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Vinyle : Une compil pour la ZAD


paru dans CQFD n°132 (mai 2015), rubrique , par H.L.
mis en ligne le 20/06/2015 - commentaires

JPEG « Que m’importe votre révolution si je ne peux pas danser. » Cette sentence qu’aurait prononcée Emma Goldman à l’adresse de quelque militant rigoriste, les zadistes de Notre-Dame-des-Landes l’ont faite leur. En plus de maintenir à bonne distance les perdreaux ou de cultiver des terres promises à un improbable destin aéroportuaire, on danse aussi dans le bocage nantais occupé. Une compilation – Musica Populara. Albanie, Bulgarie, Grèce, Hongrie, Moldavie, Roumanie (1970-1980) – en témoigne, imaginée par un collectif longtemps présent sur la ZAD.

Lors de fêtes organisées sur le site, la sono a diffusé à plusieurs reprises les vinyles dont sont issus les morceaux réunis sur cet album. L’idée de réaliser un disque de soutien en s’écartant des sentiers battus de la compile de groupes sympathisants a émergé, avec l’idée de toucher peut-être d’autres publics et de rendre accessibles des morceaux introuvables ou rarement réédités depuis leur sortie durant les décennies 70 et 80. Les notes de pochette précisent bien que la musique reproduite ici provient du repiquage de disques rares « dégotés lors de voyages dans les Balkans » ou « chinés dans des bacs poussiéreux » de vide-greniers.

La compilation explore les musiques populaires principalement en provenance des Balkans, à l’époque où la majorité des pays de la région croupissait sous le joug des bureaucraties socialistes. Pour des raisons de suprématie idéologique, ces régimes ont longtemps soutenu les musiques traditionnelles, favorisant l’émergence de folklores nationaux censés contenir les influences occidentales. Jusqu’aux années 80, les « musiques spécifiques nationales » font ainsi figure de vitrines des républiques populaires, les genres « d’inspiration étrangère » ou traditionnels mais considérés comme déviants sont étouffés ou survivent dans une semi-clandestinité.

Cette musique « officielle » – ce qui n’enlève rien à la qualité des enregistrements  – est représentée sur cette compilation par ces grands orchestres constitués par les meilleurs musiciens de ces pays, souvent des nomades recrutés dans les campagnes, puis installés en ville, où ils accédaient à un statut d’employés de l’état. En Roumanie, chaque usine, kolkhoze ou université possédait son orchestre. Mais seuls les meilleurs au niveau national accédaient aux tournées, aux diffusions sur les radios et télévisions ainsi qu’aux enregistrements pour le label unique que chacun des états frères entretenait.

Les ensembles Ciprian Porumbescu ou Doina Gorjului enregistrent ainsi des disques pour la marque de l’état roumain, Electrerecord, connue pour produire des disques à la qualité sonore variable mais qui a survécu jusqu’à aujourd’hui. Ce sont ces groupes de musique folklorique qui accompagnent aussi les chanteuses solistes présentes sur le disque, comme Margareta Clipa. En Bulgarie, la firme Balkanton a le monopole de la diffusion de la musique enregistrée depuis les années 50. C’est sous ce label que sont promus les maîtres bulgares de l’accordéon comme Boris Karlov, un musicien d’origine tsigane (sans rapport avec l’acteur de Frankenstein…), Veni Petkov ou Kosta Kolev, tous présents sur la première face du 33-tours.

A l’opposé des grands orchestres, on trouve sur l’autre face des formations plus intimistes. Et c’est ici que se dégottent les vraies pépites du disque. Comme le duo guitare-violon des frères Stefan et Ion Petreus, originaires de Transylvanie. En provenance du nord de la Roumanie figure également le violoniste Halmagyi Mihaly, qui interprète une musique de noces sauvage accompagné au gardon par son épouse Gizella Adam. On y trouve aussi un « field recording », enregistré au milieu des années 60 dans le sud de l’Albanie par l’Anglais Bert Lloyd, chanteur folk et pionnier du collectage de musiques populaires. Clarinette, accordéon et tambour s’y livrent à une improvisation envoûtante. Et illustrent la force et la vivacité d’une tradition bien vivante résistant aux forceps de la folklorisation.

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Vendu 10 euros, le disque a été tiré à 500 exemplaires. L’argent récolté sera versé à l’association Vivre sans aéroport et au Comité de soutien aux inculpés. Les commandes sont à passer à  : bellish@riseup.net.

Quelques titres peuvent être écoutés par ici !



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