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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Pr&#233;caires hors d'Europe !</title>
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		<dc:creator>C&#233;cile F&#233;vrier</dc:creator>


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&lt;p&gt;La Belgique expulse. Pas seulement des Afghans, des Maliens ou des Roumains, mais aussi des Fran&#231;ais, des Italiens. Pas G&#233;rard Depardieu, mais des pr&#233;caires ou des ch&#244;meurs repr&#233;sentant &#171; une charge d&#233;raisonnable &#187;. C'est le cas de Silvia Guerra. On l'accuse d'&#234;tre &#171; une charge d&#233;raisonnable &#187;. Il faut dire qu'elle est d&#233;raisonnable, cette Italienne d'une trentaine d'ann&#233;es. C'est vrai quoi, &#224; dix-sept ans, elle a troqu&#233; ses patins &#224; roulettes contre un accord&#233;on, puis elle a jou&#233; dans (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no120-mars-2014" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;120 (mars 2014)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La Belgique expulse. Pas seulement des Afghans, des Maliens ou des Roumains, mais aussi des Fran&#231;ais, des Italiens. Pas G&#233;rard Depardieu, mais des pr&#233;caires ou des ch&#244;meurs repr&#233;sentant &#171; &lt;i&gt;une charge d&#233;raisonnable&lt;/i&gt; &#187;. C'est le cas de Silvia Guerra.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On l'accuse d'&#234;tre &#171; &lt;i&gt;une charge d&#233;raisonnable&lt;/i&gt; &#187;. Il faut dire qu'elle est d&#233;raisonnable, cette Italienne d'une trentaine d'ann&#233;es. C'est vrai quoi, &#224; dix-sept ans, elle a troqu&#233; ses patins &#224; roulettes contre un accord&#233;on, puis elle a jou&#233; dans des tas d'endroits &#224; des heures d&#233;raisonnables de la musique &#224; faire perdre la raison, elle cuisine des p&#226;tes avec des sauces que peu de di&#233;t&#233;ticiens conseilleraient, elle s'est mari&#233;e avec un Roumain (&#224; l'&#233;poque sans papiers), elle n'a pas la langue dans sa poche et plusieurs langues dans sa t&#234;te, elle monte des spectacles abracadabrants et fait des galipettes dans des cirques tout en &#233;levant un beau, un tendre enfant&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s plus de trois ann&#233;es bruxelloises, un beau matin de novembre, le 20, m&#234;me, alors qu'elle vient de d&#233;poser son fils &#224; l'&#233;cole, l'avis d'expulsion l'attend dans la bo&#238;te aux lettres : vous avez trente jours pour quitter le territoire. C'est qu'en Belgique, la lib&#233;rale Maggie de Block, secr&#233;taire d'&#201;tat &#224; la Politique de migration et d'asile, n'h&#233;site pas &#224; expulser, sous couvert d'une directive europ&#233;enne, ces personnes &#171; &lt;i&gt;exer&#231;ant leur droit de s&#233;jour mais qui deviennent une charge d&#233;raisonnable pour le syst&#232;me d'assistance sociale de l'&#201;tat membre d'accueil&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Directive 2004/38/CE du Parlement europ&#233;en et du Conseil du 29 avril 2004.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; [sic] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On doit comprendre &#171; d&#233;raisonnable &#187; comme &#171; pr&#233;caire &#187;, puisque sont victimes de cette reconduite &#224; la fronti&#232;re des personnes embauch&#233;es via des emplois aid&#233;s &#8211; dont une partie du salaire est prise en charge par l'&#201;tat, aidant ainsi l'employeur &#8211;, appel&#233;s &#171; contrats article 60 &#187; et consid&#233;r&#233;s comme des allocations. Comme le dit un enseignant fran&#231;ais, lui-m&#234;me expulsable, lors d'un reportage diffus&#233; sur ArteTV le 19 f&#233;vrier 2014 : &#171; &lt;i&gt; Il fallait le dire, alors, que l'Europe ce n'&#233;tait pas la libert&#233; de circulation des biens et des personnes, mais la libert&#233; de circulation des biens et des personnes riches !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Silvia s'est d&#233;fendue. Elle a saisi les m&#233;dias, en Italie, en France et en Belgique ; elle a saisi son droit de parole et a parl&#233;. Elle a &#233;crit aussi, aux amis ou aux d&#233;put&#233;s, des lettres comme celle-ci, publique et adress&#233;e au d&#233;put&#233; et bourgmestre de la commune o&#249; elle r&#233;side, qui font autant rire que pleurer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Avec la pr&#233;sente je ne tiens pas &#224; vous informer de mon expulsion, car j'imagine que vous &#234;tes d&#233;j&#224; au courant, vu qu'elle porte votre signature. Tout d'abord, je veux vous dire que la seule expulsion que je tiens pour l&#233;gitime, pour moi et pour n'importe qui d'autre, c'est celle qui, &#224; travers ma propre m&#232;re, m'a permis de venir au monde. &lt;/i&gt; &lt;i&gt;Je suis bien consciente que mon expulsion ne d&#233;pend pas de vos valeurs personnelles, que vous &#234;tes seulement un repr&#233;sentant du pouvoir public et que vous suivez des ordres. D'ailleurs, pour cette raison, je vous plains. J'imagine que le fait que votre position vous oblige &#224; vous confronter bien souvent &#224; des actions qui d&#233;passent vos croyances &#233;thiques et politiques doit &#234;tre dur. Tout en &#233;tant consid&#233;r&#233;e &#224; la fois expuls&#233;e, cas social ou marginale (&#224; votre guise je vous en prie, moi je m'aime tout de m&#234;me), dans mes droits de citoyenne membre d'un pays qui se dit libre, je fais appel &#224; mon droit de parole, bien plus librement que vous dans votre position. Je me permets de vous signaler que cette mesure politique, mise en vigueur suite &#224; des dispositifs europ&#233;ens, mais que VOUS, les administrateurs publics, rendez EFFECTIVE et POSSIBLE avec VOTRE signature, est le grave symbole d'un syst&#232;me effrayant qui est en train de se mettre en place en Belgique, et dont vous &#234;tes acteur. Les lois que vous appliquez sont (j'esp&#232;re) en contradiction profonde avec la pens&#233;e socialiste qui vous identifie aux yeux des citoyens. Elles sont symboles d'une grave attaque aux droits sociaux, humains et professionnels des citoyens pour lesquels (et gr&#226;ce &#224; qui) tous les jours vous &#234;tes dans votre bureau. Elles sont le miroir d'un d&#233;but de n&#233;gation d'acc&#232;s &#224; la culture, &#224; la cr&#233;ation et &#224; l'int&#233;gration. Je croyais que la Belgique aurait r&#233;sist&#233; &#224; &#231;a. Je croyais que Saint-Gilles&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Commune bruxelloise.