes de l'accaparement des richesses. Le droit consacre le vol. Et la paup&#233;risation de masse coupable de tant de drames, l'exploitation du travail jusqu'&#224; l'&#233;puisement de la vie, les famines continentales et le manque d'eau potable repr&#233;sentent autant d'armes de destruction massives utilis&#233;es chaque jour contre la population mondiale. Oui, je vous le demande, qui sont les victimes ? Et qui sont les complices des lois r&#233;gissant les massacres ? Poser ces questions est d&#233;j&#224; un signe h&#233;r&#233;tique. Et tout mon propos illustre combien les juges ont raison quand ils affirment que mes &lt;i&gt;&#171; traits de personnalit&#233; &#187;&lt;/i&gt; ne sont pas compatibles avec une &lt;i&gt;&#171; r&#233;adaptation sociale &#187;&lt;/i&gt;. Ainsi soit-il !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La panoplie du maton</title>
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		<dc:date>2005-04-18T09:57:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jann-Marc Rouillan</dc:creator>


		<dc:subject>Chronique carc&#233;rale</dc:subject>
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&lt;p&gt;Dans les corridors de l'administration p&#233;nitentiaire, la mode est au western m&#226;tin&#233; CRS : costumes noirs, cagoules, rangers clout&#233;s, gants matelass&#233;s, fusils &#224; pompes, balles anti-&#233;meutes&#8230; Les taules se transforment en commissariats de couvre-feu, la d&#233;tention en garde &#224; vue illimit&#233;e. L'air du temps est du bleu des gyrophares. Nos matons ont toujours r&#234;v&#233; de ressembler &#224; des policiers. Et le discours de leurs syndicats sur le manque d'effectifs pour accomplir les t&#226;ches de r&#233;insertion (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans les corridors de l'administration p&#233;nitentiaire, la mode est au western m&#226;tin&#233; CRS : costumes noirs, cagoules, rangers clout&#233;s, gants matelass&#233;s, fusils &#224; pompes, balles anti-&#233;meutes&#8230; Les taules se transforment en commissariats de couvre-feu, la d&#233;tention en garde &#224; vue illimit&#233;e. L'air du temps est du bleu des gyrophares.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nos matons ont toujours r&#234;v&#233; de ressembler &#224; des policiers. Et le discours de leurs syndicats sur le manque d'effectifs pour accomplir les t&#226;ches de r&#233;insertion sociale des prisonniers sonne faux et s'accorde de nos jours &#224; la tartuferie p&#233;nitentiaire. Les hommes et les femmes de base r&#233;clament des rangers clout&#233;s, une noire matraque, une paire de menottes et un fusil &#224; pompe. Perben leur a offert toute la panoplie ! Les prisons ressemblent de plus en plus &#224; des commissariats. Ces deux derni&#232;res ann&#233;es, nous avons &#233;t&#233; les t&#233;moins de ce changement de cap. Avec la d&#233;t&#233;rioration acc&#233;l&#233;r&#233;e des conditions de d&#233;tention, nous allons vers une simple garde &#224; vue ad vitam et cetera, comme c'est d&#233;j&#224; le cas dans les prisons de quelques &#201;tats du Sud am&#233;ricain. Tout d&#233;buta dans la farce. Apr&#232;s s'&#234;tre battus pour un r&#233;gime de retraite identique &#224; celui de la police - ce qui est juste en soi -, deux syndicats majoritaires ont obtenu le droit pour les fonctionnaires d'arborer des galons de CRS et d'abandonner ainsi les signes distinctifs de l'engeance carc&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis tr&#232;s vite les choses tourn&#232;rent &#224; l'aigre avec la cr&#233;ation des ERIS (&#201;quipes r&#233;gionales d'intervention et de s&#233;curit&#233;), p&#226;les copies du RAID et autres GIPN, tous v&#234;tus de noir et masqu&#233;s de cagoules de moto. Depuis les passages &#224; tabac se multiplient lors d'op&#233;rations cibl&#233;es et des fouilles &#224; grand spectacle o&#249; ils d&#233;truisent tout ce qui leur tombe sous les chaussures &#224; clous. Un ancien moniteur de sport de la centrale de Moulins, qui au quotidien jouait les gentils et serrait les mains, tout &#224; la fois un peu complice et un peu malfrat, devint par enchantement l'un des pires bastonneurs des ERIS lyonnais. Anonymat et impunit&#233; totale garantis, pourquoi se g&#234;nerait-il ? La cohorte d&#233;barque le m&#233;pris d&#233;gobill&#233; avec l'&#233;vidente volont&#233; d'humilier. D'ailleurs, en dehors des coups, le seul rapport des encagoul&#233;s avec les prisonniers se r&#233;sume aux strip-teases ponctu&#233;s d'insultes et de commentaires pendards : &lt;i&gt;&#171; &#192; quatre pattes ! &#187;&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; &#171; Tourne-toi ! &#187;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#171; Couch&#233;, mains dans le dos ! &#187;&lt;/i&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au courant des demandes pressantes des permanents syndicaux, un maton de la vieille &#233;cole me confessait voici quelques ann&#233;es : &lt;i&gt;&#171; Le jour o&#249;, dans le mirador, ils nous &#233;quiperont de fusils &#224; lunette, je d&#233;missionnerai. &#187;&lt;/i&gt; Il est parti &#224; la retraite. Et ses coll&#232;gues brandissent d&#233;sormais les fameux fusils. Bien s&#251;r, un repr&#233;sentant du personnel expliqua &#224; la t&#233;l&#233; que c'&#233;tait pour mieux viser les jambes ! Je fus malheureusement t&#233;moin de l'un des premiers passages &#224; l'acte &#224; la centrale d'Arles. Le pauvre Enzo, petit voleur sarde n'ayant jamais tu&#233; personne, a &#233;t&#233; cribl&#233; de balles alors qu'il &#233;tait assis &#224; califourchon sur le mur d'enceinte. Ce fut un tel carnage que lorsque la juge de Tarascon demanda &#224; visionner la sc&#232;ne, les bandes des six cam&#233;ras s'&#233;taient volatilis&#233;es. Il n'y a d&#233;cid&#233;ment aucune surprise avec la p&#233;nitentiaire ! Il para&#238;t que sur les bandes on aurait pu reconna&#238;tre l'ordure qui lui donna le coup de gr&#226;ce. Pourquoi craignent-ils ces images ? Le communiqu&#233; officiel du minist&#232;re et les tracts de l'UFAP auraient sans doute affirm&#233; que la pauvre b&#234;te souffrait trop, qu'il fallait bien faire quelque chose et qu'il s'agissait donc d'une mesure humanitaire&#8230; Et les journaleux n'auraient-ils pas comme un seul homme repris cette version ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques semaines auparavant, deux d&#233;tenus guyanais avaient &#233;t&#233; assassin&#233;s de sang froid au pied du mur. Avec de telles armes, impossible de louper la cible, et lorsqu'ils ont des comptes &#224; r&#233;gler entre eux, ils font mouche de la m&#234;me fa&#231;on. De son mirador, &#224; Moulins, un amoureux &#233;conduit tua sur le coup sa dulcin&#233;e en uniforme. Peut-&#234;tre &#233;tait-elle affili&#233;e au syndicat qui avait r&#233;clam&#233; haut et fort ces armes redoutables contre la canaille ? Puis la parodie polici&#232;re envahit les coursives de la d&#233;tention. Comme d'habitude, cela d&#233;buta dans les quartiers d'isolement (QI). Ils trouv&#232;rent une bonne raison de menotter un ou deux individus &#171; tr&#232;s dangereux &#187; puis ils entrav&#232;rent tous les pensionnaires du QI au tristement c&#233;l&#232;bre D5 de Fleury. Au moment d'y d&#233;barquer, j'observai &#224; travers la grille la t&#234;te du brigadier. Il rayonnait d'un tel bonheur, une v&#233;ritable jouissance &#224; jouer au flic. Maintenant, dans tous les secteurs, les galonn&#233;s sont &#233;quip&#233;s d'une paire de menottes et de gants, de ces fameux gants matelass&#233;s sur les phalanges afin d'&#233;viter les fractures quand ils cognent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me &#224; l'h&#244;pital de Fresnes, grand mouroir des prisons fran&#231;aises, le chef d'&#233;tage roule des &#233;paules avec son &#233;quipement d'intervention. Dans certains &#233;tablissements dits s&#233;curitaires, ils s'&#233;quipent aujourd'hui de fusils &#224; pompes garnis jusqu'&#224; la gueule de balles anti-&#233;meutes. Sans doute h&#233;ritier d'une famille de grands braconniers, un &lt;i&gt;&#171; galon jaune &#187;&lt;/i&gt; de Moulins, portant le nom d'un acteur qui parle de lui &#224; la troisi&#232;me personne, aussi con mais beaucoup moins beau, aimait &#224; se balader sur les coursives le fusil en bandouli&#232;re. Pour un oui ou pour un non, il braquait l'engin sous le nez d'un prisonnier : &lt;i&gt;&#171; Alors