Ça brûle

Votez chouettes !

Rien n’allait. Et puis, les chouettes...

Qu’on t’explique. Ce dimanche de bouclage surmené, on n’était pas au topitop de la béatitude. Trop de nuages sur tous les fronts. L’élection qui approche avec ses montagnes de déchets toxiques. La guerre en Ukraine (d’autant plus omniprésente dans nos esprits qu’on y consacre notre dossier). L’énième rapport du Giec dont tout le monde se tape. La guerre au Yémen et les famines qui s’annoncent. Z. qui vomit au Trocadéro devant des dizaines de milliers d’adorateurs de ses déjections. Ça faisait beaucoup. Là-dessus, une grosse fatigue généralisée, parce que des fois c’est un peu la course et qu’on tricote ce canard avec des yeux cernés (et même des sciatiques chiatiques).

Alors quand l’amie Maïka a passé une tête au local pour nous faire coucou, on n’a même pas essayé de donner le change sur nos mines d’enterrement de gauchistes neurasthéniques. Ça l’a pas douchée, bien au contraire. Recta, elle a proposé : « Dites, les déprimoches, j’ai un remède pour vous : venez voir les bébés chouettes qui squattent dans mon arbre ! »

Soyons francs : d’enthousiasme délirant, il n’y eut pas – sauf à confondre avec une standing ovation quatre moues torves sous-titrées : « Rien à foutre de tes foutus piafs, on a un journal à boucler. » Mais la collègue ne nous a pas laissé le choix. Quasi voisine, l’ornithologue avisée a propulsé nos faces pâlottes dans la rue – « Oh, ce truc jaune qui pique les yeux, c’est donc ça qu’on appelle le soleil ? » – et nous a traînés de force jusqu’à chez elle.

Ouvrant grand les fenêtres de son appart’ au 4e, elle a décoché un sourire triomphal, sûre d’elle. Méfiants, craignant le piège et les effets de la lumière sur nos carnations blafardes, on s’est approchés à la zombie et on a maté.

«  ¡Madre dios ! Che bello ! Mazeltov ! Чудовий ! »

Nous dévisageant, sur leur arbre perchées, deux boules de plumes dodues comme des bébés phoques irradiaient leur mignonitude à tous les vents – 9 sur 10 sur l’échelle du choupi, frère.

Pendant trente minutes, on n’a plus causé que de ça. Est-ce qu’elles savaient déjà voler ? Et les parents, ils sont où ? Et le danger des voraces gabians planant aux alentours ? Et « Va-z-y tu vas me refiler les jumelles sale égoïste oui ou merde – non, aïe, rends-les-moi ! » Et est-ce qu’elles accepteraient qu’on utilise leur image en couverture du numéro ? C’est bien simple, on se serait cru en comité de rédac’ à La Hulotte un jour de retour des oies cendrées.

Puis, bien rassasiés, on a salué ces merveilles (« Prenez soin de vous surtout ! »), remercié Maïka (« Tu leur enfileras une petite laine s’il fait froid, n’est-ce pas ? ») et galopé vers le local, les chakras rechargés comme jamais.

Tout ça pour dire : si vous tenez entre les mains ce numéro, c’est sans doute à deux bébés chouettes effraies que vous le devez. Et on n’a même pas honte de le dire : niktout, sauf les chouettes.

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1 commentaire
  • 3 avril, 17:07, par Maïka

    « Merci CQFD ! Votre article nous a tenu chaud pour résister au mistral glacé sur notre branche. Tenez bon ! » Signé les Hulottes du jardin. (« On aime bien les effraies, mais on n’en est pas ! » )

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CQFD n°208 (avril 2022)

Dans ce numéro d’avril peu emballé par les isoloirs, un maousse dossier « Crime et résistances » sur la guerre en Ukraine, mais aussi : le bilan écolo pas jojo de Macron, une plongée dans le « théâtre » de la frontière à Calais, le « retour de Jim Crow » aux États-Unis, une « putain de chronique », un aperçu du désastre d’Azincourt, une dissection du cirque électoral, une évocation des canards perdus au pays des cigognes…

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