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;i&gt;se d&#233;finissait par excellence comme un lieu de promotion de culture. Pour moi, tout ceci veut dire que la Belgique accepte seulement ceux qui produisent, consomment ou acceptent une condition d'esclavage. J'ai confiance en votre r&#233;action, et j'esp&#232;re qu'un jour vous pourrez me voir jouer.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, Silvia est dans l'attente d'un recours. En guerre la journ&#233;e, parce qu'elle n'a plus ni droit au travail, ni couverture m&#233;dicale. Fatigu&#233;e le soir. Rassurante pour son fils. Inqui&#232;te pour les autres, pour tous ceux qui sont moins d&#233;raisonnables qu'elle et font leurs bagages&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 2010, 343 citoyens de l'UE ont &#233;t&#233; expuls&#233;s de Belgique. 989 en 2011. 1 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1028 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH400/p08-11-yoh_6-ae5fb.jpg?1779605187' width='400' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Yohanne Lamoul&#232;re.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Cr&#233;dit Photo&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Cette photo est extraite du travail intitul&#233; La Roue, un voyage r&#233;alis&#233; entre 2003 et 2005 par &lt;a href=&#034;http://yohanne.lamoulere.book.picturetank.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Yohanne Lamoul&#232;re&lt;/a&gt; au c&#339;ur de diff&#233;rentes zones de production de fruits et l&#233;gumes en Europe. &lt;i&gt;La Roue, ou la noria des saisonniers agricoles&lt;/i&gt;, textes de Patrick Herman, &#233;ditions &lt;a href=&#034;http://www.khiasma.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Khiasma&lt;/a&gt;, 2007.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Directive 2004/38/CE du Parlement europ&#233;en et du Conseil du 29 avril 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Commune bruxelloise.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En 2010, 343 citoyens de l'UE ont &#233;t&#233; expuls&#233;s de Belgique. 989 en 2011. 1 918 en 2012. 1 130 les 8 premiers mois de 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Tsig boum tsoin tsoin</title>
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		<dc:date>2013-12-13T04:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>C&#233;cile F&#233;vrier</dc:creator>


		<dc:subject>Page Musique</dc:subject>
		<dc:subject>Marina Obradovic</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;La musique tsigane existe-t-elle ? Filippo Bonini Baraldi, ethnomusicologue et violoniste, a publi&#233; une th&#232;se intitul&#233;e Tsiganes, musique et empathie, apr&#232;s des ann&#233;es d'&#233;tude sur le terrain &#224; Ceuas, village de musiciens, en Transylvanie (Roumanie). Il revient pour CQFD sur une identit&#233; en voie de r&#233;cup&#233;ration. CQFD : Quelle est la place des musiciens tsiganes en Roumanie ? Filippo Bonini Baraldi : Contrairement aux Tsiganes qui jouent dans la rue ou dans le m&#233;tro en France et qui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no115-octobre-2013" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;115 (octobre 2013)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/musiques-tsiganes" rel="tag"&gt;musiques tsiganes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La musique tsigane existe-t-elle ? Filippo Bonini Baraldi, ethnomusicologue et violoniste, a publi&#233; une th&#232;se intitul&#233;e &lt;i&gt;Tsiganes, musique et empathie&lt;/i&gt;, apr&#232;s des ann&#233;es d'&#233;tude sur le terrain &#224; Ceuas, village de musiciens, en Transylvanie (Roumanie). Il revient pour &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; sur une identit&#233; en voie de r&#233;cup&#233;ration.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : Quelle est la place des musiciens tsiganes en Roumanie ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Filippo Bonini Baraldi&lt;/strong&gt; : Contrairement aux Tsiganes qui jouent dans la rue ou dans le m&#233;tro en France et qui n'ont pas forc&#233;ment le statut de musiciens professionnels dans leur pays d'origine, les bons musiciens en Roumanie pr&#233;f&#232;rent souvent gagner leur vie en restant chez eux. Un vrai march&#233; s'ouvre &#224; eux, entre les mariages, les bapt&#234;mes, les enterrements, les f&#234;tes, les restaurants&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'ils soient roumains ou hongrois (de Transylvanie, r&#233;gion sous influence hongroise jusqu'&#224; la seconde guerre mondiale), pour eux, c'est un m&#233;tier lucratif qui ne se transmet qu'au sein de la famille parce que, d&#232;s que l'enfant grandit, on peut l'emmener jouer dans des mariages, ce qui signifie un peu plus d'argent pour le foyer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation des musiciens professionnels est comparable &#224; celle des serveurs de table. Ils jouent ce qui va plaire aux gens et ce qu'on leur demande. D'ailleurs c'est cette &#233;thique professionnelle de &#171; servir le client &#187; qui est inculqu&#233;e aux tout jeunes avant toute transmission strictement musicale : apprendre la justesse au violon ou les accords &#224; la contrebasse est une affaire secondaire ! Souvent, en &#171; tsiganie&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;signe le &#171; quartier tsigane &#187;, habituellement situ&#233; aux marges des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187;, j'entendais cette expression : un couple de Ceu&#224;s avec qui j'ai pass&#233; de longs et riches moments, Cs&#225;ng&#225;lo et Tinka&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lui est le bratschiste de Sz&#225;zscs&#225;v&#225;s Band, important musicien et personnage (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, m'a expliqu&#233; que le musicien de m&#233;tier doit m&#233;moriser les chansons pr&#233;f&#233;r&#233;es des personnes qu'il croise sur son chemin afin de les restituer au cours de ses prestations en &#233;change de quelques billets. Il est conscient d'utiliser des stratag&#232;mes pour tirer profit de toute situation et ne manque pas de s'en vanter.