maintenant tu fais moins le malin ! &#187;&lt;/i&gt; Partout cette ambiance western gagne du terrain. On peut l&#233;gitimement se demander de ce qu'il adviendra une fois que le minist&#232;re aura acc&#233;d&#233; &#224; la demande pressante de cr&#233;er des unit&#233;s arm&#233;es de transfert et de surveillance. Certains fonctionnaires se plaisent d&#233;j&#224; &#224; r&#234;ver tout haut du pompon, du gyrophare bleu et de la mitraillette &#224; la porti&#232;re frapp&#233;e du blason : &#171; Administration p&#233;nitentiaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a peu, le rapport Truche, magistrat de la Commission nationale de d&#233;ontologie de la s&#233;curit&#233;, &#233;clairait certains faits d'une lumi&#232;re crue. Les tabassages au mitard de la centrale de Moulins l'ann&#233;e pass&#233;e auraient &#233;t&#233; commis par des grad&#233;s et des surveillants qui s'&#233;taient d&#233;guis&#233;s avec des uniformes des ERIS. Ils aiment tellement les tenues noires et bleu marine qu'ils en planquaient dans les placards ! Et ce qui devait arriver arriva. D&#233;but f&#233;vrier, un coll&#232;gue d&#233;barqua. &lt;i&gt;&#171; H&#233; les gars, au 2e il y a des ERIS sans cagoules ! &#187;&lt;/i&gt; Bien s&#251;r, on est all&#233; jeter un coup d'&#339;il, et la surprise pass&#233;e, nous f&#251;mes forc&#233;s de reconna&#238;tre l'&#233;vidence : un paquet de matons avait opt&#233; pour la tenue de combat, blouson d'intervention, pantalons de treillis et rangers&#8230; Avant on rigolait du surveillant accrochant le sifflet &#224; une fourrag&#232;re gliss&#233;e &#224; l'&#233;paulette, de ses commandements &lt;i&gt;&#171; affirmatif, rompez ! &#187;&lt;/i&gt; et du claquement de ses talons devant un sup&#233;rieur. Et maintenant les voici tous d&#233;guis&#233;s en CRS ! Mais comme le pr&#233;cisera avec sinc&#233;rit&#233; l'un d'eux : &lt;i&gt;&#171; Rien &#224; voir, il s'agit de tenues de la BAC, parce que nous sommes les seuls vrais de l'anti-criminalit&#233;, non ? &#187;&lt;/i&gt; Et &#224; la vision d'un groupe sombre stationn&#233; au bout de la coursive, qui nous rappela une autre &#233;poque et le carrefour du Boul'mich, avec un vieux copain nous entonn&#226;mes le refrain du quartier latin : face &#224; &lt;i&gt;&#171; vos hommes bien lunett&#233;s, bien casqu&#233;s, bien boucl&#233;s, bien grenad&#233;s, bien sold&#233;s, nous nous sommes mis &#224; crier : &#224; bas l'&#201;tat policier, &#224; bas l'&#201;tat policier ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Loft-story carc&#233;ral</title>
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&lt;p&gt;Quand la mode du reality-show entre en prison, il en ressort &#171; 9m2 &#187;, sit-com carc&#233;rale garantie sans matons, sans bagarres, sans r&#234;ves de cavale. Et, plus incroyable que tout pour un habitu&#233; du placard : sans cris et sans vacarme. On y passerait presque ses vacances. Voil&#224;, il fallait bien que &#231;a arrive. La mode est au reality-show et plus aucun domaine de la vie des hommes et des femmes n'&#233;chappe &#224; la moulinette du faux v&#233;cu&#8230; Apr&#232;s le Loft, le lyc&#233;e et la ferme, aujourd'hui, la prison (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Quand la mode du reality-show entre en prison, il en ressort &#171; 9m2 &#187;, sit-com carc&#233;rale garantie sans matons, sans bagarres, sans r&#234;ves de cavale. Et, plus incroyable que tout pour un habitu&#233; du placard : sans cris et sans vacarme. On y passerait presque ses vacances.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Voil&#224;, il fallait bien que &#231;a arrive. La mode est au reality-show et plus aucun domaine de la vie des hommes et des femmes n'&#233;chappe &#224; la moulinette du faux v&#233;cu&#8230; Apr&#232;s le Loft, le lyc&#233;e et la ferme, aujourd'hui, la prison avec la s&#233;rie &#171; 9 m2 &#187;. En se d&#233;marquant des grosses cha&#238;nes de la lobotomie commer&#231;ante, Arte a exploit&#233; ce filon in&#233;dit en nous collant une semaine durant de la fausse existence cellulaire. Je suis allong&#233; sur le m&#234;me lit &#224; trois &#233;tages. J'ai la m&#234;me fen&#234;tre, la m&#234;me table, finalement la m&#234;me cellule. N&#233;anmoins, face &#224; ces images, le faux me saute &#224; la gueule. Et quelle que soit l'intention des faussaires. D'ailleurs, Momo avoue qu'en jouant cette com&#233;die, &lt;i&gt;&#171; c'est comme si je me retirais&#8230; du monde carc&#233;ral &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est bien l&#224; le probl&#232;me. Dans &#171; 9 m2 &#187;, la prison a disparu, remplac&#233;e par le silence. M&#234;me au plus profond d'un quartier de haute s&#233;curit&#233;, le vacarme ne s'&#233;vanouit jamais &#224; ce point. Qu'importe l'heure, la rumeur des centaines d'emmur&#233;s presse sur l'instant personnel. Chaque peau de b&#233;ton palpite &#224; celle des voisins. Pas une nuit sans qu'un gars ne p&#232;te les plombs. Celui qui n'a pas eu sa dose. Celui qu'ils baluchonnent, direction le mitard. Du soir au matin et du matin au soir, la prison frappe &#224; la porte et hurle &#224; la fen&#234;tre. Il n'y a rien &#224; faire contre cet envahissement, sauf quand on ne supporte plus, comme ce cong&#233;n&#232;re de Moulins qui, en rentrant de l'atelier, tirait des rideaux opaques et portait un casque anti-bruit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans leurs &#171; 9 m2 &#187; de t&#233;l&#233;, o&#249; sont les centaines de gars du b&#226;timent ? Si ce n'est le caricatural et lointain appel &#224; la pri&#232;re d'un mufti d'occasion, la fen&#234;tre est muette, pas de discussions ni de disputes. Les murs et les tuyaux ne r&#233;sonnent pas aux diff&#233;rents codes pour annoncer l'approche de la ronde ou les trois coups brefs pour &lt;i&gt;&#171; les yoyos ! &#187;&lt;/i&gt;. Chez moi, &#224; 5 heures du mat', les matons &#233;veillent les transf&#233;r&#233;s. Une demi-heure apr&#232;s, le roulis des chariots secoue les b&#226;timents. Les premiers verrous. &#192; la p&#233;riode du Car&#234;me, les bruits des assiettes et les repas pr&#233;par&#233;s sur les chauffes. La derni&#232;re ronde tourne et sort par les promenades. Un maton shoote une canette vide pour effrayer les rats. Ils discutent comme en plein jour. Les insultes pleuvent des fen&#234;tres et en r&#233;ponse quelques menaces s'&#233;l&#232;vent. D'un coup, la galerie s'&#233;broue des verrous. &#192; l'ambiance, on sait si on aura affaire la matin&#233;e enti&#232;re &#224; une &#233;quipe de fachos. Les portes claquent. Les ordres sont hurl&#233;s par le chef de table : &lt;i&gt;&#171; 1er, 2e, 4e, envoyez les mouvements 7 h 30 ! &#187;&lt;/i&gt;. Chaque &#233;tage doit confirmer : &lt;i&gt;&#171; 1er re&#231;u &#187;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#171; 2e re&#231;u &#187;&lt;/i&gt; et ainsi de suite. &lt;i&gt;&#171; 3e, quatre arrivants &#187;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#171; 3e re&#231;u &#187;&lt;/i&gt;. Et les cris sont incessants jusqu'au changement d'&#233;quipe et ensuite jusqu'&#224; la tomb&#233;e de la nuit et la fermeture des verrous. &#192; chaque heure du jour et de la nuit, la prison vit et passent les heures. Nous sommes ces heures qui sonnent et s'enfuient. C'est la condition des prisonniers. Et pas besoin de montre, la rumeur nous alerte. L'horloge rythme le tempo de son sempiternel tic-tac de murs et de fer. Et son tapage nous sert de barom&#232;tre, on y pressent le degr&#233; de tension, si une bagarre se pr&#233;pare, si des comptes se r&#233;gleront &#224; la douche ou dans l'escalier. La prison nous pr&#233;vient si la journ&#233;e sera longue ou si elle sera comme toutes les autres&#8230; un jour &#224; perdre ou un jour &#224; &#233;chapper au pire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est normal que si l'&#233;mission &#171; 9 m2 &#187; ne fait pas ressentir la prison, les matons disparaissent avec elle. Aucun commandement, pas de pr&#233;sence mena&#231;ante, nul encagoul&#233;. Du coup, l'enfermement est ch&#226;tr&#233; de tout contenu d'oppression et de r&#233;sistance. Il faut un effort d'imagination pour sentir la pr&#233;sence du maton derri&#232;re l'&#339;illeton. Savoir qu'&#224; tout moment, ils peuvent entrer et &#233;ructer un ordre, sonder les barreaux, retourner la cellule pour une fouille. Dans ce loft, m&#234;me en r&#234;ve les acteurs