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Mais qu’est-ce qu’on va faire... du monde parallèle de Nicolas Demorand ?


paru dans CQFD n°149 (décembre 2016), rubrique , par Jean-Baptiste Legars
mis en ligne le 12/08/2019 - commentaires

Certains soirs, en rentrant de l’usine, il arrive qu’on soit trop fatigué pour brancher l’auto-radio sur France Culture. Mais pas non plus assez abruti pour se fader Rire et Chansons. Cet état de semi-conscience peut conduire à échouer sur les ondes de France Inter. Et sur Le téléphone sonne, l’émission « pionnière de l’interactivité » animée par Nicolas Demorand. Et là, c’est un coup à tomber dans un univers parallèle, où le monde réel disparaît pour devenir tel que l’imagine l’animateur. Vous avez pensé, à un moment donné, que le Royaume-Uni ne sortirait pas de l’Europe ? C’est la faute à Nicolas. Vous étiez persuadée qu’Hillary Clinton allait s’installer à la Maison Blanche ? C’est encore la faute à Demorand. Ce gars passe la plupart de son temps à mystifier ses auditeurs, à les persuader que ses souhaits vont devenir réalité.

La preuve ? Il suffit de réécouter l’émission qui a précédé le Brexit (« Brexit or not Brexit », 23 juin 2016) et, surtout, celle diffusée la veille de la victoire de Donald Trump (« Election day today », le 8 novembre 2016).

Jeudi 23 juin 2016, jour du référendum pour la sortie du Royaume-Uni de l’Europe. Les résultats ne sont pas encore connus. Après vingt minutes d’émission diffusée pour l’occasion depuis Londres, l’un des invités – tous sont pour le maintien dans l’Union – finit par craquer : « Je vais vous dire, je pense qu’on se pause des questions inutiles. Les Anglais vont rester. » Quelques instants plus tard, c’est Dominique Grive, député conservateur britannique, qui affirme : « 70 % des jeunes de moins de 30 ans vont certainement voter pour rester. » Or, selon les premiers résultats, la majorité des jeunes se sont abstenus.

On retrouve les mêmes prédictions erronées – en pire – dans l’émission du soir des élections américaines. D’abord, Nicolas Demorand et ses invités ont intégré à ce point le bipartisme qu’ils s’embrouillent honteusement sur le nombre de candidats en lice : « Il y a quatre candidats… – Trois… – Trois, pardon… – Non, quatre. – Quatre… »

Puis, au fil de la discussion, ils échangent gaiement, comme si l’affaire était pliée. Acquise. Hillary Clinton est installée à la tête de la première puissance mondiale. Et George Ugeux, PDG d’une banque d’affaires internationale à New York, d’affirmer : « Le monde des Clinton est un monde pas clair. J’espère que la présidence l’amènera à faire autre chose. Et nous devons être vigilant pour ne pas la laisser faire n’importe quoi. » un autre invité interroge le même Ugeux : « Si Hillary Clinton est élue, que lui conseillerez- vous ? – Je lui dirai : “Ne sois pas naïve.” »

En tout cas, lui n’aurait pas dû croire naïvement les sondages en faveur de sa favorite. Mais le bougre ne lâche rien, et poursuit : « Nous allons vers une continuité, car Hillary Clinton, ayant été ministre des Affaires étrangères pendant quatre ans d’Obama, est dans une ligne qui fait que nous n’allons pas avoir d’énormes changements de politique. » Et le même d’insister : « Nous allons avoir une Présidente des États-Unis qui a été ministre. » Au matin, la casquette de plomb trumpesque, on la doit à Nicolas. Pas le marchand de vin qui nous bourre la gueule. Mais le « journaliste ». Qui nous bourre le mou.

Jean-Baptiste Legars


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