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_846 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;28&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH335/p13-violon-tzig-79bdc.jpg?1779631141' width='500' height='335' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo de Marina Obradovic.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et ceux qui viennent en France ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux-l&#224; sont rarement professionnels : ils sortent les instruments ici pour gagner un peu d'argent. Ils viennent &#224; la fois de la campagne de Roumanie et des faubourgs des villes, et partent, non par r&#233;f&#233;rence &#224; un quelconque nomadisme&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rappelons que le nomadisme &#233;tait interdit pendant les 40 ans de la dictature (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, contrairement aux id&#233;es re&#231;ues, mais par n&#233;cessit&#233; &#233;conomique. Cependant, concernant leur fa&#231;on de jouer, ils l'adaptent, comme en Roumanie, aux go&#251;ts pr&#233;sum&#233;s de leur public. C'est pour cela qu'ils jouent du musette ou des standards d'Edith Piaf. Ils se disent qu'il y a plus de chance que les gens aiment&lt;i&gt; Besame mucho&lt;/i&gt; qu'une hora&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Style de m&#233;lodie roumaine, comme les manele, les doina&#8230;&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; de Bucarest que personne ne conna&#238;t. Dans leurs t&#234;tes, c'est impossible que l'on puisse aimer une musique que l'on ne conna&#238;t pas. Ce n'est sans doute pas la seule raison, c'est peut-&#234;tre aussi parce qu'ils pensent que la musique dite &#171; internationale &#187;, celle qu'ils appellent &#171; caf&#233;-concert &#187;, s'associe &#224; des ambiances plus raffin&#233;es, car elle &#233;tait &#233;cout&#233;e par des intellectuels, des profs d'&#233;coles, et du coup c'est une mani&#232;re de se poser comme plus cultiv&#233;s. Mais, dans leur culture, faire de la musique, c'est jouer celle qu'on leur demande. C'est la diff&#233;rence avec les musiciens occidentaux qui, dans les concerts, jouent ce qu'ils aiment, ce qu'ils pr&#233;f&#232;rent, &#171; leur &#187; musique et non celle du public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce qu'on peut &#233;tendre ces propos &#224; toutes les communaut&#233;s tsiganes en Europe : les Andalous, les manouches&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, ce rapport &#224; la musique est typique des Balkans. Leur histoire est celle de musiciens de cour, notamment en Hongrie, qui jouaient pour les nobles, les riches &#224; qui ils rendaient ce service. Et m&#234;me quand ils jouaient pour les paysans, ils &#233;taient toujours confront&#233;s &#224; un m&#233;lange de communaut&#233;s, ce qui a renforc&#233; chez eux la n&#233;cessit&#233; de conna&#238;tre un r&#233;pertoire tr&#232;s vaste s'adaptant d'abord &#224; l'ethnie de leur public et aussi aux pr&#233;f&#233;rences personnelles de leurs clients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jouer de la musique, c'est donc toujours dans un contexte &#171; professionnel &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, il y a aussi la musique qu'ils jouent quand ils sont entre eux. Rappelons qu'elle est tr&#232;s pr&#233;sente dans la vie quotidienne de ces soci&#233;t&#233;s, qu'elle est utilis&#233;e pour se souvenir des gens. Le savoir-faire des musiciens dans les fun&#233;railles, par exemple, permet de restituer les m&#233;lodies pr&#233;f&#233;r&#233;es du d&#233;funt afin de lui rendre hommage et s'assurer qu'il puisse faire son voyage dans l'au-del&#224;, et aussi afin de permettre aux vivants de se rappeler du mort, avec des images tr&#232;s nettes de comment il dansait, il jouait, ce qu'il aimait. La musique active des m&#233;moires, des images, et permet aux pr&#233;sents de conserver vivantes des relations avec les d&#233;funts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La musique est un endroit de m&#233;moire&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour plus d'approfondissement sur les liens entre musiciens, musique et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. Nous, nous conservons la m&#233;moire &#224; travers des photos et des mus&#233;es, chez les Tsiganes de Transylvanie, si la musique est si centrale c'est parce qu'elle est la voix de leur m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu peux nous faire un petit point sur la musique dite &#171; tsigane &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez nous, quand on parle de musique tsigane, c'est surtout pour &#233;voquer la musique d'Europe de l'Est. Cette musique est devenue &#224; la mode avec les films de Kusturica et Gatlif, le tout dans un imaginaire m&#233;langeant exotisme oriental et pratiques festives. Ces films ont stimul&#233; un fantasme occidental : celui du Tsigane libre comme l'air et qui fait la f&#234;te tout le temps en dansant autour d'un feu. Fantasme qui se reproduit d'ailleurs de si&#232;cles en si&#232;cles (Esmeralda, Carmen, etc.) et contraste avec le racisme qu'ils subissent, qui est encore plus fort en Roumanie qu'en Europe occidentale. En fait, lorsqu'on parle de musique tsigane en France, on fait une grande confusion parce qu'on se r&#233;f&#232;re &#224; tout ce qui est musique balkanique. La seule diff&#233;rence entre musique tsigane et musique locale est dans la mani&#232;re de l'interpr&#233;ter. La mati&#232;re musicale, les m&#233;lodies sont les m&#234;mes, mais les Tsiganes ont une mani&#232;re de les jouer qui en fait un style tsigane avant d'&#234;tre une musique sp&#233;cifiquement tsigane. Il n'y a pas d'harmonies ou de rythmes sp&#233;cifiques qui seraient arriv&#233;s d'Inde par exemple, mais des patrimoines locaux communs que les Tsiganes se sont appropri&#233;s. On doit donc parler de musiques tsiganes au pluriel. C'est seulement &#224; travers ce processus d'appropriation et