ne pensent pas &#224; la cavale. Et s'ils existent - on finit par en douter - les matons vaquent &#224; des occupations tout &#224; fait anodines. O&#249; est la menace omnipr&#233;sente du fusil dans le mirador ? Surtout aux Baumettes, o&#249; il n'y a pas si longtemps un maton a flingu&#233; un d&#233;tenu d&#233;sarm&#233; et bless&#233; quatre autres candidats au d&#233;part. Derri&#232;re la porte, toujours le silence, l'absence. Pas de cris : &lt;i&gt;&#171; En ligne, sortez les mains des poches ! &lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;&#171; En silence, alignez-vous ! &#187;&lt;/i&gt;. Pas d'insultes ni d'humiliations jusqu'aux tabassages, et en r&#233;ponse les dizaines de portes secou&#233;es &#224; coups de tabourets. Dans cette zonzon imaginaire, ni trafic ni arme. Plus de balances, plus de besoin de se serrer les coudes. Le cellote ne fleure pas le chichon, pas de flasque de pastis dissimul&#233;e dans le cale&#231;on. Pas d'infos &#224; mots couverts, pas de portable. Tout est clean jusqu'&#224; l'aseptis&#233;. Rien &#224; cacher, pas de r&#233;volte contre la direction, le JAP, la longueur des peines, pas de d&#233;sespoir ultime, pas de r&#233;crimination ou de gueulante contre le syst&#232;me anthropophage, aucune revendication pour soi ou pour ses cong&#233;n&#232;res, pas de r&#234;ve d'incendie, pas de souvenir des &#233;meutes pass&#233;es&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les acteurs bidonnent. D'ailleurs ils savent ce que le spectateur attend. Pour dealer du folklore, ils collent dans le d&#233;cor trois ou quatre photos de nanas &#224; poil. Finalement, le seul int&#233;r&#234;t de cet exercice est de r&#233;exposer le drame social de la prison. L'immense majorit&#233; de la population p&#233;nale n'a aucune conscience de sa situation. Ils subissent la prison, ils en sont les &#233;ternels vaincus. Le feuilleton &#171; 9 m2 &#187; nous expose un carc&#233;ral civilis&#233; et propret. Le r&#234;ve de tout ma&#238;tre en communication de l'Administration p&#233;nitentiaire, une prison qui ne serait qu'une gentillette privation de libert&#233;. Et pour le dehors, c'est d'autant plus cr&#233;dible que ce sont des d&#233;tenus qui nous la servent ! On comprend pourquoi l'ensemble des m&#233;dias a trouv&#233; ce triste spectacle tr&#232;s chouette. Par contre, regardez &lt;i&gt;l'&#201;xp&#233;rience&lt;/i&gt;, le film d'Olivier Hirschbiegel, et vous saisirez pourquoi les laudateurs ont tout int&#233;r&#234;t &#224; dissimuler le face-&#224;-face taulards/matons. Car que l'on soit d'un c&#244;t&#233; ou de l'autre, tout change, entre l'opprim&#233; et celui qui par son r&#244;le m&#234;me devient finalement un tortionnaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Extorsion de regrets</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Extorsion-de-regrets</link>
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		<dc:date>2004-12-20T10:48:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jann-Marc Rouillan</dc:creator>


		<dc:subject>Chronique carc&#233;rale</dc:subject>
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&lt;p&gt;En dix-huit ans de prison, c'est toujours la m&#234;me question qui revient sur les l&#232;vres de l'ordre carc&#233;ral : &#171; Regrettez-vous ? &#187; Sans repentir, pas de lib&#233;ration conditionnelle. Sans soumission &#224; leur chantage, pas d'espoir que les portes s'entrouvrent. Mais cette extorsion ne vise qu'une cat&#233;gorie de taulards bien sp&#233;cifique. Fresnes, 2e division Nord, 1er &#233;tage. Voil&#224; d&#233;j&#224; cinq mois que l'administration me bloque dans les maisons d'arr&#234;t de la r&#233;gion parisienne. Et aucune nouvelle d'un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En dix-huit ans de prison, c'est toujours la m&#234;me question qui revient sur les l&#232;vres de l'ordre carc&#233;ral : &lt;i&gt;&#171; Regrettez-vous ? &#187;&lt;/i&gt; Sans repentir, pas de lib&#233;ration conditionnelle. Sans soumission &#224; leur chantage, pas d'espoir que les portes s'entrouvrent. Mais cette extorsion ne vise qu'une cat&#233;gorie de taulards bien sp&#233;cifique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Fresnes, 2e division Nord, 1er &#233;tage. Voil&#224; d&#233;j&#224; cinq mois que l'administration me bloque dans les maisons d'arr&#234;t de la r&#233;gion parisienne. Et aucune nouvelle d'un &#233;ventuel transfert vers un centre pour peine. Au moins ce s&#233;jour m'aura permis de constater une fois encore combien, &#224; l'&#233;poque du n&#233;o-conservatisme triomphant, la d&#233;tention des prisonniers politiques repose sur deux piliers fondamentaux : la s&#233;curit&#233; militaris&#233;e et l'incessante exigence de repentir. Pour la premi&#232;re, ils ont leurs escadrons de cagoul&#233;s et les fusils des miradors. Pour la seconde, la r&#232;gle a d&#233;velopp&#233; ses ordres s&#233;culiers : assistantes sociales, juges d'application des peines (JAP), directeurs, journalistes judiciaires et bons pensants. &#192; peine me croisent-ils que la question leur br&#251;le les l&#232;vres : &lt;i&gt;&#171; Regrettez-vous ?&#8230; Monsieur Rouillan, si vous exprimez des regrets, votre demande de conditionnelle sera examin&#233;e d'un tout autre &#339;il&#8230; &#187;&lt;/i&gt; &#192; chaque instant, malgr&#233; les ans, l'interrogation revient sur le tapis. Leur morale instaure le chantage permanent (&#224; sa suite pointent les repr&#233;sailles du prochain transfert, celles des conditions de d&#233;tention et la lib&#233;ration repouss&#233;e) et proscrit tout questionnement sur le questionnement lui- m&#234;me. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, je gardais une position de principe, la m&#234;me r&#233;ponse qu'aux juges et autres cond&#233;s. Invariablement : &lt;i&gt;&#171; Je refuse de r&#233;pondre &#224; la question. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car qu'est-ce que c'est que cette notion tyrannique, si ce n'est une contrition jud&#233;o-chr&#233;tienne ? Bien &#233;videmment, le &lt;i&gt;&#171; regrettez-vous ? &#187;&lt;/i&gt; ne s'adresse pas aux auteurs des actes les plus graves, mais bien &#224; ceux qui ont lutt&#233; contre le syst&#232;me. Imaginez-vous Mitterrand exiger des regrets des g&#233;n&#233;raux putschistes alg&#233;rois avant de les amnistier ? Avez-vous entendu parler d'un juge ou d'un journaliste ayant os&#233; poser la question &#224; Papon et &#224; Aussaresse, sinon aux tueurs de l'OAS ? Ou aux cadres de Luchaires et de Giat ayant approvisionn&#233; en mat&#233;riels de guerre et fus&#233;es de feu d'artifice les massacres de la guerre Irak/Iran ? Jamais ! Et aux dirigeants de Protec ayant livr&#233; cl&#233;s en main une usine de gaz chimique &#224; Saddam Hussein ? Pas plus ! Non, aujourd'hui, il faut se repentir de s'&#234;tre oppos&#233; et demander gr&#226;ce pour s'&#234;tre rebell&#233;. L'apoth&#233;ose r&#233;actionnaire est telle qu'apr&#232;s deux d&#233;cennies de prison - et quelle prison : isolement total, restrictions en tout genre, violences&#8230; - ils aimeraient en sus une mortification publique, tenue en laisse, la t&#234;te couverte de cendres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socialo ou carr&#233;ment de droite, ce n'est pas un probl&#232;me de camp politique. En effet, la semaine o&#249; ils m'ont pos&#233; la question pour la &#233;ni&#232;me fois, &#224; Madrid est apparue une pol&#233;mique &#224; peine n&#233;e que d&#233;j&#224; &#233;touff&#233;e. Le gouvernement de Zapatero a invit&#233; des v&#233;t&#233;rans de la Division Azul &#224; d&#233;filer le jour de la f&#234;te nationale, qu'ils consid&#232;rent comme le jour de la &lt;i&gt;&#171; c&#233;l&#233;bration de la race &#187;&lt;/i&gt; (blanche). Pour les plus jeunes, je rappellerai qu'il s'agit des volontaires fascistes engag&#233;s dans les SS pour combattre sur le front de l'Est. Ils furent responsables de massacres non seulement sur le champ de bataille, mais aussi de retour au pays dans les pelotons de fusilleurs d'opposants. Leur a-t-on demand&#233; s'ils regrettaient avant d'affirmer qu'une page &#233;tait tourn&#233;e et que jamais il n'y aurait de d&#233;nazification de l'Espagne ?