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Police

Wissan est mort, et il ne se passe rien


paru dans CQFD n°116 (novembre 2013), par Jean-Baptiste Legars, illustré par
mis en ligne le 27/12/2013 - commentaires

Wissam el Yamni est passé d’une fête entre amis au musée des refroidis aussi rapidement que l’on se souhaite « Bonne année ! ». Il lui aura suffi de croiser les forces de l’ordre. C’était le 1er janvier 2012. Depuis, la justice s’empresse de traîner.

Dans la presse, l’autre, la mainstream, celle appartenant aux marchands de béton ou de canon – et à la pub –, pour qu’un sujet soit traité, il faut au minimum un lien avec l’actualité. Et, surtout, surtout, qu’il y ait du neuf. De nouvelles infos à vendre, coco.

Rien de tout cela ici. Wissam el Yamni est mort voilà presque deux ans, début janvier 2012, à Clermont-Ferrand, suite à une arrestation policière musclée le soir de la Saint-Sylvestre. L’information toute chaude que CQFD apporte est celle-ci : rien. Du côté de la justice, il ne se passe rien. « Depuis cet été, un nouveau juge doit reprendre l’affaire. Mais il refuse d’instruire le dossier, il refuse que des enquêtes soient menées », explique Farid el Yamni, frère de la victime.

Wissam el Yamni est décédé à l’hôpital de Clermont-Ferrand après quelques heures aux mains des forces de l’ordre et neuf jours de coma. Il avait été interpellé dans le quartier de la Gauthière pour avoir lancé une pierre sur une voiture de police aux alentours de 3 heures du matin alors qu’il fêtait le nouvel an dehors avec des amis. Suite à son interpellation, il avait été retrouvé allongé face contre terre dans un couloir et mains menottées dans le dos peu après son arrivée au commissariat. Une information judiciaire avait alors été ouverte pour «  violences volontaires par personnes dépositaires de l’autorité publique, ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Dans son réquisitoire, le procureur visait nommément les deux policiers de la brigade canine qui avaient procédé à l’interpellation et transporté la victime au commissariat. Mais ce n’était pas pour de vrai : les deux policiers visés n’ont pas été mis en examen, et n’ont même pas été entendus par les différents juges d’instruction qui se refilent le dossier depuis bientôt deux ans – nous en sommes au troisième.

« Ils nous ont d’abord parlé d’un “règlement de comptes”, puis d’une prise de contention – un “pliage” – effectuée par un des policiers qui lui aurait compressé la carotide », poursuit Farid el-Yamni. Enfin, suite à une expertise complémentaire, il a été dit que Wissam serait mort du “cocktail toxique” d’alcool et de cocaïne. Et que les traces constatées au niveau du cou ne seraient que des marques de frottements de vêtements… « Or, dans le rapport du premier médecin qui a examiné mon frère, il est bien marqué : “marques de strangulation”, assure Farid. Nous avons les photos de mon frère à l’hôpital, il a des bleus dans le cou, et ce ne sont pas des traces de “frottement”. Quant à l’explication liée à la prise d’alcool et de stupéfiants, nous avons les preuves scientifiques qu’elle ne tient pas. »

Depuis bientôt deux ans, Farid et sa famille se battent pour obtenir justice, et connaître les circonstances exactes du décès de Wissam : «  On voudrait que la justice prenne en compte tous les éléments, mais elle ne veut pas enquêter », estime son frère. Elle pourrait, par exemple, exploiter ce témoignage recueilli par le site Mediapart quelques jours après les faits : « Les policiers sont descendus, ils ont mis de la musique à fond, de la funk, et ont démuselé les deux chiens. Ils étaient chauds, ils ont fait un décompte : “Trois-deux-un, go” et ils lui ont mis des coups. »

Chien méchant

Par Lasserpe. {JPEG}



6 commentaire(s)
  • Le 28 décembre 2013 à 14h19 -

    j’aime pas du tout l’esprit des vignettes BD, je ne pense pas que les militants ouvriers soient particulièrement entendus et je pense surtout qu’il y a là 2 luttes à ne pas comparer et à ne pas mettre en opposition.

    courage à la famille de Wissan

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    • Le 28 décembre 2013 à 21h42, par Zlotzky -

      Assimiler les "bonnets rouges" à un mouvement ouvrier est un peu audacieux quand on sait qu’il est majoritairement sous la coupe des petits patrons bretons et de la FNSEA. Même s’il est vrai qu’il attire dans son sillage quelques groupes disparates - jusqu’aux anars - qui feraient peut-être bien de réflechir un peu avant de se mélanger avec n’importe qui.