d'interpr&#233;tation de ce qui existe sur place pour le transformer et le vivre &#224; leur mani&#232;re que l'on peut parler d'un trait commun aux Tsiganes d'Espagne, de Hongrie, de France, de Roumanie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur le plan politique europ&#233;en, ne cherche-t-on pas &#224; englober ces diff&#233;rentes cultures pour en faire un seul et m&#234;me peuple ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela appara&#238;t, en effet, comme une n&#233;cessit&#233; politique, car pour d&#233;fendre les droits d'une minorit&#233;, il faut d'abord la constituer, autour d'une m&#234;me langue, de rites religieux similaires, etc. Or, dans le cas des Tsiganes en Europe, les religions sont multiples : orthodoxe dans les Balkans, r&#233;formiste en Hongrie, catholique en Espagne, etc. Ils ne parlent pas la m&#234;me langue non plus&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il existe une langue tsigane, le romani, commune &#224; de nombreuses communaut&#233;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;. Alors, comme les ressemblances ne sont finalement pas &#233;videntes, on essaie de construire une sorte de boule artificielle dans laquelle on mettrait tous ces groupes-l&#224;, s'appuyant sur des &#171; traits caract&#233;ristiques communs &#224; tous les Roms &#187;, qu'il faut du coup inventer. Et de leur attribuer un drapeau, un hymne, une appellation unique [voir encadr&#233; ci-dessous], une origine commune, et de plus en plus on les incite &#224; construire une musique unifi&#233;e susceptible de correspondre &#224; un m&#233;lange de toutes ces communaut&#233;s tsiganes pr&#233;sentes en Europe. Mais, si unit&#233; il y a, c'est dans le regard unanime port&#233; sur &#171; ces &#233;ternels &#233;trangers de l'int&#233;rieur &#187;, regard accentu&#233; par la &#171; politique europ&#233;enne d'inclusion&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La &#171; dimension europ&#233;enne de la culture des Roms &#187; int&#233;resse, en premier (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &#187; &#224; leur &#233;gard.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Tsiganes ou Roms ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Petit rappel historique de l'appellation rrom, en Roumanie : en 1993 une &#233;lite politique a choisi d'ajouter un &#171; r &#187; au mot &#171; rom &#187; (&#171; homme &#187; en langue romani) utilis&#233;e depuis le congr&#232;s de l'Union rom internationale en 1971, afin d'&#233;viter toute confusion fr&#233;quente par les m&#233;dias entre les Roms et les Roumains. Il y a deux ans, un politicien roumain avait m&#234;me propos&#233; de r&#233;employer le terme &#171; tsigane &#187;, pourtant consid&#233;r&#233; comme d&#233;nigrant, afin d'&#233;viter toute &#233;quivoque suite &#224; un fait divers impliquant des Roumains, confondus avec des Roms, en Italie. Ces choix linguistiques n'ont &#233;t&#233; l&#233;gitim&#233;s que par une &#171; &#233;lite &#187; tr&#232;s minoritaire, incarn&#233;e par l'Union romani internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant la situation reste confuse et aujourd'hui des personnalit&#233;s publiques, comme les chanteurs Nicolae Guta ou Sandu Ciorba, pr&#233;f&#232;rent revendiquer leur identit&#233; &#171; tsigane &#187; et non &#171; rom &#187;. Cette ann&#233;e, l'Union europ&#233;enne a impos&#233; au gouvernement roumain d'appliquer une amende, de 50 &#224; 7 000 euros, pour l'usage du terme &#171; tsigane &#187; au lieu de celui de &#171; rom &#187;&#8230; Encore faudrait-il que les &#171; Roms &#187; portent effectivement plainte et que la plainte soit entendue par les autorit&#233;s. Que va-t-il advenir alors des tubes tsiganes &#171; &lt;i&gt;Fi tigan de tiganie&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Tigan european&#8230;&lt;/i&gt; &#187; ou &#171; &lt;i&gt;Tsiganie romaniei&lt;/i&gt; &#187; ? Devront-ils subir une rectification linguistique ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D&#233;signe le &#171; quartier tsigane &#187;, habituellement situ&#233; aux marges des villages &lt;i&gt;gadj&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lui est le bratschiste de Sz&#225;zscs&#225;v&#225;s Band, important musicien et personnage du village, et Tinka, sa femme, chante.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Rappelons que le nomadisme &#233;tait interdit pendant les 40 ans de la dictature communiste de Ceausescu. Il reste aujourd'hui en Roumanie quelques formes de semi-nomadisme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Style de m&#233;lodie roumaine, comme les manele, les doina&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pour plus d'approfondissement sur les liens entre musiciens, musique et soci&#233;t&#233;, il est conseill&#233; de lire la th&#232;se de Filippo Bonini Baraldi, &lt;i&gt;Tsiganes, musique et empathie&lt;/i&gt;, &#233;ditions EMSH, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Il existe une langue tsigane, le romani, commune &#224; de nombreuses communaut&#233;s en Europe. Mais, selon les pays, les contextes et l'Histoire, cette langue s'est parfois perdue, souvent apr&#232;s avoir &#233;t&#233; interdite. De nombreux Tsiganes parlent aujourd'hui principalement les langues locales. En m&#234;me temps, le romani a nourri consid&#233;rablement notre argot (&lt;i&gt;gadjo, marrav, pillav&lt;/i&gt;&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La &#171; &lt;i&gt;dimension europ&#233;enne de la culture des Roms&lt;/i&gt; &#187; int&#233;resse, en premier lieu, ceux qui font profession de d&#233;cider &#224; leur place. Ainsi, un s&#233;minaire, organis&#233; dans le cadre de Marseille 2013 par le Conseil de l'Europe, s'est pench&#233;, le 30 octobre dernier, sur &#171; &lt;i&gt;les conditions de valorisation de la culture rom&lt;/i&gt; &#187; et r&#233;unira des acteurs europ&#233;ens (responsables de mus&#233;es, responsables d'ONG culturelles, op&#233;rateurs culturels, &#233;lus, chercheurs, etc.), afin de &#171; &lt;i&gt;d&#233;finir l'itin&#233;raire de la culture et du patrimoine des Roms et d'en &#233;tudier les moyens de d&#233;veloppement.&lt;/i&gt; &#187; Euh&#8230; y a-t-il un Rom dans la salle ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Main basse sur Poussan</title>