&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Durant les vingt ans o&#249; ils ont dirig&#233; la mairie de Madrid, les socialistes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; Il est clair que la page se tourne, mais toujours au profit des m&#234;mes. Car pour &#234;tre reconnus, les combattants anti-franquistes doivent montrer patte blanche. La mode de l'&#233;poque est &#224; la rouverture de proc&#232;s tendant &#224; d&#233;montrer leur innocence&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par exemple, le proc&#232;s de Puig Antich, dernier garrott&#233; de l'&#233;poque (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle mascarade pitoyable ! Et dire que des communistes et des anarchistes collaborent &#224; ces caricatures judiciaires, laissant aux juges, souvent des anciens fascistes ou format&#233;s au n&#233;o-franquisme, le soin de trancher la question. Ces camarades trahissent l'engagement de ceux qu'ils pr&#233;tendent d&#233;fendre. Qui sont les vrais coupables ? Ceux qui ont combattu le fascisme &#224; la vie &#224; la mort ou ceux qui les ont froidement assassin&#233;s, les juges militaires, les policiers, les bourreaux, les responsables du parti unique ? Mais peut-&#234;tre ces histoires sont-elles trop anciennes pour les jeunes d'aujourd'hui ? Qu'importe, car les exemples ne manquent pas. Les m&#234;mes socialistes espagnols montrent qu'ils ne regrettent rien de leur implication dans la cr&#233;ation des escadrons de la mort des GAL ayant sur le seul territoire de l'&#201;tat fran&#231;ais caus&#233; la mort de vingt-trois militants et habitants du pays basque. Justement, cette affaire date de l'&#233;poque des faits qu'on nous reproche. Au mois d'octobre dernier, apr&#232;s seulement six ans, le gouvernement a lib&#233;r&#233; le g&#233;n&#233;ral Galindo, pourtant condamn&#233; &#224; soixante-quinze ans de r&#233;clusion. Pensez-vous qu'on ait demand&#233; &#224; ce Garde Civil s'il regrettait d'avoir enlev&#233; deux r&#233;fugi&#233;s &#224; Bayonne, de les avoir conduits dans une caserne d&#233;saffect&#233;e, de les avoir sauvagement tortur&#233;s des jours et des nuits jusqu'&#224; ce que mort s'ensuive, et de les avoir enterr&#233;s en catimini sous la chaux vive &#224; mille kilom&#232;tres de l&#224; ? Comme les faits de rapt suivi d'assassinat se sont d&#233;roul&#233;s en France, que des complices impliqu&#233;s dans les dossiers sont toujours en poste dans la police fran&#231;aise, &#224; quoi bon s'interroger si quelqu'un lui a demand&#233; &lt;i&gt;&#171; regrettez-vous ? &#187;&lt;/i&gt; Bien s&#251;r que non ! La question ne viendrait pas &#224; l'esprit d'un juge ou d'un journaliste ou de quiconque d'honn&#234;te, bon catholique et respectueux des lois. Parce que, comme il se doit, la mise en avant des credo apostoliques remet &#224; l'usage quotidien les pires tartuferies. Et chaque fois que les repr&#233;sentants de l'ordre moral, religieux, judiciaire, militaire et policier exigent de moi cette repentance, je comprends que le pourquoi ayant motiv&#233; ma lutte depuis le combat contre Franco demeure d'actualit&#233;. Pourtant, ne croyez point que je ne regrette rien. Apr&#232;s dix-huit ans de prison, je regrette par exemple les parfums d'une for&#234;t de pins apr&#232;s la pluie d'orage, les rues d&#233;sertes &#224; certaines heures crues de la nuit, les rires des camarades, ceux qui n'en reviendront plus et qui ne quittent jamais nos souvenirs, les cavalcades insurg&#233;es sous les grenades lacrymog&#232;nes et les balles sifflantes comme des gu&#234;pes&#8230; Enfin, pour vous dire que je regrette mille choses.Et d&#233;cid&#233;ment, &lt;i&gt;&#171; on peut regretter les meilleurs temps mais non fuir aux pr&#233;sents &#187;&lt;/i&gt;. Ce n'est pas de moi mais de Montaigne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Durant les vingt ans o&#249; ils ont dirig&#233; la mairie de Madrid, les socialistes du PSOE n'ont pas d&#233;baptis&#233; la rue de la Division Azul ni les autres rues portant un nom tir&#233; du panth&#233;on fasciste. Comme a dit un ministre, s'il fallait jeter dehors tous les fascistes et ceux qui ont collabor&#233; avec le fascisme, il ne resterait pas grand monde dans le pays. Je lui donne raison l&#224; dessus. Mais le cas &#233;tait identique en Allemagne, cela a-t-il emp&#234;ch&#233; la tenue du proc&#232;s de Nuremberg ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Par exemple, le proc&#232;s de Puig Antich, dernier garrott&#233; de l'&#233;poque franquiste en mars 74, sera rouvert prochainement, comme celui de Delgado y Granado, militants anarchistes assassin&#233;s dix ans plus t&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; Si tu veux revenir entier, tiens-toi &#224; carreau &#187;</title>
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		<dc:creator>Jann-Marc Rouillan</dc:creator>


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&lt;p&gt;Suite &#224; sa plainte pour &#171; coups et violences &#187; contre les surveillants encagoul&#233;s de Moulins-Yzeure, Jann-Marc Rouillan a &#233;t&#233; convoqu&#233; fin septembre chez une juge d'instruction. Et qui se charge de l'y conduire ? &#192; nouveau les matons &#224; cagoules&#8230; Qui ont d&#233;cid&#233;ment du mal &#224; r&#233;fr&#233;ner leurs pulsions. A la t&#233;l&#233;, quelques br&#232;ves images vol&#233;es lors de l'incarc&#233;ration d'Yvan Colonna ou d'une t&#234;te d'affiche du fait divers r&#233;v&#233;laient l'&#233;tendue de l'actuelle parano&#239;a p&#233;nitentiaire, du moins &#224; ceux (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no16-octobre-2004" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;16 (octobre 2004)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/tete-d-affiche" rel="tag"&gt;t&#234;te d'affiche&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Suite &#224; sa plainte pour &#171; coups et violences &#187; contre les surveillants encagoul&#233;s de Moulins-Yzeure, Jann-Marc Rouillan a &#233;t&#233; convoqu&#233; fin septembre chez une juge d'instruction. Et qui se charge de l'y conduire ? &#192; nouveau les matons &#224; cagoules&#8230; Qui ont d&#233;cid&#233;ment du mal &#224; r&#233;fr&#233;ner leurs pulsions.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A la t&#233;l&#233;, quelques br&#232;ves images vol&#233;es lors de l'incarc&#233;ration d'Yvan Colonna ou d'une t&#234;te d'affiche du fait divers r&#233;v&#233;laient l'&#233;tendue de l'actuelle parano&#239;a p&#233;nitentiaire, du moins &#224; ceux sachant la reconna&#238;tre. J'en ai eu la confirmation lors de ma venue pas tr&#232;s loin de la capitale. De ma lucarne, tout en haut du QHS de Fleury, j'ai assist&#233; &#224; deux de ces transferts extraordinaires. Sept ou huit v&#233;hicules bleus partent &#224; la queue leu-leu bourr&#233;s jusqu'&#224; la gueule d'encagoul&#233;s. Les matons racontent avec fiert&#233; que le convoi est &#233;quip&#233; de mitrailleuses&#8230; sans compter, en guise de pompon, le survol d'un h&#233;licopt&#232;re de la protection civile ! Ce cirque barbote jusqu'au cou dans la farce ridicule. Nous pourrions nous moquer et rire de ces extravagances, si elles ne refl&#233;taient pas la folie et la haine s&#233;curitaire s'imposant comme les sinistres mar&#226;tres de la nouvelle gestion carc&#233;rale. Mardi 21 septembre, je suis convoqu&#233; par la juge d'instruction du tribunal de Moulins pour &#234;tre entendu sur les conditions de mon &#233;vacuation violente de la Centrale, en mai dernier (voir &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Les-matons-de-Moulins-ont-les'&gt;&lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;14&lt;/a&gt;). Arrivant dans la derni&#232;re ligne droite de ma perp&#232;te, je pensais &#233;chapper &#224; ces conneries spectaculaires. Apr&#232;s dix-huit ans, c'est encore mal les conna&#238;tre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce matin-l&#224;, &#224; la fouille de Fresnes, je finis ma nuit par un lent cent-pas dans une salle d'attente puante et sale lorsqu'ils entrent : six encagoul&#233;s harnach&#233;s d'un &#233;quipement digne de super-Mario. &lt;i&gt;&#171; Bouge pas ! Ne dis pas un mot, r&#233;ponds simplement par oui ou par non. Tu sais o&#249; tu vas ? &#187;&lt;/i&gt; Je fais un signe de la t&#234;te. &lt;i&gt;&#171; Bon, alors si tu veux revenir ici entier, tiens-toi &#224; carreau&#8230; &#187;&lt;/i&gt; Ils forment un cercle noir autour de moi.