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    • Le 29 décembre 2013 à 04h42 -

      Salam,

      Je trouve aussi que ces vignettes ne reflètent pas tout à fait la réalité des choses, mais d’un autre point de vue que le vôtre :

      - Il est plus que manifeste qu’il y a eu et qu’il y a 2 poids 2 mesures, au minimum. Je dirais même, pour être plus près de la réalité, 3 poids 3 mesures :

      - Le traitement médiatique (et politique ) des bonnets rouges a été de très loin un traitement politique d’égal à égal (= adversaire "politique", ou militants si l’on veut, contre adversaire "politique", à chaque camp ses armes !).

      - Contrairement aux casquettes (ou les "jeunes d’l’banlieue" selon la novlangue républicaine, ou plus exactement les basanés et les bronzés (les autres casquettes au teint plus conforme aux normes standards ou "bonnets rouges" sont généralement également traités en tant que militants-citoyens légitimes porteurs ou défenseurs d’une cause, au même titre que les "bonnets rouges" , comme chacun sait ! Sont-ils écoutés ou pas, cela dépend du rapport de force. Ce n’est pas le cas des casquettes basanées ou bronzées. Vouloir le nier, c’est au minimum être aveugle, ou plus exactement sourd et aveugle !

      - Les bonnets rouges sont des "militants ouvriers" n’est pas complètement vrai. Plutôt une convergence large, diverse et variée, plutôt bien structurée et organisée (structures, moyens, large soutien politique, etc)

      - Les "casquettes", c’est plutôt le contraire, en général, et pratiquement sans soutien, ou plutôt, en général, une large hostilité politique (et même un mixte de mépris et beaucoup de paternalisme hautain ou compatissant ), y compris chez les "militants ouvriers " (même chez les potes à Mélenchon !) ! ..

      Alors, complementarité des luttes ? Opposition de classes ? Corporatisme social ? Repli social ?Égoïsme de classes ? Repli identitaire ? Cécité ouvrière ? Cécité politique ? Erreur d’analyse ? Opposition de "races" ? Mépris social ? Haine sociale ? Mépris "racial" ? Peur sociale ? ..,

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  • Le 29 décembre 2013 à 18h51, par Le chien rouge -

    Ces vignettes veulent souligner un deux poids deux mesures dans le traitement politique et la négociation social entre la casse des bonnets rouges et celle qui peut se manifester dans les quartiers populaires.

    Précision : Initialement, ces dessins n’étaient pas prévues pour accompagner cet article mais pour marquer l’humeur de notre cher dessinateur Lasserpe en réaction à l’actualité.

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  • Le 2 janvier 2014 à 18h10 -

    C’est quoi cette histoire de taches !! Détournement ? L’article c’est sur la mort d’un homme et sur la sempiternelle méthode de camouflage et de mépris de "notre" système judiciaire qui protège des professionnels de l’ordre qui sèment le désordre et la mort ! Alors, s’il vous plaît, n’en rajoutez avec vos conneries de discussions sur les vignettes qui ci qui ça.

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    • Le 3 janvier 2014 à 04h15 -

      Re (salam)