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		<dc:creator>C&#233;cile F&#233;vrier</dc:creator>


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&lt;p&gt;Engag&#233; dans des projets de d&#233;veloppement m&#233;galomaniaques, le port de S&#232;te (H&#233;rault) cherche des espaces de stockage pour une hypoth&#233;tique affluence de conteneurs. La r&#233;gion a discr&#232;tement jet&#233; son d&#233;volu sur les terres d'une commune limitrophe. Mais faut pas pousser Poussan ! C'est mercredi soir, et comme tous les mercredis soir depuis plus d'un an, le Collectif Non &#224; Hinterland se r&#233;unit dans une salle municipale de Poussan. Dix-neuf personnes, un prof &#224; la retraite, un conchyliculteur, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no102-juillet-aout-2012" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;102 (juillet-ao&#251;t 2012)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Placid" rel="tag"&gt;Placid&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-une" rel="tag"&gt;d'une&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Thau" rel="tag"&gt;Thau&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Engag&#233; dans des projets de d&#233;veloppement m&#233;galomaniaques, le port de S&#232;te (H&#233;rault) cherche des espaces de stockage pour une hypoth&#233;tique affluence de conteneurs. La r&#233;gion a discr&#232;tement jet&#233; son d&#233;volu sur les terres d'une commune limitrophe. Mais faut pas pousser Poussan !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est mercredi soir, et comme tous les mercredis soir depuis plus d'un an, le Collectif Non &#224; Hinterland&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'Hinterland d&#233;signe l'ensemble du territoire continental desservi par un port.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; se r&#233;unit dans une salle municipale de Poussan. Dix-neuf personnes, un prof &#224; la retraite, un conchyliculteur, un ex-politicien, des paysans, etc. &#8211; et un chien &#8211; viennent du village et des alentours&#8230; Apr&#232;s quelques propositions d'&#233;changes &#8211; &lt;i&gt;&#171; Qui veut des pots &#224; confiture ? &#187; &#171; Qui veut des abricots ? &#187;&lt;/i&gt; &#8211; l'ordre du jour est annonc&#233;. Un programme charg&#233;, comme chaque semaine : fauchage d'un champ de sorgho sem&#233; par le collectif pour d&#233;montrer la fertilit&#233; des sols, pr&#233;paration d'une marche de paysans sans terres, position &#224; adopter face aux politiques, face aussi &#224; cette nouvelle probl&#233;matique du trac&#233; d'une ligne &#224; grande vitesse (LGV) au beau milieu des vignes&#8230; Une personne se d&#233;signe pour donner la parole&#8230; et c'est parti !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La raison de ces rencontres est claire : la d&#233;fense de cent cinq hectares de terres, agricoles ou non, certaines class&#233;es en AOC, sur la commune de Poussan. L'histoire d&#233;marre ainsi : sans informer les populations concern&#233;es, la r&#233;gion, avec la complicit&#233; de la municipalit&#233;, a obtenu du pr&#233;fet la cr&#233;ation en 2010 d'une Zone d'am&#233;nagement diff&#233;r&#233; (ZAD) pour l'installation d'une base logistique arri&#232;re du port&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_436 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH321/97placid-4ea81.png?1779633535' width='400' height='321' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par Placid
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;de S&#232;te, projet aujourd'hui int&#233;gr&#233; dans le sch&#233;ma de coh&#233;rence territoriale (Scot) du bassin de Thau. Face &#224; ces d&#233;marches d'acquisition fonci&#232;re, des propri&#233;taires et des citoyens se sont l&#233;gitimement inqui&#233;t&#233;s de savoir ce qui se tramait, mais se sont imm&#233;diatement heurt&#233;s &#224; des refus, des d&#233;nis et m&#234;me&#8230; des gendarmes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s plusieurs sollicitations des autorit&#233;s municipales ou r&#233;gionales pour organiser un d&#233;bat public &#8211; en vain &#8211;, le collectif s'est constitu&#233; et a men&#233; sa propre enqu&#234;te, dont les d&#233;marches et r&#233;sultats sont d&#233;voil&#233;s dans un surprenant rapport de plus de soixante pages : &lt;i&gt;Autopsie d'une illusion&lt;/i&gt;. Le projet de zone arri&#232;re, ou Hinterland, (c'est-&#224;-dire le stockage de milliers de conteneurs) se justifierait par le d&#233;veloppement exponentiel du port de S&#232;te. Au passage, la r&#233;gion, propri&#233;taire depuis 2007 du port, prend bien soin de parer son plan d'am&#233;nagement de tout le &#171; d&#233;veloppement durable &#187; n&#233;cessaire. On imagine donc des conteneurs arrivant par la mer, qui, plut&#244;t que d'&#234;tre stock&#233;s dans l'enceinte portuaire et achemin&#233;s ensuite par voie fluviale (canal du Rh&#244;ne &#224; S&#232;te en pleine modernisation), maritime ou ferroviaire, partiraient en camion jusqu'&#224; l'Hinterland.&lt;i&gt; &#171; Moi, c'est &#231;a, surtout, le &#8220;tout camion&#8221;, qui m'a amen&#233; &#224; venir rencontrer les gens de Poussan&#8230; C'est quand m&#234;me aberrant &#187;&lt;/i&gt;, commente une S&#233;toise membre du collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport enfonce le clou en d&#233;montrant que ce projet est bas&#233; sur des perspectives de croissance du port de S&#232;te franchement d&#233;lirantes. En effet, selon des diagrammes reconstitu&#233;s &#224; partir d'informations disparates&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Soit les d&#233;clarations de Robert Navarro, vice-pr&#233;sident du conseil r&#233;gional (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, le trafic maritime devrait augmenter de plus de 10 % par an, celui des conteneurs de plus de 100 % ces huit prochaines ann&#233;es. Soit une activit&#233; sup&#233;rieure &#224; celles de Marseille et Barcelone r&#233;unies ! M&#234;me folie des grandeurs pour les cr&#233;ations d'emploi envisag&#233;es : &lt;i&gt;&#171; Ils nous tiennent avec ces promesses de boulot, alors que ce serait