&lt;i&gt; &#171; Le blouson ! &#187;&lt;/i&gt; Je donne le blouson et je soul&#232;ve le T-shirt. &lt;i&gt;&#171; Quand je te le dirai ! &#187;&lt;/i&gt;, hurle le cagoul&#233; sous mon nez. &lt;i&gt;&#171; C'est moi qui commande ! Tu comprends &#231;a ? C'est moi le patron ! &#187;&lt;/i&gt; Le ton &#233;voque celui des sergents des Marines am&#233;ricains. Suis-je cens&#233; r&#233;pondre ? &lt;i&gt;&#171; Oui chef, bien chef ! &#187;&lt;/i&gt; Son coll&#232;gue derri&#232;re lui &#233;pluche mon blouson centim&#232;tre carr&#233; par centim&#232;tre carr&#233;, couture apr&#232;s couture. Au bout de longues minutes, il termine enfin. &lt;i&gt;&#171; Le T-shirt ! &#187;&lt;/i&gt; Et l'&#233;pouillage se poursuit. Interminable. &lt;i&gt;&#171; Le pantalon !&#8230; La chaussette gauche !&#8230; La chaussette droite !&#8230; Le slip !&#8230; &#187;&lt;/i&gt; La c&#233;r&#233;monie s'&#233;ternise et je me g&#232;le les couilles dans la pi&#232;ce de ciment aussi nue que moi. D&#233;bute alors la petite gymnastique : &lt;i&gt;&#171; Les testicules &#224; droite !&#8230; Les testicules &#224; gauche !&#8230; Les oreilles ! &#187;&lt;/i&gt; Je ram&#232;ne mes pavillons vers l'avant, il les scrute &#224; la lampe de poche et exige que je passe mes mains dans mes cheveux. Ce qui me reste de poils ne d&#233;passant gu&#232;re les deux centim&#232;tres, je souris. &lt;i&gt;&#171; On n'est pas ici pour rigoler ! Accroupi, accroupi !&#8230; &#187; &lt;/i&gt; La violence pointe derri&#232;re les ordres. Elle est palpable. Ils s'y pr&#233;parent. Soudain, le cercle s'est resserr&#233;. &lt;i&gt;&#171; Accroupi ! Ob&#233;is ! &#187;&lt;/i&gt; Chaque fois que j'affronte une telle situation, je repense au vieil Espagnol qui m'instruisait de ses exp&#233;riences afin de me pr&#233;parer (si l'on peut s'y pr&#233;parer) aux tortures de la police politique franquiste. Lui y &#233;tait pass&#233;, et combien de fois, sans parler de son s&#233;jour dans les ge&#244;les de la Gestapo et de son p&#233;riple concentrationnaire du c&#244;t&#233; de Dachau. &lt;i&gt;&#171; Pense qu'ils ne sont que des machines, de toutes petites machines qui appliquent les ordres parce qu'une main a remont&#233; le ressort&#8230; Et dis-toi qu'une machine ne peut humilier un homme, jamais&#8230; N'entre pas dans leur jeu, reste un homme&#8230; et tu seras le plus fort ! &#187;&lt;/i&gt; Le cercle s'&#233;largit &#224; nouveau. &#192; leur souffle, je sais qu'ils sont d&#233;&#231;us, ils &#233;taient si heureux de se faire une &#171; vedette &#187;, comme ils disent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; peine me suis-je rhabill&#233; qu'ils m'encha&#238;nent, me tirent, me poussent, me secouent. Ils m'enfilent sommairement un &#233;norme gilet pare-balles me remontant jusqu'aux yeux. Craignent-ils que des membres de l'ERIS&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les &#201;quipes r&#233;gionales d'intervention et de s&#233;curit&#233; (ERIS), cr&#233;&#233;es en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; soient capables de m'emp&#234;cher de t&#233;moigner en m'allumant au fusil &#224; lunette ? &#192; mon passage, quelques matons rigolent. Que je sois content, d'autres ont droit &#224; un chiffon d&#233;gueulasse sur la t&#234;te pour toute cagoule. &#192; la grille principale, je d&#233;crypte l'&#233;cusson de leur unit&#233; : peloton d'intervention de la Garde r&#233;publicaine ! Supris, je lis &#224; nouveau pour m'en convaincre. Ainsi, ils ont contamin&#233; de la fi&#232;vre rabique jusqu'aux gardes d&#233;bonnaires. De mon temps, magnanimes, nous laissions filer ceux passant &#224; notre port&#233;e ! Pourquoi flinguer des motards r&#233;serv&#233;s au d&#233;corum tr&#232;s aristocratique des palais de la r&#233;publique&#8230; Aujourd'hui, succombant &#224; la mode s&#233;curitaire, ils sont all&#233;s jusqu'&#224; cr&#233;er leur propre unit&#233; de tortionnaires encagoul&#233;s ! Pas le moment de s'abandonner &#224; la nostalgie, ils m'enferment dans une cage de fer digne des cachots de Louis XI. &#192; peine la place de s'y recroqueviller, 60 centim&#232;tres sur 80 et impossible de se mettre debout. Le cerveau malade qui tra&#231;a les plans de cette bo&#238;te avait au moins pr&#233;vu un plafond d'a&#233;ration et une minuscule plaque de verre pour la lumi&#232;re. Pour le premier, un empilage de gilets pare-balles a r&#233;duit sa fonction au simple t&#233;moignage. Pour la seconde, un syst&#232;me artisanal permet &#224; l'escorte de l'obturer en tirant un blouson. Me voici r&#233;duit &#224; l'&#233;tat de cornichon ! Au d&#233;marrage, je comprends que nous formons tout un &#233;quipage. L'&#233;cho des sir&#232;nes et les cris stridents des sifflets percent le blindage de ma cage. La bo&#238;te de conserve se trouve encadr&#233;e par plusieurs v&#233;hicules et motards de la Garde r&#233;publicaine. Nous partons pour huit heures de voyage&#8230; quasiment officiel, si j'ose dire. Car l'outrance s&#233;curitaire me propulse au rang protocolaire d'un roi africain ou d'un pr&#233;sident d'une r&#233;publique banani&#232;re anciennement populaire&#8230; Dans le noir, j'en rigole tout seul.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les &#201;quipes r&#233;gionales d'intervention et de s&#233;curit&#233; (ERIS), cr&#233;&#233;es en f&#233;vrier 2003 par le garde des Sceaux Dominique Perben, sont des brigades de surveillants form&#233;s par le GIGN et autoris&#233;s &#224; porter la cagoule. &lt;i&gt;&#171; Un corps de mercenaires cr&#233;&#233; pour casser du d&#233;tenu &#187;&lt;/i&gt;, comme dit Bernard Ripert, l'avocat de Rouillan [NDLR].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le QHS de Fleury prend un coup de jeune</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Le-QHS-de-Fleury-prend-un-coup-de</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jann-Marc Rouillan</dc:creator>


		<dc:subject>Chronique carc&#233;rale</dc:subject>
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&lt;p&gt;Le QHS nouveau est arriv&#233;. La nostalgie des ann&#233;es 70 n'ayant pas &#233;pargn&#233; l'administration p&#233;nitentiaire, celle-ci vient de rouvrir le Quartier de Haute S&#233;curit&#233; de Fleury-M&#233;rogis, ferm&#233; depuis 1981. Notre collaborateur Jann-Marc Rouillan y a s&#233;journ&#233; une partie de l'&#233;t&#233;. Apr&#232;s les tortures subies &#224; Moulins (voir CQFD n&#176;14), et avant un &#233;ni&#232;me transfert vers d'autres cieux carc&#233;raux, c'&#233;tait l'occasion de visiter les murs rendus c&#233;l&#232;bres par Mesrine. A la fouille, lorsque le brigadier dit (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no15-septembre-2004" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;15 (septembre 2004)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/jour" rel="tag"&gt;jour&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/porte" rel="tag"&gt;porte&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/portes" rel="tag"&gt;portes&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/porte-claque" rel="tag"&gt;porte claque&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Fleury-Merogis" rel="tag"&gt;Fleury M&#233;rogis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/tourne" rel="tag"&gt;tourne&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le QHS nouveau est arriv&#233;. La nostalgie des ann&#233;es 70 n'ayant pas &#233;pargn&#233; l'administration p&#233;nitentiaire, celle-ci vient de rouvrir le Quartier de Haute S&#233;curit&#233; de Fleury-M&#233;rogis, ferm&#233; depuis 1981. Notre collaborateur Jann-Marc Rouillan y a s&#233;journ&#233; une partie de l'&#233;t&#233;. Apr&#232;s les tortures subies &#224; Moulins (voir &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Les-matons-de-Moulins-ont-les'&gt;&lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;14&lt;/a&gt;), et avant un &#233;ni&#232;me transfert vers d'autres cieux carc&#233;raux, c'&#233;tait l'occasion de visiter les murs rendus c&#233;l&#232;bres par Mesrine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A la fouille, lorsque le brigadier dit en me montrant du doigt : &lt;i&gt;&#171; Lui, il part au D5 &#187;&lt;/i&gt;, je ne suis pas surpris. Je connais le b&#226;timent depuis longtemps, comme sa mauvaise r&#233;putation persistante. Isolement disciplinaire, bien s&#251;r ! Apr&#232;s le balluchonnage du matin par les encagoul&#233;s, je ne m'attends pas &#224; mieux. Par contre, je m'&#233;tonne lorsque les deux matons se pr&#233;cipitent imm&#233;diatement sur moi pour me menotter. Visiblement, pour eux, pas de doute, cette affectation prouve ma nature dangereuse de b&#234;te sauvage. Le comit&#233; de r&#233;ception patiente sous le porche d'entr&#233;e. Sept ou huit matons&#8230; Tous les mouvements du b&#226;timent sont bloqu&#233;s et les couloirs vid&#233;s. Un surveillant contr&#244;le la grille de chaque palier. Au 4e, nous enquillons l'aile sombre de droite. Je ne laisse rien para&#238;tre, mais au fond de moi, je pense : les enfoir&#233;s, ils ont rouvert le QHS ! Ils me forcent &#224; marcher au milieu du couloir, solidement encadr&#233;, jusqu'&#224; la cellule. J'y entre. Le bricard claque violemment la porte derri&#232;re moi et tire tout aussi bruyamment les deux verrous, vlan ! vlan ! &#192; l'&#233;poque de S&#233;curit&#233; et Libert&#233;&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Adopt&#233;e en f&#233;vrier 1981 &#224; l'initiative du garde des Sceaux de l'&#233;poque, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, j'avais tra&#238;n&#233; quelque temps mes solitudes dans les QHS et autres QSR. Mais je n'avais jamais visit&#233; celui de Fleury, ferm&#233; depuis juin 1981. Trop compliqu&#233; &#224; adapter aux normes &#171; QI &#187; (quartier d'isolement), selon les experts.