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Casse noisettes

Y en a là-dessous !


paru dans CQFD n°105 (novembre 2012), rubrique , par Casse-noisette
mis en ligne le 26/12/2012 - commentaires

On veut bien critiquer les fous furieux type Richard Millet qui ont une éruption d’urticaire dès qu’on leur parle de « société multiculturelle », mais on ne fait pas beaucoup d’efforts pour imaginer une vraie société multiculturelle où l’on dirait « t’es pas comme moi, mais je te laisse tranquille ». Il semble même qu’il n’y ait qu’un seul modèle possible de féminisme, celui qui défend, pour des raisons liées à l’histoire de France, l’idée selon laquelle on n’est pas féministe si on n’est pas athée.

Néanmoins, un bouquin collectif vient de sortir à la Fabrique, qui porte le titre hérétique de Féminismes islamiques [1]. On y apprend qu’il y a des femmes musulmanes féministes, qu’elles s’appellent Zahra Ali, Malika Hamidi, Saida Kabat, Asma Lamrabet, qu’elles se réunissent depuis longtemps dans des colloques à l’étranger, dans des groupes de recherche comme le GIERFI, et que si en France peu de publications ont vu le jour sur ce sujet, en raison d’un micro-climat bien de chez nous, il en existe de nombreuses en anglais.

Ces féministes « considèrent que l’égalité est au fondement de la religion musulmane et que le message de la Révélation coranique est garant des droits des femmes ». Leur premier combat se situe au niveau de l’exégèse des textes de leur religion. Ici, ça consiste à débarrasser le Coran des couches d’interprétations patriarcales. Par exemple, elles considèrent avec d’autres théologiens la Shari’a comme une Voie et non une Loi. Au cas où vous ne le sauriez pas, au sein de l’islam, il y a des oppositions très importantes : un soufi n’a guère à voir avec un salafiste (il paraît même qu’ils ne sont pas tous terroristes, dingue, non ?)

Car non, non et non, elles ne comptent pas abjurer leur foi pour se soumettre à l’idée qu’un « féminisme bourgeois » a de Lafâme (pour parler comme notre ex-chroniqueuse Mademoiselle). C’est leur second combat dans notre société. Il n’y a aucune contradiction, au contraire, leur foi les porte à hausser le ton face à leurs « frères » qui roupillaient tranquilles. Ces féministes musulmanes, par leur existence, « réinventent et se réapproprient le féminisme en commençant par le décoloniser et le poser comme universel ».

Ah, l’universel, que de crimes a-t-on commis en ton nom ! En pleine guerre d’Algérie le 13 mai 58 à Alger, on célébrait des cérémonies publiques de « dévoilement », censées démontrer la supériorité de l’Occident. Aujourd’hui, on se demande si les choses ont vraiment changé. La femme musulmane, a fortiori la femme voilée, est considérée comme une « Autre » inquiétante, sous-développée, qui n’a pas le droit à la parole, n’a pas de lien avec Lafâme blanche « libérée ». Partout on parle pour elle, on lui dit de renoncer à ci ou à ça pour son bien… Une vraie pensée coloniale, comme le remarquent les intervenantes très motivées de ce livre pêchu.

Alors, laissez-les vivre… Et ne nous inquiétons pas, ces femmes aussi se battent contre les agressions sexuelles, les inégalités salariales, les violences diverses, le publisexisme. Elles sont musulmanes, et alors, ça vous donne des boutons ?


Notes


[1Féminismes islamiques, Zahra Ali (coll.), La Fabrique, 225 pages, 13 euros.



2 commentaire(s)
  • Le 27 décembre 2012 à 14h42, par D2R2 -

    Apparemment le Chien rouge n’aime pas qu’on rappelle la stratégie de la confrêrie des Frêres musulmans puisqu’il ne publie pas le message que j’avais posté en regard de cet article sur les "féministes musulmanes". Article, qui, s’il n’est pas prosélyte, est tout de même bien complaisant.

    Vous êtes à ce point terrifiés à l’idée de trolls islamophobes pour censurer une info ?

    Ce que dit cet extrait (que je reproduis ci-dessous au cas où vous seriez un peu moins obtus) c’est que la stratégie des frères musulmans – qui ne représentent pas tous les musulmans, faut-il le rappeler, mais qui n’en reste pas moins une force politique constitutée avec un projet hégémonique, faut vous renseigner – ont pour stratégie de foutre du religieux partout, y compris dans le féminisme. C’est à ça que me fait penser le bouquin de La Fabrique malheureusement.

    « Partout, les Frères musulmans travaillent à rétablir l’islam dans sa conception qui régit la vie des gens en toutes choses, et ils croient que cela ne peut se réaliser que par une société forte. Notre mission est claire : le rétablissement de l’islam dans sa conception englobante ; la soumission du peuple à Allah ; l’établissement de la religion d’Allah ; l’islamisation de la vie ; le règne de la religion d’Allah ; le développement de la Oumma sur la base de l’islam. Toutes ces phrases sont des synonymes décrivant la signification, l’intention et la définition de la mission globale à laquelle nous oeuvrons en tant que Frères musulmans. (...) Tous les aspects de la vie doivent être islamisés et le principal instrument pour y parvenir est le peuple. Le peuple peut établir un parti, une association, des écoles et de nombreux autres moyens d’accomplir des tâches secondaires, mais c’est au peuple lui-même qu’incombe la tâche d’instaurer pour la Oumma une vie entièrement basée sur la référence islamique ou la méthode islamique. »

    Khairat el-Shater, guide suprême adjoint des Frères musulmans, discours du 21 avril 2011 à Alexandrie.

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    • Le 27 décembre 2012 à 18h02, par le Chien rouge -

      Sans argumentation et mise en contexte de la citation, le Chien rouge, en effet, aurait eu bien du mal à distinguer le troll islamophobe - ou prosélyte, d’ailleurs - de la légitime critique d’un article, celui-ci ou tout autre sur le site.

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