surtout de l'interim. Et les chiffres avanc&#233;s sont extravagants. &#187;&lt;/i&gt; Mais l'argument fait mouche dans ces petites localit&#233;s, comme en t&#233;moignent les propos &#233;chang&#233;s par un membre du collectif avec un homme se disant sympathisant mais qui ne souhaite pas participer aux actions car &lt;i&gt;&#171; le maire a promis de trouver un emploi &#224; [son] fils &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste &#224; &#233;voquer les cons&#233;quences &#233;cologiques d'une telle r&#233;alisation : &lt;i&gt;&#171; On ne sait pas ce qu'il y aura dans ces conteneurs. Ils peuvent se renverser, ils sont eux-m&#234;mes trait&#233;s. Cette zone est &#224; neuf cents m&#232;tres de l'&#233;tang, tout pr&#232;s aussi de la Veyne [principal cours d'eau se jetant dans l'&#233;tang de Thau]&#8230; On ne peut pas risquer le moindre impact sur l'&#233;cosyst&#232;me fragile du bassin de Thau &#187;&lt;/i&gt;, commente un conchyliculteur. Face &#224; ce non-sens, une explication s'impose : la promotion immobili&#232;re. Peu &#224; peu, &#224; S&#232;te, les statuts des espaces dits portuaires sont modifi&#233;s et vou&#233;s &#224; la construction d'immeubles de standing. Or, comment faire cohabiter le d&#233;veloppement du port et celui de l'immobilier ? En d&#233;localisant les nuisances &#224; Poussan, pardi !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le collectif ne baisse pas la garde pour autant, entre nouvelles demandes de r&#233;unions publiques avec les responsables et espoir d'une prise de conscience des trois nouveaux &#233;lus socialistes. Il y a aussi de possibles alliances avec d'autres mouvements, comme celui qui s'oppose &#224; la Ligne de train &#224; grande vitesse : &lt;i&gt;&#171; On d&#233;fend des terres agricoles, on s'oppose &#224; un projet, Hinterland, mais ils vont nous faire autant de mal avec un TGV. Cette lutte rentre dans la n&#244;tre, donc en avant ! &#187;&lt;/i&gt; La prochaine r&#233;union se tiendra mercredi soir&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L'Hinterland d&#233;signe l'ensemble du territoire continental desservi par un port.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Soit les d&#233;clarations de Robert Navarro, vice-pr&#233;sident du conseil r&#233;gional ; du porte-parole du port ; de Marc Chevallier, pr&#233;sident de l'&#201;tablissement public r&#233;gional Port Sud de France ; ainsi que des infos r&#233;colt&#233;es dans divers dossiers de presse.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>En rade &#224; S&#232;te</title>
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		<dc:creator>C&#233;cile F&#233;vrier</dc:creator>


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&lt;p&gt;Depuis plus de quatre mois, trois ferries de la compagnie marocaine Comarit-Comanav, assurant les liaisons entre S&#232;te et Tanger sont bloqu&#233;s dans le port s&#233;tois, avec &#224; bord 240 marins sans salaire. Les familles, en face, organisent des sittings presque chaque jour devant les locaux de la compagnie, en attendant une solution pour ces marins abandonn&#233;s. Les &#233;quipages &#224; quai d&#233;ambulent dans les rues de la ville, aux puces, dehors, partout. Ils font la queue pour passer un coup de fil au (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no100-mai-2012" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;100 (mai 2012)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis plus de quatre mois, trois ferries de la compagnie marocaine Comarit-Comanav, assurant les liaisons entre S&#232;te et Tanger sont bloqu&#233;s dans le port s&#233;tois, avec &#224; bord 240 marins sans salaire. Les familles, en face, organisent des sittings presque chaque jour devant les locaux de la compagnie, en attendant une solution pour ces marins abandonn&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les &#233;quipages &#224; quai d&#233;ambulent dans les rues de la ville, aux puces, dehors, partout. Ils font la queue pour passer un coup de fil au Seamen's club&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lieux associatifs pr&#233;sents dans la majorit&#233; des ports pr&#233;vus pour l'accueil (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; et peuplent la seule terrasse o&#249; l'on sert des th&#233;s &#224; la menthe, &#224; l'entr&#233;e du bassin portuaire de S&#232;te. Les plus d&#233;gourdis ont m&#234;me r&#233;ussi &#224; trouver des petits boulots. Lueur de d&#233;sespoir le 4 mai, l'appel d'offre de la compagnie italienne Grandi Navi Veloci (GNV) a &#233;t&#233; retenu par les autorit&#233;s marocaines et ce sont ses bateaux qui vont assurer la liaison entre la France et le Maroc. Les choses changent, s'acc&#233;l&#232;rent, finie la &#171; routine &#187; pour ces hommes de mer amarr&#233;s, il va falloir s'organiser pour le d&#233;part, la lutte, la place&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire, c'est celle compliqu&#233;e de ces 3 navires &#8211; Le Marrakech, Le Biladi et Le Bni Nsar &#8211; appartenant &#224; la Comanav (entreprise publique marocaine) devenue Comarit et endett&#233;e de plus de 20 millions d'euros. Les ferries ont &#233;t&#233; saisis. Les salaires gel&#233;s. Les marins abandonn&#233;s attendaient l'intervention des autorit&#233;s marocaines, du roi&#8230; Mais la situation s'est enkyst&#233;e. Elle aurait d&#251; se d&#233;bloquer d&#233;but avril, elle s'est d&#233;bloqu&#233;e d&#233;but mai avec l'appel d'offres, elle ach&#232;vera de se d&#233;bloquer d&#233;but juin pour l'ouverture de la saison touristique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dur de les faire parler, ces marins. La barri&#232;re de la langue bien s&#251;r, la complexit&#233; d'une affaire qui &#233;chappe &#224; beaucoup aussi : &lt;i&gt;&#171; Ce qui est s&#251;r c'est qu'il y a quelque chose de louche l&#224;-dessous, des magouilles cach&#233;es&#8230; parce que quand m&#234;me ils en rentraient de l'argent&#8230; on ne comprend pas comment c'est arriv&#233; la gal&#232;re &#187;&lt;/i&gt;, s'accordent-ils tous &#224; dire. Le 3 mai, onze hauts responsables de la Compagnie dirig&#233;e par Samir Abdelmoula ont &#233;t&#233; interpell&#233;s &#224; Casablanca. Des associations se sont