&lt;i&gt; &#171; Il est &#224; nouveau en service depuis trois mois &#187;&lt;/i&gt;, m'explique avec ravissement le grad&#233; qui me conduit devant le directeur. Dans la salle d'audience, le bureaucrate &#226;nonne la lettre de cachet : &lt;i&gt;&#171; Suspicion de tentative d'&#233;vasion&#8230; enqu&#234;te de la gendarmerie&#8230; h&#233;licopt&#232;re&#8230; commando arm&#233;&#8230; &#187;&lt;/i&gt; Il ne joue m&#234;me pas la com&#233;die d'y croire. Il s'excuse du style&#8230; La prose aurait &#233;t&#233; dict&#233;e au t&#233;l&#233;phone par un responsable du minist&#232;re. Je refuse de la signer. On me reconduit. Derri&#232;re moi, la porte claque, puis les deux verrous : vlan ! vlan ! Les trois coups r&#233;sonnent dans ma chair et s'adressent &#224; mon moi le plus intime, &#224; un pass&#233; que je pensais r&#233;volu. Le m&#233;tal et le b&#233;ton claironnent leur titre de propri&#233;t&#233; : je ne suis rien, je leur appartiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Fleury M&#233;rogis, un jour de septembre 76, o&#249; j'existais si peu que je n'&#233;tais m&#234;me pas personne&#8230; Mesrine ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les citations sont tir&#233;es d'un texte de Jacques Mesrine, mis en musique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; La gamelle&#8230; &lt;i&gt;&#171; Pas faim ! &#187;&lt;/i&gt; La porte claque, puis les deux verrous. &lt;i&gt;&#171; Inhumain r&#233;tr&#233;ci sans aucun lendemain&#8230; &#187;&lt;/i&gt; L'infirmier&#8230; &lt;i&gt;&#171; Pas de dope ! &#187;&lt;/i&gt; La porte claque, puis les deux verrous, vlan ! vlan ! Et, en &#233;cho, les portes de mes cong&#233;n&#232;res. &#192; la nuit tomb&#233;e, je repense &#224; ce jour gris de 1976, lorsque Mesrine quitte le quartier bas de la Sant&#233;. La fen&#234;tre de sa cellule donnait sur la cour de la 1re division o&#249;, prisonniers politiques, nous nous baladions tous les apr&#232;s-midi. Dans le noir, je me dis que la sale &#233;poque p&#233;nitentiaire est de retour. Et, comme lui, il y a trente ans, je marche, je marche&#8230; Six pas jusqu'&#224; la fen&#234;tre, six pas jusqu'&#224; la porte. &lt;i&gt;&#171; Il tourne en des milliers de pas qui ne m&#232;nent nulle part, dans un monde de b&#233;ton aux arbres de barreaux fleuris, fleuris de d&#233;sespoir. Mesrine ! &#187;&lt;/i&gt; Au matin, le quartier se r&#233;veille avec les premiers claquements de portes. Il s'&#233;broue des verrous. Nous sommes &#224; peine une dizaine de r&#233;sidents pour quarante cellules. Tous du m&#234;me c&#244;t&#233;, en face du mirador, ainsi les gardiens ont une vue plongeante sur le moindre recoin de cellule. Quand tu t'allonges sur ton lit, il doit te voir. Quand tu t'assois sur les chiottes, il doit te voir. Quand tu marches, il doit te voir. C'est la comptine du panoptique ! D'autant plus qu'&#224; la porte il n'y a pas un &#339;illeton mais deux. &#192; aucun moment tu ne peux oublier qu'ils te surveillent. Nuit et jour, car ici les &#233;quipes de matons sont &#224; demeure. Sur les portes, j'ai lu les noms de deux coll&#232;gues crois&#233;s l'un &#224; Arles et l'autre &#224; Moulins. Le premier est &#224; l'isolement depuis une tentative d'&#233;vasion collective un soir de d&#233;cembre. &#199;'avait pas mal bataill&#233;. Enzo, un d&#233;tenu italien, et un gars venu de l'ext&#233;rieur avaient tr&#233;pass&#233;. Quant au second, il sortait &#233;galement d'une &#233;vasion sanglante dans le ciel des Baumettes.&lt;i&gt; &#171; Il tourne. Il tournera toujours&#8230; &#187;&lt;/i&gt; Par-dessus le mur des promenades, un gars, lui aussi ancien &#233;vad&#233; en h&#233;lico, m'affranchit. Au QHS, nous sommes &#224; peu pr&#232;s tous log&#233;s &#224; la m&#234;me enseigne, &#233;vasion ou suspicion d'&#233;vasion avec armes. Au moins trois d'entre eux ont sacrifi&#233; leur libert&#233; pour arracher un ami ou un fr&#232;re. Aucun touriste volontaire, donc, ni de &lt;i&gt;&#171; fatigu&#233; &#187;&lt;/i&gt; chass&#233; de la d&#233;tention, nous sommes entre nous, cumulant des d&#233;cennies de gal&#232;re p&#233;nitentiaire. &lt;i&gt;&#171; Il tourne en des milliers de pas qui ne m&#232;nent nulle part, dans un monde de b&#233;ton aux arbres de barreaux fleuris, fleuris de d&#233;sespoir. Mesrine ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Palp&#233; en entrant et en sortant de cellule&#8230; Pass&#233; au d&#233;tecteur de m&#233;tal &#224; l'improviste&#8230; Fouill&#233; &#224; corps &#224; l'aller et au retour des parloirs et lors de chaque d&#233;placement&#8230; Menott&#233; d&#232;s qu'on quitte le QHS pour l'infirmerie ou un autre service. Fragilis&#233; par les perp&#233;tuels changements d'horaires. Et toujours, en face de nous, cinq ou six uniformes, quand ce n'est pas pire. Au QI du D1, les encagoul&#233;s ont fracass&#233; Manu apr&#232;s lui avoir li&#233; les pieds et les poings. La main mise sur le prisonnier est totale. On est renvoy&#233; &#224; l'&#233;tat de chose, d&#233;shumanis&#233; jusqu'&#224; ne se sentir plus personne. &lt;i&gt;&#171; Fleury M&#233;rogis, un jour de septembre 76, o&#249; j'existais si peu que je n'&#233;tais m&#234;me pas personne&#8230; Mesrine ! &#187;&lt;/i&gt; On tourne en rond dans des promenades carrel&#233;es ressemblant &#224; des piscines vid&#233;es et couvertes de plusieurs couches de grilles, de grillages et de barbel&#233;s. On hurle pour que nos voix sautent les murs. Face &#224; la r&#233;ouverture du QHS, le constat est ais&#233;. On ne peut en rester &#224; la demande d'&#233;galiser les formes de torture avec les autres QI de France et de Navarre. Nous formulons des revendications correspondant au saut de la r&#233;pression carc&#233;rale. Jour apr&#232;s jour, nous &#233;grenons les points principaux : dissolution des brigades d'encagoul&#233;s, fermeture des QHS et des QI, rapprochement familial, interdiction des parloirs par hygiaphone&#8230; &#192; la premi&#232;re lutte, celui d'entre nous qui en aura l'occase les sortira clandestinement pour les diffuser largement, avec l'espoir de remuer les autres d&#233;tentions. On &#233;change les consignes. La semaine du 14 juillet, nous serons en gr&#232;ve !&lt;i&gt; &#171; Il tourne, il tournera toujours&#8230; &#187;&lt;/i&gt; Les jours passent. Les nuits passent. Je marche de la fen&#234;tre &#224; la porte. Mon voisin fait de m&#234;me, cent pas nu-pieds, j'entends ses talons r&#233;sonner sur le carrelage. Solitude des sentinelles dont l'esp&#233;rance meurt &#224; petit feu. &#192; peine un reflet dans la vitre. Presque rien&#8230; &lt;i&gt;&#171; Il est seul. SEUL&#8230; Vivant mort-n&#233;&#8230; Il tombera &#224; terre pour se laisser crever&#8230; Mesrine ! &#187;&lt;/i&gt; Il y a bien longtemps, un soir d'hiver de 79. Sur le pont de la rue Ordener, notre v&#233;hicule &#233;tait bloqu&#233; par la circulation. Un gars s'est approch&#233; de ma vitre et m'a lanc&#233; un grand salut de la main. J'ai souri. Il a renouvel&#233; son geste en continuant sur le trottoir. Je ne savais pas que c'&#233;tait &#224; cette heure un adieu. Nathalie au volant m'a demand&#233; :
&lt;i&gt;&#171; C'est qui ce mec ?