      1- Oh là, quelle réaction ! Indignation ? Apparemment, oui ! Légitime ? Sûrement ! Indignation à propos de quoi ? La mort d’un homme qui reste encore. "un mystère" au regard de notre "système judiciaire qui protège les professionnels de l’ordre qui sèment le désordre et la mort " ! Ne le savait-on pas ? Est-ce le 1er, le second, le 3ème ? Plutôt, le Nème ! Et probablement pas le dernier, au vu des comportements des professionnels de lordre protégés par notre système judiciaire". Justement, et pour cause !Au-delà des circonstances particulières à chaque cas, mais en général semblables (contrôle musclé", poursuite, interpellation/arrestation, etc.). Bref, et pour résumer, général, 3 caractéristiques communes à tous ces centaines de cas. 1- toujours les mêmes (les basanés et les bronzés ! 2- les professionnels s"en tirent tjrs, à de rares exceptions près, et encore ! 3- toutes les mobilisations et actions (y compris judiciaires) depuis plusieurs décennies n’ont pas réussi à faire cesser cette injustice, véritable tragédie nationale ! Et pour cause ? Les actions se heurtent à une indifférence quasi-générale. Mais pas seulement ! Une hostilité politique quasi-consensuelle (pour les partis politiques, toutes tendances confondues, c’est un pb secondaire ; pour les citoyens, la police fait son travail de police républicaine et les jeunes, arabes et noires, l’ont bien cherché/mérité ! J’en sais quelque chose par le vécu ! Et c"est pas tout ! Une large approbation et soutien à la police nationale et autres professionnels, pour ne pas dire une euphorie ! On en a eu quelques épisodes récemment. On en aura, très probablement, d’autres. Malheureusement pour les victimes et leurs proches. Alors insuffisances (seulement) de "notre système judiciaire qui protège les professionnels de l’ordre " ? Ou pour d’autres raisons ? "notre système judiciaire qui... " serait déconnecté du reste de la société (citoyens, partis, Etat, etc,) ? Ces affaires-là, ces morts-là prouvent bien le contraire ! Alors, doit-on cesser "nos discussions et nos conneries" et laisser les familles se débattre presque seules face à "nôtre système judiciaire qui..." ou plutôt frapper là où il fait, au coeur même des politiques et des décisions qui entraînent, inspirent ou encouragent ces comportements, d’une façon ou d’une autre ? N’est-ce pas nôtre grand point faible ? Que les familles soient souvent réticentes, c’est normal. Une tâche et un travail difficiles,mais néanmoins absolument nécessaire, car, à défaut, il y aura d’autres victimes et d’autres familles isolées face à l’adversité, y compris les syndicats de police de plus en plus puissants et puissamment soutenus ! Celà ne mérite-t-il pas discussion, après indignation et mobilisation ? Nos désaccords, nos conneries, nos désunions , y compris à Paris, nos lâchetés, nos égos doivent-ils nous dispenser de porter la discussion au niveau politique ? (et non politicien) : rapports avec la police, la justice, quelles politiques de police et de justice, droits des citoyens, l’egalité des droits, le droit au respect, à la dignité,l’impunité, etc ? Cela ne mériterait-il pas discussion, voire plus ? Ne Doit-on pas oser dire les choses et non les contourner ? Poser les pbs et non les fuir ? Et proposer aussi ? Car, à trop répéter la même erreur (continuer à isoler, politiquement, volontairement ou pas, les familles face à l’adversité), on continue malheureusement de faire du surplace, comme c’est le cas depuis trop longtemps, sans que rien ne change, de façon significative. Alors que les adversaires, beaucoup trop nombreux et de plus en plus puissants, continuent à se renforcer et gagner du terrain sur tous les plans, y compris judiciaire. Mais, pas seulement !

      À bon entendeur. .. Un-Enragé-D’Ici-Bas_(et-qui-sait-de-quoi-il-parle !)

      Quelques textes à lire absolument, en espérant que La rédaction de CQFD me pardonnera de les citer :

      1- Mémoire, vérité, justice Pour Hakim Ajimi par Comité Vérité et Justice pour Hakim Ajimi 12 mai 2011

      2- permis de tuer, L’impunité policière, en trente dates par Collectif Les mots sont importants

      24 février 2012 http://lmsi.net/Permis-de-tuer

      3- Mémoire, vérité, justice Pour Hakim Ajimi par Comité Vérité et Justice pour Hakim Ajimi 12 mai 2011

      http://lmsi.net/Memoire-verite-justice

      4- Trois poids, trois mesures Retour sur trois faits advenus les 3 et 4 juillet 2002 par Pierre Tevanian 28 septembre 2004

      http://lmsi.net/Trois-poids-trois-mesures

      5- abou bakari tandia, abdelhakim ajimi, pascal taïs.Trois cas, parmi de trop nombreux autres, de crimes policiers

      par Amnesty International 30 janvier 2013

      http://lmsi.net/Abou-Bakari-Tandia-Abdelhakim

      6- Des policiers au-dessus des lois. Retour sur un rapport d’Amnesty International

      par Amnesty International 24 mars 2012 http://lmsi.net/Des-policiers-au-dessus-des-lois

      7- laxisme et impunité Dernier ajout : 23 novembre 2009.

      http://lmsi.net/-Laxisme-et-impunite-

      8- Des homicides nommés bavures. L’insécurité dont on ne parle pas (Cinquième partie) par Pierre Tevanian 16 septembre 2010

      http://lmsi.net/L-insecurite-dont-on-ne-parle-pas,312

      9- l’insécurité dont on ne parle pas. Délinquance, violence, insécurité : les mots et le sens qu’on leur donne par Pierre Tevanian 13 septembre 2010

      http://lmsi.net/L-insecurite-dont-on-ne-parle-pas

      10- la construction des classes dangereuses. Les sept subterfuges du discours « sécuritaire »

      par Pierre Tevanian 24 juillet 2013

      http://lmsi.net/La-construction-des-classes

      11- MARSEILLE, Chronique des jours de Sang Publié le 24 mars 2013 par Bensaada Mohamed

      http://indigenes-republique.fr/chronique-des-jours-de-sang/

      12- la lepénisation des esprits. Du 21 avril 2002 au 22 avril 2012 : retour sur une histoire qui ne finit jamais. par Pierre Tevanian, Sylvie Tissot 23 avril 2012

      http://lmsi.net/La-lepenisation-des-esprits

      13- L’espace mental colonial comme matrice du racisme contemporain Saïd BOUAMAMA

      http://lesfiguresdeladomination.org/index.php?id=1033

      Etc,

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