mobilis&#233;es pour nourrir ces marins perdus, les v&#234;tir, faciliter les communications avec leurs familles, ou encore organiser un salon de coiffure au milieu d'un bazar dans lequel les dattes vieillissent (fin des liaisons oblige). L'ITF&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;International Transport Workers F&#233;d&#233;ration : association internationale qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, elle, ainsi que le syndicat international des transports, se chargent de d&#233;fendre les droits de l'&#233;quipage et d'obliger la compagnie &#224; le payer par la saisie conservatoire&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La saisie conservatoire est une fa&#231;on de proc&#233;der en pr&#233;vision de, en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Si l'armateur ne r&#233;agit pas, demeure la possibilit&#233; de payer les marins gr&#226;ce &#224; la revente des bateaux. Mais, au prix de la ferraille, elle ne pourra couvrir qu'une infime partie des dettes accumul&#233;es. Les marins sont d&#233;cid&#233;s &#224; se d&#233;fendre, &#224; ne pas c&#233;der leur place &#224; quai &#224; la nouvelle compagnie pour un coin au fond du port, pour un oubli encore plus s&#251;r&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au quotidien, chacun, hommes, femmes, commandants, m&#233;caniciens, h&#244;tesses, charg&#233;s de s&#233;curit&#233;, etc., assure son r&#244;le et ses quarts : entretien des machines, s&#233;curit&#233; &#224; quai et &#224; bord, nettoyage, m&#234;me si &lt;i&gt;&#171; on n'a plus de produits m&#233;nagers ! &#187;&lt;/i&gt;&#8230; et chaque nuit un tour de ronde pour &#234;tre s&#251;r qu'aucun marin n'ait d&#233;couch&#233; ; il serait consid&#233;r&#233; comme un d&#233;serteur et pourrait alors dire adieu &#224; ses potentiels mois de salaires. Le climat est tendu : &lt;i&gt;&#171; on ne sait rien. On &#233;conomise l'&#233;lectricit&#233; si on doit repartir, &#231;a veut dire plus de chasse d'eau, plus de chauffage&#8230; L&#224; &#231;a va mieux, il fait meilleur, mais pendant la p&#233;riode o&#249; il faisait si froid, on ne dormait m&#234;me pas &#187;&lt;/i&gt;, confie un jeune officier charg&#233; de l'entretien des machines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si tous font preuve d'une patience exemplaire et que certains continuent d'affirmer que les conditions de vie &#224; bord restent bonnes, le temps est long. &lt;i&gt;&#171; Quand j'appelle la famille, je dois &#234;tre le plus calme possible, mais on parle de cette situation toute la journ&#233;e, on n'en peut plus. Des fois, je m'isole pour penser &#224; autre chose &#187;&lt;/i&gt;, dit un p&#232;re de famille embarqu&#233; depuis deux ans sur Le Marrakech. &lt;i&gt;&#171; Pour moi &#231;a va, dit un jeune, mais je n'ai pas de famille, pas de cr&#233;dit et mes parents peuvent m'aider&#8230; c'est moins dur que pour d'autres. &#187; &lt;/i&gt; Mais la mobilisation est moindre, &#233;clat&#233;e, et, dans les caf&#233;s et les bars de S&#232;te, les discussions sont ailleurs. Seules traces visibles, ces quatre inscriptions murales :&lt;i&gt; &#171; et quel soutien avec les marins abandonn&#233;s ? &#187;&lt;/i&gt; Seuls &#224; briser le silence m&#233;diatique, les journaux locaux rapportent les r&#233;sultats d'une r&#233;union de la derni&#232;re chance avec le directeur de cabinet du pr&#233;fet le 7 mai dernier. L'&#201;tat fran&#231;ais prendra en charge le billet d'avion et une modeste aide financi&#232;re en vue d'&lt;i&gt;&#171; un rapatriement digne et acceptable des marins. &#187;&lt;/i&gt; Pour le reste, on est dans l'hypoth&#233;tique : priorit&#233; au versement des salaires &#224; l'issue de l'&#233;ventuelle vente des ferries saisis, n&#233;gociations avec GNV concernant une &#233;ventuelle reprise d'une partie des &#233;quipages sur la future ligne. C'est une histoire italo-marocaine d&#233;sormais.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lieux associatifs pr&#233;sents dans la majorit&#233; des ports pr&#233;vus pour l'accueil des marins mettant &#224; disposition des boissons, des postes Internet, et dans le cas de S&#232;te une ligne t&#233;l&#233;phonique vers le Maroc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;International Transport Workers F&#233;d&#233;ration : association internationale qui d&#233;fend les marins et les gens de mer.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La saisie conservatoire est une fa&#231;on de proc&#233;der en pr&#233;vision de, en attente d'un jugement, en prenant les biens du d&#233;biteur (les bateaux) et en les conservant au chaud, pour &#233;viter leur disparition (insolvabilit&#233; organis&#233;e par exemple) et &#234;tre s&#251;r de se payer sur quelque chose quand on obtiendra le jugement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Roms &#224; ranger</title>
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		<dc:creator>C&#233;cile F&#233;vrier</dc:creator>


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&lt;p&gt;Nomadisme, mendicit&#233; agressive, rumeurs diverses sur ces Tziganes voleurs de poules, de ferraille et d'enfants&#8230; Depuis cet &#233;t&#233;, les Roms sont en premi&#232;re ligne du discours s&#233;curitaire : tellement en marge et si id&#233;alement visibles. Reportage &#224; Marseille. Expuls&#233;s le 28 juillet des squats dans lesquels ils s'entassaient &#224; La Blancarde, &#224; Marseille, une vingtaine de Roms, de cinq mois &#224; 70 ans, se retrouvent dehors, Porte d'Aix. M&#234;me si quelques passants leur apportent &#224; boire et &#224; manger, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no81-septembre-2010" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;81 (septembre 2010)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/enfants" rel="tag"&gt;enfants&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Expulses" rel="tag"&gt;Expuls&#233;s&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nomadisme, mendicit&#233; agressive, rumeurs diverses sur ces Tziganes voleurs de poules, de ferraille et d'enfants&#8230; Depuis cet &#233;t&#233;, les Roms sont en premi&#232;re ligne du discours s&#233;curitaire : tellement en marge et si id&#233;alement visibles. Reportage &#224; Marseille.