Mesrine ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Adopt&#233;e en f&#233;vrier 1981 &#224; l'initiative du garde des Sceaux de l'&#233;poque, Alain Peyrefitte, la loi &#171; S&#233;curit&#233; et Libert&#233; &#187; visait - d&#233;j&#224; - &#224; durcir le sort des d&#233;tenus : circonstances att&#233;nuantes revues &#224; la baisse, cr&#233;ation de peines dites &#171; de s&#251;ret&#233; &#187;, restriction des permissions de sortie et des r&#233;ductions de peine&#8230; Sarkozy et Perben n'ont rien invent&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les citations sont tir&#233;es d'un texte de Jacques Mesrine, mis en musique apr&#232;s sa mort par le groupe Trust.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les matons de Moulins ont les tympans fragiles</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Les-matons-de-Moulins-ont-les</link>
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		<dc:date>2004-09-20T09:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jann-Marc Rouillan</dc:creator>


		<dc:subject>Chronique carc&#233;rale</dc:subject>
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&lt;p&gt;Apr&#232;s trente jours de mise en quarantaine &#224; Fleury-M&#233;rogis (lire CQFD n&#176;13), notre reporter Jann-Marc Rouillan peut enfin &#244;ter sa museli&#232;re et reprendre sa chronique o&#249; il l'avait laiss&#233;e il y a deux mois : dans la routine du bunker de Moulin-Yzeure, juste avant que ne d&#233;boulent les cagoules. Lundi 17 mai. Au rez-de-chauss&#233;e devant la t&#233;l&#233;, la question de la torture tomba sur le tapis apr&#232;s quelques images vol&#233;es &#224; Abou Ghraib. Nabil, Fati, Jos&#233;&#8230; se rem&#233;mor&#232;rent les brutalit&#233;s et les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no14-juillet-2004" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;14 (juillet 2004)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Chronique-carcerale" rel="tag"&gt;Chronique carc&#233;rale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/coup" rel="tag"&gt;coup&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/cote" rel="tag"&gt;c&#244;t&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/tete" rel="tag"&gt;t&#234;te&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mains" rel="tag"&gt;mains&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Abou-Ghraib" rel="tag"&gt;Abou Ghraib&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/directeur-Wilmot" rel="tag"&gt;directeur Wilmot&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s trente jours de mise en quarantaine &#224; Fleury-M&#233;rogis (lire &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Jean-Marc-Rouillan-a-teste-pour'&gt;&lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;13&lt;/a&gt;), notre reporter Jann-Marc Rouillan peut enfin &#244;ter sa museli&#232;re et reprendre sa chronique o&#249; il l'avait laiss&#233;e il y a deux mois : dans la routine du bunker de Moulin-Yzeure, juste avant que ne d&#233;boulent les cagoules.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Lundi 17 mai. Au rez-de-chauss&#233;e devant la t&#233;l&#233;, la question de la torture tomba sur le tapis apr&#232;s quelques images vol&#233;es &#224; Abou Ghraib. Nabil, Fati, Jos&#233;&#8230; se rem&#233;mor&#232;rent les brutalit&#233;s et les humiliations subies avant d'atterrir &#224; Moulins et d'autres cas dont ils connaissaient les malheureux protagonistes. Rien d'exceptionnel. De nos jours, les t&#233;moignages de mauvais traitements abondent dans les prisons de France. Tabassages et vexations ordinaires&#8230; pas une semaine sans apprendre qu'un tel ou tel autre a &#233;t&#233; d&#233;carcass&#233;. &lt;i&gt;&#171; Des matons l'ont rou&#233; de coups puis ils lui ont piss&#233; sur la gueule. &#187;&lt;/i&gt; Transf&#233;r&#233; au centre de d&#233;tention d'Eton, Nabil est revenu &#224; peine quelques semaines plus tard apr&#232;s une racl&#233;e m&#233;morable et quarante-cinq jours de mitard. &lt;i&gt;&#171; Ils ont essay&#233; de m'&#233;trangler&#8230; un maton &#233;norme me serrait la gorge pendant que ses coll&#232;gues me bourraient de coups de poing. Je me suis &#233;vanoui. Et au cachot, toutes les nuits, je flippais qu'ils entrent &#224; nouveau&#8230; pour m'accrocher. &#187;&lt;/i&gt; Ils nous font bien marrer avec leur commission anti-suicide. Tant qu'ils ne soul&#232;veront pas le couvercle de la violence ordinaire &#224; la p&#233;nitentiaire, ils tourneront autour du pot. J'ai pris Nabil &#224; part. &lt;i&gt;&#171; Ton histoire m'int&#233;resse, j'en ferai ma prochaine chronique pour&lt;/i&gt; CQFD&lt;i&gt;&#8230; On se voit demain. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mardi 18 mai. Le jour n'est pas lev&#233;. La vague impression de l'ouverture de la porte m'&#233;veille. Imm&#233;diatement des ombres sautent sur mon lit. Un coup, deux&#8230; Sous la couverture impossible de me d&#233;fendre. Ils sont au moins deux&#8230; trois peut-&#234;tre ? Ils me prennent &#224; bras le corps pendant que le premier entr&#233; me couvre le visage d'une serviette-&#233;ponge. Il semble vouloir me l'enfoncer dans la gorge, alors que les autres me retournent sur le ventre afin de me menotter. Au niveau des cervicales, une poigne plonge mon visage dans le matelas. J'&#233;touffe. Je me d&#233;bats pour respirer. Un genou ? un poing ?&#8230; me frappe entre les omoplates. Sous la violence du coup, je redresse la t&#234;te. Je prends une inspiration par la bouche. Le maton en profite pour bloquer la serviette en guise de b&#226;illon. Il serre &#224; la mani&#232;re d'un garrot. Ma m&#226;choire inf&#233;rieure demeure bloqu&#233;e grande ouverte. &#192; cet instant, je me rends compte qu'il r&#233;p&#232;te m&#233;caniquement &lt;i&gt;&#171; ne crie pas, ne crie pas&#8230; &#187;&lt;/i&gt;, alors que jusqu'ici l'empoignade est &#233;trangement muette. Maintenant ils me redressent, d&#233;nud&#233;, menott&#233; dans le dos et b&#226;illonn&#233;. Dans l'encadrement de la porte, j'aper&#231;ois un groupe compact de surveillants et d'encagoul&#233;s de l'ERIS. On me pousse vers la coursive. Je traverse cette premi&#232;re haie d'honneur. Pr&#232;s de l'oreiller, celui qui me b&#226;illonne souffle sa rengaine : &lt;i&gt;&#171; ne crie pas, ne crie pas&#8230; &#187;&lt;/i&gt; Aux abords de la grille de l'&#233;tage, un comit&#233; plus important&#8230; Devant la buanderie, je reconnais le directeur Wilmot. Il regarde ailleurs. Seul un ou deux surveillants arborent un sourire narquois, les autres paraissent g&#234;n&#233;s. Nous franchissons le sas vers l'escalier. Sur le palier, &#224; gauche, un troisi&#232;me groupe entoure Bauer, le grand directeur du CP. Dans le folklore de la p&#233;nitentiaire, lors des baluchonnages disciplinaires, les encravat&#233;s sont pr&#233;sents pour bien signifier que le dernier mot leur appartient. Mais quand il me voit appara&#238;tre drap&#233; de ma nudit&#233;, il d&#233;tourne les yeux et fixe le mur. Les grilles&#8230; les portes&#8230; On croise l'&#233;quipe de nuit et celle du matin. On p&#233;n&#232;tre dans le couloir principal. On d&#233;passe le secteur administratif, l'infirmerie, la cuisine, le magasin des cautions et on parvient enfin &#224; l'ultime sas de la d&#233;tention. Derri&#232;re se presse une meute de gardes mobiles, casqu&#233;s, encagoul&#233;s et serrant devant eux d'&#233;normes boucliers anti-&#233;meutes&#8230; En haut de la &#171; cour d'honneur &#187;, on entre dans la salle servant de greffe. En me tordant les poignets, ils me forcent &#224; m'agenouiller. On attend celui qui a les cl&#233;s des menottes. Il me les retire et je dois rester les mains crois&#233;es sur la t&#234;te. Dans mon dos, il y a l&#224; une dizaine de personnes. La salle est &#233;trangement silencieuse. Finalement un surveillant m'enferme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Debout dans le clapier grillag&#233; d'un m&#232;tre carr&#233;, je tente de remettre mes id&#233;es en ordre. Qu'est-ce qui a pu motiver cette exp&#233;dition punitive ? Depuis mon arriv&#233;e, la direction a &#233;t&#233; plusieurs fois explicite :&lt;i&gt; &#171; On ne veut pas de vous, trois ou cinq mois tout au plus&#8230; &#187;&lt;/i&gt; Je r&#233;clame des v&#234;tements. Les ERIS m'ordonnent de me taire. Des pas d&#233;nud&#233;s r&#233;sonnent sur le carrelage, c'est Angel, le Basque m'accompagnant depuis Arles et les Baumettes&#8230; Malgr&#233; le b&#226;illon qui lui mange le visage, je le reconnais. Il porte un cale&#231;on et un t-shirt. J'entends les m&#234;mes ordres : &lt;i&gt;&#171; &#224; genoux ! &#187;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#171; mains sur la t&#234;te ! &#187;&lt;/i&gt;&#8230; Angel se plaint de douleurs &#224; la jambe. Ils l'insultent et un encagoul&#233; le menace en claquant les fen&#234;tres donnant sur la cour. Je demande des v&#234;tements &#224; un brigadier s'enfuyant les yeux baiss&#233;s. Il me ram&#232;ne mon cale&#231;on et des sandalettes. Charles d&#233;barque avec son escorte. Il me semble qu'il est nu. M&#234;mes menaces, m&#234;mes humiliations&#8230; &lt;i&gt;&#171; A genoux &#187;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#171; mains sur la t&#234;te &#187;&lt;/i&gt;. Comme par hasard, les trois prisonniers politiques viennent d'Arles. Nous nous retrouvons c&#244;te &#224; c&#244;te dans cette gal&#232;re. Nous &#233;changeons quelques mots. Angel souffre&#8230; Le chef de d&#233;tention appara&#238;t pr&#232;s de l'entr&#233;e. On nous apporte un pantalon et un t-shirt. Un quatri&#232;me d&#233;tenu est gard&#233; &#224; l'&#233;cart. Lui non plus ne dort pas habill&#233;, je saisis l'ordre de lui amener une couverture. Charles est emport&#233;, ficel&#233; comme un ballot. Hier au JT, le reporter s'&#233;tonnait qu'un si gentil gars comme le fianc&#233; de la caporale English ait pu commettre des actes r&#233;pr&#233;hensibles &#224; Abu Ghra&#239;b. Pourtant, dans le &#171; civil &#187;, il &#233;tait gardien de prison ! Avec Angel nous sommes embarqu&#233;s c&#244;te &#224; c&#244;te dans une camionnette. Les menottes broient mes poignets. Quand il affirme qu'il ne peut plus plier la jambe, un ERIS l'empoigne et le secoue violemment en lui serrant la gorge. Je proteste. L'encagoul&#233; derri&#232;re moi me frappe puis m'agrippe le visage avec ses mains gant&#233;es de cuir noir. Il tire ma t&#234;te en arri&#232;re. Entre ses doigts, j'ai la surprise de voir le directeur Wilmot s'installer au volant. Press&#233; de nous chasser de sa prison, il donne un coup de main ! Et c'est dans cet &#233;quipage qu'au matin nous avons quitt&#233; la centrale de Moulins&#8230; pour un long voyage&#8230; pour la longue croisi&#232;re immobile de l'isolement total. Charles au QI de Luynes, Angel &#224; Lyon et moi au QHS de Fleury, r&#233;ouvert depuis trois mois seulement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Auscult&#233; escort&#233; en chaussettes et encha&#238;n&#233;</title>
