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ZAD du Testet : en bref...


paru dans CQFD n°125 (octobre 2014), par Camille Pastel, illustré par
mis en ligne le 27/10/2014 - commentaires

La Dépêche, la voix de son maître

Dans le Tarn comme dans d’autres départements voisins, La Dépêche du Midi est le grand quotidien local. Au début, il a assuré une couverture relativement neutre de la « bataille de Sivens ». Face à notre étonnement, une équipe de journalistes nous avait expliqué qu’en effet, ils n’avaient « pas encore reçu de consignes ».

Manifestement, elles sont vite arrivées  : le journal s’est ensuite transformé en organe de propagande en faveur du barrage porté (entre autres) par le Conseil général du Tarn-et-Garonne. C’est que son président n’est autre que le PDG du groupe La Dépêche, Jean-Michel Baylet, un petit Berlusconi du midi toulousain qui sait multiplier les casquettes (il est aussi président du PRG, d’un syndicat d’irrigation, d’un club de rugby, etc. [1]). Lors de l’occupation de « son » Conseil général, le jeudi 18 septembre, les opposants ont scandé  : « Embarrem lo Baylet, liberem lo Testet » (Baylet en prison, libérons le Testet) pour répondre à une campagne de désinformation, favorable au saccage de la région, consistant à opposer les « violents zadistes d’origines diverses » aux « bons agriculteurs tarnais » de la FNSEA.

Préhistoire de la bataille de Sivens

Depuis plus de trente ans, la vallée du Tescou (Tarn) aiguise l’appétit des services d’« aménagement du territoire » chargés d’adapter nos lieux de vie aux exigences infinies du développement capitaliste. Ici, il ne s’agit pas d’une ligne TGV ou d’un aéroport, mais d’un barrage au service de l’agriculture intensive. Comme dans tous les grands projets, la finalité semble surtout de produire artificiellement, grâce à l’argent public, de l’activité économique et ce qui va avec : profits privés et pots de vin. Dans les années 2000, les décideurs du Tarn et du Tarn-et-Garonne (PS et PRG) ont accepté de satisfaire la voracité de la CACG (Compagnie d’aménagement des Coteaux de Gascogne) et de sacrifier le Tescou. Face à ce projet de barrage au lieu-dit du Testet, un premier collectif d’écologistes se forme, qui souligne la perte de biodiversité qu’entraînerait la destruction de cette zone humide. Depuis octobre 2013, le site est occupé par des « zadistes » afin d’empêcher les travaux. Malgré leur détermination, la première étape des travaux a commencé le 1er septembre 2014, sous haute protection militaire. La deuxième manche de la bataille commence le 25 octobre.

Extension du domaine de la ZAD

La résistance ne se déploie pas uniquement sur la ZAD du Testet, à coups de cabanes dans les arbres, de guérilla champêtre et de piégeage des arbres. Un peu partout dans le Tarn et le Tarn-et-Garonne, les actions, les comités de soutien, les tractages et les graffitis se multiplient. Chronique lacunaire de trois semaines d’une lutte qui s’enracine localement.

• Mardi 2 septembre : opération escargot sur la principale route menant au site, avec les tracteurs de la Confédération paysanne ; dans l’après-midi, manifestation devant la mairie de Gaillac et tractage au marché.

• Mercredi 3 : action contre la CACG à Auzeville.

• Jeudi 4 : une « vélorution » retarde l’arrivée des machines. • Samedi 6 : rassemblement à Albi.

• Dimanche 7 : manifestation à Saint-Antonin-Noble-Val  : « Pour le boccage, contre le saccage ».

• Lundi 8 : blocage des trois accès au site par des épis de voitures garées sur les routes ; rassemblement devant la préfecture de Toulouse.

• Mardi 9 : occupation du Conseil général du Tarn (CG 81) à Albi ; le chef des RG se prend un coup de tête et se retrouve avec le nez cassé ; le même jour, coups de pioches symboliques contre le barrage voisin de Fourrogues, construit par les mêmes acteurs et déclaré ensuite illégal par la justice.

• Du mardi 9 au mercredi 17 : forum d’information se tenant jour et nuit devant le CG 81, avec concerts de soutien et vidéo montrant ce qui se passe sur le site, notamment les violences policières.

• Samedi 13 : perturbation de la « fête de la rivière » organisée par le CG 81 à Lisle-sur-Tarn.

• Dimanche 14, tentative d’empêcher l’arrivée des machines en bloquant un rond-point ; la police balance les véhicules dans les fossés.

• Lundi 15 : grève des lycéens de Gaillac qui décident de camper devant leur établissement en soutien avec la ZAD.

• Mardi 16 : tandis que les lycéens de Gaillac reconduisent le mouvement, ceux de Castres débrayent à leur tour.

• Jeudi 18 : occupation du Conseil général du Tarn-et-Garonne ; les employés montalbanais du service environnement quittent leurs bureaux et se cachent ; le même jour, rassemblement à Saint-Gaudens contre l’entreprise chargée de la déforestation.

• Vendredi 19 : manifestation des lycéens à Albi et perturbation des festivités organisées par le CG 81 pour les trente ans de ses services d’« éducation à l’environnement » : ici aussi, les éco-tartuffes (qui n’ont toujours pas eu le courage de prendre position) fuient la discussion avec les manifestants pour se repaître d’une conférence sur le thème  : « sensibiliser et s’engager face au changement climatique » dont on sait qu’il est dû notamment, comme le conférencier le rappelle, à la déforestation…

• Samedi 25 octobre : prochain round de la lutte avec un grand rassemblement au Testet à midi suivi d’une semaine de mobilisation.

Par Nardo. {JPEG}

L’éco-déforestation qui vient

La déforestation du Testet ne s’est pas tant faite à coups de tronçonneuses que d’énormes machines (abatteuses et broyeuses) transformant instantanément la forêt en un lit de copeaux. C’est plus rapide et plus rentable, mais il importe de souligner que ces nouvelles méthodes sont intimement liées au développement de nouvelles technologies de « chauffage écologique ». Depuis quelques années, de nouveaux poêles à « biomasse » apparaissent, alimentés automatiquement à l’aide de granulés ou de plaquettes de broyat de bois. Pratique pour celles et ceux qui n’ont pas envie d’alimenter leur poêle toutes les deux heures, et, quand on connaît les nuisances liées à l’énergie nucléaire et à la pétrochimie, apparemment plus écologique. Mais en réalité, le passage de la bûche au granulé, de l’alimentation manuelle à celle automatique, transforme le bois en un combustible aussi fluide que le mazout. Et cette automatisation en aval de la filière « bois de chauffe » implique son industrialisation en amont  : plus besoin d’abattre les arbres à la main, il suffit de les broyer à la machine. Seulement, il faut pour cela des parcelles de bois suffisamment vastes. De même que l’industrialisation de l’agriculture a supposé le remembrement des champs, il faut aujourd’hui « remembrer » les forêts françaises pour en industrialiser l’exploitation – et nos décideurs s’en chargent. Encore une fois, le recours à de nouvelles techniques pour conjurer la crise écologique ne fait que l’aggraver. Et tout cela permet l’essor de nouvelles filières industrielles pour que le capital prospère à l’infini. Amis des forêts, gare aux poêles à granulés  !

Par Nardo. {JPEG}

Lire aussi : ZAD du Testet : « Les arbres volaient au-dessus de nos têtes »


Notes


[1Le pauvre Baylet vient de perdre son siège de sénateur, ce qui doit faire un gros trou dans son agenda déjà chargé.



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