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Expuls&#233;s&lt;/strong&gt; le 28 juillet des squats dans lesquels ils s'entassaient &#224; La Blancarde, &#224; Marseille, une vingtaine de Roms, de cinq mois &#224; 70 ans, se retrouvent dehors, Porte d'Aix. M&#234;me si quelques passants leur apportent &#224; boire et &#224; manger, ils campent sous des toiles de fortune dans l'indiff&#233;rence g&#233;n&#233;rale. Pire encore, ils continuent de d&#233;ranger et d'attirer certains regards hostiles, avec leurs matelas trou&#233;s et leurs enfants qui jouent comme si tout continuait normalement. Et ces poussettes ! Charg&#233;es de &#171; bordilles &#187; r&#233;cup&#233;r&#233;es, qu'ils gardent soigneusement, ils sont pr&#234;ts &#224; les embarquer &#224; tout moment avec eux dans un avion, &#224; moins qu'un sympathique camion poubelle commandit&#233; et escort&#233; ne les balance entre temps, comme souvent !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Excusez-nous on n'a pas pass&#233; l'aspirateur pour vous recevoir &#187;&lt;/i&gt;, annonce en roumain une jeune m&#232;re de sept enfants. Ouf ! Il reste l'humour. &#199;a rassure un peu. En m&#234;me temps, on peut se dire que la place est jolie. De l'herbe, des pins, des fleurs encore ouvertes. Le probl&#232;me c'est l'autoroute en haut, et la route tout autour, enfin, le probl&#232;me c'est que cette tache de verdure n'est qu'un gros rond-point noy&#233; dans les embouteillages &#224; l'entr&#233;e de la ville. Mais il fait encore soleil, alors dormir sous les tentes, qu'ils nomment &#171; villas &#187;, m&#234;me d&#233;chir&#233;es, ou &#224; la belle &#233;toile, &#231;a pourrait donner un air de prolongation de vacances. En fait, tout irait presque bien. Sans cette faim au ventre, sans cette soif aussi. Et sans ce r&#233;veil &#224; l'aube du 26 ao&#251;t, que tous racontent, encore sous le choc. Quatre cond&#233;s propres et bien nourris sont sortis de leur voiture en fanfare, le poste &#224; fond, dansant et riant sous les regards apeur&#233;s des enfants somnolents, une matraque dans une main, une lacrymo dans l'autre, un sourire complice sur les l&#232;vres, et qui s'esclaff&#232;rent en chantant : &lt;i&gt;&#171; Il faut partir, allez, on va partir en Roumanie, lalala ! &#187;&lt;/i&gt; Extrait d'&#171; humour policier &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre deux descentes, les femmes peuvent courir vendre en face les trois &#171; estrasses &#187; rep&#234;ch&#233;es des poubelles par les maris partis &#233;changer leurs kilos de cuivre et de fer contre quelques pi&#232;ces&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le prix du cuivre et du fer passe du simple au double selon qu'on est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Vite, vite, on traverse, vite on d&#233;balle, l&#224;, sur ce qui reste du &#171; march&#233; aux voleurs &#187;, vite, 50 centimes, y a pas les flics, faut acheter du pain, du lait pour les b&#233;b&#233;s, du jus pour les grands, de l'eau&#8230; Mais les cond&#233;s sont d&#233;j&#224; l&#224;-bas, tout pr&#232;s des tentes&#8230; trop tard&#8230; encercl&#233;s, les enfants qui dormaient dedans, r&#233;veill&#233;s par des grosses chaussures qui tapent au hasard. &#171; Pschhiiiit &#187;, fait la gazeuse&#8230; Les enfants hurlent, toussent, pleurent, et sortent. Les m&#232;res courent en criant, affol&#233;es. Alors on d&#233;m&#233;nage. Quelques m&#232;tres plus loin. Et tout le monde se resserre. Mais profil bas. Ils sont en tort. Ils sont roms, de Roumanie. Tziganes. Et dans toute leur histoire finalement, toujours en tort. Face &#224; la peur d'&#234;tre s&#233;par&#233;s, jet&#233;s en prison, &#233;loign&#233;s des enfants, ils se taisent et passent leur journ&#233;e sur la pointe des pieds, et pourtant tellement visibles. Ils demeurent ces figures de mis&#232;re inassimilables &#224; la soci&#233;t&#233; moderne de 2010 ; comme &#224; celle de 1940 o&#249; les nomades fran&#231;ais furent assign&#233;s &#224; r&#233;sidence &#171; par mesure de s&#233;curit&#233; nationale &#187; puis, pour certains, intern&#233;s dans des camps jusqu'en 1946 ; ou encore celle de 1666 quand Louis XIV d&#233;cida de les envoyer sans autre forme de proc&#232;s aux gal&#232;res &#224; perp&#233;tuit&#233;, de raser les cheveux de leurs femmes et de placer leurs enfants dans des hospices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; L'avion vient lundi &#187;&lt;/i&gt; (le 6 septembre), leur a-t-on dit. Et l&#224;, ils ne savent plus trop ce qui est mieux. Rentrer au milieu des Roumains et avoir faim : &lt;i&gt;&#171; L&#224;-bas, y a rien&lt;/i&gt;, dit Costel, 28 ans, qui multiplie les allers et retours Marseille/Blaj depuis 7 ans et parle fran&#231;ais. &lt;i&gt;Aucun travail pour nous. Tous les patrons, ils pr&#233;f&#232;rent pas les Roms. Et puis il faut donner un cochon, ou une poule au patron, et nous on peut pas. &#199;a marche comme &#231;a l&#224;-bas. Alors on vit de l'allocation enfant. 35 euros par mois. Mais c'est rien 35 euros par mois pour une famille. &#187;&lt;/i&gt; D'un autre c&#244;t&#233;, rester en France cela signifie veiller jour et nuit sur les enfants, sous des regards m&#233;prisants, avec ces acc&#232;s de violence x&#233;nophobe et polici&#232;re. Andr&#233;, la quarantaine, explique en d&#233;sossant des fils de cuivre r&#233;cup&#233;r&#233;s sur un appareil &#233;lectrom&#233;nager : &lt;i&gt;&#171; Nous les Tziganes, on reste jamais au m&#234;me endroit, on change toujours de lieu, tous les 3 ans, comme &#231;a&#8230; on est un peu comme des touristes&#8230; &#187;&lt;/i&gt; Des campeurs loqueteux, qui ne passent pas l'aspirateur sur le rond-point de la Porte d'Aix, et sur qui les flics vident leurs stocks de lacrymo.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le prix du cuivre et du fer passe du simple au double selon qu'on est fran&#231;ais ou roumain. Ainsi le taux d'&#233;change du fer est de 8 centimes le kilo si le vendeur est roumain (soit 80 euros pour une tonne de ferraille, ce qui veut dire un sacr&#233; tas de poubelles !), et de 1,60 euro pour un Fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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