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		<dc:creator>Jann-Marc Rouillan</dc:creator>


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&lt;p&gt;Avril 2004. Alors que la justice vient de condamner Nathalie M&#233;nigon &#224; ne pas sortir vivante de prison, son camarade Jann-Marc Rouillan est extirp&#233; du bunker de Moulins-Yzeure pour une hospitalisation sous &#233;troit contr&#244;le d'un peloton encagoul&#233;. &#171; Une, deux, trois perpettes !&#8230; J'en vois un qui bouge encore ! &#187; H&#244;pital Lyon Sud, d&#233;but avril. Au bout d'un long couloir sombre, l'escorte m'accompagne jusqu'&#224; la cellule 19, la plus &#233;loign&#233;e des sas blind&#233;s de la porte d'entr&#233;e, sans doute (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no12-mai-2004" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;12 (mai 2004)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Chronique-carcerale" rel="tag"&gt;Chronique carc&#233;rale&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avril 2004. Alors que la justice vient de condamner Nathalie M&#233;nigon &#224; ne pas sortir vivante de prison, son camarade Jann-Marc Rouillan est extirp&#233; du bunker de Moulins-Yzeure pour une hospitalisation sous &#233;troit contr&#244;le d'un peloton encagoul&#233;. &lt;i&gt;&#171; Une, deux, trois perpettes !&#8230; J'en vois un qui bouge encore ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;H&#244;pital Lyon Sud, d&#233;but avril. Au bout d'un long couloir sombre, l'escorte m'accompagne jusqu'&#224; la cellule 19, la plus &#233;loign&#233;e des sas blind&#233;s de la porte d'entr&#233;e, sans doute pour que je ne sois pas tent&#233; de prendre la poudre d'escampette. C'est un aquarium sans fen&#234;tre sur l'ext&#233;rieur, juste un vasistas condamn&#233; pr&#232;s du plafond&#8230; Impression d'&#233;touffement. Une soufflerie incessante et bruyante diffuse une chaleur tropicale. &lt;i&gt;&#171; Nous avons trop d'immuno-d&#233;pendants dans le service&#8230; &#187;&lt;/i&gt; Derri&#232;re la vitre du couloir, les flics m'observent. La nuit, lors des trois rondes horaires, ils utilisent leur lampe &#233;lectrique. Selon l'&#233;quipe, c'est dans la gueule, question qu'on sache bien qu'ils sont l&#224;. Qu'ils veillent ! Dans la pi&#232;ce &#224; c&#244;t&#233;, une voix implore une cigarette. Les gardes refusent. Les infirmi&#232;res le font patienter. Une demi-heure plus tard, il qu&#233;mande encore. Et ainsi des heures durant. Plus loin, je n'aper&#231;ois que des formes dans des lits, plus de bruit, seules des veilleuses p&#226;les. &lt;i&gt;&#171; J'ai t&#233;l&#233;phon&#233; &#224; votre femme, elle viendra samedi. &#187;&lt;/i&gt; Je me dis : &lt;i&gt;&#171; J'y suis &#187;&lt;/i&gt;, comme soupire un marin d&#233;barquant au port apr&#232;s un long voyage. Si souvent les longues peines s'ach&#232;vent dans des mouroirs comme celui-ci&#8230; Lors de mes passages &#224; l'h&#244;pital de Fresnes, quand &#224; la fen&#234;tre je savourais les premi&#232;res lueurs de l'aube, je d&#233;tournais mon regard pour ne pas voir les sacs de plastique gris charg&#233;s en catimini dans les ambulances, et dans le couloir pr&#232;s de la fouille, les cartons frapp&#233;s de l'ab&#233;c&#233;daire fatidique &#171; DCD &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ton &#226;me d&#233;licate est par-del&#224; les monts&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Accompagnant encore la fuite ensorcel&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un &#233;vad&#233; du bagne, au fond d'une vall&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mort, sans penser &#224; toi, d'une balle aux poumons &#187;&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Genet, Le condamn&#233; &#224; mort. On devrait le relire plus souvent.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et je gamberge en rond. Mon ticket de perpette serait-il un aller simple ? Malgr&#233; tout&#8230; il faut que j'&#233;crive, que je raconte&#8230; Malgr&#233; tout&#8230; il faut que je mange, que je boive, que je pisse, que je me plie &#224; mes devoirs physiologiques&#8230; Malgr&#233; tout&#8230; Je fr&#233;quente un monde sans lendemain et je communie aux souvenirs de quelques copains qu'ils ont r&#233;veill&#233;s au matin pour l'ultime promenade et le supplice du garrot ou de la fusillade. Jusqu'&#224; ce que mort s'ensuive&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Une, deux, trois perpettes !&#8230; J'en vois un qui bouge encore ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dire des bigots croyant jusqu'au ridicule &#224; l'abolition de la peine de mort dans ce pays&#8230; Quelle connerie ! Il suffirait qu'ils viennent faire un tour dans l'un de ces mouroirs . &lt;i&gt;&#171; Oui, mais il y a une diff&#233;rence entre la lame de dame guillotine et le lent empoisonnement des jours cellulaires&#8230; &#187;&lt;/i&gt; S&#251;rement. Mais le r&#233;sultat est identique. Aussi irr&#233;m&#233;diable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ce n'est pas ce matin que l'on me guillotine,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je peux dormir tranquille&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore, j'ai de la chance de me retrouver dans une section p&#233;nitentiaire et non dans une chambre normale avec l'escorte assise en rond autour du lit comme lors d'un passage &#224; l'h&#244;pital Purpan de Toulouse ou, mieux, comme en cet instant le vit ma camarade Jo&#235;lle menott&#233;e et entrav&#233;e &#224; son lit, &#224; l'h&#244;pital de Lille. Le matin, vers 8 heures, approchent mes anges de la mort. Je les baptise ainsi &#224; cause de leurs uniformes noirs et de leurs cagoules. D&#232;s qu'ils d&#233;barquent dans le service, je le sais. Un dr&#244;le de silence s'installe. Pesant. Le brancard sur roulettes arrive. Ils m'obligent &#224; m'allonger puis on m'entrave les jambes et les mains. Et tr&#232;s pudiquement ils jettent une couverture sur mes cha&#238;nes. La conscience de leurs actes les titillerait-elle encore ? Je parcours les couloirs et les cours tel Hannibal Lexter. Toujours pr&#233;c&#233;d&#233;, encadr&#233; et suivi d'encagoul&#233;s arm&#233;s jusqu'aux dents, fusils d'assaut &#224; vis&#233;e laser, mitraillettes et grenades&#8230; &lt;i&gt;&#171; D&#233;gagez le passage ! &#187;&lt;/i&gt; Le personnel et les malades se collent aux murs&#8230; Je croise leurs regards de terreur, de condamnation (qu'a-t-il bien pu commettre d'atroce pour m&#233;riter une telle escorte ?) et quelques sourires, parfois&#8230; Ainsi, dans mon &#233;quipage, je d&#233;barque pour les examens et les auscultations diverses et vari&#233;es. Malgr&#233; tout, je m'&#233;tonne qu'aucun docteur n'ait os&#233; une interrogation, sinon une remise en question. J'entrais dans le lieu de soins ficel&#233; ou, si le brancard ne franchissait pas la porte, encha&#238;n&#233; et en chaussettes. Par contre, l'un d'eux a fix&#233; mes arpions d&#233;chauss&#233;s. Comme s'il ne trouvait pas correct un patient d&#233;barquant ainsi en chaussettes. Sans doute par faute de go&#251;t. Je suis certain que ce m&#234;me docteur, le soir, at home, devant le journal de TFN, s'offusquera &#224; l'image d'un prisonnier de Guant&#225;namo trimball&#233; sur une civi&#232;re. &lt;i&gt;&#171; Salauds d'Am&#233;ricains ! Quelle honte, quel d&#233;ni d'humanit&#233; ! &#187;&lt;/i&gt;&#8230; Et du temps de la Russie socialiste, le lendemain, il aurait pris la carte d'Amnesty International, se sentant oblig&#233; de faire quelque chose. Mais l&#224;, &#224; Lyon, en France et en 2004, devant vingt membres du GIGN, il ne voit rien &#224; redire, pire, il trouve cela tout &#224; fait normal et m&#234;me banal. Une banalit&#233; &#171; d&#233;mocratis&#233;e &#187; et aseptis&#233;e parce que les Fran&#231;ais ne pourront jamais participer &#224; des traitements inhumains&#8230; jamais&#8230; Sauf au pass&#233;, et encore, lorsque le pass&#233; devient de l'Histoire d&#233;samorc&#233;e. Et moi, le soir venu &#224; la p&#233;nombre du b&#233;ton, je songe &#224; d'autres rives. Jusqu'&#224; ce que mort s'ensuive !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La prison dort debout au noir d'un chant des morts&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si des marins sur l'eau voient s'avancer les ports&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes dormeurs vont s'enfuir vers une autre Am&#233;rique &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Jean Genet, &lt;i&gt;Le condamn&#233; &#224; mort&lt;/i&gt;. On devrait le relire plus souvent.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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